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Du lichen plan buccal - du lichen plan isolé de la bouche · BabordNum

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(1)

FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE

IDE BORDEAUX

ANNÉE 1894-95 N° 29

D U

LICHEÏÏ PLAN BUCCAL

Du lichen plan

ISOLÉ

de la

bouche.

THESE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE

PRÉSENTÉE ET SOUTENUE PUBLIQUEMENT LE 14 DÉCEMBRE 1894

Joseph-Victor-André GAUTIER

/S}.

- v*y

auThor(Vaucluse), le 2novembre 1869. / <o"

a

> ^ 4

EXAMINATEURS IDE LA THESE \ cA

\fy ^

MM. ARNOZAN, professeur, président.

\A?jp

-,,A

LANELONGUE, professeur,

^

DUBREUILH, agrégé, \ juges.

VILLAR, agrégé

Le Candidat répondra aux questions qui luiseront faites surles diverses parties del'enseignement médical.

BORDEAUX

IMPRIMERIE Ve GAI)ORET

17 RUEMOiNTMÉJAN17

1894

(2)

M. PITRES Doyen.

PROFESSEURS :

MM. MICE )

D f ,

A.ZAM ( honoraires.

Clinique médicale

j MM'

Clinique chirurgicale

-....j1

Pathologie interne

Pathologie et thérapeutique générales Thérapeutique

Médecine opératoire Clinique obstétricale Anatomie pathologique

Anatomie

Histologie et Anatomie générale Physiologie

Hygiène

Médecinelégale Physique

Chimie

Histoire naturelle Pharmacie Matière médicale Médecine expérimentale Clinique ophtalmologique

Clinique des maladies chirurgicales des enfants.

AGREGES EN EXERCICE section de médecine

Pathologie interne et Médecine légale

PITRES.

DEMONS.

LANELONGUE.

DUPUY.

VERGELY.

ARNOZAN.

MASSE.

MOUSSOUS.

COYNE.

BOUCHARD.

VIAULT.

JOLYET.

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MORACHE.

BERGONIÉ.

BLAREZ.

GUILLAUD.

FIGUIER.

de NABIAS.

FERRn.

BADAL.

PIÉCHAUD.

MOUSSOUS.

DUBREUILH MESNARD.

CASSAËT.

AUCHÉ.

Pathologie externe.

section de chirurgie et accouchements

I POUSSON.

Accouchements.

DENUCE.

VILLAR.

RIVIÈRE.

CHAMBRELENT.

section des sciences anatomiques et physiologiques

Histoire naturelle. N.

. . , T-), . , IMM. PRINCETEAU.

Anatomieet Pliysiologie. ^

Physique

Chimie et Toxicologie.

Pharmacie

section des sciences physiques ...MM.

COURS COMPLEMENTAIRES

Clin, internedesenfants Clin. des mal. sypliil.etculan...

Clin,des mal. desfemmes.

Glin. des mal. des voiesurin....

Mal. dularynx,desoreillesetdunez.

.A.MOUSSOUS DUBREUILH.

BOURSIER.

POUSSON.

MOURE.

Maladies mentales....

Pathologie externe ., Accouchements ....

Chimie

Zoologie

SIGALAS.

DENIGES.

BARTHE.

MM. RÉGIS.

DENUCÉ.

RIVIÈRE.

DENIGÈS.

BEILLE.

LeSecrétairede la Faculté, LEMAIRE.

v Pardélibération du 5 août 1879, la Faculté a arrête que les opinions émisesdans les

*» etThèsesqu'elle n'entendqui lui.sontleur donnerprésentées doiventni approbationêtre considéréesni improbation.comme» propres à leurs auteurs

(3)

A LA MÉMOIRE DE MA

MÈRE

A MON PÈRE

A MON FRÈRE

A MA SŒUR, A MON

BEAU-FRÈRE, A MON NEVEU

(4)

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(5)

A la mémoire de mon oncleetparrain

Monsieur J. MOREL

A la mémoire de ma tante

Madame F. MOREL

Hommage deprofondereconnaissance.

(6)
(7)

A mon excellente tante et marraine

Madame E. DONAT

A mes Cousins MOREL

A ma Cousine, Madame A.

