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Formation des variétés albinisme et gauchissement

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Formation des variétés albinisme et gauchissement

Gabriel Mortillet (de)

To cite this version:

Gabriel Mortillet (de). Formation des variétés albinisme et gauchissement. Bulletins de la Société

d’Anthropologie, 1890, pp.1-10. �halshs-00840909�

(2)

Don de M" H

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ll~Tf~S

ALBIN

ISME

ET GAUCHISSEMENT

l'Al\

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G. DE l\IOH.Til.LET

r

1 (• 1. '"

J'ai l'honneur de pré5cnlcr à la Société quelques espèces de coquilles lerrcoslrcs q11c je destine it J'usage des cours de l'As~ociatio

..

n polir l'enseignement des sciences anthro· pologiqties. Ces espèces présentent un véritable intérêt au point de vue de la for·mation de variétés ou races, pat· conséquent du lransfot·misme. Elles montrent aussi que les mêmes actions se produisent dans loule l'échelle ani-male, depuis les mollusques jusqu'à l'homme inclusivement.

La première de ces espèces est l'Helix alpina de Faurc-lligucl. Elle a surtout été signalée à la Grande-Chartreuse, près dn Grenoble (Isère), où l'on peut l'étudier très facil c-menl. Cette coquille mérite bien son nom d'alpine. A la Crantlc-Charlrcusc, elle sc trouve depuis la chapelle de S aint-llt·nno jusq11e sous les rochers perpendiculaires du Grand -Som, de 1 300 à 1 900 mètres d'altitude. Entre ces deux ·points extrêmes, elle est surtout fort abondante

à llovinant,

vers la limite des forêts, t 750 mètres. Dans le massif de la Chartreuse, sur· Savoie, le botaniste Iluguenin l'a signalée au mont Granier, vers .la grolle, à 1 500 mètres, ct à Cherche-Vache, sur· le mont Otheran, à i 550 mètres. Mon ami cl collaborateur François Dumont l'a rapportée des montagnes de Saint-Jean de llelle,·illc, du côté des Avan-chers, at·ronàis~emcnt de ~[outicrs, 1 GOO mètrcg, Le bota-niste Didier' l'a indiquée ;1 Snint.Sorlin d'Arve, arrondisse·

'

l

Millan

Brun

Anne-Lise

Signature numérique de Millan Brun Anne-Lise DN : cn=Millan Brun Anne-Lise, o=UMR 7194, ou=Bibliotheque, [email protected], c=FR Date : 2013.07.03 14:41:55 +02'00'

(3)

M

c•

ment de Sninl-Jt':l:1 de Maurienne, 1500 mètres. i\loi-même je !"ni recueillie en l\lauricnnc, dans une clairière, au milieu des sapins, à Montrond,:\ 1

ao

o

mètres, ct dans le haut de la vallée cJeValloit·e, ù parli1· de Bonncnuit, 1 700 mètres, jusque vers Je col du Galibic1·, ~tîOO mèlres. On peut donc dire, d'une manière génél·alc, que celle espèce occupe une zone se développant su1· les hautes montagnes, :100 mètres nu-dessous et 300 mètres au-dessus de la limite des forêts.

Celle cliffét·cncc d'habitation modifie la coquille. Dans les forêts, elle est plus grande, subdépriméc ct même aplatie, blanchâtre cl sensiblement carénée. L'ombilic large n'est pas modifié pat· le bord columcllairc cl permet de voir un peu plus d'un tour. Au-dessus de la limite des fOJ'êls, cette coquille csl plus petite, subglobulcusc, grise, à peine ou pas du toul carénée, cl plus fortement stt·iée. L'ombilic csl plus étroit, 1111 peu rccouvet't par le bonl columcllairc, ct laisse

à peine voir un toul' de spire. i\lalgré ltl différence de la r-geur de ln coquille, la hauteur moyenne reste la même pour les deux variétés. Elles s'obsHvcnt très bien à la Gra ndc-Cl1arlrcusc, oü tout cc qui est nu -dessous de Bovinant est sous bois, ct tout cc f]Ui sc trouve sur le plateau domine la limite locale des forêts.

