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Couverture BANK- ABLE

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BANK- ABLE Les sondages font de lui l’homme le plus

populaire du gouvernement Valls. Ils disent même qu’il est aussi apprécié à droite qu’à gauche.

À 38 ans, Emmanuel Macron peut tranquillement laisser planer la possibilité d’une candidature à

la présidentielle 2017. S’il n’y va pas, on louera sa patience. Et s’il se lance, il y aura beaucoup de monde pour le soutenir. Et appuyer ce qui

ressemble bien à un projet de société: moins d’État, plus de flexibilité, plus d’énergie et plus de patrons.

Pour le meilleur ou pour le pire?

DOSSIER

ALEXANDRE GUIRKINGER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

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Society

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D

u jamais vu. En 2008, quatre ans seulement après sa sortie de l’ENA, le nom d’Emmanuel Macron, simple inspecteur des Finances, est déjà sur les lèvres de tous les puissants. Pour tout fait de gloire, le garçon n’a pourtant à son actif qu’un poste de rapporteur de la commission Attali, mise en place par Nicolas Sarkozy pour “libérer la croissance” –et pour le plaisir de débaucher un essayiste estampillé PS. “Un parcours somme toute classique pour un jeune énarque, mais tout le monde, banquiers comme patrons, vous parlait de ce jeune type qui devait être the next big thing”, s’étonne encore un vieux briscard de l’usine à élites et de l’Inspection générale des finances, cherchant un précédent au fond de sa mémoire. “En 40 ans, j’en vois deux: Alain Minc et Jean-Marie Messier.”

Après Minc, astrologue en chef de tout ce que la France compte de puissants, et Messier, étoile filante du patronat, Macron est le premier des trois M à avoir fait le choix de “l’intérêt

général”, sujet de son mémoire de philosophie réalisé en parallèle de sa scolarité à Sciences Po.

“Il a toujours voulu faire de la politique, même si c’était à sa façon, indépendante”, se souvient Gaspard Gantzer, camarade de promo à l’ENA, aujourd’hui conseiller en communication de François Hollande. Objectif validé puisque l’actuel ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, entré pour la première fois sous les ors de la République en 2012 en tant que secrétaire général adjoint de l’Élysée, titille maintenant les bookmakers, qui vont jusqu’à lui prêter un destin présidentiel. Entre-temps, pourtant, celui qui “a toujours voulu faire de la politique” a passé près de quatre ans à travailler au sein de la banque d’affaires Rothschild.

Un passé qui lui colle à la peau, souvent rappelé par ses adversaires politiques, et qui pose une question: s’il a toujours voulu servir le peuple de France, pourquoi Emmanuel Macron a-t- il décidé un jour de s’acoquiner avec l’un des grands temples du business?

Si le jeune espoir avait voulu mettre les mains dans le cambouis dès l’issue de ses quatre ans d’IGF, il en aurait pourtant eu l’occasion.

En 2008, les sirènes du gouvernement viennent chanter à l’oreille de ce jeune homme qui a obtenu l’une des meilleures notes de sa promotion au stage pratique de fin de cursus à l’ENA. “Quelques mois avant qu’il ne rejoigne Rothschild, j’ai pris un petit déjeuner avec lui et je l’ai senti dans l’expectative, détaille Julien Aubert, sorti en même temps que lui de l’école et aujourd’hui député Les Républicains. Je lui ai demandé s’il allait intégrer un cabinet chez Sarko, il m’a répondu: ‘Ça, non, sûrement pas.’

C’était la première fois que je réalisais qu’il était de gauche.” Fils de médecins picards,

Macron clame aujourd’hui que son engagement socialiste lui a été légué par sa grand-mère, directrice d’école. Ses convictions pourraient alors le pousser à rester dans la haute administration et travailler en sous-main pour le PS en attendant son retour au pouvoir, comme certains de ses camarades le font déjà. Voire briguer un mandat et faire son trou au sein des instances

du parti. Mais ce n’est pas le genre de la maison.

