DROIT PRIVÉ
DROIT
DE LA FAMILLE
DOMAT
4
eédition
DROIT DE LA FAMILLE
Tourné tant vers les étudiants que les professionnels du droit civil de la famille, magistrats, avocats et notaires en particulier, cet ouvrage a pour objet de présenter l’ensemble de ce droit tel qu’il est ressorti, refondu de fond en comble, du changement de siècle, sous l’effet de la double révolution des droits de l’homme et des progrès médico-scientifiques. De la création du pacs (1999-2006) au débat sur la PMA et la GPA, en passant par la réforme du divorce (2004), la refonte de l’autorité parentale (2002), la transformation du droit de la filiation (2005-2009), la réforme des successions (2006), l’organisation de la parole en justice des enfants (2009), l’ouverture du mariage à « tous » (2013) ou le divorce sans juge (2016), il ne subsiste plus grand chose du siècle dernier dans ce « nouveau droit de la famille » aujourd’hui à la fois en vigueur et en devenir, auquel s’intéresse régulièrement l’opinion publique.
Assorti de divers tableaux permettant de comparer les solutions d’un droit essentiellement pluraliste, ainsi que de données sociologiques actuelles, le livre suit en trois parties les liens familiaux :
– Liens d’alliance : mariage, veuvage, divorce, pacs, concubinage.
– Liens de descendance : filiation (spontanée, médicalement assistée ou adoptive), autorité parentale et éducation.
– Liens de solidarité : nom de famille, obligations alimentaires.
Prix : 39 €
ISBN 978-2-275-04497-2
www.lextenso-editions.fr Le Petit Atelier
précis
DROIT DE LA F AMILLE A. Bénabent
Alain BÉNABENT
DOMAT PRIVÉ
précis
Alain BÉNABENT, Professeur agrégé des Facultés de droit, est avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation.
ALAIN BÉNABENT
Professeur agrégé des Facultés de droit, avocat aux Conseils
DROIT
DE LA FAMILLE
4
eédition
À jour au 11 octobre 2018
© 2018, LGDJ, Lextenso éditions 70, rue du Gouverneur Général Éboué 92131 Issy-les-Moulineaux Cedex ISBN 978-2-275-04497-2 ISSN 0767-4309
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS
AJ Famille Actualité juridique droit de la famille (Dalloz) ass. plén. Assemblée plénière de la Cour de cassation
Bull. civ. Bulletin des arrêts de la Cour de cassation (Chambres civiles)
C. civ. Code civil
C.M. Chambre mixte
CE Conseil d’État
CEDH Cour européenne des droits de l’homme
Cass. 1reciv., 2e, 3e Chambres civiles de la Cour de cassation
Com. Chambre commerciale de la Cour de cassation
Cons. constit. Conseil constitutionnel
CPC Code de procédure civile
CPI Code de la propriété intellectuelle
Crim. Chambre criminelle de la Cour de cassation
D. ; DP Dalloz recueil ; Dalloz périodique Defrénois Répertoire du notariat
Dr. fam. Droit de la famille (Revue Lexis-Nexis)
Dr. soc. Droit social
Gaz. Pal. Gazette du Palais
JCP Juris-classeur périodique (semaine juridique)
Loy. et copté Loyers et copropriété (Revue Lexis-Nexis)
LPA Les Petites Affiches
Mél. Mélanges
RDC Revue des contrats
Req. Chambre des requêtes de la Cour de cassation
RIDC Revue internationale de droit comparé
Rev. sc. crim. Revue de science criminelle et de droit pénal comparé
RJPF Revue juridique personnes et famille
RLDC Revue Lamy Droit civil
RTD civ. Revue trimestrielle de droit civil
Soc. Chambre sociale de la Cour de cassation
TGI Tribunal de grande instance
Trib. civ. Tribunal civil
SOMMAIRE
Introduction... 15
§ 1. Le lien familial... 17
§ 2. Le cercle familial... 20
§ 3. Le droit familial... 24
§ 4. La juridiction familiale... 28
PREMIÈRE PARTIE. L’ALLIANCE... 31
SOUS-PARTIE1. LE MARIAGE CIVIL... 35
Titre 1. L’acte de formation du mariage civil... 39
Chapitre 1. Conditions d’ordre social... 43
Section 1. L’ex-prohibition du mariage homosexuel... 43
Section 2. La prohibition de la polygamie... 46
Section 3. La prohibition du mariage incestueux... 48
§ 1. Les cas d’empêchement... 49
§ 2. Sanctions et dispenses... 51
Chapitre 2. Les conditions individuelles... 53
Section 1. Conditions physiques... 53
§ 1. Conditions tenant l’âge... 53
§ 2. Conditions tenant au sexe... 54
§ 3. Conditions tenant à l’état de santé... 55
Section 2. Conditions de capacité... 57
§ 1. Mineurs... 58
§ 2. Incapables majeurs... 60
Section 3. Conditions de consentement... 60
§ 1. Le consentement au mariage... 61
§ 2. L’intention matrimoniale... 69
Chapitre 3. Le formalisme du mariage... 73
Section 1. Les mariages célébrés en france... 74
§ 1. Les formalités préparatoires... 74
§ 2. Les oppositions à la célébration... 77
§ 3. La célébration du mariage... 81
§ 4. La preuve du mariage... 83
Section 2. Les mariages célébrés à l’étranger... 85
§ 1. Mariages concernant un Français... 85
§ 2. Mariages entre étrangers... 89
Annexe I–Document d’information remis aux futurs époux par l’état civil 89 Chapitre 4. La nullite du mariage... 95
Section 1. L’action en nullité... 95
Section 2. Les effets de la nullité... 99
Titre 2. L’état de mariage : les effets du mariage civil... 105
Chapitre 1. Le statut individuel de chaque époux... 107
Section 1. Effets du mariage sur le statut personnel... 107
Section 2. Le maintien de la liberté individuelle... 110
§ 1. Les attributs relatifs à l’intégrité de la personne... 111
§ 2. Les attributs relatifs au comportement de la personne... 113
Chapitre 2. Les liens personnels entre époux... 117
Section 1. Les droits et devoirs réciproques des époux... 118
§ 1. Le devoir de respect... 120
§ 2. Le devoir de communauté de vie... 122
§ 3. Le devoir de fidélité... 127
§ 4. Le devoir d’assistance... 129
Section 2. La fonction commune... 130
Chapitre 3. Les effets sur le plan patrimonial... 133
Section 1. Le statut matrimonial impératif... 133
§ 1. L’autonomie de chaque époux... 134
§ 2. La sauvegarde des intérêts familiaux... 139
Section 2. Le régime matrimonial... 147 DROIT DE LA FAMILLE
8
§ 1. Les régimes de type séparatiste... 147
§ 2. Les régimes de type communautaire... 149
Titre 3. Le relachement du mariage : les séparations... 153
Chapitre 1. Les séparations spontanées... 155
Section 1. Origines de la séparation de fait... 156
Section 2. Effets de la séparation de fait... 157
Section 3. Issue de la séparation de fait... 158
Chapitre 2. Les séparations judiciairement organisées... 159
Section 1. La séparation de corps... 159
§ 1. Prononcé de la séparation de corps... 160
§ 2. Les effets de la séparation de corps... 161
§ 3. La fin de la séparation de corps... 164
Section 2. Les séparations organisées autour d’une instance en divorce... 169
Titre 4. La dissolution du mariage... 171
Sous-titre 1. Le veuvage... 173
Chapitre 1. Le veuvage par décès... 175
Section 1. Effets d’ordre personnel... 175
Section 2. Effets d’ordre patrimonial... 177
§ 1. Dissolution du régime matrimonial... 178
§ 2. Droits successoraux du conjoint survivant... 178
§ 3. Droits alimentaires... 183
Chapitre 2. Le quasi-veuvage par absence déclarée... 185
Sous-titre 2. Le divorce... 189
Chapitre 1. La question du divorce... 191
Section 1. Historique... 193
Section 2. Tableau général... 200
Chapitre 2. Les voies d’accès au divorce... 205
Section 1. Le divorce contractuel... 207
§ 1. Le divorce contractuel sans juge... 209
§ 2. Le divorce contractuel soumis à homologation judiciaire... 212
Section 2. Le divorce judiciaire... 215
Sous-section 1. Les cas de divorce contentieux... 215 SOMMAIRE
§ 1. Le divorce accepté en son principe... 215
§ 2. Le divorce par altération définitive du lien conjugal... 218
