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Dictionnaire encyclopédique de pragmatique

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Dictionnaire encyclopédique de pragmatique

MOESCHLER, Jacques, REBOUL, Anne

Abstract

Ouvrage organisé en 20 chapitre, présentant les domains de la pragmatique dans les années 90: Introduction: Pragmatique, linguistique, cognition Chapitre 1: Théorie des actes de langage Chapitre 2: Pragmatique intégrée et pragmatique cognitive Chapitre 3: Interprétation vériconditionnelles des énoncés: forme logique vs forme propositionnelle, encodage et inférence Chapitre 4: Pragmatique du contexte: désambiguïsation et attribution de référents Chapitre 5: Pragmatique et référence:mondes possibles et espaces mentaux Chapitre 6:

Opérateurs et connecteurs logiques et non logiques Chapitre 7: Lois de discours, maximes de conversation et postulats de conversation Chapitre 8: Présupposition sémantique et pragmatique Chapitre 9: Implicatures conventionnelles et conversationnelles Chapitre 10:

Echelles argumentatives et phénomènes scalaires Chapitre 11: Argumentation et orientation argumentative Chapitre 12: Polyphonie et énonciation Chapitre 13: Déixis et anaphore Chapitre 14: Concepts flous et usages approximatifs Chapitre 15: Sens littéral et sens figuré:

le cas de la métaphore Chapitre 16: [...]

MOESCHLER, Jacques, REBOUL, Anne. Dictionnaire encyclopédique de pragmatique . Paris : Seuil, 1994, 562 p.

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:110321

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1

Jacques Moeschler Anne Reboul

DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE DE PRAGMATIQUE

Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre

Editions du Seuil

. ..

(3)

ISBN 2-02-013042-4

© ÉDITIONS OU SWIL, octobre 1994

le Code de la propriété intellec1uelle interdil les copie~ ou reproduction~

detinée ~une utollsdliun <.ullet.live. Tou le repré;.t:nlalion ou reprodutllorl intégrale ou partielle fa ote par quelque procédo:! que ce ..Orl, sans le consen- tement de l'auteur ou de ses ayants cause, e51 illicite ct constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suiv.lntç du Code pén~l

À NOS ENFANTS ALEXANDRE, NATHANML, AXEL ET ABIGML MOESCHLER

À DEIRDRE WILSON À OSWALD DUCROT

(4)

AVANT-PROPOS

D

URANT L'trt 1987, Anne Reboul et Jacques Moeschler décident de rédi- ger un ouvrage de référence en pragmatique. Les raisons de leur déci- sion sont multiples : (i) ils constatent qu'il n'existe, dans le domaine franco- phone, aucun ouvrage de référence portant sur la pragmatique; (ii) ils sont persuadés que les développements récents de la pragmatique vont avoir des répercussions importantes à la fois en linguistique, en science cognitive et en linguistique computationnelle; (iii) ils considèrent que le moment est venu d'élaborer un véritable programme de recherche en pragmatique.

Notre ambition, au départ en tout cas, était d'écrire pour le domaine de la pragmatique l'équivalent de ce qu'Oswald Ducrot et Tzvetan Todorov avaient fait en 1972 pour les sciences du langage, c'est-à-dire la linguistique (cf. Ducrot et Todorov 1972). Le titre du présent ouvrage, Dictionnaire ency- clopédique de pragmatique, doit donc se situer dans ce contexte. Cette filia- tion, nous ne la revendiquons pas simplement en termes historiques, mais également en termes pédagogiques : la seule lecture que nous pourrions recommander avant d'aborder notre ouvrage serait le Ducrot-Todorov.

Lorsque nous avons pris cette décision, la moitié des têtes de chapitre que nous avions sélectionnées n'avaient pas encore fait l'objet de recherches approfondies, soit de la part d'autres chercheurs, soit de notre part. Notre sommaire était donc un véritable programme de recherche. Cinq ans après avoir pris cette décision, nous nous sommes mis à la rédaction de cet ouvrage. Et si nous avons pu le faire, c'est que pendant cette période, beau- coup d'eau avait coulé sous le pont de la linguistique et de la pragmatique. Et nous pouvons affirmer que, sans avoir véritablement travaillé dans ce but, nous avions nous-mêmes comblé une large part de ce déficit.

Il est toujours, a priori, plus facile de répartir un domaine d'investigation entre plusieurs personnes, surtout lorsque la prétention est à l'exhaustivité ou au savoir encyclopédique. Nos formations, nos orientations étaient partielle- ment communes, mais nos domaines de spécialité différents. Anne Reboul a fait une thèse de doctorat en 1984 sur le dialogue théâtral, dans une perspec- tive narratologique et pragmatique (cf. Reboul 1984), et elle s'est en per- manence intéressée au problème de la fiction à travers les questions du style indirect libre, des représentations impossibles ou de la métaphore (cf. Reboul 1992). De 1984 à 1990, elle a travaillé à l'élaboration d'une théorie pragma- tique de la fiction et de la métaphore dans le cadre de la théorie de la perti- nence de Sperber et Wilson (cf. Sperber et Wilson 1986 a et 1989), qui a donné lieu à une thèse de doctorat en philosophie analytique (cf. Reboul

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10 AVANT-PROPOS

1990). Parallèlement, elle s'est intéressée au problème de la référence, et, entre autres, au problème de l'assignation de référents aux anaphoriques et aux déictiques. L'ensemble de ses recherches lui ont permis de soutenir, en 1991, une thèse d'habilitation sur le thème Fiction et référence. De son côté, Jacques Moeschler a continué de développer une approche pragmatique du discours (cf. Moeschler 1985 a), esquissée dans un premier temps dans sa thèse sur la pragmatique de la conversation (cf. Moeschler 1982), et a progressivement abandonné l'approche linguistique pour aborder le pro- blème du discours dans un cadre cognitiviste, celui de la théorie de la perti- nence (cf. Moeschler 1989 a). Ses intérêts pour la sémantique, notamment formelle, et les thèmes classiques de la pragmatique linguistique (présupposi- tion, implicature), l'ont conduit à aborder des questions plus linguistiques en pragmatique, comme l'analyse de la négation, des expressions idiomatiques ou des temps verbaux.

En additionnant nos compétences et nos intérêts, nous avons acquis la certitude que nous étions à même de pouvoir envisager la rédaction d'un ouvrage complet, bien documenté, sérieux, mais accessible sur ce qui consti- tue en l'état actuel la pragmatique. Beaucoup de lecteurs spécialistes en linguistique ou en analyse du discours trouveront nos choix partiels ou partiaux. Mais un ouvrage comme celui-ci ne peut pas être un inventaire d'approches ou de théories sans rapport les unes avec les autres. Nos choix ont donc fondamentalement été déterminés par un souci de cohérence, ainsi que par des critères d'importance historique. Nous n'avons sélectionné thèmes et références que parce qu'ils apportaient une contribution fonda- mentale au domaine de la pragmatique. Nous avons donc dû, dans un premier temps, isoler et sélectionner les problématiques que nous avons jugées pertinentes pour l'élaboration de la théorie pragmatique.

