Tores complexes : propri´et´es ´el´ementaires et Espace de modules
Matthias Pigneur
9 juin 2010
Table des mati` eres
1 Le tore et ses fonctions 4
2 Espace de modules 13
Introduction
Un tore de dimension un est une vari´et´e qui peut se d´efinir de multiples mani`eres. On peut par exemple faire le quotient R
2/ Z
2ou alors le voir comme un produit de cercles S
1× S
1. On peut ´egalement quotienter R
2par n’importe quel r´eseau de rang deux γ
1Z ⊕ γ
2Z et obtenir `a nouveau un tore. Un point int´eressant est que dans le cas r´eel, la structure de vari´et´e diff´erentiable mise sur le tore ne d´epend pas de ces diff´erentes constructions, car il existe des isomorphismes C
∞entre elles. Cette ´etude sera consacr´ee au cas complexe en utilisant l’identification R
2= C :
D´ efinition 0.1. On appelle tore complexe de dimension un le quotient du plan complexe C par r´eseau de rang deux.
On demande alors aux changements de cartes de la structure de vari´et´e du tore d’ˆetre holomorphes et non plus seulement diff´erentiables. L’analyse de cet objet en devient autrement plus riche. Les diff´erentes constructions du tore ne sont alors plus ´equivalentes : elles engendrent diff´erentes classes de structures complexes possibles. Le but ultime de ce TER sera de d´eterminer l’ensemble de ces classes, appel´e l’espace de modules. Il s’agit de C comme le montre le th´eor`eme suivant :
Th´ eor` eme Il existe une structure complexe naturelle sur l’espace de mo- dules, et un isomorphisme entre cette vari´et´e complexe et C .
Nous nous int´eresserons ´egalement aux propri´et´es du tore complexe en
g´en´erale. La pr´esentation suivra le livre « Complex Function », de Jones et
Singerman.
Chapitre 1
Le tore et ses fonctions
Pour commencer une ´etude du tore complexe, il est n´ecessaire de v´erifier que cet objet dispose bien d’une structure de surface de Riemann. Pour y parvenir, on pourrait utiliser un r´esultat g´en´eral sur les surfaces de Riemann : le tore est un quotient de la surface de Riemann C par un sous-groupe discret de C (et donc agissant librement et proprement sur C ), en cons´equence on peut le munir d’un atlas holomorphe. Mais une approche plus ´el´ementaire -que nous choisissons ici- est ´egalement tr`es instructive :
Th´ eor` eme 1.1. Si Γ est un r´eseau dans C , alors C /Γ est une surface de Riemann
D´emonstration. Nous allons mener cette d´emonstration en trois ´etapes : 1. Tout d’abord, montrons que C /Γ est s´epar´e pour la topologie quotient.
Soit s
1= [z
1] et s
2= [z
2] tel que s
1# = s
2. Comme Γ est discret, il existe un η tel que :
η = inf
γ∈Γ
| z
2− (z
1+ γ ) | > 0.
Soit V
1et V
2deux disques ouverts de rayon η/2 centr´es respectivement en z
1et z
2. On a alors :
∀ γ ∈ Γ : (γ + V
1) ∩ V
2= ∅ (1.1) En effet sinon il existerait un γ
0∈ Γ et un z ∈ V
1tel que (z +γ
0) ∈ V
2. Et on aurait alors :
| z
2− (z
1+ γ) | = | z
2− (z
1+ γ
0) + (z + γ
0) − (z + γ
0) |
≤ | z
2− (z
1+ γ
0) | + | (z + γ
0) − (z + γ
0) |
< η/2 + η/2 = η,
ce qui est impossible par d´efinition de η. De plus la projection cano- nique π est ouverte car : soit U un ouvert alors π
−1(π(U )) = !
γ∈Γ
(γ + U ) est ouvert comme r´eunion de translat´es d’ouverts. Il en r´esulte que π(V
1) et π(V
2) sont ouverts, ils sont ´egalement disjoints d’apr`es (1).
On a donc trouv´e deux voisinages ouverts disjoints autour des points s
1et s
2, par cons´equent C /Γ est s´epar´e.
2. Construisons un atlas sur C /Γ.
Soit δ = inf
γ∈Γ∗| γ | > 0 ; δ est bien d´efini car Γ est discret. Soit V l’ensemble des ouverts de C de diam`etre au plus δ/2. Pour tout V ∈ V on a alors les propri´et´es suivantes :
(i) ∀ γ ∈ Γ
∗, V ∩ (V + γ ) = ∅ ,
(ii) Si V, V
%∈ V alors V ∩ (V
%+ γ ) # = ∅ pour au plus un γ ∈ Γ.
Clairement, (i) est vrai par d´efinition de δ. Il nous faut v´erifier (ii).
Soit z
1∈ V ∩ (V
%+ γ
1) et z
2∈ V ∩ (V
%+ γ
2). On a alors z
1= z
1%+ γ
1et z
2= z
2%+ γ
2o` u z
1%, z
2%∈ V
%et ainsi :
| γ
1− γ
2| = | (z
1− z
2) − (z
1%− z
2%) | ≤ | (z
1− z
2) | + | (z
%1− z
%2) | < δ.
Donc γ
1= γ
2et le (ii) est d´emontr´e. Le (i) implique que π
|Vest bijective et continue. L’application π
|Vest ouverte : soit A ⊂ V un ouvert relativement `a V , alors A est ouvert dans C car V est ouvert et π
|V(A) = π(A) est ouvert dans C /Γ (car π est ouverte). Donc π
|Vest un hom´eomorphisme de V sur son image π
|V(V ) = U
V. En posant Φ
V= π
|−V1on obtient une carte locale (U
V, Φ
V), on a donc construit un atlas A = { (U
V, Φ
V) | V ∈ V} sur C /Γ.
3. Montrons que cet atlas A est holomorphe.
Pour cela, on va montrer que les changements de cartes sont holo- morphes. Soit (U
V, Φ
V) et (U
V", Φ
V") tel que U
V∩ U
V"# = ∅ . Montrons que Φ
V"◦ Φ
−V1: Φ
V(U
V∩ U
V") → Φ
V"(U
V∩ U
V") est holomorphe. Soit
z ∈ Φ
V(U
V∩ U
V") et z
%= Φ
V"◦ Φ
−1V(z), alors π
|V"(z
%) = Φ
−1V(z) =
π
|V(z) d’o` u ρ(z
%) = π(z). Donc z = z
%+ γ
zpour un γ
z∈ Γ. Comme V ∩ (V
%+ γ
z) # = ∅ alors γ
zest ind´ependant de z par (ii). Donc z
%= z − γ
et Φ
V"◦ Φ
−1Vest holomorphe.