§ 3. Le divorce pour faute... 221
§ 4. Les griefs conjugaux... 223
§ 5. Les faits neutralisants... 227
§ 6. Le partage des torts... 231
Sous-section 2. La procédure des divorces contentieux... 232
§ 1. La phase préparatoire... 234
§ 2. La phase du jugement... 242
Chapitre 3. Les conséquences du divorce... 253
Section 1. Les effets d’ordre personnel... 253
§ 1. Les effets relatifs à la personne des époux... 255
§ 2. Les conséquences du divorce à l’égard des enfants... 258
Section 2. L’apurement patrimonial... 259
§ 1. La liquidation patrimoniale... 260
§ 2. Le sort du logement familial... 269
§ 3. Les dommages-intérêts... 274
Section 3. La prestation compensatoire... 275
§ 1. Droit à prestation... 277
§ 2. Régime procédural... 278
§ 3. Fixation de la prestation... 280
§ 4. Modalités de la prestation... 286
§ 5. Paiement de la prestation... 293
SOUS-PARTIE2. LA QUASI-ALLIANCE... 295
Titre 1. Le pacs... 297
Chapitre 1. La formation du PACS... 303
Section 1. Les conditions du pacs... 303
§ 1. Capacité... 304
§ 2. Consentement... 305
§ 3. Contenu... 305
Section 2. Le formalisme du pacs... 307
§ 1. Phase préparatoire... 311
§ 2. Phase solennelle... 311
§ 3. Phase de publicité... 313
Section 3. La modification du pacs... 313 DROIT DE LA FAMILLE
10
Chapitre 2. Les effets du PACS... 315
Section 1. Les effets d’ordre personnel... 316
§ 1. Obligations réciproques... 316
§ 2. Absence d’effets envers les tiers... 317
Section 2. Les effets d’ordre patrimonial... 318
§ 1. Le statut de base... 318
§ 2. Le patrimoine... 321
Chapitre 3. La dissolution du PACS... 325
Section 1. Les cas de dissolution... 327
§ 1. Cas analogues au mariage... 327
§ 2. Cas spécifiques au PACS... 328
§ 3. Séparation de fait... 331
Section 2. Conséquences de la dissolution... 331
Titre 2. Le concubinage (ou union libre)... 335
Chapitre 1. La situation pendant le concubinage... 339
Chapitre 2. La situation à la fin du concubinage... 343
DEUXIÈME PARTIE. LA DESCENDANCE... 347
SOUS-PARTIE1. LE DROIT DE LA FILIATION... 349
Titre 1. Les données de base... 351
Section 1. Le lien de filiation... 351
Section 2. L’architecture classique du droit de la filiation... 352
Section 3. La double révolution duXXIesiècle... 354
§ 1. La révolution des Droits de l’homme... 354
§ 2. La révolution médico-scientifique... 355
Section 4. Le régime particulier des actions d’état... 357
§ 1. Nécessité d’une action en justice... 359
§ 2. Caractères des actions relatives à la filiation... 359
§ 3. Règles de procédure... 361
§ 4. Règles de preuve... 363
Titre 2. La filiation spontanée... 367
Chapitre 1. L’établissement de la filiation... 369
Section 1. L’établissement de la maternité... 371
§ 1. L’acte de naissance... 371 SOMMAIRE
§ 2. La reconnaissance de maternité... 372
§ 3. La possession d’état judiciairement constatée... 375
§ 4. L’action en recherche de maternité... 379
Section 2. L’établissement de la paternité... 381
§ 1. La présomption de paternité du mari... 382
§ 2. La reconnaissance de paternité... 385
§ 3. La possession d’état judiciairement constatée... 386
§ 4. L’action en recherche de paternité... 386
Chapitre 2. Preuve et effets de la filiation établie... 389
Section 1. La preuve de la filiation... 389
Section 2. Effets de la filiation établie... 390
Chapitre 3. La contestation de la filiation établie... 393
Section 1. Ouverture de l’action... 394
§ 1. Réunion d’un titre et d’une possession d’état... 395
§ 2. Présence d’un seul de ces éléments... 396
Section 2. Régime de l’action... 397
Titre 3. La filiation médicalement assistée... 399
Chapitre 1. L’organisation des techniques permises... 401
Section 1. Principes directeurs communs... 401
Section 2. La procréation artificielle endogène... 404
Section 3. La procréation artificielle exogène... 405
§ 1. La procréation à demi exogène... 406
§ 2. La procréation entièrement exogène : le don d’embryon... 408
Chapitre 2. Les techniques interdites... 411
Section 1. Les prohibitions du droit français... 411
§ 1. Le recours à des « mères porteuses »... 411
§ 2. Le clonage... 413
Section 2. Les effets d’une pratique prohibée... 413
Titre 4. La filiation elective : l’adoption... 417
Chapitre 1. L’adoption plénière... 419
Section 1. Conditions... 420
§ 1. Conditions relatives à l’adoptant... 420
§ 2. Conditions relatives à l’adopté... 422 DROIT DE LA FAMILLE
12
§ 3. Conditions relatives au rapport adoptant-adopté... 426
Section 2. Procédure de l’adoption plénière... 427
Section 3. Effets de l’adoption plénière... 429
Chapitre 2. L’adoption simple... 433
Section 1. Les conditions de l’adoption simple... 433
Section 2. Effets de l’adoption simple... 435
Section 3. Révocation de l’adoption simple... 439
Chapitre 3. L’adoption internationale... 441
SOUS-PARTIE2. LE DROIT DE L’ÉDUCATION... 445
Titre 1. Le gouvernement de l’enfant : l’autorité parentale... 447
Annexe II... 450
Chapitre 1. La dévolution de l’autorité parentale... 465
Section 1. Titulaires du droit d’autorité parentale... 466
§ 1. Dévolution initiale... 466
§ 2. Changements ultérieurs... 467
§ 3. Retrait de l’autorité parentale... 467
§ 4. La fin de l’autorité parentale... 470
Section 2. Titulaires de l’exercice de l’autorité parentale... 472
Sous-section 1. Les varietes possibles... 473
§ 1. L’exercice conjoint de l’autorité parentale... 473
§ 2. L’exercice exclusif de l’autorité parentale... 476
§ 3. L’exercice délégué de l’autorité parentale... 478
Sous-section 2. La procédure d’organisation... 481
§ 1. Organisation conventionnelle... 481
§ 2. Organisation judiciaire... 482
Chapitre 2. La mission d’autorité parentale... 487
Section 1. Contenu de l’autorité parentale... 487
Section 2. Contrôle et limitation de l’autorité parentale... 491
§ 1. Remise provisoire de l’enfant à un tiers... 492
§ 2. L’assistance éducative... 493
Titre 2. L’entretien matériel de l’enfant... 499
Chapitre 1. Le devoir d’entretien des parents... 501
Chapitre 2. L’administration et la jouissance des biens des enfants.... 507 SOMMAIRE
Chapitre 3. L’action à fins de subsides... 511
TROISIÈME PARTIE. LA SOLIDARITÉ FAMILIALE... 515
Chapitre 1. La solidarité par le nom : le nom de famille... 517
Section 1. L’attribution initiale du nom... 519
Section 2. Le changement de nom... 522
§ 1. Changements consécutifs à une modification d’état civil... 524
§ 2. Changement de nom sans modification de l’état... 525
§ 3. Changement de prénom... 525
Chapitre 2. La solidarité par l’entraide : l’obligation alimentaire... 527
Section 1. La vocation aux aliments... 527
§ 1. Le cercle de solidarité familiale... 528
§ 2. Déchéance exceptionnelle de la vocation aux aliments... 530
Section 2. Mise enœuvre : la pension alimentaire... 531
§ 1. Fixation de la pension alimentaire... 532
§ 2. Régime juridique de l’obligation alimentaire... 536
§ 3. Paiement de la pension alimentaire... 538
§ 4. Sanctions de l’obligation alimentaire... 541
Index alphabétique... 549 DROIT DE LA FAMILLE
14
INTRODUCTION
1 Définition.La famille, notion dont chacun connaît intuitivement le contenu, se définit en droit comme un groupe de personnes qui sont reliées entre elles par des liens fondés sur l’alliance et la parenté: dans la conception traditionnelle, elle repose donc sur le mariage et la filiation. La simple affection, même avec vie commune, n’y suffit pas : malgré l’extension actuelle du concubinage, on ne parle pas de véritable famille avant le lien créé par un enfant, lien de filiation.