Qu'est-ce donc qu'un problème pragmatique? JI n'est pas question ici de répondre en quelques lignes à celle question, qui fera l'objet de longues discussions dans le présent ouvrage. D'une manière très succincte, nous dirons qu'un problème est pragmatique s'il ne concerne pas, à strictement parler, la structure du langage, mais l'emploi qui en est fait. Qu'il y ait un rapport, une contamination entre structure du langage et emploi du langage est un fait qui a été bien attesté depuis une vingtaine d'années. Mais il ne saurait être question de restreindre l'ensemble de la pragmatique à ce type de phénomènes. C'est la raison pour laquelle nous ne parlerons pas ici spécifi- quement de pragmatique linguistique, car le domaine de la pragmatique, bien qu'il concerne fondamentalement l'usage du langage, fait interve- nir également des problèmes non strictement linguistiques, comme les problèmes de l'inférence, de l'usage approximatif, des métaphores, de la compréhension en contexte, des lois de discours, etc.

AVANT-PROPOS Il

Le lecteur sera certainement surpris du nombre de références angle- saxonnes, qui dominent parfois sur les références continentales. JI faut dire ici très honnêtement, mais clairement, que la pragmatique s'est principale- ment développée dans la tradition intellectuelle anglo-saxonne. L'exception notoire, dans le domaine francophone, est représentée par les travaux d'Oswald Ducrot, que l'on étiquette commodément sous le label de pragma- tique intégrée, en signifiant par là que la pragmatique est intégrée à la linguis- tique. Si la pragmatique s'est principalement développée aux Etats-Unis et en Angleterre, c'est d'abord en raison de l'importance des courants analytiques en philosophie, mais également des options radicales prises par la théorie linguistique depuis une trentaine d'années sous l'influence de Chomsky. Les problèmes majeurs de la pragmatique, comme celui des actes de langage ou celui des implicatures (ou implicitalions), ont été au départ le produit de réflexions de philosophes du langage, qui ont suscité un intérêt sans commune mesure en linguistique. Pourquoi ? Notre réponse est que l'intérêt que les linguistes ont montré pour les aspects pragmatiques du langage tient principalement à une réaction face aux thèses radicales de Chomsky, notam- ment la thèse de l'autonomie de la syntaxe. Petit à petit, les syntacticiens non orthodoxes ont rencontré des problèmes sémantiques, voire pragmatiques, qui semblaient contaminer la syntaxe.

La réaction très forte et anti-chomskienne qui a suivi a conduit à la formu- lation d'une théorie de la grammaire à base sémantique, la sémantique géné- rative, qui incorporait, au niveau même de la grammaire, l'une des hypothèses les plus importantes de la pragmatique. Cette hypothèse, communément appe- lée hypothèse performative, introduisait dans la structure profonde de la phrase une indication sur sa valeur d'action, à savoir sur sa force illocutionnaire. La linguistique a donc, au début des années soixante-dix, rencontré la pragma- tique, et les bouleversements que cela a provoqués dans la formation des théo- ries linguistiques sont tels que le monde américain s'est radicalement divisé.

D'un côté, la grammaire générative classique s'est développée en conservant les thèses de Chomsky sur l'autonomie de la syntaxe par rapport à la séman- tique. De l'autre, la sémantique générative a donné lieu progressivement à une théorie fonctionnaliste des faits de langue, puis à des développements d'orientation cognitiviste, comme chez Langacker ou Lakoff. Cela dit, ce tableau est un peu caricatural, car, à l'heure actuelle, il n'y a pas de consen- sus véritable sur la relation entre la linguistique et la pragmatique. L'une des traditions récentes, qui a fortement influencé la rédaction de cet ouvrage, la théorie de la pertinence de Sperber et Wilson, ne voit pas d'incompatibilité majeure entre la perspective chomskienne classique et la perspective prag- matique radicale. Au contraire, la linguistique, dont le domaine réservé est la phonologie, la syntaxe et la sémantique, n'est plus en concurrence avec la

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12 AVANT-PROPOS

pragmatique : celle-ci s'occupe de tous les aspects non conventionnels de l'usage du langage. La question des relations entre linguistique et pragmatique sera, bien entendu, développée dans la quasi-totalité de ce livre.

Bien qu'il porte le nom de Dictionnaire encyclopédique de pragmatique, cet ouvrage n'est pas, au sens propre, un dictionnaire :il n'a pas d'entrées alpha- bétiques. Nous avons cependant ajouté à la fin de l'ouvrage un glossaire contenant les entrées terminologiques les plus importantes et leurs définitions minimales, ainsi qu'un index des notions et des auteurs. L'ouvrage est orga- nisé selon la structure suivante : en plus d'une introduction, qui aborde la question des rapports entre la linguistique, la pragmatique et la probléma- tique cognitive, et une conclusion centrée sur l'avenir de la pragmatique (où nous posons la question de ses développements ultérieurs et de son avenir scientifique, institutionnel et technologique), l'ouvrage contient dix-huit chapitres d'une vingtaine de pages chacun, qui abordent autant de thèmes.

Ceci a une première incidence sur le mode de consultation de l'ouvrage.

Chaque chapitre étant conçu comme une unité autonome, il est possible de le consulter indépendamment des autres. Lorsque certains concepts tech- niques nécessaires à la compréhension sont introduits ailleurs, le lecteur trouvera une indication du ou des chapitres à consulter. De manière plus générale, le lecteur pourra toujours se référer à l'index pour avoir une vision exhaustive des développements de tel ou tel concept. Si chaque chapitre est une entité autonome, il n'est pas pour autant une unité indivisible. Le prin- cipe de consultation qui a guidé la rédaction de l'ouvrage est le principe d'accès partiel. La division en paragraphes principaux (notés 1. 2. 3. etc.) définit des unités relativement autonomes que le lecteur pourra consulter, s'il le désire, indépendamment des autres paragraphes. Le même raisonnement vaut pour l'ensemble des niveaux de structuration. Ceci n'empêche nulle- ment une consultation des chapitres comme unités autonomes, voire de l'ouvrage dans son ordre linéaire.

Pour faciliter la lecture, nous avons tenu à introduire deux types d'infor- mations indispensables. D'une part, à chaque fois que cela était possible, la notion développée a été illustrée par des exemples. D'autre part, nous avons distingué typographiquement le texte principal (en corps standard) des commentaires d'exemple ou des remarques latérales non nécessaires à la compréhension globale (en petit corps). De plus, l'ouvrage ne contient pas de notes, qui alourdissent généralement la consultation. Nous avons en revanche introduit un système de nota bene (notées NB) dans le cours du texte pour des renvois annexes ou des éclaircissements complémentaires.

AVANT-PROPOS 13

L'ordre des chapitres n'est pas arbitraire, mais obéit au contraire à un certain nombre de regroupements thématiques. Les deux premiers chapitres introduisent les paradigmes dominants de la pragmatique, à savoir d'une part la théorie des actes de langage classique (chapitre 1 ), et d'autre part la tradi- tion continentale de la pragmatique intégrée et l'orientation cognitiviste de la pragmatique de la pertinence (chapitre 2). Les chapitres 3, 4 et 5 ont tous pour objet le problème de la référence, mais sous des aspects divers : problème de la véricondilionnalité, et rapport entre forme logique et forme propositionnelle (chapitre 3). rôle du contexte dans la désambiguïsation et l'attribution des réfé- rents (chapitre 4) et discussion de deux modèles élaborés récemment pour résoudre les problèmes de référence, la théorie des espaces mentaux et la théo- rie des mondes possibles (chapitre 5). Ces trois chapitres sont fondamentaux, car ils montrent que le problème de la référence est, contrairement à ce que son traitement traditionnel en sémantique pourrait faire croire, un problème pragmatique. De ce fait, ils constituent une contribution originale, par leur problématique et par leur argumentation, à la pragmatique.

