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L’optimisme comme norme organisationnelle
Bernard Gangloff, N. Malleh
To cite this version:
Bernard Gangloff, N. Malleh. L’optimisme comme norme organisationnelle. Psychologie du travail
et des organisations, Elsevier Masson, 2017, 23 (3), pp.197 - 211. �10.1016/j.pto.2017.05.001�.
�hal-01701840�
L’optimisme
comme
norme
organisationnelle
Optimism,
an
organizational
norm
B.
Gangloff
a,*
,
N.
Malleh
b aDépartementdepsychologie,universitédeRouen,rueLavoisier,76821Mont-Saint-Aignancedex,France
b
Institutsupérieurdel’animationpourlajeunesseetlaculture,universitédeTunis,Tunis,Tunisie Reçule10novembre2016;rec¸usouslaformere´vise´ele9mai2017;acceptéle9mai2017
Résumé
Confrontésàdesdifficultés,àdesobstacles,lesindividusréagissentdifféremmentlesunsdesautres: certainssedécouragentetabandonnentimmédiatement,d’autresaucontrairepersévèrent.L’undesfacteurs explicatifdecesdifférencesestl’optimisme.Enmilieuorganisationnel,l’optimismeconduitàdenombreux bénéfices,entermesd’engagementautravail,deperformance,cequiamèneàpenserquelesresponsables d’entrepriseattendrontdeleurssalariésqu’ilsfassentpreuved’optimismeetquel’optimismepeutsevoir attribuerunstatutnormatif.Troiséchantillonsontréponduàunquestionnaired’optimisme/pessimisme, chaquegroupeétantsoumisàl’undestroisprincipauxparadigmeshabituellementutiliséspourmettreen évidencel’existenced’unenormesociale.Ilestalorseffectivementobservéquelescadreshiérarchiques attendentdeleurssalariésqu’ilsfassentpreuved’optimisme,etquelesnon-cadressontconscientsdecette attente,faisantpreuved’optimismeaussibienspontanémentquepoursemettreenvaleur.Soitautantde donnéesallantdanslesensdelanormativitéhypothétisée.
#2017AIPTLF.PubliéparElsevierMassonSAS.Tousdroitsréservés.
Motsclés: Optimisme;Normesociale;Organisation;Évaluation
Abstract
Facedwithdifficultiesorobstacles,individualsreactdifferentlyfromeachother:somearediscouraged andgiveupimmediately,othersratherpersevere.Oneoftheexplanatoryfactorsforthesedifferencesis optimism.Inorganizationalenvironment,optimismleadstomanybenefitsintermsofcommitmenttothe work,performance,whichleadstothinkthatlinemanagersexpecttheirsubordinatestobeoptimistandthat
* Auteurcorrespondant.
optimismcanbenormative.Threesamplesrespondedtoanoptimism/pessimismquestionnaire,eachgroup beingconfrontedwithoneofthethreemainparadigmsusuallyusedtohighlighttheexistenceofasocial norm.Resultseffectivelyshowthatlinemanagersexpecttheirsubordinatestobeoptimist,andthatthese subordinatesareawareofthisexpectation,showingoptimismaswellspontaneouslyastobepositively appreciated.Suchdataareinlinewiththehypothesizednormativity.
#2017AIPTLF.PublishedbyElsevierMassonSAS.Allrightsreserved.
Keywords:Optimism;Socialnorm;Organizationassessment
Il est commun de constater des différences interindividuelles dans la manière dont les individusréagissentauxdifficultésauxquelleslavielesconfronte:«Aprèsunécheccuisantou uneblessuresévère,certainsvonts’effondrer,sesentantincapablesderevenirsurledevantdela scène.D’autres,aucontraire,vontrebondiretconsidérerl’écheccommeunobstacletemporaire, ouvrantla porteà denouveaux défis » (Martin-Krumm &Sarrazin,2004, p. 10).L’unedes caractéristiquesexplicativesdecesdifférencessemblerésiderdansledegréd’optimisme(vsde pessimisme)desunsetdesautres.
Il apparaîtcependant(Peterson,2000; Trottier,Trudel, &Halliwell,2007)queleconcept d’optimisme/pessimisme,d’unepart,n’estpasunivoque,mais, d’autrepart,estgénéralement considéré comme une caractéristique stable de la personne. Le présent article propose une nouvellealternativeenattribuantàl’optimismeunstatutnormatif.Unetellehypothèsesembleen effetreleverd’unecertainepertinencesil’onsongequedenombreusesétudesontdéjàmisen évidence que la variable optimisme/pessimisme possède certaines des caractéristiques des normessociales,quecesoitsurleplandesagenèse(l’optimisme/pessimismeapparaîtcomme unevariablelargementacquiseetcedegréd’acquisitionvarieselonlesgroupessociaux)ousur celui de ses effets bénéfiques (systématiquement mis en évidence dans la littérature). Nous tenteronsicidedémontrer,empiriquement,quel’optimismepossèdeuneautrecaractéristique normative en étant l’objet d’une valorisation sociale en milieu organisationnel. Nous présenteronsau préalablequelques éléments de définitions,puis lesdonnées dela littérature légitimantnotrehypothèse.