“Il a fait un petit bout de chemin avec la gauche chevènementiste, et il a une vraie passion pour la politique, avec des idées liées à ses études sur

l’histoire du

xixe siècle, une époque où le libéralisme était plus à gauche qu’à droite, décrit Aurélien Lechevallier, un ami qui l’a suivi de son entrée à Sciences Po à sa sortie de l’ENA.

En revanche, il n’a jamais vraiment

eu d’activité militante, il n’allait pas dans les réunions de section. Peut-être aussi parce qu’il n’avait pas le temps. En plus de Sciences Po et de la philo, il rentrait à Amiens le week-end retrouver Brigitte (sa femme, ndlr). Pour autant, il n’avait pas du tout le style de ceux qui veulent bosser dans le privé.”

Au sein de ce vénérable corps qu’est l’Inspection générale des finances, il est une tradition à laquelle aucune des nouvelles promotions ne déroge. Chaque année, ceux qui viennent d’être intronisés grands commis de l’État ont coutume de rencontrer quelques-uns de leurs prédécesseurs. C’est ainsi qu’Emmanuel Macron se retrouve un jour dans le bureau boisé d’Alain Minc. “C’était un garçon qui paraissait plus vif que ses congénères. Il avait un esprit virevoltant, ductile aussi”, se souvient la célèbre éminence grise. Au détour de la discussion, Macron évoque les quelques ambitions politiques qui bruissent en lui. Alain Minc, en vieux renard de la politique et des affaires, distille quelques conseils. Un jour, quand Emmanuel en aura fini avec les finances générales, il lui faudra rejoindre une banque d’affaires. Pour une raison bien particulière: il s’agit là “d’un métier intéressant” et, surtout, qui a le bon goût de permettre d’acquérir “une autonomie financière”.

Toujours de bon augure pour qui voudrait mettre en place ses idées, libéré de toute pression économique. Voilà une option de futur rebond qui sied parfaitement au jeune inspecteur. Pour l’argent bien sûr, mais aussi parce que le job lui semble avoir des airs d’aventure qui l’attirent.

“La banque, boucler des deals, ça le branchait.

Il y avait de l’adrénaline”, note Mathias Vicherat, un autre camarade de l’ENA. D’autant que les

milieux d’affaires constituent un autre réseau à tisser sur lequel Macron pourrait, à terme, s’appuyer. “Ce qui l’intéressait dans ce métier, c’étaient les moments avec les grands patrons, les gouverneurs de banques centrales, des gens qui représentent des intérêts financiers considérables”, explique l’un de ses futurs voisins de bureau chez Rothschild. La commission Attali, au sein de laquelle il a fait un passage remarqué, constitue pour Emmanuel Macron un parfait tremplin pour intégrer la banque parisienne. Certains membres du barnum comme Serge Weinberg, alors président du conseil d’administration d’Accor et administrateur de Rothschild, Xavier Fontanet, PDG d’Essilor, et Jean-Michel Darrois, avocat d’affaires, unissent ainsi leurs voix pour conseiller à Rothschild de recruter la petite merveille. “On nous disait: ‘Il y a un type

“On nous disait: ‘Il y a un type exceptionnel, il faut absolument que ce soit nous qui l’ayons’”

Un ancien associé-gérant de chez Rothschild

Cela a duré quatre ans.

Quatre ans chez Rothschild durant lesquels il a séduit ses collègues, conclu de gros deals, tissé son réseau, s’est fait quelques ennemis, s’est planqué dans une cage d’escalier et a fait “la prostituée” comme il l’a dit lui même un jour.

Enquête sur les années banque d’Emmanuel Macron.

PAR RAPHAËL MALKIN ET THOMAS PITREL

REA / LUDOVIC X2

Avec Jacques Attali, président de la commission,

lors de l’audition du président de la Banque centrale européenne.

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exceptionnel, il faut absolument que ce soit nous qui l’ayons’”, se souvient un ancien associé- gérant de la banque d’affaires. “Avec tous les gens qu’il a embauchés, David de Rothschild sait jauger le bestiau humain”, ajoute Alain Minc.

