LES
PRÉFÉRENCES
ALIMENTAIRES DESPORCELETS
III. -APPÉTEBCE
DEQUELQUES CÉRÉALES
E. SALMON-LEGAGNEUR R.
FÉVRIER
Station de recherches sur
l’ÉIe!-aÏe,
C. I!. R. Z., Jouy-en-Josas.Dans une étude antérieure
(S!!,nTO!-I,!;G:!UV!uR, FÉVRIER, 1955 ),
nous avions montré que les
porcelets
semblaientpréférer
les alimentsgranulés
aux farines. Cette observation tirait sonimportance
de la dif- ficultéqu’il
y a souvent de faire consommer, auporcelet
nonsevré,
desaliments autres que le lait maternel.
Dans ce même domaine
d’investigation
desgoûts
duporcelet
sousla mère, on
pouvait
se demander si lescéréales,
dont lesgrains
seprésentent
comme une sorte de
granulé naturel,
nepourraient
de ce faitprésenter
un intérêt
particulier.
Comme,
parailleurs,
les céréalespeuvent figurer
dans desmélanges
alimentaires destinés à ces mêmes
porcelets,
ilimportait,
afin d’orienter le choix sur certaines d’entreelles,
de connaîtreintrinsèquement
ledegré d’appétence présenté
par chacune.( 1
) Avec la collaboration technique de bI’_1f. J. RETTAGUATt, A. CRUDE et J. BESSON.
Or,
les informations concernant «l’appétence
» des céréales desti-nées aux
porcelets
sous la mère sont très peu nombreuses.Il ressort,
toutefois, d’expériences
de CARROL( 1942 )
et de TERRILL(
1951
),
que les consommations de certaines céréales oupréparations
decéréales
peuvent
être très différentes.Il nous a donc paru intéressant
d’essayer
d’établir le classement des différentes céréalesusuelles,
telqu’il
ressort ducomportement
ali- mentaire duporcelet.
On
pouvait,
dans cedomaine,
se poser notamment lesquestions
suivantes :
1
0
Quelles
sont, sous leur forme brute(grains
distribuésentiers),
les céréales les
plus appréciées
par leporcelet?
Comme nousl’indiquons,
l’intérêt de ce mode de
comparaison
vient de cequ’il peut paraître
pro- fitable de distribuer auxporcelets
les aliments sous une formegrossière
ou
granulée, plutôt qu’en farine.
2
° Certains
traitements, décortiquage (pour l’avoine)
ou concas-sage
(pour
laféverole), permettent-ils
d’accroîtrel’appétence
des cé-réales ? 3
0 l,es différences
d’appétence
observées sur des céréales distri- buées engrains
entierspeuvent-elles
se relier au «goût
» ou à laprésen-
tation de chacune de ces céréales?
4
0 Quelles conséquences l’appétence
des céréalespeut-elle
entraînersur la consommation et la croissance des
porcelets?
Nous avons donc
entrepris
un certain nombred’expériences
pour tenter derépondre
à cesquestions.
Ellescomportaient
l’étude de« l’appé-
tence » des céréales dont
l’usage
estrépandu
en France :blé, avoine,
orge,seigle,
maïs et féverole.PROTOCOLE
EXPÉRIMENTAL
Quatre
sériesd’expériences
furent réalisées. Ellesportèrent
sur9
8 portées
deporcelets
de notreélevage,
soit8 5 g porcelets répartis
suivantle
plan expérimental rapporté
au tableau II.De la naissance au sevrage, les
porcelets
étaient laissés avecleur mère, mais ils recevaient une alimentation
séparée
àpartir
du10
’’
jour.
A ce moment, on offrait aux
porcelets
dechaque portée
une ouplu-
sieurs
céréales,
suivantl’expérience
en cours, et un aliment témoin. Ces aliments étaientprésentés
dans despetits
distributeursautomatiques
à deux
compartiments séparés (fig. i).
I,’aliment
témoin était un alimentgranulé
pourporcelets
contenant140 g de matières azotées
digestibles
parkg,
pour une richesseénergé-
tique
de 0,94 U. F. parkg ( 1 ).
Iqa consommation de cet aliment servait de base pourl’appréciation
del’appétence
des céréales.( 1
) La composition de cet aliment figure dans un précèdent travail (Snl,!tps-LLCncwuR et FÉ V
RIER, i9$J)-
De
façon
à éviter toutphénomène
d’accoutumance desporcelets
àla
place
des aliments dans lesdistributeurs, l’emplacement
de ceux-ciétait modifié
chaque jour.
