ÉTUDE DE L’ACTION INHIBITRICE DE LA PROGESTÉRONE
SUR L’APPARITION DU COMPORTEMENT SEXUEL INDUIT PAR INJECTION D’ŒSTROGÈNES
CHEZ LA TRUIE ET LA BREBIS OVARIECTOMISÉES
J.-P.
SIGNORETColette
LAVENET P. ORGEUR Station dePhysiologie
de laRepvoduction,
Centre de Recherches de
Tours,
I. N. R.A., 37 - Nouzilly
Dans de nombreuses espèces, il
aété possible de mettre
enévidence
unepériode
où la progestérone inhibe l’apparition du comportement sexuel induit, chez la femelle ovariectomisée, par
untraitement oestrogénique. Tel
estle
casde la Brebis (M OOR E-
et Ro B iNSOrr, 1957 ), de la Truie (S I GN OR E T , 19 6 9 ), du Rhésus (M ICHA E L
etal., zg6gf
&dquo;de la Ratte (ZUCK)!R, 19 66). Chez le Cobaye
commechez la Ratte (Z U C K E R , tg66,.
z968 ; Z U C K E R et Go y , zg6 7 ; N ADL E R , zg 7 o),
ceteffet inhibiteur de la progestérone
est limité à
unepériode bien définie. Le but de la présente étude est de préciser le
moment et
les conditions de
cetteinhibition chez les femelles de deux espèces domes- tiques, la Truie et la Brebis.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Animaux
Nous avons utilisé 12truies de
type Large White
et i2 brebis de race Ile-de-France ovariec tomisées au moins 3 semaines avant le début desinjections
hormonales.Traitements
Les
injections expérimentales
deprogestérone
ontété
effectuées sur des animauxayant
reçu laséquence
hormonale destinée à induire lecomportement
d’oestrus : c’est-à-dire uneinjection
dei mg de benzoate d’œstradiol chez la
Truie
et un traitement de 6injections journalières
de 25 mg deprogestérone
suivies d’uneinjection
de 50microgrammes
de benzoated’oestradiol,
effectuée4
8
heuresaprès
la dernièreinjection
deprogestérone,
chez laBrebis.
Cestraitements
sont renou- velés avec un intervalle d’une durée voisine de celle ducycle
oestrien del’espèce :
21jours
pour laTruie,
i4jours pour
laBrebis.
Dans une même série
expérimentale
les animauxreçoivent
successivement les traitementsexpérimentaux
ettémoins,
dans un ordre déterminé par le hasard.Dans les
premières
séries(A, B, G, H),
nous avons utilisé deuxinjections
deprogestérone espacées
de 12heures et débutant 0,12ou 24 heuresaprès
le traitement auxcestrogènes.
Au coursdes séries suivantes
(C, D, E, F, I, J, K, L),
nous avons étudié l’effet d’une seuleinjection,
dans lebut de
préciser
le moment de l’inhibition maximum.La
progestérone
a été diluée à une concentrationconstante,
soit 10mg par ml dans l’huile d’olive stérile neutralisée. Les solutions étaientpréparées
moins de4 8
heures avant leuremploi
et n’étaient pas conservées.
Les
injections
ont eu lieu par voie intramusculaire au niveau du cou ; pour laTruie,
au moyend’une
aiguille
de 70mmcomplètement enfoncée ;
pour la Brebis avec uneaiguille
de 30mm.Détection d’oestrus
Les femelles sont
présentées
2fois parjour
à un mâle. Pour les brebis de race Ile-de-France dont laréceptivité
est de courtedurée,
nous n’avons tenucompte
que du taux deréponses
d’oestrus.Pour les
truies,
par contre, la durée de l’oestruspeut
être mesurée par le nombre deréponses posi- tives ;
l’existence occasionnelle de réactions « douteuses » en début ou en fin d’oestrus traduit uneplus longue
durée ducomportement
sexuel. Nous avons arbitrairement évalué dans ce cas cetteaugmentation
à la moitié d’un intervalle entre deux détections(soit
6heures).
.