Chef sympa

À son arrivée dans l’institution, Emmanuel Macron s’installe dans le bureau d’un ancien associé parti lancer un fonds d’investissement écolo. Un petit espace sans fard coincé au bout d’un couloir et dont la porte donne directement sur une grosse imprimante en perpétuelle surchauffe. Si l’énarque porte à son arrivée des costumes anthracite qui lui donnent peu d’allure, cela ne l’empêche pas d’en imposer dans les étages de la banque. “Macron était précédé d’une véritable aura, se souvient Gautier Daniel, un analyste qui deviendra bientôt l’un de ses collaborateurs. L’ENA, les relations avec Attali: on savait qui il était sans même le connaître.” Quelle surprise, alors, lorsque ceux qui travaillent sur les mêmes dossiers que lui se rendent compte que l’inspecteur générale des Finances se révèle être un piètre technicien. À l’inverse des autres directeurs de la banque, Macron n’y connaît pas grand- chose aux méthodes de valorisation ou au taux d’actualisation. En réunion, on glousse en pensant très fort: “Tiens, voilà encore une perle de Macron.” “Le truc, c’est qu’il n’essayait jamais de dissimuler ses faiblesses, nuance Laurent Dethomas, un autre de ses jeunes collaborateurs. Quand il ne savait pas, il posait des questions. Il se fichait de devenir un véritable banquier d’affaires. Il savait que sa force, c’étaient les réseaux.” Voilà la raison pour laquelle Emmanuel Macron a été embauché chez Rothschild: il sait créer du liant, nouer des connexions avec le grand monde, comme il l’a déjà fait à l’ENA, à l’IGF ou bien du côté de la commission Attali et des salons parisiens qu’il fréquente depuis quelque temps maintenant. Loin de son bureau chargé de piles de livres et de journaux, il joue le rôle de VRP de luxe pour le label Rothschild.

Plusieurs fois par semaine, il petit-déjeune, déjeune et dîne avec des clients de la banque et ceux qui pourraient éventuellement le devenir. “Les associés classiques, quand ils ont un peu de temps, ils dorment. Lui, il était en chasse, il rencontrait du monde. Comme un politique. C’était systématique”, dit un ancien collègue. Les notes de frais s’additionnent et certains, parmi les cadres de l’avenue de Messine, s’en offusquent, comme on s’offusquait déjà du parachutage soudain de ce garçon qui a l’outrecuidance de ne pas avoir fait ses classes en banque. Macron, lui, n’a que faire de toutes ces remarques. Le Picard est en position de force: outre le soutien de David de Rothschild, il a aussi celui de la base. Dans les rangs des analystes, les manutentionnaires du comptoir, ils sont nombreux à éprouver un sentiment ravi, mélange de bienveillance, de respect et d’admiration à l’égard d’Emmanuel

Macron. D’abord parce que celui qui est capable d’enchaîner une deuxième journée de travail la nuit venue se révèle être un directeur efficace.

“Il avait un sens de la synthèse impressionnante.

Il voyait ce que les autres ne décelaient pas”, avance Gautier Daniel. Et puis parce que, sous ses ordres, le métier ne ressemble pas à ce sacerdoce presque masochiste habituellement de mise dans les grandes banques d’affaires.

“Pour les chefs, nous pouvions être considérés comme une armée d’esclaves anonymes. Pas avec lui”, note Pierre Marion, un de ses anciens stagiaires. Contrairement à certains de ses homologues, Macron accepte que ses inférieurs hiérarchiques s’adressent à lui directement et franchissent librement le seuil de son bureau.

Avec lui, le tutoiement est de mise, les juniors,

dont il connaît les prénoms, sont impliqués dans les moindres détails des préparatifs des dossiers et, honneur suprême, sont conviés aux réunions importantes avec les clients. “Il jouait collectif.

