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Partie I - Fondements théoriques et préliminaires empiriques à l’expérience de terrain au

2.1 Approches de développement et rôle des TIC

2.1.2 La mondialisation comme expression d’intérêts spécifiques

Dans ces vingt dernières années, le concept de développement et les façons de le mettre en pratique ont été fortement influencés par la notion de mondialisation. John Harris (HARRIS 2005, p.38) note qu’à la fin des années 1990, peu après son introduction, « le terme de mondialisation était entré dans le langage populaire et était également devenu le véhicule de tout un nouveau courant académique pour la croissance »21. La compréhension du terme est

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Les efforts de la communauté internationale ont abouti tout d’abord aux Objectifs de Développement International de 1996 et, ensuite, aux ODM en septembre 2000.

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A la fin de 2005, plus de 70% des activités déployées dans le cadre du SMSI se rapportaient directement aux ODM de l’ONU (KIYINDOU 2009, p.180).

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A ce propos Unwin (UNWIN 2009, p.15) suggère les lectures suivantes : (AMIN 1997; HELD et al. 1999; WALLERSTEIN 2000; HELD & McGREW 2002)

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donc essentielle pour toute étude dans le domaine des TIC pour le développement, une fois que celui-ci a émergé dans le contexte du développement international dans les deux dernières décennies. Selon Unwin, « bien que la mondialisation soit souvent perçue comme un processus autonome avec le pouvoir de changer la vie des gens, elle est mieux comprise comme un terme utilisé pour décrire une coalescence d’intérêts économiques, sociaux, culturels et politiques spécifiques » (UNWIN 2009, p.15), et elle ferait référence à la façon par lesquelles ces intérêts ont conduit à une augmentation de l’inter-connectivité de l’activité humaine à travers le monde :

« Sous ces aspects économiques, la mondialisation est normalement caractérisée par une augmentation brutale du commerce international, l’intégration des systèmes financiers mondiaux, des changements dans les systèmes de production industrielle – notamment avec une augmentation considérable de la relocalisation –, l’augmentation de l’interdépendance économique entre les Etats, l’augmentation du pouvoir d’entreprises multinationales, une standardisation croissante des modes de consommation et la croissante complexité d’institutions économiques globales, comme l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). En termes sociaux, la mondialisation a signifié une mobilité accrue des personnes – aussi bien temporaire (des voyages) que définitive (des migrations) –, mais aussi l’émergence de nouveaux moyens de communication – comme la messagerie instantanée et la téléphonie mobile – et des niveaux de plus en plus complexes de relations humaines autour du globe. Dans la sphère culturelle, il y a eu brassage et hybridation croissants, la création de phénomènes mondiaux de mode, l’émergence d’organisations globales de médias, l’acceptation croissante d’un ensemble de valeurs humaines décrites dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, et, surtout, une tendance à la propagation des artéfacts de quelques cultures dominantes beaucoup plus largement que d’autres à travers le monde. Enfin, la mondialisation peut être vue dans la sphère politique, en témoignent par exemple l’expansion des mouvements pour la justice mondiale et la création de la Cour pénale internationale en 2002, le développement d’alliances politiques internationales, l’importance croissante de ce qu’on appelle le "terrorisme international", la montée des mouvements écologiques mondiaux, le rôle militaire dominant des Etats-Unis comme force politique mondiale, et même l’existence d’un mouvement mondial altermondialiste. Néanmoins, pour comprendre la mondialisation, la question clé est d’explorer ce qui se cache derrière ces caractéristiques, et de démêler l’influence de certains évènements et processus sur l’évolution ultérieure des questions qui nous intéressent. Les TIC ont joué un rôle dans la facilitation de beaucoup de ces changements. » (UNWIN 2009, p.15-16)