A
partir
du4 g e jour après
lanaissance,
lesporcelets recevaient,
pour lespréparer
au sevrage, deux repas humides de l’aliment témoin.On
notait,
pourchaque portée
deporcelets,
lesquantités
d’alimentsconsommées entre le IOe et le
q.g e jour.
Cesquantités
étaient ensuite rap-portées
à la consommation d’unporcelet.
EXPÉRIENCE
1Dans cette
expérience,
lesporcelets
dechaque portée
ne recevaientque deux aliments : une céréale et l’aliment témoin.
L’appétence
de lacéréale était déterminée par le
rapport
des consommations de ces deux aliments. Desrépétitions
surplusieurs portées (6
à 8 suivant la céréaleétudiée) permettaient de déterminer des appétences
moyennes.
Les résultats de cette
expérience figurent
au tableau III.Il
apparaît
dans ce tableau que certaines céréales distribuées engrains
entiers sontplus appétentes
que l’aliment témoin. Onpeut
remar- quer, notamment, que ces céréales sontparmi
celles dont la teneur en cel- lulose est laplus
faible(blé, seigle).
EXPÉRIENCE
IIOn
pouvait
donc se demander si certains traitementsphysiques,
propres à diminuer la teneur en cellulose ou la dureté du
grain, pouvaient
provoquer une modification de
l’appétence
des céréales les moinsappré-
ciées
(avoine, féverole, maïs).
Dans ce
but,
nous avonsétudié,
de la mêmefaçon
que dansl’expé-
rience
I, l’appétence des produits
suivants : avoine décortiquée (c’est-
à-dire dont on a
supprimé
lesglumelles
par un traitementmécanique),
maïs et féverole concassés. I,es résultats sont donnés au tableau IV.
En
comparant
ces résultats à ceux du tableau III, onpeut
faire les constatations suivantes :1
0 La
suppression
desglumelles
de l’avoine(gruau d’avoine) a eu
pour
conséquence
d’améliorer considérablementl’appétence
de cettecéréale la
plaçant,
sous cetteforme,
en tête de toutes les autres.2
° Le concassage n’a pas amélioré
l’appétence
du maïs et de laféverole. Cette observation confirme celles de C!RRO!,r.
( 1942 ),
T!RRyr,(ig5i)
et NELSON( 1953 ).
EXPÉRIENCE
IIIOn
pouvait
aussi se demander si le choix que leporcelet
faisait entredifférentes céréales reflétait bien les différences de
goût
de cescéréales,
ou si d’autres facteurs comme la
forme,
la texture, voire la couleur dugrain,
intervenaient dans cette discrimination.Pour
préciser
cepoint,
nous avons recommencél’expérience
I enoffrant aux
porcelets
les différentes céréales sous une même forme gra- nulée.Dans ce
but,
les différentes céréales offertes auxporcelets
étaientpréalablement broyées
etpressées
à sec engranulés
de 5 mm de dia-mètre.
Pour
alléger
ledispositif expérimental cependant,
le nombre desaliments offerts aux
porcelets
était réduit àquatre (trois
céréales et unaliment
témoin).
Les aliments étaientprésentés
simultanément dans deux distributeurs auxporcelets
d’une mêmeportée.
Cettefaçon
de pro- céder devait donner des résultats moinsprécis
que celleemployée
dansles
expériences
I et II, mais elle avaitl’avantage
de nécessiter Un nombrebeaucoup plus
faible d’animaux.Les résultats furent les suivants
(tableau V).
La
comparaison
de ces résultats à ceux desexpériences
I et II montreque l’avoine
décortiquée, l’orge
et le maïs conserventsensiblement,
sousla forme
granulée, l’appétence qu’ils
avaient sous la forme degrains
en-tiers.
EXPÉRIENCE
IVInexpérience
II avait montré que lesporcelets
semblaientpréférer
l’avoine
décortiquée
aux autres aliments(y compris
l’alimenttémoin).
Il
pouvait
alorsparaître
intéressant de voir si cette différenced’ap- pétence
étaitsusceptible
de provoquer des différences deconsommation, lorsque
l’un ou l’autre aliment était distribué seul etsi,
dans ce cas, lacroissance des
porcelets
en était affectée.32
portées
deporcelets, réparties
en deux groupes aussi semblables quepossible, reçurent
pour seul alimentjusqu’au 49 e jour après
la mise-bas de l’avoine
décortiquée,
ou de l’aliment témoingranulé.