Maintenant que nous avons prouv´e l’existence d’une structure de sur- face de Riemann pour le tore, nous pouvons nous demander quelles sont les fonctions «qui se comportent bien» sur cette surface. Afin d’´eviter d’´even- tuelles confusions, nous allons introduire le mot morphisme de surface de Riemann, et reserver les mots holomorphe et m´eromorphe aux sens usuelles les concernant, c’est-`a-dire pour les fonctions d’un ouvert de C dans C . D´ efinition 1.2. Soit S
1et S
2deux surfaces de Riemann. Une application continue f : S
1→ S
2est appel´ee un morphisme de surface de Riemann si quel que soit (U
1, Φ
1) et (U
2, Φ
2) deux cartes respectives de S
1et S
2tel que U
1∩ f
1(U
2) # = ∅ , la fonction :
Φ
2◦ f ◦ Φ
−11: Φ
1(U
1∩ f
1(U
2)) → C
est analytique. Dans ce cas on dit que f est holomorphe lue dans les cartes locales de S
1et de S
2.
Avec ce vocabulaire on voit facilement qu’une fonction m´eromorphe g : C → C induit un morphisme ˜ g : C → C ˆ . La projection canonique ρ : C → C /Γ est ´egalement un morphisme. En effet Φ
V◦ ρ se restreint ` a la fonction identit´e sur chaque V ∈ V et par cons´equent ρ est holomorphe lue dans des cartes. Notre probl`eme revient donc `a chercher les morphismes du tore dans la sph`ere de Riemann. De tels morphismes existent bien : ils sont induits par les fonctions elliptiques, dont nous allons d´emontrer quelques propri´et´es
´el´ementaires dans les paragraphes suivants.
D´ efinition 1.3. Soit Γ un r´eseau dans C , une fonction f : C → C est dite Γ-p´eriodique si pour tout γ ∈ Γ et pour tout z ∈ C on a f (z+γ ) = f (z). Si de plus la fonction f est m´eromorphe, alors elle est dite elliptique relativement
` a Γ.
Il est clair que si une telle fonction existe, elle passe au quotient C /Γ et induit une application ˜ f : C /Γ → C ˆ . Cette application induite est alors m´eromorphe lue dans les cartes de C /Γ et de C . En effet, si (U
V, Φ
V) est une carte comme d´efinit ci-dessus, alors sur U
Von a ˜ f ◦ Φ
−V1= ˜ f ◦ ρ = f qui est m´eromorphe (au sens usuel) par d´efinition, et donc holomorphe lue dans les cartes de ˆ C . Par cons´equent ˜ f est un morphisme. R´eciproquement si ˜ f : C /Γ → C ˆ est un morphisme, alors f = ˜ f ◦ ρ : z -→ f ([z]) est une fonction elliptique relativement `a Γ. Cette invariance des fonctions ellip- tiques sous l’action d’un r´eseau Γ sugg`ere d’introduire la notion de domaine fondamentale, qui nous sera utile dans toute la suite :
D´ efinition 1.4. Un domaine fondamental F pour un groupe G agissant sur un espace topologique X est un sous-ensemble ferm´e de X tel que :
(i) F ˚ = F (ii) !
g∈G
g(F ) = X ;
(iii) F ˚ ∩ g(˚ F ) = ∅ pour tout g ∈ G-Id.
Par exemple un parall´elogramme de cˆot´e 0, γ
1, γ
2, γ
1+γ
2est un domaine fondamental pour Γ(γ
1, γ
2). Et il en est de mˆeme pour toutes ses images par l’action de Γ.
Comme premier r´esultat nous pouvons imm´ediatement remarquer que les seules fonctions elliptiques analytiques (au sens usuel) sont les fonctions constantes :
Lemme 1.5. Une fonction elliptique f est constante si et seulement si elle n’a pas de pˆ oles.
D´emonstration. Si f est constante et m´eromorphe, elle n’a pas de pˆoles.
R´eciproquement, si f est elliptique sans pˆoles, alors elle est analytique sur C . Soit maintenant P un parall´elogramme fondamental de Γ, comme P est compact et f est continue, alors f (P ) est born´e. De plus, f (P ) = f ( C ) car f est elliptique. Ainsi f est born´e sur C , ´etant analytique, le th´eor`eme de Liouville permet de conclure.
En second lieu, il est tr`es important de comprendre le lien entre le nombre de pˆoles d’une fonction elliptique et le nombre de fois qu’elle peut prendre une valeur :
D´ efinition 1.6. Une fonction elliptique est dite d’ordre N si elle poss`ede N classes de congruences de pˆ oles en comptant leurs multiplicit´es.
Lemme 1.7. Si f est d’ordre N alors f prend chaque valeur c ∈ Σ exacte- ment N fois dans un domaine fondamental.
D´emonstration. f − c a mˆeme ordre que f , on peut donc supposer que c = 0.
Remarquons que f
"/f est m´eromorphe et elliptique de mˆeme p´eriodes que f , de plus ses pˆoles sont les pˆoles et les z´eros de f . On choisit un parall´e- logramme fondamental P tel qu’il n’y ait aucun pˆoles de f sur le bord de P .
Γ
1Γ
2Γ
3Γ
4P
On peut donc int´egrer f
"/f sur le bord de ce parall´elogramme (o` u l’on a not´e les arˆetes cons´ecutivement Γ
1,Γ
2,Γ
3,Γ
4) :
I =
"
∂P
f
"(z)
f (z) dz =
#
4j=1
"
Γj
f
"(z)
f (z) dz
Or un simple changement de variable et la p´eriodicit´e de f
"/f montrent que :
"
Γ3
f
"(z)
f (z) dz =
"
Γ1+γ2
f
"(z + γ
2)
f (z + γ
2) d(z + γ
2) = −
"
Γ1
f
"(z)
f (z) dz Par cons´equent I = 0.
