HAL Id: tel-00011785
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Submitted on 7 Mar 2006
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décohérence dans une mesure quantique
Jochen Dreyer
To cite this version:
Jochen Dreyer. Atomes de Rydberg et cavités : observation de la décohérence dans une mesure quantique. Physique Atomique [physics.atom-ph]. Université Pierre et Marie Curie - Paris VI, 1997. Français. �tel-00011785�
DE
L’ÉCOLE
NORMALE
SUPÉRIEURE
THÈSE
DE DOCTORAT DEL’UNIVERSITÉ
PARIS VIspécialité : physique quantique
présentée
par Jochen DREYERpour obtenir le
grade
de Docteur de l’Université Paris VISujet
de la thèse :ATOMES DE RYDBERG
ET
CAVITÉS :
OBSERVATION DE LA
DÉCOHÉRENCE
DANS UNE MESURE
QUANTIQUE
soutenue le 14
janvier
1997 devant lejury composé
de : M.Jacques
BAUDON(rapporteur)
M. Michel DEVORET M.
Serge
HAROCHEM. Roland
OMNÈS
(rapporteur)
M. Jean-Michel RAIMOND
(directeur
dethèse)
M.Guy
STÉPHAN
(président)
DE
L’ÉCOLE
NORMALE
SUPÉRIEURE
THÈSE
DE DOCTORAT DEL’UNIVERSITÉ
PARIS VIspécialité : physique quantique
présentée
par Jochen DREYERpour obtenir le
grade
de Docteur de l’Université Paris VISujet
de la thèse :ATOMES DE
RYDBERG
ET
CAVITÉS :
OBSERVATION DE LA
DÉCOHÉRENCE
DANS UNE
MESURE
QUANTIQUE
soutenue le 14
janvier
1997 devant lejury
composé
de : M.Jacques
BAUDON(rapporteur)
M. Michel DEVORET M.
Serge
HAROCHEM. Roland
OMNÈS
(rapporteur)
M. Jean-Michel RAIMOND
(directeur
dethèse)
M.Guy
STÉPHAN
(président)
Ce travail de
thèse,
ainsi que lesstages
qui
m’y
ontconduit,
ont été effectué au Laboratoire Kastler Brossel deL’École
normalesupérieure
etde l’Université Pierre et Marie Curie. Je remercie ses directeurs successifs
J.
Dupont-Roc
et M. Leduc dem’y
avoir accueilli. Je tiens à lesremer-cier
également
de m’avoir accordé leur aide au cours de mes recherches dedébouchés.
Je remercie J. Baudon et R. Omnès d’avoir
accepté
lacharge
derap-porteur
malgré
les très courts délaisqui
leur ont étéimposés.
Je remercie M. Devoret et G.Stéphan
de l’intérêtqu’ils
ontporté
à ce travail enacceptant
de faire
partie
dujury
de thèse.S. Haroche m’a accueilli dans son groupe de recherche et m’a ainsi
permis
de
participer
à unprojet
de recherche delongue
haleine et d’uneimportance
fondamentale.
Qu’il
en soit ici remercié.J-M. Raimond a
dirigé
cette thèse avec une constantedisponibilité
etbeaucoup
de bonne humeur. Je l’en remercie vivement.Au cours de deux
stages
et tout lelong
de cettethèse,
M. Brune a encadréet
guidé
mespremiers
contacts avec laphysique expérimentale.
Je luidois,
ainsi
qu’à
J-M.Raimond,
ungrand
nombre de corrections et d’améliorationsdu
présent
texte. Je l’en remercieégalement
vivement.Pendant ma
thèse, j’ai
eu leplaisir
de travailler avec E.Hagley,
A.Maali,
X.
Maître,
G.Nogues,
F. Schmidt-Kaler et C. Wunderlich. Les résultatsprésentés
ici sont de toute évidence le fruit d’un travaild’équipe,
qui
sans euxn’aurait pu aboutir. Je leur en suis très reconnaissant et voudrais
également
les remercier de la bonne ambiancequ’ils
ont su créer.P.
Goy
nous abeaucoup
aidé dans le domaine desmicro-ondes,
notam-ment au cours des nuits deprise
de données. Sans le matérielprêté
parABmm nous aurions rencontré de sérieux obstacles. Merci
également
àM.
Gross,
enparticulier
pour ses"phase-locks".
Il
m’importe
de mentionner ici F. Bernadot et P.Nussenzveig
qui
ont soutenu leur thèse immédiatement avant le début de la mienne. Leur travailest devenu le fondement sur
lequel
nous avant pupoursuivre
leprojet qui
aensuite donné lieu à la thèse d’A. Maali et à la
présente.
J’aimerais de même remercier tous les membres de
l’équipe
microsphères :
P.Domokos,
N.Dubreuil,
J.Hare,
J.Knight,
V.Lefevre-Seguin,
V.Sandogh-dar et F. Treussart. De nombreuses fois ils m’ont aidé avec de bons conseils
et en
prêtant
du matériel.Il
m’importe particulièrement
d’insister ici sur le fait que le travailprésen-té n’aurait pas abouti sans l’aide et les contributions de tous les membres des services
techniques
et administratifs: C.Guillaume,
J.Lagadec
et J.Out-(Yo)
d’électronique,
du
secrétariat,
I.Gladycheff,
J-C. Maréchal et L.Ronayette
du service desfluides
cryogéniques,
P. Celton et B. Fabre desmagasins,
D.Courtiade,
J-F. Point et D.Jaggi
des servicesgénéraux,
M. Brouat et J-P.Auquier
de labibliothèque
dephysique
ainsi que X.Dollat,
R.Fert,
P.Hervé,
N. LeRolland,
J.Olejnik,
J-C.Paindorge,
A. Péchard et M.Quidu
de l’atelier demécanique
dudépartement.
Qu’ils
trouvent ici tous mes remerciements.Finalement,
j’aimerais
remercier tous ceuxqui
nous ont aidé à différentesoccasions,
que ce soit par unprêt,
une idée ou avec un transfertd’hélium,
etiii
Liste des
figures
viIntroduction 1
1
Quelques
éléments de théorie 131.1 Le
système
atome -champ
... 131.1.1 L’atome ... 13
1.1.2 Le
champ
... 141.1.3 L’interaction entre atome et
champ ...
