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Quelques applications des paliers hydrostatiques

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Texte intégral

(1)

LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-1965

Communication présentée

au Comité technique de la Société Hydrotechnique de France le 18 juin 1965

QUELQUES

APPLICATIONS DES PALIERS HYDROSTATIQUES

PAR

A. KERGOAT *

Principe de fonctionnement des paliers hydrostatiques

Le fonctionnement d'un palier hydrostatique est basé sur le régime des pertes de charge d'un fluide s'écoulant à travers deux orifices montés en série.

Dans le cas de la figure 1, la pression aval étant constante et prise comme origine, si le fluide qui s'écoule peut être considéré comme incompressible, la relation Q= 0"(<ip)n (qui relie le débit en volume Q à la différence de pression P entre deux chambres séparées par un orifice, avec n = 1 pour un régime analogue au régime laminaire et n = 1/2 pour un régime analogue au régime turbulent), peut s'écrire:

Historique L'idée de base qui conduisit à la première réalisa- tion de paliers hydrostatiques est aujourd'hui cen- tenaire, puisque l'édition de 1865 du Grand Diction- naire Universel Larousse mentionne et décrit un

«palier» de ce type dont l'inventeur est M. Girard.

Le texte laisse entrevoir qu'à l'époque, l'inven- tion dontil est question n'est connue que d'un nom- bre très restreint de techniciens. Quelques années plus tard, elle apparaît au grand public pour la pre- mière fois à l'Exposition Universelle de Paris de 1878 où elle revêt la forme d'une attraction appelée

«le Chemin de fer de glace».

Il semble que cette invention n'ait pas connu de grand développement à son origine, et il fallut attendre les années 30, soit plus d'un demi-siècle, pour en voir naître les premières applications in- dustrielles à grande diffusion, et les années 50 et suivantes pour assister à une véritable ruée des scientifiques et des industriels anglo-saxons sur le sujet, et principalement dans le domaine de l'ali~

mentation par fluide compressible, domaine que nous n'aborderons pas aujourd'hui.

p. ~ Cte 1Q

- - , , - - - + Ps = Cte = 0

Us

l _

* Electricité de France. Centre de Recherches et d'Essais de Chatou.

1/

587

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A. KERGOAT

soit:

(1)

l1e restant constant, si l'on diminue 11., c'est-à-dire si l'on étrangle l'orifice correspondant, Pi croît, et inversement.

La relation (1) montre d'autre part que:

10 la pression dans l'enceinte est proportionnelle à la pression d'alimentation Pe;

20 les sections d'étranglement n'interviennent que par leur rapport.

Bien que ce ne soit pas tout à fait le sujet, nous nous devons de mentionner en passant la brillante application de ce principe: le micromètre Solex.

Une antre application connue que nous allons étudier sommairement va nous conduire plus direc- tement au fonctionnement des paliers hydrostati- ques. Il s'agit du disque d'équilibrage de la poussée axiale monté sur certaines pompes centrifuges (fig. 2).

Supposons que le rotor R soit constamment solli- cité vers la gauche par une poussée axiale Fa' Ména-

geons dans le rotor une chambre alimentée en fluide sous pression Pe à travers un étranglement l1e• Le fluide s'échappe de la chambre par la périphérie.

En première approximation, la section de sortie I1s

est égale au produit du périmètre de la chambre par la valeur du jeu entre le rotor et le stator. Si le jeu augmente I1s augmente et Pi diminue. Inversement, si le jeu diminue, Pi augmente. Le rotor trouve donc une position axiale istable, telle que la force créée par l'application de la pression sur la surface du rotor soit égale et opposée à la poussée axiale Fa'

Faisons faire un quart de tour à la figure 2. En la modifiant quelque peu, nous obtenons l'image d'une charge supportée par un patin hydrostatique dont le fonctionnement est identique à celui du dis- que d'équilibrage (fig. 3).