VAVIN

Témoignage d'affectionetdereconnaissance.

2Gau.

(8)

A MES PARENTS

A MES AMIS

(9)
(10)
(11)

A mon Président de Thèse

Monsieur le Docteur ARNOZAN

ProfesseurdeThérapeutique à la Faculté de Médecinede Bordeaux,

Médecin des Hôpitaux Officier d'Académie.

(12)

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(13)

D U

LICHEN PLAN BUCCAL

DU LICHEN PLAN

ISOLÉ

DE LA BOUCHE

INTRODUCTION

A la fin de nos étudesmédicales, notre

attention

a

été attirée

vers quelques cas delichen plan

isolé de la bouche, observés et

étudiés par M. leDr

Frèche. M. le professeur agrégé Dubreuilh

ayantjugéqu'ils

pouvaient faire l'objet d'une thèse inaugurale

et M. Frèche ayantbien voulu nous

donner d'utiles renseigne¬

ments en même temps que nous

aider de

ses

conseils, ce sont

ces faits que nous avons pris pour

sujet de notre travail.

Ces faits, encore peu connus, ont

été étudiés

pour

la première

fois, cette année même,par M.le Dr

Frèche. Notre but est de les

mettre en lumière, de faire ressortir

l'importance de leur

découverte au point de vue du

diagnostic des affections buc¬

cales.

Pour bien montrer la nature de ces lésions, nous avons cru

(14)

indispensable de les rapprocher des casobservés jusqu'à cejour

par les dermatologistes qui ont vu coexister les éruptions buc¬

cale et cutanée du lichen plan.

Notre travail comprendra donc trois parties :

Historique du lichen plan buccal et cutané.

2° Etude clinique du lichen plan buccal associé au lichen

cutané.

3° Etude clinique du lichen plan isolé de la bouche.

Nous tenons à exprimer icinotre gratitude à M. le professeur agrégé Dubreuilh, à qui est due l'idée de ce travail. Nous

devons tout particulièrementdes remerciements à M. le Dr Prê¬

che, qui s'est mis si obligeamment à notre disposition.

Enfin, M. le professeur Arnozan a bien voulu accepter la présidence de notre thèse. Nous lui en sommes profondément

reconnaissant.

~jy'Aii;-."

(15)

CHAPITRE PREMIER

HISTORIQUE DU LICHEN PLAN BUCCAL ET

CUTANÉ

Ce chapitre, en

montrant l'opinion des auteurs sur le lichen

plan buccal, nous

permettra de réunir un grand nombre d'ob¬

servations, toutes très

intéressantes; aussi nous ne pensons

pas qu'on nous

reproche d'avoir allongé inutilement notre

oeuvre en les citant en totalité ou en

partie.

De 1869 à 1885, nous avons

trouvé des renseignements his¬

toriques très complets

dans le Mémoire de M. Georges Thi-

bierge. Aussi n'avons-nous pas

craint d'y puiser largement,

ne pouvantpas toujours nous

procurer les auteurs ou les tra¬

duire.

En juillet 1869, le

lichen plan

a

été décrit pour la pre¬

mière fois par l'auteur

anglais Erasmus Wilson. Cette descrip¬

tion, qui s'appuie sur

50 observations, est si remarquable et

si précise, que Feulard

(.Ann. de dermat., 20 avril 1890) pro¬

pose de donner au lichen

plan le

nom

de lichen de Wilson.

Dans ses 50 observations, Wilson ne

cite

que

trois fois les

manifestations buccalesdu lichen plan.

Chez deux de ses mala¬

des (obs. XXII et

XLIII), les manifestations buccales et cuta¬

nées coexistent sans qu'on puisse

déterminer quelle est la

lésion qui a ouvert la marche

de l'affection. Chez la malade de

l'observation XLVIII, les lésions de

la

peau

remontent à cinq

mois et la bouche est atteinte depuis six

semaines.

« Chez une des malades (Traité

des maladies de la

3 Gau.

peau, de

(16)

Wilson, Londres, 1876), dit Thibierge, l'éruption se montre

sur la langue, la muqueuse buccale et le bord

libre de la lèvre

inférieure, sous forme de taches rondes, blanches, ayant

les

dimensions de papules cutanées, mais sans

saillie;

la

malade

se plaignait d'une sensation de

rugosité de la langue,

sans

sécheresse ni soif, la même sensation s'étendait à la gorge ».