Le deuxième grand groupe de chapitres va du chapitre 6 au chapitre 11, et concerne le traitement des contenus implicites ou imp/icatures. Le cha- pitre 6 traite du rapport entre logique et pragmatique, et plus particulièrement des relations entre les langages logiques et les langues naturelles, à propos des connecteurs. Le chapitre 7 traite des lois de discours que la pragmatique a proposées pour expliquer la divergence entre le sens de la phrase ou des mots et le sens communiqué. Les chapitres 8 et 9 discutent deux thèmes clas- siques dans l'histoire récente de la sémantique ct de la pragmatique : laques- tion des présuppositions et des implicatures. Il est à ce titre important de montrer qu'une question comme celle de la présupposition, classiquement considérée comme une question sémantique, reçoit un éclairage nouveau et intéressant à travers la notion d'implicature. Enfin, les chapitres 10 et 11 consistent en une présentation de deux aspects de la théorie de l'argumenta- tion de Ducrot, une introduction aux problèmes d'échelles argumentatives d'une part, et à la notion d'argumentativité d'autre part.

Le troisième grand groupe de chapitres prolonge directement des ques- tions abordées précédemment. Le chapitre 12 présente une autre facette de la pragmatique intégrée, la théorie de l'énonciation, et l'hypothèse polypho- nique développée par Ducrot. Le chapitre 1 3 revient sur la question de la référence, mais à propos des expressions linguistiques non autonomes que sont les anaphoriques et déictiques. Le chapitre 14 prolonge également la question de la référence sur l'usage approximatif du langage et le caractère discret ou flou des concepts qui correspondent aux unités lexicales. Enfin, les chapitres 15 et 16 font intervenir une problématique plus stylistique, puisque ce sont les questions de la métaphore et de la fiction qui sont ~bordées. Là

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14 AVANT-PROPOS

également, un traitement pragmatique sera défendu, en relation étroite avec les théories développées dans les chapitres précédents (théorie des actes de langage, théorie de la pertinence notamment}.

Enfin, les deux derniers chapitres abordent le vaste terrain du discours, sous l'angle de la problématique de la cohérence (chapitre 17} et de l'analyse des conversations (chapitre 18}. Bien qu'il s'agisse là de problématiques non spécifiquement pragmatiques, nous montrons dans ces deux chapitres le rapport entre la pragmatique et l'analyse du discours.

Nous voudrions témoigner notre gratitude envers les personnes qui ont rendu possible la conception et la rédaction de cet ouvrage. Nos remerciements vont tout d'abord à notre éditeur jean-Louis Schlegel, qui nous a témoigné une grande confiance tout au long de la conception de cet ouvrage. Nos remerciements vont tout spécialement à Deirdre Wilson, Michel Charolles, Jacques )ayez et Georges Kleiber, qui nous ont encouragés en permanence dans nos travaux, et les ont toujours accueillis avec bienveillance. Nos remerciements vont également à Antoine Auchlin et Jean-Marc Luscher, qui ont pris soin de relire le manuscrit de cet ouvrage. Enfin, Jacques Moeschler remercie la Faculté des lettres et le Département de linguistique de l'Univer- sité de Genève pour le congé sabbatique qui lui a été accordé afin de prépa- rer la rédaction de cet ouvrage.

Jacques Moeschler et Anne Reboul

TABLE DES SYMBOLES

"i/x 3x

1\

v

p

t (P)

Il-

agrammaticalit~

anomalie sémantique (degré crorssant d'l

• pour tout x ' (quilntificateur universel)

• il existe un >. (quantificateur existentiel)

« el• (connecteur logique de conjonction)

• ou» (conne<..teur logique de disjonction inclusive)

• ou • (connecteur logrque de disjonctron exclusive) si. .. alors (connecteur logique d'rmplrcation matérielle 0u de relation condrtronnelle)

• si et seulement si (connecteur logrque d'équivalence ou de relation hrtonditionnellel

, non • (opérateur logique de négation propo~itionnelle ou de négation interne)

« non » (operateur logique de négation externe)

« il e~t vrai que ... • (connecteur brvalent à une place) implication sémantrque

• n'est pas •dentique i'l •

ensemble des fonctions de S dans T e appartenance ensembliste

cp,IJI variables de propo~itions

P, Q variables de propositions x, y variables d'individus

IF.

VI 1 vrai., faux

•1.

ou ensemble des valeurs de vérité Kcp le locuteur sait que cb

Pp il est possible que p •

«;N ou NP syntagme nominal SV ou VP syntagme verbal

N nom

V verbe

A adjectif

(8)

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Dét déterminant

INFL inflexion

S phrase

pro pronom

N GN

M' p (ri p (r(m))

<

OR

<+P,+Q>

<-P,-Q>

<+P,-Q>

<-P, + Q>

A E li lri Ir Ed

Es Er

propriété dénotée par le nom commun N groupe nominal

espace parent de l'espace M propriété d'un rôle

propriété d'une valeur du rôle relatiorl de force argumentative relation d'orientation argumentative

.formes topiques

acte de langage intervention échange

intervention initiative intervention réactive-initiative intervention réactive

échange directeur échange subordonné échange réactif

TABLE DES SYMBOLES INTRODUCTION

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION

D

EPUIS UNE VINGTAINE 01 ANNÉES, l'usage du terme pragmatique s'est peu à peu affirmé dans la littérature linguistique, au point qu'il n'est pas inconvenant de parler de la pragmatique comme d'une branche des sciences du langage, voire de la linguistique. Les rapports entre la pragmatique et. la linguistique ne sont pas simples pour autant, et nous examinerons dans ce chapitre les différentes options qui se sont présentées aux linguistes pour définir la pragmatique.

D'une manière tout à fait générale, on définira la pragmatique comme l'étude de l'usage du langage, par opposition à l'étude du système linguis- tique, qui concerne à proprement parler la linguistique. Si l'on parle de l'usage du langage, c'est que cet usage n'est neutre, dans ses effets, ni sur le processus de communication, ni sur le système linguistique lui-même. Il est banal, en effet, de noter qu'un certain nombre de mots (les déictiques de temps, de lieu et de personne comme maintenant, ici, je par exemple} ne peuvent s'interpréter que dans le contexte de leur énonciation. Il est un peu moins banal de rappeler que, dans l'échange verbal, nous communiquons

1

beaucoup plus que ce que nos mots signifient. Il est encore moins banal de dire enfin que l'usage des formes linguistiques produit, en retour, une inscrip- tion de l'usage dans le système lui-même :le sens de l'énoncé consiste en un commentaire sur ses conditiOns d'usage, à savoir son énonciation.