Il savait que c’était un bon moyen pour que les équipes se bougent pour lui”, explique Laurent Dethomas. Cet analyste arrivé chez Rothschild au même moment qu’Emmanuel Macron, en 2008, se souvient encore parfaitement de la toute première fois où il a croisé le chemin du futur locataire de Bercy. Il démarrait des travaux préparatoires sur un pitch important sous sa direction lorsqu’il lui a annoncé qu’il prenait des vacances. Les premières depuis très longtemps.

“Il m’a simplement répondu qu’il n’y avait pas de problème de son côté. Il m’a demandé où je partais –à Sainte-Lucie avec ma fiancée. Il avait l’air

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Mauvais choix de minerve pour Emmanuel.

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ravi pour moi. Le jour de mon retour, j’étais à la machine à café lorsque quelqu’un m’a tapé sur l’épaule. C’était lui, tout sourire: ‘Alors Laurent, c’était comment Sainte-Lucie?’ Improbable.”

À peine deux ans après son arrivée soudaine, le directeur est promu au rang d’associé, puis d’associé-gérant. Une nomination express au regard d’une progression classique chez Rothschild. Et qui s’explique assez simplement.

“Il avait l’un des plus gros carnets d’adresses de la banque”, souffle Gautier Daniel. Le banquier a abandonné depuis quelques trimestres déjà ses habits de Rastignac pour des costumes d’homme jouissant confortablement de sa situation. Son rôle est désormais celui d’un

“lubrifiant de deal”, comme l’explique un ancien stagiaire. Parmi les négociations dont il contribue à fluidifier la communication jusqu’à une signature définitive: le deal Nestlé-Pfizer.

Conseil de la première partie, Macron aiguille le rachat de la division infant nutrition de la seconde pour près de douze milliards de dollars.

C’est le fait d’arme d’Emmanuel Macron au sein de la banque Rothschild, celui qui fait de lui un banquier d’affaires émérite malgré ses faiblesses techniques. “Pour un banquier français, qui plus est puceau, mener un deal entre une firme suisse et une firme américaine, ce n’est pas banal. Cette affaire montre le charme dont peut faire montre Emmanuel Macron”, résume Alain Minc.

La signature en avril 2012 conclut à l’époque de longs mois d’échanges et de tractations initiés par Emmanuel Macron. C’est lui qui a pris l’attache de Nestlé pour connaître ses perspectives, utilisé les bons offices de Peter Brabeck, ancien patron du géant suisse, croisé du temps de la commission Attali, et dirigé la rédaction de dizaines de pitchs pour convaincre ses interlocuteurs de lancer une opération d’acquisition. Régulièrement, il embarque à l’aube avec sa petite équipe de collaborateurs à bord d’un avion, direction Genève, où un chauffeur, toujours le même, l’emmène à Vevey, au siège de Nestlé. Là-bas, il joue avec maestria une sérénade qui poussera vite ses interlocuteurs à lui donner mandat. “Avec Emmanuel, les réunions étaient toujours détendues. Il y avait des sourires. Les clients semblaient ravis qu’il soit là, ils aimaient avoir son avis sur différents sujets, même en dehors du cadre de notre relation de travail de départ”, se rappelle Laurent Dethomas, qui a fait plusieurs fois l’aller-retour entre Paris et la Suisse et a découvert, grâce à son patron d’alors, la carte millésimée du restaurant de l’hôtel des Trois Couronnes, à Vevey. Quelques jours avant que Nestlé n’annonce en grande pompe son rapprochement avec Pfizer, l’ennemi Danone contre-attaque en avançant une offre de dernière minute. Branle-bas de combat avenue de Messine. Les petites mains doivent remettre leur nez dans l’offre qu’ils avaient montée depuis des mois pour l’amender et la bonifier. “Pendant ce temps, Emmanuel a fait jouer son entregent et sa carte séduction. Il est parti à New York et a convaincu les gens de Pfizer”, sourit encore aujourd’hui Sarah Slaoui, une analyste qui a participé au bouclage du deal.

