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Aperçu sur les aciers du point de vue de leur rapport
avec la physique
Albert Portevin
To cite this version:
LE
JOURNAL
DE
PHYSIQUE
ETLE
RADIUM
APERÇU
SUR LES AGIERS DU POINT DE VUE DE LEUR RAPPORT AVEC LAPHYSIQUE
(1)
Par ALBERT PORTEVIN.
Sommaire. 2014 Il
y a intérêt, pour les physiciens, à porter leur attention vers les aciers actuels, non
seulement en raison des remarquables propriétés physiques qui ont été obtenues, mais aussi en raison de leurs propriétés mécaniques, lesquelles doivent être envisagées sous le double aspect de leur
carac-térisation et des valeurs atteintes actuellement.
La caractérisation adoptée pour les propriétés mécaniques fait appel à des paramètres ou coefficients conventionnels qui sont à proprement parler des coefficients d’identification, expression des propriétés
complexes, fonction de nombreux facteurs dont on souligne la différence avec les propriétés physiques. Ils doivent servir de trait d’union entre les fabricants et les utilisateurs, chacun d’eux ayant établi, par une longue expérience, leurs rapports avec les conditions et facteurs de fabrication d’une part, et les conditions d’emploi d’autre part.
La classification des aciers industriels se fait, en général, soit d’après la composition chimique
élémentaire, soit d’après les propriétés mécaniques. Il est donné un essai de classification synoptique
basé sur la structure, cristalline et micrographique, en tenant compte des propriétés caractéristiques,
mécaniques et chimiques, à froid et à chaud, après avoir rappelé très sommairement les notions essentielles
concernant la transformation et la structure des aciers.
On en dégage des indications utiles pour la construction des appareils de physique et des réflexions
générales concernant le rôle de solutions approchées ou temporaires, quelque problème théorique qui se pose ainsi que les apports de la métallographie à la physique.
En conclusion, on compare les progrès de la métallurgie à ceux de la physique, en admettant que le progrès est fonction exponentielle du temps.
Introduction.
1.
Objet
del’exposé.
-Si j’ai, après
un notablehystérésis,
accepté
lasuggestion
de notre Président Chevenard de vous entretenir desaciers,
c’est que,je
crois - et t’est là mon excuse -que ce
sujet
n’a pas encore été abordé devant vous,quoiqu’il
méritecependant
de retenir l’attention desphysiciens
àdivers
points
de vue. En voiciquelques-uns :
i° Dans l’utilisation des aciers pour les
appareils
de
physique,
ilimporte
de connaître les ressourcesque
peut
offrir lasidérurgie
ainsi que les difficultésqu’elle
rencontre à l’heure actuelle.2°
Mais,
auparavant,
il est bon de définir lespropriétés qui
servent couramment à caractériserou à identifier ces
produits,
non pas tant lespro-priétés
physiques
que vousconnaissez,
mais les (~) Conférence faite à la Société française de Physique, le 5 juin 1941.propriétés
mécaniques qui
sontpratiquement
définies par desparamètres
conventionnels surlesquels
il ne meparaît
pas inutiled’appeler
l’attention desphysiciens.
S’ils voulaient un peu sepencher
vers cesproblèmes
de caractérisationmécanique,
ilsapporteraient
sans nul doute unprécieux
concoursdans un domaine demeuré à peu
près
exclusivement,
jusqu’à présent, l’apanage
desingénieurs.
Aussi
bien,
c’est par l’intervention de cespro-priétés mécaniques
dans leur caractérisationcou-rante et commerciale que les
produits métallurgiques
appartiennent
à laphysique.
Et,
encela,
ils diffèrentdes
produits
chimiques, lesquels
sont définis parleur
composition chimique
usuelle.On
peut
dire que lamétallurgie,
tant commebranche de la science que comme branche de
l’in-dustrie,
est à cheval sur laphysique
et lachimie;
elle
appartient
autant à l’industriechimique qu’à
l’industrie
mécanique.
30
Enfin,
cequi
est essentiellement du domainedu
physicien,
c’est l’étude desphénomènes
etfacteurs
qui
permettent
l’obtention
de cespropriétés,
lesquelles
sont fonction de la structureenvisagée à
tous sesdegrés
et avec toutes ses transformations.2. Limitation du
sujet.
- Comme vous levoyez,
j’ai
limité monexposé
aux aciers d’unepart,
auxpropriétés mécaniques
d’autrepart.
Parmi les
produits métallurgiques
industriels,
nousn’envisagerons
en effet que lesaciers;
nous laisseronsde côté les
alliages légers qui
ont étédéjà présentés
devant vous, lesalliages
de cuivre et de nickeldont les métaux de base font actuellement
défaut,
les
alliages
blancs oualliages
fusibles,
parmi lesquels
cependant
ceux à base deplomb
et de zinc sont tout à fait d’actualité commeproduits
derempla-cement : ceux de
plomb
pour lesalliages
defrot-tement,
ceux de zinc comme succédanés de certainsalliages
de cuivre.Je laisserai même de côté les
fontes,
malgré
l’in-térêt
qu’elles
présentent
pour le frottement etl’obtention des
produits
moulés,
etmalgré
lesgrands
progrès
réalisésdepuis
unevingtaine
d’années aupoint
de vue de leur résistancemécanique.
