FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE
IDE BORDEAUX
ANNÉE 1894-95 N° 29
D U
LICHEÏÏ PLAN BUCCAL
Du lichen plan
ISOLÉ
de labouche.
THESE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE
PRÉSENTÉE ET SOUTENUE PUBLIQUEMENT LE 14 DÉCEMBRE 1894
Joseph-Victor-André GAUTIER
/S}.
- v*yNé auThor(Vaucluse), le 2novembre 1869. / <o"
a
> ^ 4
EXAMINATEURS IDE LA THESE \ cA
\fy ^
MM. ARNOZAN, professeur, président.
\A?jp
-,,ALANELONGUE, professeur,
^
DUBREUILH, agrégé, \ juges.
VILLAR, agrégé
Le Candidat répondra aux questions qui luiseront faites surles diverses parties del'enseignement médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE Ve GAI)ORET
17— RUEMOiNTMÉJAN—17
1894
M. PITRES Doyen.
PROFESSEURS :
MM. MICE )
D f ,
A.ZAM ( honoraires.
Clinique médicale
j MM'
Clinique chirurgicale
-....j1
Pathologie interne
Pathologie et thérapeutique générales Thérapeutique
Médecine opératoire Clinique obstétricale Anatomie pathologique
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Histologie et Anatomie générale Physiologie
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Médecinelégale Physique
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AGREGES EN EXERCICE section de médecine
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DENUCÉ.
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LeSecrétairede la Faculté, LEMAIRE.
v Pardélibération du 5 août 1879, la Faculté a arrête que les opinions émisesdans les
*» etThèsesqu'elle n'entendqui lui.sontleur donnerprésentées doiventni approbationêtre considéréesni improbation.comme» propres à leurs auteurs
A LA MÉMOIRE DE MA
MÈRE
A MON PÈRE
A MON FRÈRE
A MA SŒUR, A MON
BEAU-FRÈRE, A MON NEVEU
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A la mémoire de mon oncleetparrain
Monsieur J. MOREL
A la mémoire de ma tante
Madame F. MOREL
Hommage deprofondereconnaissance.
A mon excellente tante et marraine
Madame E. DONAT
A mes Cousins MOREL
A ma Cousine, Madame A.
VAVIN
Témoignage d'affectionetdereconnaissance.
2Gau.
A MES PARENTS
A MES AMIS
A mon Président de Thèse
Monsieur le Docteur ARNOZAN
ProfesseurdeThérapeutique à la Faculté de Médecinede Bordeaux,
Médecin des Hôpitaux Officier d'Académie.
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D U
LICHEN PLAN BUCCAL
DU LICHEN PLAN
ISOLÉ
DE LA BOUCHEINTRODUCTION
A la fin de nos étudesmédicales, notre
attention
aété attirée
vers quelques cas delichen plan
isolé de la bouche, observés et
étudiés par M. leDr
Frèche. M. le professeur agrégé Dubreuilh
ayantjugéqu'ils
pouvaient faire l'objet d'une thèse inaugurale
et M. Frèche ayantbien voulu nous
donner d'utiles renseigne¬
ments en même temps que nous
aider de
sesconseils, ce sont
ces faits que nous avons pris pour
sujet de notre travail.
Ces faits, encore peu connus, ont
été étudiés
pourla première
fois, cette année même,par M.le Dr
Frèche. Notre but est de les
mettre en lumière, de faire ressortir
l'importance de leur
découverte au point de vue du
diagnostic des affections buc¬
cales.
Pour bien montrer la nature de ces lésions, nous avons cru
indispensable de les rapprocher des casobservés jusqu'à cejour
par les dermatologistes qui ont vu coexister les éruptions buc¬
cale et cutanée du lichen plan.
Notre travail comprendra donc trois parties :
1° Historique du lichen plan buccal et cutané.
2° Etude clinique du lichen plan buccal associé au lichen
cutané.
3° Etude clinique du lichen plan isolé de la bouche.
