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20 ans après le génocide des Tutsis : Migration des survivants en Belgique et élaboration des pertes

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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20 ans après le génocide des Tutsis :

Migration des survivants en Belgique et élaboration des pertes

Aline BENISHYA-SERRAZ, Thérèse SCALI & Salvatore D’AMORE

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Service de Clinique systémique et psychopathologie relationnelle

Introduction

En 2014, le Rwanda a commémoré le vingtième anniversaire du génocide des Tutsis qui a fait près d'un million de victimes. Cette recherche vise à explorer les pertes migratoires vécues par les rescapés de ce génocide qui vivent en Belgique. Notre objectif étant d’étudier comment ces pertes sont élaborées. En immigrant, ces personnes ont vécu plusieurs pertes notamment: la perte relationnelle (D’Amore & Gresse, 2010), la perte de sens, la perte d’identité, la perte du statut social, et la perte ambigüe, la plus difficile à élaborer car : « elle reste obscure, peu claire, souvent pendant plusieurs années, parfois même à tout jamais, et à laquelle les personnes doivent faire face. Elle peut être de nature physique, ou de nature psychologique » (Boss, 1999).

Méthode

Population : Trois femmes et trois hommes, âgés de 24

ans à 62 ans. Instruments: la rencontre, le génogramme, (McGoldrick & Gerson, 1990), la grille d’analyse (Thiltges, 2010), le génogramme imaginaire (Mérigot & Ollié-Dressayre, 2001) et le Blason (Caillé & Rey, 2004).

Analyse : Analyse du contenu (Bardin, 2013).

Objectifs : Recherche exploratoire du contexte et de

l’histoire des survivants Tutsis immigrés en Belgique et analyse des pertes migratoires. Hypothèses : (1) Interférences des traumatismes du génocide dans l’élaboration des pertes migratoires. (2) Observation d’une complication dans l’élaboration des pertes, liée au fait cumulatif des deuils et des pertes. (3) Présence d’une confusion entre les ressources, les gains et les pertes liés à l’immigration.

Résultats

Des différences et des ressemblances par rapport au vécu du génocide ont pu être trouvées. De plus, diverses raisons ont poussé ces personnes à immigrer : la survie, économiques, soins, un ailleurs pour se reconstruire et les études. En particulier, les génogrammes imaginaires démontrent une loyauté de filiation chez les femmes, une liberté de choix en dehors de la famille chez les hommes, une loyauté culturelle pour tous, et la perte ambiguë. Les blasons mettent en avant des devises en rapport avec la famille et l’aide, une difficulté de se projeter, un ancrage dans le pays d’accueil, un projet en rapport avec le pays d’origine

Discussion

 Selon la distance temporelle qui sépare le génocide de l’immigration, nous constatons deux types d’interférences: (1)

l’amalgame car les pertes migratoires sont associées à celles du génocide (« Quand je pense au mot ‘perte’, je pense au

génocide. ») ; (2) et la minimisation par comparaison : premièrement, le génocide fait écran à l’immigration, celle-ci étant

de ce fait perçue de façon globalement positive (« Grâce à l’immigration, je me sens en sécurité. » ; deuxièmement, la comparaison entre le génocide et l’immigration entraîne un sentiment d’illégitimité et une culpabilité de la part des survivants

(« Je me sens coupable par rapport aux autres survivants, parce que moi, j’ai gardé toute ma famille. »)

 L’immigration a réactivé les souffrances et multiples traumatismes, rendant l’élaboration des pertes migratoires difficile.  Les femmes sont davantage concernées par l’association entre les pertes, les ressources et les gains car elles ont immigré en

famille, en étant le pilier de celle-ci dans les premiers moments de l’immigration. Cependant, même s’il y a cette confusion, nous remarquons chez ces femmes une possibilité d’aborder et de nommer les pertes. De plus, elles abordent avec plus de

fluidité leurs pertes, ce qui pourrait aider à leur élaboration.  Les hommes distinguent les trois thèmes, ce qui nous révèle un début de leur intégration qui conduira peut-être par la suite à

une élaboration des pertes.

Implications cliniques

Construire une prise en charge thérapeutique qui puisse tenir compte de l’histoire de vie de la personne, des transitions qu’elle a vécues ainsi que de ses pertes et ressources.

contexte géopolitique du Rwanda Génocide

• 1 million de morts / 3 mois

Après le génocide

• Traumatisme et résilience • Statut de survivants ou rescapés

immigration

• cristallisation ethnique • Expérience individuelle et familiale

Les pertes migratoires

• Relationnelle • Réseau social • Perte ambiguë

References

Bardin, L. (2013). L’analyse de contenu. PUF, Quadrige.

Boss, P. (1999). Ambiguous loss: Learning to live with unresolved grief. Cambridge: Harvard University Press. Caillé, Ph. & Rey Y.(2004), Les objets flottants. Méthodes d’entretiens systémiques, Paris, Fabert.

D’Amore, S., & Gresse, K. (2010). De l’intérêt du concept de perte relationnelle dans le travail clinique avec les familles interculturelles. In S. D’Amore Les nouvelles . Bruxelles: De Boeck. McGoldrick, M. & Gerson, R. (1990). Génogramme et entretien familial. Paris: ESF.

Munyandamutsa, N. (1995). « Rescapés du génocide : coincés entre le monde des vivants et celui des morts : comment les aider à continuer à vivre ? In Après le génocide, recréer de la vie. Réseau des professionnels pour la santé mentale au Rwanda. Colloque international. Bruxelles.

Ollié-Dressayre, J. & Merigot, D., (2000), « Le génogramme imaginaire », Thérapie familiale, Genève, 21 (4), pp. 405-417. Rey, Y. (2000) : Penser l’émotion en thérapie systémique : Le blason familial. Thérapie familiale 21 (2) : 141-154, Genève.

Thiltges. E. (2010). Migration et pertes : Les familles originaires de la République Démocratique du Congo (Mémoire de master en sciences psychologiques, non publié). Université de Liège, Liège, Belgique.

Journée recherche clinique

16 octobre 2015

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