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To cite this version:
CHAIRE DIECONOMIE RURALE
&,D,nts
-LE
HONDURAS: la fin
des
plantations
?Guy DURAND
Novenbre 1983
communication au séminaire
internationar
du 21 au 24 Novembre t9g3à Pointe-à-Pitre
(Guadeloupe) :"Transfomations
foncières et
changenentsocial
dansIes sociétés rurales
dela
Caraibe"J
t
DEC 1983E.t|l.s'A
. RENNESPI,AN
INTRODUCTION
TèTC PARTIE
:
LIORIGINE DES STRUCTURES AGRAIRES ACTI'EI,LES1-
Situation
au moment de l-rindépendance2-
Lréchec de l-a réforme libéraLe3-
L'émergence desplantations
bananières4-
Les campagnes honduriennesà
la
veil-re
dera
lère
réfo:rre
agraire 41-Structures
de production42- Bnplois
et
revenus43- Modèl-es de production
IIènE
PARTIE: IÂ
REFORME AGRAIRE DE T972-741-
Le contextepolitique et
social
2-
Les antécédents deIa
réforme agraire3-
L'essor
du mouvement paysan au Honduras4-
Fomes delutte
dansla
campagne hondurienne5-
Ledécret
no8et Ia
Loi
de 1975IIIèmC PARTIE
:
LES LTMITES DE T,A REFORME AGRAIRE1-
Uneréussite
incontestabl-e du modèl-ecoopératif
11- Le modèIe guanchias
12- Les
Unités Collectives
de production dela
R.À.2-
La naissancedifficile
de I'EAC d'Is1etas2t-
I'acréation
22-
Iresrésultats
du FAI,3-
Lescontractions
du secteur de réfo:me agraire 31- Rapports sociau:< dansles
coopératives32-
Une autononielinitée
par
rapport,à
l_'Etat33- Une dépendance
par
rapport
auxentreprises
étrangèresCONCLUSION
"r,es transfor:nations récentes de rrencl-ave bananière au
Honduras",
tel était Ie titre
d'une
récentepr:blication
de deu:< économistesde
I'université
de Teguagalpa:
Daniel sLtrrzKyet
Esther ALoNSo. parailleurs les
organisateurs de ce colloguesur
res
transformationsfoncières
et le
changementsocial
dansres
sociétés rural_es de taCarafbe "observent depuis un
siècle
et
demila
conquête progressive deI'espace
agricole
et rural
des pays dela
Caralbepar
des expJ-oitationsfaniliales
au détriment desplantations".
Peut-on vraiment annoncerIa
fin
desprantations
au Honduras?
ce pays guerron
a
qual-ifié
de"Répubrique bananière" (NTEDERGANG, 1969)
a,
eneffet,
été
doninééconomiquement
et
poritiquementpar les
deur< compagnies bananières :ra
united
Fruit cie
(actuelle
united
Brand)et la
standardFruit
cie
(du groupe
castle
and cook)instarrées
depuisre
début de cesiècle.
La grève des employés dela
banane en 1954,puis
l-e mouvement paysangui a
suivi et
enfin
Ia
réformeagraire
engagéepar J_es
tots
aé lgozet
1975seront
autant de coups deboutoir.remettant
en cause cettehégémonie.
Lrobjet
de cetravail
est
deresituer
ce phénomène dans unehistoire
prus
longrue desstructures
agraires
du payset
d'anal_yser ranature des nouverres fonres de production
gui
se mettent en prace.contrairement
à drautres
pays drAmériqueratine
ou descaraibes,
J-a prantation,
conme forme deproduction,
est
un phénonènerécent
(émergence des compagnies bananièrescitées
prushaut).
Mênesi erle
a permis de dominerIe
pays,
erre a
cependant conservé uncaractère drenclave
et
nra
donc pas provogué de bouleversements dansdes
structures
de productionhéritées
endroite
ligne
de l-a col-onisation espagnoleet
à
peine remaniéepar
une "pseudo-réformelibérale"
dans lesannées 1850-70.
L,es nodèles de
production
apparuslors
des réformes agraires de t962et
1975gui
s'appuient
sur
desunités
de production communautaireset
quecertains
auteurs (C.
'S.
de MORAIS, tg76)qualifient
de"secteur contemporain"
sont-irs
susceptibles de s'imposeret
de sesubstituer
peu à peuà
Ia
ptantation
capitaliste et
tournée versI I
extérieur.
Pour
tenter
de répondreà
cette
question,
nous ex€rmineronstout
drabord
l'origine
desstructures agraires
actuelres.
L'étude de ra réformeagraire
des années 1970 nous pennettra dedécrire les
nouvel-lesfomes
de productionet situer leur
impact.Enfin
dans une dernièrepartie
nous
tenterons
dediscuter
la
portée
de ce secteurdit
"contemporain"à
J-alunière
des observations que nous avons pufaire
dansles
années tgTS-76.lère
PARTIE-
LlORIGINE DES STRUCTURES AGRAIRES AqTUELLES1-
SIWATIoN AU MoI{El[r DE LITNDEPENDAT{CE ( 1821 )L'économie
coloniale
du Hondurasest
dcminéepar I'extraction
ninière
(or
et
argent).
Les richesses minièressont
l-oin de concurrencercelles
du pérou.ces mines
sont situées
dansres
régions centrares du paysdifficiles
draccès, J-e transport duminerai
sàraisant re
prus
stuventà
dos de mûIes jusgurauxports.
Lractivité
de ces minessubit
desfluctuations
cycliques
depuisIe
XVIèmesiècle
jusgu'à
la fin
du XIXène (snfCNOLftg73).
L,origine de
ces
fructuations étant
assez mal connue:
fructuations
desprix
du minerai
sur
le
marchéextérieur
ou augmentation ducott
de l-anain
à'oeuvregu,il
faut
aller
chercher deplus
enplus
loin.
Le déveroppement d,e
rragricurture
sera directementrié
àlractivité
de ces mines.rr sragit
essentiellement decurtures
vivfières
et
drélevageextensif
destinésà
I'approvisionnement des zones minières.lt t'existe
pas de marchénational
aèsproduits
agricores mais des marchésrocaux cloisonnés.