Le fait que les différentes caractéristiques de la mondialisation peuvent être considérées comme positives ou négatives – selon la perspective adoptée dans l’analyse – met en évidence les contradictions intrinsèques au concept lui-même. Selon le sociologue Immanuel Wallerstein, la mondialisation ne doit pas être considérée comme un processus nouveau ; elle serait, au contraire, fondamentalement liée à l’évolution du système capitaliste : « nous ne pouvons pas comprendre la mondialisation sans apprécier la manière dont elle est fondamentalement liée à la résolution des tendances de crise du capitalisme. En particulier, les entreprises capitalistes sont entraînées par le besoin constant de rechercher des matières

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premières et des sources de production moins chères, notamment de main d’œuvre, et aussi d’élargir leur marché afin que leurs profits puissent être réalisés » (WALLERSTEIN 1983 cité dans UNWIN 2009, p.16). Selon l’auteur, ce sont ces facteurs qui ont conduit les processus associés à la mondialisation au cours des cinq-cents dernières années. Dans cette perspective, si d’autres avancées technologiques – comme les chemins de fer et les avions – avaient déjà rapproché les personnes dans le passé, accélérant le potentiel d’accumulation de capital, l’émergence des nouvelles TIC à la fin du vingtième siècle a permis une accélération encore plus accentuée de la capacité d’accumulation capitaliste. Ici, un éclaircissement me semble nécessaire pour éviter des considérations techno-centrées. Il ne s’agit pas de considérer les nouvelles TIC comme la cause d’une accumulation capitaliste accrue, mais plutôt de rendre visibles des aspects liés à l’émergence de ces technologies qui ne sont pas toujours mis en avant, et donc de mieux évaluer les enjeux de leur application au développement des PED. Notamment, il s’agit de ne pas négliger des intérêts économiques, politiques, voire culturels inhérents au déploiement des TIC dans les PED.

2.1.3 Sociétés de l’information et de la connaissance : nouveaux moyens, mêmes tendances ?

Les avancées techniques dans le domaine de l’information et de la communication – depuis l’invention de l’écriture jusqu’aux derniers gadgets des nouvelles TIC – rendent possibles de nouvelles façons d’établir et d’entretenir des relations entre les personnes qu’y ont accès. Il suffit de penser aux usages les plus quotidiens du téléphone portable, ou de la messagerie instantanée, par exemple, pour réaliser à quel point la dynamique d’échanges possible aujourd’hui22 ne l’était pas il y a quelques années seulement. Il n’y a pas forcement détermination des nouvelles relations par les innovations techniques, mais la médiation technique introduit incontestablement de nouvelles possibilités en termes d’information et de communication entre les personnes concernées. En effet, les TIC sont fondamentalement liées à la façon dont les individus et les sociétés conçoivent l’espace et le temps (UNWIN 2009, p.17). Dans une société où leur utilisation se généralise, il y a contraction des distances, mais aussi du temps : « Nous vivons maintenant dans un monde du vingt-quatre heures sur vingt-quatre sept jours sur sept, dans lequel ceux qui ont accès aux TIC peuvent avoir d’énormes quantités d’informations et communiquer instantanément avec des gens partout dans le monde. » (UNWIN 2009, p.19)

Ces conditions exceptionnelles d’information et de communication et les nouvelles réalités économiques et relationnelles qu’elles ont rendues possibles ont amené quelques auteurs à parler d’une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité (CASTELLS 2000b; CASTELLS 2000a; CASTELLS 2004; UNESCO 2005; FRIEDMAN 2005). Le sociologue et économiste espagnol Manuel Castells est l’un des plus éminents défenseurs de l’idée que nous serions en train de vivre une nouvelle ère, une véritable société de l’information. Dans sa trilogie « L’Ere de

