1 / Annale BAC 2018
Sujet 5
Série / L Épreuve / Français Durée / 1 H 30
Coefficient / 4 Baccalauréat / 2nd tour Session / 2017
Dès que le sujet est remis, assurez-vous qu’il est complet. L’usage de la calculatrice et du téléphone portable est interdit.
Thématique : Guerres et colonisation Corpus de documents :
Document A : Leduc Jean-Benoît, hypotheses.org, article publié le 22 avril 2015.
Document B : « La place des mutins/fusillés de la Grande Guerre dans la mémoire collective », interview d’André Loez, enseignant et chercheur.
Document A
Les mutineries de 1917 sont une série de révoltes au sein de l’Armée Française qui ont eu lieu pendant la Première Guerre mondiale.
Mutineries (1), désobéissance et révoltes dans les tranchées de la Grande Guerre.
Toute guerre a ses mutins et la Première Guerre mondiale n’échappe pas à cet état de fait. Les premiers refus d’obéissance de soldats français ont lieu dès 1914. Ils sont d’abord la conséquence de la dureté des conditions de vie. La boue, le froid, la vermine, les permissions peu nombreuses et souvent retardées, l’état lamentable des cantonnements de repos, le contact permanent avec le sang et la mort, sont autant de raisons qui poussent les soldats à la rébellion. Ces mouvements de révolte interviennent aussi en réaction aux échecs militaires et contre les erreurs du commandement. Ainsi, les mutineries qui affectent l’armée française aux mois de mai et de juin 1917, sont le résultat de l’insuccès des offensives menées par le général Nivelle lors de la bataille du Chemin des Dames. Enfin, la lassitude gagne les soldats qui voient la guerre se prolonger alors que les officiers leur avaient fait la promesse que le conflit serait court. Les mutineries seraient davantage la démonstration d’un sentiment de détresse extrêmement profond plus que l’expression d’une adhésion à un discours révolutionnaire.
De nombreuses formes d’insubordination.
Dès lors apparaissent plusieurs formes de désobéissance. Le refus de monter au front est l’acte de rébellion le plus observé durant la Grande Guerre (2). Les soldats, de façon individuelle ou collective, font ainsi preuve d’insubordination en ne répondant pas aux ordres de l’officier chargé de lancer l’assaut. De cette manière ils expriment leur refus de participer à des attaques qu’ils jugent coûteuses en vies humaines et dont ils savent pertinemment qu’elles sont vouées à l’échec. […]
Les mutilations volontaires représentent une autre forme de désobéissance. Des soldats s’infligent des blessures avec leurs armes, essentiellement aux mains ou aux pieds, dans le but de se soustraire aux combats. […]
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/ ANNALE BAC 2018Série L > Français > Sujet N°5 Dans le but de préserver leur santé physique et mentale, pour revoir leur famille dont ils n’ont plus de nouvelles et surtout par peur, des soldats se rendent coupables d’insubordination en abandonnant leur poste et en désertant. […]
Plus spontané et marginal, le phénomène des fraternisations représente également un acte de désobéissance. Les témoignages confirment l’existence de brefs instants de fraternité entre les combattants français et allemands qui s’échangeaient, outre une poignée de mains, toutes sortes de choses tels que du tabac, du pain ou des journaux.
Enfin, conséquence du rejet de la pression disciplinaire, certains soldats deviennent mutins en affirmant haut et fort leurs opinions sur la guerre allant même jusqu’à injurier (3) leurs officiers. […] Ces débordements sont essentiellement la conséquence d’un épuisement psychologique des soldats. Rappelons qu’il ne s’agit pas d’une guerre de professionnels. Ce sont des civils que l’on a habillés en soldat qui se battent, et ils sont de facto (4) plus disposés à lâcher prise moralement et à contester les ordres des officiers.
Leduc Jean-Benoît, hypotheses.org, publication 22 avril 2015.
(1) mutinerie : émeute, révolte populaire, indiscipline.
(2) la Grande Guerre : la Première Guerre mondiale.
(3) injurier : blesser, choquer, insulter.
