Automates cellulaires non-uniformes
Julien Provillard
Université Nice Sophia Antipolis, Laboratoire I3S
Jeudi 6 décembre 2012
Contexte
Les automates cellulaires sont des systèmes dynamiques discrets dont les principales caractéristiques sont :
•
l’interaction locale•
la mise à jour synchrone•
l’uniformitéMotivations
•
Stabilité structurelle•
Modélisation d’une perturbation•
Pannes aléatoiresP. Gacs. Reliable computation with cellular automata.
Journal of Computer and System Sciences, 32(1):15–78, 1986
•
Asynchronisme, bruit ambiant, réseau perturbéN. Fatès. Critical phenomena in cellular automata: perturbing the update, the transitions, the topology.
Acta Physica Polonica B, 2010
Motivations
•
Pannes permanentesA. Dennunzio, E. Formenti, and J. Provillard. Non-uniform cellular automata:
Classes, dynamics, and decidability.
Information and Computation, 215:32–46, 2012
Hypothèses de travail
•
Préservation de la mise à jour synchrone, de l’interaction locale et du réseau régulier•
Différentes règles selon les sitesA. Dennunzio, E. Formenti, and J. Provillard. Local rule distributions, language complexity and non-uniform cellular automata.
Theoretical Computer Science, à paraître
Plan
Définitions de base
Automates cellulaires classiques Automates cellulaires non-uniformes Stabilité structurelle
Surjectivité et injectivité Equicontinuité et sensibilité Distributions de règles
Conservation du nombre Surjectivité et injectivité
Equicontinuité, sensibilité et ν-CA linéaires
Plan
Définitions de base
Automates cellulaires classiques Automates cellulaires non-uniformes Stabilité structurelle
Surjectivité et injectivité Equicontinuité et sensibilité Distributions de règles
Conservation du nombre Surjectivité et injectivité
Equicontinuité, sensibilité et ν-CA linéaires Perspectives
Espace des phases
•
Alphabet fini A•
Configuration = élément de AZ•
Métrique définie par la distance de Cantor:∀x,y ∈AZ,d(x,y) =
0 si x=y
2−min({i∈N:x[−i,i]6=y[−i,i]}) sinon
•
Topologie induite = topologie pro-discrèteAutomates cellulaires
•
Règle locale f :A2r+1 →A•
Rayon r•
Automate cellulaire (CA) structure (A,r,f)•
Règle globale fonctionF :AZ →AZ telle que∀x∈AZ,∀i ∈Z,F(x)i =f(x[i−r,i+r])
-4 -3 -2 -1 0 1 2 3 4
x
0 0 1 0 1 1 0 1 0
f f f
f F(x)
0 1 0 0 1 1 0 1 1
Le shift
Leshift est le CA de règle locale∀x,y,z ∈A,f(x,y,z) =z
Théorème (Hedlund 1969)
Une fonction F :AZ→AZ est la règle globale d’un CA ssi elle est continue et commute avec le shift (σ◦F =F ◦σ)
Automates cellulaires non-uniformes
•
Automate cellulaire non-uniforme (ν-CA) structure (A,(ri, θi)i∈Z)•
Règle globale Hθ :AZ→AZ telle que∀x∈AZ,∀i ∈Z,Hθ(x)i =θi(x[i−ri,i+ri])
•
θ est ladistribution de règles qui induitHθ-4 -3 -2 -1 0 1 2 3 4
x
0 0 1 0 1 1 0 1 0
θ−4 θ−1 θ3
H(x)
0 1 0 0 1 1 0 1 1
Caractérisation et variantes
Proposition
Une fonction H:AZ→AZ est la règle globale d’un ν-CA ssi H est continue.
La fonctionHθ est
•
un dν-CA si ∃f :A2r+1 →A,Card({i ∈Z:θi 6=f})<∞•
un pν-CA si les suites (θi)i∈Z et(θ−i)i∈Z sont ultimement périodiques•
un rν-CA si ∃r ∈N,∀i ∈Z, θi est une règle locale de rayonrPlan
Définitions de base
Automates cellulaires classiques Automates cellulaires non-uniformes Stabilité structurelle
Surjectivité et injectivité Equicontinuité et sensibilité Distributions de règles
Conservation du nombre Surjectivité et injectivité
Equicontinuité, sensibilité et ν-CA linéaires Perspectives
Modèles de perturbation
Définition
On appellemodèle de perturbationd’un automate cellulaireF de règle localef tout dν-CA de règle par défaut f.
