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L'hétérogénéité de la vue et du toucher chez George Berkeley.

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La .,résente th~sl3 a ~opr obj et de !"'lontrer que la

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tt.t1'2' ré7'ptatio~ ç10 la 1 rli:tinctio!1 r;ntre le~ iciées c1es qualités

~ri:1ai~ef, ct ~eJles rlo,,- (}llali ~és ~'~contjçd rcs (le John Lo~l-:e.

L t arrr'Vlr;ntation ,·1 e cet td thêse s'appuie sur la dél!10nS-'.

tration d'un point princi~al: l'ho~o~énéité de la vue et du

tou-.

\

cher chez Locke est le fondement de la di~tih;t:on 8ntr~ les i~écs

~"'.... al ~ . ,

'1_~ qu __ ~C~ ~r:ra~r8S '3t ccll·:}~ des qualités :: 1 ~ondaircs.

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(11)

..

, Q INTRODUCTION l

L'Essai sur la vision a été publié pour ·la premi\re

ù

fois en 1709 etf du vivant de Berkeley, ce~te. oeuvre a fait

l'objet de trois autres publications: l'une en 17~0 et les

. ~ Il

-'v

~ux autres en 1732. Il s'agit de la premi~re des qeuvres

philosophiques importantes de Berkeley. Au paragraphe 43 des

2 p

Principes, Berkeley rév~le qU'il a entrepris la rédaction de

cett~ oeuv~e pour répondre ,~ une obje~tion possible l l'Imma~

térialisme, selon laquelle la vision des objets situés ~

dis-tance constitue une réfutation de l'Immatérialisme. Berkeley

était déjl immatérialiste au mQment o~ 11 a eptrepris d'écrire

, 3

. l'Essai sur la vision. De ce fait l'Essai sur la vision- peut

!

3tre considéré comme une introduction' l'Immatérialisme et au

~

Principes dans la mesure o~ Berkeley y formule une partie- de sa

doctrine, , savoir l'Immatérialisme 'de la vue. C~tte premi\re

formulation est incompl\te puisqu'elle ne concerne que l'objet de la vue et,surtout parce qu'elle laisse entendre que l'objet du toucher a une existence indépendante de la pensée. Selon Luce, Berkeley a voulu qU'il en soit ainsi pour ne pas risquer

d'effrayer le recteur avec une doctrine trop rév~lutlonna1r.

et aussi parce qu'il ne voulait pas exposer sa doctrine

tmma-.

4

térialiste dans un ouvrage consacré' la vision. Voill.ce que

r,

1

(12)

'.'

.li

'.

,

nous pouvons considérer comme ét~nt l'objectif lointain de

l'Essai sur la vision. Toutefois, l'ouvrage comporte aussi

un second objectif beaucoup plus ~édiat que le premier et

-~

qui consiste ~ démontrer comment nous percevons, par la vue,

2

la grandeur, la distance et la situation des objets. En outre il st agit aussi de démontrer l ' hétérogénéité de la vue et du

5 1.-1

toucher. C'est sur ce derhie,T objectif de Berkeley que nous

q

allons concentrer nos,efforts tout au long de la présente th\-se.

"

L'Essai sur la vision se divise en quatre parties qui

"L LV:

correspondent respectivement li chacun des quatre

p61~s

dont

l'a-nalyse constitue l'objectif ~édiat de l'ouvrage: la premi're

1)

partie (2~5l) porte sur la distance; la deuxi\me (52-87) sur la

grandeur; la troisi\me (88-120) sur la situation; et la

quatri~-"

me (121-l59) sur l'hétérogénéité de la vue et du toucher. Une lecture attentive de l'ouvrage permet de constater que dans ces

9u~ parties l'argumenta~ion de Berkeley se par~ge plus ou

i

moins également entre deux points de vue: le point de vue

psy-chologique et le point de vue philosophique. Ce sont les ,deux

,

pôles complémentaires de l'oeuvre, l'aspect psychologique.) servant

de contexte dans lequel Berkeley élabore la doct~ine de

l'hété-rogénéité.

Le point de vue psychologique comprend l'analyse des jugements de distance, de grandeur et de situation. Dans ces

-troi~ cas, on remarque que la démarche de Berkeley proc\de en

trois étapes: la premi\re consiste 71 réfuter l-,lexplication

tra-ditiOnnelle (explication"géamétri9ué ou optique) de ces jugements;

(13)

'\

'.

dans la deuxil,me, Berkeley dOIUle sa propre analyse; et dans la tro~si~me, i l souligne la valeur de son analyse en expliquant un probl'me d'optique insoluble au moyen des doctrines tradi-tionnelles. Il faup remarquer que la méthode que Berkeley a employée pour expliquer la perception visuelle de la distance, de la grandeur et de la situation n'est ni optique., ni physio-logique. Berkeley se çontente plut8t de décrire ou d'analyser l'expérience visuelle ~édiate pour y déceler les éléments qui contribuent ,. la formation des jugements de distance, de gran-deur et de situation. En ce sens, Berkeley est un précurseur de la psychologie moderne puisque sa méthode d'analyse, qui con-siste ~ interpréter les . , phénom~nes visuels pour déterminer com-6 ment ils nous informent" est toujours employée de nos jours. En outre, Berkeley a proposé certaines explications aux phénoml,-nes de 18 perception qui sont encore valides. Par exemple, i l a découvert ~e rôle que joue la confUsion de l'image visuelle

1.

et l'effort musculaire de l'oeil,Jians l'évaluation des distan-7

ces. La solution qu'il propose au probl\me de l'image rétinale inversée a pu ~tre vérifiée expérimentalement plus d'un sil,cle

a

,

apr\s sa mort. L'Essai sur la vision est une oeuvre importante dans l ' histoire de la psychologie en raison de la valeur de ses

9

analyses et de l'influence qU'elle a eu au 1ge si\cle.

Quant au point de vue philosophique de 1" ouvrage t i l

comprend essentiellement l'hétérogénéité de la vue et du toucher ainsi que la théorie du 1angage divin qui en d'coule. Selon

cette doctrine, il n'y a aucune idée commune' la vue et au tou-cher. Les objets visuels et tactiles se situent dans un espace

) ,

"J 'r ;

(14)

l.

'différent et ils n'ont rien de ~ommun entre eux, sinon le nom servant

li

les désigner. Malgré cette séparation radicale entre le domaine visuel \t le domaine tactile, il n'en reste pas moins qU'ils soZ)t en

rela~on

constante. En effet J chaque

.'~sonne

apprend

li

coordonner son expérience visuei.le et son expérience

'"

tactile. Par exemple, elle appr~nd, avec le temps, que la vision

<

d'une source lumineuse correspond

li

un certain degré de chaleur, etc. • • Toutefois cette relation est fortuite car elle se fonde sur l'expérience". La relation entre les phénomlmes visuels et tactiles ne comporte aucune néces.sité en raison de l'hétérogénéi-té de la vue et du toucher. Cette relation s'apparente li celle qui existe au niveau du langage entre les mots et les objets qU'ils désignent. Il n'est pas nécessaire que tel mot désigne tel objet, mais cette relation n'en est p~s pour autant arbitrai-re, car l'usage fait .force de loi. Il

e~

va de

m~me

pour la re-lation entre la vue et le toucher. La vue est le signe du tou-cher. La vue nous permet de préy:oir quels sont les objets tac-tiles qui entreront en contact avec notre corps. La vision d'un certain donné visuel nous permet de savoir què si nous avançons d'un certain nombre de pas, nous allons tomber dans un précipice.