161.1.4 Le
couplage
fort et l’interaction non-résonante ... 191.1.5 Le
déphasage
d’unchamp
cohérent ... 261.1.6 Le
déphasage
de la cohérenceatomique ...
311.2 L’interféromètre ... 32
1.2.1 Le
principe
... 321.2.2 Le
signal
interférométrique
sans cavité ... 321.2.3 L’effet du
champ
... 371.3 Le
champ
commeappareil
de mesure ... 381.3.1 La "distance" entre deux états cohérents ... 41
1.3.2 La
disparition
defranges
... 421.3.3 Résumé ... 45
1.4 Décrire la relaxation ... 46
1.4.1 Le modèle
théorique
... 461.4.2 La fonction
caractéristique
... 461.4.3 La relaxation d’une
superposition
cohérente ... 491.4.4 Résumé ... 52
1.5 Observer la décohérence ... 53
1.5.1 Corrélations en absence de relaxation ... 55
1.5.2 L’effet de la relaxation ... 60
2 Le
dispositif expérimental
672.1 Les atomes circulaires ... 69
2.1.1 Les
propriétés
des états deRydberg
circulaires ... 692.1.2 La
préparation
des états circulaires ... 732.1.3 La détection des atomes circulaires ... 81
2.1.4
Spectres
d’ionisation ... 862.2 La cavité ... 92
2.2.1
Préparation
etmontage
... 942.2.2 Mesures et résultats ... 98
2.3 Interaction atome -
champ :
vérification desapproximations ..
1012.4 Le
jet atomique
et la sélection de vitesse ... 1042.5 L’interféromètre ... 109
2.5.1 Les zones d’interaction ... 109
2.5.2 Le contrôle des
champs ...
1152.6
L’acquisition
des données ... 1182.7 Le
cryostat
... 1202.8 Vue d’ensemble ... 123
3 Les
expériences
127 3.1 Mesurespréliminaires ...
1273.1.1 Accord des zones de
Ramsey
... 1273.1.2
Réglage
de lapuissance
duchamp
dans les zones deRamsey
... 1283.1.3
Enregistrer
lesfranges
deRamsey
... 1303.1.4 Mesure de la
fréquence
de la transitionatomique ...
1343.1.5 Accord de la cavité ... 136
3.1.6 Contrôle du
champ
thermique
... 1363.1.7 Mesure du
couplage
atome -champ
(03A9
0
)
... 1373.1.8 Calibration du
champ
injecté
... 1393.1.9 Vérifier que le
champ
injecté
est cohérent ... 1443.1.10 Mesure
complémentaire
dutemps
de relaxation de la cavité ... 1443.2 La
disparition
desfranges
... 1463.3 L’observation de la décohérence ... 151
Conclusion 165 A Les diodes laser 167 A.1
Montage ... 167
B Le
système
micro-onde 175B.1 La source micro-onde ... 175
B.2 La détection micro-onde ... 176 B.3 La stabilisation haute
précision
... 178vii
0.1
Exemple simple
d’une mesurequantique
... 30.2 Un
champ
commeappareil
de mesure? ... 101.1 L’atome et le
champ
... 141.2 Le choix des coordonnées ... 15
1.3 La
géométrie
duchamp ...
161.4 Les états habillés ... 18
1.5 Raccord entre états
non-couplés
etcouplés
... 181.6 Le
couplage
adiabatique
... 221.7 Le
couplage
"carré" ... 231.8 Le
couplage
sinusoïdal ... 241.9
Déplacements
non-résonants des niveaux ... 251.10 Le
champ
cohérent ... 281.11 Une
expérience simple
dedéphasage
... 281.12 Le
champ
àprofil
carré ... 291.13
Déphasage
de|03B1>
par un atome en|e>
ou dans|g>...
301.14 L’interféromètre
atomique
... 321.15 Les
franges
deRamsey :prédiction théorique
... 351.16 "Les bras" de l’interféromètre de
Ramsey
... 361.17 La
superposition
de|03B1e
i~
>
et|03B1e
-i~
>
... 401.18 La distance entre deux états cohérents ... 42
1.19 Les états du
champ après
le deuxième atome ... 561.20 Le cas d’un
déphasage
de03C0/2
... 591.21 Le
champ
que rencontre le deuxième atome ... 642.1 Le schéma du
montage
expérimental
... 682.2
L’image
classique
de l’atome circulaire ... 702.3 Les
multiplicités
Stark n = 51 et n = 50 ... 732.4 La
procédure
de circularisation ... 752.5 La zone de
préparation
des niveaux circulaires ... 762.6 La structure
hyperfine
de la transition5S
1/2
~5P
3/2
... 772.8 Un
cycle
de circularisation ... 812.9 Le
système
de circularisation ... 822.10 Le
système
de détection ... 842.11 Le
spectre
d’ionisation du niveau52f
... 872.12 Le
spectre
d’ionisation du niveau 52 circulaire ... 882.13 Le
spectre
d’ionisation du niveau 51 circulaire ... 902.14 Le
spectre
d’ionisation des niveaux 51 et 50 circulaires .... 912.15 La transition entre niveaux
"elliptiques"
... 922.16 Le
montage
de la cavité ... 952.17 Les trous de
couplage
de la cavité ... 962.18 L’anneau de la cavité ... 97
2.19 Le
spectre
de la cavité ... 992.20 Mesure
temporelle
dutemps
de relaxation de la cavité .... 1002.21 La distribution maxwellienne des vitesses
atomiques ...