Mais, déjà ici, on voit apparaître aujourd’hui une question nouvelle, issue des bouleversements récents : le lien créé par le PACS est-il un lien de nature fami- liale ? Il ne s’agit pas de pure terminologie car des conséquences juridiques sont en jeu (par exemple la protection de la vie familiale assurée par la Convention euro- péenne des droits de l’homme). La réponse affirmative donnée par la jurisprudence (cf.infra, nº 424) montre d’emblée la profondeur des mutations en cours qui caractérisent la matière : les contours et la notion même de famille sont désormais moins rigides.
La famille est une réalité sociologique, économique et juridique.
2 Aspect sociologique. Du point de vue sociologique, l’unité que forme la famille se rencontre dans toutes les formes de vie sociale. Même si, au fur et à mesure de l’évolution des sociétés, ce groupe est moins structuré parce que moins vital, l’intensité du lien demeure. Le regroupement en tribus ou en familles est un phénomène constant dans toutes les sociétés primitives. Lorsque les sociétés évo- luent, et que l’autorité de l’État intervient pour prendre en charge la sécurité des individus, de sorte que l’autodéfense facilitée par le regroupement est moins néces- saire, on assiste à unedissémination du groupe familial. Le lien n’en demeure pas moins très fort, même s’il se traduit de manière différente. Et même dans des socié- tés évoluées comme nos sociétés occidentales modernes, l’importance de la famille dans la vie sociale demeure considérable.
3 Aspect économique.Du point de vueéconomique, la famille constitue égale- ment une cellule fondamentale. Elle est, en effet, constitutive d’uneunité de pro- duction(de richesses ou d’économies).
Ce que l’individu isolé pourrait difficilement faire seul, le groupe familial le peut de manière beaucoup plus efficace. Ici encore, cette vérité, incontestablement de première importance dans les sociétés primitives, tend à s’affaiblir dans les sociétés évoluées. Il ne faut cependant pas croire qu’elle disparaît totalement1. Même dans notre société actuelle, l’unité économique que représente la famille en tant que cellule de mise en commun de ressources est loin d’être négligeable et les
« dynasties » sont dans le monde éco-capitaliste une réalité incontestable : l’un des axes de la réforme des successions en 2006 a d’ailleurs été de faciliter la transmis- sion (familiale) des entreprises. Sans doute le phénomène est-il de moindre impor- tance lorsque l’on se trouve en présence de professions salariées en cours d’exer- cice. Mais une fois la retraite venue, ainsi que pour l’exercice d’une profession commerciale, artisanale, libérale, et surtout agricole, l’entraide familialedemeure un fait sociologique de première importance. La collaboration du conjoint surtout, mais également parfois des enfants et des descendants, à l’unité de production, est un fait constant. Il faut y ajouter, dans tous les groupes sociaux, les aides en nature de toutes sortes qui s’y prodiguent (logement, éducation des enfants, loisirs, etc.) et qui constituent autant de« services » économiquement appréciables. Les périodes de difficultés économiques font régulièrement resurgir l’importance du phénomène tant il devient alors sensible qu’il est moins onéreux de vivre en groupe qu’isolé (charge des loyers par exemple) : nul n’ignore qu’un des problèmes du divorce est qu’il paupérise souvent chacun des deux époux.
4 Aspect juridique.Du point de vuejuridique, enfin, l’existence de la famille est universellement reconnue et produit maints effets. Cependant, la reconnaissance du groupe familial n’a jamais été jusqu’à lui conférer lapersonnalité morale. Bien que les relations au sein de ce groupe, notamment sur le plan matrimonial, fassent l’ob- jet d’une organisation très précise et qu’à beaucoup d’égards la famille soit traitée comme une entité (par exemple du point de vue fiscal ou du point de vue social), notre droit ne lui reconnaît pas une personnalité juridique autonome. On remarque d’ailleurs que cette position n’est pas isolée et que les droits voisins ne reconnais- sent pas non plus à la famille une telle personnalité2. Le principal obstacle vient de la composition trop mouvante de la famille, qui rend difficile l’identification pré- cise de ses limites et par conséquent de ses membres3. Cela n’empêche pas qu’en certains domaines particuliers, on rencontre une sorte d’ébauche de propriété fami- liale (par exemple pour les souvenirs de famille : v.infra, nº 701).
■
1. LEGUIDEC, Regards sur les fonctions économiques de la famille,Mél. HAUSER, Dalloz, 2012, p. 300.– LECAILLON,La famille, source de prospérité, éd. Regnier, 1995.■
2. En faveur d’une telle reconnaissance, v. R. SAVATIER,D.1939, chron. 49.–REYNAUD-CHANON,D.1987, chron. 264.
■
3. Ainsi la notion de « membres de la famille » est trop floue pour fournir la base d’un texte pénal : est contraire à la Constitution le texte qui qualifie d’«incestueuses» les agressions sexuelles commises par les membres de la famille (Cons. constit., 16 septembre 2011, nº 2011-163 QPC ; JCP2011.1160, note LEPAGE).DROIT DE LA FAMILLE
16
§ 1. LE LIEN FAMILIAL
5 Double nature du lien familial. Le lien familial peut être d’une double nature : il peut résulter soit dumariageou duPACS, soit de lafilia- tion, c’est-à-dire d’un lien du sang. On dénommeparentéle lien issu du sang, tan- dis qu’on dénomme alliance le lien issu du mariage ou, à un moindre degré, du PACS.