1'..

~ t'expérience nous apprend cela, mais i l pourrait en 3tre tout

r ,.

autrement. La vue __ c.q;nstitue un~syst\me de sig'nes produits par

1

Dieu pour nous permettre dt!' nous diriger dans le monde tangible. La relation est fortuite; ~is elle n'est pas arbitraire car elle est constante. C'est a l ' ensemble de la théorie ph:11oso-phique de Berkeley dans l'Essai sur la vision •

Les aspects psycho1og!que et philosophique de l' EQM!

1\

,", ,

(15)

sur la vision sont complémentaires dans la mesure o~ le second

vient expliquer le premier. La v~ ne perçoit directement ni

la distance, ni~la grandeur, ni la situation. Elles sont perçues

de la même façon que les sentiments le sont grAce li 1-' expression

du visage. 11 est impossible de voir la col~re ou la j~ie, mais ' i

il est possible d'en déceler la présence en interprétant

l'expres-sion faciale d'une personne. C'est la même chose en ce qui

con-cerne la distance, la grandeur et la situation des objets. La

vue ne les perçoit pas directement, comme elle perçoit la

cou-leur, mais plutgt indirecte~~nt en interprétant le donné visuel

~I (

immédiat. En somme, la perception de la distance, de la gran-deur et de la situation est le résultat d'un jugement qui se fon-de sur l'interprétation du donné visuel immédiat. Ce jugement

comporte deux objets: un objet immédiat (le donné visuel) et un objet médiat (la distance, la grandeur ou la distance). En plus

d'expliquer ce jugement, Berkeley entend définir l~ nature des

deux objets en question. Cette préoccupation est d'ordre philo-sophique et il l'aborde en formulant la question suivante: quel

() est l ' objet v~t,able des jugements de distance, de grandeur et

'de situation? Berkeley répond' cette question en disant que ù

c'est l'objet du toucher. Les notions de distance, de grflndeur

et de situation se rapportent exclusivement au toucher. De ce

fait, l'objet visuel est un signe permettant de déterminer la

distance, la grandeur et la situation des objets tangibles. Ces

trois notions ne s'app1iquel?-t pas' l'objet de la vue. Berke1éy

,fonde cette d,erni're affirmation en démontrant que les objets visuels et tactiles ont un statut ontologique différent. L'objet

(16)

6

visuel existe dans la pensée tan~s que l'objet tactile existe

")

indépendamment de la pensée. Une fois qU'il a établi cette dis-tinction ontologique, Berkeley poursuit son analyse de l'objet visuel et tactile pour en dégager les différences essentielles. Il établit la priorité du toucher sur la vue, ce qui lui permet de justifier le statut ontologique qU'il accorde au toucher et de ce fait, le raIe primordial que ,joue ce dernier dans les ju-gements de distance, etc ••• Ensuite, cette analyse de la

dif-férènce entre l'objet de la vue et du toucher lui permet

de~dé-,,'

finir la distinction numérique de ces objets. En effet, l'objet de la vue et celui du toucher comportent des caractéristiques telles, qu'il faut en conclure qu'ils sont numériquement

dis-,

tincts. Cela signifie que la vue 'et le toucher définissent

res-f(

pectivement un espace distinct. La table sur laquelle je pose

ma main n~ constitue pas un seul 'et m3me objet avec celle que

je vois. Elles portent le mbe nom et nous> agissons

ordinaire-ment comme si elles étaient un seul et m~e objet, mais il n'en

est rien puJsqu'elles se situent, l'une dans un espace visuel, l'autre dans un espace tactile. Cette distinction numérique est l'étape de l'argumentation de Berkeley qui préc\de la

d'mons-tration de l'hétérogénéité de la vue et du toucher. Berkeley

démontre que l'objet de la vue et celui du toucher sont distincts

non seulement quant' leur nombre mais aussi quant" leurs carac-téristiques ou leurs qualités propres.

Il est certain que l'argumentation de Berkeley dans

l'Essai

sur

la vision ne suit pas scrupuleusement la démarche

(17)

tate que les analyses psychologiques et les arguments philoso-phiques sont entremêlés tout au long des quatre parties de l'oeuvre. Cependant nous croyons que cette d,érnar-che qui va

de la doctrine psychologique ~ l'hétérogériéité de la vue et du

toucher~ constitue la structure logique de l'oeuvre. Notre

ana-lyse de l'Essai sur la vision tend \ le démontrer.

Nou~ venons de faire la présentation de l'Essai sur la

..

vision en exposant les th~mes principaux de l'oeuvre et en

déga-geant sa structure logique. Nous allons maintenant exposer l'ob-jet de la présente th\se.

L'objet de notre th\se est double: nous allons exposer la doctrine berkeleyenne de l'hétérogénéité de la vue et du

toucher telle qU'elle est formulée dans l'Essai sur la vision.

En ce sens, nous nous efforcerons de suivre le plus fid'lement possible les étapes de l'argumentation de Berkeley qui condui-

, .

r

sent ~ la démonstration de cette doctrine. Nous ne nou~

attar-derons donc pas' analyser les rapports qU'il y 8 entre cet

ou~age et ~'ensemble de l'oeuvre de Berkeley (en particulier

les Principes). Toutes les allusions que nous pourrons faire'

ce sujet seront enti\rement subordonnées l la compréhension de

la doctrine de l'hétérogénéité. Ensuite nous allons tenter de

démontrer que cette doctrine constitue une attaque sérieuse

con-tre la théorie lockienne des idées des qualité's primaires. Pour

y arriver, nous allons procéder de la façon suivante: dans le premier chapitre, nous démontrerons que,

,

~dans l'Esstl §Ut la v1- ' pion, Berkeley enténd réfuter la doctrine lockienne de l'homogé-néit,é de la vue et du toucher, et que, de ça fait, il est co~s­

cient d'attaquer indirectement

la

théorie des 1d'ea des qualit4s

(18)

-" 1

L ' r

primaires de Locke; dans le deuxi~me chapitret nous exposerons

la théorie lockienne des idées simples, tout en insistant sur

-la théorie des idées des qualités primaires et secondaires-~pour

démontrer que cette théorie doit s'appuyer sur l'homogénéité de

.',

la vue et du toucher pour 3tre valide; dans les trois derniers chapitres nous analyserons la doctrine de l'hétérogénéité de la vue et du toucher, telle que Berkeley l'a élaborée dans son Essai

sur la vision. A ce sujet, nous proc~derons de la façon

suivan-te: en premier lieu nous analyserons l'aspect purement

psycho-logique de l'oeuvre de Berkeley; ensuite, nous aborderons

l'hé-,

térogénéité de la vue et du toucher, en montrant comment elle vient expliquer la doctrine psychologique de l'oeuvre. Pour y arriver, nous suivrons les trois étape's principales: l'analyse des jugements de distance, de grandeur et de situation; la

dis-tinctiàn numérique entre la vue et le toucher; la démonstration ,

finale de l'hétérogénéité de la vue et du toucher,

Toute notre argumentation se fonde sur le raisonnement

suivant: dans la mesure o~ la doctrine lockienne des idées des

qualités primaires se fonde sur 1 thom~géné1té de la vue et du

touc~er,

l'Essai sur la vision porte

..1!ï

dur coup

la

cette doctrine

puisqu'il réfute l'homog6,lltiité, en démontrant l'hétérogénéité de

la vue et du toucher.