Et donc par le th´eor`eme des r´esidus, la somme des r´esidus de f
%/f dans P est nulle. Il reste `a montrer qui si f a un z´ero de multiplicit´e k en a alors
f
"/f a un r´esidu k en a. En effet si f a un z´ero de multiplicit´e k en a alors :
f (z) = (z − a)
kg(z)
o` u g est une fonction holomorphe tel que g(a) # = 0, donc : f
%(z) = k(z − a)
k−1g(z) + (z − a)
kg
%(z) et :
f
%(z) f (z) = k
z − a + g
%(z) g(z)
Donc f
%/f a un r´esidu k en a. On montre de la mˆeme mani`ere que si f a un pˆole de multiplicit´e k en a alors f
"/f a un r´esidu − k en a. Comme la somme des r´esidus est z´ero, le nombre de pˆ oles de f dans P doit ˆetre
´egal aux nombres de z´eros de f dans P en comptant les multiplicit´es. Donc l’´equation f (z) = 0 a N solutions comme voulu.
Nous avons d´ej` a observ´e qu’il y a avait tr`es peu de fonctions elliptiques sans pˆ oles : il s’agit des fonctions constantes. Dans l’optique de chercher `a construire une fonction elliptique la plus simple possible, on pourrait ˆetre tent´e d’en construire ne poss´edant qu’un seul pˆole. Mais cela n’est mal- heureusement pas possible, comme le montre un argument similaire `a celui utilis´e dans la d´emonstration du lemme 1.7. En effet, si f ´etait une fonc- tion elliptique d’ordre 1, elle poss´ederait un unique pˆ ole dans un domaine fondamentale P , et la somme des r´esidus de f dans P serait diff´erente de z´ero, ce qui est impossible. Les fonctions elliptiques non constantes les plus
»simplesf lqq doivent donc ˆetre d’ordre au moins deux. Il en existe bien `a
cet ordre, il s’agit de la fonction elliptique de Weierstrass :
Proposition 1.8. La s´erie, P (z) = 1
z
2− #
γ∈Γ∗
( 1
(z − γ)
2− 1 γ
2)
est convergente et d´efinit une fonction elliptique paire d’ordre 2. On l’appelle la fonction de Weierstrass.
D´emonstration. Tout d’abord, nous allons montrer que cette fonction est m´eromorphe en utilisant un r´esultat g´en´eral sur la convergence des s´eries de fonctions m´eromorphes. Si la s´erie de fonctions m´eromorphes S(z) =
$
%γ∈Γ
(
(z−1γ)2−
γ12) converge sur tous les compacts de C ne rencontrant pas le r´eseau Γ alors sa somme est une fonction m´eromorphe sur C . Soit K un disque ferm´e de centre 0 et de rayon R. Comme K est born´e il ne contient qu’un nombre fini d’´el´ements de Γ, disons les γ ∈ Φ ⊆ Γ. Par cons´equent les termes (
(z−1γ)2−
γ12) sont analytiques pour γ ∈ Γ − Φ et z ∈ K . De plus en effectuant un d´eveloppement limit´e on obtient :
(z + γ)
−2= γ
−2(1 + z
γ )
−2= 1 γ
2− 2z
γ
3+ O( 1 γ
4) d’o` u :
|| 1
(z + λ)
2− 1
λ
2||
K≤ C(R) | λ |
−3Or comme la s´erie $
%| λ |
−3converge cela entraine la convergence normale et donc l’analycit´e de $
%γ∈Γ−Φ
(
(z−1γ)2−
γ12) sur K. En rajoutant les termes associ´es aux γ ∈ Φ on obtient que S(z) est m´eromorphe sur K. Et par cons´equent P est une fonction m´eromorphe sur C avec des pˆoles d’ordre 2 en chaque point du r´eseau Γ.
Il reste ` a montrer que P est Γ-p´eriodique. On le voit en utilisant un r´esultat usuel de d´erivation terme ` a terme :
P
%(z) = − 2
z
3− #
γ∈Γ∗
2
(z + γ)
3= − 2 #
γ∈Γ
1 (z + γ )
3Cette fonction est Γ-p´eriodique et impaire. Il en r´esulte que P est paire, et que P
%(z + γ) − P
%(z) est identiquement nul. D’o` u P (z + γ) − P (z) est constant. En ´evaluant en z = − γ/2 on obtient : P (γ/2) − P ( − γ/2) = 0 car P est paire. Cela ach`eve de d´emontrer que P est une fonction elliptique paire d’ordre 2.
Proposition 1.9. La fonction de Weierstrass associ´ee ` a un r´eseau Γ v´erifie
l’´equation diff´erentielle ( P
%)
2= p( P ) o` u p est un polynˆ ome cubique de la
forme :
p(z) = 4z
3− g
2z − g
3, avec
g
2= g
2(Γ) = 60 $
γ∈Γ∗
γ
−4, g
3= g
3(Γ) = 140 $
γ∈Γ∗
γ
−6.
%
D´emonstration. Un calcul direct consistant ` a faire des d´eveloppements limi- t´es montre que P
%(z)
2− 4 P (z)
3+ g
2P (z) + g
3= f (z) au voisinage de 0 o` u f est une fonction analytique s’annulant en 0. De l`a, f s’annule en tous les points de Γ. Or par construction f ne peut avoir de pˆole qu’en les points du r´eseau Γ, il en r´esulte que f n’a pas de pˆoles et est elliptique. Ainsi elle ne peut ˆetre que constante et donc identiquement nulle.
Proposition 1.10. Le polynˆ ome p a trois z´eros mutuellement distincts.
D´emonstration. D’apr`es la proposition pr´ec´edente, le polynˆ ome p poss`ede des z´eros aux points z = P (t) tel que P
%(t) = 0, o` u P est la fonction de Weierstrass associ´ee ` a un r´eseau Γ de base (γ
1, γ
2). Il s’agit donc de calculer les z´eros de P
%relativement `a ce r´eseau. Soit P un parall´elogramme fondamental contenant
12γ
1,
12γ
2et
12(γ
1+ γ
2) =
12γ
3dans son int´erieur, et soit γ ∈ Γ, comme
12γ et −
12γ sont ´egaux modulo Γ, on a : P
%(
12γ ) = P
%( −
12γ ). L’imparit´e de P implique alors que P
%(
12γ
i) = 0 pour i = 1, 2, et 3. Ce sont les seuls z´eros possibles dans P car P
%est d’ordre 3. Et comme Z = [
12γ
1] ∪ [1/2γ
2] ∪ [1/2γ
3] est l’ensemble de tous les z´eros de P
%, il en r´esulte que le triplet (e
1= P
%(
12γ
1), e
2= P
%(
12γ
2), e
3= P
%(
12γ
3)) = P (Z ) est ind´ependant du choix d’un base particuli`ere de Γ.