Mais ilfaut savoir se limiter et le
sujet
ainsi circonscrit est encore tellement vaste queje
me bornerai à unsimple
aperçu, un coup d’aeil d’ensemble forcément un peusuperficiel.
A vrai diremême,
ce seraplutôt
une causerie au cours delaquelle,
en toutesimplicité,
je
vous feraipart
deréflexions,
dont une carrièredéjà longue
m’a convaincu del’importance,
touten vous demandant votre
indulgence
si elles vousapparaissent
banales et élémentaires.Je m’excuse aussi d’aborder devant vous une
question
de scienceappliquée,
oud’application
dela
science,
bien loin despréoccupations
de haute théorieauxquelles
vous êtes accoutumés. Ce sera unedétente,
une diversionqui
vousinclinera,
je
l’espère,
à la bienveillance à monégard.
Si,
d’autrepart,
je
me limite volontairement auxpropriétés mécaniques,
ce n’est certes pas que cespropriétés
dominent exclusivementl’emploi
desmétaux; loin de là : le choix d’un
alliage,
d’unmatériau
métallique, dépend
debeaucoup
d’autres facteurs que nous pouvons grouper en troiscaté-gories :
i°
Propriétés
à l’étatd’emploi,
non seulementpropriétés
mécaniques,
mais aussipropriétés
phy-siques
etchimiques; propriétés qui
sontenvisagées
dans les conditions
d’usage,
notamment detempé-rature et
d’atmosphère;
2° Procédé de
façonnage
permettant
l’obtentionde la forme
désirée;
propriétés
plus complexes,
encoreplus
malaisées àdéfinir,
etqui
sont mises enjeu
lors de l’obtention des
pièces
moulées,
forgées,
embouties,
etc....Dans cette
catégorie
il faut en outre y introduire lespropriétés
mises enjeu
lors des traitementsther-miques
(propriétés
detrempe),
lors de laprépa-ration des surfaces
(aptitude
depolissage),
lors de lapréparation
d’assemblages,
notamment parsoudure;
3~
Enfin,
ce que l’onpourrait appeler
lespro-priétés économiques,
c’est-à-dire leprix
et lespossibilités
matérielles de réalisation. Cesujet
est en dehors de vos
préoccupations
et des miennes,mais on ne
peut
malheureusement pas le laisser decôté.
Si,
entemps
depaix,
leprix
de revient est unfacteur
prépondérant,
entemps
de guerre se substitueà ce facteur «
prix
», dont lasignification
devientproblématique,
celui de «possibilité
d’approvision-nement et
d’emploi
de matériaux deremplacement
».Actuellement,
sij’ose
dire,
nous cumulons ces deuxdifficultés,
nous trouvant enprésence
à la fois deprix
excessifs etd’approvisionnements
raréfiés àl’extrême. Nous serons donc
malgré
toutobligés,
à ce dernier
point
de vue,d’envisager
lesconsé-quences que cela entraîne sur le choix des
types
d’aciers.
Si nous nous
reportons
aux deuxpremières
caté-gories
defacteurs,
nous voyons que :a. Les
propriétés physiques :
dilatation, élasticité,
propriétés
électriques
etmécaniques,
etc.,
de défi-nition et de mesureprécises,
sont bien connues devous, surtout
après
les belles études dont les résultatsremarquables
ont étéreprésentés
ici par leregretté
Ch.-E. Guillaume et le Président
Chevenard;
résul-tats
qui
ont faitaccomplir
tant deprogrès,
nonseulement en
géodésie, métrologie
etchronométrie,
but
original
de cesétudes,
mais dans bien d’autresdomaines.
b. Les
propriétés chimiques envisagées
sousl’aspect
de la résistance
chimique à
la corrosion par le milieuextérieur,
ontaussi,
de leurcôté,
réalisé desprogrès
encoreplus
extraordinaires sous formede ces aciers dits «
inoxydables
»,qui
ont amenéune rénovation
complète
del’outillage
industriel,
qui
sontappelés à
une extension considérable danstous les domaines et dont
je compte
vous direquel-ques mots.
Cette résistance à la corrosion est d’ailleurs liée intimement à la durée
d’emploi
desmétaux,
inter-venant dans la résistance
mécanique
et la résistanceà la
fatigue,
lesquelles
inversementréagissent
surl’attitude
chimique.
c. Mais un domaine dans
lequel
lesphysiciens
apporteraient
unprécieux
concours est celui despropriétés
defaçonnage,
propriétés
complexes
que l’on s’est eff orcéd’analyser
ces dernières années et de caractériserempiriquement,
cequi
d’ailleurs asuffi pour
accomplir
desprogrès
notables en facilitéet
régularité.
C’est unsujet qui
mériterait à lui seulun
exposé
spécial puisque j’y
ai trouvématière,
il y a
quelques
années, à
trois conférences àque cette considération de
possibilité,
derapidité
etde facilité de
façonnage
conduit àenvisager
deuxcatégories
pratiques d’alliages :
io
Alliages
deforge
oualliages
forgeables,
c’est-à-dire suffisamment déformables
plastiquement
àchaud;
2°
Alliages
defonderie, forgeables
ou non, maispossédant
un ensemble depropriétés appelées
«
propriétés
de fonderie »permettant
l’obtention demoulages
sains,
c’est-à-direcompacts
etcontinus,
propriétés multiples
queje
me suis efforcéd’analyser
parailleurs,
mais queje
nepuis
envisager
cette fois.Ces deux
grandes
catégories
necorrespondent qu’au
façonnage
sans enlèvement de matière(Spanlose
Bearbeitung),
mais il y a encore lefaçonnage
avecenlèvement de matière à l’outil ou par copeaux,
que l’on
appelle
courammentl’usinage,
etqui
s’applique
à ces deuxcatégories d’alliages,
mettant enjeu
unepropriété complexe
particulière :
l’usina-bitité(machinability), qui
estégalement
un facteurà considérer et
qui requière
l’emploi
de matériaux de coupe, aciers oualliages
pouroutils,
pourlesquels
d’énormes
progrès
ont étéaccomplis.