11
existe
bien
unepetite
exportation
de bovins en provenancede
la
province
centrare deilolancho
vers re GuaÈenara
maiselre
restefaible.
par
ai[eurs,
l-e Nord du paysfait l'objet
decoupes de bois
mais
re
commerceest
aux mains aes engraisqui
dominentarors cette
partie
du pays.contrairement
à drautres
pays d'Anérique r_atine,ir
n'existe
pas au Honduras, de manière tournéessignificative,
de grandes prantationsvers lrexportation
terr-es quere-sucr!,
coton,
indigoreùc...
employant de
ta
main d'oeuvre esclave.Les
structures foncières sont
caractériséespar
Ia
prédominance des grands domaines(latifundio),
associés d'unepart
au minifundiofournisseurs de main d'oeuvre
et
drautre
part
aux communautés indigènesassujetties
auxtributs
en argent ou entravail
sur
ces grands domaines.ces grands domaines sont des
propriétés privées
oud'oraie rerigieux.
ces
structures
sociares sont peu favorabresà
un dynamisme delragriculture
dufait
d'unefaibre mobilité
dera
main droeuvre(c.si
deMoRArs, 1976)
-
Elles
constitueront
unfrein
important au développementdans
libérale".
re
cadre de ce gueI'on
a
apperé dansres
autres paysra
,,réfo:me2- LIECHEE DE IÂ I'REFORME
LIBERAT,E:r'
La
forte
croissance économique que.connaissent l-es pays européens (notammentI'Angleterre)
dansle
courant duxrxème
siècle
provoçlue une demande de matières premières pour sesindustries
(coton,
indigo, ...)
ainsi
que deproduits
agricores
:
café,
cacao, banane... cemouvement
est
renforcépar I'amélioration
destransports
maritimes.'
11faut
doncl-ibérer
les
forces
productives de I'agricuJ-turecentre-américaine;
à savoir
Ia terre et
l-a main droeuvre et.favorlser
l-rémergence d'une classe d'entrepreneurs
capitalistes
susceptibtes derépondre
à
cette
demande. Ce mouvement s'accompagnepar
aill-eurs
d'uneintégration
nationale.Les moyens
utilisés
seront
la
vente desterres
appartenantau:K colfinunautés
religieuses
et
d'unepartie
decelles
des cornrnunautésindiennes
ainsi
quelra1iénation
desterres
non encore appropriéeset
consipérées comme
terres
nationales.
La main droeuvrequi
étaiÈ
auparavantattachée
à
cesterres
va se.trouver
de cefait, libre
etpourra
sremployer dansles
nouvellesplantations
dansle
cadre dusalariat.
En
outre,
onfavorise.
le
déveJ-oppement de nouvellesvoies
decqnmunications permettant
la
création
drun marchénational
et
1'achemi-nement des
produits drexportation vers
les ports.
Cet ensemble de mesures que
lron
appellera
"réfo:melibérale"
gue tendaient à bouleverser
les
anciennesstructures sociales,
aura peudrimpact au Honduras. Les auteurs avancent
plusieurs
explications
(H. BRTGNOU, 1973, CS. de MORAIS,|976)
dont
les plus
importantes semblentêtre
:-
les
énomesdifficultés
detransports
: I'essentiel
deIa
population
était
concentrée dansles
zonescentrales
montagneuseset
difficilement
accessiblesalors
queles plaines alluviales
du Nordet
du Sud
sont
sous-peupléeset
insalubres.-
Ies
rigidités institutionnelles :
structures
depropriété
maisaussi
Ie
manqr:edrintégration politique
qui
conduisent aux l-uttesinternes
connues sous l_e terme6s
Ibandolerismo).(1). l,econtrôIe
deIa
côte
nord ne serarepris
quren 1859.Le Honduras
n'a
donc pas su ou pusaisir
lroccasion
decette
demande européenne contrairementà
sesvoisins
Salvadoret
Guatemalaoù
I'on
a
vu émerger une bourgeoisie ducafé
(ouol-igarchie)
qui a
con-tribué
à
unecertaine intégration nationale.
Larépartition
desexportations en
valeur
en
1888-89 (doncà
Ia fin
du processus decette
réforme l-ibéral-e)atteste
bien
cet
échec (H. enrCDIOu 1973):
l,argent
représente encore 5316
t
dutotal
contre
seulement2,7
Z pourIe
café eE2,1
t
pourlrindigo
(deplus
enplus
concurrencépar les
coLorantsartificiels)
.Par
contre,
Ia
banane occupe une pl-ace croissante avec 23rg Zdes
exportations.
Elle introduit
dansre
pays de nouvell-es formes deproduction
et
notanmentles
grandesplantations
contrôléespar
J-es2
compagnies UnitedFruit et
StandardFruit.
L'emprise de ces deux compagniessera
telle
sur
le
pays queI'on
parJ.erade
"République bananière".3.
I.IEMERGENCE DES PI.AMTATIONS BAÀIANIERESLrorganisation
dera
grandeprantation
terre
quelron peut
ravoir
maintenant, nes'est
pas l-mposéetout
desuite.
Dans une premièrepériode
qui
va approximativement de 1860à
1900,Ia
production debananes
était Ie fait
de producteurs nationaux(E.
ToRRES RrVAs, 1976)qui
transportaient
le fruit
Jusquràra
c6te
nordpar
l-eurs propresmoyens pour
J-e
vendreà
demultiptes
acheteurs (essentiel-lement desUSA)
qui
réusÉissâient cependantà
irnposerleurs
prix
compte tenu deIa
nature périssabre duproduit.
r,etransport,
tant
terrestre que
maritime,
sefaisait
dans des conditionsprécaires.
Lesconditions
detransport
et
deprix
peu favorabres aux producteurs l-ocaux nefavorisaient
pasIe
dynamisme de ceux-ci.L,rapparition du
transport
réfrigéré vers
Les années g0 accél-éraIa
concentration au niveau desentreprises
detransports
et
corunercia-lLsation qui
passeront deprus de
1ooà
22 avx usA en 1999(v.
cARrAs,v.
MEZA).Crest
le
produit
decette
concentrationqui
aboutira
atrx2
conpagniesactuelles.
Dès 1899,les
premières concessions sont accordéesaru< frères VACCARoS
(E.
ToRRES RrVAs, 1976) quL permettentIa
pénétrationdes compagnies de
transports
au niveau deIa
production.
En contrepartieres
compagnies s'engagentà
construire
desvoies
de chemins defer.
Lesprantations vont
alors
se déveJ-opper peu à peu depaft
et
drautre
desvoies
de chemins defer
construites.
Erres
srorganisentsuivant
un nodèl-ecapitaliste, la
main d.'oeuvre, peu disponibre auHonduras du
fait
dela rigidité
desstructures foncières
évoquéeprécé-demment viendra drautres paysr en
particulier
du Mexique, du Salvadoret
des Caraibes (1).