Nous tenons à exprimer icinotre gratitude à M. le professeur agrégé Dubreuilh, à qui est due l'idée de ce travail. Nous
devons tout particulièrementdes remerciements à M. le Dr Prê¬
che, qui s'est mis si obligeamment à notre disposition.
Enfin, M. le professeur Arnozan a bien voulu accepter la présidence de notre thèse. Nous lui en sommes profondément
reconnaissant.
~jy'Aii;-." •
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE DU LICHEN PLAN BUCCAL ET
CUTANÉ
Ce chapitre, en
montrant l'opinion des auteurs sur le lichen
plan buccal, nous
permettra de réunir un grand nombre d'ob¬
servations, toutes très
intéressantes; aussi nous ne pensons
pas qu'on nous
reproche d'avoir allongé inutilement notre
oeuvre en les citant en totalité ou en
partie.
De 1869 à 1885, nous avons
trouvé des renseignements his¬
toriques très complets
dans le Mémoire de M. Georges Thi-
bierge. Aussi n'avons-nous pas
craint d'y puiser largement,
ne pouvantpas toujours nous
procurer les auteurs ou les tra¬
duire.
En juillet 1869, le
lichen plan
aété décrit pour la pre¬
mière fois par l'auteur
anglais Erasmus Wilson. Cette descrip¬
tion, qui s'appuie sur
50 observations, est si remarquable et
si précise, que Feulard
(.Ann. de dermat., 20 avril 1890) pro¬
pose de donner au lichen
plan le
nomde lichen de Wilson.
Dans ses 50 observations, Wilson ne
cite
quetrois fois les
manifestations buccalesdu lichen plan.
Chez deux de ses mala¬
des (obs. XXII et
XLIII), les manifestations buccales et cuta¬
nées coexistent sans qu'on puisse
déterminer quelle est la
lésion qui a ouvert la marche
de l'affection. Chez la malade de
l'observation XLVIII, les lésions de
la
peauremontent à cinq
mois et la bouche est atteinte depuis six
semaines.
« Chez une des malades (Traité
des maladies de la
3 Gau.peau, de
Wilson, Londres, 1876), dit Thibierge, l'éruption se montre
sur la langue, la muqueuse buccale et le bord
libre de la lèvre
inférieure, sous forme de taches rondes, blanches, ayant
les
dimensions de papules cutanées, mais sans
saillie;
lamalade
se plaignait d'une sensation de
rugosité de la langue,
sanssécheresse ni soif, la même sensation s'étendait à la gorge ».
En 1877, Duhringfait une étude du lichen plan dans laquelle
il ne mentionne pas le lichen dans la bouche.
J. Hutchinson en 1879, dans une leçon sur le lichen psoria¬
sis, rapporte trois observations de malades
atteints de lichen
généralisé et qui présententconsécutivement des lésions buc¬
cales : 1° Une femme de 34 ans, atteinte depuis six mois de
lichen plan, présente depuis un an des
manifestations buccales.
Sur la langue, on remarque des taches
blanches franchement
rugueuses, de la largeur du bout
du doigt; 2° Un homme de
44ans avait sur la langue des taches blanches légèrement sail¬
lantes, unies, d'une teinte terne, franchement blanche, quel¬
ques-unes très petites, formant de simples points, d'autres
plus
larges et de formeirrégulière.
Sous lalangue,
surles parties
latérales, les papules blanches se présentaient sous forme de
raies (Thibierge). Latroisième
observation
neparaît
pas con¬cluante, les lésions buccales ne semblent pas être de même
nature que l'affection cutanée.
En 1880, Heguy, dans sa thèse intitulée Etude sur le lichen planus, nous rapporte
huit observations; chez
aucunde
sesmalades il ne signale de manifestations buccales, il pense
cependant que ces
manifestations
sonttrès possibles.