li:n dr.scr.nclanl de Bovinant à la chapelle de Saint-Bruno, à mesure qu'on s'engage clans la gorge, la forêt p1·cnd de la vio·ucu1· 0 ct devient de plus en plus fralchc cL humide. Sous cette double influence, l'ile/ix alpùw, dont le lest csl d'autant j)lus épais, calcaire et opaque que la coquille sc trouve su1· un point· plus sec ct plus découvert, voit cc Lest diminuer d'épaisscul', d'opacité, passer peu à peu du calcaire au camé, sc panacher cl finir par dcYcnil' complètement tacheté de points scmi-lranslucidcs vers lrt fontaine de 8aint-Brnno, à 12~0 mètres.

gn descendant encore plus hus, il 8:JO mètres, Ycrs l'étroit défilé qu'on appelle la Po1·te du Sapey, on trouve une autre forme qui a été nommée j)Ul' Michuud !felix Fontenülii. C'est la variété de la chapelle de Sainl-Bt'llllO dont les curac

-.

-

..

3

-ti.!J'CS sc sont fortement affirmés. gn cll"et, 1"1/e/i,;; flontenil[it sc distingue de l'alpina pat· sa laille plus grande, son apla -tissement plus considemblc, sa CHI·ènc fmnc!Jcnlcnt accu-sée, son omllilic largement ouvert cL son lest toul corné, panaché. Cc n'esllù que le dévuloppcmcnl nettement accusé des tendances que noLIS avons vues se produire dans l'alpina des sommets découverts, à mesure qu'elle pénétrait dans la forêt. Déjà très indiquées à la chapelle Saint-Uruno, elles ont p1·is leur maximum de dé,·eloppemcnL ù la Pol"lc du Snpcy, cl comme les deux stations sont isolées l"une do l'autre, il

n'y a pas cl'inlcl'lnécliaircs ~ui pcrmcllcnt de suivre pas <'t

pas la transformation, comme nous Ycnons de le faire entre BoYinanL ct Saint-Dru nu.

La station de !1/f.clix Fontenillù sc relie poul'lanl aYCC celle de

~avinant

par\mc autre direction. La Porte du Sapcy est une gorge

~

i

étroite, qu'elle est cnlinrcmcnt occupée par un torrent écumeux, ombragé par de hauts rochers cl d'épaisses forêts. C'est plutôt une énot'JUC feule ou brisure du roc Yif, dont les parois s'élèvent ù une très grande hauteur ct vont rejoindre, du côté de la Gbnrlreusc, la tCI'l'assc ou plateau de Bovinant ella croupe dn Grand-Som, ù uJ)C alli-tude de 1 GOO à 1 700 mètres. Des J/eli.'"C a11Jùut de ces sommet.> ayn nt glissé su1· ces pentes abruptes, presque ve!'licalcs, sont tombées au fond de la gorge, éminemment ombragée ct humiLie. Sous celle double iollucncc, .elles sc sont trans -formées en }/elix Fontenii!ù.

L'extrémité opposée de la terrasse ou plateau de Bo\'inm~t vient confirmer ces déductions. Descendant progrcssi,·cmcnt vers Saint-Picl'rc d'Entremont, el!<) sc recouvre peu à peu de bois dans lesquels pénètrent aus:;i les !leke alpina, subis -sant les mêmes modifications que dans la direction de Saint -Bl·uno. i\lnis on peut suivre l'action des forèts à

un

niveau plus bas. Vers 1 000 mètres, on trouve encore, au milieu de

superbes sapins, des individus qui tiennent le milieu entre la variéle lachcléc de l"alpina de Saint-Brnno cl la \'érita.bl(~

(4)

- .j

-A Vérone, en Italie, j'ai été à même d'observer sur une

Helix voisine do l'alpina, l'Helix cinyulatn de Studcr, l'i

n-fluence des milieux ella localisation des variétés.