Sans en rechercher pour l'instant, ni les avanta- ges, ni les inconvénients, ajoutons un deuxième pa- tin à la partie supérieure, puis deux patins sur les côtés (fig. 4).

L'examen de la figure montre que cette disposi- tion présente les mêmes caractères fondamentaux que la précédente, puisque tout déplacement du mo- bile crée un nouveau système de force qui tend, soit à équilibrer la force supplémentaire mise en

X,

X' _

4/

(a)

Ffi uidel disque = Fa Ffluid/disc = Fa

o

c

Ffluide/patin = C Ffluidl bearing shoe = C 2/

31 51

588

(3)

LA HOUILLE jeu pour effectuer ce déplacement, soit àrappeler le

mobile à sa position d'origine lorsque cette force disparaît.

Nous noterons que les deux dessins de la figure 4 sont identiques du point de vue du fonctionnement.

Nous avons raisonné jusqu'alors sur des patins dont le bord de fuite est contenu dans un plan, mais rien ne s'oppose à ce que le raisonnem.ent soit étendu aux surfaces non planes, et en particulier, aux surfaces cylindriques de révolution.

C'est ce que montre la figure 5 et dès lors rien ne s'oppose plus à la rotation du mobile.

Le palier hydrostatique se trouve ainsi constitué, nous allons en examiner ses principales caractéris- tiques et les avantages qui en découlent.

Caractéristiques des paliers hydrostatiques Les propriétés du palier hydrostatique sont con- ditionnées par la production de la pression exté- rieure d'alimentation.

FROTTEMENT: nature, évolution.

Pour un palier lisse hydrodynamique, le frotte- ment visqueux ne peut être atteint, pour une charge donnée, qu'à partir d'une certaine vitesse de rota- tion, puisque la pression d'huile nécessaire au sou- lèvement du tourillon est développée par la rotation de celui-ci. Avec un palier hydrostatique, l'état de frottement visqueux peut être atteint à pleine charge et à vitesse nulle puisque la pression néces- saire au soulèvement de l'arbre est engendrée à l'aide d'un moyen extérieur au palier.

Connne première conséquence, il résulte que, le coefficient de frottement visqueux étant proportion- nel à la vitesse, pour une vitesse de rotation nulle, le couple de frottement est théoriquement nul.

CAPACITÉ DE CHARGE.

La charge utile est proportionnelle à la pression d'alimentation en huile et à la surface efficace du palier, de sorte que ces deux facteurs permettent assez de souplesse pour déterminer sa géométrie et son alimentation et ne déterminent en aucune ma- nière une limitation quant à la charge maximale possible à supporter.

On trouve aussi bien des paliers ou patins fonc- tionnant sous 3 bars ou sous 150.

RAIDEUR.

La raideur est également proportionnelle à la surface du palier et à la pression d'alimentation.

Elle augmente si le jeu du palier devient plus petit, mais seulement dans la mesure où certaines propor- tions sont respectées entre ce jeu et les étrangle- ments à l'alimentation. Elle est, en outre, fortement affectée par le mode d'alimentation:

étranglements constitués soit par diaphragmes, soit par tubes capillaires, mais elle est maximale lorsque l'alimentation se fait sans étranglement et, avec une pompe volumétrique par poche. La raideur, dans ce cas, croît comme le débit et l'inverse de la puissance 4 du jeu. L'avantage très important qui en découle est la faculté de pouvoir se rendre maître à volonté de cette rai- deur, ce qui peut être parfois appréciable pour

jère phase de montée en vitesse pompe auxiliaire en service ,ststage acceleratian auxi/iary pump in service

2me phase de montée .en vitesse pompe auxiliaire hors service 2 ndstage acceleratian auxi/iary pump stopped Arrêt de la pompe auxillOire 5hut- down of auxiltary pump

6/

faciliter le franchissement des vitesses critiques lors de la montée en vitesse d'un rotor. En effet, on sait que la vitesse critique d'un arbre dé- pend de la raideur des paliers qui le supportent et croît avec celle-ci. La figure 6 indique un pro- cessus possible de montée en vitesse d'un rotor dont la vitesse normale d'exploitation se situe au-dessus de la première vitesse critique.