Il nous reste `a prouver que les e
i= P
%(
12γ
i) sont distincts. Pour cela on consid`ere la fonction f
j(z) = P (z) − e
jpour j = 1, 2,ou 3. Comme les pˆ oles de f
jsont les mˆemes que ceux de P , on peut affirmer que f
jest une fonction elliptique d’ordre 2, et a donc deux classes de z´eros, en comptant les multiplicit´es. Or, f
j(
12γ
j) = f
j%(
12γ
j) = 0, d’o` u f
ja une classe de double z´eros en [
12γ
j] et pas d’autres z´eros. Et en particulier, si k # = j on a f
j(
12γ
k) = P (
12γ
k) − e
j= e
k− e
j# = 0. Ce qui termine la d´emonstration.
Pour terminer cette pr´esentation des fonctions elliptiques nous allons
montrer qu’une telle fonction induit naturellement un revˆetement ramifi´e de
la sph`ere de Riemann par le tore. Il faut bien garder `a l’esprit que le cas
qui nous int´eresse ici n’est qu’un cas particulier de propri´et´es plus g´en´erales
concernant les surfaces de Riemann. En effet un morphisme non-constant
entre deux surfaces de Riemann compactes et connexes peut toujours ˆetre
vu comme un revˆetement ramifi´e. N´eanmoins, il peut ˆetre int´eressant de
construire ce revˆetement « ` a la main » dans un cas particulier comme celui
ci :
Th´ eor` eme 1.11. Soit f : C → C ˆ une fonction elliptique d’ordre N relative- ment ` a un r´eseau Γ, alors la fonction f & : C /Γ → C ˆ d´efinit par f & ([z]) = f (z) pour tout [z] ∈ C /Γ est un revˆetement ramifi´e holomorphe de la sph`ere de Riemann par le tore.
D´emonstration. Nous allons faire cette d´emonstration en trois ´etapes : 1. Montrons que f & est ouverte et localement k-sur-un :
Soit a ∈ C , supposons que f (a) = c ∈ C ˆ avec la multiplicit´e k. On choisit un voisinage U de a tel qu’aucun point de U ne soit congru `a un autre point de U . La projection canonique ρ restreinte `a U est un hom´eomorphisme de U sur son image ρ
|U(U ) = U & (un tel U existe car Γ est discret). De plus comme f est elliptique, elle est en particulier m´eromorphe et donc ouverte et localement k-sur-un en a par les th´eo- r`emes classiques d’analyse complexe. Par cons´equent f ◦ ρ
−1U= f & est ouverte et localement k-sur-un.
2. Montrons que f & est un morphisme de surface de Riemann :
Soit U & un ouvert de C /Γ, il existe alors une carte Φ
U= ρ
−1Utel que
Φ
U( U & ) = U .
Il faut v´erifier que l’application φ
i◦ f & ◦ Φ
−1U( U & ∩ f &
−1(V
i)) → C est holomorphe (o` u les (Φ
i, V
i) sont les cartes usuelles de la sph`ere de Rie- mann).
En effet, φ
i◦ f & ◦ Φ
−1U= φ
i◦ f est holomorphe car f est m´eromorphe et donc holomorphe lue dans les cartes Φ
i.
3. Montrons que f & est un revˆetement sur C /Γ − P o` u P est l’ensemble des points de multiplicit´e k>1 et des pˆoles de f :
Remarquons tout d’abord que P est fini : P est discret car l’ensemble des z´eros de f &
%est discret, et comme C /Γ est compact, P est fini.
Comme f est elliptique d’ordre N alors d’apr`es le lemme 1.7 l’´equa-
tion f & ([z]) = c admet N solutions distinctes dans C /Γ − P , disons
[z
1], ..., [z
N]. D’apr`es le 1. f & est ouverte et localement un-sur-un sur C /Γ − P . On peut donc choisir des voisinages ouverts W
jdes [z
j] tel qu’ils soient disjoints et hom´eomorphes `a V
j= f & (W
j). Ainsi c a un voisinage V = V
1∩ ... ∩ V
Ntel que f &
−1(V ) soit ´egal `a N ouverts dis- joints W '
j= W
j∩ f &
−1(V ), tous hom´eomorphes `a V . On a donc exhib´e un ouvert trivialisant V pour c, et par cons´equent f & est un revˆetement
`
a N feuillets en dehors de P .
En incluant les points de P , on obtient que f & est un revˆetement ramifi´e
de la sph`ere de Riemann par le tore.
Chapitre 2
Espace de modules
D´ efinition 2.1. Un isomorphisme de surface de Riemann est un morphisme bijectif dont la r´eciproque est ´egalement un morphisme. Deux surfaces de Riemann sont dites conform´ement ´equivalentes, ou isomorphes, s’il existe un isomorphisme de surface de Riemann entre elles.
Nous allons chercher `a d´eterminer les classes d’isomorphismes du tore complexe. Pour cela, nous allons r´epondre ` a la question suivante : en se don- nant deux tores C /Γ et C /Γ
%quand peut-on affirmer qu’ils sont isomorphes ? La r´eponse est donn´ee par le th´eor`eme suivant :
Th´ eor` eme 2.2. Soit deux tores T = C /Γ et T
%= C /Γ
%. Les fonctions holomorphes f : C /Γ → C /Γ
%sont de la forme : f
a,b: [z] -→ [az + b]
%, o` u a, b ∈ C et aΓ ⊆ Γ
%. De plus f
a,best un isomophisme de surface de Riemann si et seulement si aΓ = Γ
%.
D´emonstration. Soit π : C → C /Γ et π
%: C → C /Γ
%les deux projections cannoniques respectives des tores T et T
%. Comme C est simplement connexe et que π (resp. π
%) est un revˆetement, c’est le revˆetement universel du tore.
