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71e session
Session virtuelle, 13-15 septembre 2021 2 août 2021
210744
Point 5 de l’ordre du jour provisoire ORIGINAL : ANGLAIS
Exploiter le potentiel des soins de santé primaires : enseignements tirés de la pandémie de COVID-19 et
incidences pour les orientations futures dans la Région européenne de l’OMS
Le rôle des systèmes de soins de santé primaires a été capital pour la réaction à l’actuelle pandémie de COVID-19, et cette dernière, à son tour, a mis en valeur l’importance de systèmes de soins de santé primaires performants. Cette pandémie a aussi souligné l’importance des efforts de longue haleine accomplis pour renforcer les systèmes de soins de santé primaires et les fonctions essentielles de la santé publique, qui sont le fondement de services de santé intégrés, comme l’a entériné la Déclaration d’Astana sur les soins de santé primaires (2018), comme l’ont affirmé les résolutions WHA72.2 et EUR/RC69/R8 (2019) et comme l’a réaffirmé le cadre opérationnel des soins de santé primaires approuvé en 2020.
Ce document de travail expose une proposition visant à exploiter le potentiel des soins de santé primaires et à honorer les engagements pris dans le Programme de travail européen 2020–2025 « Une unité d’action pour une meilleure santé en Europe » (PTE), sur la base des enseignements tirés de la pandémie. Le document place les soins de santé primaires au cœur des trois priorités fondamentales et des quatre initiatives phares PTE, en soulignant que ces soins sont un domaine d’investissement essentiel afin de réaliser les objectifs de développement durable liés à la santé. Il vise à justifier le renforcement des soins de santé primaires au cours de la phase de relèvement post-pandémique, et à examiner les considérations politiques et programmatiques à prendre en compte. À cet égard, il est destiné à fournir des informations à l’appui du projet de résolution correspondant qui est soumis pour adoption par le Comité régional de l’OMS pour l’Europe.
Ce document est présenté pour examen par le Comité régional en sa 71e session. Il tient compte des commentaires formulés lors de deux cycles d’examen par le Comité permanent du Comité régional pour l’Europe (CPCR) et des consultations virtuelles des pays qui ont eu lieu entre le 24 mars et le 13 avril, avec la participation de 35 États membres.
Table des matières
Introduction ... 3
Réaliser le potentiel des soins de santé primaires : considérations sur les politiques à mener ... 4
Instauration progressive de la couverture sanitaire universelle ... 6
Protection face aux situations d’urgence sanitaire ... 7
Promotion de la santé et du bien-être ... 8
Concrétisation : une stratégie globale et harmonisée des systèmes de santé ... 9
Les soins primaires, élément pivot du PTE ... 11
Mesure du succès ... 13
Introduction
1. La pandémie de COVID-19 a entraîné des pertes dramatiques dans la Région européenne de l’OMS : des décès et une détérioration de la santé et du bien-être. Elle a infligé des souffrances à tous, avec un impact négatif sur la santé physique et mentale et sur l’environnement social et économique de la population européenne. Le rôle des soins de santé primaires a été et restera fondamental dans la réaction à la pandémie actuelle, afin d’atténuer cet impact négatif sur la santé et le bien-être et de soulager dans une certaine mesure la souffrance humaine.
2. Pendant la pandémie, les services de soins de santé primaires ont joué un rôle double, et les responsabilités et exigences nettement plus importantes ont requis une adaptation et une transformation rapides1. Premièrement, les services de soins de santé primaires ont continué à dispenser des services de santé essentiels, en renouvelant les efforts pour atteindre les personnes qui avaient besoin d’aide. Deuxièmement, dans de nombreux pays, le système de soins primaires a également soutenu la réaction contre la pandémie, par la surveillance communautaire, le dépistage et la recherche des cas contacts, la prise en charge des cas asymptomatiques ou légers de COVID-19 et la gestion et la réadaptation en cas de COVID longue. Ces tâches se sont traduites par une réalité double pour les prestataires de soins de santé sur le terrain, qui implique de trouver un équilibre entre le maintien des services de santé essentiels et la réaction à la pandémie. Globalement, cela a entraîné une augmentation spectaculaire des responsabilités et de la charge de travail dans le secteur des soins primaires et une adaptation et une transformation rapides (par exemple, l’adoption immédiate des plateformes de consultation à distance, et une augmentation sans précédent des consultations de santé mentale), en accélérant souvent la mise en œuvre de politiques planifiées ou déjà lancées.