Définition
Une propriété eststructurellement stablepour un automate cellulaireF si elle est vraie dans tout modèle de perturbation de F.
Surjectivité et injectivité
Proposition
SiCard(A)≥2, ni la surjectivité ni l’injectivité ne sont structurellement stables.
Proposition
Soit F un CA et H un modèle de perturbation de F , alors : 1. H surjectif ⇒ F surjectif
2. H injectif ⇒ F surjectif
Surjectivité et injectivité
Proposition
Soit F un CA et H un modèle de perturbation de F , alors : 1. H injectif ⇒ F injectif
2. H injectif ⇒ H surjectif
Injectivité⇔ réversibilité pour les dν-CA.
Proposition
La surjectivité et l’injectivité sont décidables sur les dν-CA.
Equicontinuité et sensibilité
Définitions
Définition
x∈AZ est un point d’équicontinuité deF si
∀n∈N,∃m∈N,∀y ∈AZ,
y[−m,m]=x[−m,m]⇒∀k ∈N,Fk(y)[−n,n]=Fk(x)[−n,n]
-m -n n m
x F(x) F2(x)
Equicontinuité et sensibilité
Définition
E =nx ∈AZ:x est un point d’équicontinuitéo Définition
•
F est équicontinu si E =AZ.•
F est presque équicontinu si E est résiduel.•
F est sensible si ∃n∈N,∀m∈N,∀y ∈AZ,∃x∈AZ y[−m,m]=x[−m,m] et ∃k ∈N,Fk(y)[−n,n]6=Fk(x)[−n,n]Equicontinuité et sensibilité
Caractérisation pour les CA
Définition
u∈A∗ est s-bloquantpour un automate cellulaireF si |u| ≥s et
∃d ∈[0,|u| −s]tel que
∀x,y ∈[u]0,∀n ∈N,Fn(x)[d,d+s]=Fn(y)[d,d+s]
u
d s
Equicontinuité et sensibilité
Caractérisation pour les CA
SoitF un CA de rayon r>0 Proposition
Les assertions suivantes sont équivalentes : 1. F n’est pas sensible
2. F admet un mot r -bloquant 3. F est presque équicontinu Proposition
Les assertions suivantes sont équivalentes : 1. F est équicontinu
2. Il existe k >0 tel que tout mot de A2k+1 est r -bloquant
Equicontinuité et sensibilité
Stabilité structurelle
Théorème
La presque équicontinuité et la sensibilité aux conditions initiales ne sont pas des propriétés structurellement stables.
Equicontinuité et sensibilité
Stabilité structurelle
Définition
u∈A∗ est fortement s-bloquantpour F ssi
|u| ≥s,∃d ∈[0,|u| −s],∀θ,∀i ∈[0,|u| −1], θi =f,
∀x,y ∈[u]0,∀n∈N,Hθn(x)[d,d+s−1]=Hθn(y)[d,d+s−1]
règles quelconques f règles quelconques
u
d s
Equicontinuité et sensibilité
Stabilité structurelle
Proposition
Soit F un CA de rayon r et H un modèle de perturbation de F . Si F admet un mot fortement r -bloquant alors H est
presque-équicontinu.
Proposition
Soit F un CA de rayon r sur un alphabet A.
Les propositions suivantes sont équivalentes : 1. F est équicontinu
2. Il existe k >0 tel que tout mot de A2k+1 est fortement r -bloquant
3. Tout modèle de perturbation de F est ultimement périodique
Equicontinuité et sensibilité
Stabilité structurelle
Théorème
L’équicontinuité est une propriété structurellement stable.
Remarque
Il existe des CA qui ne sont pas équicontinus et qui admettent des modèles de perturbation équicontinus.
Plan
Définitions de base
Automates cellulaires classiques Automates cellulaires non-uniformes Stabilité structurelle
Surjectivité et injectivité Equicontinuité et sensibilité Distributions de règles
Conservation du nombre Surjectivité et injectivité
Equicontinuité, sensibilité et ν-CA linéaires Perspectives
Cadre
•
Ensemble fini Rde règles locales f :A2r+1→A•
Une propriété P sur les rν-CA•
Etude de l’ensemble nθ∈ RZ:Hθ vérifie Po•
Vérification, génération, complexité des propriétésConservation du nombre
B. Durand, E. Formenti, and Z. Róka. Number-conserving cellular automata I:
decidability.
