Nombre de zéros d’une équation différentielle
Leçons : 220, 221, 224
On considère l’équation différentielle linéaire du second ordre (E) : y00+q y = 0. On suppose queq∈ C1([a,+∞[,R∗+), que
Z +∞
a
Æq(u)du= +∞et queq0(x) =o+∞(q3/2(x)). On se donne une solution y non nulle de(E)et on cherche à obtenir un équivalent à l’infini de la fonction N: x 7→Card{u∈[a,x]: y(u) =0}.
Théorème 1
Sous ces hypothèses, on a
N(x)öx→+∞
1 π
Z x
a
Æq(u)du.
Lemme 2
Soient y1 et y2 deux fonctions de C1([a,+∞[,R∗+) sans zéro commun. Alors si w = y1y20−y2y10 (Wronskien), et y1(a) +i y2(a) =r0eiθ0, il exister,θ ∈ C1([a,+∞[,R)tels que y1=rcosθ,y2=rsinθ où r=Æ
y12+y22 et∀x,θ(x) =θ0+ Z x
a
w(t) r(t)2dt.
Démonstration.Posons ϕ = y1+i y2. Par hypothèse, cette fonction ne s’annule pas donc ψ:x 7→
Z x
a
ϕ0(t)
ϕ(t)dt+lnr0+iθ0est bien définie etC1 sur[a,+∞[.
De plus, un calcul rapide montre que ϕe−ψ0
=0 donc
∀x,ϕ(x) =eψ(x)(ϕ(a)e−ψ(a)) =eψ(x)(r0eiθ0×r0−1e−iθ0=eψ(x). Donc
ϕ(x) =r0eiθ0exp Z x
a
ϕ0(t) ϕ(t)dt
=r0eiθ0exp Z x
a
(y10+i y20)(y1−i y2)(t) r2(t) dt
=r0eiθ0exp
i Z x
a
w(t) r2(t)dt+
Z x
a
(y10y1+y20y2)(t) r2(t) dt
=r0eiθ0exp
i Z x
a
w(t)
r2(t)dt+lnr(x)−lnr(a)
=r(x)eiθ0exp
i Z x
a
w(t) r2(t)dt
car(r2)0= y10y1+y20y2. Doncϕ(x) =r(x)eiθ(x)oùθ(x) =θ0+ Z x
a
w(t) r2(t)dt.
Démonstration(du théorème). Étape 1 : changement de variable: Posonsτ(x) = Z x
a
Æq(u)du.
La fonctionτest de classeC1sur[a,+∞[,∀x ¾a,τ0(x) =p
q(x)>0 etτ(x)−−−−→
x→+∞ +∞,
de sorte queτest une bijection de classeC1de[a,+∞[sur[0,+∞[.
Gabriel LEPETIT 1 ENS Rennes - Université Rennes 1
PosonsY = y◦τ−1. On a∀x >0,y0(x) =Y0(τ(x))p
q(x)et y00(x) =Y00(τ(x))q(x) +Y0(τ(x))× q0(x)
2p q(x). Ainsi :
0= y00(x) +q(x)y(x) =q(x)Y00(τ(x)) + q0(x) 2p
q(x)Y0(τ(x)) +q(x)Y(τ(x)) Posons pour t ¾ 0, ϕ(t) = q0(τ−1(t))
2q3/2(τ−1(t)). La fonction Y est donc solution de (E0) : Y00+ϕY0+Y =0
Étape 2: utilisons le lemme pour écrireY =rsinθ,Y0=rcosθ. En effet,Y etY0 n’ont pas de zéro commun, car sinon, selon le théorème de Cauchy-Lipschitz ,Y serait nulle. Donc Y0=r0sinθ+rθ0cosθ =rcosθ (1) et d’autre part
Y00=r0cosθ−rθ0sinθ =−ϕrcosθ−rsinθ. (2) L’opération (1)×cosθ +(2)×(−sinθ)donne rθ0 = r+ϕrcosθsinθ, d’où θ0 = 1+ ϕcosθsinθ. En particulier, comme cosθsinθ= 1
2sin(2θ),|θ0(t)−1|¶ 1
2|ϕ(t)|. Étape 3 : étude asymptotique. Puisqueϕ(t)−−−−→
t→+∞ 0 par hypothèse, θ0 tend vers 1 à l’infini. Par intégration des équivalents, on a θ(t)öt.
NotonsM(t)le nombre de zéros deY sur[0,t], montrons queM(t)ö t
π quand t tend vers +∞.
Montrons d’abord par l’absurde que M(t) < ∞ pour tout t. Si il existait t0 tel que M(t0) =∞, alors l’ensemble des zéros deY dans[0,t0]aurait un point d’accumulationu.
Soit (un)n suite de zéros deY tendant versu. Alors 0= Y(un)−Y(u)
un−u −−−−→n→+∞ Y0(u),
ce qui contredit l’absence de zéro commun de Y etY0. Donc pour tout t,M(t)<∞.
Fixonst0¾0 tel queθ0(t)>0 sur[t0,+∞[. Alors
M(t)öt→+∞Card{u∈[t0,t]: sinθ(u) =0}=Card{v∈[θ(t0),θ(t)]: sinv=0} puisqueθ est unC1-difféomorphisme de[t0,t]sur [θ(t0),θ(t)]. Donc
M(t)öt→+∞Card{k∈Z:θ(t0)¶kπ¶θ(t)}=E
θ(t) π
−E
θ(t0) π
, de sorte que M(t)öt→+∞ θ(t)
π ö t π.
Or, on se convainc sans mal queN(x) =M(τ(x))donc N(x)öx→+∞ τ(x)
π = 1 π
Z x
a
Æq(u)du.
Gabriel LEPETIT 2 ENS Rennes - Université Rennes 1
Remarque. • Le jour de l’oral, faire le lemme technique rapidement ou l’admettre pour avoir assez de temps pour la suite.
• Si la conditionq0=o(q3/2)n’est pas vérifiée, le résultat n’est plus vrai. Par exemple, siq(x) = 1
4x2,q0(x) =− 1
2x3, et y00+ 1
4x2y =0 admet pour solution généralep x(a+ bln(x)),a,b∈R– puisquep
x et p
xln(x)sont solutions – qui s’annule au plus une fois surR+.
Référence :Hervé QUEFFÉLECet Claude ZUILY (2013).Analyse pour l’agrégation. 4eéd.
Dunod p. 405
Gabriel LEPETIT 3 ENS Rennes - Université Rennes 1