On
assiste
ainsi
à
uneintégration verticale
mais aussihorizontale
:
investissements dansra
banque,lrindustrie
(savon, arcoor,bière,
chaussures)r
autres
produits
agricores
(sucre),
de façon àpermettre lrapprovisionnement de
Ia
prantation
et
de ses sarariés.Les
rerations
des compagnies bananLères avec r'économiehondurienne
étaient réduites à leur pJ-us
simple expression.Ni
le
modèLed'organisation,
ni
I'avance
techniquenront pu
se transmettre aureste
dupays. Dans
Ie
cas du Honduras, l-acaricature
fut
drail-l-eurs poussée àl-rextrême
:
l-es impôts payéspar
réqimes exportéssont restés dérisoires
et
I'obbligation
faite
deconstruire
des chenins defer
pour regôindrera
capitalellqu.ctÇalpaet
favoriser
I'intégration
économique du paysn'a
jamaisété
réa1isée.
Les J-ignes sesont
linitées
à desservir
lesplantations
existantes
sans aucun bénéficepour
le
reste d.e
l-'économie.Ces
plantations
bananièresconstituent
uneexcellente
illus-tration
du concept trdrenclavett.(1) c.S.
de MORATS note queIa
Toponlnrie dela
c6te
nordatteste
cet
4-
LES CAIqPAGNES HONDURIENNES A LA VEILT,E DE I,A PREMTERE REFORME AGRAIRE (1,9621Le
survol
rapide
dela
formation desstructures
de productionau Honduras
fait
bien
ressortir Iroriginalité
deIa
situation
nationalequi
srarticule
autour de2
évènements (ou processus) :I'incapacité
à passerle
cap deIa
réforme l-ibéraLeet
deprofiter
pleinement de La demande naissantesur
Ie
marché rnondiaL deproduits
agricoJ-es(café, indigo,
etc...)
permettant lrémergenced'une'-"bourgeoisie
nationale"
senbl-ableà
celLequi
a
prJ-s naissance dansles
paysvoisins
(Guaténala, Salvador enparticulier
autour du café).-
J-'apparition récente,
au début du XXènesiècle
des deu<compagnies bananières
qui
mettaient sur pied
une économie deplantations
dansIa
zone nord dupays
(Ia plus
fertile),
mais une économie drenclavequi étouffera
1àaussi
La naissancedrun
véritabre Etat
nationar.I1
nousfaut
maintenant exarninerIe résultat
de ce processuspar
J-ebiais
de Lasituation existant
dansles
campagnes au début desannées
60.
Nous LnsisLeronsparticulièrement
sur
les
structures
(distri-bution
desterres,
des revenus)et
sur
les
fomes
de production.41-
Structures de productionEntre
les
derur recensementseffectués en
1952et
tg65,lrinéga1ité
dansIa distribution
desterres
s'accentue conrmeIe
montrel-e tableau
suivant
:Distfibution
desexploitations
(voir
A.M. FRASSTNETTI,
L973)Crest
1-rimportanceet
surtout
lrexiguité
croissante despetites
exploitations gui
apparait
préoccupantecontrastant
avec l-rextrêmeconcentration des grandes.
FRASSINEITI note
par
aiJ.Ieurs quela
substitution
du concept depropriété à
celui
dtexploitation
("furca,') accentue encoïecette
concentration.1952 1965
nb.t
Surface'i l.'nbt
Surface *(
9 manzanas(6,3 ha) 65
rt
t5 r7 67 ,5!2,5
500 nzs
Ainsi
dans l-e départementdrAtlantida
(nord du pays) on necompte que 30 noms pour 82
expLoitations
qui
occupentà
elles
seules28,9 4 de
Ia
surface
(Ies 2
compagnies bananièresà
elles
seul-es occupentt5,7
4 deIa
superficie).
De même dans Le sud (département de Ctroluteca)84 noms pour 364 explo5-tations occupant 4516
t
de l-asuperficie.
Les 279 exploiÈatl-ons
les plus
grandes occupentà
el-les seules1916
t
dela
superficie
du pays avec une moyennede
1800 ha chacune(cf :
PLanNational
de néformeAgralre,
(PNRA),
1975).i
42-
hplois et
revenusLes revenus moyens
nationaur
(ntnpar
habitant
auxprix
1,966)étaient
de 391 lempios(1
lenpia
= 0r5
dol-Iar US), mais seulement de t72 dans Lemilieu
rural et
mêmet49
sLI'on
met àpart les
conpagniesbananières (PNRA 1975).
En
outre
ces revenus, cortrne lesterres,
sont
très
J.négalementrépartis.
Une estimationréalisée
par
un grouped'experts
deIa
FAOdonnait
les
résultats suivants
(cité
par N.
GARCIAet
G. CADAf,SO,1973).Distribution
du revenuet
de J-a superficie enexploitations
entreExploitants
ayant moins de 4 hapopulation
mrale t
agricoles
revenust
superficie
I
65 24 6
4à35ha
31 36 34>35ha
4 40 50Ces
résultats
font,
enoutre,
ressortir Ia
meilleure
productivité
par
ha despetites
exploitations
ouplutôt
une meill-eureutil-isation
desterres.
De
fait,
Ies
expJ-oitations deplus
de 50 ha necultivent
effectivement (cultures
annueLles ou permanentes) que 10à
15t
desterres
disponibl-escontre
80*
pour
les
petites
(PNRA 1975). 800 farnilLesles
plusriches ont
un revenuglobaI
supérieureà
celui
de 200 000fanil-les
paysannes(c.
coNNEs, 1976).Lrétude FAO
déjà
citée
estLnait gu'en
!970,
il existait
unexcédent de main droeuvre de
près
de 250 000actifs
dans Lenilieu
rural
sur
les
550 000existant
en supposant que chaqueactif ait
uneproductivité
moyenne (compte tenu des techniques connues). eu:< 180 0OO paysans sans
terre,
exploitaÈions de moins de
9
manzanas, mais aucontraire
it
existe une
possibilité
decréation de
110 000 postes dansles
expLoitations de plus de 50 manzanas.On estime qurenvir'fon 30
I
dela
populationvivant
de Laproduction
agricole'
nra
aucun
accèsà
la terre soit
environ
100 000fanirres
et
que 50 000autres nront
pas suffisamment deterre
pourvivre
(G. DURAND, 1981).43- Modèles de production
Courant des années 60
et
début des années70,
coexistent
et
quelquefois se superposent 4 modèles de
production
:1)
Lapetite
exploitation
de subsistance (ninl_fundio) enployant des t'echniques rudimentaireset
insuffisantes
à
occuper totalementIa
maind'oeuvre.
unepartie
de l-rannée,re
paysandoit
trouver à
s'emproyer surres
moyens ou grands doraaines proches. Le.mode de.tenureest
souventprécaire
:
occupationterres
nationales, bail-
verbal-par
le
propriétaire-empl-oyeur.. .