3. La pandémie a mis au défi la recherche de la solidarité, élément central du Programme de travail européen 2020-2025 – « Une unité d’action pour une meilleure santé en Europe » (PTE).
D’une part, un large éventail de stratégies créatives pour instaurer une solidarité ont été recensées aux niveaux communautaire, régional et national. La majorité d’entre elles dépassent le cadre que des stratégies pilotées par l’État en tirant parti de l’esprit de communauté et du bénévolat. D’autre part, des obstacles pratiques à une prestation plus efficace des services aux personnes vulnérables ont été recensés. Ainsi, la pandémie fournit une occasion d’apprendre et de traduire ces enseignements en actes pour des services de soins de santé primaires plus performants, qui ne laissent vraiment personne de côté.
4. Cette pandémie a aussi imprimé un nouvel élan aux réformes et politiques menées depuis longtemps pour renforcer les systèmes de soins de santé primaires, comme cela a été approuvé dans la Déclaration d’Astana sur les soins de santé primaires (2018), affirmé par les résolutions WHA72.2 et EUR/RC69/R8 (2019) et réaffirmé dans le cadre opérationnel des soins de santé primaires approuvé en 2020. La pandémie a amplifié l’importance de ces engagements.
Les expériences des pays révèlent le potentiel de services de soins de santé primaires proactifs et centrés sur la personne, et démontrent la capacité des prestataires et des systèmes à s’adapter à de nouvelles stratégies et manières de fournir et de recevoir des services de soins primaires.
1 La série de courts métrages sur les soins de santé primaires dans les pays montre la transformation des soins de santé primaires pendant la pandémie de COVID-19. Elle est accessible à l’adresse suivante (en anglais seulement) : https://www.euro.who.int/en/health-topics/Health-systems/primary-health-care/country-work/primary-health- care-country-vignettes.
Tout en reconnaissant les défis auxquels de nombreux pays continuent de faire face après des décennies de sous-investissement dans les capacités de santé publique et les soins de santé primaires, de nouvelles expériences permettent d’être optimiste quant à la possibilité d’un changement pour combler l’écart entre les ambitions et les engagements, d’une part, et les progrès réels sur le terrain, d’autre part. Outre l’exploitation de ces enseignements, il est important de tirer parti des innovations afin de réaliser le potentiel inexploité des systèmes de santé axés sur les soins de santé primaires.
Réaliser le potentiel des soins de santé primaires : considérations sur les politiques à mener
5. Les soins de santé primaires sont au cœur des trois priorités du PTE et constituent un domaine d’investissement essentiel si l’on veut progresser dans la réalisation des objectifs de développement durable liés à la santé (tableau 1). Une leçon importante tirée de la pandémie est le rôle clé des services de soins de santé primaires en tant que fournisseurs d’un large éventail de services de proximité accessibles et importants pour la population. En conséquence, les soins de santé primaires sont jugés essentiels pour atteindre des objectifs sociaux importants tels que l’évolution vers une couverture sanitaire universelle (CSU), la protection contre les situations d’urgence et la promotion de la santé et du bien-être. Il est possible de renforcer les soins de santé primaires dans la période post-pandémique afin d’exploiter pleinement ce potentiel. À cette fin, les soins de santé primaires doivent être abordés dans le cadre d’une approche globale visant à renforcer les systèmes de santé dans le cadre d’un programme de développement social et économique équitable qui donne la priorité à un investissement global dans les personnes et le capital humain. Les enseignements tirés de la pandémie sont l’occasion de réaffirmer les engagements politiques en faveur du renforcement des soins de santé primaires et des fonctions essentielles de santé publique à la base de services de santé intégrés2 et en réexaminant les axes stratégiques et les politiques-cadres.
6. Des services de soins de santé primaires centrés sur la personne et la communauté contribuent à la solidarité et favorisent la cohésion sociale. Pour que les soins de santé primaires soient véritablement axés sur la personne, il faut s’engager à repenser la conception et la prestation des services de manière à tenir compte des besoins des populations et à garantir leur pleine participation. Pour ce faire, il est nécessaire d’unir la voix des personnes à celle des professionnels et des dirigeants communautaires par le biais d’une analyse des défis communs, d’un apprentissage conjoint des leçons à tirer et de processus participatifs de fixation des priorités, pour avoir la même vision de la transformation future des soins de santé primaires, avec une intégration des services de santé publique et des services sociaux. Ces approches participatives favorisent les valeurs communes et la communication, ce qui accroît la confiance mutuelle et génère la bonne volonté nécessaire pour surmonter les difficultés de mise en œuvre et mobiliser des ressources inexploitées.