(4) de facto : de fait.
Document B
Éviter la confusion fusillés-mutins
Dans une première thèse très officielle, dès l’entre-deux-guerres, les mutineries de 1917 sont provoquées par des agitateurs extérieurs à l’armée et porteurs de messages pacifistes. La répression ferme, continuité d’une justice militaire classique, rendue plus sévère lors des premiers jours de la guerre, se justifie par les dangers encourus par l’État, par la Nation.
En 1994, l’Américain Léonard Smith décide de suivre pendant toute la guerre, la trajectoire d’une division de l’armée Mangin. Il souligne l’émergence d’un principe de proportionnalité entre la portée, l’enjeu de l’objectif à atteindre par les combats et le cout réel payé par les soldats (mobilité et fatigue, mortalité et blessure, disparition, choc psychologique…). Ce rapport montre que ce sont les soldats qui commandent. Formule provocatrice, soutenue également par Jay Winter qui affirme que les formes de la bataille, son déroulement, dépendent non du commandement mais des soldats qui les mènent.
Pendant le conflit, les soldats des deux camps ont mis en place un mode de vie tendant à organiser et ritualiser la violence pour la rendre la moins efficace possible avec des horaires fixes, des signaux… Partant de là, les soldats posséderaient également le pouvoir de dire non, d’autant plus que certains combats, certaines 30
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/ ANNALE BAC 2018offensives sont ressentis comme inutiles, transformant des soldats en condamnés.
La sentence du retour au front pour des déserteurs, utilisée par les justices militaires, souligne bien ce que les soldats ressentent : être en première ligne, c’est être condamné.
Ainsi posées, les mutineries de 1917 peuvent être interprétées comme la volonté des soldats de faire comprendre au commandement ce qu’ils ne peuvent supporter.
Il s’agit bien d’une forme de grève, mais aussi d’une protestation civique qui donne aux officiers, aux sous-officiers mission de transmettre des revendications, des requêtes. Les mutineries sont bien alors l’œuvre de citoyens soldats, qui ne remettent pas en cause les objectifs de guerre mais la façon de les atteindre.
Elles montrent aussi que le citoyen n’a pas aboli sa capacité d’exprimer ce qu’il entend supporter, qu’il existe des limites à son obéissance, voire sa docilité. Donc le consentement est conditionné aux limites que le commandement ne dépasse pas.
Après la désastreuse offensive du Chemin des Dames (2), les soldats vont « agir ensemble pour mettre fin au massacre », selon les mots de Jay Winter. Ils ne refusent pas toujours de monter en ligne mais, dans une expression collective de mécontentement, veulent cesser tout assaut inutilement meurtrier. Les effets sont réels : Robert Nivelle relevé de ses fonctions est remplacé par Philippe Pétain, et même si les incidents continuent, les conditions matérielles des soldats sont améliorées comme l’organisation des permissions… La légitimité des revendications est reconnue. Cependant la justice militaire fait son œuvre : 3 427 mutins jugés coupables, 554 mutins condamnés à mort pour une trentaine de mutins fusillés.
« La place des mutins/fusillés de la Grande Guerre dans la mémoire collective », interview d’André Loez, enseignant et chercheur. www.reseau-canope.fr (1) ténacité : ce qui tient fortement, attachement invariable à une idée, un projet.
(2) offensive du Chemin des Dames : offensive française lancée le 16 avril 1917 lors de la Première Guerre mondiale qui aboutit à la perte de plus de cent mille hommes en quelques jours sans grand résultat.
1. Synthèse guidée (10 points) :
Vous ferez le plan détaillé de la synthèse en soulignant les causes et les moyens des mutineries des soldats lors de la première guerre mondiale.
2. Questions d’analyse sur une œuvre (10 points) : Thématique : Guerres et colonisation
Œuvre : Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances, 1968.
Vous traiterez, au choix, l’une des deux questions d’analyse suivantes : a)Que représente le marabout dans Les Soleils des indépendances?
b)Quelle place la politique occupe-t-elle dans la vie de Fama ? 30
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