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Submitted on 1 Jan 1903
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Étude micrographique et mécanique des aciers au nickel
Léon Guillet
To cite this version:
Léon Guillet. Étude micrographique et mécanique des aciers au nickel. J. Phys. Theor. Appl., 1903,
2 (1), pp.728-746. �10.1051/jphystap:019030020072800�. �jpa-00240825�
ÉTUDE MICROGRAPHIQUE ET MÉCANIQUE DES ACIERS AU NICKEL ;
Par M. LÉON GUILLET (1).
-Différentes formes allotropiques du fer.
-Après les travaux de
M. Osmond, on admet généralement que le fer peut exister sous trois
états désignés par les lettres et y. Les trois états de change-
ment sont caractérisés par des dégagements de chaleur au refroidis- sement, par la perte de magnétisme, par les variations de la résis- tance électrique qu’éprouve le fer à différentes températures.
Le fer
B1.est magnétique et il ne dissout pas le carbone.
Le fer ~ est non magnétique et ne dissout pas le carbone.
Le fer y est non magnétique et dissout le carbone.
De plus, d’après M. Osmond, lorsqu’on obtient, dans des circons- tances que nous allons voir, le fer y, et lorsque ce fer y a commencé à se transformer, il est impossible d’empêcher cette transformation de se continuer, de telle sorte que le fer ~ n’a pu être isolé sans fer
ri..et que, partant, un acier ne peut et ne doit être non magnétique que s’il est formé de fer y.
Un autre point très important est la combinaison que le fer peut donner avec le carbone. Le carbure de fer nommé cémentite a pour- formule Fe3C et a pu être obtenu par différents moyens. On a pu notamment l’isoler des aciers recuits, ce que l’on ne peut faire avec
des aciers trempés.
Ce carbure a la propriété de se dissocier à environ ’700°.
De telle sorte qu’au-dessus de cette température le carbone est dilué dans la masse, tandis qu’au-dessous il est combiné.
M. Osmond a appelé: A, la température à laquelle le fer
«se trans-
forme en fer ~ (750° dans le fer pur) ;
A3, la température à laquelle le fer ~ se transforme en fer y
(850° dans le fer pur).
Empressons-nous d’ajouter que, d’après les travaux de l{oberts- Austen et de M. P. Curie, le fer pourrait exister sous un nouvel état
au-dessus de 1300°.
Diférenls constituants des aciers.
-Avec NI. Osmond on admet : La ferrite ou fer pur, qui apparaît en grains polygonaux dans
_- - - _ -- - -
(1) Communication faite à la Société française de Physique : Séance du
i er mai 1903.
Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:019030020072800
729
les aciers doux sous l’influence de l’acide azotique, de l’acide picrique, etc. ;
La cémentite ou carbure de fer Fe3C, composé très dur qui n’est
pas coloré par l’acide azotique ou l’acide picrique, mais est fortement
coloré par le picrate de soude (1) ;
La perlite, qui est l’eutectique : ferrite et cémentite. Elle est donc formée de lamelles alternantes de ferrite et de cémentite. Elle est
colorée en noir par l’acide picrique, etc...
Les aciers recuits sont constitués de ferrite et perlite, quand ils
contiennent moins de 0,900 ~; 0 de carbone ; de perlite et de cérnentite, lorsqu’ils renferment plus de 0,900 0/0 de carbone ;
La martensite, constituant formé d’aiguilles très fines dirigées slli-
vant trois directions. C’est le constituant qui caractérise une bonne
trempe ;
La troostite, composé qui se présente lorsqu’on trempe l’acier à
une température un peu trop basse, ou dans un bain moins actif que l’eau froide (1-huile par exemple) ;
L’ausienite, qui ne se produit que lorsqu’on exagère toutes les con-
ditions qui augmentent la dureté de la trempe. Il faut avoir un acier
assez carburé (au moins 1,1 0/0 de carbone), le chauffer à 1000° et
le tremper dans un bain qui soit à une température inférieure à 0°.
L’austenite n’est jamais pure ;
Enfin la sorbite, qui se produit surtout dans le recuit de l’acier,
et qui n’est en somme que de la perlite dont on ne distingue pas les éléments au microscope.