La mise en service ou l'arrêt de la pompe auxi- liaire détermine deux valeurs de la vitesse critique de l'arbre. Il suffit de procéder à cette opération au moment où la vitesse du rotor est comprise entre ces deux valeurs pour obtenir un effet analogue à la suppression pure et simple du franchissement de la vitesse critique.

AMOHTISSEMENT INTEHNE.

L'amortissement interne d'un palier hydrostati- que est particulièrement important. Il est constitué par l'action de pompage qui s'exerce dans les cham- bres. Dans le comportement dynamique d'un tel palier, le facteur d'amortissement est proportion- nel à la longueur de fuite et à l'inverse du jeu.

RÉGLAGE DE LA POSITION DE L'AHME DANS LE COUSSI- NET.

RAIDEUR INFINIE.

La position de l'arbre dans le coussinet est essen- tiellement liée aux forces extérieures auxquelles il est soumis et aux conditions d'alimentation de cha- cune des chambres.

Il suffit de faire varier ces dernières par un quel- conque procédé (modification des étranglements, modification du débit dans le cas d'une alimentation séparée par chambre) pour que l'arbre trouve une nouvelle position d'équilibre.

On peut inversement astreindre l'arbre à occuper une position fixe lorsque les forces auxquelles il est soumis sont variables (raideur infinie).

Ces deux propriétés trouvent leur principale ap- plication dans le domaine de la machine-outil.

INDÉPENDANCE RELATIVE VIS-A-VIS DE LA NATURE DU FLUIDE.

Le principe même du fonctionnement des paliers hydrostatiques élargit la notion de graissage. Il les rend aptes à fonctionner avec n'importe quel fluide d'alimentation, puisque les qualités de viscosité ne sont pas mises en cause pour la constitution du film sustentateur.

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A. KERGOAT

débit utilisé . . . . rails de guidage.

Quelques applications des palüers hydrostatiques

Dans ce qui va suivre, nous nous sommes efforçés de décrire des applications qui illustrent, en par- ticulier, quelques-unes des propriétés essentielles que nous venons d'énoncer.

FItOTTEMENT.

Les propriétés particulièrement intéressantes du frottement que nous avons signalées ont été exploi- tées au Centre de Recherches et d'Essais de Chatou dans la réalisation de deux appareils :

1. Chariot pOUl' étalonnage d'appareils de mesure de faible vitesse dans une veine tluide.

La méthode d'étalonnage qui a été choisie est la suivante:

- l'appareil à étalonner est déplacé à une vitesse connue dans une masse fluide au repos.

La masse à déplacer est comprise entre 200 et 250 kg et les vitesses envisagées comprises entre 0,1 et 200 mm/s.

Les vitesses les plus faibles interdisent l'adop- tion des moyens de guidage courants; glissement solide ou roulement, qui auraient nécessairement engendré des vibrations à basse fréquence (stick slip) insupportables pour l'utilisation envisagée.

Dans cette application, l'intérêt des patins hydro- statiques réside surtout en la nature du frottement (visqueux) créé entre les pièces en mouvement plu- tôt qu'en sa valeur propre.

2. Chal'iot pour la mesure des débits par la méthode de l'écran d'Anderson.

Cette méthode consiste à mesurer la vitesse de déplacement d'un écran qui obture toute la section transversale d'un canal dans lequel s'écoule le fluide dont on veut évaluer le débit.

Le guidage ainsi que les charges à véhiculer pré- sentent les mêmes caractéristiques que dans le cas précédent, mais dans cette application, l'intérêt ré- side en la faible valeur de coefIicient de frottement.