6 Le lien de parenté.La parenté elle-même s’est longtemps colorée d’une quali- fication différente selon la nature du lien de filiation qui l’a fait naître : on parlait de parenté légitimeen présence de personnes reliées par un lien de filiation légitime (c’est-à-dire rattaché à un mariage), deparenté naturelleen présence de personnes reliées par un lien de filiation naturelle (c’est-à-dire non rattaché à un mariage), de parenté adoptiveen présence de personnes reliées par un lien de filiation adoptive (c’est-à-dire entièrement artificielle). Et si la réforme du 4 janvier 2005 a fait dispa- raître la distinction entre parentés légitime et naturelle, il reste celle entre la parenté biologique et la parenté adoptive (infra, nos499 et s.).
Cette parenté se divise en une parenté en ligne directe et une parenté en ligne collatérale.
7 Ligne directe.La parenté en ligne directe relie les descendants aux ascendants.
La ligne descendantene pose aucun problème : elle est constituée des enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, etc.
On calcule ledegré de parentéen comptant le nombre de générations séparant les deux intéressés (art. 741). Par exemple, un père et un fils sont parents au pre- mier degré, un grand-père et un petit-fils sont parents au deuxième degré, un arrière-grand-père et un arrière-petit-fils sont parents au troisième degré.
Enligne ascendante, la parenté se divise, ce qui donnera lieu, notamment en droit successoral, à l’institution que l’on appelle la fente (art. 746 :« la parenté se divise en deux branches, selon qu’elle procède du père ou de la mère »). Il y a une ligne directeascendante paternelleet une ligne directeascendante maternelle. Au sein de chacune de ces lignes, ledegré de parenté se calcule de la même manière que dans la ligne descendante.
INTRODUCTION
TABLEAU DE LA PARENTÉ EN LIGNE DIRECTE
8 Ligne collatérale.La parentéen ligne collatéraleest celle qui unit des person- nes qui ont un auteur commun. L’exemple le plus simple est celui des frères et sœurs: ils ont en commun leurs parents et sont donc des parents collatéraux. Il en est de même des oncles et neveux, des cousins, etc.
Cette parenté en ligne collatérale peut se trouver dans la ligne paternelle ou dans la ligne maternelle (oncle paternel ou maternel, etc.) ou encore dans les deux lignes à la fois. Entre frères et sœurs, par exemple, il peut y avoir un lien dans les deux lignes, s’ils ont les deux parents en commun : on les dénommera frères et sœurs germains.
Il peut y avoir un lien ducôté paternelseulement si ce sont des demi-frères par leur père : on les dénommerafrères et sœursconsanguins.
Il peut y avoir un lien ducôté maternelseulement si ce sont des demi-frères par leur mère : on les dénommerafrères et sœursutérins.
Le calcul dudegré de parentéen ligne collatérale s’effectue en additionnant le nombre de générations séparant chacun des intéressés de l’auteur commun (art. 743). Par exemple, entre frères et sœurs, le degré de parenté est le deuxième : une génération pour remonter du premier frère aux parents communs, une deuxième génération pour redescendre des parents communs au deuxième frère.
DROIT DE LA FAMILLE
18
TABLEAU DE LA PARENTÉ EN LIGNE COLLATÉRALE
Le calcul de ce degré de parenté a une incidence notamment endroit successo- ral: on signalera, dès maintenant, que la vocation successorale va jusqu’au sixième degré. Il est beaucoup plus rare d’attacher des effets à la parenté en général, sans limite de degré (v. toutefois art. 449 et 456 pour le tuteur et le conseil de famille).
9 Lien d’alliance.Le lien d’alliancequi s’oppose au lien de parenté est celui issu d’un mariage (mais ni le PACS ni le concubinage ne peuvent créer de lien juri- dique d’alliance, en ce sens qu’ils se limitent aux intéressés sans s’étendre à leurs familles respectives). Ce mariage fait naître, bien entendu, au premier chef, un lien d’allianceentre les époux. Mais le lien d’alliance ne se limite pas là : le mariage fait également naître un lien d’allianceentre chacun des époux et la parenté de l’autre.
C’est pourquoi le lien d’alliance existe également en ligne directe ou en ligne col- latérale.
En ligne directe, il existe un lien d’alliance entre chaque époux et les parents de l’autre. Ceux-ci deviennent lesbeaux-parentsde leurgendreou de leurbru(sou- vent appelés aussi beau-fils et belle-fille).
Il existe également un lien d’alliance entre chaque époux et les enfants que l’au- tre peut avoir déjà d’une précédente union : le nouveau conjoint devient leparâtre ou lamarâtrede sesbeaux-enfants(le langage courant emploie plutôt les termes
INTRODUCTION
de« beau-père » et « belle-mère », même s’ils font confusion avec les parents du conjoint).
TABLEAU DES LIENS D’ALLIANCE
En ligne collatérale, les frères et sœurs de chaque époux deviennent lesbeaux- frèresetbelles-sœursdu conjoint.
Le lien d’alliance se limite aux rapports de chaque époux avec la parenté de l’autre. Le mariage ne crée pas de liens généraux entre les deux familles, c’est-à- dire entre les parents d’un époux et les parents de l’autre. Ainsi les parents des deux époux, ou les frères des deux époux, n’ont aucun lien entre eux (faux beaux-frères), ce qui entraîne que, dans les« familles reconstituées », il n’existe aucun lien d’al- liance entre les enfants« personnels »de chacun des deux époux.
§ 2. LE CERCLE FAMILIAL
10 Double conception générale. Ces deux fondements du lien familial, parenté et alliance, donnent naissance àdeux conceptions différentes de la famille en général, selon la priorité que l’on donne à l’un ou à l’autre. Si l’on DROIT DE LA FAMILLE
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donne le pas au lien de parenté, on se trouvera en présence d’une conception de la famille ditelignageousouche(lagensdu droit romain), cercle assez étendu.Si l’on donne, au contraire, le pas au lien d’alliance, on se trouvera en présence d’une conception de lafamille-foyer(ladomusdu droit romain), cercle plus restreint.
L’évolution des civilisations démontre que l’on tend généralement à passer pro- gressivement d’une conception de la famille-souche à la famille-foyer.
Ainsi, àRome, lagens, tout d’abord, était le premier cadre familial, où même les enfants majeurs et leurs conjoints demeuraient placés sous la puissance dupater familias. Mais, au fur et à mesure de l’évolution du droit romain, l’on a assisté à un phénomène de rétrécissement de la famille et, sous l’Empire, c’est la conception de la famille-domusqui l’emportait.
La même évolution s’est retrouvée dans notre droit français.L’Ancien Droit faisait en effet incontestablement prédominerle lignagesur le foyer. Cela se mar- quait tout spécialement dans le droit des successions, où le conjoint n’avait que des prérogatives très limitées, n’ayant aucune vocation à la succession immobilière et n’ayant vocation sur les successions mobilières qu’à un usufruit (appelé douaire jouant le plus souvent au profit des veuvesdouairières). LeCode civil, dans sa rédaction primitive, était fortement inspiré de l’Ancien Droit et traduisait encore une conception de la famille-souche. Par exemple, un enfant, même majeur, ne pouvait se marier sans requérir le consentement, ou du moins l’avis (selon son âge) de ses parents. C’est au cours duXXesiècle que le renversement de conception s’est totalement marqué. On a assisté à un phénomène de rétrécissement de la famille qui s’est traduit par un dépérissement des conséquences juridiques du lignage au profit d’un renforcement du foyer4.
