ÉTUDE DES EFFETS
DU RATIONNEMENT ALIMENTAIRE DE LA POULE
SUR SES PERFORMANCES DE PONTE,
ET OBSERVATIONS SUR LES EFFETS
D’UNE SUPPLÉMENTATION PAR LA BACITRACINE
B.
LECLERCQ,
A. BOUCHARDEAUJ.-C.
BLUMStation de Recherches
avicoles,
Centre de Recherches de Tours, I. N. R. A., .,Nouzilly,
!37!380 MonnaieRÉSUMÉ
Des
poules pondeuses
de deux croisements commerciaux différents sont nourries soit àvolonté,
soit enquantité
limitée. Le rationnementimposé
dès le début de lapériode
deponte
est réaliséde trois
façons
différentes.L’apport énergétique quotidien
est fixé à un niveau invariable de 300kcal
d’énergie
métabolisable pour le lot c et de 320 kcal pour le lot 2 ; tandis que pour le lot 3 ilaugmente progressivement
en cours deponte
de 300 kcal à 32o kcal. Tous les animaux rationnéspondent
moins d’œufs que ceux nourris à volonté.Cependant
le rationnement n’aguère
d’influencesur le
poids
de l’œuf. Laquantité
d’aliment nécessaire pour laproduction
d’unkilogramme
d’ceufest diminuée par un rationnement
léger ( 320 kcal).
Enfin ledéveloppement corporel
et l’étatd’engraissement
sont réduits chez lespoules
rationnées.Les deux croisements commerciaux
réagissent
defaçon
différente au rationnement selon leurcapacité
àprivilégier
le besoin deponte
parrapport
v l’entretien et audéveloppement
cor-porel.
La bacitracine
( 20 p.p.m.) augmente
lepoids
moyen de l’oeuf mais ne modifieguère
les autresperformances.
Son effet estindépendant
du croisement et du mode d’alimentation.INTRODUCTION
La Poule pondeuse
esttraditionnellement alimentée à volonté.
Dans cescondi- tions elle développe
unétat d’adiposité qui s’accuse
avecl’âge. On
estdonc tenté de limiter
cetengraissement qui constitue à la fois
unedépense inutile
et unétat défavo-
rable à la santé de l’animal
età
saproduction. Récemment, plusieurs études
ontpermis de
mettre enévidence les effets bénéfiques d’un rationnement judicieusement
calculé de façon à
nepas diminuer les performances de ponte. Mais la plupart des
essais
ontété de
courtedurée (S YKES , rg 7 z ; AuKr,A:!r>7
etFur,TO N , 1974 ). Seul
BouGON ( 1973 ) apporte des résultats relativement précis
surl’influence du niveau de rationnement
caril s’intéresse à
unepériode plus longue : du 3 e mois à la fin de ponte.
Contrairement
aux travauxcités précédemment, l’étude que
nousprésentons
ci-dessous
aété réalisée chez des poules élevées
ausol. Elle porte de plus
surdeux
croisements commerciaux. Le rationnement
aété imposé dès le début de la ponte.
Le plan expérimental
retenu nous apermis de contrôler
unfacteur supplémen-
taire : l’addition d’un antibiotique
aurégime. Les effets de
cefacteur
sontdonc pré-
sentés à
cetteoccasion.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
i. - Animaux et
régimes a)
Périoded’élevage (o
à 21semaines).
Huit cent
poulettes
de chacun des deux croisements commerciaux, Warren S.S.L. et Selaf M Si9, sont élevées au sol dans un même local de l’éclosion àl’âge
de i8 semaines. Lespoulettes
des deux croisements sont alors
séparées
etréparties
dans unpoulailler
deponte
entre4 8
casesde 1,4 m X 5 m.
Chaque
casecomporte
une fosse àdéjection
couverte d’un caillebotis surlequel
sont
disposés
lesmangeoires
et les abreuvoirs. Le reste du sol est recouvert d’une litière de copeaux de bois.Chaque
case renferme 31sujets.