1042.22 Le schéma du
système
de sélection de vitesse ... 1062.23 Les transitions de la sélection de vitesse ... 108
2.24 La nécessité d’un deuxième
"dépompeur"
... 1092.25 Performances du
système
de sélection de vitesse ... 1102.26 L’interféromètre de
Ramsey
... 1112.27 Une zone de
Ramsey
... 1132.28 Les
spectres
des cavités R1 et R2 ... 1142.29 Les électrodes ... 116
2.30 Un raccord micro-onde ... 117
2.31 Le
système
de contrôle etd’acquisition
des données ... 1192.32 Le
cryostat
... 1212.33 Une coupe du
cryostat
... 1242.34 Vue d’ensemble de
l’expérience
... 1253.1 L’accord de la transition
atomique
dans R1 et R2 ... 1293.2 L’oscillation de Rabi dans R1 ... 130
3.3 L’oscillation de Rabi dans R2 ... 131
3.4 Les
franges
deRamsey
... 1323.5 Le
spectre
d’émissionspontanée ... 135
3.6 L’oscillation de Rabi dans le vide ... 139
3.7 La
séquence temporelle
avecinjection
d’unchamp
cohérent .. 1413.8
La calibration du champ ... 143
3.9 Vérification de l’état cohérent ... 145
3.10 Mesure
complémentaire
dutemps
de relaxation de la cavité .. 1463.11 La
disparition
desfranges ... 149
3.12 Le contraste et la
phase
defranges
en fonctionde ~
... 1503.14 Le
spectre
detemps
de vol avec deux atomes parcycle .... 156
3.15 Les corrélations en fonction de 03C9R ... 159
3.16 La décohérence en fonction du désaccord ... 161
3.17 La décohérence en fonction du nombre moyen de
photons ...
1623.18
Comparaison
avec la théoriesimplifiée
... 163A.1 Le
montage
d’une diodes laser sur réseau ... 169A.2 La
disposition
des lasers ... 171A.3 Un
spectre
d’absorption
saturée ... 172A.4 La stabilisation du
premier
laser ... 173B.1
L’analyseur
vectoriel d’ABmm ... 1771
La
mécanique
quantique
estaujourd’hui
une théorie extrêmementélaborée,
universellement reconnue et
acceptée,
confirmée par d’innombrablesexpé-riences. Elle nous
permet
uneprofonde compréhension
desphénomènes
phy-siques
à l’échellemicroscopique, qui
souvent nousparaissent
fort peuintuitifs,
car nos raisonnements ont été formés en observant dessystèmes
macrosco-piques.
Malgré
cegrand
succès,
ilpersiste
unequestion importante
àlaquelle
lamécanique
quantique,
telle que nous la trouvonsaujourd’hui
dans les manuels nerépond
que defaçon
insatisfaisante. Lamécanique
quantique
s’applique
03B1 priori à toutsystème
physique,
quelle
que soit sataille,
et elleprévoit
l’existence desuperpositions
cohérentes deplusieurs
états différents. En cequi
concerne le mondemacroscopique,
perceptible
aux senshumains,
cetteprédiction
est en contradiction avec nos observations. Nous ne voyons, dansle sens propre du
terme,
jamais
unsystème
dans lasuperposition
de deuxde ses états.
L’image
laplus frappante
et la mieux connue de ce"paradoxe"
fut donnée par E.
Schrödinger
[1]
en 1935. Enappliquant
les lois de lamécanique
quantique,
il arriva à la conclusionqu’un
chat(le
célèbre "chat deSchrödinger"
1
)
devraitpouvoir
être à la fois mort et vivant. Cela étantsans aucun doute
impossible, quelle
est alors la raison de la non-existence desuperpositions
cohérentes dans le mondemacroscopique?
L’importance
de cettequestion
est d’autantplus
grande
qu’elle
se poseégalement
lors de ladescription
d’une mesure effectuée sur unsystème
quan-tique
(appelée
"mesurequantique"
dans lasuite).
Une telle mesure estcer-tainement un des éléments fondamentaux de la
physique,
et nousprésentons
dans ce mémoire un travail
qui
nous apermis
d’obtenir,
dans le contexted’une mesure
quantique,
un élément deréponse
expérimental.
Commençons
par introduire unexemple
trèssimple, qui
nousaccompa-gnera
jusqu’à
la fin de ce mémoire et s’avérera bientôt être moinsacadémique
1
Étant
très parlant, le terme "chat deSchrödinger"
est employé dans des contextesdifférents et peut occasionellement donner lieu à des
ambiguïtés
Nous ne l’utiliserons dansque l’on
pourrait
croire aupremier
abord.Imaginons
unappareil
de mesure,capable
de mesurer l’état interne d’un atomequi
letraverse,
tel que le montre lafigure
0.1. L’atome nepossède
que deux niveauxd’énergie,
etl’appareil
est
équipé
d’uneaiguille
qui
peut
se trouver dans deuxpositions,
"haute" et"basse".
L’appareil
est conçu afin de corréler laposition
del’aiguille
à l’étatatomique:
si l’atome passe dans son état excité|e>,
l’aiguille
basculera dansla
position
haute,
autrement elle sera dans laposition
basse,
indiquant
quel’atome a traversé
l’appareil
dans l’état fondamental|g>.
Préparons
alorsl’atome dans la
superposition
de ses deuxétats,
(|e>
+|g>)/2,
etl’appareil
dans l’état
"aiguille
enposition
neutre"(| ~>).
Avantl’interaction,
l’étatdu
système
atome +appareil
est alors :L’interaction entre les deux
systèmes
estsupposée
hamiltonienne et corrèle l’état|e>
de l’atome à laposition
haute del’aiguille
|~>,
et l’état|g>
à laposition
basse
| ~>.
Après
l’interaction l’état dusystème
devrait parconséquent
être :Cet état de
superposition
implique
les deuxpositions
del’aiguille,
et nousarrivons à la conclusions que nous devrions trouver
l’aiguille
à la fois dansdeux
positions
différentes. Cela n’est bien entendujamais observé,
pasplus
qu’un
chat mort et vivant en mêmetemps.
Remarquons
que le raisonnementqui
nous a conduits à cette conclusion est dans le fond le même que celuiqui
à donné "la vie" au chat deSchrödinger.