Cetteopération
d’usinage,
de même que lefrottement,
l’usure,
le
polissage
etl’abrasion,
doivent retenir l’attention desphysiciens.
Les
phénomènes
depolissage
ont été étudiés parles
métallographes
depuis
Osmond,
puis
ont étéinterprétés
parBeilby,
dont lesconceptions
de couchesamorphes
ont reçu récemment uneintéres-sante
confirmation,
dans leurréalité,
parl’analyse
électronique
et, dans leurorigine,
par les travauxde Bowden. Comme vous le savez, ces derniers
travaux ont mohtré que les
phénomènes
defrot-tement déterminent des élévations de
température
considérables,
supérieures
dans certains casà 1000°,
et
atteignant
par suite lepoint
de fusion le moins élevé des deux métaux en contact. Cette fusionlimite la
température
enprovoquant
l’écoulementdu métal
correspondant.
Les
qualités
d’unproduit
pourpolir dépendraient
donc,
non pas tant de sa dureté à latempérature
ordinaire,
mais de sonpoint
de fusion parrapport
à celui du métal travaillé. Il se trouve que les abrasifsusuels sont à la fois très durs et très
réfractaires;
cette fusion
superficielle explique également
l’oxy-dation par le milieu ambiant antérieurement attribuée
à la
pression
interfaciale. Le facteur «température
decontact »
joue
donc dans le frottement et lepolissage
un rôle aussi
prépondérant
que dansl’usinage,
oùil était bien connu des
métallurgistes
depuis
long-temps.
Les
qualités
d’un acier ou d’un matériau decoupe
dépendent
avant tout de satempérature
d’adoucissement ou de détérioration par
oxydation;
c’est ainsi que, pour les aciers utilisés à l’état
trempé
afin d’avoir une haute dureté, un facteur essentiel est celui de latempérature
d’adoucissementou de début de revenu sensible
qui
est élevé par laprésence
d’élémentss’opposant
au retour à l’étatd’équilibre,
tels que letungstène,
lemolybdène,
le chrome, etc. ;l’emploi
d’alliages,
dont la haute duretéest naturelle et ne résulte pas de l’effet de la
trempe,
permet
d’élever encore latempérature
de contactpendant l’usinage,
et, parsuite,
d’accroître les vitesses etpuissances
de coupe.Mais,
ici encore, il faut savoir se limiter et nouslaisserons délibérément de côté toutes ces
intéres-santes
questions
pourjeter
un coup d’oeil sur cequ’on
appelle
plus particulièrement
lespropriétés
mécaniques.
PREMIÈRE
PARTE.Aperçu
sur lespropriétés
et
oaractéristiques mécaniques
usuelles.D’une manière courante et
depuis longtemps,
onutilise pour caractériser les
aciers,
etplus
généra-lement les
produits métallurgiques,
dupoint
de vuemécanique,
des coefficients ouparamètres
conven-tionnels et arbitraires
appelés à
tort «caractéristiques
mécaniques »
résultant des essaismécaniques,
etqui
ne sont, à bien
prendre,
que des coefficientsd’identi-fication des matériaux à
l’égard
de leur utilisationmécanique.
Ils sont très
critiquables
aupoint
de vue de leurdéfinition,
de leur détermination et de leursigni-fication,
mais ils ontl’avantage
d’être dedétermi-nation
facile,
d’unemploi
à peuprès
universel,
grâce
auxquels
on a accumulé et l’onpossède
de très nombreuses donnéespermettant
d’orienter unefabrication ou un
emploi.
Bien souvent on a substitué des schèmes à la réalité
expérimentale :
c’est ainsi que l’essai de traction estprésenté
comme une déformationhomo-gène
sous des efforts d’extension.Depuis longtemps
l’expérience
a montréqu’elle
cesse d’êtrehomogène
dans le senslongitudinal
parl’apparition
de lastriction,
mais on continue à la considérer commehomogène
sur une sectiondroite,
c’est-à-dire dansle sens transversal.
Or,
l’étudespectroradiogra-phique
(G. Homès)
a montréqu’il
n’en était rienet que la déformation est
beaucoup plus
intenseen surface. Il ne reste donc rien de la
conception
initiale du
schème,
et par ailleurs lesparamètres
qui
servent àexprimer
les résultats ne sonteux-mêmes pas des
grandeurs
homogènes
etlogiques.
Ce
qu’on appelle «
charge
derupture »
est en réalitéla
charge
maxima subie par l’essai et non lacharge
au moment de la
rupture,
et elle estrapportée
à unesection
qui
n’est ni la section derupture
ni la section au moment où l’on atteint cettecharge
puisque
c’est la section initiale del’éprouvette;
hybride qui
est la somme de deux autres :l’allon-gement
de striction etl’allongement
uniformémentréparti dépendant
l’un dudiamètre,
l’autre de lalongueur
del’éprouvette.