1.
-RECHERCHES SUR LES ACIERS AU NICKEL.
On sait depuis les recherches de M. Osmond que le nickel abaisse les points de transformation.
Si l’on considère des aciers contenant très peu de carbone et dans
lesquels le nickel va en croissant de 0 à 30 0/0, et si l’on prend le point de transformation magnétique, on obtient la courbe ci-après
proportions en nickel; oy, températures).
Ces courbes divisent les aciers en deux catégories, les aciers irré-
°versibles et les aciers réversibles (1B1. Guillaume).
Pour les aciers irréversibles, il y a un écart très grand entre le
(1) Ivgewski, travail exécuté au laboratoire de à. Le Chatelier.
point de transformation à l’échauffement et le point de transforma- tion au refroidissement, tandis que cet écart n’est plus que de 10°
pour les aciers réversibles.
Fic.. 1 -
Le maximum est obtenu dans la seconde partie de la courbe pour environ 70 0/0 de nickel.
MICROGRAPHIE DES ACIERS AU NICKEL.
-La microstructure des aciers au nickel a déjà donné lieu à quelques travaux de la part de M. Osmond.
L’un des mémoires y ayant trait a été publié, en janvier 1900,
dans les Annales des Mines. M. Osmond, y étudiant la cristallo-
graphie du fer, rappelle que certains aciers au nickel, n’étant pas
magnétiques, doivent contenir le fer à l’état y et le nickel à l’état (3.
Il étudie, en vue de trouver la structure du fer y, la micrographie de
ces aciers et note la microstructure polyédrique.
Dans un second mémoire (1) dont nous n’avons eu connaissance
qu’à la fin de notre travail, M. Osmond est beaucoup plus explicite
et divise les alliages de fer et de nickel en trois groupes : le pre-
mier, semblable aux aciers au carbone ordinaires; le second, à struc-
ture martensitique ; le troisième, à structure polyédrique.
(l) Bulletin de la Société des Ingénieurs civils de Londres, f899.
731 Le hasard nous a amené à étudier cette question d’une manière très complète.
Les aciéries J acob-Holtzer nous fournirent trois séries d’aciers au
nickel d’une pureté remarquable : l’une à 0,120 de carbone, l’autre à 0,250 environ, la troisième à 0,800 environ. Dans chaque série, la
teneur en nickel allait en croissant de 0 à 30 0/0.
°
Pour des teneurs plus élevées, nous eÙmes recours à des aciers
fabriqués à Inlphy et mis gracieusement à notre disposition par la Direction générale de Conlmentry-Fourchambault. Nous pûmes exa-
miner ainsi des aciers
-si l’on peut encore employer ce terme -
renfermant jusqu’à 92 0/0 de nickel.
Pour rendre plus clair l’exposé de ce travail, nous en indique-
rons les résultats dans l’ordre suivant :
1° Microstructure des aciers bruts.
-Voyons, successivement,
les résultats obtenus avec les trois séries d’aciers au nickel que nous
avons étudiées.
a) Série : Aciers à 0,120 de carbone.
-Les aciers à 2,5 et 7 0/0
de nickel ont même structure que les aciers au carbone ordinaires.
Mais la perlite est plus déliée que dans les aciers ordinaires à même teneur de carbone ; elle semble même croître avec la teneur en
nickelé) (li g, 1.).
Dans l’acier à 10 0/0, nous notons un changernent de structure :
on voit apparaître la structure martensitique, caractérisée par trois directions. Mais il y a toujours des plages blanches qui sont for-
mées de fer
ce.Dans l’acier à 12 0/0 (fig. 2), les plages blanches n’existent presque
plus, la martensite est sensiblement pure ; il en est de même pour l’acier à 15 et 20 0/0.
L’acier à 25 0/0 contient des plages blanches très importantes.
C’est assurément le fer y qui apparaît.
(1) Voir les figures placées à la fin de cet article, p. 747-749. Toutes les micro-
graphies données correspondent, à moins d’indications contraires,
augrossisse-
ment de 300 diamètres.