En effet, il convient de présenter le minimum de ré- sistance passive à l'avancement de l'écran pour ne pas altérer la mesure.

Des essais ont montré que le déplacement du cha- riot était perceptible pour une force appliquée de l'ordre de 0,01 N, ce qui donne un coefficient de frottement au démarrage de 4.10-6

A la vitesse maximale de 0,7 m/s, la force néces- saire au déplacement devient égale à 1,3 N, ce qui correspond à un coefIicient de frottement inférieur à 5.10-\ valeur encore inférieure au meilleur coef- ficient de roulement.

Les caractéristiques générales communes aux deux chariots sont les suivants:

empattement du chariot. . 2,70 m;

course du chariol. . . .. 20 m;

charge totale à véhiculer. 250 kg;

fluide utilisé huile Houghton STAP 200 de visco- sité 2,42" Engler à 20° ;

0,4 1/s;

cylindriques, de dia- mètre 50 mm.

8/

RAIDEUR.

AMORTISSEMENT INTERNE.

Nous n'avons pas d'exemples particuliers pour illustrer la raideur et l'amortissement interne, mais

CAPACITÉ DE CHARGE.

L'exemple que l'on peut citer, célèbre à bien d'au- tres titres d'ailleurs, est le télescope géant du mont Palomar.

Son poids de 500 t environ (l'équivalent de 5 lo- comotives à vapeur) est supporté par un ensemble de patins hydrostatiques, comportant chacun 4 chambres séparées alimentées par des orifices à restriction. Cette solu tion a été adoptée pour des raisons de stabilité des patins en cas d'excentrement des charges. En ef1'et, la solution à chambre unique ne garantit pas l'absence de contact métal/métal, comme l'illustre la figure 7.

A titre indicatif, le mouvement d'horlogerie qui entraîne le télescope en rotation développe une puis- sance inférieure à 1/12° de cheval.

Autre exemple: l'antenne du radar de Haystack.

Son antenne, de 40 In de diamètre, pèse 175 t et l'adoption de patins hydrostatiques pour supporter la charge et pour la guider en rotation a permis d'obtenir le pointage en azimuth avec une précision absolue meilleure que 20" d'arc et d'obtenir sans à- coups des vitesses de rotation de 1 tour par jour. La figure 8 montre le principe du support d'antenne.

On remarquera, en outre, que clans ces deux cas, on met à profit le frottement visqueux qui permet de mettre en mouvement d'énormes charges à fai- ble vitesse sans vibrations.

c~175 tonnes C~ 175 metrie tans

1

Principe du support Antenne radar de HAYSTACK Caractéristiques cp:::5mètres

j<-JiO;;5meJ(es 1

1

1

____ Jeu-Play: 12,5/100mm 11

I

.BOrd de fuite

~.4rn0I;+J;-ît,~;=-- 16patins beoring shoes: Tra/linq edqe

r- 230 x 360 r

1

1E?~~~-,~=-::::J1r&'---;'~ 8 patins - bearing shaes:180 x300 50tm Jeu- Play: 20/100mm

Débit d'huiletot~1:1,71/5 Total at! flaw,' 1,7 I/s

11

590

(5)

~R''/"11"// 3

il faut savoir que ces deux qualités sont très précieu- ses dans l'application des patins hydrostatiques aux tables de machines-outils.

Les déplacements de tables perpendiculairement aux glissières entraînent des ondulations sur les faces en cours d'usinage. Or, les charges auxquelles elles sont soumises sont essentiellement variables en cours de travail. La valeur élevée de la raideur est donc une condition nécessaire à la limitation de ces déplacements.

Par ailleurs, l'amortissement interne contribue également à la réduction des ondulations. En elTet, il s'avère que le coefficient d'amortissement que l'on fait apparaître dans les études du. comportement dynamique des systèmes matériels - en l'occur- rence, réponse en amplitude des mouvements de la table aux sollicitations de l'outil - , est ici tel que cette réponse est apériodique, donc anlOrtit les vi- brations.