Kaposi, dans son Traité de 1881, mentionne
simplement
la possibilité de rencontrer le lichen surles
muqueuses.Mais il
n'en donneaucunedescription,nerapporte aucuneobservation.
La même année(1881),Pospelowprésente à la Société médicale
de Moscou l'observation d'un étudiant de 23 ans atteint depuis
— 19 —
décembre 1880 de lésions buccales
consécutives à
uneéruption
de lichen plan
remontant
àavril 1880.
«Sur la langue, on
trouve des papules tout
à fait plates,
sansatrophie du centre.
Sur la voûte palatine, dans
le voisinage du bord alvéolaire des
incisives, il y
avait
dessaillies consistantes, de coloration blan¬
châtre, le nodule le plus
ancien était
un peuplus gros qu'un
grain de millet,
atrophié
aucentre et avait l'aspect d'un petit
anneau de couleur nacrée. Le malade
avait constaté très net¬
tement avec la langue la présence
et les caractères de cette
lésion ».
Enfin,cettemême année, Neumann
(1881) présente à Vienne
un malade atteint simultanément de lichen
cutané et buccal
« sur la muqueuse de la lèvre
inférieure, de la langue et des
joues; on voyait
notamment à la lèvre inférieure plusieurs
papules aplaties de la grosseur
d'une lentille; sur la langue et
la muqueuse des joues la
lésion avait tout l'aspect d'un psoria¬
sis de la muqueuse.
En 1882, à la Société médicale de
Londres, Crocker présente
encore un cas de manifestations buccales d'une
éruption du
lichen plan; « sur la langue,
il
yavait des plaques blanches
symétriques,la muqueuse
buccale présentait des raies étendues
depuis les parties adjacentes aux
dernières molaires jusqu'aux
lèvres. 11 signale la
possibilité
dudéveloppement de semblables
lésions antérieurement à l'apparition de
l'éruption cutanée et
note la symétrie des plaques
linguales ainsi
quela disposition
des raies blanches qui se divisent comme
des fougères
».Un
peu plustard, Crocker
signale trois
casde lichen buccal : Chez
un étudiant de 20 ans, la lésion buccale
précède d'un mois
l'éruption cutanée; chez un homme
de 46
ans,les deux lésions
coexistent; enfin, chez une femme
de 67
ans,il pronostique
l'éruption cutanée à la vue de la
lésion buccale seule. Nous ne
retiendrons des descriptions de Crockerque
les points suivants :
-
•
— 20 —
1° Lésions sur la face interne desjoues plus fréquentes que sur la langue; 2° sur les joues,
semis de points blancs
oulignes
occupant le sommet des
plis
de la muqueuse etplus fréquen¬
tes au voisinage des dents; 3° sur la langue, plaques
blanches,
arrondies ou ovalaires, le plus souvent symétriques.
Lavergne (1883), qui nous apporte 26 observations
nouvel-
les de lichen plan, ne cite aucun cas de lichen buccal; cepen¬
dant, comme Heguy et Kaposi, il rappelle la
possibilité
de cettelocalisation.
Hillairet et Gaucher, dans leur travail de 1885, ne décrivent
pas davantage le lichen
buccal.
Nous arrivons maintenant à l'intéressant Mémoire de M. Georges Thibierge qui rapportetrois
observations
fort inté¬ressantes de lichen plan de la bouche consécutif à uneéruption
cutanée de lichen. Nous avons cru utile de citer ici ces trois observations. Les lésionsbuccales,trèsminutieusementdécrites,
y sont telles que nous les
retrouverons dans beaucoup d'autres
observations publiées plus tard et aussi chez les malades por¬
teurs du lichen isolé de la bouche.
OBSERVATION I
M. X..., externe des hôpitaux, âgé de 26 ans, remarque au mois de jan¬
vier 1884, àlaface interne de la joue gauche, une plaque blanche, uniforme, offrant l'aspect d'une muqueuse cautériséeau nitrate d'argent, maisaccom¬
pagnée d'un notable épaississement'de la muqueuse. Cette plaque occupela partie la plus reculée de la joue, au voisinage du pli de la gencive infé¬
rieure; peu à peu, elle s'étend en arrière vers l'isthme du gosier, mais sur¬
touten avant, en suivantune ligne horizontale qui se porte vers la com¬
missure labiale.
