Interversion limite et intégrale
Samuel Rochetin
Samedi 12 mai 2018
Exercice 1. ∀n ∈ N, In:= Z 1 0 1 1 + xn dx. Étudier (In)n∈N.Solution. Tout d’abord, ∀n ∈ N, la fonction x 7→ 1 + x1 n est continue sur [0; 1]
donc la suite (In)n∈N est bien définie. Remarquons que ∀n ≥ 2, le cours de
Terminale ne permet pas de calculer une primitive de x 7→ 1
1 + xn donc il est
inutile de chercher à expliciter In.
Notons que le calcul d’une telle primitive est accessible un an après le bac-calauréat grâce à la fonction arctan, à la décomposition en éléments simples des fractions rationnelles et à l’intégration par changement de variable.
Ensuite, ∀n ∈ N, In+1− In = Z 1 0 1 1 + xn+1dx − Z 1 0 1 1 + xn dx = Z 1 0 1 1 + xn+1− 1 1 + xn dx linéarité de l’intégrale = Z 1 0 1 + xn− (1 + xn+1)
(1 + xn+1)(1 + xn) dx mise au même dénominateur
= Z 1 0 xn(1 − x) (1 + xn+1)(1 + xn)dx factorisation ≥ 0 positivité de l’intégrale
donc (In)n∈N est croissante. Pour appliquer la positivité de l’intégrale, nous
avons utilisé le fait que ∀x ∈ [0; 1], x
n(1 − x)
(1 + xn+1)(1 + xn) ≥ 0.
Par ailleurs, ∀n ∈ N, ∀x ∈ [0; 1], 0 ≤ xn
⇐⇒ 1 ≤ 1 + xn
⇐⇒ 1
1 + xn ≤ 1 décroissance de la fonction inverse et
1 1 = 1 =⇒ Z 1 0 1 1 + xndx ≤ Z 1 0 1 dx croissance de l’intégrale ⇐⇒ In≤ 1 Z 1 0 1 dx = [x]10= 1 − 0 = 1 donc (In)n∈Nest majorée.
Ainsi, (In)n∈Nest croissante et majorée donc d’après le théorème de la limite
monotone, (In)n∈N converge. Enfin, ∀n ∈ N, 1 − In = Z 1 0 1 dx − Z 1 0 1 1 + xndx vu précédemment = Z 1 0 1 − 1 1 + xn dx linéarité de l’intégrale = Z 1 0 xn
1 + xn dx mise au même dénominateur
Or, ∀n ∈ N, ∀x ∈ [0; 1], 1 1 + xn ≤ 1 vu précédemment ⇐⇒ x n 1 + xn ≤ x n xn≥ 0 =⇒ Z 1 0 xn 1 + xn dx ≤ Z 1 0 xndx croissance de l’intégrale ⇐⇒ 1 − In ≤ 1 n + 1 Z 1 0 xndx = x n+1 n + 1 1 0 = 1 n + 1− 0 = 1 n + 1 Ainsi, ∀n ∈ N, 1 −n + 11 ≤ In≤ 1 et lim n→+∞ 1
n + 1 = 0 donc d’après le théorème d’encadrement, lim
n→+∞In = 1.
Notons qu’il est possible d’obtenir cette limite par au moins deux autres méthodes :
1. Par intégration par parties, autrefois au programme de Terminale, désor-mais accessible un an après le baccalauréat.
∀n ∈ N∗, ∀x ∈ [0; 1], 1 1 + xn = 1 + xn− xn 1 + xn = 1 − x n× nxn−1 1 + xn donc en
intégrant par parties, ∀n ∈ N∗, In = 1 −
ln 2 n + 1 n Z 1 0 ln(1 + xn) dx. Or, 2
∀n ∈ N∗, ∀x ∈ [0; 1], 0 ≤ ln(1+xn) ≤ ln 2 =⇒ 0 ≤
Z 1
0
ln(1+xn) dx ≤ ln 2 donc le résultat suit.
2. Par le théorème de convergence dominée, accessible deux ans après le baccalauréat.
Posons ∀n ∈ N, ∀x ∈ [0; 1], fn(x) :=
1
1 + xn et la fonction f valant 1
sur [0; 1[ et 1
2 en 1. Les trois hypothèses du théorème sont vérifiées sur [0; 1] : (fn)n∈N converge simplement vers f , ∀n ∈ N, fn est intégrable et
∀n ∈ N, ∀x ∈ [0; 1], |fn(x)| ≤ 1 avec x 7→ 1 positive et intégrable. Donc
lim n→+∞In =n→+∞lim Z 1 0 fn(x) dx = Z 1 0 lim
n→+∞fn(x) dx théorème de convergence dominée
= Z 1
0
f (x)
= 1 définition de l’intégrale de Riemann Notons que le théorème d’interversion limite et intégrale sous convergence uniforme ne peut s’appliquer ici car il n’y a pas convergence uniforme : en effet, f n’est pas continue en 1−.