.
2)
f,espetits et
moyens producteurs indépendants (souventplanteurs)
disposentle
plus
souventd'un
titre
depropriété.
Les cuLturessont
Ie
café,
tabac,
querquefoisle
sucreet re
coton.
Lremploi de maind'oeuvre
est
fréquent maislinité.
L,es technl_ques enployéesrestent
rudimentaires.3)
Grands domaines dréIevage(ttpe Latifundio)
à
caractère nettementextensif
oùle
propriétaire est
souvent absentrelayé
parun régisseur.
4)
Lesplantations
detlpe
capitaliste
autour decultures
conmera
banane,le
sucre,
le
cotonet
mêmeIe
tabac avec une main d'oeuvresalariée
pemanenteet
unvolant
de main droeuvre occasiopnelle pourles
points
detravail-.
EIIes
utilisent
l-es techniques !-esplus
moderneset
s'organisent
autour druneusine
de conditionnement ou de premièretransforaation
(conditionnementet
exportation
deIa
banane sucrière, usure drégrenage du cotonr. .. ) .2ême PARTIE
. IÂ
REFORME AGRAIRE DE T972.741-
CoNTEXTE POLTTTQITE ET SOCIALLa promulgation de
Ia
prenière
loi
de réformeagraire
date de1962. Mais
re
Honduras nefaisait
qu'appliquer
par
1à uneI'directive"
-delrAlliance
pourle
Progrès sous 1!inpul-sion des Etats-Unisqui
craignaientque ntapparaissent de noubeau:< Cuba
sur
Ie
soL latl-no-a:nérl-cain. Defait,
cette
loi,
mêmesi elIe
reurettait
encause,certes
dans deslinites
très
strictes, Ie
sacrosaint
droit
depropriété, restera
pratiquementlettre
morte pendantplusieurs
années.On
peut
cependantaffirmer qurelle
donneraIe
cadrejuridique
pour des
actions
jusgurici
inconcevables.Mais pour
bien
comprendrela
mise en oeuvre du changementsocial
guel'on
pourra observer dansles
années70,
il-
nousfaut
nousintéresser
auK antécédents deIa
réformeagraire
drunepart
et
aumouvement
qui'a
agité
l-asociété
hondurienne dansle
courant de I'année 1954, autour dela
grève destravailleurs
dela
banane.2-
LES ANTECEDENTS DE LA REFORI'TE AGRATRE (1)Ès
t957,
utilisant
les
possibilités
deslois
agraires de
1924et
1936, 258fanil-Ies
paysannesreçurent
20 ha chacuneconstituant
ainsi
Ia
Col-onieAgraire
de Catacamas (departernent drOlancho)adninistrée
parle
Ministère
delrAgriculture.
Il
faudraattendre
1958 pourretrouver
cetlpe
dedistribution
de
terres, suivi
de3
col-onies organisées en 1959,I
en 1960et
unedernière
en 1963. Les départenents intéresséssont
:
région
sud (ctroluteca)et
Nord (Yoro, Cortéset
Atl-àntida).Au
total-, entre
1951et
t963t
ce sontprès
de 1800familles
quiont bénéficié
dera
distribution
d'environ
45 000ha.
cependantles
résultats
seront
très
inégaux:
global-enent,les
colonies de l'O1anchoet
du Sud du pays donnèrent des
résultats satisfaisants alors
que pratiquementtoutes
celles
du Nord sesont
vite
désorganisées: vente
desterres,
voire
même locationà
clestiers.
Faut-il voir
1à un manque drencadrement dela
part
du Ministère de J-rAgriculture oubien
un comportement des paysanstié
à
leurs origines
:anciens
petits
paysansparcellaires
oubien
anciensouvriers
des compagniesbananières
? (c.
sAl.rros de MoRArs 1976). Toutecela
demanderait desrecherches
particulières, il
est
cependantfrappant
de constaterla
fréquence de
I'échec
dansIa
région Nord, zoned'instalLation
des compagniesbananières.
3-
I,'ESSOR DU MoUVEMENT PAYSAN AU HoNDURASLa naissance
et Ie
développement du mouvement paysanest
àrechercher dans Les
luttes
menéespar les ouvriers
dela
banane depuis l-e début dusiècle.
A l-asuite
deplusieurs
coups deboutoir
contre les
diverses compagnl-es depuis
Ia
premJ-ère grèvede
1916,contre
J-aCuyanel
Fruit
Co,I'unité
du mouvement seréalisa
en 1954 oùI'on
assista à
un puissant mouvement de grèvecontre
l-es Unitedet
StandardFruit
Co. Cette grève duraplusieurs
mois, appuyéepar
de larges couchesde
Ia
population hondurienneet fut
un succèstotal.
OutreIa
satisfaction
des revendications des
ouvriers
des Conpagnies quant auxsalaires
et
conditions
detravail, elle
pe:mit ra
naissance du mouvement syndicaltant
dansIe
mond,eouvrier
que paysan.La FESTTRANH (Fédération des syndicats de
travairreurs
du nord du Honduras)a
rmeffectivement
Ie
jour
dèsIa fin
deIa
grève enaoût
1954.Par
airreurs les
paysans de Larégion
nord du paysavaient
soutenuactivement
Ia
grève destravailleurs
deIa
banane.C'est à
l-'abri et
aveclraide
dela
FESTTRAI{H queva
semettre sur pied
dès 1962 r'|At{AcH(Association Nationale des Paysans du Honduras). Au moment où
nalt
I-TANACH, sous
lrégide
dela
FESITRANH maisaussi
aveclraide
del'Institut
Anéricain pour
Ie
slmdicalismelibre,
sediscute
au CongrèsNational Ia
Ioi
de Réfo:meAgraire
qui
sera promulguéele
29 septenbre t962.LrAtilAcH se
trouvera aussi
être le
principal interlocuteur
du gouvernementen matière de réfotme
agraire
et
pourraaussi
servir
derelais
pour sa miseen
place. EIIe est
actuellement J-a plusforte
organisation
paysanne avecenviron 80
à
100 000 adhérents.Par
Ia suite,
dansle
courant des années60,
vont
surgir
2
autresorganisations
:.
l-rtNC(Unition
Nationale des paysans)drinspiration
démocratechrétienne créée
en
1964et
organisée en"lignes agraires". EIIe
revendigue 65 000 adhérents..
FECORAHAgraire
Hondurienne)de production.