Puis, à 27 0/0, la structure devient polyédrique.
Avec les aciers contenant plus de 27 0/0 de nickel 3), on ob-
tient toujours cette structure polyédrique. Mais, au fur et à mesure
que la dose de nickel augmente, on obtient des cristaux en quelque
sorte plus déliés. Tandis qu’avec les aciers contenant 27 et 30 0/0 de
nickel les grains se colorent aisément, à partir de 35 0/0 ils ne se
colorent plus. Le temps d’attaque nécessaire augmente très rapi-
dement avec la teneur en nickel. Pour les très liautes teneurs, il faut plusieurs heures.
De plus, à l’intérieur des polyèdres, on remarque de très nom- breuses stries qui semblent indiquer des plans de clivage.
En résumé, pour cette première série, on trouve les trois groupes suivants :
1° Groupe de 0 à 10 0/0 nickel: aciers semblables aux aciers au carbone;
2° Groupe de 10 à 27 0; 0 nickel : aciers à structure martensitique ;
3° Groupe aciers contenant plus de 27 0/0 nickel : aciers à structure po-
lyédrique.
De plus, le deuxième groupe doit subir les subdivisions sui- van tes :
De ~.0 à 12 0/0 nickel : aciers formés de fer « et de martensite ;
De 12 à 20 0/0 nickel : aciers de martensite sensiblement pure ; De 20 à 27 Ol0 nickel : aciers formes de martensite et de fer y.
b) ,S’érie : Aciers à 0,250 de carbone.
-De 0 à 7 0/0 de nickel, la
structure est la même que pour les aciers au carbone ; les re-
marques que nous avons déjà faites au sujet de la perlite paraissent
se confirmer ici.
A 7 0/0, on semble apercevoir un peu de martensite.
~A 10 0/0, elle est en quantité notable.
A 12 et 15 0/0, elle est en telle quantité et tellement fine qu’il
nous a été impossible d’en faire un cliché qui puisse donner idée de la microstructure.
A 20 0/0, il y a de larges plages blanches.
A 25 0/0, on ne voit plus que des polyèdres, plus quelques cris-
taux en fer de lance dont nous expliquerons plus loin la provenance.
Au delà de la teneur de 25 0/0, on a toujours la même constitu-
tion polyédrique.
Ici on a donc encore trois groupies :
733 lo Groupe de 0 à 7 0/0 nickel : aciers semblables aux aciersau carbone ;
10 Groupe de 7 à 25 0/0 nickel : aciers à structure martensitique ;
3- Groupe de plus de 25 0/0 nickel : aciers à structure polyédrique.
Comme dans la première série, le deuxième groupe se subdivise ainsi :
De 7 à 10 0/0 : aciers formés de fer
aet de martensite ;
De 10 à 1:j 0/0 : aciers formés de martensite pure ; De i5 à 25 0iU : aciers formés de martensite et de fer y.
c) Se’rie : Aciers à 0,800 de carbone.
-De 0 à 5 0/0 de nickel, on
note la même structure que pour les aciers au carbone (fig. 4).
A 5 0/0, il semble y avoir un commencement de transformation.
A 7 0/0, on obtient de la martensite et du fer oc (fig. 5j.
La martensite pure doit se présenter entre 8 et 10 0/0.
A 10 0/0, il y a de la martensite + du fer y.
A 12 0/0, les plages blanches augmentent 6). On a la même image que celle obtenue en trempant à 10500 dans un mélange réfri- gérant à - 10° de l’acier à 1,40 de carbone.
A 15 0/°, il y a transformation de la structure, on ne voit plus que des polyèdres. Parfois, au milieu de ces polyèdres, on trouve des
fers de lance.
Au delà de 15 0/0 de nickel, la structure est toujours polyédrique 7). Les polyèdres montrent parfois des plans de clivage extrê--
mement accentués.
Le tableau suivant résume les caractéristiques micrographiques
des aciers au nickel suivant leur teneur en carbone ; ils rentrent toujours dans les classes suivantes :
La deuxième classe doit être subdivisée ainsi qu’il
aété indiqué.