RÉSULTATS
Au
coursd’essais antérieurs,
nous avonsmontré (S IGNOR ET, i 9 6 9 ) que trois injec-
tions journalières de progestérone empêchaient l’apparition du comportement d’œs-
truschez la Truie ovariectomisée lorsque la première était effectuée
enmême temps que celle d’oestrogène. Dans les 24 heures suivantes, deux injections seulement, espa- cées de
i2heures, empêchent de même toute apparition de comportement sexuel, aussi
bien chez la Truie que chez la Brebis (tabl. 2 ). Par contre, l’inhibition n’est pas
com-plète lorsque le traitement progestatif débute 24 heures après l’injection d’oestro- gènes, bien qu’il apparaisse
uneffet dépressif plus net, semble-t-il, chez la Truie que chez la Brebis.
Lorsqu’une seule injection de progestérone
esteffectuée,
nosrésultats (tabl. 31
montrent que l’effet inhibiteur est le plus marqué
i2heures après le traitement oestro-
génique,
et cedans les deux espèces étudiées. Toutefois,
onpeut remarquer qu’une dépression de la réponse de comportement d’oestrus apparaît plus tôt chez la Brebis
(traitement progestatif
enmême temps que les oestrogènes) tandis qu’il persiste plus
longtemps chez la Truie ( 24 heures après le benzoate d’oestradiol. Au-delà, l’effet
n’est plus significatif chez la Brebis tandis que chez la Truie, la durée de l’oestrus,
mais
nonle taux de réponses, est réduite.
I,’effet de la dose
aété étudié chez la Truie
ensituant l’injection de progestérone
au
moment où
uneffet partiel avait été observé, c’est-à-dire 24 - 4 8 heures après l’injec-
tion de benzoate d’oestradiol. Les résultats (tabl. 4 ) montrent qu’avec
unintervalle
de 24 heures, l’augmentation de la dose de progestérone réduit la durée de l’oestrus
sans
affecter le
tauxde réponses, tandis que, plus tard, même
unedose double
restesans
effet.
DISCUSSION ET CONCLUSIONS
Il peut donc être mis
enévidence dans les deux espèces étudiées
unepériode de quelques heures pendant laquelle
uneinjection de progestérone peut empêcher l’appa-
rition de la réceptivité sexuelle.
L’injection de progestérone agit à
unmoment où les oestrogènes semblent
avoir pratiquement disparu de la circulation sanguine, puisque leur métabolisa -
tion est très rapide (S ANDB E R G et S1,AUNWHIT!, 1957 ; I,ONGCOP! et al., zg68 ; C
HALLIS
etal., 1970 ). Il
nepeut donc s’agir d’une compétition pour la fixation de l’une
oul’autre hormone
auniveau des cellules réceptrices, mais d’une action spécifi-
que capable, pendant
unepériode précise, d’interrompre le processus qui aboutit à
la mise
en oeuvredu comportement sexuel. Au-delà de 24 heures après l’injection d’oestrogènes, la progestérone est
sanseffet, même si,
commechez la Truie,
l’oestrus n’apparaît que plusieurs dizaines d’heures plus tard.
I;’étude de
ceblocage
auniveau des mécanismes électrophysiologiques du sys- tème
nerveuxcentral pourrait apporter des informations intéressantes
surl’analyse
des mécanismes du comportement sexuel de la femelle.
Reçu pour publication
en mars1971.
SUMMARY
INHIBITION OF OESTROGEN -.
INDUCED
OESTROUSBEHAVIOUR
BYPROGESTERONE
IN OVARIECTOMIZED SOWS AND EWESThe current
investigation
was undertaken in order tostudy
theinhibitory
effect of proges- terone on the occurence ofoestrogen-induced
cestrous behaviour in the sow and ewe.Total inhibition of sexual response occurs when two intramuscular
progesterone injections
att2 hr intervals
( 25
mg for the ewe vs. 4o mg for thesow)
aregiven
within the first 24hrs.following
the oestradiol benzoate
injection.
After hr. 24, the twoinjections only partly
inhibit sexual res-ponse.
Peak
sensitivity
to oneprogesterone injection
occcurs at hr. z2following
theoestrogen injec-
tion. No
oestrogen-treated
ewes andonly
two out of 12oeestrogen-treated
sows(viz. 1 6,
6 p.100 )
exhibited oestrous response.
These
findings
lead us to the view thatprogesterone
interferes with the oestrous response induction processby oestrogen
within a shortlapse
oftime.
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