La
mécanique
quantique risquerait
parconséquent
d’être de peud’utilité,
si nous nedisposions
pas d’une autredescription
de la mesurequi
fournit desprédictions
en accord avec nos observations. Elle fut élaborée dans le cadre del’interprétation
deCopenhague
de lamécanique
quantique
[2,
3, 4,
5,
6,
7, 8]
2
Elle estgénéralement
présentée
sous formeaxiomatique
et est incluse dans lespostulats
fondateurs de lamécanique quantique,
que nousrappelons
icitels
qu’ils
sont formulés dans la référence[10],
p.214
et suivantes :1)
"A un instant t0fixé,
l’état d’unsystème
physique
est défini par la donnée d’un ket|03A8(t
0
)>
appartenant
àl’espace
des états 03B5."2
La littérature à ce sujet est très riche et les références citées ici n’en réprésentent
qu’une petite partie. Nous attirons alors l’attention du lecteur sur la référence
[9]
où unFigure
0.1: Unexemple
simple
d’une mesurequantique:
un atome à deuxniveaux traverse un
appareil
de mesure, surlequel
uneaiguille indique
l’étatde l’atome.
2)
"Toutegrandeur
physique
mesurableA
est décrite par unopérateur
A
agissant
dans03B5;
cetopérateur
est une observable."(Une
observableest définie comme un
opérateur hermitique
dont les vecteurs propresforment une base de 03B5
[10],
p.137
3)
"La mesure d’unegrandeur
physique
A nepeut
donner commerésultat
qu’une
des valeurs propres de l’observable Acorrespondante."
4)
"Lorsqu’on
mesure lagrandeur physique
A sur unsystème
dansl’état
|03A8>,
laprobabilité
P(a
n
)
d’obtenir comme résultat la valeurpropre an de l’observable A
correspondante
estP(a
n
) =
|<u
n
|03A8>|
2
où|u
n
>
est le vecteur propre de A associé à la valeur proprea
n
."
5)
"Si la mesure de lagrandeur physique
A sur lesystème
dans l’état|03A8>
donne le résultat an, l’état dusystème
immédiatementaprès
lamesure est la
projection normée,
de |03A8>
sur le sous-espace propre associé àa
n
."
Appliquons
alors cespostulats
àl’exemple
del’aiguille
qui
nousindique
l’état d’un atome. Le
postulat
3 nous ditqu’en
mesurant l’état de l’atome nous ne pouvons trouverqu’un
de deux résultatspossibles:
|e>
ou|g>;
lepostulat
4 donne lesprobabilités correspondantes,
chacuneégale
à0,5
dansnotre
exemple.
Le dernierpostulat
nouspermet
deprédire
avec certitudele résultat d’une deuxième mesure de la même
observable,
à condition quele
système
n’ait pas évoluéentre-temps.
Nous pouvons donc enparticulier
décrire la mesure en termes de
probabilités
classiques.
Nous n’avons pasbesoin
d’envisager
unappareil
de mesureindiquant
plusieurs
résultats à lafois. Tout
appareil
indique toujours
soitl’un,
soit l’autre résultat avec unecertaine
probabilité.
La
description
"axiomatique"
de la mesurequantique,
tellequelle
estcontenue dans
l’interprétation
deCopenhague
de lamécanique quantique,
complète
donc celle que nous avons donné enpremier
etqui
ne tientcompte
que de l’interaction hamiltonienne entre l’atome et
l’appareil.
Lespostulats
ci-dessus nous conduisent ainsi à un résultat en très bon accord avec nosob-servations. Cela est en
premier
lieu laconséquence
directe despostulats
3 et4,
mais repose en définitive surl’hypothèse qu’un
appareil
de mesure est par essence unobjet,
dit"classique",
qui
n’obéit pas aux lois de lamécanique
quantique
(voir
à cesujet
[7](chapitre
2,
note7).
Plusprécisément,
onsup-pose
qu’un
telsystème,
parfaitement
décrit par laphysique
classique,
nepeut
en aucun cas se trouver dans lasuperposition
de deux états différents.Pos-tuler
qu’un
appareil
de mesure estclassique
dans ce sens élimine évidemmenttoute
possibilité
d’obtenir deux résultats différents à la fois. Une mesure sur unsystème quantique
est alors par définition lecouplage
de cesystème
à unappareil
appartenant
au mondeclassique.
Au cours de leur interaction unprocessus irréversible "de réduction"
[5]
seproduit
et assure que la notionclassique
deprobabilité
est suffisante pourinterpréter
les résultats.Cette
réponse
auproblème
que pose ladescription
"hamiltonienne" d’une mesurequantique
revient donc à limiter le domaine de validité de laméca-nique quantique
auxobjets
habituellementappelés "microscopiques".
Onintroduit ainsi une
séparation
entre un mondequantique,
où lessuperposi-tions d’états
existent,
et un mondeclassique,
où l’on ne les observejamais.
Ilimporte
de noter ici que la distinction entre"microscopique"
et"macrosco-pique"
et celle entre"quantique"
et"classique"
sont de naturesdifférentes,
malgré
le faitqu’elles
coïncident dans laplupart
des cas. Lapremière
repose sur la taille dusystème considéré,
représentée généralement
par le nombre departicules
qu’il
contient. La deuxième concerne l’existence et la non-existenced’états de
superposition
cohérente. Unexemple
qui
indique
que la conclusion"macroscopique
=classique"
est fausse est donnépar une barre de
Weber,
refroidie à des
températures cryogénique.
Bien que des états desuperposition
n’aient pas été observés
jusque là,
on a dû se rendrecompte
qu’une
tellebarre,
d’une masse de l’ordre de la
tonne,
doit être décrite comme un oscillateurJosephson supraconductrices
qui
sont décrites par une différence dephase
à travers la
jonction.
Ils’agit
là d’undegré
de libertémacroscopique
dont lecomportement
quantique
a pu être mis en évidenceexpérimentalement.
Plus
précisément,
on a pu observer la traversée d’une barrière depotentiel
soit vers un
continuum,
soit vers un autrepuit
depotentiel.
Au cours de cesexpériences,
des niveauxd’énergie
discrets ontégalement
été observés[13,
14, 15, 16,
17, 18,
19,
20,
21,
22].