En résumé, les résultats obtenus, en observant la microstructure des aciers au nickel bruts de forge, sont les suivants :
i 0 Tous ces aciers peuvent être divisés en trois classes, ainsi que le montre le tableau précédent;
2° Plus la somme carbone et nickel est grande, plus la teneur en
nickel pour laquelle la microstructure change est faible ;
3° Dans chaque série, le premier acier de structure polyédrique
est non magnétique.
En somme, l’étude micrographique des aciers bruts de forge donne
la vérification de l’importante loi établie par M. Osmond qui donne l’équivalence du carbone de trempe, du nickel, du manganèse, etc.
Les aciers très riches en nickel sont tous polyédriques 8~ .
2° Microstructure des aciers au nickel trempés.
-Les résultats obtenus sont d’une netteté remarquable. Reportons-nous aux classes
que nous avons indiquées tout à l’heure pour les aciers bruts de
forge.
Les aciers de la première classe subissent les mêmes transforma- tions que les aciers au carbone. On voit se former de la martensite et des réseaux de ferrite.
Pour les aciers de la deuxième classe, il y a une tendance à la for- mation de la structure polyédrique, ainsi que le montre la micro-
graphie de l’acier à 0,120 de carbone et 25 0/0 de nickel trempé à
780". Il semble donc qu’une partie du fer passe à l’état y (flg. 9).
Examinons maintenant les aciers de la troisième classe : M. Dumas
a montré que certains aciers non magnétiques ou très peu magné- tiques à la température ordinaire deviennent magnétiques après trempe. Nous pensions donc que la trempe amènerait une transfor- mation complète de la microstructure.
Ceci est exact : si l’on trempe à une température supérieure au point de transformation à réchauffement des aciers qui, dans chaque série, présentent les premiers la structure polyédrique, on voit apparaître des cristaux en fer de lance qui rappellent ceux obtenus
par une trempe vive dans les aciers au carbone et qui voisinent tou- jours avec l’austenite. Mais ces cristaux apparaissent en blanc.
Pour les autres aciers plus riches en nickel, la trempe n’a plus
aucune influence sensible sur le point de transformation. La struc- ture reste toujours polyédrique ; mais les cristaux semblent plus
déliés.
Le tableau suivant résume les effets de la trempe sur les différents
aciers au nickel :
735
Enfin, pour terminer, nous ajouterons que nous avons trempé les
aciers à structure martensitique en opérant dans les conditions sui- vant lesquelles on obtient, avec les aciers au carbone, l’austenite
mélangée de hardenite.
Nous avons obtenu alors des polyèdres remplis de martensite; il
semble donc, ce qui est, d’ailleurs, bien conforme à ce que l’on pou- vait prévoir, qu’une partie du fer passe à l’état y.
Nous verrons plus loin comment doit être interprétée la transfor-
mation amenée dans les aciers à structure polyédrique par la trempe.
3° Microstructure des aciers recuits.
-Nous avons examiné l’in- fluence que pouvait jouer le recuit sur la microstructure des aciers
au nickel dans plusieurs séries d’expériences. Dans la première, tous
les échantillons ont été portés dans
unfour à chauffage électrique
à la température de 900, pendant quatre heures; puis, ils étaient retirés du four et laissés à l’air.
Cette première série d’expériences nous a permis de constater que l’effet du recui t sur la première classe d’aciers
aunickel était le même que pour les aciers au carbone. Avec les aciers des seconde, troisième
et quatrième classes, il y avait, comme dans la trempe, une tendance
à la formation polyédrique. Ceci pourrait être attribué à une trempe
à l’air.
Enfin, il y a à faire, pour la cinquième classe, la même distinction que celle déjà faite dan l’étude des effets de la trempe. Les premiers
aciers présentant la structure polyédrique donnent des fers de lance ; mais, tandis que, dans la trempe, ces fers de lance sont généralement
blancs après attaque, ils apparaissent ici en noir.
’
Aucune expérience ne nous a permis de préciser la raison de cette variation de couleur. Elle doit être attribuée, du moins nons le
croyons, à une patine que l’on efface plus ou moins dans le séchage
de l’échantillon.