La th´eorie g´en´erale des revˆetements nous dit que l’application compos´ee f ◦ π admet un unique rel`evement ˜ f : C → C tel que f ◦ π = π
%◦ f ˜ (voire le dia- gramme ci-dessous). Il nous faut v´erifier que ce rel`evement est holomorphe.
Au voisinage d’un point z
0∈ C , on a alors que ˜ f = s
%◦ f ◦ π o` u s
%est une section locale du revˆetement π
%. Au sens des surfaces de Riemann, cette application est clairement holomorphe. Nous pouvons maintenant raisonner sur ˜ f .
C
π
!!
f˜
"" C
π"
!! C /Γ
f"" C /Γ
Partant de f ◦ π(z) = π
%◦ f ˜ (z) pour tout z ∈ C , il vient : ˜ f (z+γ ) = ˜ f +γ
%zpour un certain γ ∈ Γ fix´e. O` u l’on remarquera que γ
z%d´epend peut-ˆetre de z. Mais la fonction holomorphe :
z -→ γ
z%= ˜ f(z + γ ) − f ˜ (z)
envoie l’espace connexe C sur l’espace discret Γ, par cons´equent elle est constante et γ
z%ne d´epend que de γ. On a donc :
f ˜ (z + γ) = ˜ f(z) + γ
%En diff´erenciant par rapport `a z, on obtient : ˜ f
%(z) = ˜ f
%(z + γ ). Il en r´esulte que ˜ f
%est une fonction holomorphe et elliptique relativement `a Γ, elle est donc constante. On en d´eduit que ˜ f est de la forme :
f ˜ (z) = az + b o` u a, b ∈ C . Ce qui est ´equivalent `a :
f ◦ π(z) = π
%(az + b)
Nous avons ainsi montr´e que f est n´ecessairement de la forme f
a,b. De plus pour tout γ ∈ Γ, f ◦ π(z + γ) = f ◦ π(z), et donc π
%(a(z +γ ) + b) = π
%(az + b).
On en conclut que aγ ∈ Γ
%et donc aΓ ⊆ Γ
%. R´eciproquement, si aΓ ⊆ Γ
%alors la fonction f
a,best holomorphe.
Supposons que f = f
a,best un isomorphisme de surface de Riemann, alors f
a,bposs`ede un inverse holomorphe de la forme π
%(z) -→ π((z − b)/a) o` u a
−1Γ
%⊆ Γ. Cela entraine l’inclusion : Γ
%⊆ aΓ. R´eciproquement, si Γ
%= aΓ, cela d´efinit un inverse holomorphe, et donc f est un isomorphisme de surface de Riemann. Ce qui ach`eve la preuve.
Nous pouvons d´esormais d´efinir les automorphismes du tore qui pr´e- servent sa structure complexe :
Proposition 2.3. Les automorphismes du tore complexe en tant que surface de Riemann sont les applications de la forme : f : [z] -→ [az + b] o` u a, b ∈ C et aΓ = Γ.
D´emonstration. Il suffit de poser Γ
%= Γ et d’utiliser le th´eor`eme pr´ec´edent.
Il parait alors naturel de d´eterminer dans quelle mesure un r´eseau Γ de rang 2 de C poss`ede un nombre complexe a tel que aΓ = Γ. En cons´equence nous allons classifier les automorphismes de cette forme :
Lemme 2.4. Soit φ : γ -→ λγ un automorphisme d’un r´eseau Γ, alors
λ = ± 1; ± i; ± ρ = e
2iπ/3ou ± (ρ + 1)
D´emonstration. En premier lieu, montrons que le module de λ ne peut ˆetre que 1. Comme Γ est un sous-groupe discret de C pour la topologie usuelle, il existe un ´el´ement γ
0de module minimal. On en d´eduit les deux in´egalit´es :
| φ(γ
0) | = | λγ
0| ≥ | γ
0| et | φ
−1(γ
0) | = |
λ1γ
0| ≥ | γ
0| , d’o` u | λ | = 1. On peut ainsi voir φ comme une rotation d’angle θ. Dans une base orthonormale directe, une telle application poss`ede une matrice de la forme :
( cos(θ) − sin(θ) sin(θ) cos(θ)
)
Mais dans une base du r´eseau la matrice de φ se doit d’ˆetre `a coefficients entiers. Or comme la trace de la matrice d’une application lin´eaire ne change pas selon la base choisie, on a : 2 cos(θ) = k ∈ Z . Les seuls valeurs possibles de ce cosinus sont donc : ± 1, ±
12ou 0. Ce qui termine la d´emonstration.
Les ordres possibles pour un automorphisme de r´eseau sont donc 2,3,4 ou 6. A partir de l`a on peut ´enum´erer la classification suivante :
– Tout r´eseau poss`ede un automorphisme d’ordre 2 donn´e par z -→ − z.
– Les r´eseaux poss´edants des automorphismes d’ordre 4 sont les r´eseaux dont au moins deux ´el´ements de mˆeme module minimal forment un angle de π/2. Ils sont donn´es par z -→ ± iz
.
– Les r´eseaux poss´edants des automorphismes d’ordre 3 ou 6 sont les r´e- seaux dont au moins deux ´el´ements de mˆeme module minimal forment un angle de π/3. Ils sont donn´es par z -→ ± ρ et z -→ ± (ρ + 1).
Nous avons d´ej` a vu que si Γ et Γ
%sont deux r´eseaux de rang deux dans C alors les tores C /Γ et C /Γ
%sont conform´ement ´equivalents si et seulement si Γ
%et Γ sont similaires, c’est-`a-dire si Γ = λΓ
%pour un certain λ ∈ C − 0.
Afin de pouvoir en dire plus, nous introduisons la d´efinition suivante : D´ efinition 2.5. Soit γ
1, γ
2une base d’un r´eseau Γ de C . On d´efinit le nombre complexe τ = γ
i/γ
j(o` u i, j = 1, 2 sont choisis afin que 1 (τ ) > 0) comme ´etant le module de la base γ
1, γ
2.