L'histoire de la pragmatique n'est pas inexistante, mais elle est très peu étendue dans le temps (une trentaine d'années). Paradoxalement, la pragma- tique n'est pas une discipline qui est née d'un programme de recherche formulé abstraitement, comme c'est le cas pour la sémiologie par exemple, qui a suivi, dans sa tradition continentale tout au moins, le programme lancé par Saussure au début du siècle (cf. Saussure 1968). Le point de départ de la prag- matique peut être situé dans les travaux des philosophes du langage, et plus particulièrement dans deux séries de conférences données à l'Université Harvard (les William }ames Lectures) données en 1955 par john Austin (cf. Austin 1970) et en 1967 par Paul Grice (cf. Grice 1967 et 1989). Dans ces séries de conférénces, consacrées à la philosophie, Austin introduit une notion qui sera centrale pour la pragmatique, la notion d'acte de langage, défendant par là l'idée selon laquelle le langage dans la communication n'a pas pr1nci-

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1 8 INTRODUCTION

paiement une fonction descriptive, mais une fonction actionne! le :en utilisant le langage, nous ne décrivons pas le monde, mais nous réalisons des actes, les actes de langage. L'existence de faits linguistiques spécialisés dans l'indication des actes de langage a donc été l'un des premiers programmes de recherche que se sont donné les linguistes pour fonder la pragmatique.

Mais, parallèlement, les conférences de Criee ont été tout aussi déter- minantes, car Criee a montré que le langage naturel n'était pas, comme le pensaient à l'époque les logiciens et les philosophes analytiques, imparfait, mais que les relations logiques mises en œuvre par IE?s énoncés dans la communication (notamment ·]es relations d'implication et d'inférence) étaient gouvernées par des principes ou des règles fondés sur une conception ration- nelle de la communication. Dès lors, il devenait possible d'expliquer comment l'on communique plus que ce que l'on signifie par un énoncé. Comme Austin, Criee va à l'encontre de la tradition philosophique dont il est issu. Si Austin affirme le caractère non descriptif des énoncés, Criee défend la thèse selon laquelle les contenus communiqués indirectement dans la communication (ce qu'il appelle les implicatures) correspondent aux aspects non vériconditionnels des énoncéS. En d'autres termes, ce qui est implicité ne relève pas unique- ment du contenu informatif de l'énoncé dont on pourra dire qu'il est, selon les mondes ou les circonstances, vrai ou faux.

Les travaux d'Austin et de Grice ont donné. lieu, en très peu de temps, à une explosion de travaux d'origine scientifique d'orientations très diffé- rentes :philosophie du langage, linguistique, logique, psychologie cognitive, psycholinguistique, sociolinguistique, intelligence artificielle. Ces travaux ont permis non seulement de faire des avancées spectaculaires dans la connaissance que nous avons du fonctionnement des langues naturelles, mais ont également eu une incidence importante sur l'architecture de la linguistique, et ont notamment permis de poser de manière explicite les rapports entre la structure du langage et son usage, un problème que la tradi- tion structuraliste avait totalement laissé de côté. Plus précisément, la décou- verte des dimensions pragmatiques du langage a permis de poser les ques- tions suivantes : la pragmatique est-elle une composante de la linguistique?

peut-on parler de pragmatique linguistique? quel rapport la pragmatique entretient-elle avec d'autres disciplines, comme la philosophie, la psycholo- gie, la sociologie, l'intelligence artificielle?

1. LINGUISTIQUE ET PRAGMATIQUE

Lorsque nous disons à nos collègues linguistes que nous sommes« pragmati- ciens », nous provoquons souvent un silence significatif! Mais de quoi peut donc s'occuper un pragmaticien? Est-ce un linguiste, un philosophe, un psychologue? Les raisons de ces questions sont les suivantes.

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION 19

(i) Tout d'abord, les théories linguistiques dominantes (le générativisme comme le structuralisme) ont accordé peu d'importance à l'usagedu système linguistique. La linguistique s'est consacrée à l'étude du système (phonologie, morphologie, syntaxe, sémantique).

(ii) Cette perplexité a pour seconde origine l'incapacité qu'ont les linguistes à caractériser le domaine de la pragmatique par contraste avec les autres branches de la linguistique : la phonologie étudie le système phonologique des langues, ainsi que les règles phonologiques gouvernant la combinaison des phonèmes; la syntaxe étudie le système de règles sous-jacent à la gram- maire, définie comme un ensemble de conditions sur la grammaticalité des phrases d'une langue; enfin, la sémantique s'occupe de la structure du lexique, et des principes ou règles à l'origine de l'attribution d'une significa- tion à une phrase à partir de la signification des mots qui la composent.

La linguistique traite donc des modes de combinaisons entre des ensembles de sons et des ensembles de sens. Pour un linguiste de tradition générativiste, la linguis- tique (composée de la phonologie, de la syntaxe et de la sémantique) s'organise de la manière suivante : la composante principale est la syntaxe, dont le but est de fournir, à partir des structures-D (les anciennes structures profondes ou Oeep structures), des représentations syntaxiques, appelées structures-5 (anciennement structures de surface ou Surface structures), qui servent d'entrées aux composantes phonologiques (dérivant la forme phonétique, ou FP) et à la sémantique (dérivant la forme logique, ou FL) :

syntaxe structures-D

structures-S

forme phonétique forme logique

FiGURE 1

(10)

--~-~==-~~= .. -... .--===.."'''""'="'''""'"""-.,_,"~_:_:',.,~~~-:"'""""="''"'"'"-"'"""-···""-"'"'''''"''''" - - - -.... - - - -

20 INTRODUCTI.ON

Dans cette optique, il est compréhensible que le problème de l'usage du système linguistique soit considéré comme non pertinent. Mais certains faits liés à l'usage du langage ne peuvent être pris en compte dans la représentation du fonctionnemeQtdu langage comme système d'appariement <forme-sens>.

1.1. LES FAITS PRAGMATIQUES

Nous mentionnerons trois domaines de faits qui illustrent la nécessité de dépasser le modèle <forme-sens> et d'introduire la dimension pragmatique : les faits d'énonciation, d'inférence et d'instruction.

1.1.1. Enonciation

La découverte du rôle de l'activité énonciative sur la structure linguistique est certainement la plus importante de la pragmatique. L'argument procède en deux temps.

(i) Certains énoncés n'ont pas pour fonction de désigner un objet du monde : ils n'ont pas de fonction référentielle, mais une fonction auto-réfé- rentielle (ils réfèrent à eux-mêmes).

(ii) La fonction auto-référentielle n'est pas le fait de la situation ou du contexte, mais est indiquée, par une convention de langue, dans la structure de l'énoncé.

En voici quelques exemples : (1) Enoncés performatifs

Je te promets de venir.

Je t'ordonne de sortir.

Je te souhaite un bon voyage.

(2) Connecteurs

Pierre s'est marié, mais c'est un secret.

Donne-moi le tiercé, puisque tu sais tout.

Est-ce que tu es libre ce soir? Parce qu'il y a un bon film au cinéma.

(3) Négation

Jean n'est pas intelligent, il est très intelligent.

je ne suis pas son fils, il est mon père.

Il ne m'a pas demandé de sortir, il m'a mis dehors.

(4) Adverbes d'énonciation

Franchement, où étais-tu hier soir?

Sincèrement, je renoncerais.

Hélas 1 je ne peux rien pour vous.