Réglage de la position de l'arbre dans le coussinet - palier pilote.

Il s'Q.git là d'une application déjà ancienne dans le dornaine de la machine-outil, mais néanmoins fort astucieuse. Ce déplacement est obtenu par la modulation des débits dans les chambres. A chaque état de débit correspond un état d'équilibre de l'ar- bre.

Cette propriété a été appliquée sur des rectifieuses Gendron pour la rectification des cylindres de la- minoir qlÏi doivent présenter un bon;bé de quelque 1/10e de millimètre sur leur longueur.

La modulation de pression est effectuée en fonc- tion du déplacement du chariot porle-meule.

On voit que la pénétration du tiroir P dans le corps du distributeur modifie les étranglements de deux chambres opposées, donc la valeur des débits passant dans chacune d'e11es.

PALIER DE RAIDEUR INFINIE.

Dans cette application, il s'agit de maintenir en position constante un arbre dans son palier.

La figure 1Oen montre le principe de réalisation.

L'arbre y est représenté coupé par deux plans clif- férents. Nous voyons qu'à tout déplacement créé par une variation de la force à laque11e il est sou- mis correspond une variation de pression dans l'or- gane détecteur. Ce11e-ci agissant sur les pistons du distributeur modifie les orifices d'entrée du fluide dans deux chambres opposées jusqu'à obtention de l'équilibrage de la force supplémentaire et remise à la position initiale de l'arbre ou de la table.

INDÉPENDANCE RELATIVE VIS-A-VIS DE LA NATURE DU FLUIDE.

Pour illustrer cette propriété, nous citerons les pompes utilisées pour véhiculer le fluide calopor- teur dans les réacteurs rapides où les paliers sup- port sont du type hydrostatique et alimentés en sodium liquide.

ORGANE D'ÉTANCHÉITÉ.

Enfin, pour terminer, nous citerons une applica- tion tout à fait spéciale en cours d'expérimentation au Centre de Recherches et d'Essais de Chatou.

Il s'agit de l'utilisation d'un palier hydrostatique, à la fois porteur et organe d'étanchéité. Il est mon-

u

PALIER PILOTE

G

9/ Palier pilote.

Guide bearing.

té sur une machine d'essai dans laquelle un arbre de 70 nlm de diamètre tournant à 6000 tr/mn, chargé axialement à 4 t et radialement à 1,5 t, tra- verse la paroi d'une enceinte sous pression à 100 bars.

Conclusions

Pour terminer cet exposé, nous ferons appel à un point particulier dont le développement pourrait élargir le champ d'application des paliers hydrosta- tiques, et en cela, déboucher sur d'éventue11es réali- sations d'avenir.

L'état actuel de la technique fait apparaître au- jourd'hui une sorte de spécialisation dans les per- formances limites des paliers hydrostatiques.

Les paliers à gaz semblent destinés aux faibles charges et aux grandes vitesses périphériques pou- vant atteindre dans certains cas, et même dépasser, la centaine de mètres par seconde. Par contre, les

te

Pe

10/ Palier auto centreur.

8elf-centering bearing.

591

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A. KERGOAT

paliers alimentés en fluides incompressibles qui peuvent supporter d'énormes charges ne semblent pas avoir été utilisés jusqu'ici à des vitesses péri- phériques dépassant 35 m/s. On peut se demander si, pour ce dernier type de palier, le moment n'est pas venu de pousser les investigations au-delà de ces vitesses.

En effet, les limitations rencontrées dans la lubri- fication des grandes unités tournantes, toujours plus largement dimensionnées, où les vitesses péri- phériques atteignent déjà des valeurs de l'ordre de 80 à 90 m/s et les charges par coussinet, plusieurs dizaines de tonnes, rendent nécessaire de prévoir un relais au graissage hydrodynamique dans sa concep- tion actuelle. Il est permis de se demander si la solution hydrostatique n'a pas quelques chances d'assurer ce relais?