11 Évolution : dépérissement du lignage au profit du foyer.Le dépérissement des liens du lignage s’est marqué essentiellement dans les mœurs, avant d’être consacré juridiquement. On peut en citer comme exemples le fait que les collaté- raux n’ont aucune prérogative sur le plan personnel, aucune obligation, ni aucun droit alimentaire, que les ascendants n’ont qu’un rôle subsidiaire par rapport au conjoint (par exemple pour être désigné en qualité de tuteur d’un conjoint incapable majeur). Sur le plan patrimonial, les collatéraux peuvent être écartés de la succes- sion par des dispositions testamentaires et, en toute occurrence, les tarifs fiscaux les déshéritent substantiellement (autre moitié) au profit de la collectivité nationale.
Parallèlement à ce dépérissement du lignage, s’est manifesté un renforcement du foyer. Le groupe qui constitue aujourd’hui la véritable famille est celui constitué par les époux et leurs enfants vivant au foyer. Toute une série de dispositions sont venues renforcer la place du conjoint dans les relations familiales.
Les institutions sociales, la protection du logement et des biens familiaux ont marqué cette prédominance du foyer seul concerné par la« politique de la famille » faite de multiples aides sociales. Sur le plan successoral, une série de réformes a
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4. Sur cette évolution, v. surtout J. CARBONNIER,Cinquante années de transformation de la famille fran- çaise, Flexible Droit, LGDJ, 1983, p. 125 (texte non repris dans les éditions plus récentes). Et, de manière plus générale, LEFEBVRE-TEILLARD,Introduction historique au droit des personnes et de la famille, PUF, 1996.–LEVYet CASTALDO,Histoire du droit civil, Dalloz, 2002, nos57 à 83.INTRODUCTION
amélioré la situation du conjoint survivant, tout particulièrement les lois du 3 décembre 2001 et du 23 juin 2006.
Plus récemment, la nécessité d’un mariage juridique s’est estompée et le foyer se conçoit aujourd’hui autant formé de partenaires ou concubins que d’époux.
On peut donc dire que l’évolution récente du droit de la famille a été deconcen- trercelui-ci sur le foyer.
Il est parfois même proposé d’aller plus loin : l’idée defamille « monoparen- tale »se développe aujourd’hui avec l’accroissement à la fois des divorces sans remariage et des maternités sans mariage. La famille se réduit alors à l’extrême : un seul parent et, souvent, un seul enfant.
En outre, sa composition sociologique connait une souplesse croissante et l’on voit se dégager une notion de « famille recomposée », sorte de combiné entre le modèle classique qui demeure attrayant et les impératifs de la liberté de rejeter des liens, serait-ce pour en créer d’autres.
Non sans un certain paradoxe, cette évolution qui fait du foyer, même variable, le centre de la vie quotidienne, protège par contrecoup la famille par le sang : car la facilité croissante à rompre le lien d’alliance (par divorce ou rupture du PACS) emporte que celui-ci est devenu plus fragile et moins durable que le lien de parenté : de ce point de vue, la famille-souche demeure ou redevient fondamentale au bénéfice d’une permanence plus assurée.
12 Relâchement du lien et de la hiérarchie et promotion de la liberté indivi- duelle.Mais cette évolution s’est accompagnée ou, plus exactement, s’est trouvée relayée, depuis un demi-siècle, par un second phénomène social qui est celui du relâchement du lien familial au bénéfice de l’idée de liberté individuelle.
Pendant longtemps, la famille a été conçue comme une sorte d’unité militaire participant à l’organisation sociale générale, et organisée autour d’une structure marquée par un lien de hiérarchie puissant entre les mains du père de famille, maî- tre à la fois de son épouse5et de ses enfants. Mais, depuis le milieu duXXesiècle, on a vu se former un droit de la personne humaine et apparaître un fort mouvement tendant au respect et à la consécration des différentes libertés individuelles. La soli- darité patrimoniale étant assurée par les institutions étatiques, le lien personnel peut se relâcher et chaque individu prendre, sur le plan de sa personne, plus d’auto- nomie.
C’est pourquoi l’évolution contemporaine est celle de l’affirmation de l’autono- mie des individusau sein de la famille qui ne peut que s’effectuer au détriment de la force du lien familial.
L’évolution individualiste suivie par notre droit des personnes a entraîné que la liberté de chacun des membres de la famille est de mieux en mieux protégée contre les atteintes que pourraient lui porter le lien et la hiérarchie de la famille, lesquels sortent naturellement diminués de cette évolution des choses. Si l’on pouvait déjà écrire en 1950 que« l’histoire de notre droit civil du mariage depuis cinquante ans
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5. J. PORTEMER,La femme dans la législation royale des deux derniers siècles de l’Ancien Régimein Mél. Petot, Dalloz, 1959, p. 441.DROIT DE LA FAMILLE
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est l’histoire d’une libération continue »6, on peut dire aujourd’hui que c’est toute l’histoire duXXesiècle.
Cette évolution s’est marquée par le remplacement progressif de la hiérarchie par une égalité et une indépendance, tout particulièrement au sein du couple marié. Le mariage, comme on le verra en l’étudiant, ne fait plus naître l’ancien lien de hiérarchie caractérisé par la prédominance d’un chef de famille. La notion même de chef de famille a été abolie de notre droit civil par la loi du 4 juin 1970 (en 1982 seulement par le droit fiscal) et le mariage ne fait naître que des droits et obligations réciproques entre deux époux considérés sur un pied de stricte égalité aujourd’hui placé sous la protection de la Convention européenne des droits de l’homme7.
Quant aux liens, leur relâchement a permis une plus grande liberté de chacun. Il en résulte que le lien matrimonial est de moins en moins contraignant, ce qui se traduit, par exemple, par un accroissement de l’autonomie et de l’indépendance de chaque époux pendant le mariage, ainsi que par une plus grande facilité pour chaque époux de se libérer de ce lien par un divorce.
Au-delà de la hiérarchie, c’est l’idée même d’engagement qui s’est trouvée atteinte : même égalitaire, le mariage crée un lien juridique que la poussée de l’in- dividualisme rejette souvent. C’est ce qui explique l’accroissement spectaculaire, depuis les années 1970, de l’union libre, puis l’instauration du PACS librement résiliable, et l’admission de véritables familles ou foyers sans mariage.
De même, l’abaissement de l’âge de la majorité est une manière de réduire au minimum la période pendant laquelle les enfants sont soumis à l’autorité parentale.
On a pu écrire que le droit de la famille est devenu un droit« individualiste, libé- rateur et émancipateur », recherchant le bonheur de l’individu« contre le groupe, contre le caractère indissoluble et sacré des liens et de la hiérarchie »et en fin de compte un droit« anti-familial »8 et, dès 1984, le Conseil économique et social a relevé les « évolutions sans précédent qui ont marqué la démographie des ménages au cours de la dernière décennie », constatant l’abandon ou l’affaiblissement des « principes du respect de la hiérarchie patriarcale, du respect de l’institution, de la force de la légitimité en matière de filiation et de succession, de l’engagement personnel solennel au profit d’une promotion des principes de la liberté personnelle, du respect de l’intérêt particulier de chacun des membres du couple en tant qu’individu, de l’égalité entre les membres du couple pendant le mariage dans leurs relations réciproques et dans leurs responsabilités et prérogatives à l’endroit de leurs enfants, de l’équité entre enfants naturels, adoptifs et légitimes ». Le mouvement n’a fait que se renforcer pour aboutir à la véritable refondation du droit de la famille au début du
XXIesiècle (infra, nº 15).