Nous verrons plus loin que, dans d’autres cas, ils apparaissent tan-
tôt en noir, tantôt en blanc.
Les effets du recuit sont prouvés par la microstructure de l’acier à 0,800 C et 15 0~0 Ni recuit à 900, pendant quatre heures 10).
Pour les aciers plus riches en nickel que ceux dontnous venons de
parler, il y a une tendance à la structure martensitique que l’on ne
remarque pas dans la trempe. C’est ainsi que l’acier à 0,900 0/0 de car-
bone et 20 0/0 de nickel est transformé comme le montre la photo- graphie. Pour des teneurs plus élevées en nickel, il n’y a plus d’autres
effets qu’un agrandissement sensible de polyèdres, agrandissement qui
devient souvent énorme, comme nous le montrerons tout à l’heure.
En résumé, on peut dire qu’au point de vue micrographique le
recuit agit comme la trempe pour les aciers au nickel autres que
ceux de la première classe, sur lesquels il produit le même effet
que sur les aciers au carbone, niais que, de plus, il semble amener
la transformation de la structure polyédrique en structure marten-
sitique pour certains aciers sur lesquels la trempe est sans effet.
Ceci semble nous permettre de penser que, lorsque l’on trempe un
acier à structure polyédrique et que l’on obtient ainsi de la marten-
site, la cause de ce phénomène doit se trouver dans le chauffage précédant la trempe plutôt que dans la trempe elle-même.
4° lllicrostructure de.s aciers écrouis.
-Dès les premiers jours où
l’on a utilisé des aciers au nickel non magnétiques, on s’est aperçu que l’on obtenait des copeaux magnétiques, et le travail ne pouvait
se continuer qu’après trempe ou recuit de la pièce. Depuis, 1VI. Dumas
a
montré que l’écrouissage a même effet que la trempe. Partant de
ce principe, nous devions donc trouver que les aciers ayant leur point de transformation au refroidissement voisin de la tempé-
rature ordinaire, subissent du fait de l’écrouissage d’importants changements dans leur microstructure.
Les résultats que nous avons obtenus sont certainement remar-
quables, et les photographies, malgré le soin que l’on y a apporté,
ne rendent que faiblement les images observées.
Ces expériences ont été faites sur l’acier à 0,800 de carbone et
15 0f0 de nickel.
737
D’après les observations de 1B1. Dumas, ces deux aciers, de non
magnétiques, deviennent magnétiques par écrouissage..
Nous avons noté, tout d’abord, qu’après écrouissage la structure
est nettement à fer de lance, bien que quelques polyèdres sub-
sistent. Mais les points les plus intéressants sont les suivants : 11 Plus l’écrouissage est prononcé, plus il y a de fers de lance, et plus aussi l’acier est facile à attirer à l’aimant.
Des mesures précises pourraient être faites à ce sujet;
~° Le premier effet de l’écrouissage est d’accentuer, en quelque
sorte, les plans de clivage qui sont indiqués dans chaque polyèdre, et
il semble s’effectuer une séparation suivant ces différents plans.
Il semble bien que c’est là le premier temps de la transformation de l’austenite en fer de lance.
Ce qui le prouve assez nettemcnt, c’est que le développement des
fers de lance se limite aux faces de polyèdres ; ces faits sont mis en
vue par les photographies 11, 12 et 13: l’une d’elles montre justement
les différents fers de lance limités à l’une des lignes d’un polyèdre,
à tel point que l’on croirait que la moitié de la figure a été cachée
pour être photographiée.
Ces photographies semblent jeter une lumière toute particulière
sur les perturbations qui surviennent dans certains aciers au nickel, lesquelles se traduisent par le passage de la structure polyédrique à
la structure en fer de lance.
De plus, ces plans de clivage semblent se briser et donnent, de ce fait, des fers de lance. Ces fers de lance sont-ils identiques à ceux plus abondants et plus développés que l’on voit ailleurs ? Il est évidemment très difficile de se prononcer sur ce point; mais les photographies montrent nettement les indications que nous venons
de donner.