L'Helix cingulatn est une charmante coquille <H'sez grosse,

qui attire l'attention. Elle est extrêmement 1:épandue dans le

Véronais. Sa taille va1·ic assez facilement. A quelques kil

o-mètres à l'est de Vérone existe le bourg de Montorio, qui

possédait un vieux château dont il reste, entre autres, une

lrès haute tour carrée. Sur le rocher qui suppo1te le cllàteau.

il y a beaucoup de àngulata de laille moyenne. Quelques

-unes de ces Helix sc sont établies sur le sommet de la tour :

subissant l'influence des habitats de dimensions r

es-lrcintcs, ces coquilles ont pris un moindre développement;

elles sont restées plus petites quo leurs congénères de la

hase el elles constituent une variété mù1m·.

Un caractère général de l'Hehx cingulata est d'avoi1·, sur un fond assez clair, une fascie ou bande brune. Pourtant,

parfois, celle fascie manque; c'est cc qu'on a appelé la

variété inomata. Celle variété exceptionnelle, habituellement

très disséminée, forme pout'lant une colonie à Vérone même,

en dehors de la porte Sun-Zeno. Sur cc point assez restreint, l'anomalie est devenue la règle. En s'accouplant entre elles,

les Cingulata inornata ont formé un groupe ou une race qui se maintient et se conserve.

Cependant, comme elles sont cutourécs de toute part par

des Cingulata (asciala, il y a, sur le pourtour de la colonie, ùes

mélanges; aussi rencontre-t-on en certain nombre des !felix

ayant une fascie très aO'aiblie, très pftlc, à peine apparente,

tenant le milieu entre l'inomata cl la jàsciata. C'est Loul à

J'ail l'équivalent des demi -sung entre le nègre et le blanc. Cc

qui montre bien que lous les animaux, quel que sail leuJ'

degré de développement, sont soumis aux mêmes lois. Les alpina et cingulata appartiennent à un groupe d'Helix

fJu'on a désigné sous le nom ùc campylées. Toutes les cam -pylécs formcnluuc série dont les extrêmes cliffè,·enl gmndc

-mcnt, duns laquelle on peul opérer diverse~ coupures n

ette-,

,

5

ment tranchées, mais qui, examinée clans son ensemble, offl·e des passages ct des transitions successives, de sor le qu'elle esl continue cl paraîl ne présenter que des modifica -tions d'un seul el même toul.

Les cingulata ùes Alpes italiennes suffisent poue bien élu -hlir cc fait. Nous venons de parler du type (asciata qui devient wb(asciata et ÙW1'1Wla. Nous aYons ''u ce type dimi

-nuer de laille claus une ~lation très restreinte comme

éten-due, le sommet d'une toul'. Pour une autre cause qui nous échappe, elle se trouve en Tyrol,, surtout dans la vallée de ;"ion, avec des proportions bien moindres encore. On trouve

l' /felix ,1Jmula Rossmusler, qui n'est qu'une cingulata cu

miniature.

Dans les valléé's ,ombreuses ct

hu~idcs

des Alpes

Lom-bardes, .~c les-l opaqr10 de !'Ile/ix cingulata devient moins

épais, p\us corué et sc macule de taches semi-diaphanes, action toul à fait analogue à ce que nous avons vu se pro-duire pout' l'Helix alpina dans les fo1·êls humides de la Grande-Chartreuse. Cc mpprocbcment se complète par des modifications de formes, aplatissement de la spire, forma -tion d'une carène, élargissement de la bouche, agranJisse

-ment de l'ombilic, etc. Aussi lan, grand partisan d'espèces, en a-l-il fait deux, grftcc à ces modifications, les Ileti:c colu

-·brina ct li{; l'ina.

Si, du fond de ces ntllécs, on g1·avit les montagnes, on vuil

les cittgulata, afln d'6Yiter le plus posoiblc les grands froids de J'hiver cl surloull'aclion clcs~échunte des grands ve11ts, épai s-sir cl cOl·sei·lcur lest, qui devient toul à fa il calcaire. On passe

à 1'/Jelix fi·igida de lan, qui sc rencontre su1· les hauts som -mets des Alpes de la Lombardie, entre autres sui' la Grigna, vers ~ 300 à 2 400 mètres d'allilutic. Tout d'abord, celle

lleli:r (1·igidu conserve la fascie de J'Il elix cingulata type; puis, quand la coquille sc renforce encore en calcaire, la

fascie disparaît.