1. Originesetdéfinitionsdesconcepts
Le terme de norme renvoieàtrois grandesdéfinitions distinctes(cf. Maisonneuve, 1973, p.59):statistique(ilcorrespondalorsauniveaumoyend’apparitiond’unphénomène,êtredans lanormesignifiantêtredanslamoyenne),dedifférenciationparrapportaupathologique(être dans la norme indiquant un fonctionnement correct) ou psychosociale. C’est cette dernière acceptationquinousintéresseici,etquiestdéfinieparMaisonneuve(1973,p.59)par«cequi paraîtdésirable,convenabledansunesociétéouungroupeparticulier».Duboisécritégalement
(1994, p.28) qu’« unenorme définitun ensembled’événements jugéscomme bons,comme désirablesparlecollectif dontelleémane,par oppositionàun autreensembled’événements considéréscommemoinsbons,commemoinsdésirables,voiremêmefranchementmauvais».
Dubois(1994,p.28–29) précisequetoutenormeestfondéesur uneattributioninformellede valeur(cettevaleurétantliéeàl’utilitéet/ouàladésirabilitéattribuéesàlanormedanslecadre dufonctionnementsocial:Dubois,2005)etrésulted’unapprentissagesocial(cequisignifieque ladiffusionetl’intégrationdesnormesvarientselonlesgroupessociaux).L’adoptiondelanorme
permetainsi(cf.Kelley,1952)desefaireaccepter(c’est-à-dired’intégreroudesemaintenir) danslegroupevalorisantlaconduiteconsidérée(qu’ils’agissed’unemanièredesecomporter, d’êtreoudepenser).
Denombreuxtravauxontmisenévidencequel’optimismeestissud’uneacquisition,quele degrédecetteacquisitionvarieselonlesgroupessociaux,etqu’undegréélevéd’optimismeàde nombreux effets bénéfiques, soit trois des éléments caractéristiques d’une norme sociale. Considérant alors ces effets bénéfiques, cet article apour objectif de montrer, qu’en milieu organisationnel,l’optimismerépondaussiàunautrecritère,voireauprincipalcritère(cf.l’étude princepsdeJellison&Green,1981)permettantdeconféreràunobjetunstatutnormatif,àsavoir savalorisationconscientisée.
Quantàl’optimisme,iltiresesracinesdedeuxthéoriesnord-américaines:lathéoriedustyle explicatifdeSeligman(Overmier&Seligman,1967;Seligman&Maier,1967)etlathéoriedela dispositionàl’optimisme(Scheier&Carver,1985;Scheier,Carver,&Bridges,1994,2002). 1.1. Lestyleexplicatif
Letermede«styleexplicatif»estissudestravauxsurlathéoriedela«résignationapprise», travauxréalisésdanslecadreduconditionnementanimal.Seligmanetal.onteneffetdécouvert quelorsquedeschiensontétéconfrontésàunstimulusnégatif (chocélectrique)auquelilsne pouvaientsesoustraire,alors,placésensuitedansunesituationidentiquemaisaveclapossibilité d’éviterlestimuluseneffectuantuneactionsimple,ilsrestentprostrés,subissantpassivementle stimulus. Ils perçoivent la situation comme incontrôlable, avec indépendance entre leur comportement et l’évitement du choc (Gernigon, Fleurance, Wolff, & Reine, 1998) ; ils ont comme«appris»l’inutilitédetouteffortd’évitementetétendentcetterésignationauxnouvelles situations.Acontrario,leschiensquin’ontpasantérieurementsubileschocsapprennentàles éviter.Seligmanaconsidéréqu’untelprocessuspouvaitaussiseprésenterchezlesêtreshumains (Hirito&Seligman,1975;Seligman,1972,1975):quanddesindividussetrouventplacésdans des situations incontrôlables (pour lesquels tout effortd’évitement semble infructueux), elles devraient souffrir de déficiences cognitives (difficulté d’apprendre les réponses permettant d’éviterlestimulus),motivationnelles(quisetraduitpardelapassivité)etémotionnelles(états émotionnelsnégatifs).Cettehypothèseacependantnécessitéquelquesrévisions(cf.Peterson& Park,1998),etnotammentl’introductiondesattributions(ouexplications)causales(Abramson, Seligman,&Teasdale,1978).Cetteintroductionsuggèrequelorsqu’unindividuestconfrontéàun événementnégatifqu’ilnepeutéviter,ilsedemanderapourquoicetévénementluiarrive;etc’est la réponse à ce pourquoi qui déterminera ses expectations (notamment sa probabilité de développerdessymptômesdelarésignationapprise)et,parsuite,sonstyleexplicatif,optimistevs pessimiste.Ainsi,selonSeligmanetal.(Buchanan&Seligman,1995;Gillham,Shatté,Reivich, &Seligman,2001;Peterson,Seligman,&Vaillant,1988;Seligman,1991),l’optimismeestune caractéristiqueindividuellebaséesurlestyleexplicatif,c’est-à-diresurlamanière,relativement stable, dont les personnes expliquent les événements auxquels ils sont confrontés, ou plus précisémentsur«latendanced’unepersonneàdonnerlemêmetyped’explicationsauxdifférents événementsauxquelselleestconfrontée»(Peterson,Buchanan,&Seligman,1995,p.1).