Au mois de mai,cetteplaque atteint le voisinage de la commissurelabiale.
M. X... nousmontre alors cette plaque, qui
présente absolument les carac¬
tèresd'uneplaquedeleukoplasie dela
bouche
;cependant elle nous surprend
par sa positionà la partie
postérieure de la joue, par l'intégrité des parties
voisines de la commissure labiale, fait qui contraste avec
l'évolution habi¬
tuelledesplaquesdesfumeurs; unautre
caractère anormal est l'unilaléralité
de lalésion, le côté droitne présentant aucune trace
de semblable altéra¬
tion. Malgré celle anomalie, il ne nous
semble
paspossible de porter un
autre diagnosticque celui de leukoplasie de
la joue, provoquée par l'abus
du tabac. Du reste, M.X... vient au devantde ce
diagnostic,
en nousdé¬
clarant que depuis quelques mois il fume
beaucoup, qu'il
apris l'habitude
delapipe dont il n'usait pas auparavant.
Nous engageons le malade à
s'abstenircomplètement de fumer.
Quelquesjours plus tard, M. X... éprouve au
niveau des malléoles et à la
partie postérieure des avant-bras, un
prurit
assezintense, surtout marqué
le soir, etvoitapparaîtredepetitespapules dans ces
régions
;mais le prurit
qui avaitprécédé ces premières lésions
cutanées diminue notablement. Le
maladecesse d'y prêter attention etne cherche
point
àrattacher l'affection
de la peauà celle de la muqueuse bucale.
Pendant les mois qui suivent, les lésions de labouche se
modifient peu à
peu; la langue, commence à offrirau
mois d'octobre des altérations qui
étonnentd'autant plus le malade qui a cessé de fumer.
L'éruption cutanée
s'estétendue progressivementà presque toutela
surface du
corps,le prurit
est parfois assez intense pour déterminer de
l'insomnie, mais le malade,
éloigné de Paris depuis plusieurs mois, ne
suit
aucuntraitement, ni pour
les lésions buccales, ni pour l'affection cutanée.
Le 8 novembre : M. X.... est vu par M. ErnestBesnier etpar nous.
L'affection cutanée occupe maintenant les avant-bras,
les malléoles et la
partie inférieure desjambes, le cou, et la
paroi abdominale antérieure:
elle est constituée par des papules à sommet plan,
brillantes, par places
réunies sousforme de plaques; le diagnostic ne peut être
douteux, il s'agit
d'un cas de lichen plan, absolumentcaractéristique.
Quant à la muqueuse buccale, ses altérations sont
très différentes de
celles que nous avonsconstatées au mois de
mai.
Sur la face interne delajoue gauche, les le'sions forment une plaque non continue, partant de l'espace inter-maxillaire et se propageant jusqu'à la
commissure labiale. Cette plaque, à contours irréguliers, est formée par la
réunion de plusieurs petites plaques arrondies, présente à sa surface de
petites saillies d'un blanc d'argent à sommet acuminé et non pas plan
comme les papules cutanées, de forme généralementarrondie, mais quel¬
ques-unes irrégulières et commeétoilées; elles ont la largeur d'une petite
tête d'épingle.
Entre lespapules, lamuqueuse àun aspect légèrementérosifet présente quelques dépressionssuperficielles qui semblentn'être quel'exagérationde
ses plis normaux; cet état cependantne s'observe qu'à la partie postérieure
de la plaque, et, au voisinage de la commissurelabiale, lamuqueuse a.con-
servé son apparence normale dans l'intervalle des papules.
Celles-ci sontdisposées irrégulièrementàlasurface des plaquessurtoute
leur étendue; cependant, sur les parties les plus récentes, leur disposition rappelle la forme des feuilles de fougère.