(19)

PREMIERE PARTIE

...

Nous entrepenons maintenant la premi\re partie de notre argumentation. Dans les deux chapitres qui vont suivre,

!

nous allons tlnter de démontrer que Berkeley croyait qu'il y

(J f .

a une relation e~re l'homogénéité de la vue et du toucher et

, \ ,

.'

la doctrine lockienne des id~es des qualités primaires et

en-suite que cette relation existe véritablement, m3me si Locke

,

n'en a jamais fait mention dans son Essay Concerning Human

10 Understanding.

(20)

, (

e

CHAPITRE PREMIER

L'objectif principal. de Berkeley dans son Essai sur la

I l

vision est de démontrer l'hétérogénéité de la vue et du toucher.

Cependant, nous croyons qu~ cette doctrine poursuit un autre but

qui est de réfuter la doctrine lockienne des idées des qualités

primaires. Cette th\se suppose que l'homogénéité de la vue et

du t9ucher est une caractéristique essentielle des idées des qua-lités primaires. Ainsi en réfutant l'homogénéité de la vue et du toucher au moyen de la doctrine de l'hétérogénéité, Berkeley porterait un dur, coup , la théorie de Locke. Toutefois cette

interprétation de l'Essai sur la vision pose des probl\mes

sé-rieux. En

erfe~,

Berkeley n'a

ja~iS ~rrirmé

dans cet ouvrage

qU'il entendait réfuter la théorie lockienne des id~ des

qua-lités primaires. En outre, 'Locke n'a pas non plus ~rr1rmé que

les idées des qualités primaires se distinguent des autres idées en raison de leur homogénéité. Pour démontrer le bien-fondé de notre interprétation nous devrons donc nous attaquer , deux tl-ches distinctes: en premier lieu, il faudra montrer que Berkeley

~

avait perçu cette relation essentielle entre l'homogénéité et

~es idées des qualités-primaires

et

que, de ce fait, on peut ,

juste titre penser que l'hétérogénéité était une attaque contre la théorie de Locke; en second lieu, 11 faudra prouver que

l'ho-10

(21)

mogénéité est une caractéristique essentielle des idées des qua-lités primaires. Une fois ces deux étapes franchies, nous devrons montrer comment Berkeley

r~

l'homogénéité. Toutefois, pour l'instant, nous allons nous contenter de montrer que Berkeley avait compris qu'il y a une relation importante entre

l'homogé-•

néité et la théorie des idées des qualités primaires de Locke. Dans son Essay, Locke affirme que certaines idées, ,

.

savoir l'étendue, la figure et le mouvement, sont perçues par la vue et le toucher. Il s'agit l ' de la th\se de l'homogénéité de la vue et du toucher. Elle signifie que, malgr4 certaines différences manifestes attribuables aux deux contextes sensoriels en cause (la vue et le toucher), les trois idées en question

sont essentiellement les m3mes~ qU'elles soient perçues par la 12

vue ou le toucher. Berkeley ne manque pas, dans son Essai sur la vision, de désigner' plusieurs reprises Locke comme étant

\:

un teN.ant de l' homogénéité de la vue et du toucher. Dans la

quatri\me partie de son ouvrage qui porte sur l'h~térogénéité,

Sj

Berkeley désigne Locke , trois reprises soit comme étant un par-tisan de l'homogénéité. soit comme proposant une doctrine qui m\ne 'l'homogénéité. Entre autre, il aborde la critique des idées abstraites en indiquant qU'elles sont sans doute une des causes plus ou moins directe de la th\se de ~~pomogénéitéj et il ne manque pas de citer certains passages de l'oeuvre de Locke

13

pour montrer clairement qui il entend réfuter. Ensuite, quel-ques paragraphes plus loin il cite un autre passage de ~cke dans

lequel ce dernier affirme que l'id'e d'4tendue est différente de

14

(22)

sui-•

\

)

12

vants que cette distinction est essentielle \ l'homogénéité de ,

la vue et du toucher. Enfin dans sa critique de la solution lock~enne du probl\me de Molyneux, Berkeley fonde son argumen-tation sur le fait que Locke admet l'homogénéité de la vue et

15

du toucher.

Fort de l'appui des textes que nous avons cités, nous

pouvons affirmer sans cra~nte que dans son Essai sur la vision,

Berkeley

s'~e ~

Locke; du moins en ce qui concerne

l'homo-généité de la vue et du toucher. Cependant, il n'indique

ja-mais qu'il y a une relation essentielle entre les idées des

qualités primaires et l'homogénéité ou que sa démonstration de l'hétérogénéité constitue aussi' une attaque contre les idées des qualités prima ires •. D'ailleurs, lorsque Berkeley mentionne

explicitement les idées des qualités primaires (o~ la

distinc-16

tion entre ces idées et celles des qualités secondaires), il

le fait sans indiquer qu'il entend réfuter cette doctrine au moyen de l'hétérogénéité. ' D'une part, il désire démôntrer que le donné visuel ne supporte pas l'opinion selon laquelle l'objet

r

de la vue existe dans l'espace,

l

une certaine distance de celui

, '

qui le perçoit; d'autre part, il démontre que le nombre n'est

pas une idée des qualités primaire's sans aucune référence

l

1

'hé-térogénéité. (Il est vrJ!i que l'homogénéité ne con'eern.~ que

trois idées des qualités primaires, , savoir l'étendue, la

figu-re et le mouvement, mais on aurait pu s'attendfigu-re' ce qU'il

men-tionne ce fait ou l'ce qu'il poursuive son argumentati~ sur ces

idées, s'il avait vraiment voulu réfuter la doctrine de Locke).

c

(23)

sur la vision pour le r~futer la doctrine 10ckienne des idées des

qualités primaires. ~n effet, dans les Principes, ~erkeley

~ffirme qu'il a écrit son ?:ssai sur la vision pour montrer,

contrairement ~ l'op:inion commune, que l'ol;jet ':!e la vue n" ~~ tro'lV~ pns '1aT'}~ '1"": o::-::,ac~ extéri t?ur II la pensée. I l en pro::: te

'"

".

at;.s~i rOll'!" ré~aV()UAr ~1'; a spcct important rie son ::ssai sur la

rie sOn 3:1alys8 S:lr la rli:':ére:1(,~ E:r;tr~ l' ct j et rie la vue ~t

17 '

c?l'Ji ~:; tOllcht:,r, >'J'!"h:l"'y (>'1 vi:YJt ~'('()r..':-l'Jre qlJC le prcl'1ier

o~j~t;; se'1:i~l~s. -'3"1:' l~ pr~:1i'?!' cas, SO:1 jl1:~l"'ent PS":

