A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION B
H ERVÉ R AYNAUD
Sur les graphes aléatoires
Annales de l’I. H. P., section B, tome 4, n
o4 (1968), p. 255-329
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Sur les graphes aléatoires
Hervé RAYNAUD
Vol. IV, n~ 4, 1968, p. 25 5-329. Calcul des Probabilités et Statistique.
SOMMAIRE. - Ce travail se situe comme un moyen terme entre des travaux
déjà classiques,
ceux de A.Renyi
et de P. Erdôs d’une part, de J. M. Ham-mersley
et de E. N. Gilbert d’autre part. Lesgraphes
étudiés ici sont utilisés par les chimistes. C. Bruneau en a fait l’outilprincipal
de sa thèse.Définition
desgraphes
y.Soit un
ensemble { Si },
1= { 1, 2,
...,N }
dont les éléments sont appe-tel i
lés sites.
v
Soit une
partition
E de S définie par une famille E departies
deux àdeux
disjointes,
de réunionS,
notéesE~, ~
eJ,
J= { 1, 2,
..., r~,
et appe-lées
espèces.
,L’espèce
du site si, notéeE(si)
estl’espèce
dont il est élément.Soit un
graphe R,
nonmultigraphe,
avec ou sansboucles,
de sommetE1, E2, ..., Er.
On
appelle graphe
y toutgraphe
pourlequel
- les sommets sont les Si :
di, si
compte auplus
un arcincident,
- un arc ne peut avoir pour
origine si
et pourextrémité sk
quesi,
dansR, E{s 1) précède E(sk).
Définition
dugraphe
rqui
se déduit d’ungraphe
y.Soit une deuxième
partition
M de S définie par une famille M departies
deux à deux
disjointes,
de réunionS,
notées Jlk, k E KK={1,2, ...,n~
et
appelées
monomères.ANN. INST. POINCARÉ. 1 8
255
HERVÉ RAYNAUD
Le
graphe
r déduit d’ungraphe
y donné a :- pour sommets les monomères pi, ..., Ilk, ... /~;
- pour arcs, ou
arêtes,
ceuxqui correspondent
à des arcs ou arêtes de y suivant larègle :
toutes les foisqu’un
siteprécède
un site deon trace un arc de r entre et Générations aléatoires de y.
Sur les 4
procédures
étudiées degénération
de y, nous décrirons les deuxprincipales.
Poursimplifier
cerésumé,
supposons R non orienté.Première
procédure.
- x arêtes de y ayant étéconstruites,
on veutajouter
une arête à y. On considère alors l’ensemble des sites
qui
ne sont pas extré- mités d’une arêtedéjà
construite. On forme l’ensemble descouples
nonordonnés de ces sites tels que les deux sites du
couple
aient desespèces adjacentes
dans R. On tire au hasard uniforme uncouple parmi
cescouples.
On obtient ainsi les extrémités de l’arête
supplémentaire
de y.Pour obtenir un
graphe
à marêtes,
onprocède
ainsi mfois,
àpartir
d’unensemble de monomères sans arêtes.
Deuxième
procédure.
- x arêtes étantconstruites,
on veutajouter
unearête à y. On considère
D,
ensemble des sitesqui
ne sont niorigine,
niextrémité d’une
quelconque
des x arêtes. On considère ensuite ceux des sites de J E D telsqu’il
existe au moins un autre site d’ ED,
et telle queE(d’)
suiveE(d)
dans R. Pour construire la(x
+1)iéme
arête :1° On tire un site au hasard uniforme
parmi
tous ceuxqui
ont cettepropriété. Soit si
ce site.2° On tire un site
parmi
tous ceuxqui
restent dans D et dontl’espèce
est
adjacente
à cellede si
dans R.Le
chapitre
III étudie les conditions danslesquelles
on pourra dire que lesprocédures
sontéquivalentes,
conduisent aux mêmesgraphes aléatoires,
c’est-à-dire définissent les mêmes espaces deprobabilité.
’
Dans le
chapitre IV,
on établit un certain nombre de résultats sur lesurnes et sur les
tirages
avec contraintes endéveloppant
une théorie assezanalogue
à une théorielinguistique.