En 1877, Duhringfait une étude du lichen plan dans laquelle

il ne mentionne pas le lichen dans la bouche.

J. Hutchinson en 1879, dans une leçon sur le lichen psoria¬

sis, rapporte trois observations de malades

atteints de lichen

généralisé et qui présentent

consécutivement des lésions buc¬

cales : 1° Une femme de 34 ans, atteinte depuis six mois de

lichen plan, présente depuis un an des

manifestations buccales.

Sur la langue, on remarque des taches

blanches franchement

rugueuses, de la largeur du bout

du doigt; 2° Un homme de

44ans avait sur la langue des taches blanches légèrement sail¬

lantes, unies, d'une teinte terne, franchement blanche, quel¬

ques-unes très petites, formant de simples points, d'autres

plus

larges et de forme

irrégulière.

Sous la

langue,

sur

les parties

latérales, les papules blanches se présentaient sous forme de

raies (Thibierge). Latroisième

observation

ne

paraît

pas con¬

cluante, les lésions buccales ne semblent pas être de même

nature que l'affection cutanée.

En 1880, Heguy, dans sa thèse intitulée Etude sur le lichen planus, nous rapporte

huit observations; chez

aucun

de

ses

malades il ne signale de manifestations buccales, il pense

cependant que ces

manifestations

sont

très possibles.

Kaposi, dans son Traité de 1881, mentionne

simplement

la possibilité de rencontrer le lichen sur

les

muqueuses.

Mais il

n'en donneaucunedescription,nerapporte aucuneobservation.

La même année(1881),Pospelowprésente à la Société médicale

de Moscou l'observation d'un étudiant de 23 ans atteint depuis

(17)

19

décembre 1880 de lésions buccales

consécutives à

une

éruption

de lichen plan

remontant

à

avril 1880.

«

Sur la langue, on

trouve des papules tout

à fait plates,

sans

atrophie du centre.

Sur la voûte palatine, dans

le voisinage du bord alvéolaire des

incisives, il y

avait

des

saillies consistantes, de coloration blan¬

châtre, le nodule le plus

ancien était

un peu

plus gros qu'un

grain de millet,

atrophié

au

centre et avait l'aspect d'un petit

anneau de couleur nacrée. Le malade

avait constaté très net¬

tement avec la langue la présence

et les caractères de cette

lésion ».

Enfin,cettemême année, Neumann

(1881) présente à Vienne

un malade atteint simultanément de lichen

cutané et buccal

« sur la muqueuse de la lèvre

inférieure, de la langue et des

joues; on voyait

notamment à la lèvre inférieure plusieurs

papules aplaties de la grosseur

d'une lentille; sur la langue et

la muqueuse des joues la

lésion avait tout l'aspect d'un psoria¬

sis de la muqueuse.

En 1882, à la Société médicale de

Londres, Crocker présente

encore un cas de manifestations buccales d'une

éruption du

lichen plan; « sur la langue,

il

y

avait des plaques blanches

symétriques,la muqueuse

buccale présentait des raies étendues

depuis les parties adjacentes aux

dernières molaires jusqu'aux

lèvres. 11 signale la

possibilité

du

développement de semblables

lésions antérieurement à l'apparition de

l'éruption cutanée et

note la symétrie des plaques

linguales ainsi

que

la disposition

des raies blanches qui se divisent comme

des fougères

».

Un

peu plustard, Crocker

signale trois

cas

de lichen buccal : Chez

un étudiant de 20 ans, la lésion buccale

précède d'un mois

l'éruption cutanée; chez un homme

de 46

ans,

les deux lésions

coexistent; enfin, chez une femme

de 67

ans,

il pronostique

l'éruption cutanée à la vue de la

lésion buccale seule. Nous ne

retiendrons des descriptions de Crockerque

les points suivants :

(18)

-

20

Lésions sur la face interne desjoues plus fréquentes que sur la langue; 2° sur les joues,

semis de points blancs

ou

lignes

occupant le sommet des

plis

de la muqueuse et

plus fréquen¬

tes au voisinage des dents;sur la langue, plaques

blanches,

arrondies ou ovalaires, le plus souvent symétriques.