1s:-'

r~'j0nt ~'"':1f'n""-''"> ~ l 'T'"'T"1at~riali~--:e; c:ans le seconn, i l

O;;O~2 tcta10~ent ~n laissant ent~n~re que l'otjet du toucher

n'nd ri"?n d'autre q'l"ln corps matérjel. ?ien rlu~, cette

se-~cn -le a ffi rl"'Jati or. ~st:, rCl'1traire ~ la rr.étaphysique C01l.'"11lf'! érr'l"!nt a~'71i ~o ~ l'époq1lc ne n ?r~e1ey. ('n arl!"1et,tai t alors que' les corps

ïat~ri?ls existent indépendanne:1t de T'esprit, ma1s on ajoutait

que to')t~s les j déc::; 0') sensations qU'ils provoque!1t chez l

'hor.1-!"1~ existent ria:1s l ' es;,ri t. Or Perkeley seMble affirmer que la

cOlJleur exi ste dan~ l ' espr:i t, mai s que les quali tés qui

déter-19

Minent l'oè,:et -tu touchf?r existent indépendamMent de l'esprit .. Il s'a::it ri'un~ contrarliction fla3ra!lte avec le statut qu'il

accorde aQ~ sensations visuelles. En effet, si les idées perçues

par la vue existent dans la pensée, pourquoi ne pas accorder le

'1

)

(24)

par exemple, est une idée, il n'y a aucune raison de croire 20

qu'elle n'existe pas dans la pensée. Ainsi le statut du

toucher dans l'Essai sur la vision est en contradiction

fla-14

grante avec l'Immatérialisme. Il n'est pas surprenant alors

que Berkeley ait, plus tard, considéré cette affirmation comme 21

une vulgaire erreur.

A

la lurni~re des faits que nous avons soulignés, il semble évident que Berkeley n'a pas écrit l'Essai sur la vision

en vue de réfuter la doctrine lockienne des id~es des qualités

primaires, car, s'i-1 l'avait fait, il n'aurait pas manqué de

pr9ciser ce point tr~s clairement et, en outre, il aurait éviter

toute ambiguité en ce qui concerne le statut ontologique du

tou-cher. Il aurait plutôt analysé la distinctïon entre l'idée et

22

la qualité qui est la la base de la théorie lockienne des idées.

Il se serait, sans doute, aussi préoccupé d'établir la relation entrë l'homogénéité et la dQctrine des idées des qualités

pri-maires. Il Semble donc, ~ premi~re vue, que l'Essai sur la

vi-sion ne comporte aucun argument qui soit dirigé contre la

doctri-ne~des idées des qualités primaires.

.ç' Cl

D'ailleurs les principaux commentateurs de l'Essai sur

la

vision ont fait écho au Jugement de Berkeley sur son oeuvre •

.

C'est pourquoi bon nombre d'entre eux se sont contentés d'étu-d,ier l ' Essai sur la vision du point de vue de l'

Inmi~Aéria1isme

\ >

des Principes. En raison de l'affirmation de Berkeley, dans les

Principes,

la

savoir premi\rement que l'Essai

Sur

la vision

ré-..

pond' une ob!ection naturelle , 1 'Immat~rialisme (nous voyons

les objets

l

distance) et deuxibement qU'il développe une

(25)

tion intermédiaire par rapport ~ la doctrine des Prin~ipes, il semble que le probl~me de l'interprétation de l'Essai sur la

/

/ vision soit le suivant: si Berkeley était un immatérialiste lorsqu'il écrivit son Essai sur la vision comme nous l'indique

j 23

une lecture sérieuse des Philosophica1 Commentaries, j pourquoi n'y a-t-il exposé qU'une partie de SB doctrine et surtout pour-quoi a-t-il affirmé que l'objet du toucher existe indépendam-ment d-e la pensée? Al' excepti:on de Armstrong qui so;utient qU'il n'y a aucune relation entre la métaphysique des Principes

, 24

et la doctrine de l ' Essa i sur la vision,

,

les commentateurs que nous avons étudiés prétendent généralement que Berkeley publia son ouvrage pour préparer ses contempor.

li

recevoir l'Immatérialisme. Luce accePte- d'emblée les jugements à.e

Ber-4.

ke1ey aux paragraphes 43 et 44 des Principes. Il n'était pas opportun de dé'finir le statut ontologique .. du toucher dans un

,-ouvrage sur la vision, ensuite, conscient du

c~act\re

révolu-(,', tionl)8ire de sa doctrine, Berkeley vouia1t prép"'\er

~

.. s

contem-porains

li

la recevoir favorab~ement en leur en proposant une

version adouciè~; En somme Berlteley aurait sciemment affirmé le matérialismê du ~Qucher pour ne pas' choquer son le"cteur avec

25

une doctrine qui" premil!re vue pourrait lui sembler' absurde. Col in Murray Turba

:sur

J.a vision du point de

Selon lui Bex:-keley a écrit

lui aussi interprété l'Essai

,

doctrine des Pr:fficipes. ~~~== __ 1_a~v_1=s=i~o=n pour démon-trer que la vision d~s Qb~ets , distance ne s'oppose pas' l'Im-matérialisme, en étab1is~ant que l'objet de la vue 'ex1st'e dans l'esprit et qU'il ne représente pas un objet extérieur )}

l'es-•

J

(26)

prit. Turbayne s'en tient lui aussi au jugement formulé par

26

Berkeley sur son oeuvre. Warnock n'en dit pas davantage

16

.;.!'

sur l'intention que Berkeley avait en écrivant son Essai sur la

vision: en plus de vouloir préparl la voie

li

ses Principes, il

avait compris qu'un ouvrage sur la vision qui apporterait une

27

solution' plusieurs prob1.~mes épineux serait le bienvenu.

Il est tout li fait plausible que l'Essai sur la vision

serve d'introduction' l'Immatérialisme des Principes, tout en

"

proposant une solution , certains probl\mes relatifs

l

la vision.

Cependant, nous voulons souligner qU'en insistant trop

exclusi-'.

vernent sur la relation entre l'Essai sur la vision et les

f!1n-cipes, on néglige de considérer un aspect de l'ouvrage de

Ber-keley qui est ~portant, , savoir que l'hétérogénéité constitue

un argument contre la doctrine lockienne des idées des qu~ités

primaires. Il est vrai que ce point n'est pas évident puisque

Berkeley ne le mentionne jamais explicitement dans son ouvrage,

mais nous croyons malgré cela qu'il est fondé. C'est ce que

nous allons démontrer dans la suite du présent chapitre.

Il semble que Berkeley ait été préoccupé par le

pro-bl\me de la relation entre l'homogénéité et la théorie des idées

des qualités primaires puisqu'il écrit dans sa Défense et

expli-, 28

cation de la théorie de la ,ision:,

It has indeed been a prevailing opinion and undoubted

principle among mathematicians and philosophers

that

there

were certain ideas common to both senses! whence arose the distinction of primary and secondary qua ities. . But l think

it has been demonstrated that there is no such thing as a a.

common object as an idea, or kind of idea perceived both by

sight and touch. 29

1 ~l ,r

(27)

qui nous laisse croire que l'Essai sur la vision comporte une

attaque c~ntre la doctrine des idées des qualités pr~aires.