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l’Information : économie, société et culture »23, il démontre de façon assez convaincante que les récents changements technologiques ont eu des répercussions profondes sur la configuration et le fonctionnement des sociétés, des économies et des cultures, à un tel point qu’il serait légitime de parler d’une nouvelle ère. D’autres chercheurs, comme Tim Unwin and David Harvey, considèrent que, même si l’usage des technologies a transformé considérablement notre façon de communiquer et de nous informer, il serait exagéré de parler de « révolution de l’information » (HARVEY 2000). Unwin souligne que la caractérisation d’un phénomène comme véritablement révolutionnaire dépend des critères que l’on utilise dans l’analyse, et de la mesure dans laquelle on est prêt à reconnaître l’importance des antécédents historiques pour son avènement (UNWIN 2009, p.21) : « Il y a certainement des preuves que la plupart des changements technologiques associés à l’ère de l’information ont été introduits bien avant la fin du vingtième siècle. En effet, on peut affirmer avec une certaine force que la plupart des caractéristiques de la mondialisation et de la pratique contemporaine du développement reflètent, en réalité, la manifestation des vieux intérêts structurels du capital mondial pour la réduction des coûts de production, en particulier les coûts de main d’œuvre, et la maximisation du marché, plutôt que nécessairement l’impact révolutionnaire de la technologie de l’information. »

Comme l’indique Alain Kiyindou (KIYINDOU 2009, p.35), avec l’intensification des discussions internationales – aussi bien au niveau académique qu’institutionnel – à propos de la dite société de l’information, l’expression originale a progressivement évolué vers celle de société de la connaissance. Si une chaîne de concepts a été développée en théorie de l’information pour distinguer les différentes étapes d’un processus informationnel24, dans le domaine des TIC pour le développement Unwin rappelle qu’au cœur des distinctions les plus pratiques entre information et connaissance est la notion que la connaissance nécessite un ordre supérieur de traitement humain : elle pourrait ainsi être comprise comme « l’information qui a été incorporée dans la compréhension humaine à partir de l’expérience et du contexte » (UNWIN 2009, p.21). La préférence pour la notion de connaissance dans des expressions comme « société de la connaissance » (UNESCO 2005) et « économie de la connaissance » (World Bank Institute 2007) se justifie principalement par un souci de distinction vis-à-vis d’une acception trop technologique du terme information : « L’idée de la société de l’information est fondée sur des avancées technologiques. Le concept de sociétés de la connaissance englobe des dimensions sociales, éthiques et politiques beaucoup plus larges. » (UNESCO 2005, p.17). Unwin (UNWIN 2009, p.21) souligne que la notion de société de

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Les premières éditions, en anglais, des trois volumes de « L’Ere de l’Information » – « The Rise of The Network Society », « The Power of Identity » et « The End of Millennium » – sont apparues respectivement en 1996, 1997 et 1998.

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Cette chaîne est particulièrement riche en langue française, en particulier dans des analyses propres à l’intelligence économique, incluant les données – bruts, atomisés, « des bruits émis » –, les informations – logiquement coordonnées, « des signes perçus porteurs de sens » –, les renseignements – pertinemment contextualisés –, les savoirs – en rapport avec une pratique, « des stocks d’informations stabilisées » –, les connaissances – intégrées par l’expérience, « des manières, des méthodes, des techniques pour agir » –, l’intelligence – mise en valeur stratégique, « une faculté, une capacité, une aptitude à comprendre » –, et la communication – « une aptitude à partager » –, selon le niveau de complexité, d’utilité stratégique et d’implication des acteurs dans la mise en valeur des différents états informationnels (G. MASSE & THIBAUT 2000; G. MASSE 2006).

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l’information développée par Castells (CASTELLS 2000b; CASTELLS 2000a) incluait déjà les dimensions sociale, morale et politique. La préoccupation de l’UNESCO, quelques années plus tard, de ratifier l’importance de telles dimensions en proposant la distinction formelle entre la société de l’information et la société de la connaissance met en évidence l’évolution du premier concept depuis Castells vers des configurations qui, dans la pratique, prenaient moins en compte les dimensions sociale, morale et politique, en faveur, principalement, de celles économique et technologique.

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