Le programme d’alimentation suivi
pendant
lapériode d’élevage
est tout à faitclassique.
Au
régime
dedémarrage (o
à 8semaines)
succède celui de croissance. Lacomposition
de cesderniers est
indiquée
dans le tableau i. Unepetite
modification estapportée
à la fin de lapériode d’élevage :
dans lerégime
de croissance distribué entre i8 et 21 semaines, le tourteau desoja
estremplacé
par du tourteau de colza. I’endant les 5premières
semaines devie,
l’alimentation est ad libitum. Les animaux sont ensuite rationnés pour quel’apport énergétique quotidien augmente progressivement
de 125 kcald’énergie
métabolisable àl’âge
de 6 semainesjusqu’à
235 kcal à x9semaines. A
partir
de cetâge,
le niveau de rationnement est maintenu constantjusqu’à
l’entréeen
ponte.
L’éclairage, permanent pendant
lapremière
semaine devie,
est réduitprogressivement jusqu’à
un minimum de 14 heures sur 24 à
l’âge
de 6 semaines. Cette durée dujour
reste constantejus- qu’à l’âge
de 18 semainespuis augmente
de 20 minutes par semainejusqu’à
un maximum de1
6 heures. Toutefois, une panne
d’horloge
intervenuependant quelques jours
àl’âge
de15
semaines a eu
quelques
retentissements sur la maturité sexuelle.b)
Période deponte ( 21
à 70 semainesd’âge).
Les
performances
deponte
sont mesurées au cours de 12périodes
dont lapremière
débuteavec la 23esemaine
d’âge. Chaque période dure 4 semaines,
àl’exception
de la dernièrequi
necomporte
que 3 semaines.A
l’âge
de 21 semaines on distribue lerégime
deponte
formule n° iqui
estremplacé
àl’âge
de 32 semaines par la formule n° 2du fait des difficultés
d’approvisionnement
ensoja.
Cesrégimes
sont distribués tel
quel
ousupplémentés
en bacitracine( 20 p.p.m.).
Au sein de chacune des soucheson constitue au moment de l’entrée en
ponte ( 24 e semaine) 4 lots comportant
6 cases(répétitions)
dont trois
disposent
durégime supplémenté
en bacitracine.Chaque
lot subitpendant
laponte
un traitement alimentaire différent :
- lot témoin : lot nourri à volonté ;
- lot i : les animaux de ce lot
reçoivent chaque jour
unequantité
limitée d’aliment leur assurant unapport
de 300 kcald’énergie
métabolisable ;- lot 2 : on assure à ces
poules
unapport progressivement
croissantd’énergie
métabo-lisable en
partant
de 300kcal au début de laponte
pourparvenir
à 320 kcal lors de la roepériode (périodes
de 28jours) ;
- lot 3 : les animaux de ce lot
reçoivent chaque jour
320 kcald’énergie
métabolisable.Les distributions d’aliment ont
toujours
lieu vers i j heures pour tenircompte
des résultats obtenus par SiMo!( 1973 )
montrant que les repas del’après-midi, comparés
à ceux dumatin,
assurent de meilleures
performances
et laponte
d’œufs àcoquille plus
solide.2
. - Contrôle des
performances
On
enregistre chaque jour
le nombre d’œufspondus
danschaque
case. Les oeufs sontpesés
trois
jours
successifs au cours de la troisième semaine dechaque période.
Les consommations d’aliment des lots témoins sont mesurées au cours de
chaque période.
On
procède
par ailleurs à lapesée
des animaux avant la 2xesemaine et à la fin de laponte.
3
. - Mesures de laboratoire
L’énergie
métabolisable de l’aliment distribuépendant
laponte
est déterminée par bilan sur10 coqs adultes selon la méthode de HiLL et ANDERSON
(i 95 8). L’expérimentation
sur animauxdure 4 jours
soit unepériode
de4 8
heuresprécédée
et suivie de 24 heures dejeûne.