Celle transformation de 1'1/ekc cingulata en Helix (n'gida C!'t tellement le r6sultat de certaines actions almosphéi'iqucs

(5)

-

G-et influences d'altitude, qu'on \'obscl've partout oü l'on sc

trouve dans les mêmes conditions. Ainsi, dans la vallée de

la Roya, ancien comté de Nice, fronlièr·e actuelle des Alpes

-Maritimes ei du Piémont, tous les conc[1yliologucs con· naissent la colonie

d

'

H

elix dngulata

de la gorge de SaOl'gio. On y recueille des individus à peu près semblables it ceux de

Vét·one. En remontant la vallée el sul'loul en s'élevant dans les montagnes, on les voit sc modifier, et Jean de Charpeulier

m'a assuré avoit• lrouvé parmi les coquilles récoltées par Baissier sur· les haulcms qui dominent le col dc~Tendc, la véritable

H

eli.

r: fi

·

i

gid

a

.

Il

y

a l!t une charmante élude à faire pour Carlo

Pollo-nera, qui étudie avec tant de soin les mollusques du P

ié-mont ct leurs diverses modifications.

L

'

ff

elix

alpina

n'est, du resle, qu'une forme plus pelilc

de la

frigitla,

ayant un habitat analogue, mais un peu plus occidental.

Cc que je viens de dire, concel'llant la localisation d'une

variété d'ornementation, peul s'appliquer aussi i:t la locali

sa-lion de l'albinisme.

L'albinisme est une variété pathologique, provenant de I'A.bsence do pigment coloré. Les r.as d'albinisme sont fort

communs parmi les coquilles terTestres, et ces cas, généralisés

et transmis par génér·alion, peuvent arriver à former des colonies.

L

'

H

elix nemoralis

de Linné est ceLle hélix si commune dans nos buissons, nos haies, nos bosquets, qui a un fond ja.unc et

souvent une ou plusieurs fascies noires. Elle e~t caraclérisôc

par un pél'islome brun et une large lache brunâtre sur l'avant-Jemier tour, à l'entrée de .la bouche. Dans les ind

i-vidus albinos, le pét·istome esL bianc de lait, la tache brune

de la bouclle manque eL les fascics noires sont remplacées

par des fascies blanches, hyalines, tnH:sparcntes. A la

Tronclle, près de Grenoble (Isère), les

H

elix

nemo1'alis

sont

typiques, avec péristome et bouche brune; le plus grand

nombre est à plusieurs fascies noires. Trois ou quatre kilo

7

-mèlres p1us loin, en remontant la vallée, à l\leylan, les

H

elix

•wm01

·

alis

sont presque exelusi verne nt albinos, celles à fascics clominanl. C'est la même population comme ot·nementalion; seulement, par suite de l'albinisme, les fascies hyalines ont

t·em placé les fascics noires, comme les pél'istomes blanc de lait et les bouches incolores ont remplacé les péristomes bnms eL les bouches foncées. Il y a là une vél'itable colo -nie alhinos qui se maintient et se mulliplie pal'

accouple-ment.

L'albinisme des

H

elix nemoralis,

bien que très net et tt·ès

facilement reconnaissable, n'est pas tout à fait complet. La coquille conset·ve loujoms une teinte jaunâtre; le brun seul

disparaît complètement, laissant le péristome d'un blanc

de porcelaine

ct

les fâscies d'un blanc hyalin.

Mais il:>est des espèces oü l'albinisme esl bien plus fmp

-pant. Ainsi

l'Il

eli:c

cincta

de Muller, grosse espèce que l'on vend sur les marchés de la Vénétie, comme l'escargot des vignes chez nous, dont le test est nuancé de brun et de roux, devient enlièt·ement blanc de neige brillant par l'albinisme. La forme reste exactement la même, mais l'aspect change tellement, que Da Costa en a fait une espèce sous le nom

d

'

H

elix

Po

llinii

.

