Yes, we... could!
A` l’heure ou` nous e´crivons ces lignes, un nouvel astre se le`ve dans le ciel ame´ricain. Alle´gresse et confiance se conjuguent dans les vœux de beaucoup pour un lendemain plus heureux. Son slogan : « Yes, we can! »
Il n’y a pas si longtemps, une nouvelle histoire devait s’e´crire e´galement en France, avec un Grenelle vert, credo de l’ave`nement d’un « plus naturel » dans notre vie.
Notre slogan : « Oui, nous aurions pu ! » De´ception ? L’ouverture vers une me´decine plus proche du naturel est reste´e vaine. Faut-il s’en e´tonner ?
Notre ministre de tutelle n’a pas rejete´ l’home´opathie, comme le lui demandaient des me´decins experts, mais la liste des teintures-me`res, graˆce a` nos experts spe´cialise´s (!), se re´duit comme peau de chagrin.
Par ailleurs, l’utilisation de la plante me´dicinale en tant que comple´ment alimentaire, ve´ritable e´pide´mie qui se´vit en d’autres pays europe´ens, nous touche aujourd’hui. Il semble ainsi naturel que le rhodiola, non consomme´ traditionnelle- ment en tant qu’aliment, soit sur la liste des comple´ments alimentaires. En Belgique, il fait l’objet d’une autorisation en alimentaire, et en tant qu’Europe´ens nous appliquons le principe de reconnaissance mutuelle des normes.
L’extrait de ginkgo, sans vrai gouˆt ni saveur inte´ressante, est utilise´ en tant qu’agent aromatisant1de produits laitiers (yaourts par exemple), de boissons rafraıˆchissantes ou nutritives, et plus particulie`rement celles sans alcool (boissons orange´es ou toniques a` base de quinine), ou de produits sucre´s (chewing-gums). Pas plus qu’un aromatisant ? Pauvre ginkgo !
Dans les comple´ments alimentaires qui en contiennent, la teneur en vitamine C ne doit pas de´passer la dose journalie`re recommande´e en cette vitamine. Cela est strictement physiologique et n’a aucune valeur the´rapeutique, l’utilisateur doit contourner la loi en prenant plus de doses du produit que pre´vu. La norme DGCCRF sur les e´tiquettes est stricte et, de plus, ces me´dicaments sont en vente libre. Ineptie et hypocrisie !
1Un extrait spe´cifique re´pondant aux pre´conisations de l’avis du CSHPF (Conseil supe´rieur d’hygie`ne public de France) du 9 septembre 1997, qui en fixe la teneur en terpe`nes spe´cifiques et en acides ginkgoliques, est autorise´ comme aromatisant en France. Dans les faits, selon les fournisseurs de ce type d’extrait, il n’est plus utilise´.
Phytothe´rapie (2008) 6: 331–332
©Springer 2008
DOI 10.1007/s10298-008-0353-8
Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-phyto.revuesonline.com
Le Stevia reste au purgatoire en Europe. Il a fait l’objet d’une demande d’autorisation europe´enne dans le cadre du re`glement « Novel Food » n CE/258/97, mais cette autorisation a e´te´ refuse´e pour dossier incomplet. Techniquement, il n’y a aucune raison scientifique de ne pas promouvoir cet e´dulcorant naturel a` la place du douteux aspartam. Nos e´lites pre´conisent tous le « moins glucidique », mais aucun ne semble avoir entendu parler du Stevia, ou est-ce encore une fois la force des lobbys ? La tant de´crie´e firme Coca-Cola s’inte´resse d’ailleurs au Stevia pour sucrer ses boissons, dans le cadre de la lutte contre l’obe´site´.
Ayant la teˆte sur les e´paules et ne me´langeant pas the´rapie et ide´al philosophique, nous aurions, nous me´decins, arreˆte´ majoritairement de prescrire des plantes, si celles-ci ne prouvaient pas leur efficacite´. Nous connaissons les effets importants de l’e´le´ment placebo, et nous sommes oblige´s de ve´rifier l’inte´reˆt d’un extrait de plante a` maintes reprises avant de pouvoir de´clarer que celui-ci est efficace. Proˆnant l’e´puisement inte´gral d’une drogue par diffe´rents solvants comme eau, alcool et glyce´rine, nous sommes cependant prudents avant de de´cre´ter qu’un tel extrait est efficace. Un tel produit existe-t-il d’ailleurs ? Rien n’est moins suˆr... !
En proposant a` l’Association me´dicale pour la promotion de la phytothe´rapie (AMPP) une journe´e « Gale´nique en Phytothe´rapie » en juin 2009, nous espe´rons que les industriels de la plante me´dicinale auront a` cœur de nous de´montrer l’efficacite´ de leurs produits. Dans la jungle du pseudo-alimentaire et du vrai
« phytothe´rapique », cherchons ensemble, industriels et prescripteurs de phytothe´rapie, la voie vers les produits les plus cre´dibles.
Dr Paul Goetz Re´dacteur en chef Nous remercions Madame He´le`ne de Vecchy pour les pre´cisions le´gales sur ces plantes.
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