On étudie enparticulier
lesvidanges fortes, systèmes
de contraintes sur letirage qui
permettent, avec une pro- babilité aussi voisine de 1qu’on
le veut de tirer uneproportion
de boulesde l’urne aussi
grande qu’on
le veut.on caractérise aussi une
propriété
de stationnarité desvidanges
fortesdont les
conséquences
sont trèsimportantes
dansl’application
de ces résul-tats aux
graphes
aléatoires définis dans les deuxpremiers chapitres.
Au
chapitre VI,
on montre comment les résultatsprécédents peuvent
éclairer leplus simple
desproblèmes
que seposaient
les chimistes. Onprécise
le cadre danslequel,
pour décrire lesgraphes
aléatoiresétudiés,
on peut
remplacer
lestirages
exhaustifs par destirages
avec remisequ’on
sait facilement manier.
’
Il a enfin semblé utile de mener
complètement à
bien enindiquant
avecprécision,
à l’intention des utilisateurs chimistes etphysiciens,
les calculs et leurs résultats dans les cas lesplus simples,
aucune difficulté de méthodene devant se
présenter
dans l’extension de ces résultats aux autres caspossibles.
SUMMARY. - This work may be considered as
midway
between the classical work of A.Renyi
and P.Erdôs,
and the work of J. M.Hammersley
and E. N. Gilbert. The
graphs
studied have beenapplied
toproblems
inchemistry:
C. Bruneau used them as theprincipal
tool for his doctoral- thesis work.Definition of
ay-graph
Let S be a set S =
{Si
1== { 1, 2,
...,N } .
The elements of this set we shall call sites.v
We define a
partition
E of Sby
afamily
E ofmutually disjoint
subsetsE~, jEJ,J = {1,2, ...,r}
of union S.These subsets
E j
we callspecies.
The
species
of a siteSi’
is then thespecies
of which it is an element.Let R be a
graph R,
not amultigraph,
with or withoutloops,
and withvertices
El, E2,
...,E,..
We then cally-graph
anygraph
which satisfies thefollowing
conditions :i)
The vertices are theSi.
ii )
For each vertex the sum of itsdegrees
ordemidegrees
is less than orequal
to one.iii)
An arc has initial vertexSz
and terminal vertexSk
if andonly
ifE(S~) precedes E(Sk)
in R.Definition of
ther-graph corresponding
to ay-graph
Let a second
partition
M of S be definedby
afamily
M ofmutually disjoint subsets { Ilk, k
E K},
K ={1,2,...,~}
with union S.These Ilk
wecall monomers.
The
r-graph corresponding
to agiven y-graph
is then defined as follows :i)
Its vertices are the monomers pi, 112, ... ,ii)
Its arcs oredges
are thosecorresponding
to the arcs oredges
of yunder the rule obtained
by creating
anarc joining
to if andonly
if a site of pà
precedes
a site ofRandom
generation of
ygraphs
Of the four
procedures
forgenerating
ygraphs,
we willonly
describehere the two
principal
ones. Forsimplicity
in this summary we will sup- pose that R is not directed.First
procedure.
-Having
constructed xedges
of y, we wish to construct the(x
+l)th edge
of y. Consider the set of all sites which arenot yet the
ending point
of analready
constructededge,
and constructthe set of all those unordered
pairs
of these sites such that the two sites of thepair
havespecies adjacent
in R. Select one of thesepairs
at random.This
gives
us the(x
+l)th edge
of y. To obtain agraph
with Medges,
we repeat this process M
times, starting
with a set of monomers withoutedges.
Second
procedure.
- Asbefore, having
constructed xedges
of y, we wish to construct an(x
+1)th edge
of y. Let D be set of all sites which are neither initial vertex nor terminal vertex of one of the Xedges,
and consider those sites d E D such that there exists at least one other site d’ e D such that
E(d’)
followsE(d) in R.
To construct the(x
+1)th edge : i)
Choose at random a siteSi
from those which have this property.ii)
Choose at random a site amongst those which remain in D whosespecies
areadjacent
to that ofSi
in R.In
chapter
III we examine the conditions under which theseproceedings
canbe said to be
equivalent,
in thatthey produce
the same randomgraphs.
Inchapter
IV we establish a certain number of results on urns, and on randomchoice under
constraints,
anddevelope
atheory analogous
to alinguistic theory.
We examine inparticular
the «vidanges
fortes » systems of cons- straints on the randomsampling
whichpermits
thechoice,
with aprobability arbitrarily
close to 1, of anarbitrarily large proportion
of balls from oneurn. We characterise then a
fixed-point property
of «vidanges »
whoseconsequences are
extremely important
in theapplication
of the results onrandom
graphs developed
in the first twochapters.