TABLEAU 1.
Il en est de même de la
résilience,
danslaquelle
letravail de
rupture
mesurécomprend
à la fois untravail de déformation
hétérogène
d’un volume de métal non déterminé et d’un travail desépa-ration d’une section
également
non déterminée du métal. Ce travailglobal
estrapporté
à une sectioninitiale à fond d’entaille de
l’éprouvette.
Mais un
repère simple
etrapide, quoique
artificielet de
signification
discutable,
exprimant
unepro-priété
d’une manière mal définie etinexacte,
setrouve
parfois
plus
fécond etplus
utilequ’un
essaibeaucoup plus
parfait
aupoint
de vuethéorique
mais d’exécution difficile et inutilisable en
pratique.
Par
exemple,
la définitionthéorique
de la duretéd’après
Hertz n’a servipratiquement
encore àrien,
alors que l’essai de dureté à la bille dû à
Brinell,
discutable
théoriquement,
a rendud’inappréciables
services au
point
de vue contrôle etrégularité
defabrication et de traitement
thermique.
Lamulti-plicité
et lasimplicité
des essais sont des facteurs essentiels de fécondité et deprogrès.
Il est en effet
indispensable
deposséder
unedocu-mentation abondante relative à la valeur
d’emploi,
c’est-à-dire à l’attitude en service et à la durée de
service des
pièces
pourpouvoir
s’en servir dans l’établissement desappareils
etmachines, et,
d’autrepart,
il faut la même documentation parrapport
auxfacteurs de fabrication pour
pouvoir
conduire celle-ci en vue d’obtenirles
résultats demandés.C’est ainsi que l’introduction de la résilience n’a pu se faire
qu’après
des annéesd’expérience,
pendant
lesquelles
on a accumulé la documentationindispen-sable. On croit souvent
trop
facilement quel’intro-duction d’un nouvel essai est facteur de
progrès.
Ce serait véritablementtrop
commode et à laportée
de
tous;
c’est uneconception
uniquement
adminis-trative. Il fautauparavant
que soient ëtablies :d’une
part,
lasignification
de cet essai parrapport
àl’emploi pratique,
et,
d’autrepart,
la relation entre cet essai et les facteurs de fabrication.En un mot les
paramètres
oucaractéristiques
mécaniques
sont, ou devraientêtre,
le trait d’union entre les fabricants et lesutilisateurs,
chacun d’euxayant,
par unelongue expérience,
établi des relationsempiriques
entre ceux-ci et les conditions et facteurs de fabrication d’unepart,
et les conditionsd’emploi
de l’autre.C’est ce
que
nous avonsessayé
de résumer dansle Tableau I. Il faut donc être très
prudent
dansl’introduction de nouvelles
caractéristiques
méca-niques,
car onrisque
d’entraver les fabrications etmême,
comme l’avaitdéjà
fait remarquerHenry
Le
Chatelier,
de détruire certaines industries.Quoi
qu’il
ensoit,
onpeut,
enpremière
approxi-mation,
classer lescaractéristiques mécaniques
usuelles en trois groupes :a. Celles se rattachant à la résistance
opposée
à ladéformation,
telles que lacharge
derupture
à latraction
R,
la dureté0,;
b. Celles
qui
tendent àqualifier
lacapacité
dedéformation
statique
(ou
ductilitéstatique),
telles quel’allongement
centésimal A ou la striction A larupture
par traction1;
c. La ductilité
dynamique
couramment définiepar la résilience p à l’essai de
rupture
à la flexion par choc suréprouvette
entaillée.Les
propriétés
des deuxpremiers
groupes varienten
général
dans le même sens à l’intérieur dechaque
groupe et en sens inverse ou
complémentaire
d’ungroupe à
l’autre,
sans que celasoit,
bienentendu,
de
règle générale (les phénomènes
de vieillissementvariations dans le même sens de
caractéristiques
appartenant
à des groupes~différents}.
Cette constatation
permet
donc defaire,
enpremière approximation,
lescomparaisons
en limitantles termes
d’appréciation
àdeux,
en en choisissant un danschaque
groupe.Pour aller
plus
loin,
on a cherché à trouver aumoyen de formules une
expression
de la variationstatistique
en sens inverse des deux groupes, entre R résistance à latraction,
parexemple,
et Aallongement
derupture,
cequi
donne un termenumérique unique
d’appréciation.
C’est làl’origine
des formules decompensation
ou coefficients dequalité;
si pour une certainecatégorie
d’aciers,
les aciers au carbone par
exemple,
onreprésente
R en fonction deA,
on obtient une voie lactée dont les valeurs moyennes ouprobables
tracent unecourbe d’allure
analogue
à uneportion d’hyperbole.
Une bonne
représentation
serait obtenue par uneformule
logarithmique,
un peu moins bonne par une formuleplus simple :
R x A =K,
mais enpra-tique
on apris
R + aA -K,
remplaçant
la courbe dans un certain intervalle par sa corde.En
fait,
aupoint
de vuecapacité
de déformationavant
rupture,
unecaractéristique beaucoup plus
difficile à obtenir que
l’allongement
à larupture
par tractionA,
surtout si l’on fait intervenirl’hété-rogénéité
etl’hétérotropie
despropriétés mécaniques
desaciers,
est la résilience p. C’est unepropriété
extrêmement sensible à des variations
structurales,
à l’orientation de
l’éprouvette
parrapport
à la direction del’allongement
deforgeage
(ce
que l’onappelle
communément le « travers » del’acier)
etdépendant
en outre dephénomènes
enpartie
inconnus.