Lavergne (1883), qui nous apporte 26 observations

nouvel-

les de lichen plan, ne cite aucun cas de lichen buccal; cepen¬

dant, comme Heguy et Kaposi, il rappelle la

possibilité

de cette

localisation.

Hillairet et Gaucher, dans leur travail de 1885, ne décrivent

pas davantage le lichen

buccal.

Nous arrivons maintenant à l'intéressant Mémoire de M. Georges Thibierge qui rapportetrois

observations

fort inté¬

ressantes de lichen plan de la bouche consécutif à uneéruption

cutanée de lichen. Nous avons cru utile de citer ici ces trois observations. Les lésionsbuccales,trèsminutieusementdécrites,

y sont telles que nous les

retrouverons dans beaucoup d'autres

observations publiées plus tard et aussi chez les malades por¬

teurs du lichen isolé de la bouche.

OBSERVATION I

M. X..., externe des hôpitaux, âgé de 26 ans, remarque au mois de jan¬

vier 1884, àlaface interne de la joue gauche, une plaque blanche, uniforme, offrant l'aspect d'une muqueuse cautériséeau nitrate d'argent, maisaccom¬

pagnée d'un notable épaississement'de la muqueuse. Cette plaque occupela partie la plus reculée de la joue, au voisinage du pli de la gencive infé¬

rieure; peu à peu, elle s'étend en arrière vers l'isthme du gosier, mais sur¬

touten avant, en suivantune ligne horizontale qui se porte vers la com¬

missure labiale.

Au mois de mai,cetteplaque atteint le voisinage de la commissurelabiale.

(19)

M. X... nousmontre alors cette plaque, qui

présente absolument les carac¬

tèresd'uneplaquedeleukoplasie dela

bouche

;

cependant elle nous surprend

par sa positionà la partie

postérieure de la joue, par l'intégrité des parties

voisines de la commissure labiale, fait qui contraste avec

l'évolution habi¬

tuelledesplaquesdesfumeurs; unautre

caractère anormal est l'unilaléralité

de lalésion, le côté droitne présentant aucune trace

de semblable altéra¬

tion. Malgré celle anomalie, il ne nous

semble

pas

possible de porter un

autre diagnosticque celui de leukoplasie de

la joue, provoquée par l'abus

du tabac. Du reste, M.X... vient au devantde ce

diagnostic,

en nous

dé¬

clarant que depuis quelques mois il fume

beaucoup, qu'il

a

pris l'habitude

delapipe dont il n'usait pas auparavant.

Nous engageons le malade à

s'abstenircomplètement de fumer.

Quelquesjours plus tard, M. X... éprouve au

niveau des malléoles et à la

partie postérieure des avant-bras, un

prurit

assez

intense, surtout marqué

le soir, etvoitapparaîtredepetitespapules dans ces

régions

;

mais le prurit

qui avaitprécédé ces premières lésions

cutanées diminue notablement. Le

maladecesse d'y prêter attention etne cherche

point

à

rattacher l'affection

de la peauà celle de la muqueuse bucale.

Pendant les mois qui suivent, les lésions de labouche se

modifient peu à

peu; la langue, commence à offrirau

mois d'octobre des altérations qui

étonnentd'autant plus le malade qui a cessé de fumer.

L'éruption cutanée

s'estétendue progressivementà presque toutela

surface du

corps,

le prurit

est parfois assez intense pour déterminer de

l'insomnie, mais le malade,

éloigné de Paris depuis plusieurs mois, ne

suit

aucun

traitement, ni pour

les lésions buccales, ni pour l'affection cutanée.

Le 8 novembre : M. X.... est vu par M. ErnestBesnier etpar nous.

L'affection cutanée occupe maintenant les avant-bras,

les malléoles et la

partie inférieure desjambes, le cou, et la

paroi abdominale antérieure:

elle est constituée par des papules à sommet plan,

brillantes, par places

réunies sousforme de plaques; le diagnostic ne peut être

douteux, il s'agit

d'un cas de lichen plan, absolumentcaractéristique.

Quant à la muqueuse buccale, ses altérations sont

très différentes de

celles que nous avonsconstatées au mois de

mai.