En effet, Berkeley affirme, en premier lieuJ~qu'il y a une

rela-)0 tion entre l'homogénéité et les idées, des qualités primaires;

ensuite. il ajoute qU'il a réfuté l'homogénéité. Cependant,

, "

l'affirmation de Berkeley ne donne aucune explication en ce ,

qui concerne la relation entre ces deux doctrines. Il s'agit

Il

d'un point capital qu'il nous faudra él~cider puisque to~te

notre argume~ation repose sur cette question. ToutefOis, pour

l'instant, il nous suffit de constater que Bérkeley était

préoc-'1

cupé par cette question quand il a écrit l'Essai sur la vision. ~

En outre, l'argumentation de l'Essai sur la vision est

consa-crée p~esque exclusivement aux idées des qualités primaires.

--Berkeley y analyse longuement ces idées et il est sans doute vrai d'affirmer que son analyse tend' réfuter la distinction entre les idées des qualités primaires et celles des qualités

seoondaires. En effet, Berkeley apporte une attention toute

particuli~re , démontrer que la couleur (qui est une idée des

qualités secondaires) et l'étendue (qui est une idée des

quali-tés primaires) ne

constituent~pas vérit~bl;ment,

au niveau de

)1

la vision, deux perceptions distinctes. Nous allons voir que

cela ~quivaut, en ~ait, , éliminer la distinction entre les

idées des qualités primaires et celles des qualités secondaires.

De plus, dans la ,troisi\me Î>8rtie (par. 88-120), Berke1ey

ana-lyse la notion de nanbre et conclut que le nanbre n'est pas une idée contrairement' ce qU'ont pu affirmer ceux qui l'ont

con-32

sidéré comme une id'éé des qualit" primaires. .. En somme' 1a

... , .~ . ' l ' -~-, . . - J

(28)

{

~.

<:'

18

lumï~r~ des quelques aspects de l'argumentation de Berkeley

que,nous avons soulignés, il est certain que la doctrine des idées des qualités primair.es est" présentel'dans l ' Essai sur la vision, même si elle n'est pas mentionnée explicitement. Cepen-dant notre interprétation de l'Essai sur la vision, II savoir

~ que l'hétérogénéité da la vue et du toucher constitue une

atta-que contre la doctr~ne des idées des qualités primaires ne va pas sans difficulté puisqu'il est possible de lui opposer les

\')

objections suivantes: ,.. premi~rement, pour Locke, seuls l'éten-due, la figure et le mouvement sont des idées des qualités pri-maires perçues par la vue et le toucher (le nombre et la soli-di té ne sont pas compris dans ce groupe); deuxi~mement, Locke,

J

comme Berkeley dtailleurs, nta jamais tenté de définir la re-lation ,entre la doctrine des idées des qualités primaires et l f homogénéité.

~n réponse li la premi\re objection, nous allons ana-lyser certains arguments de Rolf Sartorius tirés d'un article dans lequel il défend une interprétation de l'Essai sur la vision

) ) 1

semblable

l1

la n8tre. Pour démontrer la valeur de son inter-prétation, Sartorius proc\de de la façon suivante: en s'appuyant

..,

sur l'affirmation de Berkeley que nous avons citée (voir note 21), il prétend que ce dernier croyait que 18 doctrine des idées des qualités primaires, chez Locke, s'appuie sur l'homogénéité; ensuite pour démontrer que l'Essai sur la vision était destiné

,. porte~ un coup fatal' cette doctrine, il tente de dtSmontrer

.

que Berkeley croyait que toutes les idées des qual1.t's primaires doivent 3tre homog\nes dans le contexte de la métaphysique de

(29)

/

Locke et qu'il a conçu l'argumentation de l' Essai sur la vision 1

pour réfuter l'homogénéité des idées des qualités primaires.

,

Il ~ui faut donc démontrer que le nombre et la solidité sont

aussi des idées communes ~ la vue et au toucher et que

l'argu-"

mentation de l'Essai sur la vision s'attaque" toutes les qua-lités primaires.

En ce qui çoncerne le nombre, son inclusion dans le

groupe des idées homog~nes ne pose pas de difficulté puisque

Locke affirme que le nombre est une idée qui est suggérée par

34

~ toutes les autres idées. Selon Sartorius, Locke ne l'aurait

pas inclus dans le groupe des idées cormnunes

li

la vue et au

tou-cher parce qU'il comprend exclusi vernent des idées des sens et

35

non pas des idées obtenues par réflexion. Pour ce qui est de

la solidité, la situation n'est pas aussi simple et nous croyons qu'~ ce sujet l'argumentation de Sartorius est loin d'3tre

58-36

tisfaisante. D'ailleurs, il emploie ~ argument hypothétique.

D'abord Sartorius tente d'établir les raisons qui auraient

con-4.

duit Berkeley' croire que toutes /~~s ~ées des qualités

pri-"'... maires, chez Locke, sont des idée'

c~s'

la vue et au

tou-cher. L'argument se l~ t comme suit: nous voyons souvent deux

objets entrer en contact l'un avec l'autre, sans pouvoir se pé-nétrer; nous pouvons dire alors que nous avons vu que ces corps sont solides. Ainsi, puisque Berkeley niait l'homogénéité de "la vue et du toucher et qU'il devait tenir compte du point de

vue de Locke, il est possible.qu'.il:·a!l:t pensé que dans la mesure

o~ ce dernier affirme l'homogénéité de l'étendue visible et

(30)

\

20

vue et le toucher.

Sartorius ne manque pas de soulever une objection

sé-. rieuse.~ son argument: il est impossible que la vision du

con-tact entre les objets comporte aussi la perception du solide parce que la vue ne perçoit pas le solide; en ce sens, la

per-ception visuelle du contact entre les objets n'est qu'un signe nous indiquant ce que sera notre perception tactile si nous pre-nons la peine d'entrer en contact avec.les objets en question_ Sartorius indique que cette objection reprend , son compte la théorie du langage visuel que Berkeley élabore dans son Essai

sur la vision~ Elle ne fait que reprendre l'argumentation de

Berkeley, tout en nous permettant de constater que,

d~s

le

con-texte de la théorie du langage visuel, la relation entre l'éten-due visible et l'étenl'éten-due tangible est identique' la relation

entre la solidité tangible et la solidité visible. Cette

derni~-re observation ne manque pas de justesse si l'on songe que dans

l'Ess~1 sur la vision, Berkeley affirme que l'étendue tangible

est l'étendue réelle des objets, tandis que l'étendue visible n'est qu'un signe de cette derni\re. Sartorius soutient que l'objection susmentionnée ne fait que ramener Berkeley' ses

propres arguments sans éliminer la possibilité

que~_

doctrine

lockienne n'implique la perception visuelle de la solidité.

Pour donner plus de valeur' son argument hypothétique,

Sarto-rius mentionne que Berkeley a voulu prouver dans son Es!,!