En
réalité,
c’est surtout un moyen de mettre enévidence le
changement
de mode derupture
quepré-sente l’acier dans l’échelle des
températures.
On passed’un mode de
rupture
avec déformationsplastiques
notables,
donnant unaspect
de cassure fibreuseprécédée
d’une déformationimportante
des éléments de structure ougrains,
à un mode derupture
parséparation
engénéral
rupture
intragranulaire
à faibles déformations donnant une cassure à facettesappelée
« cassure àgrain » (1).
Cette cassure àfacettes,
je
l’associais,
et l’associe encore aupoint
de vueenseignement,
poursimplifier, à
la notion declivage,
mais etle sembleplutôt
résulter deglissements
de
grande amplitude
de l’édifice cristallin dugrain.
Quoi
qu’il
ensoit,
on passe d’un mode derupture,
à un autre en traversant une zone de transition ou zone de
dispersion
oud’indétermination,
danslaquelle
on obtient soit
l’un,
soit l’autre mode derupture
etpar
conséquent
desrésiliences,
soitfaibles,
soit élevées. (1) Plus généralement ce passage peut être la conséquence,soit d’un changement de mode de rupture soit, pour un
même mode de rupture d’une variation du volume déformé
résultant d’un changement de résistance au glissement plas-tique.
La
position
dans l’échelle destempératures
decette zone de transition est influencée par de nombreux facteurs
indiqués
dans leschéma ~ fig.
i)
établi en accord avec Küntze.
Fig. 1 . -
Principaux facteurs influant sur la zone de transition ou de dispersion de la résilience.
On voit par là combien l’obtention d’une résilience
déterminée
peut
être délicate et combien sontplus
sévères les formules despropriétés mécaniques
consistant à associer la résistance .R et la duretéd’une
part,
à la résilience d’autrepart;
c’est la conclusion àlaquelle j’étais
arrivé pour trouver unindice de
qualité mécanique
dans une conférence faite àLiége
avant la guerre(2).
Nous avons
indiqué
combien était lointaine lasignification
de cescaractéristiques mécaniques
usuelles par
rapport
à la valeurd’emploi
oud’usage.
Aussi,
dans le but de mieux serapprocher,
dans lemode de sollicitation notamment, des conditions
d’emploi,
on s’est orienté ces dernières années versdes
essais,
connusdepuis
longtemps,
maisqui
avaient été laissés de côté en raison des difficultés d’exécution et de la
dispersion
des résultats. Ce sont les essais :- D’endurance ou de
fatigue
pour lespièces
de machines fonctionnant àfroid;
- De
fluage
ou d’écoulementvisqueux
pour lespièces
de machines travaillant à chaud.D’où l’introduction de nouveaux
paramètres
enpartie également
conventionnels,
de limite defatigue,
limite defluage,
etc.,ayant d’ailleurs,
dans leur
définition,
des caractèreshypothétiques
rappelant
ceux de la limiteélastique.
Ici encore les schèmes ont
précédé
laconnais-sance du mécanisme réel des déformations et de la
rupture.
Sans aborder cessujets compliqués,
rappelons
que l’endurance a été étudiée parperméa-bilité
magnétique
etmagnétoscopie
ainsi que parspectroradiographie.
Cela a montré,macrographi-quement,
que lephénomène
consistait dans lapropagation
d’une fissures’amorçant
à l’extérieuret
qui
étaitaccompagnée, précédée
pour les uns,,suivie pour les autres, de déformation d’un ensemble
de
grains
extrêmementlocalisé,
d’où le rôleprépon-dérant des états de surface de
l’éprouvette
résultantde la
préparation mécanique
et de la corrosionchimique.
Le mécanisme du
fluage
a été étudié parspectro-radiographie
associée à lamicrographie.
Ces études ont montré que lemécanisme,
sans êtreparfaitement
connu, s’accordait en
première
approximation
avecles schèmes sur
lesquels
est basé leuremploi
et parlesquels
on ajustifié
leur introduction commeméthode de contrôle.
Mais il y a encore
beaucoup à
étudier à cesujet.
Je me contenterai de
souligner
le dilemme queprésente
l’application
de ces essais delongue
duréeet de
préparation
coûteuse : ou bien ces essais sonteffectués en nombre limité et le contrôle est inefficace
puisque
lamajeure
partie
desproduits
échappe
à la vérification par ce moyen, ou bien l’on veut contrôlertous les
produits,
et alors on arrête la fabrication.Ajoutons
que les résultats de ces essais sontconsidé-rablement influencés par l’action
chimique
extérieureen cours
d’essais,
c’est-à-dire lacorrosion,
cequi
augmente
encore les causes dedispersion
des résultats.En dehors de la
dispersion
des résultats et desdifficultés de
préparation
deséprouvettes,
lalongue
durée de ces essais a conduit à lesaccélérer,
mais onrisque
de déformer lephénomène
dans letemps
sion ne connaît pas
auparavant
les loisthéoriques
ouempiriques,
maisprécises
desphénomènes.