Tout en fournissant des résultats en accord avec nos
observations,
lades-cription
d’une mesurequantique
dans le cadre del’interprétation
deCopen-hague
pose aux moins deuxquestions.
1)
Pourquelle
raison est-ce que lessystèmes
que nous avons l’habituded’appeler "classiques"
ne sontjamais
trouvés dans unesuperposition
de différents états?
2)
Qu’est-ce qui
distingue
unsystème
quantiqe
d’unsystème classique
ou autrementdit,
où est-ce que se trouve la frontière entre le modequantique
et le mondeclassique?
Plusieurs
réponses
à cesquestions
ont étéproposées,
parmi
lesquelles
unequi supposait qu’un
terme non-linéaire dansl’équation
deSchrödinger,
sanseffet mesurable sur les
systèmes microscopiques pourrait
détruire lessuperpo-sitions cohérentes dans le monde
macroscopique
[23,
24, 25,
26].
Aujourd’hui,
laréponse
laplus
généralement
acceptée
est celle que donnel’approche
dite"de la
décohérence",
élaborée pour l’essentiel au cours desvingt
dernièresannées
[27,
28, 29, 30, 31, 7, 32, 33, 34, 35, 36, 37,
38].
Elle nous
permet
également
une meilleurecompréhension
du processusqui
fixe ce que l’onappelle
la "basepréférée",
à savoir l’ensemble des étatspropres de l’observable
mesurée, parmi lesquels
se trouve celui surlequel
l’état du
système
estprojeté
par la mesure.Dans ce mémoire nous
présentons
l’étude d’unsystème
modèlequi
nous apermis
d’obtenir une vérificationexpérimentale
de cetteapproche théorique.
Nous la
présentons
ici enpartant
de la différence fondamentale entre le"mi-croscopique"
et le"macroscopique".
Un
système
microscopique
peut,
au moins pour un certaintemps,
êtreisolé de
l’environnement,
dans le sens que l’onpeut
très fortement dimi-nuer soncouplage dissipatif
à un réservoirthermodynamique.
Cela est parexemple
le cas des atomes et ionspiégés,
desphotons
dans unecavité,
desatomes dans un
jet...
Soulignons
que lessystèmes
énumérés iciinteragissent
enpartie
avec leur environnement(les
champs
dupiège
parexemple).
Onne
"supprime"
que ladissipation qui
détruit la cohérence de l’évolutiontem-porelle. Lorsque
nousparlons
dans la suite d’ "isoler unsystème
de sonenvi-ronnement" ,
ce seratoujours
dans le sens de leprotéger
autant quepossible
de la
dissipation
créée par soncouplage
à un réservoir.C’est
précisément
celaqui
est(aujourd’hui)
irréalisable pour unsystème
macroscopique.
L’exemple
du chat deSchrödinger,
est encoreparticulière-ment
parlant :
le chat doit au moins poser sespattes
sur unsupport
etrespirer.
Il estcouplé
à un nombre dedegrés
de liberté infini à l’échelle de ceque l’on
peut
espérer
contrôler dans uneexpérience.
Tel lechat,
toutsystème
macroscopique
esttoujours
couplé
à un réservoir au sens de lathermodyna-mique
et parconséquent sujet
à ladissipation.
Notrepremière description
de la mesure de l’étatatomique
était donc erronée en cepoint,
car nous avonstraité le
système
atome -appareil
comme s’il était isolé.On
peut
cependant
considérer unobjet macroscopique,
préparé
en ab-sencepurement
théorique
dedissipation,
dans unesuperposition
de deuxétats
macroscopiquement
différents - un chat à la fois mort et vivant. Surdes modèles
simples
il estpossible
de calculer l’évolution dusystème
lorsqu’on
"branche" ladissipation
(voir
parexemple
[29][7,
chapitre
7][39]).
Son effetest de transformer inévitablement la
superposition
cohérente en unmélange
statistique,
si bien que lesystème
peut
à la fin être décrit par uneprobabilité
classique
d’être soit dans un état soit dans un autre. Cettetransforma-tion est souvent
appelée
"décohérencequantique"
( "quantum decoherence"),
ou "décohérence" tout court. On montre alors que la
superposition
initialepeut
être caractérisée par une distance "D" entre les étatssuperposés.
La décohérence est d’autantplus rapide
que cette distance estgrande,
et pourtout
objet macroscopique
dans le sensqu’il
estperceptible
aux senshu-mains,
préparé
dans unesuperposition
d’étatsmacroscopiquement différents,
le
temps
de décohérence est infiniment court à toute échelle observable. Un chat à la fois mort et vivant se transforme en un chat soitmort,
soit vivant en untemps
beaucoup
plus
court que la durée dutrépas
du pauvreanimal,
si souvent sollicité.Soulignons
que nous avons ici considérablementsimplifié
notre raisonnement. En
réalité,
la décohérence se manifeste dès que l’on com-mence àpréparer
un état desuperposition.
Plutôt que de le détruireaprès
sapréparation,
c’est la création même d’un tel état que la décohérence rendimpossible
dès ledépart,
au moins dans le cas d’unsystème macroscopique.
Retournons encore à
l’exemple
de l’atome et del’aiguille
pourpréciser
leconcept
de la décohérence.Puisque
le résultat de la mesure estindiqué
par la
position
del’aiguille, l’appareil
de mesure doit être construit tel que lemouvement de
l’aiguille,
provoqué
par l’interaction avecl’atome,
soitforte-ment amorti. Une manière très
simple
de modéliser cet amortissement est del’entou-rent.
Imaginons
alors que l’interaction entre l’atome etl’appareil
de mesureait effectivement
préparé
l’état(0.1)
et que nous "branchons" ladissipation
due aux collisions entre
l’aiguille
et lesparticules.
On montre[39]
que l’onpeut
distinguer
deux cas nettement différents.D’abord,
la situation où laséparation
entre les deuxpositions
del’aiguille
est
beaucoup
plus
grande
que lalongueur
d’onde de deBroglie
desparticules
du gaz. C’esttypiquement
le cas d’uneaiguille
habituelle dont nousdistin-guons les différentes
positions
à l’0153il nu. Nous nous attendons parconséquent
à ce que la décohérence soit un processus extrèmement
rapide.