Au toucher, la plaque est rude, rugueuse, et on constate un épaississe-
mentassez notable de la muqueuseà son niveau.
La grande plaque se prolonge sur la face externe et le bord libre de la
gencive inférieure, au niveau des deux dernières molaires qui ont été enle¬
vées et présente, à ce niveau, l'aspect des parties récentes, voisines de la
commissurelabiale.
Sur la muqueuse de la face interne dela joue droite,on nevoitquequel¬
ques petites papules disséminées ou groupées par petites plaques de la lar¬
geur d'une lentille, à la partie moyennedelajoue; l'une d'elles correspond
à la dernière grosse molaire qui est cariée; les papules sont moins larges,
moins saillantes et moins rudesque sur la joue gauche.
Sur la voûtepalatine,il n'yaquequelques papulestrèspetites, acuminées,
d'un blanc éclatantauprès de l'avant-dernière molaire gauche.
La partie latérale gauche de la langue présente une ligne légèrement
sinueuse,d'un blanc légèrement gritâlre, allongée dans lesens anléro-pos-
térieur sur une longueur de4 à 5 centimètres et une largeur de 3 à 4 milli-
mètres. Celte Iraiûée blanche, qui Iranche très nettementpar sa
coloration
sur les partiesvoisines de la langue, n'offre aucune
saillie;
sasurface est
plane; à son niveau, les papilles
semblent ellilées et amincies;
autoucher,
elle est légèrement rugueuse, mais beaucoup moins que
les plaques des
joues. Une tache blanche, arrondie, de même
largeur, est située
un peu endehors de sa partie antérieure.
Sur la face inférieure de la langue, à droite, se trouve une petite plaque,
de la dimension d'une petiteamande, de coloration blanche etlégèrement
saillante; sa surface est uniforme et lisse et on abeaucoup de peine à
dis¬
tinguer les papules qui la constituent. La muqueuse
n'offre
à sonniveau
qu'un très faible épaississement.
Le maladen'éprouve, au niveau des lésions des joues et de la
langue,
aucune sensation douloureuse; les aliments, quels qu'ils soient, n'y produi¬
sent pas de cuisson et le seul phénomène que le malade
perçoive est
unesensation de rudesse de la muqueuse lorsqu'il promène la pointe de la
lan¬
gue sur la joue, c'est-à-dire une sensation purement
tactile.
M. X... n'ajamais eu d'accidents syphilitiques, ni de
maladies de la
mu¬queuse buccale; mais les dents sont mauvaises et plusieurs
d'entre elles
ontdû être enlevées par suite de leur carie; actuellement encore,
il
y adeuxdentscariéesqui deviennentsouventl'occasion decomplications
inflam¬
matoires.
M. Besnier prescritau malade un traitementarsenical (6 gouttes
de Fow-
lerchaquejour, dose qui sera portée progressivementjusqu'à 20).
Au bout d'une quinzaine de jours, le prurit cutané a très notablement
diminué, il ne se produit plus de nouveaux éléments.
Les lésions buccales, d'abord slalionnaires, subissent ensuite une légère
amélioration.
Le 6 décembre, après un mois de traitement arsenical, nous constatons
quesur lalangue lesplaques sont moins nettement limitées; leur contour
est un peu diffus; les papilles reprennent sur les bords une apparence nor¬
male. Les plaques de la partie postérieure de lajoue ont perdu leur aspect
érosif; les papules y sont moins nettes. A la partie antérieure, les papules
sont un peu plus étalées, à sommet moins acuminé; leur
coloration
estdevenue un peu grisâtre et ressemble davantage à celle d'une muqueuse
cautérisée au nitrate d'argent. 11ne s'estpasdéveloppé denouvelles lésions
de la muqueuse buccale. Le malade n'a suivi d'autre traitementque le trai¬
tement arsenical; il n'a faitusage d'aucun topique contre la lésion buccale
et a même, malgré nos conseils, repris peuà peu l'usagede la cigarette.