Troiscritèresexplicatifsdesévénementssontconsidérés:l’instancedecontrôle(internevs externe),lastabilité(stablevsinstable)etlaglobalité(globalvsspécifique).Ainsi,faceàune situationnégative,lepessimisteexagèresaresponsabilité(causeinterne),voitunecausestable, reproductible(lacausedel’événementactuelseraencoreprésentedanslefutur),etcettecause affecteplusieursaspectsdelaviedelapersonne,toutdevenantnégatif(aspectglobal,général:
«Quelquesoitledomaine,jen’arrivejamaisàrien»), alorsquel’optimistefaitappelàdes causesexternes(commelamalchanceoulehasard),yvoitl’interventiond’unecausetemporaire et évite de généraliser (cette cause n’affecte qu’un aspect limité de la vie de la personne). Corollairement,pourexpliquerdesévénementspositifs,l’optimistefournitdescausesinternes, permanentes et universelles alors que le pessimiste réagit de manière inverse (avec des explicationsexternes,temporairesetspécifiques). End’autres termes,lorsque,pour expliquer des événements négatifs, la personne émet, de manière récurrente, des attributions internes, stablesetglobales,onparleradestyle attributionnelpessimiste(àl’opposé, unepersonnequi attribuecesmêmesévénementsàdescausesexternes,instablesetspécifiquesseraditeprésenter unstyleattributionneloptimiste).
1.2. L’optimisme dispositionnel
Quantàl’optimismedispositionnel,ildécouledestravauxdeCarveretScheier(1981)portant surleurmodèled’autorégulationducomportement.SelonTrottieretal.(2007,p.10–11)dansce modèle«ilestquestiondesattentesquelesgensontenversdessituationsspécifiquesetdeseffets deleursattentessurleurcomportement.Plusprécisément,lorsquelesindividuscroientqueles butsqu’ilsse sontfixés sontaccessibles, ilscontinuent àfournirdeseffortsnécessaires pour atteindreleursobjectifs,mêmesic’estdifficile[...].Àl’inverse,lorsquelesbutsquelesgens veulentatteindreleursemblentinaccessibles,ceux-cionttendanceàdiminuerleurseffortsouà se désengager de la poursuite de leurs buts ». Par la suite Scheier et Carver (1985, 1992)
s’intéressentdavantageauxeffetsdesattentesgénéralesdesindividus;leconceptd’optimisme dispositionnelestné.Lespersonnesqui,généralement,s’attendentdavantageàcequedebonnes choses leur arrivent plutôt que de mauvaises sont les optimistes. Celles qui, à l’inverse, s’attendentàdesévénementsnégatifssontlespessimistes(Carver,Scheier,&Segerstrom,2010;
Gruber-Baldini,Ye,Anderson,&Shulman2009).
Trottier,Mageau,Trudel,etHalliwell(2008,p.238)indiquentque«selonCarveretScheier, la disposition à l’optimisme, basée sur les attentes générales des personnes, est un trait relativement stable de la personnalité qui influe grandement sur la façon dont les gens régularisentleursactionsfaceàdesdifficultésoudessituationsstressantes.Plusprécisément,ces chercheursperçoiventlesattentesdesgenscommeétantunfacteurdéterminantdansl’apparition desdeuxclassesgénéralesdecomportements:continueràfournirdesefforts,ouabandonneret changerdedirection ». Lesoptimistesauraient ainsi tendance à « persévéreretaffronter les problèmesauxquels ils sont confrontés ; plutôt que d’ignorerles difficultés, ils acceptentla réalité, effectuent les démarches nécessaires pour résoudre leurs problèmes et trouvent des solutionspour améliorerleur sort ».Lesoptimistesmaîtrisent ainsi davantage facilementles événementsdifficilesetstressantsquelespessimistes.
Fournier,Ridder,etBensing(2002)indiquentquel’optimismeestreprésentéàtraverstrois penséesoucroyancesdebase:
desattentespositives,quidésignentlatendanceàconsidérerque,généralement,notrevienous confronteraàdesévénementspositifs,cesévénementspositifsétantl’undesélémentsclésde la théorie du comportement autorégulé (Carver & Scheier, 1998). Ce sont des attentes généraliséesàtraversunevariétédesituationsetquiexpliquentledegréd’engagementdela personnedansl’obtentiondesrésultatssouhaités;
desattentespositivesd’efficacité,quireprésententlaconfiancedanssacapacitéd’adaptation oudecopingàtraversunlargeéventaildesituationsdifficiles.C’estlacroyance qu’onest
capable d’exercer du contrôle sur les évènementsde sa vie. Composante cléde la théorie sociocognitivedeBandura(1988),lesattentespositivesd’efficacitéexpliquentlapersistance descomportementsetleurefficacité;
despenséespositivesirréelles,quireprésententunestratégievisantladéformationdelaréalité encroyantquelesévènementsagréablessontplussusceptiblesd’arriveràsoiqu’auxautreset quelesévènementsnégatifslesontmoins(Weinstein,1980).
2. Lessourcesdel’optimisme
Quel’onsesituedanslecadredustyleexplicatifoudansceluidel’optimismedispositionnel, les fondements misen avant sont généralement aussi bien héréditaires qu’acquis. Ainsi, les travauxportantsurlestyleexplicatifinvitentàleconsidérercommerelevantd’unecomposante génétique mais aussi d’acquisitions. Travaillant sur des jumeaux (certains monozygotes et d’autresdizygotes),Schulman,Keith,etSeligman(1993)onteneffetobservéunecorrélationde .48entrelesstyles explicatifsdesjumeauxmonozygotes maisunecorrélation nulleentreles stylesexplicatifsdesjumeauxdizygotes;cette différenceinter-corrélations suggèredoncune forteinfluencegénétique.Ceciétant,lestyleexplicatifd’unindividuseconstruiraitaussidèsle plusjeuneâge,parapprentissagesocial(Peterson,2000;Peterson&Seligman,1984).Ainsi, pour Seligman, Reivich,Jaycox, etGillham (1995),lesparents sontsusceptibles d’avoirune influence sur le style explicatif de leurs enfants par modelage et par les explications qu’ils donnent auxévénements survenant dans lavie de ces derniers. Petersonet Seligman(1984)
indiquentaussiquelamanièredontunemères’exprimeverbalementdanslaviedetouslesjours peutavoirunimpactsurlestyle explicatifde sonenfant, etqueleniveaud’optimismedece dernierressemblebeaucoupàceluidesamère;demême,lafaçondontunenseignantjugeles échecsd’un élèvepeutparticiperàcetapprentissage. Enfin,lavariétédesévénementsdevie négatifsauxquelsl’enfantestconfrontépeutcontribueràformersonstyleexplicatif(Brewin& Furnham,1986;Nolen-Hoeksema,Girgus,&Seligman,1991).