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6. CARBONNIER,Terre et ciel dans le droit français du mariageinMél. Ripert, Dalloz, 1950, p. 328.■
7. Au point qu’une loi étrangère contraire ne peut recevoir application en France : Cass. 1reciv., 24 février 1998,Bull. civ.I, nº 71 (pour une ancienne loi suisse donnant une priorité au mari sur certains droits patrimoniaux).–V. aussi pour les ruptures réservées au seul mari : Cass. 1reciv., 4 novembre 2009, nº 08-20574 ;Bull. civ.I, nº 217.–Cass. 1reciv., 23 novembre 2013, nos12-25802 et 12-21344.■
8. E.DUPONTAVICE,Droit au bonheur et droit de la familleinMél. Voirin, LGDJ, 1967, p. 678.INTRODUCTION
Certains y ont vu une crise de la famille9mais toute évolution n’est pas crise : la famille vit différemment entre individus égaux et dégagée de la pression sociale, mais elle n’en est pas moins vivante pour autant.
L’individualisme peut aboutir à une satellisation extrême des cellules familia- les : les« familles monoparentales »(où l’enfant est élevé par un seul parent à la suite d’un divorce ou par défaut de tout mariage) sont en nombre croissant, tout spécialement en milieu urbain.
Or ces phénomènes sont extrêmement importants, car le droit ne fait, en réalité, que suivre dans ces matières l’évolution des mœurs. C’est d’ailleurs l’un des traits fondamentaux du droit de la famille que cette dépendance de l’état des mœurs.
§ 3. LE DROIT FAMILIAL
13 Originalité du droit de la famille.Le droit de la famille pré- sente, bien qu’il soit incontestablement une discipline appartenant au droit civil, une certaine originalité et une certaine autonomie au sein de celui-ci10qui se traduit notamment par un foisonnement de publications et revues spécifiques11. Ses traits particuliers se marquent tout à la fois dans son fondement, dans son évolution et dans son application.
14 Quant à son fondement.Quant aufondementdu droit de la famille, il résulte essentiellement de l’état sociologique de la population à régir. Plus que toute autre branche juridique, ce droit estdépendant des bouleversements sociologiques. Il est directement influencé par lesconceptions morales, ainsi que par les conceptions religieusesqui sont en vigueur dans une population à un moment donné. Il ne faut pas oublier à cet égard que, sous l’Ancien Droit, le droit de la famille ne dépendait pas de l’autorité publique mais de l’autorité ecclésiastique, de sorte qu’il se confon- dait purement et simplement avec la doctrine religieuse en la matière et qu’il en va encore ainsi dans de nombreux pays (notamment musulmans).
Si la séparation de l’Église et de l’État, puis la distorsion des conceptions reli- gieuses et des conceptions sociologiques se sont accentuées et ont rompu ce lien, certaines traces importantes en subsistent12.
15 Quant à son évolution contemporaine.L’évolution qu’a subie le droit de la famille au cours du dernier demi-siècle est d’ailleurs caractéristique de cette dépen- dance vis-à-vis de l’état des mœurs de la population.
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9. E.DELAGRANGE,La crise de la familleinMél. Weill, Dalloz, 1983, p. 353.■
10. Sur cette originalité, v. E. du PONTAVICE,L’autonomie du droit de la famille, 1974 ; Archives philo- sophiques du droit 1975.–H. GAUDEMET-TALLON,De quelques paradoxes en matière de droit de la famille, RTD civ.1981.719.–HAUSER,Grandeur et décadence du droit de la famille à la fin duXXesiècleinMél.Huet-Weiller, Dalloz, 1996, 235.
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11. V. la bibliographie,infra, nº 22.■
12. V. DEKEUWER-DEFOSSEZ,Réflexions sur les mythes fondateurs du droit contemporain de la famille, RTD civ.1995, 249 etModèles et normes en droit contemporain de la familleinMél. Mouly, 1998, 281 et s.DROIT DE LA FAMILLE
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C’est, en effet, une constatation sociologique que l’importante évolution de l’état des mœurs en Occident depuis les années 1950-1960. Et l’on remarque que le droit de la famille a partout subi un bouleversement total depuis un demi-siècle.
En France, aucune partie du droit civil n’a été aussi profondément remaniée que le droit de la famille. C’est au point qu’à l’heure actuelle il ne subsiste à peu près rien non seulement du Code civil initial, mais même du droit positif des années 1950-1960.
Dans ce bouleversement total, on peut distinguer trois phases.
— La premièreest celle d’unerefondationque l’on peut appeler la «rénova- tion Carbonnier», du nom de l’auteur de la plupart des projets ayant abouti aux lois concernées. Ainsi une loi du 14 décembre 1964 a refondu la matière du droit des tutelles des mineurs; une loi du 13 juillet 1965 a refondu le régime des rap- ports patrimoniaux entre les époux; une loi du 11 juillet 1966 a réformé l’adop- tion; une loi du 4 juin 1970 a remplacé la puissance paternelle parl’autorité paren- tale qu’elle a organisée ; une loi fondamentale du 3 juillet 1972 a entièrement refondule droit de la filiation; une loi du 5 juillet 1974 a abaissé l’âgede la majo- ritéà 18 ans ; une loi du 11 juillet 1975 a entièrement refondule droit du divorce.
— La deuxième phasea été celle desretouchesapportées aux réformes (dites parfois «toilettages») : une loi du 22 juin 1982 a modifié, sur un point précis mais de portée considérable, l’établissement de lafiliation naturelle, tandis qu’une loi du 10 juillet suivant organisait la collaboration professionnelle entre époux dans les professions commerciales, artisanales et libérales ; une loi du 23 décembre 1985 est venue achever l’égalité entre les époux dans le domaine patrimonial, tant en ce qui touche leurs biens que l’administration de ceux de leurs enfants ; une loi du 22 juil- let 1987 a adopté le droit de l’autorité parentaleau développement des divorces (en organisant la «garde conjointe») et des concubinages (en facilitant l’éducation en commun des enfants naturels) ; une loi du 8 janvier 1993 a retouché de multiples points, à la fois quant à l’autorité parentale (sur les enfants naturels), quant à la filiation(naturelle) et, plus profondément à terme, quant à lajuridiction familiale (création du juge aux affaires familiales). Une loi du 5 juillet 1996 a retouché (plus que réformé) le droit de l’adoptionet une loi du 30 juin 2000 a modifié la presta- tion compensatoire après divorce.
— La troisième phaseest celle que nous vivons à l’heure actuelle et que l’on pourrait appeler celle de larévolution duXXIesiècle. C’était une erreur de penser que le nouvel état issu de la refondation précédente s’installerait dans la stabilité.