2 Le Cadre d’action européen pour la prestation intégrée des services de santé : un aperçu. Voir https://www.euro.who.
int/en/health-topics/Health-systems/health-services-delivery/publications/2016/the-european-framework-for-action-on- integrated-health-services-delivery-an-overview-2016.
Tableau 1. Les soins de santé primaires, dénominateur commun des trois priorités fondamentales du PTE.
Priorité essentielle du PTE
Instauration progressive de la couverture sanitaire
universelle
Protection face aux situations d’urgence
sanitaire
Promotion de la santé et du bien-être
Objectif opérationnel
Réussir le modèle de soins de santé primaires
par une approche adaptée aux contextes
nationaux et locaux
Assurer des services de soins primaires à double
filière dans de bonnes conditions de sécurité en
situation d’urgence
Renforcer la solidarité dans la quête de la santé et du
bien-être grâce à une stratégie intégrée s’appuyant sur des
partenariats
Quoi ?
Axes stratégiques fondamentaux pour la redéfinition du format de la prestation de services
• Adapter le format pour tenir compte de la charge des maladies et des risques
socioéconomiques au sein de la population desservie
• Consolider les fondations par des services plus complets de médecine généraliste et familiale
• Organiser des services de soins de santé primaires à profils multiples, intégrés, mis en réseau et
fonctionnant par équipes
• Intégrer une assistance par une sélection de spécialistes dans les services de première ligne
• Déployer des systèmes d’amélioration de la qualité à de multiples niveaux
• Tirer parti de la multimodalité de la prestation de services pour rendre les services plus accessibles aux populations : en face à face et par les
techniques mobiles et numériques
• Renforcer les capacités de réaction aux situations d’urgence dans des domaines tels que la surveillance, la recherche des contacts, les premiers secours, la prise en charge des cas, la réadaptation et le suivi
• Donner la priorité aux services de santé essentiels, les financer adéquatement et en assurer l’encadrement dans les situations d’urgence
• Assurer une responsabilisation pour la santé de la population et ses déterminants en jetant des ponts entre le système de soins primaires et les services sociaux et de santé publique
• Renforcer les capacités et les systèmes pour identifier et contacter, en temps réel, les personnes vulnérables sur le plan sanitaire et social grâce aux services de soins de santé primaires
• Mobiliser la société civile en une action unifiée en vue de promouvoir la solidarité
Comment ?
Les leviers des systèmes de santé
Renforcement des effectifs, des compétences et des aptitudes des personnels de santé Rénovation des infrastructures matérielles et numériques
Exploitation de l’innovation organisationnelle et gestion de la santé Une bonne gouvernance, un meilleur financement et des incitants alignés
Instauration progressive de la couverture sanitaire universelle
Réussir le modèle de soins de santé primaires par une approche adaptée aux contextes nationaux et locaux
7. Reconnaître que le système ne peut pas être à taille unique. L’instauration progressive de la couverture sanitaire universelle nécessite de remédier aux besoins insatisfaits dans le domaine des services de santé essentiels, en mettant l’accent sur les services qui ont un impact majeur en termes de réduction de la charge de morbidité et d’atténuation des risques socioéconomiques. Il est donc nécessaire de renforcer les modèles de soins de santé primaires dans les différents pays, en gardant à l’esprit que l’organisation de ces soins est unique dans chaque pays et qu’une stratégie unique ne produit aucun résultat. Tout l’art de combler le fossé entre les ambitions et les résultats obtenus sur le terrain réside dans l’adaptation des bonnes pratiques internationales aux contextes nationaux et locaux. Compte tenu de la grande diversité de ces contextes, le point de départ de l’instauration d’un modèle de soins de santé primaires adapté est de s’assurer qu’il reflète à la fois les besoins de santé de la population (par la conception anticipée des services de santé) et les besoins de santé individuels (en dispensant des soins adaptés aux individus et axés sur les objectifs).