Celte variété se lt·ouve aussi groupée plus ou moins dans cel'taines localités du Vét·onais.

L'albinisme se manifeste avec plus ou moins d'intensité

dans toute l'échelle animale ; commun chez les invertébrés,

il sc retrou\'e pat-fois chez les vertébrés, d'une manière

complète ou partielle. Pout· ne parler que des mammifères,

je citerai de la Haute-Savoie :

l0 Un blaireau,

Al

e/es ta:cus

Schreber, des Ollières, près cl' Annecy, entièrement blanc.

2° Une taupe,

T

alpa europ:ea

Linné, des environs d' An-necy, jaunâtre au lieu d'être grise. Albinisme général sur

l'animal, mais incomplet comme intensité.

3° Un écureuil,

Sciurus

vulgw

·

is

Linné, de Brison-

en-Faucigny, fauve, mais à queue toute blanche.

(6)

J

- 8

-nature-ile d'Annecy, représentcnlles trois modes d'albinisme:

Le blaireau, l'albinisme génér·al et complet;

La lau pc, l'albinisme général mais incomplet;

L'écureuil, l'albinisme partiel.

Ces trois modes d'albinisme sc retrouvent chez l'homme

Nous avons lous vu des Français albinos; on en montre de

temps à autre dans nos foires, d'un blanc parfait, aux yeux

rouges.

Quand j'étais conservateur du musée d'Annecy, en 1855

cl1856, j'ai observé, entre Annecy cl Alby, une famille don!

LI"Ois enfants étaient des albinos incomplets, au même degré

que la taupe dont je viens de parler. Celte famille rnontre

que l'albinisme, dans ses divers degrés, peul sc gr·oupcr sur un point déterminé cl même se reproduire régulièrement

dans une famille donnée. E~ e!Tet, les rats, Mus mttus Linné,

ct les souris, Mus musculus Linné, entièrement blancs, l"or l-mcnt des familles nombreuses et. parfois même des colonies

sans mélange. clans cer·taines maisons, dans certains quar·

liers. J'ai occupé à Paris, vers 18tH, ù l'angle de la rue de

Vaugirard et de la rue l\Iadame, un appal'tcment où les souris

abondaient.l\lais au lieu d'êLr·e du gris spécial que l'on a dési

-gné sous le nom de gris de souris, elles ;étaient toutes d'un gris fort clair, blanchâtre. C'étai L un albinisme incomplet

qui se transmettait régulièrement par génération. Aussi, il

s'était formé là plus qu'une famil!e, une véritable race de souris, ayant toutes, au même ùegré, un albinisme rudimen

-taire.

Dans les enl'ir·ons de Genève, à côté du mt noir ordinaire.

Mus 7'altus, se trouve un ral à Yentre blanc, que F.-J. l'iclcL a décrit sous le nom de illus leur.ognste1', espèce ou nwiété qui sc rencontre encore bien plus fréquemment en Jtalic. N'est-cc pas touL bonnement un albinisme partiel qui sc maintient J'une manière r·égulière ct permanente?

Il mc resle ù. parlet· du gauchissement.

Voici deux coquilles ù'Hehx pomat1·a Linné, escargot des vignes, la plus gr·os5c de toutes les coquilles terrestres de

-D

France. La spire s'enroule de gauche à droite; c'est le cas

génél'al.

Voici deux autres individus identiques aux premiers, mais

qui s'enroulent en sens inverse, c'cst-à.dire de droite à

gauche. C'est une anomalie que l'on a dénommée cont1·m·ict

ou sinistrorsa. Chez l'Hel/x pomatia, celle anomalie est fort

rare. Je ne l'ai rencontrée que six fois sut· dix-huit mille

indi-vidus examinés pendant trois ans sur le marché de Genève,

ce qui fait en moyenne un sur trois mille.