Les mouvements tectoniques de la société se sont poursuivis et le changement de siècle s’est marqué par de nouvelles transformations, souvent plus radicales que les précédentes : institution du PACS (loi du 15 novembre 1999, refondue par celle du 23 juin 2006) ; réforme du droit des successions (loi du 23 juin 2006 précédée de celle du 3 décembre 2001 sur les droits du conjoint survivant) ; refonte du droit de l’autorité parentale (loi du 4 mars 2002 et ordonnance du 15 octobre 2015) ; instau- ration d’un régime du nom de famille (autre loi du 4 mars 2002 puis du 4 juillet 2005) ; réforme du divorce (loi du 26 mai 2004 et du 18 novembre 2016) ; transfor- mation totale du droit de la filiation (d’abord par les lois «bioéthique» du 29 juil- let 1994 et 6 août 2004, et ensuite et surtout par l’ordonnance du 4 juillet 2005 et sa ratification modificative la loi du 16 janvier 2009) ; refonte du droit des incapables
INTRODUCTION
(loi du 5 mars 2007) ; rénovation de la juridiction familiale (loi du 12 mai 2009) ; mesures de protection contre les violences conjugales (loi du 9 juillet 2010) ; ouver- ture du mariage aux couples de même sexe (loi du 17 mai 2013). Et ce mouvement se poursuit, comme en atteste le débat sur l’ouverture à tous de la procréation médi- calement assistée (PMA), voire le sort à réserver à la gestation pour autrui (GPA).
16 Facteurs de révolution. C’est que, malgré la refondation de 1960-1975 (conçue d’ailleurs à bien des égards par son auteur même comme destinée à facili- ter des transitions et non à cristalliser de nouveaux régimes), l’état du droit s’est trouvé de nouveau dépassé par un triple bouleversement :
— sur le plan scientifique, les progrès révolutionnaires de la médecine (trans- sexualisme, procréation assistée, empreintes génétiques) ont ébranlé ou rendu obso- lètes de nombreuses règles classiques ; ils ont conduit aux lois du 29 juillet 1994, dites «lois sur la bioéthique» (révisées en 2004, puis en 2011 et 2013) concernant à la fois le régime du corps humain et la procréation médicalement assistée puis à la refonte du droit de la filiation par l’ordonnance du 4 juillet 2005 et la loi du 16 jan- vier 2009 ;
— sur le plan juridique, l’intervention croissante de conventions internationa- les, au premier rang desquelles la Convention européenne des droits de l’homme et la Convention de New York du 26 janvier 1990 sur les droits de l’enfant (mais aussi des traités quant à la compétence judiciaire et les effets des décisions étrangè- res), obligent inévitablement à un renouvellement profond13, par exemple en matière de rejet des discriminations (égalité des filiations, reconnaissance d’une vie familiale homosexuelle, droit au regroupement familial) ;
— sur le plan sociologique, on a assisté à une vive accélération de l’effort déjà amorcé par les lois de 1972 sur la filiation et de 1975 sur le divorce pour mettre à l’écart des jugements d’ordre moral au profit d’une «objectivisation», des situa- tions où l’on a pu voir les bases d’une «théorie générale du droit familial» repous- sant les discriminations14, parfois non sans résistances, comme lors des mouve- ments de foule au moment de l’introduction du PACS en 1999 et du mariage pour tous en 2013.
17 Quant à son application.Enfin, en ce qui concernel’application, le droit de la famille présente une originalité certaine. L’application directe de la règle de droit se heurte, en effet, à des difficultés sociologiques ici plus qu’ailleurs. L’intervention du juge est délicate dans les rapports qui se nouent au sein de la famille. Lorsque ces rapports sont bons, ils font normalement partie du domaine dunon-droit. Ce n’est qu’en cas de difficultés extrêmes, caractérisant l’existence d’une crise, que la règle de droit trouvera à s’appliquer. C’est donc une matière où la règle de droit présente un grand degré d’ineffectivité: on entend par là le phénomène de déperdition de la règle de droit, c’est-à-dire le phénomène de non-respect en pratique des principes figurant dans la loi.
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13. V. notamment « Internationalisation des droits de l’homme et évolution du droit de la famille » (Col- loque de LERADP de Lille), LGDJ, 1996.–VASSEUR-LAMBRY,La famille et la Convention européenne des droits de l’homme, éd. L’Harmattan, 2001.–A. GOUTTENOIRE,La famille dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, Dr. fam. 2013, étude nº 3.■
14. V. J. HAUSER,Vers une théorie générale du droit familial ?,D.1991, chron. p. 56.DROIT DE LA FAMILLE
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Cette difficulté est, en réalité, causée parl’impuissancede la seule règle de droit à régler les conflits de nature familiale. Ce n’est pas une décision de justice qui pourra apaiser des conflits entre époux ou résoudre des difficultés d’éducation d’un enfant. Comme on l’a souligné, «les procès familiaux ne ressemblent pas aux autres»15. L’expérience confirme, il est vrai, qu’ils sont souvent aussi âpres et passionnels que des procès entre... voisins.
Cette ineffectivité ne semble d’ailleurs plus se limiter aux cas de conflits fami- liaux : depuis quelques années, elle gagne les institutions mêmes de la famille et l’on relève une désaffectation pure et simple des jeunes générations pour les cadres légaux et une tendance à vivre en dehors d’eux, tout particulièrement du mariage.
C’est que, de plus en plus, la vie familiale est conçue comme constituant un domaine réservé, purement privé, qui échappe à l’emprise étatique. On a pu parler de «privatisation»de la famille, rejetant l’autorité publique au seul rôle d’arbitre des conflits individuels, comme dans les autres matières, sans légitimité pour exer- cer un contrôle en dehors de ces conflits : très significatif de ce recul est l’ouverture en 2013 du divorce sans juge en cas de consentement mutuel des époux (v.infra, nos444 et s.). Et l’on constate que les États eux-mêmes, et les organismes supra nationaux plus encore, organisent et protègent la vie familiale contre l’intervention de la puissance publique16. Autrefois considérés comme intéressant au premier chef l’ordre public en ce que l’organisation sociale dans son ensemble reposait sur la « cellule de base » qu’était la famille, les relations familiales tendent à être aujourd’hui regardées comme purement privées. D’où le recul du rôle du droit pénal17et, même du point de vue purement civil, l’effacement de la notion d’ordre public au profit d’une libre organisation de leurs relations par les individus (auxquels plusieurs modèles sont parfois proposés, en particulier pour la vie en couple : cf.infra,nº 23 et s.).
18 Rayonnement du droit de la famille.De plus en plus, le statut familial inté- resse d’autres domaines que le droit civil. Le« Code de la famille » au titre trom- peur n’est qu’un ensemble de dispositions d’ordre social. Le droit administratif lui- même a dégagé des principes généraux du droit de la famille, à partir du droit fon- damental à une« vie familiale normale »18, cependant que le droit social, le droit fiscal, le droit de la sécurité sociale et de la santé publique, ou encore le droit du travail prennent de plus en plus en compte l’originalité de la famille19.
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15. MALAURIEet FULCHIRON, nº 41.■
16. J.-B.D’ONORIO,La protection constitutionnelle du mariage et de la famille en Europe,RTD civ.1988.I.
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17. V. BICHERON,La protection de la famille par le droit pénal, Livre du bicentenaire, Dalloz, 2010, p. 539 et s.■
18. V. GEFFROY,La famille dans la jurisprudence administrative, D.1986, chron. 1.■
19. Faculté de Poitiers,Le droit non civil de la famille, PUF, 1983.–ALLIARD,Famille et droit public, LGDJ, 1996.–FARGEet MARIA(dir.),Le lien familial hors du droit civil de la famille, éd. Varenne, 2014.INTRODUCTION
§ 4. LA JURIDICTION FAMILIALE
19 Création progressive d’un juge familial. Conscient de la particularité du droit de la famille, le monde judiciaire a ressenti de plus en plus fort l’inadaptation des juridictions de droit commun, pour intervenir en ce domaine.