La deuxième observation citée par Thibierge a été recueil¬
lie dans le service de M. le professeur Fournier, par M. W.
Dubreuilh, alorsinterne du service.
OBSERVATION II
D..., couvreur, âgé de 25 aus, entre le 29 novembre 1884, à l'hôpital
Saint-Louis, dans le service de M. le professeurFournier.
Cet homme a eu, dans son enfance, des accidents desyphilis héréditaire
eton peut encore voir sur son pharynx des cicatrices dues à cette cause.
Actuellement, il est atteint de lichen plan; l'éruption a débuté il y a environ deux mois, sur les jambes, puis aatteint les avant-bras et l'ab¬
domen.
A peu près à l'époque où débutaient les lésions cutanées, le malade s'est
aperçu, en promenant la langue dans la cavité buccale, que la muqueuse présentait en certains points une rudesse anormale; néanmoins, il n'éprou¬
vait aucune sensation subjective correspondant à cette impression tactile,
et n'ajamais cherché àse rendre compte dela cause de celle-ci. Il n'attire
pas, du reste, l'attentionsurla muqueuse buccale.
Les lésions buccales occupent la lèvre inférieure, la face interne des joues etles gencives.
La lèvre inférieure, un peu épaissie et ayant l'aspect quel'on voit chez
les slrumeux, présente à son bord libre, dans toute sa partie moyenne, de
petites saillies d'un blanc éclatant,à sommet un peu pointu, disposées sui-
- 25 —
vant une ligne arrondie et irrégulière et délimitant uneplaque irrégulière;
au niveau de lapartie centrale de celte plaque, on remarquequelques papu¬
les blanches disséminées, et l'épithélium semble généralement aminci; au moment de l'entrée du malade, cette plaque étaitrecouverte de squames blanches, assez épaisses et peu adhérentes.
Sur la face interne de lajoue droite, la muqueuse présente des plaques irrégulières, larges comme l'ongle de l'index, siégeant au voisinage des
culs-de-sac gingivaux supérieuret inférieur et au niveau de l'espace inter¬
maxillaire, formant par leur ensemble une sortede fer à cheval irrégulier.
Ces plaques sont généralementdéprimées parrapport aux parties saines,
de la muqueuse, les sillons normaux de la muqueuse sont exagérés et les plaques sont parcouruesparde légèressaillies linéaires de coloration blan¬
che, irrégulièrement entrecroisées; à la périphérie des plaques, on voit de petites saillies acuminées, d'un blanc brillant, larges comme une pointe d'épingle.
Ces plaques s'étendent sur la face externe de la gencive inférieure au niveau des deux dernières molaires,en conservant les mêmes caractères.
A la partie antérieure de la face interne de la joue, sur le même plan horizontalquelacommissure labiale,se trouventdeux plaques irrégulières, d'inégale étendue, plus déprimées, froncées, avec papules blanches péri¬
phériques plus développées; au premier abord, ces plaques présentent une apparence cicatricielle.
Sur la partie moyenne de lajoue, on voit une dizaine de petites saillies blanches, punctiformes, acuminées et très disséminées.
Sur la muqueuse de lajoue gauche, les lésions présentent la même dis¬
positiongénérale qu'à droite, mais sontun peu moinsétendues etn'offrent
nulle part l'apparence cicatricielle.
La muqueuse de la face dorsale de lalangue ne présente pas de plaques blanches; surla partie latérale droite de laface inférieure de lalangue, on trouve une saillieblanche, linéaire, très étroite.
Le malade fume environ chaque jour 10 grammes de tabac en cigarettes,
et cela depuisplusieursannées.
4Gau.
Nous citerons encore la troisième
observation de Thibierge,
recueillie à la polyclinique
de M.Ernest Besnier, mais
enla ré¬
sumant ou plus
justement
enla limitant à la description de la
lésion buccale.