8. Investir dans une amélioration de la qualité des services qui se traduise par un prestige renforcé pour les travailleurs au sein du système de soins de santé primaires et une confiance renforcée dans ce système. La confiance qu’inspire un système de soins de santé primaires et le prestige dont jouissent ses agents de santé sont d’une importance capitale pour encourager les populations à rechercher des services au bon moment et au bon endroit. Cela nécessite, entre autres, le renforcement des mécanismes d’amélioration de la qualité à plusieurs niveaux, afin que les systèmes de soins de santé primaires soient en mesure d’offrir des approches multidisciplinaires et globales plutôt que des approches fragmentées, axées sur la maladie pour la prestation de soins. Pour y parvenir, tous les programmes de santé publique et de formation médicale doivent être alignés sur ces principes. En outre, la prise de décisions cliniques peut être renforcée par la production et la mise à jour régulière de données probantes, par la prise en compte des aspects cliniques et non cliniques du diagnostic, du traitement et de l’orientation- recours, et par la traduction de ces aspects en protocoles et directives cliniques et en aides à la décision. Le suivi de la performance, les comparaisons et le feedback au niveau du prestataire, de la communauté, d’une région et d’un pays sont autant de moyens pratiques d’apporter des améliorations et des ajustements continus. L’amélioration de la qualité des services de soins de santé primaires permet de mieux s’attaquer aux causes profondes des maladies, de réduire la surutilisation des services spécialisés et de haute technologie, et de contribuer à la mise en place de parcours cliniques appropriés avec des orientations-recours en temps opportun.
9. Constituer des équipes multidisciplinaires dans le secteur des soins primaires. Les équipes pluridisciplinaires de soins de santé primaires s’occupant d’un large éventail de problèmes de santé peuvent mieux répondre aux défis de santé publique du XXIe siècle en Europe que les équipes mono-professionnelles compartimentées d’après des maladies spécifiques. L’expansion du champ des services de soins primaires pour incorporer une orientation psychosociale en complément au modèle biomédical de prestations de soins est une priorité pour intégrer les services de santé mentale, et peut aider à agir plus efficacement sur les déterminants sociaux de la santé. Il n’existe pas de méthode unique pour constituer des équipes multidisciplinaires.
Celles-ci peuvent varier, même au sein d’un même pays, en fonction de la composition de la population et de ses besoins. Les principaux professionnels à prendre en considération sont notamment - sans que cette énumération ne soit exhaustive - les médecins généralistes, les
infirmières, les sages-femmes, les professionnels de la santé mentale et des services sociaux, les kinésithérapeutes, les praticiens de la santé publique et des services de santé de proximité, les pharmaciens et les techniciens de laboratoire.
10. Appliquer une stratégie intégrée avec un réseautage pour des filières de soins communes.
En partageant les ressources humaines et matérielles, les stratégies de réseautage peuvent soutenir une gamme de services plus large, avec une meilleure continuité dans tout le spectre des soins. Par exemple, la rotation de certains professionnels, tels que les spécialistes de la santé mentale ou les kinésithérapeutes, dans des cabinets de soins de santé primaires plus petits peut faciliter l’accès à une infrastructure plus complète et permettre une approche plus souple du déploiement des effectifs, grâce à laquelle les équipes peuvent être facilement renforcées en cas de besoin. Des filières de soins communes, fondées sur des bases factuelles, pour les pathologies complexes sont indispensables afin de permettre la prestation de services de soins de santé primaires intégrés en réseau et de préciser les rôles et responsabilités des différents membres des équipes. Cela est particulièrement pertinent pour les efforts visant à répondre plus efficacement aux besoins sanitaires et sociaux et étroitement liés d’une population vieillissante.
11. Rapprocher les services des populations. La pandémie a mis en évidence l’importance d’autres modalités de prestation des services de santé, et elle a également accéléré la tendance à amener les services aux personnes plutôt que l’inverse. Cela est particulièrement important dans le cas des zones reculées (telles que les zones rurales ou montagneuses et les îles) où les habitants signalent près de deux fois plus de difficultés d’accès à des services sociaux et de santé de qualité que dans les zones urbaines. Les solutions numériques, combinées à des méthodes novatrices de prestation de services comme des équipes mobiles, présentent un énorme potentiel pour résoudre les problèmes éprouvés par les communautés rurales et isolées pour accéder rapidement à des services de santé. En combinant judicieusement les consultations virtuelles et en face à face sur la base d’une priorisation adéquate des cas et en tenant compte de la littératie numérique et d’autres facteurs propres à la personne, la couverture des services de santé peut être étendue sans devoir sacrifier la qualité des soins. Des équipes multidisciplinaires et intégrées restent essentielles à la prestation de services mobiles et numériques, et un nouveau know-how et de nouvelles stratégies doivent être conçus et mis à l’essai. Un changement particulièrement important de paradigme à envisager est la prestation de services de santé et sociaux pour les personnes âgées dans le contexte de leur domicile plutôt que dans l’environnement d’un établissement spécialisé avec une composante à la fois médicale et sociale.
