EXERCICE 2 : ODYSSÉE DE L’ESPACE DOMESTIQUE, EN PÉRIODE DE
CONFINEMENT
Lisa Bousseau Le 22/04/2020
Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes
Licence 1, Semestre 2, Sociologie
La pandémie du Covid-19 plonge littéralement le monde entier dans un profond cauchemar. Nous avons tous reçu l’ordre de rester confinés chez nous sous peine de subir de lourdes sanctions. Quelle période si spéciale... Nous apprenons donc à vivre ainsi, à changer nos modes de vie, adopter de nouveaux comportements et modifier nos habitudes.
Néanmoins, je saisis l’opportunité de disposer de plus de temps et de ne pas être prise dans la course infernale du quotidien, pour être réellement attentive à ce qui m’entoure. Alors que j’entends retentir le clocher de l’église, un filet de lumière passent à travers le velux de la fenêtre de ma chambre et vient se réfléchir sur le parquet. Allongée dans mon lit, j’ai parfois la pénible impression d’être enfermée. Les photos, cadres et dessins accrochés aux murs, les objets ramenés de vacances posés sur ma table de nuit émergent des souvenirs heureux. Mais, frappée par la routine et la monotonie qui s’installent, j’ai soudainement envie de les remplacer et de changer la décoration de ma chambre. Bien que les rues soient désertes, une ambiance presque festive s’installe dans le quartier. J’aime profiter du jardin, m’installer sous le pin et entendre les rires des enfants qui s’amusent et le voisin qui joue du piano. Le soir venu, alors qu’une odeur de cuisine flotte dans l’atmosphère, on prend place autour de la table sur la terrasse que l’on a décoré de guirlandes lumineuses. Je prends le temps d’admirer le coucher du soleil qui se reflète sur les vitres du salon tandis qu’on annonce une foule de mauvaises nouvelles à la télévision. Je me rends alors compte que j’ai de la chance de pouvoir être protégée et en sécurité à la maison.
TEXTE ANTHROPOLOGIQUE SUR LA SITUATION DU CONFINEMENT
Vue de la fenêtre du salon dont on ouvre les rideaux pour laisser entrer davantage
de lumière
Les objets ramenés de vacances, les cadres et photos accrochés au mur ou à l’ardoise sur la porte de ma chambre
Le jardin est un espace où l’on peut se sentir plus libre et profiter du soleil pour s’échapper quelques instants du véritable lieu de confinement dans lequel nous sommes enfermés
Le matin, le soleil passe par le velux de ma chambre, vient se
réfléchir sur le parquet et confère à la pièce une sensation
agréable de chaleur.
L’étude qui suit porte sur mon logement familial dans lequel je suis confinée. Il se situe au Nord-Est de l’agglomération nantaise, plus précisément dans la ville de Sainte-Luce-sur-Loire. Le terrain se compose d’une maison de 105 m² avec un étage et un jardin d’une surface de 250 m². J’y vis avec mes deux parents et ma soeur agée de 17 ans. Mon père est consultant SIRH, ma mère infirmière et ma soeur est au lycée en première.
A travers l’analyse des usages qui prennent place dans le logement familial pendant cette période de confinement, nous étudierons dans un premier temps, les espaces de travail. Dans un second temps, nous analyserons les modifications et transformations apportées au logement. Puis nous terminerons, par axer l’étude du logement sur la confrontation des espaces communs et des espaces privés au sein de l’habitat.
INTRODUCTION
Rue de l’Indre
Plan masse Plan parcellaire
Plan de situation
Plan du rez-de-chaussée
Plan du 1
erétage
Le logement est défini par l’aménagement et les appropriations que l’on y fait à l’intérieur. Il dépend également des activités extérieures, des réseaux de transports à proximité, des commerces et lieux de sociabilité. Cependant, ces facteurs secondaires sont aujourd’hui paralysés par le contexte imposé par le confinement et ne sont quasiment plus liés directement à l’espace habité. Le temps passé chez soi augmente considérablement et favorise l’apparition de nouvelles situations, usages, conflits, cohabitations,... Nous devons donc ajuster nos modes de vie à la situation et faire preuve d’investissement face à cette épreuve sociale inédite. Elle demande parfois de faire des concessions et nécessite de pouvoir ajuster et adapter l’espace habité dans lequel on se trouve étant donné que les rapports avec l’extérieur sont très limités. Le logement est alors propice à se transformer et à se redéfinir.