Lesmêmes remarques
s’appliquent à
la caractérisationchimique
des aciers par les essais de corrosion. Pour le moment nous laisserons donc de côtéces
caractéristiques
insuffisamment connues aupoint
de vue de leur introduction commeprocédé
de
contrôle,
et nous nous limiterons aux coefficientsusuels fournis par les essais
mécaniques
courants etl’analyse chimique.
Quoi
qu’il
ensoit,
je
tiens àsouligner quelques
différences essentielles entre cescaractéristiques
ourésultats des essais
mécaniques
et lespropriétés
physiques
bien connues de vous d’autrepart.
La
définition,
le contrôle et lasignification
despropriétés
mécaniques
sont, eneffet,
très différentesde celles des
propriétés physiques
proprement
dites telles que ladilatation,
le moduleélastique,
lespropriétés électriques,
etc.,qui
vous sont très familières.io Les
propriétés
physiques
sont bien définies d’une manièreindépendante
del’éprouvette
qui
aservi à les
déterminer,
onparle
d’uneconductibilité,
d’un coefficient de
dilatation,
sans besoind’indi-cations
complémentaires.
Aucontraire,
unerési-lience,
unallongement
derupture,
n’ont de valeurque si l’on
indique
en mêmetemps
letype
d’éprou-vette et même les conditions
mécaniques
d’essai;
20 Les
propriétés physiques
sont despropriétés
plus simples, plus
élémentaires que lescaracté-ristiques mécaniques
qui apparaissent propriétés
complexes,
fonction de diversespropriétés
ouphéno-mènes
qui
sesuperposent
ou s’enchevêtrent. C’estainsi que le
phénomène
derupture
d’uneéprouvette
de résilience ou de traction
peuvent
êtredécomposées
en au moins deux autres
phénomènes
plus simples,
qui
ne sont d’ailleurs pas fonction des mêmes variables; 30 Les
propriétes physiques
sont relativementbien moins influencées que les
caractéristiques
mécaniques
par les variations destructure,
parl’histoire
thermique
etmécanique,
par les conditionsde fabrication.
Des traitements
qui
triplent
la dureté ou fontvarier la résilience dans le
rapport
de 1 à 100ne déterminent que des variations de l’ordre de
10 pour i oo dans les
propriétés
physiques.
On
peut
parler
de larésistivité,
de ladensité,
etc.,voire du module
élastique
d’un métal pur, mais on ne saurait luiassigner
une résistance à latraction,
une valeur de la striction.
Ainsi la résistance du
tungstène
varie de 10à 30o
kg :
mm2,
la résilience du fer purdepuis
lepliage
sansrupture
à moins dekgm :
cm2(clivage
du monocristal
x).
Dans cet ordre
d’idées,
il fautrappeler
que cescaractéristiques mécaniques
ayant
trait à unagrégat
polycristallin pseudoisotrope
sontstatistiques
et souvent sansrapport apparent
avec lespropriétés
du cristal élémentaire.
Pour citer un
exemple :
lemagnésium
a, suivantsa
pureté,
sapréparation
et son état(moulé
ouforgé)
unallongement
derupture A
de l’ordre de 10à 20 pour 10o et une résistance à la
rupture
.~ del’ordre de 10 à 25
kg :
mm?,
alors que lemono-cristal fournit
(suivant
leprocédé
depréparation
etl’orientation)
desallongements plastiques
attei-gnant
70 à 83 0o pour 100 sous des tensions de 3 à 10kg :
mm2 ;4°
Lespropriétés physiques
ont unesignification
bien déterminée par
rapport
à la valeurd’usage.
On sait ce que doivent être la conductibilité d’un câbleélectrique,
le module d’élasticité d’unspiral,
le coefficient de dilatation d’unpiston
de moteur, etc.,pour satisfaire à
l’emploi
et fournirl’usage qu’on
leur demande.
Au
contraire,
la valeurd’usage
aupoint
de vuemécanique
d’unepièce métallique
n’aqu’un
rapport
problématique
et souvent inconnu vis-à-vis de sescaractéristiques mécaniques.
Aussi celles-ci sont-ellesplutôt
des indices declassement,
des coefficientsd’iden-tification,
quel’expression
depropriétés
déterminées. Si lespropriétés physiques
nousapparaissent
ainsiplus simples,
mieuxdéfinies,
que lespropriétés
mécaniques,
il ne faut pas en conclure que leproblème
de leur obtention industrielle écarte les difficultés courantes.
Dans la fabrication des
pièces
caractérisées parn’est pas résolu par la seule obtention des
propriétés
désirées : il subsiste leplus
souvent :io Dans la
fabrication,
le rôle essentiel despropriétés
defaçonnage;
2~ Dans
l’emploi,
l’intervention despropriétés
mécaniques
etchimiques.
La considération des
propriétés
defaçonnage
subsiste etimpose
desproblèmes
au moins aussidifficiles à
résoudre,
car ils’agit
d’adapter
l’élabo-ration à l’obtention depropriétés
complexes
satis-faisantes,
phénomènes
et facteursbeaucoup
plus
difficiles à saisir et àpréciser.
Pour citer un
exemple,
considérons l’obtentiond’un fil pour résistance
électrique
dutype
austé-nitique
au nickel-chrome :Les
propriétés
physiques
sont définies par larésistivité et son coefflcient de
température, grandeurs
qui,
pour des traitementsthermiques
etmécaniques
et unepureté
des matièrespremières
donnés,
sontfonction de la
composition
chimique
et de latempé-rature, relations
qui
sont illustrées par les nombreuxdiagrammes
de M. Chevenard. Leproblème
est donc bien défini à cepoint
de vue. Mais il faut en outreque
l’alliage
soitforgeable
etductile,
de manièreà
pouvoir
en obtenir des fils de sectionrégulière
etexempts
de défautsphysiques.