(Fédération des Coopératives
Agricoles
deta
Réfo:mecréée
en
1970qui
regroupe quelques 130 coopérativesAinsi
au début des années70,
Ie
mouvement paysanregroupait
ptusde 150 000 adhérents
et était
considéré cormreI'un
desplus
forts et
mieu:<organisés de
toute
1-rÀmérique Centrale.4-
FORMES DE LI'TTE DANS I.A CAMPAGNE HONDURTENNEA>rées autour de
Ia lutte
pourlraccès
à
Ia terre,
les
revendica-tions
et
fo:mes del-utte
des organisations paysannesvont
senodifier
tout
au J-ong des années 60.ParalLèlement' l-e
rôIe
deI'Institut
National-Agraire
(INA) crééen t962
et
chargé dela
gestion
du secteur réforméva
lui
aussi connaitrede profonds changements.
Malgré Les queLques 45 000 ha
distribués à
environ
1 800familles
entre
1951et
t963,
onpouvait
estimer que pJ-usde
150 0OO farnilles avaientLe premier
travail
de LrINA, va drabordconsister,
outreLrencadrement de ce
gui restait
des coroniesagraires
précédentes, àprotéger
les
paysansqui bénéficiaient
de mode de tenure précaire(location
verbale,
decourte
durée, formes demétayage...)
(W.CagCta,c.
cADArso t973) .En
face
decette position
attentiste,
J-esluttes
foncièresvont prendre
Ia
forme drinvasions deterres iIlégalenent
occupées par de grospropriétaires
ou J-es cæpagnies bananières, ou desterres
J-nexploltées demandant
par Ià
nêne quelron
attribue
cesterres
en 1otsindividuels
aux paysansqui
enont
besoin.Ces
luttes
vont prend.re untour
nouveau quand en 1965, ungroupe d'une cinguantaine de paysans de La
côte
nord,
sousla
direction
de;lrancien
dirigeant
de I'AI{ACHElfrain
Diaz Ga1eas envahissent desterres alors
en concessionà
Ia
UnitedFruit
Cie mais quecette
dernièreIaissait
exploiter
de façontrès
extensivepar
des éleveurs de bétai1anciens enployés de l-a compagnie.
La
décision
est alors prise
detravail-ler
cesterres
collecti-vement
et
decréer
une coopérative deproduction.
Lequarificatif
de"communiste[ tombe
très vite
sur
cetÈe expérience nouvel]-eet
son leaderest
vite
exclu
de ITAIIACH quivoit
drun mauvaisoeil
cette
expériencecollective.
l{algré
cela, la
nouvelle
coopérative de Guanchiaspersiste et
se
voit attribuer
700 manzanas (500ha)
par I'INA
et reçoit
enoutre
delraide
delrUniversité
autonome de Tegucigalpa.Après
trois
annéesdifficiles, le
groupe se lance dans l_aculture
deIa
banane en 1968et
réussit
enaott
1969à
signer
uncontrat
de productionet
cornmercialisation avecIa
StandardFruit
Cie
(concurrente deIa
united)
: Ia
coopérative s'engageà
cultiver la
bananeet
à.ra
commerciariser entièrement auprès de
la
standard pendant 10 ans.Lrassistance
technique,
J-esinputs
nécessairessont
fournis par la
conpagnie
qui
se réservele droit d'installer I'infrastrtrcture
nécessaire au dégagenent desfruits
deIa
pJ-antation:
Iigne
de chemin defer,
usine deconditionnement...)
(c.
DURAND, 1gg1).Suite à
cecontrat,
la
coopérative de Cuanchi.asira
de succèsen succès
et
connaîtra
uneréussite
économigue renarquabte.LrexempJ-e
fait vite
tachedthuil-è,
dèst967,
quelgues coopérçtivesse créent
autour
et
constituent
ce quelron
appelle
Ie
"complexe Guanchias"puis
vers
L969,d'autres
seconstituent
dans Le sud du pays. Le modèIe prendcorps
et
se développe davantagesuite
à
Ia
création
deIa
féilération.FECORAH en 1970.
La
réussite
obtenuepar
ces coopéraLives de production en termed'accès
à
ra terre et
d'amérioration
desconditions
devie
modifieItattLtude
des paysanset
deleurs
organisations devant ces expérJ-encesdrabord
quatifiées
de
"comrunisÈes". Tant ITANACH que I,uttC développent des nodèIes drexpJ-oitationcollective
et I'on
assiste,
fin
des années 60,début des années
70,
à
un développement considérable desluttes
foncièresLa
loi
de
L962 sravère toÈalement inadaptéeà
satisfaire
les
exJ.gences des masses paysannes.
L'organlsation
drune marche deIa
faim
sert
alors
de détonateurà
J-aprise
du pouvoirpar
les
foroes armées du Généràl-LOPEZ ARELLANOIe
4
novembre t972qui
s'assurent
lrappui
des paysans autravers
dudécret
no8 pr:b1iê Le 26 décembre deIa
même année donnantsatisfaction
dansIe
court
terme aux revendications des paysans. En outreles
forces
armées.prourettent unenouvelle
loi
de réformeagraire
dansles
2 ans
plus
favorable
au monde paysan: elle
sera promulguée, defait,
enjanvier
1975.5.
I,E DECRET NO8 ETIÀ
LOI DE REFORME AGRAIRE DE 1975Le
décret
no8, préIudeà
la loi
dejanvier
1975, apportela
caution
légale à
lrexpérience dela
coopérative de cuanchiasqui
devientpeu à peu J-e "modèIe hondurien de réforme
agraire".
Il_précipite
Ia
distribution
deterres
t'nationalestt ou "comunalesttet
favorise
Ia
création
de groupes de paysans organisés coltectiv.ement:
Ies
"asentamientos" aveclrobjectif
d'en
faire
des coopératives sousle
nodèIe GuanchLas.Un fonds
spécial
de 2nillions
de É USest
misà
disposition
de cesasentamientos auprès de J-a Banque Nationale de DéveJ-oppement (Banco
nacional de Fomento).
Dans
les
2
ansqui
suivent
cedécret,
on estime àplus
de 600Ie
nombre drasentamientos (coopératives ou non)qui
se sont organisés dansIa
campagne hondurienne.Ils
regroupent quelques 23 000fanilles
sur
environ100 000 manzanas.
Qu'apporte de nouveau
Ia loi
de
t975?
CommeIe
décret précédent,de mêne gue
la loi
de
1962,eIIe insiste
sur
Ia
"fonction
social-e" de Laterre qui
doit
être
deproduire
et
desatisfaire
l-es besoins dupays.
Ia
réforme
agraire est
doncla priorité
du pays dansle
cadre duplan
national
de développement proposépar
les
forces
armées, mais encontrepartie,
nesont expropriables que
les
domaines sous ou maIexploités.