De même, selonScheieretCarver(1993), l’optimismeproviendrait certes destraitsde la personne, mais aussi de l’influence environnementale, notamment du fait des succès et des échecsvécus parlapersonne:lessuccès antérieursdevraientconduireàdesexpectations de succèsfuturs,etleséchecssubisàdesattentesd’éventuelséchecs.
Lavaliditédelacomposanteacquiseestégalementattestéeparlamiseenplaceetl’efficacité de programmes destinés à aider les personnes pessimistes à devenir plus optimistes (voir
Seligman,1991).CarveretScheier(2002)considèrenteuxaussiqu’ilestpossiblededévelopper l’optimisme, notamment grâce aux méthodes employées dans les thérapies cognitivo-comportementales. Des recherches ont ainsi été réalisées pour modifier le style explicatif afindeluttercontreladépression(e.g.,Jaycox,Reivich,Gillham,&Seligman,1994),oupour apprendre à desélèves àmodifier leurs attributions causales (et l’on observeque lesélèves encouragés à attribuer leurs échecs scolaires à un manque d’effort — cause spécifique et instable—deviennentpluspersistants:Andrews&Debus,1978;Fowler&Peterson,1981).Il convientausurplusdesoulignerquecetapprentissageàlatransformationdesattributionsparaît êtreplusefficientquelefaitdemettrelapersonneensituationderéussite(cf.Aydin,1988,sur desélèvesaustyleexplicatifpessimiste).Danslemêmeesprit,Seligmanetal.(1995)ontélaboré le programme Penn Optimism Program (POP), basé lui aussi sur une démarche cognitivo-comportementale,danslebutd’aiderlesenfantsetlesadolescentssusceptiblesdedépressionà deveniroptimistes. Citonségalementl’utilisation dumodèle cognitifABCDEd’Ellis(1962), destinéàpermettreauxpersonnesvictimesd’unéchecd’adopterunmonologueinterneadéquat:
l’ABC(adversity,beliefs,consequences)aidecespersonnesàidentifierlemonologuerécurrent qui envahit leur esprit, le D (disputation and distraction) permet de le transformer et le E (energization) rend l’individu capable de tirer profit, sur le plan comportemental, des conséquencesdecettetransformation.
3. Les conséquencesdel’optimisme
L’optimismeestpositivementcorréléavecl’atteinted’objectifs,lesexpectationspositiveset l’autorégulation(Scheier&Carver,1985);aveclapersévérance,lebien-être,unebonnegestion du stress et la performance (Scheier et al., 2002). Les optimistes font preuve de résilience (Seligman,1991),affrontentmieuxl’adversitéets’adaptentplusefficacementauxaléasdelavie quelespessimistes(Scheieretal.,1989;Scheier,Weintraub,&Carver,1986;Stanton&Snider, 1993).Ilsobtiennent égalementdemeilleuresperformancesscolaires(e.g., Nolen-Hoeksema, Girgus,&Seligman,1986;Peterson&Barrett,1987).Lesoptimistesontconfiancedansleurs capacitésàsurmonterlesobstaclesquisedressentdevanteuxafind’éviterqu’ilscontrecarrent l’atteintedeleursobjectifs(Lebsack,Lebsack,&Luthans,2004):ilsplanifientetengagentdes actions concrètespour les surmonter(Strack, Carver,& Blaney 1987).Face àdes situations stressantes,ilsenvisagentdesperspectivespositives(Carver&Gaines1987).Ilstachentdetirer lemeilleurpartipossibledessituationsarduesauxquellesilssontconfrontésettententdetirer profit des expériences négatives qu’ils ont vécues afin de progresser : après un échec, ils surmontentledésirdetout laissertomber,seressaisissentetpersévèrent.
Lespessimistesontunetouteautreapproche:enprésenced’unobstacle,ilssontplutôtenclins àabandonner(Seligman,1988).Faceàlamaladieparexemple,qu’ilsattribuentàdescauses personnelles,généralesetpermanentes,lespessimistesdoutentdel’efficacitédeleursefforts: partantbattusd’avance,ilsrenoncentàlutter(Seligman,1991).Ilsréagissentauxévénements stressantsenlesniantouenlesfuyant,etnonpas,contrairementauxoptimistes,enyfaisantface, enacceptantlaréalitéetens’attelantàrésoudre leproblème.Ilss’effondrentaprèsl’échec.
L’optimisme présente, dans de nombreux domaines (santé, sport, travail...), des effets bénéfiques. Ainsi, de nombreux travaux ont été consacrés à l’optimisme comme variable susceptibledefavoriserl’adoptiondecomportementsorganisationnelspositifs(Ashraf,Jaffri, Sharif,&AsifKhan,2012;Bosman,Buitendach,&Rothman,2005;Luthans,Avey,&Patera, 2008;Luthans&Youssef,2007;Medlin&Green,2009;Parent-Rocheleau,2013;Youssef& Luthans,2007).