(i) Les énoncés performatifs doivent se comprendre comme réalisant l'action qu'ils nomment (une promesse, un ordre, un souhait) : l'action réalisée est dépen- dante de l'énonciation de la phrase (si on peut ordonner par un geste, on rie peut promettre ou souhaiter qu'avec des mots). L'énonciation fait donc partie intégrante de

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION 21

leur signification. On parle de signification auto-référentielle lorsque la signification d'une phrase ou d'une expression linguistique fait allusion à son énonciation.

(ii) Certains-connecteurs pragmatiques (mais, puisque, parce que) ont des emplois dans lesquels les connexions qu'ils opèrent ne portent pas sur des contenus, mais sur des actes d'énonciation. Ainsi, dans Pierre s'est marié, mais c'est un secret, la connexion avec mais ne porte pas sur le fait que Pierre s'est marié, mais sur le fait de dire que Jean s'est marié. De même, dans Est-ce que tu es libre ce soir? Parce qu'il y a un bon film au cinéma, l'enchaînement à l'aide de parce que met en jeu la question elle-même, c'est-à-dire l'acte de poser une question, et non son contenu. Si l'allusion à l'énonciation fait partie du sens des verbes performatifs, l'enchaînement sur l'acte d'énonciation par les connecteurs est l'une des ·conditions d'emploi de ceux-ci.

(iii) Dans les exemples de négation, l'effet de la négation ne porte pas sur la propo- sition niée, mais sur son assertabilité, à savoir sur la possibilité même de l'affirmer.

Ainsi, le locuteur qui nie l'énoncé jean est intelligent en (3) ne nie pas l'intelligence de jean, mais la possibilité d'affirmer l'intelligence de jean, assertion qu'il conSidère comme insuffisante.

(iv) Les adverbes d'énonciation franchement et sincèrement ne qualifient pas un fait ou un contenu de franc et de sérieux, mais une énonciation (respectivement, laques- tion- ou la réponse- et l'assertion). De même, hélas qualifie l'énonciation elle-même comme l'expression d'un regret ou d'un .acte d'excuse.

1.1.2. Inférence

Information linguistique,

information

non linguistique et principes pragmatiques·

La deuxième grande catégorie contient des faits pragmatiques relevant de l'inférence. Certains énoncés ont la propriété d'impliquer d'autres énoncés.

Ainsi, (5) et (6) impliquent respectivement que Max n'est pas marié, que le taxi est tombé en panne et que nous avons manqué l'avion :

(5) Max est célibataire.

(S') Max n'est pas marié.

(6) Si le taxi n'était pas tombé en panne, nous n'aurions pas manqué l'avion.

(6') le taxi est tombé en panne-et nous avons manqué l'avion.

Ces implications ~ne demandent pas, pour être tirées, que l'énoncé soit complété par des informations non linguistiques, c'est-à-dire contextuelles.

Dans ·certains cas, cependant, la communication peut ne pas être littérale, et faire appel au contexte.

Ainsi, dans les exemples (7) à (9), le locuteur ne communique pas littéralement ce que les mots de la phrase signifient, mais bien plus :

(7) A Quelle heure est-il?

B le facteur vient de passer.

(11)

----.---

''

22 INTRODUCTION

(8) Peux-tu me passer le sel ? (9) Cette chambre est une porcherie.

En (7), la réponse de B n'est cohérente (ou pertinente) avec la question que s'il est mutuellement manifeste pour A et B que le facteur passe à une heure qu'ils connais- sent tous les deux (par exemple 10 heures); en (8), le locuteur ne s'inquiète pas de la capacité de son auditeur à passer le sel, mais lui demande le sel; en (9), la chambre décrite comme une porcherie n'est pas une vraie porcherie (où l'on élève des porcs}, mais ressemble à un degré élevé (saleté, désordre) à une porcherie.

i( (

Une des tâches de la pragmatique est d'expliquer comment un auditeur Peut arriver à comprendre une énonciation de manière non littérale et pour- /quoi le locuteur a choisi un mode d'expression non littérale plutôt qu'un

\mode d'expression littérale. En d'autres termes, la pragmatique a pour tâche [de décrire, i). l'aide de principes non linguistiques, les processus d'inférence (nécessaires pour accéder au sens communiqué par l'énoncé, Dans les énon-

cés (7) à (9), il est nécessaire d'ajouter à l'information linguistique véhiculée par l'énoncé de l'information non linguistique (dite contextuelle) nécessaire pour le processus inférentiel. Les théories pragmatiques divergent sur la nature des principes qui sont à l'origine de la recherche des informations non linguistiques :principe de coopération chez Criee (1975), principe de perti- nence chez Sperber et Wilson (1986 a) et (1989), topoi chez Anscombre et Ducrot (1983).

Phrase versus énoncé, signification versus sens

Une distinction fondamentale utilisée en pi·agmatique peut être ici introduite.

C'est l'opposition entre la phrase et l'énoncé. Par définition, la phrase est l'objet de la linguistique :elle est principalement caractérisée par sa structure syntaxique et par sa signification, calculée sur la base de la signification des mots qui la composent. Dans cette acception, la phrase est une entité abstraite, le produit d'une théofie. Mais dans la communication, les locuteurs n'échangent pas des phrases : ils échangent des énoncés. Un énoncé corres- pond en effet à une phrase complétée par les informations que l'on tire de la situation dans laquelle elle est énoncée. Un énoncé est donc le produit de l'énonciation d'une phrase. Si la phrase est l'objet de la linguistique, l'énoncé est l'objet de la pragmatique.

Il faut noter que l'énoncé, défini comme l'énonciation d'une phrase, peut être interprété de deux manières différentes : soit comme occurrence, soit comme type.

L'énoncé-occurrence (le token de la terminologie anglo-saxonne), c'est le résultat particulier de l'occurrence particulière d'une phrase. L'énoncé-type, c'est par contre l'ensemble des caractéristiques communes associées aux différentes occurrences de la même phrase. Pour prendre un exemple trivial, la phrase If pleut peut donner lieu à un grand nombre d'occurrences, variant quant aux locuteurs, aux moments, aux lieux, et

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION 23

à d'autres aspects (intentions, croyances, etc.) de la situation d'énonciation. D'un autre côté, tous ces énoncés-occurrence ont un point commun : ils consistent en l'énonciation de la même phrase. L'énoncé-type, c'est donc ce qu'il y a de commun à l'ensemble des énoncés-occurrence de la même phrase.

NB : On notera que pour que la pragmatique puisse se donner un objet, il est nécessaire de faire la •distinction entre énoncé-type et énoncé-occurrence.

Sinon, le pragmaticien en serait réduit à l'analyse d'énoncés-occurrence parti- culiers, dont la description, bien que complexe, serait difficilement complète.

Si à la phrase est associée une signification, à l'énoncé est associé non pas une signification, mais un sens (cf. Ducrot 1980 a, 1984, chapitre 8). Il faut comprendre ici la signification de la phrase comnie le produit d'indications linguistiques qui la composent (les instruCtions dans la terminologie de Ducrot, cf.§ 1.1.3); elle est calcu- lée par le composant linguistique (cf.§ 3.2 et chapitre 7, § 3.1). En revanche, le sens de l'énoncé, c'est la signification de la phrase plus les indications contextuelles ou situationnelles calculables à partir du composant rhétorique. Le recours aux lois de discours est notamment du ressort du composant rhétorique, dont le produit corres- pond au sens de l'énoncé.