Sur

f

la vision que toutes les idées des qualités primaires de Locke

ne sont pas des idées homog\nes , la vue et au toucher. Il

(31)

qua-•

...

..

37 lité premi\re et qU'il n'existe pas dans les objets eux-m3mes.

Même si nous sommes d'accord avec Sartorius pour

affir-•

mer que l'hétérogénéité de la vue et du toucher constitue une

a~taque contre la doctrine des idées des qualités primaires,

nous ne croyons pas que Berkeley a tenté de démontrer

l'hétéro-généité de toutes l~s idées des qualités primaires.

En ce qui concerne la solidité, il est possible comme

le

veut Sartorius que Berkeley ait cru que Locke se trouvait

.

obligé d'admettre que la solidité est perçue par la vue et le

toucher, mais il n'y a aucune preuve

l

ce sujet. D'ailleurs

contrairement ~ ce que pense Sartorius, Berkeley n'a jamais

ten-té de démontrer que la soliditen-té ntest pas perçue par la vue •

Les paragraphes 4~ et

135,

cités par Sartorius l l'appui de son

affirmation, ne contiennent aucun argument semblable. Une

sim-"

pIe lecture nous fait voir que Berkeley y affirme simplement que le toucher perçoit la solidité ainsi que d'autres idées qui elles

peuvent ~tre considérées comme homog\nes,

l

savoir l'étendue,

la figure etc.. Si Berkeley avait voulu prouver que seul le toucher perçoit la solidité, il aurait pris la peine de mention-ner la solidité dans le groupe des idées qui sont considérées'

tort comm~omog~nes , la vue et au toucher. Il ne le rait

ja-mais, car il est évident que la solidité est une perception ex-clusivement tactile.

Pour ce qui est du nombre, nous pensons qu'une fois

encore Sartorius s'est mépris sur le sens du texte de l'Essai .,

sur la vision. Lorsque Berkeley parle du nombre (par.

108-1101,

t,

(32)

22

pas d'une idée homog~ne, car il nous explique que le nombre

n'est pas une idée, du moins pas au sens o~ la coUleur en est

une, mais plut~t un moyen commode de grouper ou de séparer les

obje~s sensibles. Dans la mesure o~ Berkeley n'affirme pas que

le nombre est une perception, au sens o~ l'étendue en est une,

il n'a aucune raison, contrairement' ce que prétend Sartorius, d'en démontrer l'hétérogénéité. S'il affirme que le nombre est considéré comme une qualité primaire, c'est pour le nier

l'ins-tant apr~s; et pour le faire, il n'a besoin que d'une définition

du nombre.

Locke n'a jamais inclus tout\S les idées des qualités primaires dans le groupe de celles qui\sont communes \ la vue et au toucher, et nous n'avons aucune raison de penser que

Ber-keley croyait qu'elles auraient dQ l'~tre. Il n'a jamais

ten-té de démontrer l'héten-térogénéiten-té de la soliditen-té, car il était certain qU'elle ne pouvait 3tre considérée comme une idée

homo-g~ne. Berkeley,se contente plut~t d'analyser l'objet tangible

.

pour justirier

la

priorité que nous lui accordons sur l'objet

3$

visible. Pour ce qui est du nombre, nous pouvons aussi

con-tester' juste titre son inclusion dans l~ groupe des idées des

qualités primaires. Un objet quel qU'il soit est doté d'une

étendue, d'une rigurej il a une forme et des dimensions. Ces

difrérentes qualités comportent une inrormation sur la nature des objets sensibles. Mais il n'en va pas de mime pour le

nom-<l

bre. Dire qu'un objet est une ~ité, ce n'est rien dire du tout

sur la nature et m8me la composition dpe cet objet, car, CODRe

(33)

com-1

.,.

3?

Me '1:1t:> uni té. Ain~i qupllAs q'l~ soi etlt les rai~on 9 qui ont

jllst:if1é l'5n~l'lsioT)

ou

nr)Mbr~ dans l~ .:::r()t'p~ des i.rlé~s .de~

qué.-lités priT'1ajres; l'analy~e èe ?erk-9l~y li re sujet Sllffit li

T'1on-. ~ ~~~ si le n0~hr~ et la solidité ne doivent pas ~tre

'T('IUS avons rjj t q'le l ' hétérn,::él1éi ~e la vue e't r)'J tOl1cher ~nns"'"

CI

titll~ Ul1l? réf'lta-tinn 10 la n0t;trinr:> locYienne ripc; irlé8s ries

qua-rai t, ~r('i re q'1~ notro ar.cu'l~ntat:i on n'est pas valine puisqu'e11p

~o'1ceY'no ~~mle:1E'nt t'!"oic; ries j-:lées rios q'taBtés prinaires.

Tou-teP0is ~ette opinion n'~~t pas justifié~ pour les raisons qui

vont suivre. , ,

~0ut rl'a~('rd, i l n'y a pas lieu de faire porter n0tre

ar:tL"?Jentation sur le nOMbre puisque Peryeley a rtémontré qu'il

n'est pas une ir'lée au sens ol1 la coule'UI" peut en ~tre one. Ainsi,

il n'est pas questi.on rie l'inclure dans le ~roupe des idées des

quali tés priMaires, contrairement ~ ce que Locke a fait. Quant

, la solidité, la situation est tr~s différente. On peut

affir-mer que Locke a inclus l'idée de solidité dans le groupe

~es

idées des qualités prima1~es parce que la solidité sembl,'~tre

40 1

la caractéristique essentielle des corps matériels. En ce sens,

il n'était pas question pour Berkeley de réfuter l'inclusion de

(34)

24

1

\ 1

aurait fallu trouver un autre argument plus approprié et il rie s'en est pas donné la peine puisque cela n'était pas nécessaire. En effet, en éliminant l'étendue, la figure et le mouvement du groupe des idées des qualités primaires, il n'y reste plus que

la solidité et, dans la mesure o~ elle est intimement liée ~

l'étendue tactile, il n'y a aucune raison de continuer ~

l'in-clure dans ce groupe d'idées.

nous en venons maintenant' la seconde objection que nous avons soulevée au sujet de la relation entre l'homogénéité et la doctrine des idées des qualités primaires.

Locke n'a jamais affirmé qu'il y a une relation entre l'homogénéité et la doctrine des idées des qualités primaires.

Par contre, même s'il croyait qU'il y en avait une (la citation

tirée de la Défense et explication de la théorie de la vision nous donne des raisons sérieuses de le croire), Berkeley n'a

jamais tenté de la défini~ et i l ne la mentionne jamais

explici-tement dans l'Essai sur la vision. Il est certain que ces faits

sont une raison sérieuse de douter de la validité de notre th\~e.

Cependant, nous croyons qu~il suffit de démontrer qu'il y a

vé-ritablement une relation entre l'homogénéité et la doctrine

loc-kienne des idées des qualités pri~ires pour établir la validité

de notre th\se. C'est cette démonstration que nous allons faire dans le chapitre sui Vânt •

(35)

"

••

NOTES

1 George Berkeley, An Essay To~rds a New Theory of Vision,

~ l'avenir: Essai sur la vision.

2

3

. 4

5

6

George Berkeley, A Treatise Concerning the Principles of Human Know1edge,

1

l'avenir: Principes. .