On remarque imm´ediatement que chaque r´eseau Γ d´etermine un en- semble de modules : les modules de ses diff´erentes bases, et comme λγ
i/λγ
j= γ
i/γ
j, des r´eseaux similaires ont le mˆeme ensemble de modules. En fait, nous avons ´egalement le th´eor`eme suivant :
Th´ eor` eme 2.6. : Si Γ = Γ(γ
1, γ
2) et Γ
%= Γ
%(γ
1%, γ
2%) sont des r´eseaux de C , en notant τ et τ
%les modules de leurs bases respectives, les assertions suivantes sont ´equivalentes :
(i) Les tores C /Γ et C /Γ
%sont conform´ement ´equivalents ;
(ii) Les r´eseaux Γ et Γ
%sont similaires ; (iii) τ
%= T (τ ) pour un certain T ∈ P SL(2, Z )
D´emonstration. L’´equivalence entre (i) et (ii) a d´ej` a ´et´e montr´ee pr´ec´edem- ment. Montrons donc l’´equivalence entre (ii) et (iii). Comme Γ et Γ
%sont similaires on a :
γ
1%= λ(aγ
2+ bγ
1), γ
2%= λ(cγ
2+ dγ
1),
o` u a, b, c, d ∈ Z et ad − bc = +1 ou − 1 ; et ceci est ´equivalent `a :
τ
%= aτ + b cτ + d .
Et comme τ et τ
%appartiennent `a H = { z ∈ C | 1 (z) ≥ 0 } par d´efinition, on a n´ecessairement ad − bc = 1. R´eciproquement si ad − bc = 1 alors γ
1%, γ
2%est bien une base d’un r´eseau similaire `a Γ. On a donc montr´e l’´equivalence entre (ii) et (iii).
Le point int´eressant de ce th´eor`eme est qu’il nous fait apparaˆıtre un lien entre les classes d’isomorphisme du tore et l’action de P SL(2, Z ) sur H . On est ainsi tent´e de voir l’espace quotient H /P SL(2, Z ) comme l’en- semble des diff´erentes classes de structures complexes du tore. Autrement dit, l’espace de modules des tores complexes de dimension un. Cet ensemble dispose bien d’une structure complexe : c’est le quotient de la surface de Riemann mathcalH par un groupe agissant proprement discontinument sur cette surface (pour une d´emonstration d´etaill´ee, on pourra consulter [JON], p.248)ˇsbb. En cons´equence, nous allons maintenant chercher `a d´eterminer pr´ecis´ement cet espace en montrant qu’il est isomorphe `a C . Pour cela, il nous faut d’abord pousser un peu plus l’´etude de l’action de P SL(2, Z ) sur H , et notamment d´eterminer un domaine fondamental de cette action :
Proposition 2.7. F = { z ∈ H| | z | ≥ 1 et |2 (Z) | ≤ 1/2 } est un domaine
fondamental pour le groupe P SL(2, Z )
F
ρ i ρ + 1
−
12 12D´emonstration. Montrons dans un premier temps la relation (i) de la d´efini- tion du domaine fondamental, autrement dit que le domaine F contient un repr´esentant de chaque orbite de l’action de P SL(2, Z ) sur H . Soit y ∈ H , alors en utilisant des translations bien choisis de P SL(2, Z ) on peut sup- poser que − 1/2 ≤ 2 (y) ≤ 1/2. Soit maintenant T ∈ P SL(2, Z ) tel que 1 (T (y)) soit maximal. Nous pouvons affirmer qu’une telle application T existe grˆace `a la relation 1 (T(z)) = 1 (z)/ | cz + d |
2(o` u T est de la forme T (z) = (az + b)/(cz +d)) ; en effet le groupe z Z + Z ´etant discret, l’ensemble des nombres complexes de la forme cz + d admet un ´el´ement de module minimal diff´erent de 0. Il s’en suit que | T (y) | ≥ 1, sinon en utilisant l’in- version s(z) = − 1/z on aurait 1 (s ◦ T (y)) =
&(T(y))|T(y)|2
> 1 (T (y)), ce qui est une contradiction car 1 (T(y)) est maximal. Ainsi on peut trouver une application de P SL(2, Z ) qui envoie y dans F , et comme y a ´et´e choisi ar- bitrairement, on a bien que F contient au moins un repr´esentant de chaque orbite.
Pour terminer la d´emonstration, il nous faut encore prouver que ˚ F ∩ T (˚ F) =
∅ pour tout T ∈ P SL(2, Z ) − Id. Soit z
1et z
2deux ´el´ements de F qui v´eri-
fient z
2= R(z
1) o` u R est une application de P SL(2, Z ). On peut supposer
sans perte de g´en´eralit´e que 1 (z
2) ≥ 1 (z
1), et ainsi : 1 (z
1)/ | cz
1+d |
2≥ 1 (z
1)
d’o` u, | cz
1+ d | ≤ 1. En regardant la partie imaginaire : 1 (cz
1+ d) = c 1 (z
1) ≥
c
√23, on obtient trois cas selon que c = − 1, 0 ou 1. Si c = 0 alors R est ou bien
une translation, ou bien l’identit´e. Si c = 1, alors d # = 0 car sinon R serait l’application identit´e. De l` a, l’in´egalit´e | z
1+ d | ≤ 1 implique que z
1= ρ, i ou ρ + 1. Il en est de mˆeme pour c=-1. Ainsi z
1et z
1se trouvent n´ecessairement sur le bord de F, ce qui termine la preuve.
Pour montrer l’existence d’un isomorphisme entre H /P SL(2, Z ) et C il paraˆıt naturel de construire une fonction analytique sur H et qui est constante sur chaque classe d’´equivalence. Pour cela nous allons introduire la fonction modulaire qui poss`ede ces deux propri´et´es :
D´ efinition 2.8. Soit J : H → C tel que : J (τ ) = g
2(τ )
3g
2(τ )
3− 27g
3(τ )
2, avec :
g
2(τ ) = 60 #
m,n
(m + nτ )
−4, g
3(τ ) = 140 #
m,n
(m + nτ )
−6.
Proposition 2.9. La fonction J : H → C est analytique sur H .