In
chapter
VI we show how thepreceding
results canclarify
certainsimple problems
inchemistry.
We define the cases inwhich,
to describe the randomgraphs studied,
we canreplace
thesampling
withoutreplacement by
sam-pling
withreplacement
which is easier to deal with.It seemed useful to conclude
by showing
for the benefit ofpotential
physicist
and chemist users, the calculations and their results for the sim-plest
cases ; there should be nodifficulty
inextending
these results to otherpossible
cases.In
conclusion,
the results of this thesissuggests
a considerable number of researchproblems
whose chemicalapplication
could be ofgreat
interest in thepresent theory
of macro-molecules.INTRODUCTION
Dans l’étude des hauts
polymères,
les chimistes utilisent souvent lesgraphes
aléatoires. Dans le cadre de cemodèle,
ilspeuvent
définir axiomati-quement
la «gélification
» d’uncomposé.
Suivant les auteurs, la défi- nitionaxiomatique
de cet état de «gel »
et les contraintesimposées
aux« molécules » des modèles
varient;
nous neprétendons
pas donner iciune solution aux
problèmes physico-chimiques,
mais nous souhaitonsproposer aux chimistes un
langage
commode et aux mathématiciens un nouveautype
deproblèmes.
Ce travail se situe comme un moyen terme entre des travaux
déjà
clas-siques,
ceux de A.Renyi
et P. Erdôs[12]
d’une part, J. M.Hammersley [7]
et E. N. Gilbert
[5]
d’autre part. Tandis que lespremiers
ont pu obtenir des résultats très forts - mais sur desgraphes qui
nepeuvent
pour le moment servir de modèles aux chimistes - les seconds ontdû,
parexemple,
aban-donner la recherche des méthodes de calcul exact des
probabilités
depercolation.
Nous
espérons
que lesproblèmes
degraphes
étudiésici, plus souples
que les
problèmes
depercolation
etplus généraux
que ceuxposés
par la famille définie par A.Renyi
et P.Erdôs,
se révéleront à la fois accessibles et utiles. Ils ontdéjà
été utilisés par C. M.Bruneau, qui
en a fait l’outilprincipal
de sa thèse([2]
et[3]).
C’est d’ailleurs sur sasuggestion
que cer- tainesappellations
des êtresmathématiques
que nous allons rencontrer ont étéinspirées
par le vocabulairechimique.
Nous nous en excusonsd’avance
auprès
du lecteur mathématicienqui
trouverait arbitraire une part de notreterminologie. Quant
au vocabulaire habituel de la théorie desgraphes,
il a étéemprunté
à C.Berge [1].
Dans les pagesqui suivent,
nousallons tout d’abord définir quatre familles de
graphes aléatoires,
étudier certainsproblèmes
de passage d’une famille à une autre,puis démontrer,
dans un certain cadre
d’équivalence asymptotique,
des théorèmes de stabi- lité concernant leur structure. Nousappliquerons
ensuite ces théorèmes àquelques graphes simples
des familles enquestion.
1
DÉFINITIONS PRÉLIMINAIRES
I. Définition des
graphes
y.Soit un ensemble S
= { Si },
1= { 1, 2,
..., N},
dont les éléments sontie I
appelés
sites.Soit une
partition
E de S définie par une famille E departies
deux à deuxdisjointes,
de réunionS,
notées ...,r )
etappelées espèces.
L’espèce
du site s;, notéeE(s;),
estl’espèce
dont il est élément.Soit un
graphe R,
nonmultigraphe,
avec ou sansboucles,
de sommetsEt, E~,
...,Er.
R pourra être orienté ou non.1 ~ Si R est orienté :
On
appellera graphe
y toutgraphe
orienté pourlequel :
- les sommets sont si, s2, "~N ~
- pour
chaque
sommet, la somme de sesdemi-degrés
est inférieure ouégale
à un ;- un arc ne
peut
avoir pourorigine
sk, et pourextrémité sk
quesi,
dansR, précède EM.
20 Si R est non orienté :
On
appellera graphe
y toutgraphe
non orienté pourlequel :
- les sommets sont si, s2, ..., sN;
-
chaque
sommet estadjacent
à un sommet auplus ;
-
chaque
arêtejoint
des sommetsqui
sontd’espèces adjacentes
dans R.Exemple.