Références bibliographiques

ROHS (H. G.). - Le palier hydrostatique dans la construc- tion mécanique. Industrie Anzeiger, nO 80, octobre 1962.

GÉRARD (R.). - Le palier fluide. Mémoires des Ingénieurs Ci- vils de France, janvier-février 1949.

TOURASSE (III.). - Le palier fluide. Revue de l'Institut Fran- çais du Pétrole, février 1961.

DUDLEY (D. FULLER). - Hydrostatic Lubrication. Machine Design, juin 1947.

GEOI\GE (R. CARI\OLL). - A Hydrostatic Bcaring for Hays- tack, janvier 1963.

KEHGOAT (A.). - Chariot à patins fluides. Bulletin du Centre de Recherches et d'Essais de Clwtou, nO 3, 1963.

Discussion

Président: M. BANAL

M. le Président remercie M. KERGOAT de son intéressant exposé et des perspectives qu'il apporte dans le domaine des machines tournantes.

M. CO~IOLET remarque que les paliers hydrostatiques four- nissent une bonne lubrification à basse vitesse de rotation.

A grande vitesse, des phénomènes d'inertie peuvent mo- difier la répartition des pressions prévues dans un calcul hydrostatique et conduire à des instabilités, comme cela est courant dans le cas des paliers à gaz. M. COMOLET demande à M. KEI\GOAT si de tels problèmes d'instabilité se sont posés dans le cas des arbres tournant à grande vitesse essayés à Chatou.

M. KERGOAT indique que ce problème ne s'est pas posé dans le cas étudié d'une butée de 140 mm de diamètre, qui conduit à des vitesses de l'ordre de 35 mis.

M. CO~IOLET dit que la rotation de l'engin produit, par en- droits, un effet de force centrifuge et, par conséqnent, des variations de pression qui nc sont pas tellement régies par les lois de l'hydrostatique.

M. KERGOAT indique que l'effet de la force centrifuge a été pris en compte, mais intervient peu dans son problème qui concerne un arbre de 70 mm et une butée double de 140 mm, où l'on est conduit à des pressions d'utilisation à l'équili- bre de 50 kg/cm2

M. RÉMÉNIÉRAS demande si l'on connaît le comportement des paliers hydrostatiques lorsque leur charge radiale varie rapidement et d'une façon pseudo-périodique en fonction du temps, comme dans un moteur à explosion. Par exemple,

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a-t-on fait des expenences précisant le fonctionnement des divers dispositifs d'auto-centrage dans ces conditions parti- culières?

M. KERGOAT n'en a pas connaissance. En fait, ce mécanisme d'auto centrage est utilisé sur les machines-outils, notam- ment sur les rectifieuses.

M. KERGOAT ignore comment répondrait, dans ce cas, le système d'autocentrage.

M. RÉMÉNIÉRAS pense que certains types de machines met- tent en jeu des efforts d'inertie très brutaux, pour lesquels les systèmes décrits ne présenteraient pas une sécurité suf- fisante.

M. KERGOAT répond que c'est vraisemblable, mais qu'étant donné que l'on est maître de la raideur d'un palier hydrostatique ordinaire (il suffit d'augmenter ou de dimi- nuer les débits pour faire varier la raideur), il est préféra- ble de différer l'emploi d'un palier autocentrenr pour une application dynamiqne.

M. MARCHAL estime que l'application, eitée par M. KERGOAT, est très intéressante, mais un peu particu1ière. En effet, si, au moment où la meule attaque, elle recule un peu et que le mécanisme se remette en place, le recnl momentané n'est pas gênant. Par contre, pour une roue de compresseur ayant un jeu radial très petit, ce phénomène est plus grave, car on courrait un risque d'aecident.