1.1.3. Instruction

L'une des originalités· des analyses pragmatiques a été de concevoir la signifi- cation des phrases comme le produit d'instructions attachées à des mots de la langue. Le concept d'instruction a surtout, à la suite des travaux d'O. Ducrot (cf. Ducrot et al. 1980 et Anscombre et Ducrot 1983), été utilisé pour ce qu'il a appelé les «mots du discours)), et notamment les connecteurs, à savoir des conjonctions, locutions, adverbes sans signification référentielle, dont la fonction semble varier suivant leur environnement linguistique. En face des énoncés en (1 0), on peut en effet se demander quelle est la partie commune de la signification attachée à mais :

(1 O) a. "le temps n'est pas beau, mais mauvais.

b. Le temps n'est pas beau, mais j'ai envie de prendre l'air.

c. Le temps n'est pas beau, mais la pluie va arroser les champs.

e. Le temps n'est pas beau.- Mais un rayon de soleil éclaire le sàlon.

f. Mais venez donc dîner ce soir.

Dans ces exemples, un même mot produit des effets de sens différents. L'un des apports principaux de la pragmatique a été de considérer ces effets comme Je résultat d'emplois d'une même unité lexicale, et non comme le résultat d'emplois d'unités lexicales différentes.

NB : Cette question est plus cruciale pour le cas de (1 0 a) relativement aux autres emplois de mais, car un certain nombre de langues différencient lexicale- ment deux mais (cf. ali. sondern/aber, esp. sino/pero, et la description de mais donnée dans Anscombre et Ducrot 1977).

(12)

24 ! NT R 0 DU CT 10 N

L'intuition qui est à l'origine de l'analyse des connecteurs est que leur signification correspond à une instruction sur la manière d'interpréter la connexion entre propositions. L'<< analyse instruction ne! le)) vise donc à donner un schéma général de fonctionnement du « mot instruction ne! )) , schéma formulé à l'aide de variables. Par exemple, pour une séquence P mais

Q,

le schéma instructionnel peut prendre la forme suivante :«de P, tirez la conclu- sion R, de Qtirez non-Ret de P mais

Q,

tirez non-R» (cf. Anscombre et Du crot 1977, Ducrot et al. 1980, Ducrot 1980 b). Ainsi, l'exemple (11) recevra l'ana- lyse instructionnelle (12) :

(11) Il fait beau, mais je suis fatigué.

(12) a de P (il fait beau), tirez la conclusion R (allons nous promener) b. de Q (je suis fatigué), tirez la conclusion non-R (n'allons pas nous

promener)

c. de P mais Q, tirez la conclusion non-R.

1.2. SYNTAXE, SÉMANTIQUE ET PRAGMATIQUE

1.2.1. Systèrrie de la langue el usage du système de la langue

Les faits examinés montrent que l'objet de la pragmatique n'est pas indépen- dant de la linguistique. Dans les années soixante-dix, on avait tendance à définir la pragmatique comme "la poubelle de la linguistique». Cette expression signifie que la pragmatique avait pour tâche de résoudre tous les problèmes non traités par la linguistique (entendue comme la phonologie, la syntaxe et la sémantique). Vue sous cet angle, la pragmatique aurait dû donner lieu à un corps inarticulé et consister en un ensemble de faits margi- naux, ceux que ne voulait ou ne pouvait aborder la linguistique. Heureuse- ment, des définitions plus positives ont vu le jour, définitions qui assignent

à la pragmatique la fonction de traiter d'un point de vue non linguistique certains problèmes (syntaxiques et sémantiques) considéréS comme relevant de la théorie linguistique. Dans cette conception, la pragmatique n'est plus une poubelle, mais un moyen de simplifier la linguistique.

L'un des principes méthodologiques utilisés est ce que Criee (1978) a appelé le ((principe du rasoir d'Occam modifié))' selon lequel il n'est pas bon d'accumuler les significations attachées à un morphème. Si un mot ou une expression a plusieurs sens en usage, c'est la conséquence non pas de l'organisation du système lexical, mais d'un principe pragmatique appliqué à l'énoncé.

Prenons deux exemples pour illustrer ce point : (13) a. Le drapeau est blanc.

b. Le drapeau est blanc et bleu.

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION

(14) a. Jean est tombé dans le précipice et s'est cassé la jambe.

b. Jean s'est cassé la jambe et est tombé dans le précipice.

25

L'idée est qu'il serait trop coûteux pour la linguistique de décrire l'adjectif blanc en (13) comme ayant deux significations, que l'on peut paraphraser respectivement par «entièrement blanc>> et «partiellement blanc>> : si le drapeau est dit blanc, on en conclut qu'il n'est que blanc, mais s'il est dit blanc et bleu, il ne sera pas que blanc, mais blanc en partie seulement. Paral- lèlement, en (14), et ne décrit pas la même séquence d'événements: l'ordre des propositions (Pet Q versus Q et P) détermine la succession temporelle.

Or l'ordre séquentiel est une propriété qui sépare le et des langues naturelles du connecteur logique de conjonction (A), pour lequel il n'y a pas de diffé- rence sémantique entre P À Q et Q À P.

Comment expliquer ces phénomènes? Dans le cas de blanc, il a été suggéré (cf. Cazdar 1979, Levinson 1983, Cornulier 1985) de donner une seule signification à blanc, indépendante de l'opposition entièrement/partiel- lement, et d'expliquer les sens de blanc associés à (13 a) et à (13 b) par le recours à une règle pragmatique, la maxime de quantité. Cette règle demande de donner autant d'information qu'il est requis (Criee 1975). Si le locuteur est coopératif et énorice (13 a), l'auditeur pourra tirer la conclusion que le drapeau est entièrement blanc, en vertu de la règle de quantité. De même, si le locuteur est coopératif et énonce (13 b), l'interlocuteur compren- dra d'une part que le drapeau est d'une autre couleur que blanc, en vertu de la règ[e de qualité qui demande de n'énoncer que ce que l'on croit vrai, et que le drapeau n'a pas d'autre couleur que le blanc et le bleu (en vertu de la règle de quantité).

Le même raisOnnement vaut pour et: l'effet temporel et causal n'est pas le propre de et (['imité à ses propriétés logiques), mais correspond à l'effet d'une règle Conversationnelle (la maxime d'ordre) :si une suite de propositions P, Q, Rest don- née dans cet ordre, alors l'interlocuteur est, sauf indication contraire, autorisé à comprendre.que P, Q, R sont temporellement, voire causalement, ordonnées.

La différence entre la syntaxe et la sémantique d'une part, et la pragma- tique d'autre part est donc une opposition entre système (de la langue) et usage de ce système. D'une manière générale, on peut représenter la place de la pragmatique relativement à la linguistique par la figure 2 (voir page suivante).