-Éclairons
notre définition d’unexemple, qui
nous a étésuggéré
par B.Roy,
que nous remercions à cette occasion.Soit un ensemble S formé de
Ni
sitesd’espèce Ei,
N2
sitesd’espèce E2,
N3
sitesd’espèce E3
et pour
lequel
legraphe
R orienté est le suivant :Les sites étant considérés comme
discernables,
combienexiste-t-il
degraphes
y distincts etcomptant ?
n3 arcs allant d’un site de
l’espèce Ei
à un site del’espèce E2,
ni arcs allant d’un site de
l’espèce E2
à un site del’espèce E3,
na arcs allant d’un site de
l’espèce E3
à un site del’espèce Et.
Ilya :
arrangements de n3 sites
parmi
lesNi d’espèce Ei.
façons
de choisir les n3premiers
arcs.façons
de choisir les nisuivants,
façons
de choisir les n2 derniers.HERVÉ RAYNAUD
soit au total :
graphes
y distincts.II. Définition des
graphes
r.v
Soit une deuxième
partition
M de S définie par une famille M departies
deux à deux
disjointes,
de réunionS,
notées/~;~eK;K= {1,2,
...,n ~
et
appelées
monomères.Remarque.
- L’intérêt de cette deuxièmepartition provient
de ce que, dans lasuite,
nous étudierons desgraphes
danslesquels,
le nombre N desites devenant très
grand,
le nombre rd’espèces
reste constant tandis que le nombre n des monomères est du même ordre degrandeur
que le nombre de sites N.Se donner la
composition
d’un monomère ,uk c’est sedonner,
pour touteespèce Ej,
le nombre Ilkj de sitesde Ilk appartenant
àl’espèce E~.
lo Si R est orienté :
Un
graphe
r déduit d’ungraphe
y donné est ungraphe
- dont les sommets sont les monomères pi, ..., Ilk, ..., ~;
- dont les arcs sont aussi nombreux que ceux de y. A
chaque
arc de ycorrespond
un arc et un seul de r par labijection :
toutes les foisqu’un
sitede III
précède
dans y un site de Il;.’, on trace un arc de r entre et Il;.’.20 Si R est non orienté :
Un
graphe
r déduit d’ungraphe
y donné est ungraphe
- dont les sommets sont les monomères pi, ..., Ilk, ..., Il,,;
- dont les arêtes sont aussi nombreuses que celles de y. A
chaque
arêtede y
correspond
une arête et une seule de r par labijection :
toutes les foisqu’un
sitede ~~,
estadjacent
dans y à un site de on trace une arête de r entre III et Il;.’.Remarques :
2014 Si y est
orienté,
r est orienté. Si y n’est pasorienté,
r n’est pas orienté.- r peut être
multigraphe avec
boucles.Exemple
de passage d’ungraphe
y à ungraphe
r.Supposons
que lesgraphes
que nous allonsreprésenter comptent
4espèces
de sites :
E1
dontles ~sites
serontreprésentés
par des B, au nombre de 4.E2
dont les sites serontreprésentés
par des~,
au nombre de 2.E3
dont les sites serontreprésentés
par des0,
au nombre de 3.E4
dont les sites serontreprésentés
par des0,
au nombre de 3.Soit R non orienté :
R ne comptant pas de
boucles,
deux sites de mêmeespèce
ne peuventêtre reliés par une arête de y.
Supposons,
commeindiqué
sur lafigure 1,
que : le monomère picomprend
les sites si i,le
monomère ~2 comprend
les sites s3, s4, ss, s6, le monomère 113comprend
les sites s~, s8, lemonomère 4 comprend
les sites S9, S10.HERVÉ RAYNAUD
On en déduit le
graphe :
Il est évidemment
possible
de regrouper sur un même schéma les deuxreprésentations :
Il est commode d’utiliser un modèle
chimique
pour serappeler
la nota-tion. Les monomères sont
analogues
à des moléculesqui porteraient
dessites réactifs. Ces sites réactifs - les sites de nos
graphes
- sont deplusieurs espèces chimiques;
certainesréagissent
entreelles,
certaines ne peuventréagir
et donner lieu à la réalisation d’une liaison. C’est Rqui
nous fournitcette information. Connaître la
composition
desmonomères,
c’est connaître la nature des monomèreschimiques
mis enprésence. Quant
aux arêtesde y, elles
représenteront
les liaisonsqui
s’établissent entre les sites au furet à mesure que la réaction
chimique
avance, tandis que les arêtes de rreprésenteront
les liaisons entre monomères.Dans les
graphes
que nous allonsétudier,
la fonctionnalité(terme
chi-mique) fk,
donnée par :du
monomère
ne suffira pas, engénéral,
à la détermination de ses pro-priétés. Cependant,
ce total est intéressant car dorénavant :- Nous ne considérons pas de monomères de fonctionnalité 1.