(20)

Sur la face interne delajoue gauche, les le'sions forment une plaque non continue, partant de l'espace inter-maxillaire et se propageant jusqu'à la

commissure labiale. Cette plaque, à contours irréguliers, est formée par la

réunion de plusieurs petites plaques arrondies, présente à sa surface de

petites saillies d'un blanc d'argent à sommet acuminé et non pas plan

comme les papules cutanées, de forme généralementarrondie, mais quel¬

ques-unes irrégulières et commeétoilées; elles ont la largeur d'une petite

tête d'épingle.

Entre lespapules, lamuqueuse àun aspect légèrementérosifet présente quelques dépressionssuperficielles qui semblentn'être quel'exagérationde

ses plis normaux; cet état cependantne s'observe qu'à la partie postérieure

de la plaque, et, au voisinage de la commissurelabiale, lamuqueuse a.con-

servé son apparence normale dans l'intervalle des papules.

Celles-ci sontdisposées irrégulièrementàlasurface des plaquessurtoute

leur étendue; cependant, sur les parties les plus récentes, leur disposition rappelle la forme des feuilles de fougère.

Au toucher, la plaque est rude, rugueuse, et on constate un épaississe-

mentassez notable de la muqueuseà son niveau.

La grande plaque se prolonge sur la face externe et le bord libre de la

gencive inférieure, au niveau des deux dernières molaires qui ont été enle¬

vées et présente, à ce niveau, l'aspect des parties récentes, voisines de la

commissurelabiale.

Sur la muqueuse de la face interne dela joue droite,on nevoitquequel¬

ques petites papules disséminées ou groupées par petites plaques de la lar¬

geur d'une lentille, à la partie moyennedelajoue; l'une d'elles correspond

à la dernière grosse molaire qui est cariée; les papules sont moins larges,

moins saillantes et moins rudesque sur la joue gauche.

Sur la voûtepalatine,il n'yaquequelques papulestrèspetites, acuminées,

d'un blanc éclatantauprès de l'avant-dernière molaire gauche.

La partie latérale gauche de la langue présente une ligne légèrement

sinueuse,d'un blanc légèrement gritâlre, allongée dans lesens anléro-pos-

térieur sur une longueur de4 à 5 centimètres et une largeur de 3 à 4 milli-

(21)

mètres. Celte Iraiûée blanche, qui Iranche très nettementpar sa

coloration

sur les partiesvoisines de la langue, n'offre aucune

saillie;

sa

surface est

plane; à son niveau, les papilles

semblent ellilées et amincies;

au

toucher,

elle est légèrement rugueuse, mais beaucoup moins que

les plaques des

joues. Une tache blanche, arrondie, de même

largeur, est située

un peu en

dehors de sa partie antérieure.

Sur la face inférieure de la langue, à droite, se trouve une petite plaque,

de la dimension d'une petiteamande, de coloration blanche etlégèrement

saillante; sa surface est uniforme et lisse et on abeaucoup de peine à

dis¬

tinguer les papules qui la constituent. La muqueuse

n'offre

à son

niveau

qu'un très faible épaississement.

Le maladen'éprouve, au niveau des lésions des joues et de la

langue,

aucune sensation douloureuse; les aliments, quels qu'ils soient, n'y produi¬

sent pas de cuisson et le seul phénomène que le malade

perçoive est

une

sensation de rudesse de la muqueuse lorsqu'il promène la pointe de la

lan¬

gue sur la joue, c'est-à-dire une sensation purement

tactile.

M. X... n'ajamais eu d'accidents syphilitiques, ni de

maladies de la

mu¬

queuse buccale; mais les dents sont mauvaises et plusieurs

d'entre elles

ontdû être enlevées par suite de leur carie; actuellement encore,

il

y a

deuxdentscariéesqui deviennentsouventl'occasion decomplications

inflam¬

matoires.

M. Besnier prescritau malade un traitementarsenical (6 gouttes

de Fow-

lerchaquejour, dose qui sera portée progressivementjusqu'à 20).

Au bout d'une quinzaine de jours, le prurit cutané a très notablement

diminué, il ne se produit plus de nouveaux éléments.