On trouve en effet[39]
qu’une
seule collision est suffisante pour détruire la cohérencede la
superposition
(0.1),
ce que l’onpeut
comprendre
à l’aide d’unsimple
argument
qualitatif.
Avec lalongueur
d’onde de deBroglie,
c’est aussi la taille dupaquet
d’onde associé à chacune desparticules
qui
estbeaucoup
plus
petite
que laséparation
entre lespositions
del’aiguille.
À l’échelle de celle-ci lesparticules
sontparfaitement
localisées. Elles nepeuvent
pas entrer en collision avecl’aiguille
aux deuxpositions
à la fois et une seule collisionfournit l’information où se trouve
l’aiguille
(même
si cette information nousest
inaccessible).
Enempruntant
lelangage
de lamicroscopie optique,
nouspourrions
dire quel’aiguille
est "illuminée" par des ondes dont lalongueur
d’onde est suffisamment courte pour résoudre les deuxpositions
del’aiguille.
La décohérence est totaleaprès
une seule collisionqui
transforme(0.1)
"ins-tantanément" en un pur
mélange
statistique,
décrit par la matrice densitéCette matrice densité est
diagonale
dans la base des états propres de l’ob-servable mesurée(l’état
del’atome).
Desprobabilités
classiques
sont alors suffisantes pour décrire lesystème
et le résultat de la mesure.L’aiguille
in-dique
avec uneprobabilité
de0,5
l’état|e>
et avec la mêmeprobabilité
l’état|g>.
Notons que cela est enparfait
accord avec ladescription
de cette mesureque nous fournissent les
postulats
ci-dessus.Considérons maintenant le cas
inverse,
où laséparation
entre lespositions
del’aiguille
estbeaucoup plus
petite
que lespaquets
d’ondes associés auxpar-ticules. Bien que nous ne saurons réaliser cette situation avec une
aiguille
matérielle,
nous verronsqu’elle
nousapporte
unrenseignement important.
De nouveau on montre
[39]
que l’état desuperposition
(0.1)
est transforméen le
mélange
statistique
(0.2).
Lepoint important
estqu’ici
la décohérence seproduit
de manière continue en untemps
que l’onpeut
espérer
rendreobservable. Une seule collision n’est
plus
suffisante pour déterminer laposi-tion de
l’aiguille.
La cohérence est détruite par ungrand
nombre depetites
à un réservoir. Le
temps
de décohérencet
coh
est trouvé être inversementproportionnel
au carré de la distance D entre lespositions
del’aiguille
Ce résultat est
caractéristique
pour une décohérenceprovoquée
par lecou-plage
à un réservoir et nous en rencontrerons un autreexemple.
Soulignons
ici le deuxièmeaspect
important
de la théorie de ladécohé-rence. Elle nous donne dans les deux cas une indication de ce
qui
déterminel’observable mesurée ou en d’autres
mots,
la base dite "basepréférée"
danslaquelle
la matrice densité décrivant l’état final dusystème
atome -appareil
estdiagonale.
Enpremier lieu,
lecouplage
entre l’atome etl’appareil
est telque la
position
del’aiguille
devient corrélée à l’état interne de l’atome au cours de l’interaction.Ensuite,
lecouplage
entreaiguille
et sonenvironne-ment est construit de telle
façon
que ladynamique
de ladissipation
fixe laposition
del’aiguille.
Dans le cas de notre modèlesimple,
ce sont les col-lisions avec les molécules du gazqui produisent
cet effet. D’unefaçon
trèsimagée
onpourrait
dire que ladissipation,
en fixant laposition
del’aiguille,
fixe aussi
l’énergie
de l’atome et entraine que la matrice densité estdiagonale
dans la base des états propres du Hamiltonien et non dans une autre.
Posons nous alors finalement la
question qui
est au c0153ur du travailprésenté
dans ce mémoire. Est-ilpossible
de vérifier la théorie de ladé-cohérence
expérimentalement ?
En ce
qui
concerne le résultat final de ladécohérence,
laréponse
esttriviale. L’inexistence de
superpositions
cohérentes à l’échellemacroscopique
est certaine : les chats ne sont pas morts et vivants à la fois.
Mais est-il
possible
d’observer la décohérencependant qu’elle
seproduit?
C’est ici que le deuxième cas que nous avons considéré pour
l’exemple
del’aiguille
s’avère instructif. Il nous montrequ’un système
à l’aideduquel
nous cherchons à observer la décohérence doit
posséder
deuxpropriétés
im-portantes.
Premièrement,
nous devonspouvoir
réduire laséparation
entreles états
superposés
suffisamment pour que la décohérence neprovienne
pasd’un événement individuel de
type
collision.Deuxièmement,
lesystème
nedoit ètre que faiblement
couplé
à son environnement afin de rendre letemps
de décohérence observable.
Dans la suite de cette introduction nous
présentons
defaçon
qualita-tive notre
système expérimental
et l’idée clef de nosexpériences.
L’un etl’autre sont bien sûr fortement conditionné par le savoir faire
expérimental
auquel
nous pouvons faireappel.
Aussi commençons-nous par une brèveprésentation
des outilsexpérimentaux
dont nousdisposons.
3
Ils’agit
d’atomes3
de Rubidium
préparés
dans un niveaux dit "deRydberg
circulaire"[40,
41,
42]
et une cavité micro-ondesupraconductrice.
Les deuxcaractéristiques
principales
d’un atome deRydberg
circulaire sont salongue
durée de vie(~
30ms),
et son momentdipolaire
électrique, qui
est environ mille foisplus
grand
que celui d’un atome dans son état fondamental. Ce dernier conduità un très fort
couplage
aurayonnement
électromagnétique,
qui
dans notre cas est confiné dans le très faible volume d’un mode de la cavité. Lechamp
électrique
créé par un seulphoton
y estégalement
extrèmement élevé etaug-mente
davantage
lecouplage
atome-champ.