Ceci fait intervenir les conditions d’élaboration et le
degré
d’oxydation
d’où,
pour assurer laforgea-bilité et la
désoxydations
l’addition d’éléments tels que leMn,
leZr,
leMg,
l’Al,
enquantités
leplus
souvent non dosables par les méthodes
pondérales
chimiques.
Ilfaut,
parsuite,
instituer desprocédés
particuliers
d’étude pour la mise aupoint
et lecontrôle des fabrications.
En outre, si l’on abandonne ce
type
d’alliage
ens’adressant aux résistances
ferritiques,
lespropriétés
mécaniques
àchaud,
l’aptitude
à larecristallisation,
donc la résistance et la
fragilité
àfroid,
lecompor-tement
chimique
sontchangés.
DEUXIÈME
PARTIE.A.
Principaux
types
d’aciers et leursemplois
en
Physique
Contrairement à ce que laisseraientpenser les innombrables brevets
publiés,
la lecture des articlestechniques
et les informations de lapresse
quotidienne,
l’apparition
d’untype
réellementnouveau d’acier est un fait rare et
exceptionnel.
Périodiquement,
et notamment auxépoques
deguerre, circulent des nouvelles sensationnelles d’aciers
contenant en
général
des éléments peu utilisésjusqu’alors
et battant tous les records despropriétés
mécaniques;
et ceci trouve créance mêmeauprès
depersonnalités qualifiées
par leurs titres et leursfonctions;
inutile de direqu’il
n’en reste rien. Sid’ailleurs il est loisible à
n’importe qui d’ajouter
un ou
plusieurs
éléments enproportion quelconque
dans un
acier,
il est infinimentplus
difficile de mettreau
point
un nouveautype
d’acierprésentant
desavantages
techniques
ouéconomiques
réels parrapport
à ceux existants. C’est uneentreprise
qui
nécessite souvent des années
d’expériences
avec le concours de techniciens et d’hommes delaboratoire,
tant à l’aciérie que dans les usines d’utilisation.
C’est pour cela
qu’il
y a peu de nouveautés àmentionner dans le domaine de l’obtention de la résistance
mécanique;
demême,
iln’y
a pas àsignaler
de records de
caractéristiques mécaniques
àpart
la très haute dureté
superficielle
obtenue par lanitruration.
Par contre, des
progrès
considérables ontété
accomplis
àl’égard
deproblèmes beaucoup plus
difficile mais moins
frappants,
moins sensationnelsà
l’égard
dupublic :
ceux de lapurification
et de larégularisation
des fabrications.Le
premier
permet
de s’affranchir de lasujétion
des matières
premières
pures, telles que lesproduits
suédois,
cequi
estprimordial
pour notre pays. Ledeuxième est facteur essentiel de
qualité;
tous ceuxqui
s’attachent àdégager
les lois et facteurs desphénomènes complexes
savent combien il est difficilede réduire la
dispersion
des résultats et d’obtenirdes valeurs
numériques reproductibles;
quand
ony
parvient,
onpeut
dire que leproblème
est résolu,car on est alors maître des variables.
Ce sont les deux buts que l’on a sans cesse
pour-suivis en
aciérie,
purification
etrégularité,
dont ons’est constamment
rapproché,
etqui paraissent
avoir été atteints ces dernièresannées,
d’une manière à la foisscientifique
etpratique,
par lesprocédés
de
brassage
métal-laitier mettant enjeu
d’unemanière
beaucoup
plus complète
etbeaucoup
plus rapide
leséquilibres
entre ces deuxphases
liquides.
Par
ailleurs,
le choix destypes
d’aciers pour lesapplications
mécaniques
estguidé,
à l’heureactuelle,
par desquestions économiques
etd’approvision-nement en matières d’addition.
Mais des
progrès
considérables ont étéaccomplis
dans le domaine des aciers résistant
chimiquement à
froid et à chaud et résistantmécaniquement
àchaud,
amenant une rénovation et unboulever-sement
complets
del’outillage
des industrieschi-miques
etthermiques.
Ce sont dessujets qui
doivent retenir toutparticulièrement
l’attention desphysi-ciens.
Il ne m’est pas
possible
de dresser devant vous untableau des aciers
industriels,
même en se limitant à ceuxqui
ont actuellement une valeur réellepratique
etqui
sontfabriqués
enquantité
notable.Le
sujet
est encoretrop
vaste et en outre il estdifficile à
présenter
d’une manièresuggestive.