Les lésions buccales, d'abord slalionnaires, subissent ensuite une légère

amélioration.

Le 6 décembre, après un mois de traitement arsenical, nous constatons

quesur lalangue lesplaques sont moins nettement limitées; leur contour

est un peu diffus; les papilles reprennent sur les bords une apparence nor¬

male. Les plaques de la partie postérieure de lajoue ont perdu leur aspect

érosif; les papules y sont moins nettes. A la partie antérieure, les papules

(22)

sont un peu plus étalées, à sommet moins acuminé; leur

coloration

est

devenue un peu grisâtre et ressemble davantage à celle d'une muqueuse

cautérisée au nitrate d'argent. 11ne s'estpasdéveloppé denouvelles lésions

de la muqueuse buccale. Le malade n'a suivi d'autre traitementque le trai¬

tement arsenical; il n'a faitusage d'aucun topique contre la lésion buccale

et a même, malgré nos conseils, repris peuà peu l'usagede la cigarette.

La deuxième observation citée par Thibierge a été recueil¬

lie dans le service de M. le professeur Fournier, par M. W.

Dubreuilh, alorsinterne du service.

OBSERVATION II

D..., couvreur, âgé de 25 aus, entre le 29 novembre 1884, à l'hôpital

Saint-Louis, dans le service de M. le professeurFournier.

Cet homme a eu, dans son enfance, des accidents desyphilis héréditaire

eton peut encore voir sur son pharynx des cicatrices dues à cette cause.

Actuellement, il est atteint de lichen plan; l'éruption a débuté il y a environ deux mois, sur les jambes, puis aatteint les avant-bras et l'ab¬

domen.

A peu près à l'époque débutaient les lésions cutanées, le malade s'est

aperçu, en promenant la langue dans la cavité buccale, que la muqueuse présentait en certains points une rudesse anormale; néanmoins, il n'éprou¬

vait aucune sensation subjective correspondant à cette impression tactile,

et n'ajamais cherché àse rendre compte dela cause de celle-ci. Il n'attire

pas, du reste, l'attentionsurla muqueuse buccale.

Les lésions buccales occupent la lèvre inférieure, la face interne des joues etles gencives.

La lèvre inférieure, un peu épaissie et ayant l'aspect quel'on voit chez

les slrumeux, présente à son bord libre, dans toute sa partie moyenne, de

petites saillies d'un blanc éclatant,à sommet un peu pointu, disposées sui-

(23)

- 25

vant une ligne arrondie et irrégulière et délimitant uneplaque irrégulière;

au niveau de lapartie centrale de celte plaque, on remarquequelques papu¬

les blanches disséminées, et l'épithélium semble généralement aminci; au moment de l'entrée du malade, cette plaque étaitrecouverte de squames blanches, assez épaisses et peu adhérentes.

Sur la face interne de lajoue droite, la muqueuse présente des plaques irrégulières, larges comme l'ongle de l'index, siégeant au voisinage des

culs-de-sac gingivaux supérieuret inférieur et au niveau de l'espace inter¬

maxillaire, formant par leur ensemble une sortede fer à cheval irrégulier.

Ces plaques sont généralementdéprimées parrapport aux parties saines,

de la muqueuse, les sillons normaux de la muqueuse sont exagérés et les plaques sont parcouruesparde légèressaillies linéaires de coloration blan¬

che, irrégulièrement entrecroisées; à la périphérie des plaques, on voit de petites saillies acuminées, d'un blanc brillant, larges comme une pointe d'épingle.

Ces plaques s'étendent sur la face externe de la gencive inférieure au niveau des deux dernières molaires,en conservant les mêmes caractères.

A la partie antérieure de la face interne de la joue, sur le même plan horizontalquelacommissure labiale,se trouventdeux plaques irrégulières, d'inégale étendue, plus déprimées, froncées, avec papules blanches péri¬

phériques plus développées; au premier abord, ces plaques présentent une apparence cicatricielle.

Sur la partie moyenne de lajoue, on voit une dizaine de petites saillies blanches, punctiformes, acuminées et très disséminées.

Sur la muqueuse de lajoue gauche, les lésions présentent la même dis¬

positiongénérale qu'à droite, mais sontun peu moinsétendues etn'offrent

nulle part l'apparence cicatricielle.