- Nous
appellerons pré-anti-noeuds
les monomères de fonctionnalité 2.- Nous
appellerons pré-noeuds
les monomères de fonctionnalité stric- tementsupérieure
à 2.II
GÉNÉRATION ALÉATOIRE
DE y ET DE TUn
graphe
aléatoire est un espace deprobabilités (Q, A, P).
L’ensemble Qa pour éléments les réalisations
possibles
dugraphe
y(et
doncr)
àpartir
de l’ensemble
S,
d’ungraphe R,
de deuxpartitions
E et M de S.Cet ensemble est donc fini. ~ est
l’algèbre
de Boole desparties
de Q etP est une
probabilité
dont la valeur sera définie surchaque
élément de Q.Ce
qui
fait l’intérêt essentiel de cesgraphes
aléatoires c’estqu’il
existedans la nature, des
phénomènes auxquels
ils ressemblent. Cesphénomènes
sont
progressifs.
Ilspartent
d’un ensemble de monomères entrelesquels
aucun arc, aucune
arête, n’existent, puis
il enapparaît
un certainnombre, puis
un peuplus, puis plus
encore,jusqu’à
ce que le processus s’arrête.Il en est ainsi dans les processus de «
polyagrégation
» de C. M. Bru-neau
([2], [3]).
Sous le nom de
procédures,
nous allons maintenant décrire des méthodes d’obtention d’uneprobabilité
P. Lesprocédures
xi et 1t2 peuvent décrire des processusréels,
en relation avec les mécanismeschimiques.
Laprocé-
dure 1t3 ne
représente plus
un processus réel. C’est une méthode abstraite pour obtenir uneprobabilité P,
maisqui,
dans certainesconditions,
conduitaux mêmes espaces de
probabilité
que xi et 7~. L’intérêt de 1t3 est d’êtresusceptible
d’un traitementprobabiliste beaucoup plus
commode quexi et X2.
Quant
à laprocédure
1t4, elle a les mérites des trois autres, maisson intérêt dans les
applications
nous semble pour le momentbeaucoup plus hypothétique.
Dans les trois
premières procédures,
le nombre m d’arêtes dugraphe
y est fixé. Dans laquatrième,
c’est une variable aléatoirequi dépend
d’unparamètre
p. Leproblème qui
va par la suite se poser est, en termesgéné-
raux, le suivant :
A
partir
d’un ensemble demonomères,
d’ungraphe R,
d’uneprocédure
et d’un nombre d’arêtes
(respectivement
d’unparamètre p) donnés, quelles propriétés peut-on
déduire sur legraphe
aléatoireengendré ?
La
description
des 4procédures
se trouvelégèrement
modifiée suivant que R est orienté ou non orienté. Poursimplifier
lelangage
et éviter unelecture
fastidieuse,
nous n’avons décrit que le cas R non orienté. Le lecteur effectuera sanspeine
latransposition.
Parailleurs,
dans toute la suite dece
chapitre,
par soucisd’abréviation,
on aremplacé
« tirer d’unefaçon
exhaustive et au hasard uniforme
parmi
les éléments du type xqui
n’ontpas encore été tirés » par « tirer un x ».
Procédure
équi-probabilité
des arêtes.C’est une
procédure progressive
danslaquelle
on tire unepremière arête, puis
uneseconde,
et ainsi de suite. C’est en gros laprocédure
utilisée parRenyi.
x arêtes ayant été
tirées,
on veut tirer une arêtesupplémentaire
de y.On considère alors l’ensemble des sites
qui
ne sont pas extrémités d’une arêtedéjà
tirée.On forme l’ensemble des
couples
non ordonnés de ces sites tels que les deux sites ducouple
aient desespèces adjacentes
dans R(si (s;, s~)
est untel
couple,
alorsE(s;)
estadjacent
à dansR).
On tire au hasard uni- forme uncouple parmi
cescouples.