Protection face aux situations d’urgence sanitaire
Assurer des services de soins primaires à double filière dans de bonnes conditions de sécurité en situation d’urgence
12. Contribuer à la réaction en situation d’urgence par les soins de santé primaires.
Des services de santé primaires bien préparés, dont le lien avec le service de santé publique est évident, peuvent contribuer de manière significative à une riposte d’urgence. De tels services peuvent inclure un soutien à la surveillance, le dépistage et la recherche des contacts, la gestion des cas légers et modérés sur la base de directives cliniques et d’une formation adéquates, la prestation de services de réadaptation, la protection des personnes vulnérables par des contacts réguliers et des mécanismes adaptés de prestation de services, ainsi que le déploiement rapide d’effectifs dans d’autres domaines du système de santé. La plupart des pays européens pourraient tirer des avantages d’un renforcement de ces fonctions dans la période postérieure à
la pandémie, afin d’améliorer le suivi et la préparation aux futures situations d’urgence potentielles.
13. Maintenir des services de santé essentiels dans les infrastructures de soins primaires en situation d’urgence, avec une identification précise des populations vulnérables. De nombreux pays de la Région européenne ont fait état de graves perturbations des services de santé essentiels susceptibles d’avoir un impact considérable sur la santé publique, tels que les services de prévention, le dépistage du cancer, la détection précoce et la gestion proactive des maladies cardiovasculaires, du diabète et de la tuberculose, et le traitement rapide des affections aiguës sensibles au facteur temps telles que les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux.
La création de filières distinctes et la mise en place de pratiques de prévention et de maîtrise des infections ont permis de garantir, pendant la pandémie, la prestation de services de soins de santé primaires en face à face dans le respect de la sécurité. La réalisation de consultations par téléphone, par appels vidéo et via les plateformes automatisées a permis de dispenser des services à distance. La mise en place de mécanismes de triage et l’activation d’outils de gestion de la santé publique aident à établir un ordre de priorités dans l’affectation de ressources pour les plus vulnérables. Pour atténuer l’impact des perturbations sur la santé, il faut définir clairement les priorités afin de garantir une utilisation optimale des ressources. Lors des crises, il est tentant de suivre de près les interventions d’urgence tout en accordant moins d’attention aux perturbations des autres services. Un double tableau de bord affichant les valeurs des indicateurs clés susceptibles d’être utilisés pour surveiller les deux aspects pourrait aider à relever ce défi.
Promotion de la santé et du bien-être
Renforcer la solidarité dans la quête de la santé et du bien-être grâce à une stratégie intégrée s’appuyant sur des partenariats
14. S’écarter des stratégies cloisonnées dans la promotion de la santé et du bien-être. La santé, les concepts de bien-être au sens plus large, et la croissance économique sont interdépendants et se renforcent mutuellement. La reprise sociale et économique de l’Europe après la pandémie doit être fondée sur l’équité en santé et le bien-être. Pour amener le changement susceptible d’améliorer de manière notable la santé, l’équité en santé et le bien-être, les équipes dispensant des soins de santé primaires doivent être mieux mises en mesure d’agir sur les déterminants de la santé en amont. Cela requiert un alignement des interventions touchant toute la population et des services aux personnes, afin de répondre aux besoins sanitaires et sociaux prioritaires de la population. Il faut pour cela, dans les services de soins de santé primaires, non plus se focaliser sur les maladies, mais bien sur un maintien de la santé, de l’équité en santé et du bien-être.
Concrètement, cela signifie mieux concilier les approches psychosociales et l’approche biomédicale plus traditionnelle, dans le cadre d’une stratégie globale. En outre, les liens institutionnels entre les équipes de soins de santé primaires et les organisations qui dispensent et coordonnent les services sociaux et de santé publique doivent être renforcés. L’intégration des services de soins de santé primaires et de santé publique peut faciliter la promotion de la santé, la prévention, la détection rapide et la prestation de services aux populations à risque.
Une meilleure coordination des services de soins primaires et des services d’aide sociale permet au système de santé d’agir sur une vaste gamme de déterminants de la santé. Ainsi, des services de soins de santé primaires plus efficaces joueront un rôle important dans les efforts déployés par le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe (OMS/Europe) en ce qui concerne l’économie du bien-être et la réalisation d’un relèvement équitable après la pandémie.