MmeS..., couturière, âgéede 35 ans, se présente le 17
novembre 1884 à
la consultation de M. ErnestBesnier à l'hôpitalSaint-Louis.
Sur la partie moyenne de la langue, trois taches
blanches, arrondies,
larges comme la moitié d'une lentille ; contours
irréguliers, bords diffus,
coloration grisâtre tranchant sur lesparties voisines.
Sur la muqueuse de la face interne desjoues, on remarque, au
niveau de
la deuxième grosse molaire, une petite tache large commeune grosse
len¬
tille, d'unblanc éclatant, de forme un peu irrégulière. Constituée par
de
petites saillies papuleuses, acuminées, ayant
environ les dimensions d'une
petite tète d'épingle; sur la partie moyenne de
l'espace intermaxillaire,
dans le pointcpii correspond à la couronne des molaires
dans l'occlusion
de la bouche, on voit une ligne horizonlale irrégulière, de coloration blan¬
che, semblable à celleque produirait un attouchement de nitrate
d'argent.
Ces lésions existent des deux côtéset sont àpeu près symétriques.
Aucune sensation anormale, aucune gêne douloureuse.
Les lésions cutanées ont précédé de deux mois l'affection buccale.
Après celui de
Thibierge, le travail le plus important est
celui de Mayor etPautry.
Nous
neciterons
que pourmémoire
les noms de Pospelow, qui,
après Thibierge, rapporte dans
Vierteljahreschrift f.
Dermat. und syph., 1885, cinq
casde
lichen plan
généralisé à la
peauet
aux muqueuseset de Mac-
kensie qui cite \Journ. of act.
and
vener.diseuses, 1885, une
observation du même genre.
Nous citerons de l'article de MM. Mayor et Pautry
quelques
descriptions tirées de leursobservations.
— 27 —
OBSERVATION I
Mm0 L..., âgée de 54 ans, présente un mois après le début de la maladie,
une éruption qui occupe la totalité des membres inférieurs, les avant-bras,
les poignets, la paume des mains, la ceinture. Elle offre les caractères du
lichen plan : petites saillies papuleuses, lisses, brillantes, limitées par des plis de lapeau, confluentes parfois au niveau de la ceinture surtout et for¬
mantalors de petits placards; à la paume des mains, elles constituent des plaques lisses, rosées, brillantes, moins saillantes que partoutailleurs. Pas
de desquamation, aucune exsudation, mais quelques lésions de grattage, démangeaisons vives,surtout la nuit... Les lésions buccales sont ainsidécri¬
tes. 11 s'agit de plaques ou de Iraînées, d'un blanc nacré, au niveau des¬
quelles les papilles sont absentes. Mais ces plaques ne ressemblent aucune¬
ment aux espaces dépapillés de la langue de certains enfants. Au lieu que les papilles soientrasées,c'est l'épiderme de la surfaceà laquelle elles s'im¬
plantent qui s'épaissit, lesécarte ets'élève jusqu'à la hauteurde leur sommet;
aussi les bords des plaques ne sont-ils point aussi nettement indiqués que
ceux des aires dépapilIées de la langue infantile; sur leurs limites, elles
semblent se résoudre en traînées et se perdre graduellement entre les papilles. Ces espaces lisses parcourus à peine parquelques sillons semblent
être le résultat de deux processuscombinés: 1°Epaississement descouches
épidermiques inlerpapillaires; 2° diminution légère dans le volume et la
hauteur des papilles.
Ces plaques,quiaffectentunaspectcicatriciel,sontde formevariable,irré¬
gulière. Généralement arrondies, elles se réunissent parfois pour former
des bandesserpigineuses, des rubans allongés suivant le grand axe de la
langue.