Comparativement aux salariéspessimistes, lesoptimistes font étatd’un niveauplus élevé d’accomplissement personnel (Garrosa, Moreno-Jiménez, Rodriguez-Munoz, & Rodriguez-Carvajal,2001)etsontplussatisfaits(Agho,1993;Garrosaetal.,2001;Lum,Kervin,Clark, Reid,&Sirola1998;Segerstrom,2007;Wanberg&Banas2000;Youssef&Luthans,2007). Lesoptimistessontmoinssujetsau burnout(Grau,Suner,&Garcia,2005;Riolli &Savicki 2003).Chan(2004)aconstatéquelesemployésdel’industrieayantunniveauélevéd’optimisme sontmoinsstressésquelespessimistes.Conformémentdoncau modèledeScheier etCarver (1985)lespersonnesqui ontuneprédisposition àl’optimismeont tendanceà manifesterdes comportementsquileurpermettentd’êtrepluspositifsetsûrsd’eux-mêmes.Surunéchantillon d’étudiantssalariés,Chang,Rand,etStruck(2000)ontmontréquel’optimismeestnégativement corrélé avec l’épuisement émotionnel (sentiment d’un appauvrissement en ressources émotionnelles) et avec le cynisme (attitudes négatives impliquant frustration, désillusion et méfiance envers les organisations, et les personnes). Garrosa, Moreno-Jiménez, Rodriguez-Munoz,et Rodriguez-Carvajal(2001), surun échantillonde 508 infirmières répartiesdans 4
hôpitauxdeMadrid,ontconstatéquel’optimismeétaitcorrélénégativementavecl’épuisement émotionnelfaceàdessituationsstressantes(etexpliquait44%de lavariance).
SelonMalik(2013),lesoptimistessontplusmotivésàtravailleretàtravaillerplusdur,ontdes niveauxélevésd’aspirationetdépassentlesobjectifsfixés.Ilsonttendanceàêtresatisfaitsetà avoirunbonmoral.Faceauxobstaclesetauxévènementsnégatifs,ilssontorientésverslatâche, résistantsetcapablesdepersévérer,capablesdeprendredesdécisionsetdetrouverdessolutions, etsontmoinsstressés.Chemers,Watson,etMay(2000)ontconstatéunefortecorrélationentre optimisme etefficacitéduleadership.On observeunecorrélationpositiveentreoptimisme et engagement au travail (Agho, 1993 ; Garrosa, Moreno-Jiménez, Rodriguez-Munoz, & Rodriguez-Carvajal, 2001 ; Lum, Kervin, Clark, Reid, &Sirola, 1998 ; Segerstrom, 2007 ;
Wanberg&Banas,2000;Youssef&Luthans,2007).Lesoptimistesobtiennentdemeilleures performances(Chan,2004;Chang,Rand,&Struck,2000;Grau,Suner,&Garcia,2005;Riolli &Savicki,2003;Schulman,1995;Youssef&Luthans,2007).MedlinetGreen(2009),quiont menéleurétudeauprèsde426employés,ontmontréquel’optimismeauneincidencepositive sur le rendement individuel. De nombreuses études sur la relation entre optimisme et performanceproviennentdelalittératuresurlavente(Dixon&Schertzer,2005;Rich,1999;
Scheieretal.,1994;Schulman,1999;Strutton&Lumpkin,1993;Sujanetal.,1999).Tousces travaux rapportent que les résultats de performance positifs sont associés à des vendeurs optimistes.Interrogeant101vendeursdetroisentreprises,StruttonetLumpkin(1993)onttrouvé quelarelationentrel’optimismeetlaperformanceestmoduléeparlastratégiedecopingutilisée pourfairefaceaustressliéautravail.Ilsontconstatéquelesoptimistesutilisentdavantagele coping centré sur le problème et qu’ils ont une meilleure performance que leurs collègues pessimistes. Les conclusions de cette étudeont étéconfortées par la recherche de Norman, Collins,Conner,Martin,etRance(1995):lesparticipantsoptimistesetayantrecoursaucoping centrésurleproblèmeontdéclarévivreunnombreplusimportantd’évènementspositifssurle planpsychologiqueetprofessionnel.Seligman(1991)racontequ’ilestintervenuauprèsdela sociétéd’assuranceMetropolitanLifepouryrésoudreunfortproblèmed’attrition(lamoitiédes vendeursdémissionnaitdurant lapremièreannée).Seligmanutilisaalorsl’optimisme comme critèrederecrutementdescommerciauxvialacréationd’untestd’optimisme:nonseulementles nouvellesrecruesoptimistesdémissionnèrentdeuxfoismoinsquelesautreslapremièreannée, maisaussivendirent21%deplusla1reannéeet57% deplusladeuxième.
Auregarddecesdonnées,quimettentenévidenceleseffetssystématiquementbénéfiquesde l’optimisme,iln’estpasillogiquedepenserquel’optimismepuisseêtrel’objetd’unevalorisation. Si tel est lecas, cette valorisationdevrait se traduire par le faitque les cadres hiérarchiques attendrontdeleurssalariés qu’ilssoientoptimistesavec,corollairement, queles bonssalariés, conscientsdecesattentes,manifesteront,aussibienspontanémentquepoursefaireapprécierde leurchef,desattitudesoptimistes.Troishypothèsesontplusprécisémentétéformulées. 4. Hypothèses
Leshypothèsessont:
lescadresvalorisentlessalariésfaisantétatd’unoptimisme élevé(H1); lesnon-cadresonthabituellementunoptimisme élevé(H2) ;
lesnon-cadresfournissentdavantagederéponsesallantdanslesensd’unoptimismeélevépour être appréciésde leur supérieurquelorsqu’il s’agit de donnerunemauvaise image d’eux-mêmes (H3).