Ce schéma fait intervenir deux niveaux d'appréhension de la langue :celui du système, et celui de l'usage du système. Le système est défini comme composé d'une syntaxe et d'une sémantique, la syntaxe dérivant les formes de surface produites par les règles de bonne formation, la sémantique une forme logique par l'intermédiaire de règles de composition. L'ensemble constitué d'une forme de surface et d'une forme logique constitue la signification de la phrase (par opposition au sens de l'énoncé). La

(13)

26

langue

système

~

syntaxe

règles de bonne formation

sémantique

règles,de composi,tion

1

< forme de surface, forme logique >

1

(signification,

fiGURE 2

INTRODUCTION

usage du système

pragmatique

1

lois de discours

interprétation)

signification en langue doit donc être complétée :c'est là le rôle de la pragmatique. La pragmatique a pour tâche de donner une interprétation complète de la phrase qui fait l'objet d'une énonciation (à savoir l'énoncé). Lorsque l'on parle d'interprétation, on fait donc référence au processus qui assigne à un énoncé une valeur, celle qui est communiquée.

1.2.2. Encodage, instruction et inférence

L'organisation du système linguistique relève de ce que l'on appelle en gêné- ralle code linguistique. Nous avons vu que la pragmatique n'a pas pour objet le code linguistique, mais son usage. Cela dit, nous allons voir que les rela- tions entre code et usage sont plus complexes que la séparation entre linguis- tique et pragmatique ne le laisse entendre. En effet, les faits pragmatiques examinés jusqu'ici illustrent deux ensembles de notions : l'opposition enco- dage/inférence et l'opposition instruction/inférence.

Encodage et inférence

Certaines informations sont encodées linguistiquement, d'autres sont déri- vées par inférence pragmatique.

Comparons à cet effet deux manières de demander le sel à table : (15) a. La soupe manque de sel.

b. Peux~tu me passer le sel ?

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION 27

La valeur de demande de (15 a) n'est pas encodée linguistiquement. L'énoncé ne signi- fie pas linguistiquement<< passe-moi le sel ))1 ni même<< tu as encore oublié de saler la soupe>> :il signifie littéralement ce qu'il dit, à savoir que la soupe n'est pas assez salée.

Pour comprendre l'énoncé (15 a) comme signifiant« passe-moi le sel>>, l'auditeur doit effectuer une inférence, du type « le locuteur m'a dit P pour signifier Q >>.

Qu'en est-il de (15 b)? Littéralement, le locuteur ne demande pas le sel :il pose une question. Mais la forme utilisée (pouvoir) encode la valeur de demande, car son synonyme (être capable) ne reçoit que la valeur de question (cf. (15 c)) :

(15) c. Es-tu capable d~ me passer le sel?

Être capable est synonyme de pouvoir, mais n'encode pas la valeur de demande.

En (15 b), il y a donc encodage et inférence, car la demande est exprimée via une question.

Instruction et inférence

Les aspects pragmatiques de l'interprétation ne sont donc pas tous iden- tiques. Certains sont inférentiels, certains sont liés à la langue, c'est-à-dire encodés linguistiquement. Mais il existe une catégorie particulière d'infor- mation pragmatique encodée linguistiquement que recouvre le concept d'instruction : l'information procédurale. L'information procédurale a deux caractéristiques :elle est non vériconditionnelle (elle ne touche pas la valeur de vérité de la phrase) et elle concerne la manière dont l'information doit être traitée pour être interprétée.

(i) Aspects non vériconditionnels : l'exemple de et temporel est un bon exemple des aspects non vériconditionnels de l'énoncé. Un autre exemple, plus spectaculaire, est donné par la négation (cL Horn 1985). Dans les emplois de négation métalinguistique, qui touchent l'assertabilité d'une proposition, l,a négation n'affecte pas la valeur de vérité de la proposition, comme en (16) :

(16) Anne n'a pas trois enfants, elle en a quatre.

Dans (16), il n'est pas vériconditionnellement nié que Anne a trois enfants, parce que avoir quatre enfants implique logiquement en avoir trois. On dira ici que la négation ne touche pas les aspects vériconditionnels de l'énoncé, mais ses aspects non véri- conditionnels, et notamment son implicature conversationnelle (17) :

(17) Anne a trois et seulement trois enfants.

En effet, si je dis à mon interlocuteur que Anne a trois enfants, j'implicite qu'elle n'en a pas plus et qu'elle n'en a pas moins, et cela en vertu de la règle de quantité, qui l'autorise à conclure que j'ai donné l'information la plus forte.

(ii) Aspects procéduraux: le concept de procédure peut être exemplifié par les connecteurs. L'une des caractéristiques des connecteurs est de donner un ensemble d'instructions sur la manière d'interpréter un énoncé. En effet, ces

(14)

28 INTRODUCTION

mots ne sont associés à aucun concept particulier. Ainsi, on ne verrait pas bien quel concept représente si dans les exemples (18) :

(18) a. Si j'avais su, je ne serais pas venu.

b. Si tu-rentres après dix heures, tu seras puni.

c. Si Paris est la capitale de la France, Lyon est la capitale des Gaules.

d. Si tu as soif, il y a de la bière dans le frigo.

En (18 a), si est dit contrefactuel et n'a pas le sens du si de conditiOn suffisante (si impli- catif) dans lequel si P alors Qest vrai si et seulement si Pest faux ou Qest vrai. En (18 b), si a la valeur inverse du si logique : (18 b) communique si non-P, alors non-Q, à savoir si tu rentres avant dix heures, alors tu ne seras pas puni; en effet si non-P, alors Q (si tu rentres avant dix heures, alors tu seras pum), bien que logiquement vrai, est pragmati- quement faux. En (18 c), on parle de si concessif, paraphrasable par bien que ou même si ;enfin, (18 d) renvoie à l'usage« performatif>) :au cas où tu aurais soif, je t'informe/te signale qu'il y a de la bière dans le frigo. Aucun concept ne peut donc être associé à si.

Cela dit, tout sujet parlant français est capable de comprendre les énoncés (18): il dispose donc d'informations d'une autre nature que l'information conceptuelle. Nous ÇJUalifierohs cette information de procédurale (cf. Wilson et Sperber 1990).

La conséquence de ces faits est que le rapport entre système linguistique et usage est plus complexe que ne l'indique la figure 2. On peut représenter dès lors le rapport entre code linguistique et usage de la manière suivante :

nature de l'information pragmatique

linguistique

~

encodage conceptuel

encodage procédural

~

aspects vériconditionnels

adverbes d'énonciation

aspects non vériconditionnels

négation connecteurs métalinguistique

Instructions

FIGURE 3

non linguistique

1

inférentielle

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION 29

Nous arrivons ainsi à la conclusion que la pragmatique s'occupe à la fois des aspects inférentiels et linguistiques de l'encodage conceptuel et procédural. La séparation entre code et usage est donc partielle, de même que celle existant entre inférence et instruction et la pragmatique s'occupe de tous les aspects pertinents pour l'interprétation complète des énoncés en contexte, qu'ils soient liés ou non au code linguistique.

2. LES ENJEUX DE LA PRAGMATIQUE

La pragmatique n'a pas bouleversé fondamentalement la géographie des études sur le langage. Mais son domaine de recherche soulève des questions qui ne sont pas sans incidence sur l'ensemble de la linguistique. On peut formuler ces questions de la manière suivante :

(i) La pragmatique relève-t-elle de l'étude de la compétence ou de la performance ?