Onpeut
en effet essayer de classer un telexposé
de diverses manières dont chacune d’elles n’est pasclassifi-cation
peut
être,
soitchimique,
soitmécanique,
soit structurale :1 ~ La
classification
chimique
d’après
la naturedes éléments
présents
C,
Mn, Si, Ni, Cr...;
c’estévidemment la
plus
simple
et ne demande aucuntravail
intellectuel,
nidépense d’imagination;
c’est cellequi
convient à l’aciériste pourlequel
l’opé-ration est définie et contrôlée par
l’analyse chimique;
elle est en outre la seule
possible
pour untraité,
car ellepermet
une tableanalytique
des matières.C’est ainsi
qu’est
présentée
laremarquable
sériede
monographies
d’aciers établie auxÉtats-Unis
parla
coopération
du Battelle MemorialInstitute,
de l’American Iron and SteelInstitute,
du Bureau ofStandards,
et d’autresorganismes
industriels.Chaque
élément d’addition est
l’objet
d’un volume de 5oo pages. Cela est trèsprécieux pour l’étude
et ladocumentation, mais,
on lecomprend,
nepeut
fournir matière à une
esquisse
d’ensemble,
un aperçugénéral,
car on serait conduit à une fastidieuseénumération,
à uncatalogue
monotone et inter-minable.Nous nous contenterons de dire
qu’actuellement :
Les aciers pour la constructionmécanique
sont, dans l’immensemajorité,
des aciers :au
manganèse
etmanganèse-silicium;
au
chrome,
chrome-manganèse,
chromemolyb-dène,
chrome-silicium,
chrome-aluminium;
au
nickel, nickel-chrome,
nickel=molybdène,
nickel-chrome-molybdène.
Les aciers et
alliages
pour outils et résistantméca-niquement
à chaud fontappel
aux éléments donnant des carbures réfractaires ou des constituants fournissant le durcissement structural à chaud :tungstène, molybdène,
chrome,
vanadium et aucobalt.
Les aciers et
alliages
résistantchimiquement
àl’oxydation
sont obtenus par addition enquantité
suffisante d’éléments solubles dans le fer et donnant
des
oxydes
réfractaires :chrome,
aluminium,
silicium,
zirconium,
etc.(le
calcium et lemagnésium
donnantégalement
desoxydes
réfractaires ne sont passolubles dans le
fer).
2° La
classification
parpropriétés mécaniques
estcelle
qui
conviendrait le mieux à l’utilisateur méca-nicien etqui apparaîtrait
laplus indiquée
àadopter
ici pour donner un aperçu des ressources
apportées
par les aciers pour la construction des
appareils.
Unprojet
de classificationgénérale
basée sur lescaractéristiques mécaniques
avait été établipendant
la guerre sousl’inspiration
de M.Caquot :
ilcomporte
l’établissement de barèmes
numériques,
de gammes fonctionnellesreprésentant
lesallongements
derupture
A pour 100, les résiliences et l’enduranceen fonction des résistances R
(lesquelles
s’échelonnentsuivant une série de nombres normaux rattachés
à la série
Renard);
les associations de cescaracté-ristiques pouvaient
être réalisées par des aciers decompositions chimiques
différentesayant
subi destraitements
thermiques appropriés fl).
Mais ceci ne constitue
qu’un
classeur dans lesdifférentes cases
duquel
doivent serépartir
toutesles demandes
numériques
decaractéristiques
méca-niques
et non une véritable classification des acierseux-mêmes,
puisque s’y
trouvent confondus ensembletous les facteurs déterminant ces
propriétés,
quedeux aciers différents
peuvent
êtrelogés
dans lamême case ou au même échelon alors
qu’inver-sement, un même acier
peut,
suivant les traitementssubis,
occuper toute uneportion
de l’échelle.Ajoutons qu’il
y aplus :
suivant sa destinationmotivée par une de ses
propriétés,
un même acier ou un mêmealliage
est vendu commercialementsous des noms
(et
même à desprix)
différents suivant que l’on met àprofit
sa résistancemécanique,
sarésistance
électrique,
sespropriétés
dedilatation,
etc.En
résumé,
ces deux modes declassement, utiles
pour les
métallurgistes
ou pour les mécaniciens,sont ici dénués d’intérêt et ne
présentent
en outreaucun caractère véritablement
scientifique
permet-tant une vue d’ensemble.
30 Si nous voulons un fil
conducteur,
uneconcep-tion
présentant
une réellesignification
scientifique,
il faut se tourner du côté de la structure dont les
propriétés
ne sont quel’expression
ou laconséquence,
et
qui
dépend
de tous les facteurs de fabrication énumérésprécédemment,
notammentcomposition
chimique
et traitementsthermiques.
J’ai
essayé,
dans le tableausynoptique
IIci-joint,
d’esquisser
une tentative de classification d’ensemblebasée sur la structure, cristalline et
micrographique,
et tenantcompte
despropriétés caractéristiques :
résistancemécanique
etchimique, à
froid et à chaud.Mais
auparavant,
il meparaît
utile derappeler
quelques
notions élémentaires sur cette structure. B. Indications sommaires sur lestransfor-mations et la structure des aciers. - On sait
que toute l’étude des traitements
thermiques
et despropriétés
des aciers est dominée par lestransfor-mations du fer.
Les aciers existent sous deux états dérivés des
formes
allotropiques
du fer : étatf erritique
oc, àmaille
centrée,
et étatausténitique y
à maille à facescentrées.
(1) Les caractéristiques mécaniques considérées étaient
celles obtenues sur éprouvettes découpées dans des barres
cylindriques de 25 mm de diamètre pour tenir compte de l’influence de l’épaisseur sur les propriétés mécaniques, notamment du fait de la pénétration de la trempe. Pour tenir
compte de la composition chimique, les aciers étaient répartis en cinq classes :
1° Non alliés;
~ 0 Faiblement alliés; .
30 Moyennement alliés;
40 Fortement alliés ou autotrempants;