TEXTE D’ANLYSE DES USAGES ET APPROPRIATIONS
Le jardin est investi par un filet de badminton, des chaises longues, et la table à manger située normalement sur la terrasse se retrouve sur la pelouse un peu plus loin.
La cuisine est plus désordonnée qu’à l’habitude car elle est aussi beaucoup plus utilisée par chacun des membres de la famille. Cuisiner est devenue une occupation à part entière.
Des modifications sont apportées au logement : la
table de la salle à manger a été repeinte. Le bureau normalement un “débarras” se converti
en véritable lieu de travail après quelques
rangements et aménagements.
LES ESPACES DE TRAVAIL
La situation imposée par la confinement est à l’origine de l’apparition de nouvelles appropriations de l’espace. En effet, nous adaptons nos usages en fonction de l’espace dont nous disposons.
Les habitudes sont bouleversées tout d’abord par l’importation des espaces de travail au sein de l’espace domestique. Pour ma soeur et moi-même, la tâche n’a pas été compliquée puisque nous avions déjà l’habitude de travailler dans nos chambres où nous pouvons être au calme. L’usage de nos chambres respectives s’est donc fortement intensifié puisque nous passons désormais une bonne partie de la journée à y travailler. Nos parents, eux, ont dû improviser des espaces de travail. Mon père s’installe désormais au bout de la table de la salle à manger pour travailler, une place habituellement utilisée pour la prise de repas. Lorsqu’il passe des appels, nous ne pouvons entrer dans la salle à manger au risque de le déranger. Il affirme ainsi son espace en fonction de ses habitudes. Au début du confinement, ma mère travaillait sur le canapé ou sur le lit dans sa chambre mais son installation n’était pas propice pour être efficace. Elle a rangé et a aménagé le bureau au premier étage, que l’on utilise normalement en guise de “débarras”, pour travailler.
D’autres espaces de travail ont également émergés, notamment sur la table du jardin lorsqu’il fait beau. Cela nous permet de sortir de la maison dans laquelle nous sommes constamment confinés. Par ailleurs, le bureau ne sert pas seulement d’espace de travail pour ma mère mais également de salle de musique pour ma soeur qui en temps normal joue d’un instrument dans sa chambre. Cet espace, habituellement utilisé comme lieu de stockage d’affaires et de meubles, est réapproprié pour s’adapter aux nécessités des membres de la famille.
On remarque donc que certains espaces sont davantage investis qu’en temps normal. La fonction originelle des espaces est parfois remise en question par l’apparition, ou l’intensification des usages qui évoluent en cette période de confinement au sein du logement.
THÈME 1 : QUAND LES USAGERS S’ADAPTENT…
La salle à manger est réinvestie en un espace de travail très demandé au sein de la famille.
On remarque que les membres qui s’y installent, prennent place au bout de la table. Un siège que l’on
n’utilise pas pour la prise des repas. Serait-ce pour différencier quand même les différents usages d’un
même lieu ?
“La salle à manger est un espace où chacun
d’entre nous aime travailler car il y a la vue sur le jardin et plus d’espace”
“C’est nettement plus confortable de travailler dans le bureau que sur mon lit !”
Espace de travail dont l’usage s’est intensifié
Espace de travail dont l’usage est réellement apparu depuis le confinement L’opacité de la couleur est liée au temps d’usage des espaces.
Conversion de la “chambre d’amis” en bureau
LES MODIFICATIONS ET TRANSFORMATIONS APPORTEES AU LOGEMENT DUES AU CONFINEMENT
L’espace habité continue d’évoluer au rythme des usages qui s’y déroulent. Ainsi, il se transforme et se redéfinit en fonction des modifications des habitudes de chacun pendant cette période de confinement.