D’autre part, il arrive très souvent que les plans de clivage de
deux polyèdres sont inclinés les uns par rapport aux autres. Peut-
être faut-il rapprocher ce fait de la formation des fers de lance.
Un fait paraît anormal a prioî-i, c’est le développement des polyèdres. Il semble certainement intéressant de compléter, par de nouvelles expériences, ces faits : elles jetteraient, sans nul doute,
un jour nouveau sur certains effets mécaniques.
Quoi qu’il en soit, pour les aciers dont le point de transformation
est voisin de la température ordinaire, 1 écrouissage a pour effet
d’amener la structure martensitique.
5° Mierostrîicture des aciers re(’.,..oid£s.
-Après les travaux de
MM. Dewar, Fleming, Osmond et Dumas, on sait que certains aciers au nickel sont transformés par refroidissement, et que, pour les aciers qui sont ainsi transformés, il y a un relèvement consi- dérable de la limite élastique, une augmentation très grande de la
résistance à la rupture et une grande diminution de l’allongement à
la rupture.
«
Tous les échantillons transformés, dit M. Dumas, accusent les propriétés mécaniques caractéristiques des aciers dont le point de
transformation irréversible au refroidissement est situé au-dessus de la température ordinaire.
»Nos premières expériences ont porté sur le refroidissement des différents aciers au nickel à une température de
-’18° obtenue
au moyen de la neige carbonique et de l’alcool. Cette première
série d’expériences nous a montré nettement qu’un tel refroidisse- ment est sans action sur les aciers des quatre premières classes.
Il agit plus ou moins ou même pas du tout sur les aciers de la
cinquième classe. Son action, lorsqu’elle existe, est de transformer les polyèdres en fers de lance.
Les aciers à 0,250 de C et 25 0/0 de Ni et 0,800 C et 13 0/0 Ni, qui, d’après M. Dumas, deviennent magnétiques permanents à - 78°,
montrent de nombreux fers de lance (lig. 17). Il y a mieux: sous
l’influence du refroidissement, les fers de lance gonflent d’une façon extraordinaire, de telle sorte que, si l’on trempe dans le bain une surface préalablement polie, on obtient une vue superbe au micros-
cope sans avoir besoin d’opérer aucune attaque 16). Ce phé-
nomène a été déjà observé par M. Osmond, qui l’a décrit dans le
.Melallo graphisl (octobre 15,99).
Les deux autres photographies montrent les aciers dont nous venons de parler, une fois refroidis, puis polis et attaqués.
Si l’oli prend des aciers un peu plus riches en nickel que ceux dont nous venons de parler, on observe à
-781> quelques fers
de lance.
Il en est ainsi avec les aciers suivants :
qui montrent ce changement partiel, lequel est indiqué pour les deux derniers aciers dans les photographies.
’
739 Si l’on passe à des aciers plus riches, on n’obtient aucun chan- gement, si ce n’est que les polyèdres ont une tendance à se déve- lopper. Ce fait a été observé dans les trois séries d’aciers dont nous
disposions. Les cristaux en fer de lance apparaissent, tantôt en noir, tantôt en blanc, après attaque; quelquefois même on obtient ces
cristaux ayant ces deux colorations dans la même opération.
Une seule fois, nous avons eu un cristal coloré sur une certaine
longueur, et blanc sur le restant.
"
Dans une seconde série d’essais, noms avons fait subir aux aciers
qui présentent de très nombreux fers de lance à
-’l8° des refroi- dissements de plus en plus grands à partir de la température ordi-
naire. Dans ces aciers, dès 0° et après un temps extrêmement court, une simple immersion même, il y a commencement de dé-
composition (fig. 1.). Plus la température est basse, plus les fers
de lance sont nombreux. A - pour les deux aciers observés,
ils semblent aussi nombreux qu’à - ’I8° 1~)).
Les conclusions de ces expériences sont les suivantes :
Les aciers non magnétiques qui se transforment aisément aux
températures auxquelles ils sont portés changent de structure. On voit les fers de lance qui apparaissent généralement en blanc. Cette
transformation commence à des températures assez voisines de la
température ordinaire.
