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Article pp.139-140 du Vol.111 n°2 (2018)

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Texte intégral

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NOTE DE LECTURE /LECTURE NOTE

Surpâturage, reboisement et paludisme

F. Moutou

© Société de pathologie exotique et Lavoisier SAS 2018

Durant la seconde moitié du XXesiècle le changement cli- matique, le développement économique, la pression démo- graphique ainsi que le surpâturage ont considérablement modifié les paysages de nombreuses régions du monde.

L’Afrique de l’Ouest (Sahel) a été particulièrement concer- née. Plusieurs solutions ont été proposées pour y remédier et lutter contre la désertification de ces régions.

Dans le courant des années 1980 des campagnes de reboi- sement avec des essences locales ou d’origine plus lointaine ont été entreprises. Le mezquite, bayarone ou bayahonde (Prosopis juliflora), arbuste américain (Mexican mesquite tree) proche des acacias (famille desSabaceaeou desMimo- saceae selon les références), a été largement introduit en Afrique subsaharienne dans ce but, mais également comme plante fourragère. Il s’agit d’une plante qui supporte des sols salés et très acides. Ses usages sont réputés très nombreux au point que la plante est pratiquement devenue pantropicale aujourd’hui [1]. Cet arbuste, riche en sucre, est particulière- ment apprécié par les humains, le bétail et par diverses autres espèces animales dont les insectes. Son bois sert aussi pour la menuiserie, pour la cuisine, pour faire du charbon de bois.

Plantée en haies, elle donne des clôtures pour les jardins et des enclos pour le bétail. L’écorce peut servir comme anti- septique et cicatrisant. La pulpe sucrée du fruit est consom- mée de diverses façons. Les inflorescences sont visitées par les abeilles. Ses rameaux peuvent donc nourrir le bétail, par- ticulièrement en fin de saison sèche [5]

Or les environnementalistes ont remarqué que cette plante possède des caractéristiques d’une espèce envahissante. Elle se développe rapidement, au détriment des essences locales, et ne permet pas aux paysages d’origine de se reconstituer.

En particulier, les prairies de graminées ont du mal à se régé- nérer à l’ombre de ses ramures. Les effets écologiques ne sont pas encore tous connus, mais sont devenus source de préoccupations. Aujourd’hui l’Union internationale pour la conservation de la nature [2] la classe parmi les 100 espèces les plus problématiques dans sa base de données dédiée aux espèces envahissantes (http://www.iucngisd.org/gisd/spe-

cies.php?sc=917). Plusieurs études se sont succédé dans diverses régions d’Afrique pour essayer d’apprécier les inté- rêts, les bénéfices apportés, mais aussi les inconvénients enregistrés [4,6]. Le bilan environnemental reste contrasté et le caractère envahissant est confirmé.

Un aspect souvent négligé des conséquences possibles de la présence d’espèces végétales exotiques envahissantes est celui des liens pouvant exister entre elles et des vecteurs locaux d’agents infectieux. Le cas de cette plante améri- caine, introduite dans presque toutes les régions chaudes de la planète, et de sa relation particulière avec des anophèles en Afrique de l’Ouest en est une belle illustration [3].

Les auteurs ont sélectionné neuf villages de la région de Bandiagara au Mali, sur le plateau Dogon. Seulement six de ces villages sont entourés de bosquets de mezquites. L’étude s’est déroulée sur 18 jours de mi-janvier à début février.

Dans un premier temps un recensement des peuplements d’anophèles est réalisé à l’aide de pièges à ultra-violet (CDC-UVlight traps) durant huit jours dans les neuf villa- ges. La composition spécifique de la population culici- dienne, la taille de cette population, la structure d’âge et le lien avec l’apport en sucre de la plante sont enregistrés et comparés entre les deux groupes de villages. Puis, pendant deux jours, tous les rameaux fleuris riches en sucre sont reti- rés autour de trois des villages où la plante est présente, puis les mêmes piégeages et les mêmes mesures sont refaits durant huit jours. L’échelle de temps est adaptée à la biologie des espèces cibles. Au bout de douze jours on ne retrouve que 10 % d’une population de moustiques adultes.

Là où les rameaux fleuris sont retirés, le nombre de femelles d’anophèles âgées, les plus dangereuses, est divisé par trois.

La densité de la population chute de 69,4 % et la composition spécifique évolue d’un mélange de trois espèces du complexe Anopheles gambiaeà un autre mélange dominé parAnopheles coluzzii. La proportion de femelles nourries de sucre chute de 73 à 15 % et celle de mâles passe de 77 à 10 %.

Cette étude montre comment un arbuste riche en sucre peut renforcer les capacités de transmission du paludisme en favorisant les moustiques vecteurs.

Une meilleure gestion des espèces végétales exotiques envahissantes pourrait donc aider à maîtriser les populations de vecteurs et donc la transmission du paludisme.

F. Moutou (*)

42 rue de lEst, 92100 Boulogne-Billancourt, France e-mail : [email protected]

Bull. Soc. Pathol. Exot. (2018) 111:139-140 DOI 10.3166/bspe-2018-0016

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur bspe.revuesonline.com

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Références

1. Arbonnier M (2002) Arbres, arbustes et lianes des zones sèches dAfrique de lOuest. Deuxième édition. CIRAD, Montpellier &

MNHN, Paris, 395 p.

2. IUCN (2010) Global Invasive Species Data Base [en ligne]

3. Muller GC, Junnila A, Traore MM, et al (2017) The invasive shrubProsopis julifloraenhances the malaria parasite transmission capacity of Anopheles mosquitoes: a habitat manipulation experi- ment. Malar J 16:237. doi: 10.1186/s12936-017-1878-9

4. Mwangi E, Swallow B (2005) Invasion ofProsopis julifloraand local livelihoods. Case study from the lake Baringo area of Kenya.

World Agroforestry Centre. ICRAF Working Paper n°3, 66 p 5. Shackleton RT, Le Maitre DC, Pasiecznik NM, Richardson DM

(2014)Prosopis: a global assessment of the biogeography, bene- fits, impacts and management of one of the worlds worst woody invasive plant taxa. AoB Plants 6:plu027

6. Shackleton RT, Le Maitre DC, Brian W, et al (2015) The impact of invasive alienProsopisspecies (mesquite) on native plants in dif- ferent environments in South Africa. South Africa Journal of Botany 97:2531. doi: 10.1016/j.sajb.2014.12.008

140 Bull. Soc. Pathol. Exot. (2018) 111:139-140

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur bspe.revuesonline.com

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