II
nrest
doncpas question de toucher aux compagnl-es bananières,
ni
au:r grandes"haciendastt de
coton,
café,
sucre,
etc...
La
distribution
desterres
disponibles
sefera prioritairement
aux groupes
organisés.
Ces groupes devrontensuite
choisir entre 2
statuts
:- Ia
coopérative de productionsuivant
le
modèle Gr:anchias-
lrentreprise
associative
paysanne (EmpresaAsociativa
Campesina : EAC)dont
Lesstatuts
sont précisés dans l-aIoi.
Les groupes
ainsi
formés ne sont pas abandonnésà
leur sort
sI'INA est
chargé delrorganisation
des groupes potentiellementbénéficiaires
de
la loi et doit
favoriser
Ie
développement des2
fonnules associativescitées.
II
seporte
caution
auprès de l-a banque de dévetoppement de tousles prêts
accordésà
ces groupes.Enfin
Ie
Ministère
des Ressources NaturelLes assurelrassistance
technigue.Les organisations paysannes Jouent un
rôIe inportant
danscette
organisation
et
constituent
les
interlocuteurs
privilégiés
pourtout
ceALnsi
Ia
périodequi
va deIa
grève de 1954à
Ia
promuS.gationde La 2ène l-ol- de
réfome
agraire de
1975 marque une accéLératLon dansl'évoLution
desstructures
foncières
et
économiques du paus. Des changementsqut
apparaLssent semblentnodifier
radicalementles
rapports
sociauxexistant
dansIa
société
hondurienne:
naissance d'un mouvement syndicalpuissant,
montée drun mouvenent paysan,apparition
de nouvell-es formes deproductions dans
Ia
campagne. 11reste
cependantà
en apprécierla
portéeet saisir les li-nites
druntel
changement dansIa
perspectivehistorique
3èME PARTIE
:
LES LIMITES DE I.A REFORME AGRJATRE1-
T,NE REUSSITE INCoIflTESTABLE DU MoDELE cooPERATIFLe nodèIe
coopératif
rnis en place dansIe
cadre de l-a réformeagraire
hondurienne constitrre uneréussite
incontestabl-e. C'estnotammentIe
cas de l-a Coopérative de Guanchias maisaussi
deta plupart
descoopératives de FECORAH eL des "asentamienÈos" créés dans
la
période1969-75
11- Le nodèle GuanchLas
Constituée,
comme nous l_'avonsvu,
par
un groupe cle 58 paysans,ra
coopérativea
connu un démarragedifficile
jusqu'à
ra
signature ducontrat
de production de banane avecIa
StandardFruit
Cie en 1959. Lesexcédents
financiers
deviennentalors substantiels,
l-e nonbre desadhérents se
stabilise à
130. Dèst973,
unediversification
des productions s'amorcequi
permet desraffranchir,
certes
dans une mesuretrès linitée,
de
la rigidité et la fragirité
ducontrat
bananier:
poules pondeuses,bovins, porcins
et
mêmefabrication
d'aliments
àpartir
du maisproduit.
En 1975, Iorsque nous découvrons
Ia
coopérative, el_J_eest au
sornmet de sa
ruéssite
: erle
esÈpropriétaire
de 750 ha deterre
dont440 en bananes, 150 en
mais,
6
de cul-tures maraichères,elre
dispose de28
tracteurs,
32voitures
et
camions,elle
possède enoutre
250 bovins,5
500 poules pondeuseset
unatelier
porcin de
100truies
(G. DURAND, 1,982).Chacun des membres
reçoit
une "avance"(1)
de6
lenpiras(1
lempira =0r5 do1lar
US)par jour
detravail effectif
alors
quele
salaire
minimumà
Ia
canFagnen'est
que de3
lenpirasy'jour.
Les excédentsgénérés chaque année ne
sont
pratiquenent jamaisredistribués
mais servent pour unepart
à
lrautofinancement del-'appareil
de productionet le
resteest
investi
dans des élémentsdrinfrastructure
pour
la
cmmunauté.C'est
ainsi
queIa
coopérative a pufinancer
un lotissement drune centaine de maisonstoutes
équipées, un réseau d'eau potabJ-e,Ia
productionet
radistribution d'électricité,
une écoleet
uncentre
de santé.Cette
réussite
facilite
Ie
maintien deIa
cohésionentre
les
membres confortéepar
Ia forte
personnalité
de sonprésident
et
fondateur
:Elfrain
Diaz Galeas.Dans I'environnement irnnédiat de Guanchias, Se
constituent
d'autres
coopérativessur re
même modèIe quera
première mêmesi
lesrésultats
obtenus nesont
pas aussibrillants.
Lrensembte Guanchias, Buenos Amigoset
Agnra rBl-ancaGur
toutes
trois
orientées vers
l-aproduction bananière en
contrat
avecla
StandardFruit
Cie iformece gue
I'on
a
appeléle
"Complexe Guanchias"qui
représente unesuperficie
drenviron
1 100 ha de bananeraie.(1)
L'avanceconstitue
Ia
rémunérationprovisoire
del-'apport
entravait
des membres deIa
coopérative,
Ie
solde
(posttif
ounégatif) étant réglé en
Crest sur
ce rnodèIe quevont
seconstituer
uncertain
nombredrunités
coltectives
de productionà
l-asuite
dudécret
noget
dela
loi
de t975.12-
Les UnitésCollectives
de Production deIa
réforme agraireLa convergence de
la
réussite
du nodèIe Guanchl.as avecl,aide
deI|INA
et
des fotmes coLLectives delutte
adaptéespar
les trois
grandesorganisations paysannes explique
lrexplosion
du nonbre de ces ,'asentanientos"collectifs
dès
1'972. En 1975, onpeut
dénombrer près de 600 entreprisesconrnunautaires regrouPant
environ
18 000familles
sur
plus
de 60 000 ha(c.
DURAND,t982).
Le conseil_Nationat
deplanification
(CotrtsttplÀN) endénombrait t272 au 30
nars
1976, regroupant près de 50 000 fa:nilLes surplus
de 150 000ha.
chiffres
sarls doute quetque peu exagérésnais
quidonnent
I'ampleur
et Ia rapidlté
du phénonène.Ell-es ne connaissent
certes
pas J-es mêmes succès deIa
coopérative de Guanchias, un bon nonbre sracharnentà
curtiver
aoi"i=-.i-a."
haricots
rouges sur.desterres
de mauvaisequarité.
cependailt, unnonbre non négrigeable
a
accès auxcurtures drexportation
:
coton
(1),canne
à sucre, palmier
àhuite,
agrumes, melonsetc...