On collecte la totalité des fientes excrétéespendant
les 3 derniersjours.
Les
lipides corporels correspondent
à la totalité desgraisses
de la carcasseplumée
mais nonéviscérée. L’extraction du
broyat lyophilisé
est effectuée à l’aide dumélange
chloroforme-méthanol( 2
-i).
Les résultats retenus dans cette étude sont la moyenne de r2analyses,
chacune étant effec- tuée chez despoules
différentes d’un même lot et du même croisement(Warren).
RÉSULTATS
Les performances de ponte font l’objet du tableau
2.Les résultats détaillés par
période
concernantle
tauxde ponte
etle poids
moyende l’oeuf
sontconsignés dans
les tableaux 3
etq.. Leur analyse statistique
estprésentée dans le tableau 5 .
1
. -
Nombre d’oeufs pondus
Dans
nosconditions, quelle que soit
sonintensité, le rationnement aboutit à
une
réduction du nombre d’oeufs pondus par rapport à celui du lot nourri à volonté.
I,’origine génétique des poules
estglobalement
sanseffet. Cependant,
on note uneinteraction
entrele rationnement
etle croisement commercial utilisé qui
estproche
du seuil de signification de p.
ioo.Elle rend compte du fait que le croisement
M5i g
estle moins éprouvé par le rationnement ; pondant moins d’œufs
enalimentation
libre que le croisement Warren (il oeufs de moins) il
enpond davantage lorsque le
rationnement
esttrès sévère (io oeufs de plus pour les lots z). Quant à la supplémen-
tation
enbacitracine, elle apparaît
sanseffet.
2
. -
Poids moyen de l’ œuf
I,e rationnement alimentaire réduit légèrement le poids
moyende l’oeuf calculé
sur
l’ensemble de la période de ponte. La baisse du poids de l’oeuf
est surtoutsensible
chez les animaux du croisement M 510 .
On doit
noterde plus
uneffet très significatif de la bacitracine. En fait, l’antibio- tique favorise chez la Poule la production d’oeufs
unpeu plus lourds lors de la
2e
période, puis de la 7 à la
mepériode.
3
.
-Poids total d’ œufs pondus
Compte
tenude
seseffets
surle
tauxde ponte
et surle poids
moyende l’oeuf,
le rationnement réduit le poids total d’oeufs produit
au coursde la saison de ponte.
Ni la bacitracine, ni le croisement commercial utilisé n’exerce d’effet significatif
surce
critère de production.
4
.
-Indice de consommation
Le rationnement améliore très significativement l’indice de consommation.
L’amélioration
estparticulièrement importante pour les animaux du lot 3 ( 320 kcal/
jour). Un rationnement plus sévère
estmoins favorable ; il conduit à
unedégrada-
tion de l’indice, plus prononcée chez les poules Warren que chez les M 519 .
5
.
-Poids vif, comparaison co y porelle et mortalité
Le tableau 6 rapporte les poids vifs des poules
endébut
et enfin de ponte. Il indique également la quantité totale de lipides corporels pour certains lots du croise-
mentWarren.
Alimentées à volonté, les poules M 519 atteignent sensiblement le même poids
vif que la Warren à l’âge de 70 semaines (lots témoins). Mais soumises à
unrationne-
mentsévère, elles
ont undéveloppement corporel
nettementplus faible (lots i).
Le rationnement limite aussi l’accroissement des lipides corporels : l’engraisse-
ment est
réduit d’un peu plus
oud’un peu moins de 50 p.
100selon l’intensité du rationnement.
Enfin les mortalités atteignent des proportions remarquablement faibles. Si le
rationnement
neparaît
exercer aucuneffet particulièrement net, le croisement, lui,
présente
uneffet systématiquement favorable
auxWarren.
DISCUSSION
Dans nos
conditions expérimentales, le rationnement alimentaire
setraduit
toujours par
unebaisse des performances de reproduction. Pour la restriction éner-
gétique la moins sévère ( 320 kcal par jour),
cerésultat apparaît
enopposition
avecles
travauxcités précédemment. La raison doit
enêtre recherchée dans le mode
d’élevage.
