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Comment nourrir Paris?

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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HAL Id: hal-01000080

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01000080

Submitted on 5 Jun 2020

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Comment nourrir Paris?

André Torre, Markéta Braine-Supkova

To cite this version:

André Torre, Markéta Braine-Supkova. Comment nourrir Paris? : Sources, flux et limites de l’alimentation de la métropole. colloque nourrir les villes.. et dévélopper les campagnes : pour une alimentation durable et responsable, United Nations Educational Scientific and Cultural Organization (UNESCO). Paris, INT., Dec 2012, Paris, France. �hal-01000080�

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Synthèse

Table ronde 1 du colloque « Nourrir les villes… et développer les campagnes : pour une alimentation durable et responsable » 13 décembre 2012

« Comment les villes se nourrissent-elles ? »

Rapporteurs : Yoann Durrieu, Etienne Le Bideau, et Simon Ronceray–

SupAgro Montpellier

Une ville est une agglomération d’un certain nombre d’habitants, qui ont des activités diverses, et dont certaines ne sont pas liées à l’agriculture. Quel système permet à l’alimentation d’arriver jusque dans la ville ? Pour obtenir une réponse complète, il paraît important de commencer par un rappel historique de l’approvisionnement alimentaire. Marc De Ferrière, responsable de la chaire UNESCO « Sauvegarde et valorisation des patrimoines culturels alimentaires », rappelle qu’il y eu, très tôt en Gaule, l’obligation d’apporter l’alimentation en ville, mais aussi de mettre en place des systèmes de conservation, de distribution et surtout de stockage. L’Histoire de France peut être contée comme une succession d’émeutes de la faim, comme la Révolution Française qui démarre à la suite de problèmes de récoltes et de gestion des denrées alimentaires. Il faut donc un approvisionnement durable en produits alimentaires de base.

Parallèlement, une demande spécifique émerge. Quand le consommateur a eu sa ration minimale en produit amylacés, il demande autre chose. Un deuxième cycle d’approvisionnement doit alors être assuré pour des produits diversifiés, plus haut de gamme, d’où la création de la ceinture maraîchère autour de Paris (ex : pêches de Montreuil). Face à cette demande du consommateur, l'agriculture s’adapte. Dans un premier temps, s'établit une agriculture de proximité, car les gens n’ont pas le choix (aucun lien avec le développement durable). Dès lors que des alternatives

apparaissent, un changement a lieu. Avec l’arrivée du train, la ceinture fruitière et légumière disparaît, car les livraisons de produits plus lointains s'effectuent dans de bonnes conditions. Les compagnies ferroviaires font basculer l’agriculture : elles organisent des colloques ou créent des écoles pour inciter les agriculteurs à changer de production et pouvoir les vendre à Paris (ex : les pommes de terres primeurs). Cela

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profite aux compagnies qui remplissent ainsi leurs wagons et aux agriculteurs qui vendent des produits à haute valeur ajoutée. Les régions d’élevage vont pouvoir développer leurs activités, comme la Sologne en pisciculture via la mise au point de wagons aquariums, ou le transport de bétail depuis la Bretagne. Les produits sont frais et variés, une vraie diversité alimentaire est proposée, dans un contexte français d’urbanisation lente.

Il existe alors une double logique : assurer le ravitaillement de base et le

ravitaillement plus diversifié. Le système diversifié permet de limiter les stocks et donc la spéculation par un apport régulier de denrées. Par contre en cas de mauvaise récolte pour le système de base, la spéculation commence, et peut à l’extrême se traduire par une famine. Les logiques s’opposent et c’est là le rôle des politiques : empêcher spéculations et distorsions via un lissage du ravitaillement, quitte à intervenir brutalement sur le marché.

Plus tard, seulement se poseront les questions de qualité. Il y a 100 ans, on mangeait beaucoup moins bien et demeuraient des problèmes de sécurité alimentaire. La trop forte teneur en sel dans les aliments consommés (seul moyen de conservation) est une des principales cause de mortalité jusqu’au XIX. Le taux de mortalité lié à l’alimentation était plus fort, mais pour des raisons différentes. Il faut aujourd’hui penser à la façon de re-réfléchir les approvisionnements urbains, en exploitant au mieux, par exemple les circuits courts. C’est en regardant les blocages du passé qu’il est possible d’éviter la reproduction des erreurs. C’est là l’une des utilités de

l’Histoire. Mais où en est la situation parisienne aujourd’hui ? Quelles sont les sources, les flux et les limites de l’alimentation de la métropole ?