M. le Président demande si, pour ealeuler la période pro- pre dans un système tournant de cette disposition, il faut

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prendre la raideur du dispositif seul ou la raidenr tenant eompte de cette antocorrection.

M. KERGOAT pense qu'il faut tenir compte de cette auto- correction, dont la présence est d'ailleurs une complication si l'on veut faire une étude dynamique et si l'on veut aller assez haut en fréqnence. Pnisqn'on est maître de la raideur du palier, il suffit d'avoir la bonne pression ou le bon débit pour que la raideur soit telle que l'élongation radiale soit compatible avec le fonctionnement de la machine.

M. le Président se demande si, comme dans les calculs anciens de régnlation, on peut séparer la réaction immédiate dn rythme et sa lente remise en place sous un effort c.ontinn d'après le système compensé indiqué par M. KERGOAT. Est- ce aussi simple dans la réalité?

M. KEHGOATprécise que, dans l'étude dynamique, ce n'est pas aussi simple, parce qu'il faut tenir compte des masses en mouvement, des masses mécaniques et de l'écoulement des fluides qui peuvent provoquer des perturbations.

M. DENIS demande ce qui se passe en cas de panne de la pompe d'alimentation.

M. KEHGOAT indique que c'est fort ennuyeux si l'on ne prend aucune précaution, mais que les constructeurs savent maintenant faire du matériel qu'ils peuvent garantir pour 100000 heures et certains ont depuis trente ans du matériel qui engendre un débit d'huile à une pression de 100 bars.

Sur une remarque de M. MAHCHAL, M. le Président observe que si la pompe à huile tombe en panne, la catastrophe n'est pas obligatoirement instantanée et M. R.ÉMÉNIÉHAS ajoute que l'on peut toujours mettre un accumulateur qui permettrait l'arrêt.

M. CO~IOLET indique que l'on conçoit et que l'on réalise aussi des paliers hydrostatiques sans chambre; l'alimenta- tion se fait au centre de la plaque et la distribution des

LA HOUILLE BLANCHE/N° 6-1965 pressions est différente. Il semble que ces paliers permettent d'avoir des raideurs plus grandes, parce que les jeux axiaux sont beaucoup plus petits pour les mêmes débits. M. KEHGOAT a-t-il une expérience dans ce domaine?

M. KEHGOAT précise que les paliers sans chambre ont une capacité de charge moindre que les paliers à chambre; en revanche, ~l pression égale, ils débitent moins.

Les jeux peuvent être du même ordre de grandeur. L'ar- bre dont M. KEHGOAT a parlé, qui tourne à 6000 tours et qui fait 70 mm de diamètre, a un jeu de 1/100 de mm au rayon.

C'est déjà un jeu important car on cherchait à perdre le mi- nimum de puissance pour l'entraînement en rotation. Il y avait là un problème d'approvisionnement; il fallait trouver chez les constrncteurs un 'moteur d'entraînement, dont l'en- semble des caractéristiques s'accommodait peu des puissan-

ces as,sez élevées. ' .

M. -cHEVALIEH a cru comprendre, dans ce que M. KEHGOAT a dit, que le fait d'avoir une indépendance dans l'alimenta- tion des chambres, est un élément certainement favorable.

Est-ce bien cela ou est-ce le fait d'avoir une pompe d'ali- mentation par chambre ou d'avoir un système de dia- phragme permettant, à partir d'une seule alimentation, de régler la pression ou le débit dans chacune des chambres?

M. KERGOAT expose le problème et précise que l'indépen- dance dans l'alimentation à débit constant des chambres est bien un facteur favorable à la raideur. En contrepartie, les besoins en matériel de pompage sont plus élevés, mais les frais d'investissement supplémentaires peuvent dans cer- tain cas être compensés par l'économie de puissance de pom- page qu'un tel dispositif permet en outre de réaliser.

M. le Président remercie M. KERGOAT de son exposé et des réponses qu'il a fournies aux diverses questions qui lui ont été posées.

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