On obtient ainsi les extrémités de l’arêtesupplémentaire
de y.On
procède
ainsi mfois,
zéro arêtes étant tirées audépart
et l’on obtientles m arêtes d’un
graphe
y.Exemple. Reprenons
legraphe
y de la page 263. Nous nous étions donnés : 1 ~ Deux monomères dequatre
sites :formé de trois sites m et un site
O;
2014 ~ formé d’un site
B,
un site 8 et deux sites0.
2° Deux monomères de deux sites : 2014 ~3, formé d’un site 8 et d’un site
0;
2014 /~, formé d’un site
0
et d’un site O.3°
Cinq
arêtes.Supposons
que ces arêtes aient été tirées suivant laprocédure
xi dansl’ordre :
Le
tirage
de lapremière
aurait eu lieu entre 53possibles
Le
tirage
de la seconde entre 37Celui de la
troisième,
entre23 ;
de laquatrième
entre13 ;
de lacinquième
entre 4.
L’évaluation des
probabilités
associées aux différentsgraphes possibles
est
déjà longue. Quand
le nombre de sites et d’arêtes augmente, elle devient inextricable.Remarques.
- Dans le cadre d’uneinterprétation chimique,
laprocé-
dure xi
équivaut
àl’hypothèse : quel
que soit l’état d’avancement d’uneréaction,
laprobabilité
associée aux différentes liaisonschimiques qui
peuvent seproduire
est la même pour toutes les liaisonspossibles.
- On
pourrait
dès maintenant discuter des contraintes sur m, nombre desarêtes, qui
ne peut être choisi arbitrairement. Un seul type de contraintesur m devant nous servir par la
suite,
nous traiterons cepoint
ultérieure- ment.Procédure ~2 : le
graphe
enfilé arête par arête.La
procédure
que nous allons décrire ici est donc un autre processus dont l’aboutissement est ungraphe
aléatoire construit arête par arête et tel que, pour obtenir laprobabilité
desgraphes
à x arêtes on n’ait besoin que de la connaissance de laprobabilité
desgraphes
à(x - 1)
arêtes.Après
letirage
de la(x - 1)iéme arête,
N =2(x - 1)
sites restent nontirés,
àpartir desquels
nous formerons les arêtes suivantes de y.Appelons
Dcet ensemble de sites restants. Considérons les sites d E D tels
qu’il
existeau moins un site d’ E D vérifiant la relation
E(d) adjacente
àE(d’)
dans R.Pour tirer la xième arête :
1 ~ Je tire alors
(*)
un siteparmi
tous ceuxqui
ont lapropriété précédente.
Soit s;
ce site.20 Je tire ensuite un second site
parmi
tous ceux dontl’espèce
estadja-
cente à
l’espèce
de Si dans R(Il
est clair que ceci esttoujours possible
à cause de la condition vérifiée par
st).
On peut se demander pour
quelle
raison nous avonsappelé
cetteprocédure
un
enfilage.
Imaginons
unepetite
fille devant un lot deperles
en groupes de faible effectif(les monomères),
etpossédant :
- des brins de fil
trop
courts pour lui permettre de relierplus
de deuxperles
avec le mêmebrin ;
- une
règle
Rqui
ne lui permetde joindre
entre elles que certaines cou-leurs de
perles.
Elle choisira alors une
perle, puis
une autre, et ainsi de suite.On peut encore dire que les
sites,
dans laprocédure
sont choisisun par un.
Le lecteur peut se poser dès maintenant la
question
del’équivalence
entre 7~ et A
partir
d’un ensemble demonomères,
d’ungraphe
R etd’un nombre d’arêtes m, 1Cl et 1C2
donnent,
surQ,
desprobabilités Pi
etP2.
1Cl et 1C2 auront été
équivalentes
si et seulement siPi
estidentique
àP2.
L’étude des conditions
d’équivalence
entreprocédures
feral’objet
duchapitre
suivant.Les deux
procédures
que nous venons de décrire peuvent être arrêtées là.Dans la
description
de réactionschimiques réversibles,
C. M. Bruneaua trouvé efficace de
poursuivre
letirage
enajoutant
aux m arêtes autantd’arêtes fictives
qu’il
lui était nécessaire.Voyons
deplus près
les notionsqui
lui ont été utiles.Le
tirage
de m arêtes ayant étéréalisé,
il reste N - 2m sites àtirer,
dontun certain nombre
pourrait
donner lieu à des arêtes si l’onpoursuivait
le
tirage
suivant lesprocédures
1Cl ouSupposons
donc que l’on continue laprocédure
detirage jusqu’à
cequ’il
ne resteplus
decouples d’espèces adjacentes
dansR,
et que l’on ait pu ainsi tirer ml arêtessupplémentaires.