Ces groupes
ont entre
20et
100 nenlcres (l-a grandemajorité
étant
d'anciensouvriers
agricores)
qui
él-isent une"junte directive,'
(Conseil
d'administration)
et
unconseil
desurveillance.
Tousont
bénéficié drun appui deI'rNA
pourleur
constitution
et
de conseil-s pours'organiser.
Lrobjectif
det'rnstitut
Agraire
étant
destructurer
ces groupesbénéficiaires
deIa
réformeagraire,
J-eshabituer
à travaill-er
en conmunafin gu'ils
puissent
ensuitechoisir
entre les
formes d'organisatl-onprévues
par
la loi :
coopératives ouentreprises associatives
(EAc).rr
seporte
enoutre
caution desprêts
accordéspar
Ia
Banque Nationale deDéveroppement
(prêts
de canpagnepour
les curtures,
à moyen terme pourles tracteurs
et
machinesagricoles).
Les
crédits
sont accordés enpriorité
auxcultures
commerciales.L'argent
est
ensuite
débloquésuivant
un processustrès
complexe dontle
but est
dréviter
un détournement des fondsvers
d'autres
destinationsque
celle
prévue.
Lesintrants
sont
directementréglés
auxdistributeurs
par
la
Banque, J-es différentes opérationsculturales (labour,
desherbage,récolte,
etc...) font I'objet
druncontrôle
druntechnicien
appartenant auMinistère
delrAgriculture
et
drunvisa
ducontrôIeur
financier
deIrrNA. Enfin
l-es journées detravail
effectuéespar les mernlcres
du groupeet
les
salapiés
extérieurs
sont
enregistréessur
unefeuille
de présencequi
pemet
au . Président deretirer Ia
somne correspond.antà
l-eurrétribution
auprès de
ra
banque. Lravancepar
jour
detravaiL
effectif est
fixée
unilatéralement
par
la
banqueet
IfrNA
à
3
lempiras'parjour. rl n'est
paàpossible
deretirer
une sonme supérieureà
la
rémunération du temps detravail
moyen constaté dansIa
région par
ha drune cul-ture déte:minée.(1)
dès 1973'les
coopératives de réformeagraire fournissaient
20I
dela
production
nationate
decoton (u.
C,eRcfA, G. IÀDALSO, tg73) .Cet encadrement assez
strict
a
tout
de même permisà
d'anciens"peones"
(ouvriers
agricoles,
paysans sansterre) drutiliser
l-es technigues decultures
les plus
modernes:
tracteurs,
moissonneuses-batteuses de rLz,engrais,
épandage depesticides
par
avionetc...
Cequi aurait
ététotalement impossibLe pour des
petits
exploitants
ayant reçu un J-opinde
terre.
2- IÂ
NAISSAT{CE DIFFICTLE DE LIE.A.C. d'ISLETASI1 faut
attendre
1975 pourvoir naitre
les
premières entreprisesassociatives paysannes (saC
:
EmpiesaAsociativa
Campesina) dontIes
statuts
sont esquissés dans
la loi
dejanvier
1975. Nous nous intéresserons plusparticurièrement
à
rrexpériencera plus
significative,
cerre
de rrEAcd'Isletas
dansIe
NordEst
dupays.
'
2t-
T,acréation
de 1'EACd'rsletas
Lrouragan
FIFI
en 1974 provogua des dégâts considérables surtoute
Ia
zone nord du pays. Laplantation
bananièred'Isletas
appartenantà
la
StandardFruit
Cie sera complètementdétruite
et
abandonnéepar
Ia
compagnie
qui licenciait
de cefait
ses2
000ouvriers.
DevantIe
refusde
Ia
conpagnie de remettre enétat les installations,
unepartie
de cesderniers
adhérents au STIIRASFLO (Syndicat desTravailleurs
deIa
StandardFruit
Co) pressèrentlrEtat
hondurien pourquril
nationalise
les
terres
et
instalrations
deIa
standardafin d'y instalrer
des coopératives encadrées techniquementet
financièrementpar
l'Etat.
La décisiond'expropriation
seraprise
en septembre 1975et
portera sur
pl-us de30 000 ha
dont 2
000 de bananeraie. Maisdéjà
dèsavril
1975, 204 anciensouvriers
dela
plantaticin avaient
constitué
J-rEntreprise Associativedrrsletas
s'appuyantsur
les
textes
de l-aloi
dejanvier
deIa même année
avec pour
objectifs
:.
remettre enculture
Ia
plantation
de 2 07G ha de bananes.
organiser
sa cornmercialisationL|EAC recevra
I'appui
deI'INA
et, de pROCCARA (prograrme deformation paysanne pour
Ia
réfome agraire,
progranme financé:.et
encadré::par
J-e PNUD-FAO).22-
I.,esrésultats
de I'EACd'Isletas
réussit
premier
ment de
anciens
du pays
Dans
les
guelques moisqui
suivent
sacréation,
l_rEAC drlsletasà réhabii-iter
une grandepartie
desptantations
et
réariser
reernbarguement de bananes. Le nornbre des mernbres passe
très
rapide-204 en
avril
â
750 en novembreet
permetrrintégration,
entre
resouvriers
dera
pl-antation,
de paysansoriginaires
drautres
régions (M. PTNEDA, 1976) .Les
projets
de développement ne manquent passur
Les 30 000 haexpropriés.
IIs
concernent,outre
la
bananeraie, unediversification
desproductions
dirigées
vers
ta
satisfaction
du marchéintérieur
zrLz,
mais, ]ruca,soja...
à
partir
de techniques modernes.Dans un premier temps, un
contrat
est
signé avecla
StandardFruit cie
(dèsre
20juin
1975) dansles
mêmes termes quecerui
dela
coopérative Guanchias pour
ra
conmerciaLisation desfruits.
puislrentreprise
traitera
vec une agencedrEtat
: Ia
COHBANA (CoorporationHondurienne de
Ia
banane)qui
jouera
le rôle
d'intermédiaire
entre
elle
et Ia
StandardFruit
Cie assurantà
Ia fois
:- les
opérations drachat-vente desfruits
-
Irassistance
techniqueet
financièreCOHBANA
apparait
ainsi
corme uneinstitution
susceptibled'assurer
la prise
en mains dela
"question bananière"par les
hondurienseux-mêmes.
Lroriginalité'de
rsl-etas
tient
à ra
fois â t'origine
de sesmembres (anciens
ouvriers
dela
compagnieet
Ia plupart
membres du syndicatslrlRAsEco, même
si
des paysansdrautres
régions du paysont
rejoint
par
Ia
suite lrentreprise)
maisaussi
à ,
sa dimensionet
à \sa
capacitéà
ta
croissance. L'EAC senble se
substituer
parfaitementà
la
compagniebananière,
elle
enreproduit
d'ailreurs
re
nodère technique mais sonfonctionnement repose
sur
Ia
démocratieà
I'intérieur
del'entreprise
: J-es dirigeantssont
él-uspar
I'assemblée généraleet
peuventêtre désavoués
par
eIIe.