15. Repérer et atteindre rapidement les personnes vulnérables. La pandémie a amplifié les difficultés concrètes que les pays rencontrent pour atteindre les personnes vulnérables : définitions manquantes, incomplètes ou dépassées de la vulnérabilité, centrées sur la maladie plutôt que générales ; absence de registre de la population et de méthodologie au niveau des services de soins de santé primaires pour classer les personnes dans différents groupes en fonction de leur degré de vulnérabilité ; et absence de dossiers actualisés pour atteindre les personnes vulnérables. Ces obstacles peuvent être surmontés en élaborant une définition de la vulnérabilité qui prend en considération les déterminants à la fois sanitaires et sociaux ; en adoptant un mécanisme de stratification de la population en fonction des risques ; en reliant cette stratification des risques à des bases de données d’inscription actualisées afin de pouvoir contacter les personnes en temps réel ; et, lorsque cela est possible, en faisant le lien avec des sources de données provenant notamment des hôpitaux. À l’ère du numérique, l’investissement dans ces outils peut faire toute la différence dans la vie de ceux qui ont véritablement besoin d’aide.
16. Mobiliser la société civile en une action unifiée pour la solidarité. La collaboration avec la société civile est une stratégie importante pour créer des partenariats et réorienter les systèmes de santé vers la solidarité dans notre quête pour l’amélioration de la santé et du bien-être de tous. La participation d’une société civile diversifiée et prospère dans le domaine de la santé peut contribuer à équilibrer les intérêts par la défense des politiques, à faciliter la participation des personnes et des communautés les plus vulnérables à la conception, à la mise en œuvre et au suivi des politiques, et à dispenser des services hors de portée des dispositifs classiques de prestation de services de santé. La participation accrue de la société civile à la prestation de services publics stimule l’esprit communautaire, ce qui renforce la confiance et rend les pouvoirs publics plus responsables vis-à-vis de la population.
Concrétisation : une stratégie globale et harmonisée des systèmes de santé 17. Un engagement politique de haut niveau est nécessaire pour placer les soins de santé primaires au centre d’une stratégie de reprise sociale et économique équitable en période post- pandémique.
18. Pour atteindre cet objectif ambitieux de transformation du modèle de soins de santé primaires, il faudra ancrer fermement ces soins dans une approche globale du renforcement des systèmes de santé. Les mesures suivantes sont notamment nécessaires :
• réviser les dispositions de gouvernance au niveau national et sous-national pour veiller à ce qu’elles soient bien définies ; examiner les avantages potentiels et la possibilité d’établir des groupes de travail multidisciplinaires pour les soins de santé primaires, clairement mandatés pour élaborer des politiques-cadres, en facilitant l’introduction de changements et en maintenant les innovations ayant prouvé leur efficacité, et en observant les progrès accomplis ;
• investir dans la santé en tant que moteur d’une reprise sociale et économique équitable, c’est-à-dire donner la priorité aux services de santé publique et aux soins de santé primaire dans le budget de la santé. Ceci garantira la gratuité des services complets de soins de santé primaires, avec un élargissement de la couverture des coûts des médicaments ambulatoires pour les pathologies sensibles aux soins de santé primaires, qui sont la principale cause de paiements catastrophiques et ruineux pour les ménages de la Région ;
• tenter de remédier à la pénurie aiguë de travailleurs de la santé et des soins, l’accent étant mis sur l’attrait, la protection et le maintien en poste de ces travailleurs grâce à des politiques plus efficaces concernant le marché du travail ; à la planification à long terme des personnels de santé et des besoins de compétences sur la base de priorités sanitaires ; au réexamen des incitations financières et autres ; à l’offre d’environnements de travail attrayants et sûrs ; et à l’apport d’un soutien en matière de santé et de bien-être et d’un suivi pour les travailleurs de la santé – tout cela en s’appuyant sur la dynamique de la désignation de l’année 2021 comme Année internationale des travailleurs de la santé et des soins3,4 ;
• veiller à une formation et à une spécialisation complètes dans le domaine de la médecine familiale pour renforcer les compétences cliniques et autres, en se concentrant notamment sur les besoins des patients, la continuité, la coordination des soins, le travail d’équipe et la communication interpersonnelle ;
• permettre une plus grande autonomie et un transfert des tâches pour le personnel infirmier en révisant leur champ d’exercice, en leur offrant une formation multidisciplinaire et en redéfinissant les rôles et les responsabilités au sein des équipes ;
• investir dans l’établissement et le renouvellement des infrastructures afin de garantir que les établissements de soins de santé primaires offrent un cadre digne dans lequel on peut se faire soigner, qu’ils soient des lieux de travail attrayants et qu’ils puissent soutenir la participation d’équipes multidisciplinaires – pour la prestation non seulement de services biomédicaux mais aussi de services psychosociaux ;
• accélérer l’acceptation des solutions numériques pour les consultations et la communication entre professionnels de santé par la mise en place de cadres réglementaires précis, l’apport d’un soutien adéquat aux décisions cliniques (p. ex.