Il y aurait aujourd’hui une sorte d’incongruité à faire trancher ces matières par le même juge qui statue sur les crédits bancaires ou la responsabilité des architectes.
C’est pourquoi la tendance récente a été de spécialiser certains magistrats dans ces matières afin que leur intervention ne soit plus la pure manifestation d’un pou- voir de décision, mais se nuance de la recherche d’une solution faisant appel, au- delà des règles de droit, à des éléments psychologiques, sociologiques, etc.
Le juge des enfants est apparu le premier, le magistrat spécialisé dans ce qui concerne les difficultés d’éducation de l’enfant, notamment dans leurs aspects
« disciplinaires ».
Puis deschambres de la famille ont été créées dans certaines juridictions, qui ont permis, en 1975, l’apparition du juge aux affaires matrimoniales, qui doit régler, par un mélange de décision et de conciliation, les difficultés apparaissant lors du divorce ou après celui-ci. Plus récemment, provenant en particulier du Canada, sont apparues l’idée et la pratique de recourir en la matière aux services de médiateurs.
Ces« essais »ont abouti à la création, en 1993, du« juge aux affaires familia- les » puis à l’extension de ses compétences par la loi du 12 mai 2009 (CPC, art. 1070 et s. et C. organisation judiciaire, art. L. 213-3 et s.), le décret du 17 décembre 2009, puis encore la loi du 9 juillet 2010 sur les violences conjugales (C. civ., art. 515-9 et s.) et son décret d’application du 29 septembre 2010. Ce
« JAF », membre spécialisé du tribunal de grande instance, regroupe entre ses mains les compétences autrefois éclatées entre le juge des tutelles, le juge aux affai- res matrimoniales et le tribunal de grande instance ou son président : conflits en cours d’union entre époux, pacsés ou concubins, contentieux du divorce, des séparations et de leurs suites (quel que soit le fondement juridique : indivision, enri- chissement sans cause, société de fait, responsabilité civile, etc.), questions de nom et d’autorité parentale, mise en œuvre des obligations alimentaires, sont de son ressort. Seuls continuent de lui échapper les procès relatifs à l’état de l’enfant (filia- tion ou adoption), qui doivent être jugés de façon collégiale par le tribunal de grande instance, et les mesures d’assistance éducative qui restent du ressort du juge des enfants.
20 Promotion de la médiation et de l’audition d’enfants.Dans cette procédure, deux mouvements contemporains sont remarquables :
— l’encouragement à la médiation familiale (cf. par ex. C. civ., art. 255 en matière de divorce et art. 373-2-10 en matière de litiges parentaux)20, pratique qui peine cependant à entrer dans les mœurs judiciaires quotidiennes du fait de la dif- ficulté à trouver les titulaires de toutes les qualités et aptitudes nécessaires à cette
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20. V. JUSTON,L’intérêt de la médiation familiale pour l’enfant, Dr. fam.2008, étude 10.–Dossier AJ Famille2003, 48.DROIT DE LA FAMILLE
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mission particulièrement délicate, ce qui peut conduire à la recherche en la matière d’autres autorités que le juge21;
— la promotion procédurale de l’enfant qui, cessant désormais d’être simple
« objet » de litige, s’est vu reconnaître le droit d’être entendu et représenté au cours de toute procédure le concernant, d’abord timidement en 1993 puis de façon impérative par la loi du 5 mars 2007 relayée par un décret du 20 mai 2009 (cf.infra, nº 667).
21 Plan.Le tableau du droit civil de la famille qui constitue l’objet de cet ouvrage commande d’étudier séparément les liens de parenté et d’alliance qui forment la famille avant d’envisager les effets plus larges du lien familial. Quoique le lien de descendance soit aujourd’hui juridiquement autonome par rapport au couple dont l’enfant est issu (en ce sens que le lien de celui-ci avec chacun de ses parents ne dépend plus de la relation juridique existant entre eux), de sorte que d’un point de vue individuel le lien de descendance (qui existe dès la naissance) précède le lien d’alliance (que chacun peut créer au cours de sa vie), ce qui justifierait d’étudier le droit de l’enfant avant celui du couple22, des raisons pédagogiques jointes au cons- tat qu’en fait la formation d’un couple précède la venue d’enfants conduisent à maintenir l’ordre traditionnel qui sera présenté en trois parties :
— l’alliance, c’est-à-dire le droit du couple, uni soit par le mariage (alliance classique et véritable), soit par des formes plus récemment organisées de« quasi- alliance »;
— la descendance, c’est-à-dire le droit de l’enfant tant du point de vue de son état civil (quel que soit son âge) que de celui de son éducation (pendant son enfance) ;
— la solidarité familiale qui exprime, de manière plus générale, l’apparte- nance à un même groupe familial.
22 Bibliographie.La transformation totale de la matière a rendu caducs les ouvra- ges desXIXeetXXesiècles, dont l’intérêt est devenu d’ordre historique.
Sur cette histoire du droit de la famille, voir :
— LEFEBVRE-TEILLARD,Introduction historique au droit des personnes et de la famille, PUF, 1996.
— LEVYet CASTALDO,Histoire du droit civil, Dalloz, 2002, nº 67 à 83.
Sur le droit actuel,voir principalement les écrits de CARBONNIER:
— Droit civil, PUF, coll. Quadrige, 2004, t. 1, 2004, nº 384 à 662 ;
— Écrits rassemblés en 2008, PUF, p. 37 à 375.
Sur les ouvrages courants :
— A. BATTEUR,Droit des personnes et de la famille, LGDJ, 9eéd., 2017.
— G. CORNU,La famille, Montchrestien, 9eéd., 2006.
— P. COURBEet A. GOUTTENOIRE,Droit de la famille, Sirey, 7eéd., 2017.
— V. ÉGÉA,Droit de la famille, Lexis Nexis, 2016.
— LARRIBAU-TERNEYRE,Droit civil, 1reannée, Dalloz, 18eéd., 2013.
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21. V. SAULIER,La multiplication des autorités en droit de la famille,Dr. fam. 2017, étude 17.■
22. C’est le choix fait et expliqué par CARBONNIER dans sa dernière édition : Droit civil, PUF, coll. Quadrige, 2004, nº 405.INTRODUCTION
— LEMOULAND,Droit de la famille, Ellipses, 2014.
— MALAURIEet FULCHIRON,La famille, Defrénois, 4eéd., 2011.
— O. ROY,Droit de la famille, Archétype 82, 2014.
— TERRÉ, GOLDIE-GÉNICON et FENOUILLET, Les personnes, la famille, Dalloz, 9eéd., 2018.
À quoi il faut ajouter desrevues périodiques spécifiquement dédiées au droit de la famille :
— Actualité Juridique Famille (AJ Famille), mensuel Dalloz.
— Droit de la famille (Dr. fam.), mensuel LexisNexis.
— L’Essentiel, droit de la famille (LEFP), mensuel Lextenso.
— Revue Juridique personnes et famille (RJPF), mensuel Lamy.
DROIT DE LA FAMILLE
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