Theoretical Computer Science, 299:523–535, 2003
Equivalence des notions de conservation pour les rν-CA Théorème
L:=nθ∈ RZ:Hθ est NCoest un SFT.
Surjectivité
Premières propriétés
Définition
Unedistribution finieest un élément ψ∈ R∗. Elle induit une fonctionhψ :An+2r →Anoù n=|ψ|définie par
∀u∈An+2r,∀i ∈[0,n−1],hψ(u)i =ψi(u[i,i+2r]) .
•
L:=nθ∈ RZ:Hθ est surjectifo est un sous-shift•
Motifs interditsF ={ψ∈ R∗ :hψ n’est pas surjective}Surjectivité
Graphe de De Bruijn
Définition
Legraphe de De BruijndeR est le graphe étiquetéG = (V,E) oùV =A2r et
E =n(au,(f,f (aub)),ub) :a,b ∈A,u ∈A2r−1,f ∈ Ro
au ub
f,f(aub)
Surjectivité
Graphe de De Bruijn
•
A={0,1},r =1•
id(x,y,z) =y•
⊕(x,y,z) =x+z (mod 2)00
01
11 10
(id,0)(⊕,1) (id,0)(⊕,0)
(id,1)(⊕,1) (id,1)(⊕,0)
(id,1)(⊕,1) (id,0)(⊕,1)
(id,0)(⊕,0)
Surjectivité
Graphe de De Bruijn
•
Un chemin bi-infini . . .−−−−−−→(θ−2,y−2) u−1(θ−1,y−1)
−−−−−−→u0 (θ0,y0)
−−−−→u1 (θ1,y1)
−−−−→u2 (θ2,y2)
−−−−→. . . définit une distribution θ et deux configurationsx et y (xi est larelettre de ui) tels queHθ(x) =y.
•
Un chemin fini définit de même une distribution finie ψet deux motsu etv tels que hψ(u) =v.Surjectivité
Graphe de De Bruijn
•
Si le graphe est vu comme un automate avec tous les états à la fois initiaux et acceptants,L={(ψ,v)∈(R ×A)∗:∃u ∈A∗,hψ(u) =v}
•
Par passage au complémentaire,Lc ={(ψ,v)∈(R ×A)∗ :∀u ∈A∗,hψ(u)6=v}
•
Par projection sur la première composante,L˜={ψ∈ R∗ :∃v ∈A∗,∀u∈A∗,hψ(u)6=v}
={ψ∈ R∗ :h n’est pas surjective}
Surjectivité
Graphe de De Bruijn
Théorème
L:=nθ∈ RZ:Hθ est surjectifoest un sous-shift sofique.
Corollaire
La surjectivité est décidable sur les pν-CA.
Injectivité
Graphe produit
Définition
SoitG= (V,E) le graphe de De Bruijn de R. Le graphe produit deRest le graphe P = (V2,E0)où
E0 =((u,u0),f,(v,v0))∈V2× R ×V2 :
∃a∈A,(u,(f,a),v) et (u0,(f,a),v0)∈E
Proposition
∀θ∈ RZ,∀x,y ∈AZ, Hθ(x) =Hθ(y) ssi
(x[i−r,i+r−1],y[i−r,i+r−1]), θi,(x[i−r+1,i+r],y[i−r+1,i+r])
i∈Z
Injectivité
Graphe produit
00
00 00
01
00 10
01 01
10 11
01 11 11
11 11
10 11 01 10 10
01 00
10 00
10 01
00 11
01 10
11 00 id,⊕
id
id
id,⊕
⊕
⊕ id,⊕
id,⊕
id id
id id
id,⊕
id,⊕
⊕
⊕
id,⊕
id id,⊕
id
id
id id,⊕
⊕
⊕
id,⊕
id,⊕
id
id id
id
id,⊕
id,⊕
⊕
⊕ id,⊕
id id,⊕
id
⊕
⊕
⊕
⊕
⊕
⊕
⊕
⊕
Injectivité
Graphe produit
Théorème
L:=nθ∈ RZ:Hθ est injectifo est un langageζ-rationnel.
Corollaire
L’injectivité est décidable sur les pν-CA.
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Définitions
•
(A,+,·) est un anneau (fini) commutatif•
f :A2r+1 →Aest linéaire s’il existeλ∈A2r+1 tel que∀u∈A2r+1,f(u) = X
i∈[0,2r]
λi ·ui
•
Unν-CA estlinéaires’il est engendré par des règles linéairesEquicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Propriétés
Proposition
Unν-CA H est linéaire ssi
∀x,y ∈AZ,∀a∈A,H(x+a·y) =H(x) +a·H(y)
Proposition
Unν-CA linéaire est soit sensible soit équicontinu.