A.A. Luce, "Editor's Introduction", An Essay To~rds a New Theory of Vision, 149,

li

l'avenir: Introduction. A.A. Luce, Introduction, 150 •

George Berkeley, Essai sur la vision, par.-l.

T. Rasmussen, "Berkeley and l~odern Psychology" The Bri- [ tish Journal for the Philosophy of Science, 4 l1953-1954): 3; B. Chance, "Ueorge Berkeley ana "An Essay on Vision"", Archi-ves of Ophtalmology, 29 (1943): 606.,

Its Ori in 9 A.A. Luce, Iritroduction, 153-157.

10 John Locke, An Essay Concerning Human Understanding, 2, V, , l'avenir: Essay.

Il A.A. Luce" "Essai sur la vision de Berkeley et sa dé'jense et explication de la théorie de la vision", Revue

phi1o-r-0~hi::.':l.Ou=e~d:,;:;e-=la::::-.;~a:.;;.n;.;:c;.;:;e-+t:;...;;d:;.;:e~l __ ' .-ét~a~~r, 18 (1953):

164-180,

'avenir: Essai sur a vision de Berkeley •

12 George ~erkeley, Philosophiea1 Commentaries,

matica", note 28n. ·editio

diplo-13 George Berkeley, Essai

Sur

la vision" par. 125.

14 lbid. , par. 130. , 15 Ibid. t par. 133.

(36)

"

26

16

Ibid., par. 43 et

109.

17

George Berkeley, Principes, 43.

18

A.A. Luce, Introduction,

149.

Selon Luce, Berkeley avait

déj~ découvert ItImma~êrialisme lorsqu'il rédigea son Essai

sur la vision. La leçture du premier carnet des Philosophical Commentaries ne laiss~ aucun doute ~ ce sujet.

19

Dans l'Essai sur la vision (cf. par.

45

et suivants) Berke-ley associe la notion de distance qui s'applique exclusive-ment

l

l'objet du toucher ~ celle d'un objet qui existe indépen-damment de l'esprit.

20 A.A. Luce a souligné tr~s clairement cette difficulté dans son Introduction,

150.

21 George Berkeley, Principes, par. 44. Cependant, nous ne croyons pas que Berkeley se rend pleinement justice dans ce dernier paragraphe, car comme nous le verrons dans un cha-pitre suivant, il est exagéré de prétendre que dans l'Essai sur la vision l'objet du toucher correspond au corps matériêl.

tlous allons voir que dans toute cette question Berkeley fait,' une concession au sens commun pour qui l'expérience du touéh'er correspond ~ la réalité m8me des choses, mais sans jamais s'en-gager véritablement dans une voie contraire ~ l'Immatérialisme. 22 John Locke, Essay, 2, VIII,

7-S.

23 Selon Luc,e (Berkeley and Malebranche, chap. II) la lecture

des Phil~~ophi~al Commentaries ddmontre que la doctrine des

Principes Tut conçue bien avant celle de l'Essai sur la vision. D\s les premi~res notes des Philosoïhical Commentarles (notes 13,

18, 19

et 20-26), Berkeley formule 'Immatérialisme; ensuite' partir des notes 27 et 2~ il commencè , réfléchir sur les dif-férents probl~mes qui font l'objet de l'Essai sur la vision. 24 D.M. Armstrong, Berkeley's Theory of Vision, chap. II,

sect. 6.

25

26

A.A. Luce, Introduction, 150; Berkeley and Malebranche, 26; Essai sur la vision de Berkeley,

165- 66.

27 G~J. Warnock, Berkeley. 25.

2S George Berkeley~he Thaory of Vision or Visual Language

.'

(37)

,

29 Ibid., par. 15.

3e

En fait

i

Berkeley~mentionne plutet la distinction entre

les gua ités primaires et secondaires. Cependant dans la

mesure o~ l'homogénéité concerne exclusivement les id~es

(puis-que les qualités ne sont jamais perçues), il est juste de croire que l'affirmation de Berkeley (voir note 21) se rapporte aux idées des qualités primaires.

31 George Berkeley, Essai sur la vision, par. 129-130. 32 Ibid., par. 109.

33

Rolf Sartorius, nA Neelected Aspect of the Relationship

between Berkeley's Theory of Vision and his Immaterialismn ,

Affierican Philosophical Quarterly~ vol. 6 no

4

(oct. 1969): 320.

Dans cet article l'auteur veut demontrer que l'Essai sur la

vision constitue une étape importante dans la formulation de ~

l'Immatérialisme de Berkeley dans la mesure o~ l'hétérogénéité ~

est une attaque contre les qualités primaires de Locke. En ce qui nous concerner seul ce dernier aspect nous intéresse; nous

laissons de ~té a relation entre l'Essai sur la vision et

l'Immatérialisme des Principes. 34 35 36 37 3$ 39 40

John Locke, Essay, 2, XVI, 1. Rolf Sartorius, loc. cit., 320. Ibid., 320-321.

Ibid., 322.

George Berkeley, Essai sur la vision, par. 59. Ibid., par. John Locke, , ~\ l~.

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(38)
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rie~,ce, c' est-ll-dire de, la ~cePtion sensorielle ,.ou de la

con-naissance des

oPération~~'(MJ

pensée au moyen de

l~ réf~exion.

Locke ayant refusé

l'in~ité

de la connaissance, l'expérience

-\

devient donc le seul moyen ~lacquérir des idées.

'"

Locke classe les,ddée9 en plusieurs catégories: les

,

idées si~ples, les idées complexes, les idées de relations et

41

les idées générales. Cependant parmi ces quatre catégories,

il y en a deux principales qui comprennent toutes les idées pos-sibles; il s'agit des idées simples et des idées complexes.

L'i-l )

dée simple est une idée qui' ne peut être décomposée, tandis que

l'idée complexe\~eut se déco~os~~ en idées simp~es. La\

caté-! "

gorie des idées simples comprend des idées qui proviennent des

sens et d'autres qui proviennent ~e la réflexion. Seul le

pre-mier groupe rétiendra hotre attention puisque c'est sur lui que porte.:l'essentiel de notre, argumentation.

Locke di~tingue les idées simples acquises au ~oyen

des sens en deux groupes: celles

~Ui ~

sont perçues que par

~ 42

un

seul sens et celles qui le sont par plusieurs sens. Le

pre-mier groupe -comprend des idées telles que la couleur, la chaleur

etc.; le second se compose de l'id~~ d~étendueJ de figure et de

,

mouvement: "The ideas we get by more than one sense are, of spa-ce or extension, fieure, rest and motion. For these make perspa-cei-

percei-43

vable impressions, both on the eyes and touch;" Ainsi il y a

, '~, 1

les i~ées qui sont perçues p~r un seul sens et-celles qui sont

commtines \ la vue et au

to~cher.