Letemps
de relaxation de la cavité est dans notre cas de 160 03BCs. Le mode de la cavitépeut
être résonant ouquasi
résonant avec la transition entre deux niveaux circulaires.Lorsque
l’atomeinteragit
avec lechamp
dans lacavité,
lecouplage
entre la transitionatomique
choisie et lechamp
domine tout autreeffet,
ycompris
la relaxation(régime
decouplage
fort).
Notresystème
expérimental
estalors,
à une bonneapproximation,
décrit par le modèle leplus
simple
que connaissel’optique
quantique:
unsystème
à deux niveaux(l’atome),
couplé
à un oscillateurharmonique
unidimensionel(le champ)
[43].
Dans le but de
reproduire
une situation de mesureidéale,
telle que nousl’avons décrite
ci-dessus,
il semble donc naturel d’attribuer le rôle de l’atome à deux niveaux aux atomes deRydberg
circulaires. Lechamp
doit parconséquent
prendre
laplace
del’appareil
de mesure. Maispeut-il indiquer
l’état d’un atome
qui
traverse la cavité? Laréponse
est "oui" si l’on arrive à faireinteragir
l’atome avec lechamp
de sorte que laphase
duchamp
devienne corrélée à l’étatatomique.
Laphase
duchamp indique
alors l’étatatomique,
comme le fait la
position
del’aiguille
ci-dessus. Pour nous enconvaincre,
soyons
plus précis
et considérons le cas où nousinjectons
unchamp
cohérent|03B1>
[44,
45]
dans la cavité.Supposons
ensuitequ’un
atome traversant laca-vité
(voir
figure
0.2)
dans l’état|e>
déphase
lechamp
d’unangle
+~,
un atomedans
|g>
de-~.
Si nous envoyons maintenant un atome dans lasuperposition
de ses deux états à travers lacavité,
l’interaction créera un état dusystème
atome +
champ
impliquant
des états duchamp
dephases
différentes :L’amortissement du
champ
dans la cavité va ensuite transformer cet état desuperposition
cohérente en unmélange
statistique
que nous devons décrirepar une matrice densité :
Les deux
équations
ci-dessus sontparfaitement
équivalente
à(0.1)
et(0.2).
Figure
0.2: Un atome deRydberg
circulaire traverse une cavité danslaquelle
se trouve unchamp
dans un état cohérent.devrait par
conséquent
permettre
de modéliser(expérimentalement!)
une mesurequantique
idéale. En cequi
concerne l’observation de ladécohérence,
nous avons deux indicationsqu’elle
estégalement
réalisable.Le
champ présente
précisément
les deuxpropriétés
qui
nous sont appa-rues commeindispensables
pour l’observation de la décohérencelorsque
nous avons considéré le deuxième cas defigure
del’exemple
"atome -aiguille".
D’abord,
letemps
de relaxation de la cavité est dans un domaineparfaite-ment
observable,
lechamp
est dans ce sens faiblement soumis aux effets dela
dissipation.
Ensuite nous pouvons choisir la taille de l’étatcohérent,
àsavoir le nombre moyen de
photons
(n)
qu’il
contient. En nousapprochant
de
plus
enplus
d’une situation réellementmicroscopique
(n ~ 1)
nousde-vrions
également
réduire "la distance"(qui
reste àdéfinir)
entre les deux états cohérents dephases
différentesimpliquées
dans l’état(0.3).
Pourvuque le
temps
de décohérence soit de nouveau inversementproportionnel
aucarré de cette
distance,
nous devrionspouvoir
ralentir la décohérencejusqu’à
cequ’elle
devienne observable. Notonségalement
que letemps
de relaxationde la cavité est
beaucoup
plus
court que celui des atomes. La relaxation dusystème
atome -champ
est essentiellement due à celle duchamp,
cequi
correspond
bien au fait que lechamp joue
le rôle del’appareil
de mesure.Il devrait par
conséquent
êtrepossible
d’observer la décohérencegrâce
aux atomes de
Rydberg
circulairesqui
traversent une cavitémicro-onde,
àcondition de
répondre
aux deuxquestions
suivantes.1)
Comment faireinteragir
un atome à deux niveaux et un seul mode duchamp électromagnétique
contenant unchamp
cohérent de telle sorteque l’état du
système
atome -champ
soit donné parl’équation
(0.3)
après
l’interaction?2)
Dequelle
manièrepeut-on
ensuite observer la transformation de laDans le
premier chapitre
de ce mémoire nous yrépondons
d’unpoint
de vuethéorique
en utilisant le modèle de l’atome à deux niveauxcouplé
à unseul mode du
champ.
Le deuxièmechapitre présente
l’aspect
expérimental.
Nous y décrivons en détail le
dispositif
expérimental
en vérifiantqu’il
permet
effectivement de réaliser la situation étudiée au
chapitre premier.
Le troisièmechapitre
est finalement consacré à laprésentation
des résultats que nous avonsobtenus.
Avant de clore cette
introduction,
il nous sembleimportant
d’attirerl’at-tention du lecteur sur deux
points.
Les ions
piégés
Des atomes circulaires
couplés
à un mode duchamp
nereprésentent
qu’une
possibilité
de réaliser la situationparticulièrement
simple
où unsystème
àdeux niveaux est
couplé
à un oscillateurharmonique
unidimensionel et oùles effets de relaxation sont très faibles. Une autre réalisation récente et très
performante
de ce modèle est un ionpiégé
dans unpiège quadrupolaire
[46,
47,
48,
49].
Les sous niveauxhyperfins
du fondamental de l’ion sont alors lesystème
à deux niveaux et l’oscillateurharmonique
est le mouvement de l’ion dans lepotentiel harmonique
dupiège.
Les atouts de cesystème expérimental
sont une bonne isolation de l’environnement et une
longue
durée de vie del’ion dans le
piège
(beaucoup
plus
long
que letemps
de relaxation de notrecavité).
Lecouplage
entredegrés
de libertés internes et externes de l’ion estproduit
par unepaire
de faisceaux laser via l’effet Raman. Lecouplage
entresystème
à deux niveaux et oscillateurpeut
être contrôlé de l’extérieur etpeut
atteindre des valeurs très élevées. Dans le cas d’un atome et d’une
cavité,
nous allons voir que cecouplage
est unparamètre intrinsèque
dusystème
et nepeut
êtrechangé.