Il reste alors N - 2m -
2mi
sitesqui pourraient
donner descouples qui
seraient convenables si leursespèces
étaientadjacentes
dans R. On(*) Avec la convention de la page 266.
convient alors de
poursuivre
letirage
comme si R était ungraphe complet
avec
boucles,
et l’onappelle
m - 2partie
entière 2m -2m ),
lenombre maximum d’arêtes ainsi
ajoutées.
Par
définition,
nousappellerons :
arêtes réalisées les m
premières ; pré-arêtes
les misuivantes ;
et non-arêtes les m2
dernières, qui ne joignent
donc que des sitesd’espèces
non
adjacentes
dans R.Quand
onparlera,
sansplus préciser,
desarêtes,
il
s’agira
des m + ml + m2 arêtes.Tous les
sites,
sauf auplus
un, sont alorsl’origine
ou l’extrémité d’une arête d’un des trois types(Pour
éviter toutedifficulté,
on supposera enpratique toujours
Npair).
Le
graphe
y sera dit saturési, après
letirage
réel de marêtes,
on ne peutplus
tirer depré-arêtes (m 1
= 0 c’est-à-dire l’ensemble descouples
de sitesrestant non tirés
d’espèces adjacentes
dans R estvide).
On
appellera graphe
de soutien legraphe
r obtenuaprès
letirage
des(m
+ mi +m2)
arêtes.Remarques.
Dupoint
de vuechimique,
le rapport des nombres ml et m pourra servir à caractériser ledegré
d’avancement d’uneréaction,
tandis que la connaissance des m2 non-arêtes peut permettre deprévoir
lerésultat d’une substitution
chimique.
- En
terminologie classique,
onappelle
branche d’ungraphe
un ensem-ble d’arêtes et de sommets de
degré
2 auplus,
connexe. Onappellera
icibranche d’un
graphe
y un ensemble de sites et d’arêtes réalisées tels que les sommets et arêtescorrespondant
de r forment une branche. Onappellera pré-branche
d’ungraphe
y un ensemble desites,
d’arêtesréalisées,
depré- arêtes,
et de non-arêtes tels que les sommets et arêtescorrespondants
de rforment une branche du
graphe
de soutien.Branches et
pré-branches peuvent
êtrecycliques, pendantes,
flottantes.Si N est
pair,
iln’y
acependant
pas depré-branches pendantes.
Il ne peut exister depré-branches
flottantes noncycliques.
C’est à ladescription
despré-branches
d’une famille degraphes
aléatoires que nous nous sommesintéressés dans
[11].
Procédure 7ta ou
enfilage pré-branche
parpré-branche.
Les
procédures
1tel et étaientdonc,
enquelque
sorte,progressives :
pour connaître la
probabilité
associée auxgraphes
à m arêtes il suffisait departir
du résultat pour lesgraphes
à(m - 1) arêtes,
etd’ajouter,
enHERVÉ RAYNAUD
quelque
sorte, une arête augraphe.
Laprocédure
7~3,globale,
ne pourra êtreappliquée
que dans des conditions restrictives parrapport
aux condi- tionsqui permettaient d’appliquer
xi et 1t2. Elle ne pourra, enparticulier,
être
définie,
que si le nombre des arêtes dugraphe
saturé obtenu par lespremières procédures,
estfixé,
dès que les cardinaux desespèces
sontfixés,
et cela
quelles
que soient les valeurs de ces cardinaux. C’est donc une condi- tion sur R que l’on cherche. Nous dirons que Rpossède
lapropriété
A siet seulement si le nombre m d’arêtes du
graphe
saturé est déterminé par les seuls cardinaux desespèces E;.
On a alors le théorème :
THÉORÈME 1. - R
possède
lapropriété
A si et seulement sichaque
com-posante connexe de R
(cf. fig. 4) :
- ou bien est un
graphe complet
avec boucles(graphe
dutype (1));
- ou bien est tel que ses sommets
puissent
êtrerépartis
en deux classesdisjointes, chaque
sommet à l’intérieur d’une classe étant nonadjacent
aux sommets de sa classe mais
adjacent
à tous les sommets de l’autre classe(graphe
du type(2)).