André Torre, économiste, rappelle que l’Ile de France est la première région industrielle de France. Avec 12 Millions d’habitants, elle représente 19% de la population nationale pour seulement 2,2% du territoire français, 51% de sa surface est dédiée à l’agriculture. A cause d’une artificialisation très forte et en croissance, réalisée avant tout aux dépends des espaces cultivés ou en herbe, la surface agricole utile nationale a diminué de 2,4 % entre 2000 et 2010. Ce problème touche

particulièrement la région, constituée d’une concentration d’administrations et d’institutions, avec une croissance démographique forte.

Bien que l’Ile de France soit une grande région agricole et alimentaire, principal centre français de consommation alimentaire, le poids économique de l’alimentation (10% du PIB régional) demeure plus faible que pour le reste de la France. La région importe davantage qu’elle n’exporte. De plus les grandes cultures, largement

dominantes (plus de 90% de la SAU), sont parfois économiquement déficitaires.

André Torré insiste : on peut penser à une sous-exploitation du potentiel de production locale : le maraichage, l’arboriculture et l’horticulture représentent seulement 1% de la SAU mais 15% du produit brut standard, et le Bio reste loin des objectifs fixés pat le Grenelle de l’environnement. La grande distribution est en tête des circuits de distribution, suivi de 700 marchés en plein air. Les circuits

courts sont utilisés par 15% des exploitations pour la vente de leur production.

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Malgré ce potentiel agricole sous exploité et cette production assez peu variée, la proximité du Marché d’Intérêt National de Rungis ouvre la profite aux producteurs locaux.

Il faut donc aujourd’hui développer le potentiel régional. La production alimentaire d’Ile de France ne peut suffire à nourrir tous les franciliens, ni en quantité ni en diversité des produits. La relocalisation du système à proximité de Paris offre de multiples avantages : traçabilité des produits, diversification des paysages,

multifonctionnalité du territoire, savoir-faire, variétés locales et emplois locaux. Un des blocages réside dans la diminution de la part des sols agricoles en France due à leur utilisation pour les espaces artificialisés. Cette répartition des sols provoque des conflits d’usage du foncier agricole. La lutte a lieu d’un côté contre l’extension de la ville et la disparition du foncier agricole (49% du contentieux), de l’autre contre la protection des terres agricoles (34% du contentieux), idée souvent défendue par des agriculteurs qui veulent pouvoir vendre leurs terres en terrains constructibles.

L’espace périurbain est caractérisé par l’interpénétration des dimensions rurales et urbaines, et le soutien ambigu à la préservation des terres agricole, surtout pour préserver les paysages et l’environnement. Avec la montée de ce modèle, en Ile de France comme ailleurs, l’essor d’une identité territoriale originale s’oppose au modèle de densification des villes. Qu’en est-il alors des dynamiques des agricultures

urbaines et périurbaines ? Membre du réseau des agriculteurs français locaux, Serge Bonnefois lève l’ambiguïté sur les termes. Distinguer l’agriculture urbaine et

périurbaine est possible, en ce point que l’une (urbaine) est spécialisée et l’autre est à tendance surtout céréalière en France.

Mais il est aujourd’hui encore difficile d’établir des liens entre le code de l’urbanisme et le code rural, il en va de même pour les liens entre Etat et collectivités. Les

gouvernances entre ces collectivités, les professions, et les sociétés civiles font partie des enjeux forts du périurbain, au même titre que les besoins de territorialisation de la politique agricole et la transition des villes. Aussi, l’agriculture doit être reconnue comme droit commun.

Il existe différents grands types de politiques agricoles périurbaines basées sur différents axes tels que le foncier, les filières territorialisées, la campagne urbaine. Il existe six principaux domaines d’action, à savoir :

Ø Les relations agriculteurs/citadins Ø L’agri-Environnement

Ø La mise en valeur des espaces Ø L’organisation du territoire

Ø Le développement des circuits de proximité Ø L’économie agricole et forestière

Dans ce contexte, la coopération entre les différents acteurs, avec pour arène commune l’enjeu alimentaire, est nécessaire : ce nouvel ensemble est appelé

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gouvernance alimentaire. Les systèmes alimentaires territoriaux requièrent la mise en place de relations efficaces entre production agricole, santé, accès social et culture.

Or, trop souvent, les différents acteurs (commune, intercommunalités, association, monde agricole, acteurs privés) communiquent très mal entre eux. Leur mode d’action se doit d’être cadré par l’Union Européenne et l’Etat, et le principe de gouvernance alimentaire doit s’y inclure. Il est déjà présent dans certaines actions plus ou moins innovantes comme l’engagement de certains acteurs en faveur d’un approvisionnement local de la restauration collective, du food planning, de la relocalisation des productions pour l’alimentation des villes, des nouvelles formes agraires de la ville en transition. Des plans d’approvisionnement et de consommation locale voient le jour avec la mise en place de politique alimentaire (Rururbal à

Grenoble).

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