Il semble y avoir tout d’abord une certaine orientation des polyèdres
et une scission dans leur intérieur suivant les plans de clivage.
Pour certains aciers voisins de ceux qui subissent une transforma- tion à - 780, il y a un commencement de changement de structure
à cette température 18).
Nous avons toujours remarqué qu’au moment où apparaissaient les
cristaux en fer de lance, il y a apparition du magnétisme.
Les aciers à structure martensitique et à perlite n’éprouvent aucune
transformation par le refroidissement à
-781. Toutefois, dans les
aciers à structure martensitique, on entrevoit cette structure après
le refroidissement sans qu’il y ait besoin de faire une attaque quel-
conque.
Aciers cémentés.
---Nous avons complété ces recherches par des essais de cémentation et de décarburation, qui ont confirmé les
résultats d’une façon absolue.
Parmi ces résultats, je n’en retiendrai qu’un seul.
Si nous considérons l’acier à 0, i ~0 C et 7 0/Ode Ni, il est perlitique.
L’acier à 0,800 C et 7 0/0 Ni est martensitique.
Donc, en cémentant le premier de ces aciers de façon que la couche
superficielle contienne 0,800 de carbone, on aura les mêmes proprié-
tés que celles d’un acier cémenté et trempé, avec cette importante
différence que l’âme de la pièce serait à perlite.
Je n’ai pas besoin de faire remarquer l’importance de ce procédé, qui permettra d’éviter la trempe et par conséquent toutes les défor-
mations qui sont inhérentes et entraînent le redressement, la recti-
fication.
_
II.
-RECHERCHES SUR LES PROPRIÉTÉS MÉCANIQUES DES ACIERS
~
AU NICKEL.
Il nous a semblé intéressant de faire des essais mécaniques sur les
aciers au nickel qui nous avaient servi pour l’étude micrographique;
car ces aciers sont d’une pureté remarquable et, d’autre part, la
teneur en carbone est suffisamment constante dans chaque série
pour que nous n’ayons pas à tenir compte de son influence propre.
Nos essais ont été de trois sortes :
1° Essais à la traction sur éprouvettes ayqnt 200 millimètres entre coups de pointeau ;
2° Essais au clioc sur barreaux entaillés d’après la méthode de M. Frémont ;
3° Essais à la dureté par la méthode Brinnell; cet essai a été prati- qué avec la presse de Le Cliatelier, destinée généralement à
l’essai des ciments.
Nos recherches comportent des essais sur barreaux de forge et
sur barreaux trempés.
741
PREMIÈRE PARTIE.
ESSAIS
A LATRACTION SUR BARREAUX BRUTS
DEFORGE (~).
(1) R
ourésistance maximum représente la charge maximum évaluée
enkilo- grammes par millimètre carré que peut supporter le barreau avant rupture.
E
oulimite élastique est la charge maximum évaluée en kilogrammes par milli-- mètre carré que peut supporter le barreau avant d’éprouver des déformations permanentes.
A 0/0 représente les allongements pris par l’éprouvette après rupture rap-
portés à
unelongueur de 100 millimètres.
~
oustriction est définie de la façon suivante : S étant la section primitive du
barreau, S la plus petite section après rupture,
on a :ESSAIS AU CHOC SUR B ARRETTES ENTAILLÉES (Méthode Frémont).
Les chiffres ont été calculés par la méthode de Brinnell
DEUXIÈME PARTIE.
ESSAIS SUR ACIERS TREIIPÉS . Série I.
-Teneur en
(l) Cette méthode consiste à faire
surle métal à essayer l’empreinte d’une
bille
sous unepression
connuep.
-On obtient
unecalotte sphérique dont
onmesure
la surface
a. -On obtient ainsi le chiffre de Brinnell : A
-’E.
a
743 Série II.
-Teneur
en0,250.
Série III.
-Teneur
encarbone 0,800.
Toutes les éprouvettes à 0,800 de carbone et contenant 2, 5, 7, 10 et 12 de nickel
se