Nous démontrerons ce théorème dans une formulation ensembliste
qui
nous semble mieux mettre en évidence sa
généralité.
Sur
S,
ensemble des sites muni de sapartition
enespèces,
soit uneparti-
tion définie par une famille de
(m
+1)
sous-ensembles deux à deuxdisjoints, composée :
- d’un sous-ensemble dont on ne
peut
extraire deux sitesd’espèces adjacentes
dansR ;
- de m sous-ensembles de deux sites
d’espèces adjacentes
dans R.Si, quels
que soient les cardinaux desespèces,
m nedépend
que de ceux-ci et pas de lafaçon
dont onpourrait
choisir lessous-ensembles,
on dit que Ra la
propriété
A’. La nouvelle formeéquivalente
du théorème sera donc : THÉORÈME F. - Pour que R ait lapropriété A’,
il faut et suffit que chacune de sescomposantes
connexes soit dutype (1)
ou dutype (2).
Démonstration. - Démontrons tout d’abord
l’implication
dans le sens« il suffit ».
Dans tout ce
qui
suit[N] signifie :
«partie
entière de N ».1~
Chaque composante
connexe dutype graphe complet,
si la somme descardinaux des
espèces qui
lacomposent
estN1,
donneraN1
L Jcouples
de ,~sites convenables.
20 Soit une
composante
C de l’autretype.
Ses sommets sontrépartis
entre deux
classes, Ci
etC2,
de cardinauxrespectifs (en sites), 1 CI 1 et C2 ~ .
.Elle donnera nécessairement inf
{ j 1 Cil, t C~ j } couples
de sites conve-nables. ~ ’
L’implication
dans le sens « il faut » est moins immédiate.ANN. INST. POINCARÉ, B-IV-4
272 RAYNAUD
LEMME. Tout
graphe
connexefini
admet unpoint qui
n’est pas d’articu- lation. Soit ungraphe
connexe fini. Suivant C.Berge, appelons d(x, y)
le
plus petit
nombre d’arêtes parlesquelles
il faut passer pour aller de x à y,x et y
désignant
deux sommetsquelconques
dugraphe.
Pardéfinition,
l’écartement
de x, e(x),
estégal
à maxd(x, y).
Tout sommet d’écartementy
maximum est un sommet
périphérique,
etpuisque
notregraphe
estfini,
il existe des sommets d’écartement maximum.
Il ne reste
plus qu’à
montrerqu’un
sommetpériphérique
n’estjamais point
d’articulation.Soit xo un sommet
périphérique.
Il existe au moins un xi tel queOr,
si xo étaitpoint d’articulation,
lesous-graphe
obtenu eneffaçant
xo et les arêtesqui
lui sontadjacentes
contiendrait au moins deux compo- santes connexes, à l’intérieur de l’unedesquelles
on trouverait xi. En pre- nant x~, sommet d’une autre composante, on voitqu’il
existerait un chemin delongueur
minimumjoignant
xià x2
etplus long
qued(xo, xi),
cequi
estimpossible.
Considérons maintenant un
graphe Ro
à r sommets ayant lapropriété A,
les cardinaux des
espèces Ei
étant arbitrairement choisis.Supposons Ro
connexe. Il existe donc au moins une
espèce Ex qui
ne soit paspoint
d’arti-culation dans
Ro. Ex
estadjacente
à au moins une autreespèce Ey. Suppo-
sons que l’on choisisse alors un cardinal pour
Ey supérieur
au cardinalde
Ex.
Onpeut
alors commencer à écrire unepartition x par Ex couples
contenant chacun un site
d’espèce Ex
et un sited’espèce Ey.
Il faut doncque le
sous-graphe R~
à(r
-1)
sommets ait aussi lapropriété,
carl’espèce Ex
étant vide la
propriété
doit être vraie pour les autrescouples
à former dela
partition
7r.Par
ailleurs, puisque Ex
n’était paspoint d’articulation, R~
est connexe.Tout
graphe Ro
est connexe à r sommetsjouissant
de lapropriété
Apeut
s’obtenir àpartir
d’un desgraphes R~
connexes à(r
-1)
sommetsjouissant
de la
propriété
A enajoutant
un sommet et en le reliant à certains des(r
-1)
autres sommets.
Supposons
donc que R, connexe,jouisse
de lapropriété
A et compte deux sommets.Trois
graphes
nonisomorphes
peuvent être dessinés avec ces trois som-mets :