5. Méthode
Cetteétude,menéeenFrance,aportésurtroisgroupesdeparticipants:deuxéchantillonsde salariés,tousdesexemasculin(128cadresmanagersd’équipeset307non-cadres,lesunsetles autres issus de diverses petites et moyennes entreprises du secteur privé), et un échantillon constituéde176étudiants (134femmeset42hommesdébutantuncursusdepsychologie).
Si l’on exclut les instruments construits en fonction d’un domaine particulier (sportif, financier,...),lestyleexplicatifdesadultesestfréquemmentmesuréparl’AttributionalStyle Questionnaire(ASQ)(Petersonetal.,1982)oupardesversionsquiensontdérivées.Pourautant,
Trottier et al. (2007, p. 21) indiquent que les qualités psychométriquesde ce questionnaire imposent « des limites importantes aux études effectuées avec cet instrument ». Quant à l’optimismedispositionnel,ilaégalementconduitàl’élaborationd’instrumentsdemesure,le plusrépanduétantleLifeOrientationTest(LOT),deScheieretCarver(1985),notammentutilisé parGroveetHeard(1997),parFord,Eklund,etGordon(2000),...Cetinstrumentfutensuite réviséparScheieretal.,(1994)pour devenirleLOT-R(LifeOrientationTest-Revised).Cette versionréviséeaétéemployéeparGarrosa,Moreno-Jiménez,Rodriguez-Munoz,et Rodriguez-Carvajal(2001),ouencoreparGould,Dieffenbach,etMoffett(2002).SelonMoyeretal.(2008)
leLOT-Raétévalidédansplusquecinqpays(États-Unis,Brésil,Allemagne,Norvège,Chine). LeLOT-Rarévéléunniveaudecohérenceinternesatisfaisant(alphadeCronbachde.78)etune certainestabilitéàlongterme(Scheieretal.,1994).Ilprésenteunecorrélationde.95avecla version,pluslongue,de1985.C’estce dernierinstrumentquenousavonsutilisé.
Chacundesparticipantsaainsiréponduindividuellement,surlabaseduvolontariat,auxsix items(troispositifsettroisnégatifs),présentéssouslaformepapier-crayon,duLifeOrientation Test-ReviseddeScheieretal.(1994),itemsadaptésaufrançaisparTrottier,Magneau,Trudel,et Halliwell(2008)1:
danslesmomentsd’incertitude,jem’attends habituellementaumieux ; s’ilyadeschances queça aillemalpour moi,çairamal;
jesuisoptimistefaceàmonavenir ;
jenem’attendspresquejamaisàcequeleschosesaillentcommejelevoudrais; jem’attendsrarementàcequedebonnes chosesm’arrivent;
dansl’ensemble,jem’attendsàce queplusdebonneschosesm’arriventquedemauvaises. Nous avons employé les principaux paradigmes classiquement utilisés pour mettre en évidencelavalorisationsocialed’uneconduite(voirparexempleJellison&Greenen1981,puis
Beauvois&lePoultieren1986,pourlanormed’internalité;voiraussiGangloffen2011,pourla norme d’allégeance ; ou encore Gangloff, Soudan, et Auzoult, en 2014, pour la norme de croyanceenunmondejuste).Legroupedecadresaétéainsisoumisauparadigmedulégislateur (Gangloff,2008).Cescadresavaientainsipourconsigned’indiquer,faceàchaqueitemdutest,si ils apprécieraient (ou non) qu’un salarié adopte le comportement présenté dans l’item. Les répondantscochaient ainsi chaque item selonun principe dichotomique : réponse appréciée versusréponserejetée.Lessalariésnoncadres,furentquantàeuxconfrontésauparadigmede l’auto-présentationsousconsigneneutre,c’est-à-direqu’ilsdevaientindiquer,entoutesincérité, suruneéchelleen4points(vrai,plutôtvrai,plutôtfaux,faux),ledegréselonlequelchacunedes sixpropositionsdutestcorrespondaitàuneconduitequ’ilsavaientcoutumed’adopter.Enfin,les étudiantsfurent confrontés àun nouveauparadigme, créé pour l’occasion :le paradigme de
1L’item3aététransformé(initialement:«Jesuistoujoursoptimistefaceàmonavenir».Lemot«toujours»aété
supprimé).Commedanslaversioninitiale,lacotationdesitems2,4et5aétéinversée.NousavonsréaliséunKR20et obtenu.682.
«l’autoprésentationcourtisane».Ilsétaientainsiconfrontéesàlaconsignesuivante:«Ilvousest demandéderépondreauquestionnairesuivantenimaginantlesréponsesqu’unsalariédevrait cocherpourêtreappréciédesonsupérieurhiérarchique,etcellesqu’ildevraitcochers’ilveutau contraire être malvu de ce supérieur ». Lesétudiants cochaient alors chaque itemselon un principedichotomique:àcocherpourêtrebienvuversusàcocherpourêtremalvu2.
6. Résultats
6.1. Surlescadres (n=128)
On remarque que les réponses positives sont significativement plus fréquentes que les réponsesnégatives (x2=438,02,p.00)(Tableau1).