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Murs
Définition
Unmur droitest une distribution finie ψ∈ R∗ de taillen ≥r telle que, pour tout motv ∈Ar, la suite uψ(v) :N→An définie par
uψ(v)0 = 0n
uψ(v)1 = hψ(0ruψ(v)0v)
uψ(v)k+1 = hψ(0ruψ(v)k0r) pour tout entier k>1 vérifie∀k ∈N,(uψ(v)k)[0,r−1]=0r.
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Murs
Fixé Application dehψ Fixé
0r 0n=uψ(v)0 v
0r uψ(v)1 0r
0r uψ(v)2 0r
0r uψ(v)k 0r
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Murs
Fixé Application dehψ Fixé
0r 0n=uψ(v)0 v
0r uψ(v)1 0r
0r uψ(v)2 0r
0r uψ(v)k 0r
0r 0r 0r
0r
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Caractérisation
Théorème
Soitθ∈ RZ, Hθ est sensible si et seulement si une des deux conditions suivantes est vraie :
1. Il existe n∈Ntel que pour tout entier m≥n, θ[n+1,m] n’est pas un mur droit,
2. Il existe n∈Ntel que pour tout entier m≥n, θ[−m,−n−1]
n’est pas un mur gauche.
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Caractérisation
−m −n n m
x
x−
x+
˜ x
=
+
+
0
0
0 0
mur gauche mur droit
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Caractérisation
−m −n n m
x
x−
x+
˜ x
0
0
0 0
mur gauche mur droit
Même dynamique quex
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Rayon 1
∀a,b,c ∈A,f(a,b,c) =λ−f ·a+ ˜λf ·b+λ+f ·c
Proposition
•
ψ∈ Rn est un mur droit ssiQn−1i=0 λ+ψi =0
•
ψ∈ Rn est un mur gauche ssi Qn−1i=0 λ−ψi =0
Equicontinuité, sensibilité et ν -CA linéaires
Rayon 1
Théorème
L:=nθ∈ RZ:Hθ est équicontinuoet
Lc :=nθ∈ RZ :Hθ est sensibleo sontζ-rationnels.
Détection d’un mur gauche
Détection d’un mur droit Attente Transition de la partie gauche
à la partie droite
Fin de détection
Attente
Début de détection
Perspectives
•
DynamiqueI Dichotomie sensible, presque équicontinu
I Equicontinuité pour les rν-CA linéaires de rayonr>1
I Transitivité, automates mélangeants, . . .
•
Théorie des langages : hiérarchie des ζ-rationnelsA. Dennunzio, E. Formenti, and J. Provillard. Acceptance conditions for ω-languages.
InDevelopments in Language Theory, pages 320–331, 2012
•
Stabilité structurelleI Restreindre la forme des perturbations
I Combiner avec d’autres types de perturbations (asynchronisme, erreurs aléatoires, . . .)
Conservation du nombre
Définition
•
A={0,1, . . . ,s−1}.•
Charge partielle :∀x ∈AZ,∀n∈N, µn(x) =Pni=−nxi.•
Charge globale:∀x∈AZ, µ(x) =limn→∞µn(x) DéfinitionUnν-CAH est conservatif sur les configurations finies (FNC) si pour toute configuration finiex,µ(H(x)) =µ(x).
Définition
Unν-CAH est conservatif (NC) si 1. H(0) =0,
Conservation du nombre
Caractérisation
Proposition
Soit H un rν-CA de rayon r . L’automate H est NC si et seulement s’il est FNC.
Remarque
Il existe desν-CA FNC mais qui ne sont pas NC.
Théorème
L:=nθ∈ RZ:Hθ est NCoest un SFT.
B. Durand, E. Formenti, and Z. Róka. Number-conserving cellular automata I: decidability.
Theoretical Computer Science, 299:523–535, 2003
Conservation du nombre
Règles élémentaires 136, 184 et 252
∀x,y,z ∈ {0,1},f(x,y,z) =
(1 si y =1 etz =1 0 sinon
g(x,y,z) =
1 si x=1 ety =0 ou si y =1 etz =1 0 sinon
h(x,y,z) =
(0 si x =0 ety =0
1 sinon .
F={ff,gf,hh,hg}.