Le jardin ne cesse d’être entretenu : mon père tond la pelouse plus souvent tandis que j’ai installé pour la première fois un filet de badminton devant la terrasse. Ma mère prend le temps de bricoler l’extérieur de la maison ou de redécorer les pièces de vie comme la table de la salle à manger qu’elle a repeinte. De plus, le logement est moins ordonné qu’à l’habitude. Des outils de jardinage sont par exemple laissés en plan sur la pelouse ou des jeux de société et livres restent posés plusieurs jours sur la table basse du salon. Comme de toutes les façons, plus aucune personne extérieure ne peut franchir le pas de la porte, le logement devient plus intime.
THÈME 2 : QUAND L’ESPACE S’ADAPTE…
Sur le canapé et la petite table basse du salon, les jeux de société, les livres et revues s’empilent au fur et à mesure…
Par ailleurs, au début du confinement, la prise des repas se déroulait exclusivement sur la canapé devant la télévision, mais l'abondance du flux d’informations anxiogènes nous a poussé à beaucoup moins l’utiliser. Nous avons donc commencé à prendre nos repas sur la table de la terrasse jusqu’à la décaler au milieu du jardin en dessous du pin. Peut-être une manière inconsciente de pouvoir “respirer” parmi la végétation et s’éloigner au plus de la maison. Cette aspiration à vouloir plus d’espace est aussi marquée par l’ouverture constante en journée des baies vitrées et des velux à l’étage. Le logement paraît ainsi plus lumineux et plus espacé.
On remarque que le jardin prend une place de plus en plus importante pour les membres de la famille. Il permet en quelque sorte d’échapper au logement dans lequel on est contraint de rester confinés. Le jardin est aménagé et transformé au gré des nouvelles appropriations qui surgissent tandis que d’autres espaces comme le devant du logement sont nettement moins fréquentés voire inutilisés. La porte d’entrée est constamment fermée à clé.
Il serait intéressant par la suite d’observer si, après le confinement ces usages et adaptations persistent dans le temps ou non.
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Objets ou meubles modifiés ou nouveaux Espaces délaissés ou inutilisés
Déplacement progressive du lieu de prise des repas du salon jusqu’au fond du jardin Fleur en pot rajoutée
Meuble repeint Nouveau filet de badminton
LA CONFRONTATION DES ESPACES PRIVES ET COMMUNS
Etant donné que les rapports avec l’extérieur sont très limités et que nous devons vivre dans notre logement encore pour plusieurs semaines, les espaces privés acquièrent une particulière importance par rapport aux espaces communs.
Les chambres à l’étage sont calmes et situées aux extrémités de la maison. Elles sont donc principalement utilisées lorsque l’on souhaite s’isoler.
En effet, ma soeur et moi-même les occupons pour travailler seules mais nous nous y retrouvons de plus en plus pour partager des moments à deux. La chambre des parents est occupée par mon père lorsque ma mère travaille dans le salon et ne souhaite être dérangée et inversement. Le bureau est également investi pour se retrouver plutôt seul. Ma soeur s’y installe souvent pour lire, faire du sport ou jouer de la musique. Ma mère l’occupe aussi régulièrement pour travailler ou moi-même lorsque je souhaite regarder un film en soirée. Le bureau est donc un espace du logement presque constamment investi mais sans être jamais utilisé par plusieurs membres de la famille à la fois. On le privilégie pour réaliser des activités individuelles. D’autre part, les pièces de vie, habituellement considérées comme des espaces communs, semblent parfois accaparées par un seul membre de la famille comme c’est le cas lorsque les parents sont en réunion de travail. Nous devons donc chacun faire preuve de bon sens et s’adapter à la situation pour cohabiter au mieux ensemble. Cependant, les conflits sont parfois inévitables car la salle à manger est devenue un des espaces les plus prisés du logement. A partir de là, des interrogations peuvent surgir : Qui est le plus légitime à l’occuper ? Comment délimiter les espaces privés des espaces collectifs ?
THÈME 3 : PLUTOT INDIVIDUEL OU COLLECTIF ?
“On fait du sport à
plusieurs sur la terrasse.”
Espaces privés Espaces communs
Espace de potentiels conflits