Chaque

~ens

d'finit un domaine

de la perception qui lui est propre, tandis que la vue et le toucher ont, en plus, un domaine qui leur est commun, , savoir

(40)

'.

h

j

30

celui de la perception de l'espace. Il ne fait aucun dou-èe que, pour Locke, l'espace visuel et l'espace tactile ne sont qu'un seul et même espaceoou, du moins, qu'ils ont les mêmes caracté-ristiques. Nous avons apporté cette riestriction parce qu'il

est possible qUé Locke ait pensé qu'il y a une différence

numé-rique entre les perceptions communes \ la vue et au toucher. Cela siGnifie que l' étendue.,visuelle 'et l'étendue tactile sont

distinctes, mê~e si elles comportent des caractéristiques

com-munes. En plus des idées conununes

li

la vue et au toucher, il Y

a d'autres idées, comme la couleur ou la chaleur, qui sont

pro-pre~ 11 chacun de ces sens. Les idées conununes

li

la vue et au toucher sont donc perçues dans des contextes perceptuels qui

sont enti~rement distincts; ainsi l'étendue visuelle qui est

colorée ne peut constituer une seule et même étendue avec

l'é-tendue tactile puisqu'elles sont perçues dans~des contextes

en-ti~rement hétérog~nes. Dans la ~esure o~ l'étendue visible ne peut être perçue indépendamment de la couleur, nous devons

ad-mettre qu'il y a une

distinct~n

numérique entre elle et

l'éten-due tangible. Une étenl'éten-due colJrée et une étenl'éten-due solide ne

pour-ront jamais former une seule ~t même étendue puisqu'elles

com-portent des éléments hétérog~nes, ~ savoir la couleur~t la

so-lidité. Donc, en aff~rmant l'homogénéité de la vue et du tou- '

cher, Locke ne ferait que reconna!tre les caractéristiques com-munes \ l'espace visuel et \ l'espace tactile sans affirmer leur

co!n~ence numériqu~.

"

. :: ~ somme,.-la distinction num~r1que entre l'étendue

vi-suelle et l'étendue tactile est la conséquence directe du fait

(41)

que l'étendue est perçue par la vue et le toucher.

Locke n'a ,pas pris la peine d'expliquer, ni m~e de développer la thl!se de 1 'homogénéité de la vue et du toucher. S'il a omis de le fairfb c'est sans doute parce qu'il croyait

(.

que la question ne soul~ve pas de difficultés sérieuses. D'ail-leurs l'homogénéité de la vue et du toucher est tout l fait con-forme li sa théorie de la perception. En effet, comme nous le verr0ns, Locke soutient une théorie représentationiste de la perception. Il y a des corps matériels, distincts de la pensée, qui ont le pouvoir de produire des idées en. nous par l'intermé-di,aire de nos sens. Certaines de ces idées, li savoir l'étendue,

"

le mouvement, la. fieure, le nombre et la solidité ressemblent aux qualités réelles des corps mat~riels. Dans ces conditions, il faut que l'étendue,

la.

figure et le mouvement soient homog~~

j

nes

11

la vue et au toucher puisqu'ils sont l' i:mage des corps matériels; s~ l'étendue visible et l'étendue tangible représen-tent une qualité des corps, i l faut nécessairement qu'elles

pos-s~dent les m~mes caractéristiques, \ savoir celles qui

détermi-nent l'étendue des corps matériels. A. premi\re vue, il peut . sembler qu~ l'homogénéité de la vue et du toucher découle de la

théorie lockienne de la perception. Mais ~ela est douteux du fait que Locke, comme nous le verrons par La su1~e, ne donne pas de fondement solide li la doctrine de la : essellblance entre les qualités réelles des corps et les id'fs correspondantes. Cette doctrine constitue la partie essentielle de la th'orie lockienne • /\de la perception. Il serait donc hasardeux d'expliquer

l'homo-gtSnéité de la vue et du toucher' l'aide d'une th'orie dont le

(42)

"-\ 1

r

32

fondement n'est pas assurè. D'ailleurs, Locke n'ayant pas

éta-~ / {}

bli de relation précise entre l'homogénéité et la doctrine de la ressemblance, il n'est pas du tout certain qu'il faille ex-pliquer la premi~re pàr la seconde. Cependant, il est aussi possible que Locke n'ait pas cherché ~ expliquer l'homogénéité de cette façon. Le fait qu'il n'a pas cherché }j expliquer

da-vantage nous laisse croire qu'il jugeait que cela n'était pas

t

nécessaire. Car on peut. tr\s bien penser que l ' homogénéité com-porte sa propre exPlication. En effet, dans la mesure oll l ' éten-due est perçue par la vue et le touaher, il est permis de penser que la perception visuelle et la perception tactile de cette

idée comporte des caractéristiques communes. A prime abord, il n' y a aucune raison de penser qu t il Y a une différence

essentiel-le entre la perception visuelessentiel-le et la perception tactiessentiel-le d'un cube puisque nous jugeons spontannément, malgré la distinction numérique, que la vue et le toucher perçoivent les mêmes objets. Le fait que le· même langage s'applique li la vue et au toucher nous porte aussi lJ croire qu~ ces sens perçoivent les mêmes

ob-jets. Nous verrons dans les chapitres subséquents CODDDent Ber-keley réfute les différents arguments qui semblent, justifier l'homogénéité de la vue et du toucher. Mais pour l'instant, il , nous suffit d'affirmer que, si Locke n'a pas cru Don d'expliquer davantage l'homogénéité de la vue et du toucher, c'est qU'il croyai t que cette doctrine est justifiée par le sens commun qui juge que la vue et le toucher perçoivent les m3mes objets.

Nous avons 'donné un aperçu de la doctrine locklenne des idées simples pour définir bri\vement le contexte dans lequel se

(43)

situe la doctrine des idées des qualités primaires. Nous en

venons maintenant

II

l'exposition de la théorie des qualités

pri-maires et secondaires qui constitue le cadre dans lequel se si-tue la doctrine des idées des qualités primaires.

La doctrine des qualités primaires et secondaires de Locke tente d'expliquer la façon dont les idées simples sont produites ainsi que le type de relation qui s'établit au niveau de la connaissance etre l'idée et sa cause matérielle. Ainsi avant de nous engaeer pleinement dans l'exposition de cette doc-trine, il importe donc de définir clairement le statut de l'idée

et celui de sa cause. A ce sujet Locke écrit:

1

To discover the nature of our ideas the better, and to discourse of them intel1ieibly, it will be convenient to distineuish them as they are ideas or perceptions in our minds; and as the* are modifications of matter in the

bodies that cause suc perceptions in us:

45

Ainsi les idées simples existent dans la pensée et correspondent , un attribut de la mati\re qui existe, en elle-même,

indépen-damment de la pensée~ Pour préciser davantage cette distinction,

L'ocke choisit de désigner la cause matérielle des idées sous le nom de "qualité":

••• the power to produce any idea in oùr mind, l call

~uali~ of the sUQject' wherein that power is. Thus a

snow-all ving the power to produce in us the ideas of white,

cold, and round,- the power to produce those ideas in us, as they are in the snowball, l call qualitiesj and as they

are sensations or perceptions in our understandings, l call

them ideasj 46

e

Ainsi, la perception comporte deux éléments essentiels, , savoir

l'idée et la qualité. Cependant" seule l'idée est l'objet de la

pensée car elle est en relation directe avec cette derrii\re: elle

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