6.2. Surlesnon-cadres(n=307)
Iciégalement,lesréponsespositivessontsignificativementplusfréquentesquelesréponses négatives (x2=261,47 ; p.00). Il est cependant à remarquer que les cadres fournissent davantage deréponsespositivesquelesnon-cadres(x2=101,91; p.00)(Tableau2).
Tableau2
Répartitiondesréponsesrépartitiondesréponsesdessalariésnoncadresendonnéesbrutes(et%entreparenthèses). n(%)
Réponsespositives 1268(68,84)
Réponsesnégatives 574(31,16)
Total 1842(100)
Tableau1
Répartitiondesréponsesrépartitiondesréponsesdessalariéscadresendonnéesbrutes(et%entreparenthèses). n(%)
Réponsespositives 674(87,96)
Réponsesnégatives 94(12,24)
Total 768(100)
2
Leparadigmedel’auto-présentationesthabituellementsoustroismodalités(cf.Jellison&Green,1981):(1) auto-présentationsousconsigneneutre,égalementappeléeconsignestandard(répondreleplussincèrementpossible);(2) auto-présentationsousconsigned’auto-valorisation(répondreauquestionnaireententantdedonnerlameilleureimage desoipossible);(3)auto-présentationsousconsigned’auto-dévalorisation(répondreauquestionnaireententantde donnerlapireimagede soi).Biensouvent,lesconsignesd’auto-valorisationetd’auto-dévalorisationsontutilisées conjointement:ladifférencedesréponsesobtenuesentrelesdeuxconsignesestconsidéréecommemettantenévidence laperceptiondesrépondantsquantàladifférencedevaleursocialeaccordéeàtelouteltypederéponses.Maiscette utilisation conjointe nous a semblé méthodologiquement problématique, qu’elle soit réalisée intra-sujet (chaque répondantrépondsuccessivementauxdeuxconsignes,cequiconduitàunpotentieleffetdehaloquinepeutêtre compenséqueparuncontrôledel’effetd’ordre)ouinter-sujets(danscecas,lesdifférencesinter-sujetspeuventbiaiser lesrésultats).Lamodalitéquenousavonschoisie(paradigmedel’auto-présentationcourtisane)permetd’éviterchacun decesdeuxécueils.
6.3. Surlesétudiants(n=176:134 femmeset42hommes)
Globalement (c’est-à-dire hommes et femmes réunis), les réponses positives sont significativement plus fréquentes que les réponses négatives (x2=587,26 ; p.00). Et ces donnéess’observentaussibienchezlesfemmes(x2=490,97;p.00)quechezleshommes (x2=100,66;p.00)(Tableau 3).
Onremarqueégalementquelesétudiantsnesedifférencientpasdescadres,quelesétudiants soientconsidérésglobalement,c’est-à-direhommesetfemmesréunis(x2=0,005)ouquel’on examinelesréponsesdesfemmesprisesisolément(x2=1,12).Parcontre,lesétudiantshommes fournissentmoinsderéponsespositivesquelescadres (x2=5,54;p=.019).
Les différences entre non-cadres et étudiants sont quant à elles systématiquement significatives (avec p.00), avec davantage de réponses positives chez les étudiants : x2=127,16(hommesetfemmesréunis),x2=125,32(femmesseules)etx2=17,77(hommes seuls).
7. Discussionetconclusion
Nousavonsfaitl’hypothèsequel’optimismeétaitvaloriséetqueindividusobjetsd’unetelle évaluationenétaientconscients.Nosrésultatsindiquentquec’esteffectivementlecas:lescadres affirment valoriser de manière significative les salariés faisant état d’un optimisme élevé (hypothèse1).Ausurplus,onremarquequeladéclarationd’untelsentimentélevéesteffective chez les salariés non cadres (hypothèse 2), ce qui peut signifier, si l’on considère que le paradigmed’auto-présentationsous consigne neutreestfréquemmentproducteur deréponses imprégnéesdedésirabilitésociale,uneclairvoyancedessalariésquantàcettevalorisation.Cette clairvoyanceestenfinplusdirectementconfirméesurnotretroisièmeéchantillon,c’est-à-direpar le fait que les futurs salariés, en l’occurrence les étudiants, sont déjà conscients de cette valorisationetfontétatd’unoptimismeélevépourse mettreenvaleuralorsqu’acontrarioils affichentunoptimisme faible pour donnerunemauvaise image d’eux-mêmes(hypothèse3). Nousremarquonségalementqu’aussibienlescadresquelesétudiantsvalorisentl’optimisme avecuneintensitésignificativementplusintensecomparativementàl’intensitémanifestéeparles non-cadres(cequiconfirme,alorsquenousn’avionspasétabli d’hypothèsesurcepoint,que l’optimismerépondbienàunautrecritèredenormativité,àsavoirlavariabilitéde sondegré d’acquisition).
L’unedeslimitesàlaprésenteétudeestévidemmentl’opérationnalisationdenotrevariable: nousavonsmesurél’optimismeaumoyenduquestionnairedeScheieretal.(1994)telqu’adapté parTrottieretal.(2008)alorsqued’autreschoixauraientétépossibles.Rappelonscependantà
Tableau3
Répartitiondesréponsesdesétudiants,endonnéesbrutes(et%entreparenthèses).