Commedésavantage
de l’ionpiégé
onpeut
considérer lefait que le
système
à deux niveaux nepeut
êtreséparé
de l’oscillateur. Il estalors
plus
difficile d’effectuer une mesure(destructive)
sur l’un sansperturber
l’autre.
(Le
lecteur aura l’occasion de se convaincre que lapossibilité
dedétecter l’atome
aprés
sa sortie de la cavitépeut
être trèsutile.)
Dans le contexte de la
décohérence,
ilimporte
de mentionner que le groupedirigé
par D. Wineland a récemment réussi àpréparer
un état detype
"chatde
Schrödinger"
d’un ion dans unpiège
[48].
La transformation de l’état desuperposition
cohérent en unmélange
statistique
n’acependant
pas pu êtreobservée.
Le cadre du travail
présenté
Le travail que nous décrivons dans ce mémoire fait
partie
d’unprojet
debien
plus
grande
envergure.Ayant
débuté il y a six ans, il est bâti sur unelongue expérience
dansl’électrodynamique
en cavité[50,
51,
52,
53]
et a
déjà
impliqué
unequinzaine
de personnes. Lemontage
telqu’il
estprésenté
ici,
fut conçu afin dedépasser
les limitationsintrinsèques
à l’utili-sation d’états deRydberg
de faible momentangulaire
et de cavitésfermées,
système exploité
avec succèsauparavant
(voir
à titred’exemple
[54, 55]).
Après
la construction dumontage,
entièrement réalisé aulaboratoire,
lamise au
point
de lapréparation
des états deRydberg
circulaires,
suivant lesidées de Hulet et
Kleppner
[40],
fut unepremière
étape importante
[41, 56].
Elle fut suivie de la construction de l’interféromètre de
Ramsey
àchamps
oscillantsséparés
[57].
Ilpermit
en unpremier
lieu la mesure dechamps
électromagnétiques
au niveau duphoton
[56, 58].
Après
avoir amélioré lefacteur de
qualité
de lacavité,
desexpériences
à interaction résonante entre atome etchamp
donnèrent une preuveparticulièrement
directe de laquan-tification du
champ
électromagnétique
dans une cavité[59,
60].
Nous allons voir maintenant que ce
système expérimental
permet
égale-ment de créer des états de
superposition
cohérente et d’observer ladynamique
de leur décohérence.13
Quelques
éléments de théorie
Dans ce
premier
chapitre
nous décrivons de manièrethéorique
un atome àdeux niveaux
couplé
à un seul mode duchamp
électromagnétique
et mont-rons comment ilpeut permettre
d’observer la décohérence dans une situationde mesure
quantique.
Nous commençon parrappeler
quelques
résultatsre-latifs à ce
système
modèle(paragraphes
1.1.1 à1.1.4)
pour montrerqu’il
est effectivement
possible
d’utiliser unchamp
cohérent commeappareil
de mesure pour l’étatatomique
(paragraphe 1.1.5).
Enpartant
dudéphasage
de la fonction d’onde
atomique
par unchamp
dans un état deFock,
nousprésentons
ensuite l’interféromètreatomique
à l’aideduquel
nous observonsl’effet de l’interaction atome -
champ
(paragraphe 1.1.6).
Puis nous venonsà une
première expérience
dont unaspect
est de vérifier le bonfonctionne-ment de notre
"appareil
de mesure"qu’est
lechamp
(paragraphe 1.3).
Leparagraphe
suivant(1.4)
est consacré à établir lesprédictions principales
de la théorie de la décohérence concernant la transformation de l’état(0.3)
en unmélange
statistique.
Dans le dernierparagraphe
(1.5),
nous décrivonsfinalement la méthode d’observation de la décohérence.
1.1
Le
système
atome -
champ
1.1.1
L’atome
Nous considérons un atome ne
possédant
que deux niveauxd’énergie
|g>
et|e>.
Lafréquence
de la transition entre ces deux états est notée 03C90(voir
figure
1.1).
Le Hamiltonien de l’atome s’écrit en choisissant le zéro de
l’énergie
àFigure
1.1: L’atome à deux niveauxcouplé
à un seul mode duchamp
électromagnétique.
Lecouplage
est mesuré par leparamètre
03A9
0
,
défini dansl’équation
1.5. Nous avons choisi pour cettereprésentation
un désaccord 03B4positif.
1.1.2
Le
champ
Le
champ
électromagnétique
estpiégé
dans unecavité,
lafréquence
du modeetant 03C9.
Désignons
le désaccord entre atome etchamp
parLe
champ électrique
dans la cavité est décrit parl’opérateur
a et
a
~
étant lesopérateurs
d’annihilation et de création d’unphoton
dansle mode de la cavité. La fonction
f(r)
décrit lagéométrie
du mode et estnormalisée telle
que
|f(r)|
= 1 au maximum absolu. Le volume effectif dumode est alors donné par
Figure
1.2: Lafigure
montre lesystème
de coordonnéeschoisi;
l’axe Ox est l’axe desymétrie
de lacavité,
l’axe Ozcorrepond
à latrajectoire
des atomes.ce
qui
assure quel’énergie
d’un état nombre ou état de Fock|n>
est bien03C9(n
+1/2).
Choisissons comme axe Ox l’axe de
symétrie
de la cavité et comme axeOz la
trajectoire
des atomesqui
traversent la cavité aucentre,
comme lemontre la
figure
1.2. Le module def(r)
est avec ce choix de coordonnéesdonné par
l’expression
suivante:c
désigne
la vitesse de la lumière et w le "waist" dumode.
|f(r)|
est
biensûr
symétrique
parrapport
à une rotation autour de l’axe Ox. Lafigure
1.3montre la variation du module du
champ
électrique
lelong
de latrajectoire
atomique.
Le Hamiltonien du
champ
est donné par:La cavité n’est évidemment pas un résonateur
parfait,
l’énergie 03B5
qu’elle
contient est