La muqueuse de la face dorsale de lalangue ne présente pas de plaques blanches; surla partie latérale droite de laface inférieure de lalangue, on trouve une saillieblanche, linéaire, très étroite.

Le malade fume environ chaque jour 10 grammes de tabac en cigarettes,

et cela depuisplusieursannées.

4Gau.

(24)

Nous citerons encore la troisième

observation de Thibierge,

recueillie à la polyclinique

de M.Ernest Besnier, mais

en

la ré¬

sumant ou plus

justement

en

la limitant à la description de la

lésion buccale.

MmeS..., couturière, âgéede 35 ans, se présente le 17

novembre 1884 à

la consultation de M. ErnestBesnier à l'hôpitalSaint-Louis.

Sur la partie moyenne de la langue, trois taches

blanches, arrondies,

larges comme la moitié d'une lentille ; contours

irréguliers, bords diffus,

coloration grisâtre tranchant sur lesparties voisines.

Sur la muqueuse de la face interne desjoues, on remarque, au

niveau de

la deuxième grosse molaire, une petite tache large commeune grosse

len¬

tille, d'unblanc éclatant, de forme un peu irrégulière. Constituée par

de

petites saillies papuleuses, acuminées, ayant

environ les dimensions d'une

petite tète d'épingle; sur la partie moyenne de

l'espace intermaxillaire,

dans le pointcpii correspond à la couronne des molaires

dans l'occlusion

de la bouche, on voit une ligne horizonlale irrégulière, de coloration blan¬

che, semblable à celleque produirait un attouchement de nitrate

d'argent.

Ces lésions existent des deux côtéset sont àpeu près symétriques.

Aucune sensation anormale, aucune gêne douloureuse.

Les lésions cutanées ont précédé de deux mois l'affection buccale.

Après celui de

Thibierge, le travail le plus important est

celui de Mayor etPautry.

Nous

ne

citerons

que pour

mémoire

les noms de Pospelow, qui,

après Thibierge, rapporte dans

Vierteljahreschrift f.

Dermat. und syph., 1885, cinq

cas

de

lichen plan

généralisé à la

peau

et

aux muqueuses

et de Mac-

kensie qui cite \Journ. of act.

and

vener.

diseuses, 1885, une

observation du même genre.

Nous citerons de l'article de MM. Mayor et Pautry

quelques

descriptions tirées de leurs

observations.

(25)

27

OBSERVATION I

Mm0 L..., âgée de 54 ans, présente un mois après le début de la maladie,

une éruption qui occupe la totalité des membres inférieurs, les avant-bras,

les poignets, la paume des mains, la ceinture. Elle offre les caractères du

lichen plan : petites saillies papuleuses, lisses, brillantes, limitées par des plis de lapeau, confluentes parfois au niveau de la ceinture surtout et for¬

mantalors de petits placards; à la paume des mains, elles constituent des plaques lisses, rosées, brillantes, moins saillantes que partoutailleurs. Pas

de desquamation, aucune exsudation, mais quelques lésions de grattage, démangeaisons vives,surtout la nuit... Les lésions buccales sont ainsidécri¬

tes. 11 s'agit de plaques ou de Iraînées, d'un blanc nacré, au niveau des¬

quelles les papilles sont absentes. Mais ces plaques ne ressemblent aucune¬

ment aux espaces dépapillés de la langue de certains enfants. Au lieu que les papilles soientrasées,c'est l'épiderme de la surfaceà laquelle elles s'im¬

plantent qui s'épaissit, lesécarte ets'élève jusqu'à la hauteurde leur sommet;

aussi les bords des plaques ne sont-ils point aussi nettement indiqués que

ceux des aires dépapilIées de la langue infantile; sur leurs limites, elles

semblent se résoudre en traînées et se perdre graduellement entre les papilles. Ces espaces lisses parcourus à peine parquelques sillons semblent

être le résultat de deux processuscombinés: Epaississement descouches

épidermiques inlerpapillaires; diminution légère dans le volume et la

hauteur des papilles.

Ces plaques,quiaffectentunaspectcicatriciel,sontde formevariable,irré¬

gulière. Généralement arrondies, elles se réunissent parfois pour former

des bandesserpigineuses, des rubans allongés suivant le grand axe de la

langue.