Parailleurs,
I'EAC démontre une capacitéà
dominerIe
processusde production de même que
Ia
commercialisation en Elmontet
en aval- avecI'aide
de I'agence COHBAIIA.ElIe
présentepar
1à nême unealternative
plausible à
l-a domination des compagnies étrangères.Crest
cequi
ressort
delranalyse
deD.
SLurzKYet
E. ALoNSo qui
prétendentpar
ailleurs
gurel-leest
encela
nettement supérieure au modèIecoopératif
prônépar
FECORAHqualifiée par
ces mêmes auteursdrorganisation
de"stabilisation
sociale,'par opposition
aux "organisations delutte,'.
Cette
oppositionentre
Ie
modèIe EACet Ie
coopératif
prenddes
tours
très vifs
tout
aulong
des années 75-77qui
aboutissent enfévrier
!.977à
Ia
prise
d'assaut des locaux deilEAc
drrsretas et
lremprisonnement des
dirigeants
sousllaccusation
de mal-versation defonds.
râ
presse dropposition de 1répoquey ajoutait
rraccusation
de coumunismeà I'encontre
deI'entreprise
associative
et
surtout
de sesassesseurs du prograûne FAo-PNUD.quarifiés d'agents du communisme
internationaL.
rI
est
difficil-e,
mêmea
posteriori,
detrancher
sur ce
débat
et
sur cette
campagne dediscrédit
de IrEAc:
lrentreprise
associativeest-elLe
vraiment supérieure au modèlecoopératif
? Lesdifficultés
qu'elle
rencontre
sont-elles
le fait
des compagnies étrangèresqui
craignent Ia
coneurrence de CoHBANA d'unepart puis Ia
mise en place prévueà J_'époque
de COMONBATiIA (commerciâlisation
multinationale
dela
banane) organismedépendant de I'UPEB (Union des pays exportateurs de bananes).
o.
sr,urznret
E.
ALONSOle
croient volontiers.
3-
I,ES CoNTRADICTIoNS DU SECTEUR DE REFoRI,IE AGRAIRELe combat que se
livre
re
modèrecoopératif
représenté parFECORAH
et Ia
modèle EACtlpe
rsretas
démontrebien
que nous sommesroin
derrunanimité
dans l-e secteur quecertains
ont
qualifié
de"contemporain". Lrobservation
attentive
du secteurréforné
fait
ressortir
un
certain
nombre decontradictions
qui
permettent dedouter
de lravenLr ce ce secteur conmealternative à
la
plantation
étrangère d'unepart et
aux
structures
agraires
traditionnelles
drautrepart.
Nous examineronsdans
cette
partie le
seul
secteurcoopératif
que nous avons pu observer delrintérieur.
31-
Lesrapports
sociaux dansles
coopérativesMa1gré
Ie
respect
formel dela
dérnocratie coopérative, on constate quecertains dirigeants, voire
mêmeconseils
d'administration,
nrontquasiment jamais changé depuis
la
création
des groupes. Ces mêmesdirigeants
participent
rarement aux travaux des chanps.Le problème de
la
maln d'oeuvresalariée
se pose également.Si L'utilisation
drune main d'oeuvresalariée
occasionnelle seJustifie
souvent pour
faire
face
auxpointes
de main droeuvre(d'autant
quril
peuts'agir
des membres dela
fanil-Ie
des membres associés) dans descultures
à
rythrnetrès
saisonniers cornmeIe
coton,
rj-z... eIle
devienttout
à
fait
anormare
et d'ailreurs
contraire au:< principes
coopératifs affichés
rorsqu'elle
prend un caractère pennanent.c'est
pourtant
Le cas de racoopérative modèIe Guanchias
gui
empl-oie en pennanence 200salariés
(pour 130 associés)qui
desurcroît
reçoivent
unsalaire
de3
lempiraspar jour
detravail effectif
contre une "avance" de 6 pourles
associés coopérateurs. cesderniers refusent
I'intégration
de ces sal-ariés dansIa
coopérativegui
viendraient
dininuer res
avantagesacguis.
rr y
a
l-à unrapport
drexploitation
évident
justifié
aru< yeux des associéspar
les
diffierltés
de mise en oeuvre dela
coopérative.
En ce domaine,iI
faut
reconnaitre que
Ia
courte
expérience de l-rEACdllsletas
ne présente pas lesmêmes
caractéristiques
puisqueIe
nornbre de menbresétait
fégu1ièrementajusté
aux besoins en main d'oeuvre.Ce
rapport
d"exploitation nrest
pasle
seul
fait
deIa
coopérative GuanchLas. Nous avons pu
lrobserver
dans Lesriches
(maisaussi
les
moinsriches)
coopératives du sud du pays. Le cas du cotonest
révélateur
où nous avons pu cal-culer que 60s
du poste main droeuvre descrédits
bancairesétaient
destinésà Ia
main droeuvresalariée.
Dans cescoopératives, aucun
effort n'était
réarisé
pour adopter un système deproduction
qui aurait
mieuxutilisé
Ia
main droeuvre.32-
Une autonomielinitée
par
rapport
à
I'Etat
Les coopératives, de même que
les
"asentanientos"sont
tributaires
de
I'Etat
pour
leur
constitution. C'est
lrlnstitut
Agrairequi les
aide
teplus
souventà
s'organlser
pour pouvoir ensuitebénéficier
d'attribution
deterres.
De pJ-us,cet
organisme seporte
cauËion desprêts
qui
leurs
sont accordéspar
Ia
banguenationale
de déveJ-oppement.Il
est
doncdifficile
d'arler
à
l-rencontre de ces organismespour
le
choix
descultures.
Il- faut
auséi rappeler quelrentreprise
coLLectivebénéficie
dfuneprioriété drattribution
deterres
dansIa loi
dejanvier
L975.Ainsi
beaucoup de groupes se
constituent
avec pourseul
objectif
lraccès
à
Ia
terre,
cequi obrige
rrrNAà
déproyerforce
labeur
de promotioncoopérative
pour
les
convaincre desbienfaits
deI'association.
Ondoit
reconnaltre que
cette
formation coopérativegui
est le fait
d'anciensinstituteurs
reconvertis
prend souventIe
passur
1'assistance techniqueet Ie
conseil
degestion approprié.
Lesprincipes
de Rochdale sont mieu>rconnus que