D´emonstration. Dans un premier temps, nous allons montrer que les s´eries g
2et g
3convergent sur tout compact de mathcalH. Pour cela, donnons nous un τ
0∈ H , un δ =
121 (τ
0) et soit K = B (τ
0, δ) un disque compact. Il nous faut prouver la convergence normale de g
2et g
3sur K. Elle d´ecoule des in´egalit´es suivantes :
| m
n + τ
0| ≥ 1 (τ
0) = 2δ Et donc ∀ m, n ∈ Z et ∀ on a :
| (m + nτ ) − (m + nτ
0| = | n || τ − τ
0|
≤ | n | δ
≤ 1/2 | m + nτ
0|
Par in´egalit´e triangulaire, il vient :
| (m + nτ ) | ≤ | m + nτ
0| − | (m + nτ ) − (m + nτ
0) | ≤ 1/2 | m + nτ
0| . Ainsi pour tout r > 0 et pour tout τ ∈ K on a :
| m + nτ |
−2r≤ 2
2r| m + nτ
0|
−2rCe qui nous montre que la s´erie $
(m+nτ )
−2rconverge normalement sur K pour r > 1. On en d´eduit alors que J est m´eromorphe sur H . L’analycit´e d´ecoule alors du fait que g
2(τ )
3− 27g
3(τ )
2ne s’annule pas. Nous le verrons au cours de la d´emonstration de la proposition suivante.
Ainsi on a construit une fonction J qui est holomorphe sur le demi-plan sup´erieur. Il reste `a montrer qu’elle est invariante sous l’action du groupe P SL(2, Z ) :
Proposition 2.10. J(T (τ )) = J (τ ) pour tout τ ∈ H et T ∈ P SL(2, Z ) D´emonstration. Il faut ici se rappeler que la fonction de Weierstrass associ´ee
`
a un r´eseau Γ v´erifie l’´equation diff´erentielle P
%2= p( P ) o` u p est un polynˆ ome cubique de la forme :
p(z) = 4z
3− g
2z − g
3, avec
g
2= g
2(Γ) = 60 #
γ∈Γ∗
γ
−4, g
3= g
3(Γ) = 140 #
γ∈Γ∗
γ
−6.
Le discriminant d’un polynˆome cubique p ayant pour racine e
1, e
2et e
3est d´efinit par la formule : ∆
p= 16(e
1− e
2)
2(e
2− e
3)
2(e
3− e
1)
2. Clairement, ses racines sont distinctes si et seulement si ∆
p# = 0. Or un calcul montre que dans notre cas ∆(Γ) = g
2(Γ)
3− 27g
3(Γ)
2(pour un calcul d´etaill´e, se r´ef´erer
`
a [JON], p.274). De plus nous avons vu auparavant que p est ` a racines distinctes, ce qui force son discriminant `a ˆetre non nul, on peut ainsi d´efinir la fonction :
J ˜ (Γ) = g
2(Γ)
3g
2(Γ)
3− 27g
3(Γ)
2On remarque imm´ediatement que ˜ J (λΓ) = ˜ J (Γ) pour tout λ ∈ Γ. Autre- ment dit, ˜ J prend la mˆeme valeur sur des r´eseaux similaires. Soit maintenant τ un module du r´eseau Γ, d’apr`es le th´eor`eme ´enonc´e en d´ebut de chapitre, les r´eseaux Γ et Γ
%(1, τ ) sont similaires (ils ont le mˆeme module). Ainsi on peut consid´erer ˜ J comme une fonction J de τ , en d´efinissant g
2et g
3comme en 2.8. La fonction J poss`ede alors la propri´et´e ´enonc´ee : si τ
%= T(τ ) pour un certain T ∈ P SL(2, Z ), alors les r´eseaux Γ(1, τ ) et Γ
%(1, τ
%) sont similaires et on a bien J(τ
%) = ˜ J (Γ
%) = ˜ J(Γ) = J (τ ).
Nous poss´edons d`es lors tous les outils pour montrer que H /P SL(2, Z )
et C sont isomorphes (au sens des surfaces de Riemann) :
Th´ eor` eme 2.11. La fonction modulaire J induit un isomorphisme de sur- face de Riemann entre H /P SL(2, Z ) et C .
D´emonstration. Dans un premier temps nous allons montrer que J induit une bijection de H /P SL(2, Z ) sur C . C’est-`a-dire que pour chaque c ∈ C il existe exactement une orbite de P SL(2, Z ) dans H sur laquelle J prend la valeur c. On a d´ej` a vu que chaque orbite rencontre le domaine fondamental F ou bien en un point unique ` a l’int´erieur de F ou bien en un ou deux points
´equivalents sur le bord de F . Commen¸cons par regarder o` u la fonction J en- voie le bord de F. Soit τ ∈ ∂F tel que 2 2 (τ ) = ± 1, alors τ est fix´e par la r´eflexion T : τ -→ ± 1 − τ ¯ , et un calcul montre que J(τ ) = J (T (τ )) = J(τ ) et J(τ ) ∈ R . Et si | τ | = 1, τ est fix´e par T : τ -→ 1/¯ τ , on en d´eduit pareillement que J(τ ) ∈ R . Par cons´equent J(∂F ) ⊆ R . On peut alors s´eparer deux cas selon que c ∈ C − R ou c ∈ R .
Soit c ∈ C − R , il nous faut montrer que l’´equation J(τ ) = c a une unique solution dans l’int´erieur de F . Comme J est analytique et non identiquement
´egale `a c, on peut affirmer que la fonction : G(τ ) = J
%(τ )
J (τ ) − c
est m´eromorphe sur H . On va utiliser le mˆeme argument que celui avanc´e dans la d´emonstration du lemme 1.7 : τ ∈ H est une solution de multiplicit´e k de l’´equation J (τ ) = c si et seulement si G a un pˆole de r´esidu k en τ . Mais pour pouvoir d´eterminer la somme des r´esidus de la fonction G, il nous faut d’abord ´etudier le comportement de G quand 1 (τ ) tend vers l’infini. Pour cela, faisons le changement de variable q = exp(2πiτ), on obtient alors que (pour un calcul d´etaill´e, on pourra de r´ef´erer `a [JON], p.282) :
J (τ ) = 1 1728 ( 1
q + 744 + 196884q + ...)