Au reste, aucun soulèvement de l'épiderme, aucune tendance à l'ulcéra¬

tion au niveau de ces plaques; pasde sensibilitéspéciale nonplus. Laseule

sensation accusée par notre malade estune légère gêne fonctionnelle due à

ceque bientôt les plaques se sont étendues sur le dos de la langue. Rien à

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la face inférieure de cet organe, rien à la face muqueuse des lèvres et

des

joues.

A lasuite du traitement par l'arséniate de soude (de2 à6

millig.), la lé¬

sion linguale a diminué d'intensité, les plaques sont

moins étendues, les

bandes serpigineusestendent à se fragmenteren

petites taches

aux

bords

fondus dans les régions saines. T-rois mois plus tard, la langue ne

présente

plusque deux petites bandelettes

latérales.

OBSERVATION II

Des plaques allongées etarrondies occupent

la plus grande partie de la

face dorsale de la langue. Ellessontd'unblanc pur, nacré et

semblent être

un simple épaississement de l'épithélium, qui

noie les papilles et qui, sur

les bords de la plaque, reprend graduellementses caractèresnormaux,

de

façon que la lésion n'estpas, en général,

limitée

par une

ligne nette, tran¬

chée. Du reste, aucune gène fonctionnelle. Rien d'anormal à

la face infé¬

rieure de la langue ni à la face muqueuse desjoues et des

lèvres.

La lésion buccale est apparue en même temps qu'une petite

plaque de

lichen à lajambe droite. On signaleaussi un prurit intense

du cuir chevelu

et ducou.

Sous l'influence de l'arséniate de soude(2 à 4 millig.)

l'éruption linguale

etcutanée disparaît : la langue ne présente plus que

deux légères lignes

blanchâtres latéralementsituées.

OBSERVATION III

Lichen auniveau des poignets, de la paume des mains et

de la racine de

la verge.

Sur la face dorsale de la langue, à droite, cinq petites

taches blanches

comme indurées superficiellement. A gauche de

la ligne médiane,

on en

trouve une assez large et six autres plus petites.

Sur la face interne des

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joues, près dela commissure, on voit un pointillé et

des arborisations blan¬

châtres offrant de loin quelques ressemblances avec le muguet, mais en y regardant de prèson voit que celte lésion estdéveloppée sous

l'épilhélium

etquelefrottementavec un morceaude lingen'endétacherien. On retrouve

la même altérationsur la muqueuse de. la joue gauche, au niveau de l'angle

dela mâchoire, derrière la dernière molaire.

Suit une étude clinique du lichen buccal, sur

laquelle

nous

aurons l'occasion de revenir plus tard.

M. le DrWilliam Dubreuilh publie, enjanvier 1889, dans

les

Annales de la polyclinique de Bordeaux, une

observation.très

intéressante au point de vue des

lésions buccales dues

au

lichen plan.

Le malade est un homme de 46 ans, à la fois cultivateur et marchand forain, brun, maigre, d'aspect vigoureux, n'ayant pas d'autres antécédents

pathologiquesque des migraines et du prurit anal depuis quelques mois.

Son père est mort d'un cancer de l'estomac. Samère vit encore, mais souf¬

fre de migraines etd'un rhumatisme chronique qui l'a rendue infirme.

Le début de l'affection pour laquelle il vient me consulter remonteàtrois

mois. A cette époque, il a senti quelque chose dans la bouche,au voisinage

des dents de sagesse; l'éruption a gagné ensuite presque toute la bouche et depuis deux mois ontapparu quelques boutonsaux bourses en même temps

que quelques démangeaisons.

L'éruption buccale est surtout marquée à la face interne desjoues qu'elle

recouvre presque en entier; elle est constituée par un réseau de petites

bandelettes blanches enchevêtrées. Ces bandelettes ont une largeur d'un millimètre ou un peu moins; elles ont des contours nets et sont d'un blanc

nacré qui tranche vivement sur la muqueuse; elles sont dures, saillantes,

ramifiées etanastomosées dans tous les sens, de façon à former un réseau

dont les mailles ont 2 à 5 millimètres de largeur et qui couvre toute la

muqueuse des joues.

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