Au reste, aucun soulèvement de l'épiderme, aucune tendance à l'ulcéra¬
tion au niveau de ces plaques; pasde sensibilitéspéciale nonplus. Laseule
sensation accusée par notre malade estune légère gêne fonctionnelle due à
ceque bientôt les plaques se sont étendues sur le dos de la langue. Rien à
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la face inférieure de cet organe, rien à la face muqueuse des lèvres et
des
joues.
A lasuite du traitement par l'arséniate de soude (de2 à6
millig.), la lé¬
sion linguale a diminué d'intensité, les plaques sont
moins étendues, les
bandes serpigineusestendent à se fragmenteren
petites taches
auxbords
fondus dans les régions saines. T-rois mois plus tard, la langue ne
présente
plusque deux petites bandelettes
latérales.
OBSERVATION II
Des plaques allongées etarrondies occupent
la plus grande partie de la
face dorsale de la langue. Ellessontd'unblanc pur, nacré et
semblent être
un simple épaississement de l'épithélium, qui
noie les papilles et qui, sur
les bords de la plaque, reprend graduellementses caractèresnormaux,
de
façon que la lésion n'estpas, en général,
limitée
par uneligne nette, tran¬
chée. Du reste, aucune gène fonctionnelle. Rien d'anormal à
la face infé¬
rieure de la langue ni à la face muqueuse desjoues et des
lèvres.
La lésion buccale est apparue en même temps qu'une petite
plaque de
lichen à lajambe droite. On signaleaussi un prurit intense
du cuir chevelu
et ducou.
Sous l'influence de l'arséniate de soude(2 à 4 millig.)
l'éruption linguale
etcutanée disparaît : la langue ne présente plus que
deux légères lignes
blanchâtres latéralementsituées.
OBSERVATION III
Lichen auniveau des poignets, de la paume des mains et
de la racine de
la verge.
Sur la face dorsale de la langue, à droite, cinq petites
taches blanches
comme indurées superficiellement. A gauche de
la ligne médiane,
on entrouve une assez large et six autres plus petites.
Sur la face interne des
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joues, près dela commissure, on voit un pointillé et
des arborisations blan¬
châtres offrant de loin quelques ressemblances avec le muguet, mais en y regardant de prèson voit que celte lésion estdéveloppée sous
l'épilhélium
etquelefrottementavec un morceaude lingen'endétacherien. On retrouve
la même altérationsur la muqueuse de. la joue gauche, au niveau de l'angle
dela mâchoire, derrière la dernière molaire.
Suit une étude clinique du lichen buccal, sur
laquelle
nousaurons l'occasion de revenir plus tard.
M. le DrWilliam Dubreuilh publie, enjanvier 1889, dans
les
Annales de la polyclinique de Bordeaux, une
observation.très
intéressante au point de vue des
lésions buccales dues
aulichen plan.
Le malade est un homme de 46 ans, à la fois cultivateur et marchand forain, brun, maigre, d'aspect vigoureux, n'ayant pas d'autres antécédents
pathologiquesque des migraines et du prurit anal depuis quelques mois.
Son père est mort d'un cancer de l'estomac. Samère vit encore, mais souf¬
fre de migraines etd'un rhumatisme chronique qui l'a rendue infirme.
Le début de l'affection pour laquelle il vient me consulter remonteàtrois
mois. A cette époque, il a senti quelque chose dans la bouche,au voisinage
des dents de sagesse; l'éruption a gagné ensuite presque toute la bouche et depuis deux mois ontapparu quelques boutonsaux bourses en même temps
que quelques démangeaisons.
L'éruption buccale est surtout marquée à la face interne desjoues qu'elle
recouvre presque en entier; elle est constituée par un réseau de petites
bandelettes blanches enchevêtrées. Ces bandelettes ont une largeur d'un millimètre ou un peu moins; elles ont des contours nets et sont d'un blanc
nacré qui tranche vivement sur la muqueuse; elles sont dures, saillantes,
ramifiées etanastomosées dans tous les sens, de façon à former un réseau
dont les mailles ont 2 à 5 millimètres de largeur et qui couvre toute la
muqueuse des joues.