(ii) La pragmatique est-elle une composante de la linguistique ou est-elle au contraire indépendante de la linguistique?

(iii) La pragmatique est-elle indépendante ou non d'une théorie de la cognition?

2.1. COMPÉTENCE ET PERFORMANCE

On rappellera que, dans la tradition de la linguistique chomskienne, la dis- tinction entre compétence et performance concerne la différence entre ·les connaissances (i.e. les informations disponibles par un organisme) qu'un locu- teur-auditeur idéal a de sa langue et l'actualisation de ces connaissances dans

la production d'énoncés lors de la communication (cf. Chomsky 1971 ). Cette distinction est cruciale, car elle a permis à la linguistique moderne de définir son objet : un système complexe de règles (phonologiques, syntaxiques, sémantiques) intériorisées par le sujet parlant.

La distinction entre compétence et performance reprend dans ses grandes 1 ignes l'opposition saussurienne entre langue et parole. Cependant, la différence essentielle entre compétence et performance d'une part et langue et parole d'autre part tient au fait' que la parole est définie chez Saussure (1968) comme un acte individuel et la langue comme un <<trésor)) collectif, alors que la compétence chez Chomsky n'est pas le propre d'une communauté, mais d'un sujet parlant (cf. Ducrot et Todorov 1972).

La question que s'est posée la théorie linguistique, lorsque l'étude du.

système a été complétée par l'étude de son usage, concerne la nature des faits pragmatiques :relèvent-ils de l'étude de la compétence ou de l'étude de la performance? Deux types de réponses ont été données à cette question.

(15)

30 INTRODUCTION

(i) Dans la tradition inaugurée par Grice (1975), la pragmatique est conçue comme une théorie de la performance (cf. Kempson 1975, Wilson 1975, Smith et Wilson 1979) : l'opposition linguistique/pragmatique correspond à l'opposition compétence/performance. En effet, les principes ou règles pragmatiques ne concernent pas la compétence linguistique (à savoir une connaissance du sujet parlant sur le fonctionnement de sa langue), mais une théorie de la performance (à savoir un ensemble de connaissances et de capacités à utiliser la langue en situation).

NB : le concept de performance reçoit ici un sens différent de celui de la tra- dition générativiste. Pour Chomsky, la performance définit l'ensemble des

<<productions linguistiques>>. La pragmatique, dans son orientation gricéenne, est une approche de la compréhension, et non de la production langagière.

(ii) Dans la tradition francophone inaugurée par Benveniste (cf. Benveniste 1966 et 1974) et poursuivie par Ducrot (cf. Ducrot 1972, 1973, 1980 c, 1984, 1989), la pragmatique ne relève pas de l'étude de la performance, mais de la compétence : les aspects pragmatiques sont encodés dans la langue et la langue conti·ent des instructions sur ses usages possibles. C'est la théorie de la pragmatique intégrée.

2.2. PRAGMATIQUE INTÉGRÉE ET PRAGMATIQUE RADICALE

2.2.1. Pragmatique intégrée

Le terme pragmatique intégrée la sémantique) a été popularisé dans le cadre des analyses pragmatiques faites autour de ).-C. Anscombre et O. Ducrot et recouvre essentiellement leur théorie de l'argumentation. Les travaux relevant de la théorie de l'argumentation visent à défendre les deux thèses suivantes.

(i) La première thèse de la pragmatique intégrée consiste à défendre une conception ascriptiviste du langage, selon laquelle les énoncés ne communi- quent pas des états de faits (leur fonction de représentation) mais des actions, i.e. des actes de langage (comme ordonner, promettre, souhaiter, asserter, argumenter). Les thèses ascriptivistes s'opposent à ce titre aux thèses descrip- tivistes des théories radicales.

On se trouve ici en face d'une opposition classique dans la compréhension et la description du langage. Le courant de la linguistique structurale a insisté sur les rapports entre langage et communication (cf. les différentes fonctions du langage dans la communication décrites par jakobson 1963) :dans cette tradition, le langage a une fonction principalement communicationnelle. A l'opposé, la tradition de la grammaire générative (dOnt Chomsky revendique la filiation rationaliste, cf. Chomsky 1969) a défendu des thèses « représentationnalistes >> : le langage a une fonction de représentation, celle d'exprimer des idées, sa fonction communicationnelle n'étant que seconde. Il n'est dès lors pas surprenant que les thèses pragmatiques d'orienta- tion formaliste et cognitiviste aient adopté le point de vue représentationnaliste, alors

'

(

1

PRAGMATIQUE, LINGUISTIQUE ET COGNITION 31

que les travaux d'inspiration et de tradition structuralistes ont opté pour le courant ascriptiviste.

(ii) La deuxième thèse de la pragmatique intégrée est la thèse de la sui·

référence (ou auto~référence) du sens, que l'on peut résumer à travers la formule :«le sens d'un énoncé est une image de son énonciation» (cf. Ducrot 1980 a). Cette formule s'interprète de la manière suivante : comprendre un énoncé, c'est comprendre les raisons de son énonciation. Décrire le sens d'un énoncé, c'est donc décrire le type d'acte que l'énoncé est censé réaliser. Cette thèse est fondée sur des «faits pragmatiques>> qui se caractérisent par l'ins- cription conventionnelle de la description de l'énonciation dans le sens de l'énoncé (cf. les exemples décrits au paragraphe L 1.1).

Cette thèse n'est pas très éloignée de l'hypothèse performative associée au courant de la sémantique générative. La sémantique générative, représentée notam- ment par des linguistes comme Ross (1970), Lakoff (1972 a), McCawley (1981 ), Sadock (1974), s'est développée principalement à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix dans le but d'intégrer la sémantique à la syntaxe (cf. Gal miche 1975 pour une synthèse). L'idée est que (i) les structures syntaxiques profondes sont des structures sémantiques de type prédicat-argument et que (ii) toute phrase est dominée en structure profonde par un prédicat performatif abstrait, qui est responsable de la force illocutionnaire de l'énoncé. Ainsi, une phrase comme (19) aura pour structure profonde (simplifiée) (20) :

(19) Les taux d'intérêt grimpent.

(20) j'affirme que les taux d'intérêt grimpent.

2.2.2. Pragmatique radicale

A la conception intégrée de la pragmatique, on peut opposer une concep- tion radicale : la pragmatique n'est pas partie intégrante de la sémantique, elle en est séparée. L'argument est le suivant : l'interprétation des énoncés fait intervenir des aspects à la fois vériconditionnels et des aspects non véri- conditionnels.

Aspects vériconditionnels

Ils relèvent de la sémantique (vériconditionnelle) et sont traités dans le cadre de la sémantique formelle, qui utilise des logiques comme le calcul des prédicats ou la logique intensionnelle (cf. Allwood, Andersso~ et Dahl 1977, McCawley 1981, Dowty, Wall et Peters 1981, Chierchia et McConneii-Ginet 1990, Gal miche 1991 pour des introductions à la sémantique formelle).

Parmi les aspects vériconditionnels classiques, on trouve le problème de la portée des quantificateurs (chaque, tous, un, le, etc.). Ainsi, la phrase (21) est séman- tiquement ambiguë, car elle reçoit les deux lectures logiques (22), décrivant des conditions de vérité différentes :

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