On notaitdans
chaque
cas les consommations d’aliment et lepoids
au sevrage desporcelets.
Les résultats de cette
expérience
sontrapportés
au tableau VI. Ilsfont ressortir une différence de consommation
(significative
à P =0 , 05 )
et une différence de croissance des
porcelets (non significative)
en faveurde l’avoine
décortiquée.
EXAMEN DES
RÉSULTATS
a)
Le classement des différentes céréales selon leurappétence,
pour leporcelet,
semble s’établir commesuit,
à l’issue desexpériences
I et II :Avoine
décortiquée,
’Blé,
Seigle,
(Aliment témoin), Orge,
Avoine, Féverole,
Maïs,Féverole
concassée,
Maïs concassé.
On
peut
remarquer, notamment, que les céréales lesplus appétentes
sont celles dont les
grains
sont peu riches en cellulose ou de faible dureté.b)
Les résultats del’expérience
III, danslaquelle
certaines céréales étaient distribuées sous une même formegranulée,
semblent montrer que les céréalespossèdent
uneappétence
proprequ’elles
conservent,quelle
que soit leur
présentation.
Ceci est
important
et doitpouvoir
trouver uneapplication pratique
dans l’utilisation de céréales
appétentes
au sein desmélanges
alimentaires destinés auxporcelets.
c)
Ilimportait
de vérifier que les différencesd’appétence
des céréalespouvaient
entraîner des différences de consommation effectives. Dansl’expérience
IV, unecomparaison
entre l’avoinedécortiquée
et l’alimenttémoin a montré que des
porcelets qui
ne recevaient que l’un ou l’autre de ces aliments consommaientdavantage
d’avoine(+
50 p.ioo).
Il estvraisemblable que des différences de
consommations,
encoreplus impor-
tantes, auraient été obtenues en
comparant
l’avoinedécortiquée,
céréaleappétente,
à une céréale peuappétente
comme le maïs.(De
telles compa- raisonspourront
être effectuéesultérieurement.)
Il est intéressant de constater, par
ailleurs,
que lesporcelets
recevantde l’avoine
décortiquée
ont eu, dansl’expérience précédente,
une crois-sance aussi
rapide,
sinonplus,
que ceuxqui
recevaient de l’aliment té- moin. Cephénomène
peut en effetparaître surprenant quand
on con-naît les valeurs
alimentaires,
sans doute trèsdifférentes,
de ces deux aliments pour leporcelet.
Onpouvait craindre,
enparticulier,
que l’avoinedécortiquée,
dont lesprotéines peuvent paraître déséquilibrées (déficit
en
lysine),
ne provoque une mauvaise croissance desporcelets.
Il n’en arien été. On
peut
alors penserqu’une supplémentation
très efficace de cesprotéines
a dû se faire par le lait de truie que recevaient lesporcelets.
Lesquantités
de lait detruie,
consommées par lesporcelets,
sont loin d’êtrenégligeables,
même au moment du sevrage(SA!MON-LEGAGNEUR, 1959 ) ;
ce lait a, en outre, tendance à s’enrichir en matières azotées au cours de la lactation.
Dans
l’expérience précédente,
l’avoinedécortiquée
aurait essentielle- mentapporté
del’énergie
et de l’azotebanal,
et le lait detruie,
les amino- acides nécessaires à la valorisation de la céréale. Cettehypothèse
deman-dera
cependant
à être vérifiée.RÉSUMÉ
Une série
d’expériences,
portant sur8 59 porcelets
non sevrés, apermis
de constater des différences
importantes d’appétence
dans les céréales desti- nées à l’alimentation de cesporcelets.
L’avoine
décortiquée,
notamment, et le blé semblent se rangerparmi
lescéréales
appétentes,
tandis que le maïs ou la féverole, mêmeprésentés
sousdifférentes formes, semblent peu
appréciés.
Le mode de
présentation
de la céréale semble, par ailleurs, modifier assez peu sonappétence.
Les différences
d’appétence
observéesparaissent pouvoir
être mises àprofit
pour augmenter la consommation d’aliment chez lejeune porcelet
etpour provoquer ainsi une croissance
plus rapide
à ce dernier.RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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