H+F,n(%) F,n(%) H,n(%) Réponsespositives 908(87,64) 705(89,47) 203(81,85) Réponsesnégatives 128(12,36) 83(10,53) 45(18,15) Total 1036(100) 788(100) 248(100) Pourlesétudiantshommesetfemmesréunis,dufaitde20nonréponses,letotalestinférieurà1056(176participants6 items);pourlesétudiantes,dufaitde16nonréponses,letotalestinférieurà804(134participantes6items);pourles étudiants,dufaitde4nonréponses,letotalestinférieurà252(42participants6items).
l’appuidenotrechoix,commenousl’avonsindiquédanslaméthode,quelesqualitésmétriques decetinstrumentsonttoutàfaitconvenables.AusurplusTrottieretal.(2007)avaientnotéquela majoritédestravauxdeSeligmansurlestyleexplicatif,toutcommeceuxdeScheieretCarversur l’optimisme dispositionnel étaient centrés sur les difficultés subies par les individus, ce qui signifiaitquel’optimismes’appuyaitessentiellementsurlesattributions liéesàdessituations négatives.L’instrumentquenousavonsemployé,constituépourmoitiéd’itemsnégatifsetpour moitié d’itemspositifs,répondàcetteremarque.
Parailleurs,lesrésultatsobtenus,loind’êtreinconsistants,répondentbienauxhypothèsesque nous avions formulées.Ils fournissent, de ce fait,des éléments susceptibles deconférer une nouvellenature,àcaractéristiquenormative,auconceptd’optimisme.Cettenouvelleapprochea évidemmentdesimplicationspratiques.Neserait-cequedetenterdefaireprendreconscience quelavalorisationdel’optimisme nerepose,commetoutenorme,suraucuncritère devérité mais plutôt sur l’utilité et la désirabilité, datées et localisées, socialement attribuées aux conduites optimistes. Mais elle permet aussi de montrer aux salariés et futurs salariés tout l’intérêt qu’ils ont à donner d’eux-mêmes, ne serait-ce que fictivement, une image d’êtres optimistes(soulignonscependantquecacherdessentimentspessimistesafind’éviterd’êtremal perçupeutconduireàétatdedissonancecognitive).Lesmutationsauxquellessontconfrontées lesorganisations,notammentdufait delamondialisationetde laconcurrencequ’elleinduit, conduisenteneffetcesdernièresàrecherchertoujoursdavantagedeperformanceetdeflexibilité, etainsi àétendre leursexigencesentermes deperformanceetdeflexibilitéindividuelle.Les compétencesrecherchéesont en effetde plusen plusfréquemment traitàl’adaptabilité. Les travauxdePulakos(Pulakos,Arad,Donovan,&Plamondon,2000;Pulakos,Schmitt,Dorsey, Hedge&Borman,2002)surlaperformanceadaptative(quitraduiraitlacapacitédesindividusà s’adapterauxnouvellesconditionsetexigencesd’unemploi),soulignentquecetteperformance serait soutenue par une compétence adaptative composée de huit facteurs (faire preuve d’adaptabilité interpersonnelle — être capable de travailler avec de nouvelles équipes, de nouveauxcollègues,clients,fournisseurs;fairepreuved’adaptabilitéculturelle—êtrecapable de travaillerefficacement dans descontextesculturelsdifférents ; fairepreuved’adaptabilité physique—êtrecapabledetravaillerdansdesenvironnementsvariésetdifficiles;résoudredes situationsdetravailincertainesetimprévisibles,etc.).Confrontésàcesnouvellesexigences,les salariésdoiventévidemmentêtreoptimistesquantàleurcapacitédepouvoiryrépondre,etilest logiquequelescadreshiérarchiques,renouvelantleurscritèresd’appréciationdupersonneleny intégrant la nouvelle donne économique (Charles-Pauvers, Commeiras, Peyrat-Guillard, & Roussel,2006)valorisentceuxd’entreleurssubordonnésquiéprouveronteffectivementuntel sentiment. Nos résultats s’inscriventdans cette logique. Ils s’inscrivent également dans une logiqued’ouverture.Leprésenttravail,toutcommeceuxdeGarrosaetal.(2001),deGernigon (2005a,2005b),deMartin-KrummetLeFoll(2005)présententeneffetlaparticularitédenepas avoirétémenéssurdespopulationsnord-américaines.Estainsiproposéeici,commealternativeà ce que Siedentop (1994) nomme « the amerocentric research view », une approche sociocognitivedesnormes(etnonplusaffectiveoumotivationnelle:cf.Dubois,1994,p.30). Rappelons,pourterminer,commelenotentTrottieretal.(2007,p.23–24),quelestravauxsur l’optimismeneselimitentpasàceuxdeSeligmanoudeScheieretCarver.D’autreschercheurs se sont penchés sur l’optimisme, mais avec des terminologieset desdéfinitions alternatives, comme«l’optimismenaïf»(Epstein&Meier,1989),«l’optimismestratégique»(Norem& Cantor, 1986), « l’optimisme irréaliste » (Weinstein, 1980), les « distorsions ou illusions positives»(Taylor&Brown,1988).Ilseraitdoncintéressant,dansdefuturstravaux,d’examiner lesrelations entre chacun de ces concepts, ou encore avec desconcepts apparentés (comme
«l’efficacitépersonnelle»:Bandura,1977,1986,1997).Danslemêmeordred’idées,desétudes complémentairesseraientnécessairesafind’examinerunepossiblegénérabilité,horsducontexte culturelfrançais,desrésultatsobtenus.
Déclarationdeliens d’intérêts
Lesauteursdéclarent nepasavoirdeliens d’intérêts.
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