Et donc que G est analytique pour | q | assez petit, c’est-`a-dire pour 1 (τ ) assez grand, disons 1 (τ ) ≥ K . Ainsi tous les pˆ oles de G dans F sont en fait dans l’int´erieur de l’ensemble E = { τ ∈ F |1 (τ ) ≤ K } . Par cons´equent la somme des r´esidus de G dans F est ´egale `a :
1 2πi
"
∂E
G(τ )dτ,
o` u l’on int´egrera dans le sens trigonom´etrique. Or comme J (τ + 1) = J(τ ), la fonction J, et donc la fonction G prend les mˆemes valeurs sur les cˆot´es 2 (τ ) = − 1/2 et 2 (τ ) = 1/2 de E, ce qui nous donne :
"
[−1/2+iK,ρ]
G(τ )dτ =
"
[−1/2+iK,ρ]
G(τ + 1)dτ = −
"
[ρ+1,1/2+iK]
G(τ )dτ
De mˆeme, en utilisant le fait que G(τ ) = G( − 1/τ ) on en d´eduit que :
"
[ρ,i]
G(τ )dτ = −
"
[i,ρ+1]
G(τ )dτ Et finalement on obtient :
"
∂E
G(τ )dτ =
"
[1/2+iK,−1/2+iK]
G(τ )dτ
De l`a, remarquons qu’en dehors des pˆ oles de G, n’importe quelle d´etermi- nation continue du logarithme complexe satisfait `a la relation :
(log(J (τ ) − c))
%= J
%(τ )
J (τ ) − c = G(τ ) et donc :
"
[1/2+iK,−1/2+iK]
G(τ )dτ = [log(J(τ ) − c)]
γo` u [log(J(τ ) − c)]
γest le changement de valeur de log(J (τ ) − c) provenant du prolongement analytique le long du segment γ = [1/2+ iK, − 1/2+ iK ]. Pour calculer cette valeur on reprend le changement de variable q = exp(2iπτ ), et on remarque que la fonction q →
Qq(J (τ ) − c) est alors analytique et non nulle pour 0 ≤ | q | ≤ exp( − 2iπK ). De plus, quand τ parcours le segment γ, alors q fait une fois le tour du le cercle de centre 0 et de rayon exp( − 2πK) en commen¸cant et finissant `a exp( − 2πK), la fonction Q est donc analytique le long d’un lacet dans un domaine simplement connexe, et par cons´equent :
[log(q(J (τ ) − c))]
γ= 0 d’o` u :
[log((J(τ ) − c))]
γ= [log((qJ (τ ) − c)) − log(q)]
γ= [ − log(q)]
γ= 2iπ Ce qui nous montre que la somme des r´esidus de G est dans F est 1. Ainsi l’´equation J(τ ) = c poss`ede une unique solution dans F pour c ∈ C − R . Supposons maintenant que c ∈ R . En premier lieu, montrons que l’´equa- tion J (τ ) = c poss`ede au moins une solution dans F. Pour cela notons :
L
1= { τ ∈ H | | τ | ≥ 1, 2 (τ ) = − 1/2 } L
2= { τ ∈ H | | τ | = 1, − 1/2 ≤ 2 (τ ) ≤ 0 } L
3= { τ ∈ H | | τ | ≥ 1, 2 (τ ) = 0 }
L = L
1∪ L
2∪ L
3i L
1L
2L
3ρ
−
120
− 1
Si τ ∈ L
3alors τ = iy avec y ≥ 1. De plus le changement de variable q = exp(2iπτ) = exp( − 2πy) nous montre que lorsque y tend vers l’infini (i.e q tend vers 0) alors J(τ ) =
17281(
1q+ 744 + 196884q + ...) tend vers + ∞ . De mˆeme on montre que sur L
1, J(τ ) tend vers −∞ . Et comme J(L) ⊆ R , alors J est une fonction `a valeurs r´eelles. De plus, J(L) est connexe car L est connexe et J est analytique (et donc continue). Donc J(L) est un sous ensemble connexe de R sans borne sup´erieure ni inf´erieure, d’o` u J (L) = R . Il y a donc au moins une orbite de P SL(2, Z ) sur laquelle J prend la valeur c ∈ R . Il reste `a prouver que cette orbite est unique. Pour cela on va utiliser le lemme topologique suivant :
Lemme 2.12. Soit f une application ouverte d’un espace topologique s´epar´e X dans un espace topologique Y , et soit Y
%une partie dense de Y telle que la restriction de f ` a f
−1(Y
%) soit injective. Alors f est injective.
La fonction ˜ J : H /P SL(2, Z ) → C induite par passage au quotient est
injective restreinte ` a ˜ J
−1( C − R ) d’apr`es la premi`ere partie de la d´emons-
tration. Or comme l’application J est ouverte, il en est de mˆeme pour ˜ J car
la projection canonique H → H /P SL(2, Z ) est ouverte. De plus le quotient
H /P SL(2, Z ) est bien s´epar´e. Le lemme et la densit´e de C − R dans C per-
mettent alors de conclure sur l’injectivit´e de ˜ J.
En r´esum´e, la fonction J : H → C est holomorphe et l’´equation J(τ ) = c admet une unique solution modulo P SL(2, Z ). En passant au quotient, on voit donc que J induit un biholomorphisme entre H /P SL(2, Z ) et C . Ce qu’il fallait d´emontrer.
Nous avons ainsi d´emontr´e le th´eor`eme ´enonc´e lors de l’introduction : Th´ eor` eme 2.13. Il existe une structure complexe naturelle sur l’espace de modules, et un isomorphisme entre cette vari´et´e complexe et C .
Nous allons terminer ce TER en ´etudiant le comportement g´eom´etrique de la fonction modulaire J . Pour commencer, regardons quels sont les images adjacentes de F par l’action de P SL(2, Z ). Pour cela on d´efinit les trois applications suivantes de P SL(2, Z ) :
X : z -→ − 1/z, Y : z -→ − 1/(z + 1), Z : z -→ z + 1.
Les applications X et Y poss`edent respectivement i et ρ comme point fixe. En appliquant successivement ` a F des compos´ees bien choisies de ces applications, on obtient neuf r´egions adjacentes `a F , o` u i appartient
`
a deux r´egions simultan´ement (F et X(F )) et ρ appartient `a six r´egions (Z
−1(F ), Y
2(F ), XY (F), Y (F), X(F ) et F).
F Z(F )
Z
−1(F )
X(F )
Y
2(F ) ZX (F )
Y(F)
Y X(F) ZY X(F)ZY(F)