grâce à des directives, des aides à la décision et une formation), et une prise en compte de la fracture numérique lorsque l’on donne la priorité à des consultations en face à face ;
• continuer à intégrer les données et à soutenir le travail d’équipes pluridisciplinaires avec des dossiers médicaux interprofessionnels ;
• renforcer les incitations financières pour que les services soient dispensés au sein de structures de soins primaires et en récompensant financièrement la promotion de la santé, la prévention, le dépistage rapide, la gestion des maladies et des problèmes de santé en équipe et les services de réadaptation pour les problèmes de santé pouvant être résolus grâce aux soins primaires, tout en limitant les incitations pour l’accès à de tels services au niveau des spécialistes et/ou des hôpitaux ;
• favoriser le développement organisationnel en intégrant les établissements autonomes dans des réseaux (pour améliorer le partage des ressources et la souplesse), en garantissant l’autonomie des prestataires de services et en
3 Résolution EUR/RC67/R5 du Comité régional de l’OMS pour l’Europe « Pour la pérennité des personnels de santé dans la Région européenne de l’OMS : cadre d’action ».
Voir : https://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0005/349151/67rs05f_HRH_170891.pdf.
4Orientations stratégiques européennes relatives au renforcement des soins infirmiers et obstétricaux dans le cadre des objectifs de Santé 2020. (En anglais seulement) Cf. : https://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0004/
274306/European-strategic-directions-strengthening-nursing-midwifery-Health2020_en-REV1.pdf.
développant les capacités et les compétences des professionnels de santé. Cela conduira à des organisations multidisciplinaires et en réseau plus complexes ;
• développer le suivi, l’évaluation comparative et la gestion de la performance des soins de santé primaires en conformité avec les stratégies et cadres politiques nationaux en renforçant les mécanismes de collecte de données, en mettant en place des tableaux de bord et des étalons pour la performance, et en créant des mécanismes de retour de l’information afin que les résultats puissent être transformés en actions.
• en investissant dans la recherche à l’échelon national et transnational et en rejoignant des réseaux d’étude pour présenter d’autres stratégies de renforcement des services de santé primaires pendant et après la pandémie, et évaluer leur efficacité.
Les soins primaires, élément pivot du PTE
19. Les soins de santé primaires recoupent les trois priorités fondamentales du PTE, et sont une excellente plateforme pour faire progresser chacune des quatre initiatives phares du PTE.
Le programme de travail de l’OMS pour les soins de santé primaires est centré sur des domaines stratégiques concrets et réalistes en vue de renforcer l’apport des services de soins de santé primaires pour les trois priorités et les quatre initiatives phares du PTE. Les soins primaires sont indispensables pour la réalisation des programmes de santé mentale et de vaccination dont il est question dans d’autres documents de travail présentés au Comité régional de l’Europe en sa 71e session5.
20. Le programme de travail de l’OMS/Europe sur les soins de santé primaires s’inscrit dans sa stratégie globale de renforcement des systèmes de santé, dirigée par la Division des politiques et systèmes de santé des pays de l’OMS/Europe. La réalisation de ce programme est supervisée par le Centre européen pour les soins de santé primaires de l’OMS, situé à Almaty (Kazakhstan). Ce Centre fait partie intégrante de l’OMS/Europe et de la Division des politiques et systèmes de santé des pays. Son programme de travail est parfaitement aligné sur le PTE et la stratégie de la Division, et il dispose de modalités de mise en œuvre harmonisées aux niveaux régional et national. Comme les soins de santé primaires sont essentiels pour le PTE, ce Centre travaille en coordination avec l’ensemble des divisions, des programmes et des bureaux géographiquement dispersés de l’OMS/Europe pour mettre au point des produits spécifiques qui peuvent être mis en œuvre par des mécanismes de distribution souples et des équipes multidisciplinaires.
21. Ce Centre travaille aussi en étroite collaboration avec les responsables du Programme spécial pour les soins de santé primaires nouvellement créé au Siège de l’OMS. Ce Programme spécial vise à a) promouvoir un renouveau des soins de santé primaires par un leadership en matière de politiques, une sensibilisation et des partenariats stratégiques, b) produire des bases factuelles et des innovations axées sur les soins de santé primaires et c) fournir un mécanisme « à guichet unique » en vue du soutien au déploiement des soins de santé primaires pour les États membres, en complément du soutien apporté par les bureaux régionaux.