Notreessai
aété
eneffet réalisé
ausol. On sait que dans
cesconditions la consommation d’aliment
etles dépenses de l’animal
sont unpeu supérieures à celles
de la Poule élevée
encage.
De cefait, l’apport énergétique de 32 o kcal par jour s’est
avéré insuffisant alors que dans l’essai réalisé par BouGoN (r 973 ), il couvrait
cor-rectement
les besoins de la poule Warren vivant
encage. Le rationnement doit donc être adapté
auxconditions d’élevage.
Il doit de plus être adapté
auxcroisements commerciaux utilisés.
De cepoint
de
vue,les deux croisements étudiés
ontdes réactions très différentes. La
M5 19 réduit moins
sesperformances que la Warren à
mesureque la sévérité du rationnement s’accentue. Parallèlement,
songain de poids vif
estdavantage diminué par le rationne-
mentque celui de la Warren. La M 519 paraît avoir
unbesoin d’entretien moins
impérieux ; elle satisfait
enpriorité
sonbesoin de ponte plutôt que d’assurer
sondéveloppement pondéral.
S’il réduit le nombre d’oeufs pondus par chaque poule, le rationnement
nepro- voque qu’une très faible diminution du poids
moyende l’oeuf
etcela dans le seul
casdu croisement M 510 . Dans le croisement Warren le poids
moyende l’oeuf
estindépen-
dant de l’intensité du rationnement. Cette conclusion s’oppose à celles d’autres
tra-vaux
(BOUGON, 1973 ).
Unedes explications peut résider dans la composition des régimes. En effet,
nosformules alimentaires
ontété calculées de façon à
ceque l’ap- port quotidien d’acides aminés
couvrelargement le besoin des poules, quelle que soit la sévérité du rationnement. De plus,
nous avonsincorporé
auxrégimes 3 p.
100de matières grasses dont
onsait qu’elles
sonttrès bien utilisées pour la synthèse de l’oeuf
(I,ECI,!RCQ, 1973).
Même lorsqu’il s’accompagne d’une légère baisse des performances, le rationne-
mentn’est pas préjudiciable ; il permet de réduire la quantité d’aliment nécessaire à la production d’un kilogramme d’oeuf. Cette épargne
sefait
auxdépens du dévelop- pement corporel
et enparticulier du tissu gras mais elle doit être réalisée
surtoutpar
une
réduction du besoin d’entretien
car unedifférence de
200à 300 g de lipides
cor-porels
nepeut rendre compte d’une économie d’aliment de près de kg.
Reçu pour publication
en avril 1975.SUMMARY
EFFECTS OF FEED RESTRICTION ON LAYING PERFORMANCES OF HENS AND OBSERVATIONS ON THE EFFECTS
OF BACITRACIVT! SUPPI,EM!NTATTON
Laying
hens of two commercial crosses weresubjected
either to ad libitum or restrictedfeeding.
Three different feed restriction schedules wereapplied
from thebeginning
of thelaying
period.
A constantdaily
amount of metabolisable energy wassupplied
to group I( 300 kcal)
and group 3
( 320 kcal),
whereas in group 2, the allowance wasprogressively
increasedduring
the
laying period
from 30o kcal to 320 kcal. All the restricted animals laid less eggs than the ad libitum fed ones. However, fecd restriction almost did not affect theweight
of the eggs. The amount of feedrequired
for a moderate restriction( 320 kcal). Body development
and fatnesswere reduced in restricted hens.
The two commercial crosses reacted
differently
to the feed restrictionaccording
to theircapacity
ofsatisfying
therequirement
forlaying
before that for maintenance and forbody development.
Bacitracine
supplementation ( 20 p.p.m.)
increased the egg meanweight,
but almost did notchange
the otherperformances.
Its effect wasindependant
of thetype
ofcrossing
and modeof
feeding.
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