1/ Helix pomatia, var·iété cont1·m·ia, esllrop rare, trop exc

ep-tionnelle pour que l'on puisse observer des faits naturels

établissant qu'elle csl à n1êmc de sc généraliser sur un point

donné et de faire race. Mais la possi9ilité de la formation

d'une race cont1·aria~ dans un genre el même dans une

es-pèce de cqquillc terl'estre, est très bien établie parles Par -tula,

w

o

ll~

s

q

ues très Yois

ins des Bub'mus. Cc genre est large-ment développé ù Olahiti. Il y forme plusieurs espèces, les unes droites, les autres gauches, qui, bien que faciles ü dis -linguer, ont pourtant entre elles les plus grands rappol'ts ct

un air de famille tt·ès prononcé. Il y a plus, une de ces espèces

sc compose d'individus, à peu près en nombre égal, indistinc -tement enroulés ù droite ou ù gauche.

Comme l'albinisme, com mc la localisation des Yariélés,

mais d'une manière moins apparente, l'influence de la gauche

cl de la droite remonte des animaux inférieurs jusqu'à l'homme. C'est ainsi qu'il y a des gauchers ct des droitiers; qu'il y a ct qu'il y a cu de tout temps des gauchers et des

droitiers. Les instruments en pierre préhistoriques nous per·

mettent de le constater. Parmi ces instruments, les gmLtoirs

néolithiques, qui se maniaient dirr:r.t.r:m1mt. à ln main, per -mettent presque toujours de reconnaître süremcnt si ceux qui s'en servaient étaient droilicr·s ou gauchcr·s.

J'ai essayé 354 geutloirs ·néolithiques, sur lesquels 105 étaient pour des droitiers, 197 pour des gauchers. Il en resle 5~ pouvant être employés des deux mains ou tout au

(7)

-

10-les ntlribucr sürcmcnt ;\l'une ou l'nutrc des deux catégol'ics. Cc.> gmltoirs sc répartissent ainsi:

Station de Campigny (Sflinc-J.nférieure). Musée de Saint-Germain ...•... La 'l'our des Paye!!S, à Marly-le-Roi (::lein

e-ct-Oise). Musée de Saint·Germain ... . Plateau de Pontlevoy (Loir-ct-Cher·). l\Iuséc

de Saint-Germain ... . Camp Barbet, près i\Iouy (Oise). Musée de Saint-Gcr·main ... . Id. Hésultat d'une course fHilc avec les audi

-teurs dP mon cours de l'École d'anthro

-pologie ... ,.

Lnealilés diver·ses. l\luséc de Saint-Germain.

Id. Collection Adrien de ;\lot•lillet. ... . llauilations lacustres de la Suisse. 1\lusée de

Saint-Germain ... , .. Id. Collection ,\cll·icn de l\lorlillct. ...• Totaux.

.

...

.

....

....

Droitiers. Gnuchcrs. l\lixtcs,

9 10 tl :!4 li 21 42 5() 1.) 1.~ 2-'1 u '13 20

s

)) 3 103 197 52

Le~ gauehcrs élnicnt donc deux fois plus nombreux en Fr;1ncc que les droitiers. La proportion étail nn peu moins

considérable en Suisse. En examinant isolément les localités

qui sont confondues dans le tableau sous la rubrique de

Loadités diverses, les droitiers semblent avoir de la prépo

n-déz·ance dans le midi de la France; par contre, les gauchers dominaient énormément à Cl1assey(Côtc-d 'Or). Mais le nom ure des gralloit'S de ces diverses localités qui ont été examiné:;

est insuffisant pour en tiret· des conclusions clafinilivcs. Cc qu'il y a de certain, c'est que, pendant le préhistorique, les gnuchers étaient hcaucoup plus abondants que de nos jours

clans nos t'égions.

Les considérations qui précèdent suffisent pout' montrer que l'étudr. des êtz·es inférieurs csl utile, néccssait'c même

pout' l'enseignement complet de cc qui conccmc les ètrcs supéri0!li'S. Nombre de phônomènes vitaux relient le mol -lusque à l'homme. Les lois de l'érolution

le~

mttnchcnt l'un

à l'ault'c.

·.~

EXTRAIT IlES BULLETINS DE LA SOCII~TÉ n'ANTIIHOI'OtOGIE

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