5 Les documents de travail correspondants sont les suivants : le Programme européen pour la vaccination à l’horizon 2030 ; le Cadre d’action pour la santé mentale dans la Région européenne de l’OMS 2021-2025 et la nouvelle Coalition pour la santé mentale ; et la transformation des systèmes de santé à l’ère numérique pendant la pandémie de COVID-19.
L’OMS/Europe – par l’intermédiaire du Centre – contribue aux efforts déployés dans la Région européenne pour atteindre ces trois objectifs. En outre, le Programme spécial et le Centre mènent des activités conjointes spécifiques, comme l’élaboration d’une nouveau programme de renforcement des capacités dans le domaine des soins de santé primaires.
22. Le soutien aux pays contextualisé pour un impact prouvé sera l’un des objets des travaux du Centre européen de l’OMS pour les soins de santé primaires dans le cadre du PTE.
En réponse aux demandes des pays, le Centre s’acquittera des tâches suivantes :
• soutenir la définition des priorités et aider à susciter un engagement politique ;
• guider la mise en place de dispositions pour une gouvernance efficace en matière de soins de santé primaires et faire le lien entre ces derniers et les services nationaux de santé publique ;
• procéder à une analyse et à une évaluation des possibilités de valoriser le potentiel des soins de santé primaires ;
• soutenir les interventions stratégiques par l’élaboration de politiques-cadres et de stratégies ;
• organiser des dialogues adaptés sur les politiques et des consultations au niveau exécutif pour un examen objectif des données probantes ;
• soutenir la mise en œuvre et notifier régulièrement les progrès accomplis ;
• élaborer des cadres de suivi de la performance et de la gestion des soins de santé primaires qui soient à la fois efficaces et réalisables.
23. Les activités régionales et mondiales de ce Centre faciliteront l’engagement des pays, viseront à créer un réseau régional florissant d’échanges entre pairs et permettront la diffusion des expériences européennes à l’échelle mondiale afin de souligner le rôle central des soins de santé primaires dans la réalisation des progrès vers les objectifs du triple milliard.
Voici quelques-unes des activités qui seront menées :
• des lieux de dialogue régional et sous-régional, des dialogues virtuels et en face à face entre plusieurs pays, et la série de webinaires réguliers « Let’s Talk Primary Health Care » (Les soins de santé primaires, parlons-en)6 ;
• une série de documents stratégiques contenant des recommandations concrètes et réalisables sur les principaux domaines d’intérêt relatifs au renforcement des services de soins de santé primaires ;
• des profils de pays détaillés sur la transformation des services de soins de santé primaires ;
• une série de courts métrages concernant une sélection d’aspects relatifs à la transformation des services de soins primaires dans les pays, en rapport avec des thèmes clés des politiques ;
• des sites de démonstration pour montrer des services performants de soins de santé primaires en action ;
6 L’enregistrement de la série de webinaires « Les soins de santé primaires, parlons-en » peut être écouté sur : https://www.youtube.com/watch?v=473Pt852EEY&list=PLL4_zLP7J_mgQngass4GOrpxMjao3NlD8.
• un programme pragmatique de développement des capacités pour le renforcement des soins de santé primaires à l’appui de la couverture sanitaire universelle, avec un apprentissage en ligne et en face à face (en liaison avec l’Académie paneuropéenne pour le leadership transformationnel de l’OMS, l’Académie de l’OMS de Lyon (France) et le Siège de l’OMS) ;
• un renforcement des capacités et un accompagnement consacré à la gestion de la performance dans les services de soins primaires.
Mesure du succès
24. Bien que des mesures du succès seront intégrées dans le cadre de suivi et d’évaluation du PTE, une application réussie de l’avant-projet de résolution supposera ce qui suit :
• une augmentation du nombre de pays qui ont élaboré ou révisé des politiques-cadres et des stratégies pour les soins de santé primaires, transformant les leçons tirées de la pandémie en interventions stratégiques ;
• une augmentation du nombre de pays qui ont renforcé leurs dispositifs de gouvernance pour le système de soins de santé primaires et mis sur pied un groupe de travail multidisciplinaire à plusieurs niveaux, doté d’un mandat précis, et régulièrement en contact avec les plateformes de dialogue régionales et les réseaux de pairs pour l’échange de données d’expérience ;
• une augmentation du nombre de pays ayant mis en place des stratégies de gestion et de suivi de la performance en matière de soins primaires qui sont adaptées, contextualisées et alignées avec les principaux objectifs stratégiques ;
• augmentation du nombre de pays capables de recenser et d’atteindre en temps réel au moins 80 % de leurs populations vulnérables.
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