D’habitude, chez Rothschild, lorsqu’une grosse affaire est réalisée, une note circule dans les différents services de la banque pour récapituler ses grandes lignes, détailler ce qui est confidentiel et ce qui ne l’est pas, mais aussi créditer ceux à qui revient le mérite du succès.

Lorsque le deal avec Nestlé est annoncé, cela fait déjà plusieurs semaines que Laurent Dethomas a quitté Rothschild. Pourtant, à sa grande surprise, il reçoit dans sa boîte mail la note récapitulative et découvre son nom au chapitre des special thanks. “Ça ne se faisait absolument pas de créditer quelqu’un qui était parti, s’étonne encore l’analyste. J’ai appris plus tard que quelqu’un avait insisté pour que je sois remercié officiellement: Emmanuel Macron.”

Double jeu

Forcément, certains ont un point de vue légèrement différent sur les méthodes de travail d’Emmanuel Macron. C’est le cas notamment des membres de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), l’instance représentative des salariés du quotidien du soir. À l’automne 2009, Le Monde est embourbé dans une crise

financière et de gouvernance qui pousse la SRM, actionnaire majoritaire du journal, à chercher un repreneur aux épaules suffisamment larges pour sauver l’institution en péril. Son président, Gilles van Kote, et son adjoint, Adrien de Tricornot, entendent alors parler par une collègue d’un jeune banquier d’affaires rencontré dans un dîner qui pourrait les aider bénévolement. Comme tout le monde, les deux hommes sont “séduits par le type. Nous allions

le voir très souvent chez Rothschild, le soir, dans des bureaux déserts.” Réunis aujourd’hui au Havane, le café situé au pied de l’immeuble du Monde, Van Kote et De Tricornot ont à l’époque l’impression d’être tenus à l’écart du processus de recapitalisation en cours par Louis Schweitzer, président du conseil de surveillance du journal. Et celui qu’ils appellent encore Emmanuel va les aider à se faire respecter.

“Je me souviens d’une réunion où il lui a dit:

‘Les actionnaires, c’est nous, donc vous arrêtez de nous parler comme ça, on veut avoir les dossiers, on veut s’en occuper.’ Schweitzer se demandait qui était ce jeune freluquet. Pendant cinq mois, ça s’est très bien passé, il nous a vraiment aidés.” C’est au printemps que les choses se gâtent. “Nous devions choisir l’une des offres en juin mais lui voulait aller au tribunal de commerce pour repousser l’échéance, se rappelle Adrien de Tricornot. C’était exactement ce qu’on ne voulait pas. J’ai commencé à me dire qu’il

était de mauvais conseil, lui me disait: ‘Adrien, tu as un comportement très négatif.’ Il est venu à l’une de nos assemblées générales présenter son option, ça a fait un flop total. La réaction des gens, c’était: ‘Mais pour qui roule-t-il?’” Gilles van Kote ne veut pas croire que ce jeune homme si avenant puisse jouer un double jeu et s’en ouvre à son collègue: “Nous avons été trahis par beaucoup de monde jusque-là, mais si Emmanuel nous trahit, c’est à désespérer de l’humanité”, lui lance alors De Tricornot. Il changera d’avis quelques mois plus tard.

“Nous avions un peu pris nos distances, et l’offre de Bergé, Niel et Pigasse a été choisie à 90%

en juin, mais nous avons décidé de reprendre contact avec Emmanuel en septembre, pour ne pas rester sur cette mauvaise impression. Il nous a dit de ne pas lui en vouloir.” Le lendemain des retrouvailles, Gilles van Kote et Adrien de Tricornot discutent sur le trottoir en face du 10 avenue George-V après une réunion avec les avocats de Pierre Bergé, installés dans les mêmes bureaux qu’Alain Minc, lorsque Adrien de Tricornot croit apercevoir Emmanuel Macron dans l’encablure. “Minc lui tenait la porte. En me voyant, Emmanuel est retourné précipitamment à l’intérieur. Je voulais être sûr de ne pas avoir rêvé alors je suis entré dans l’immeuble pour le chercher. Les bureaux de Minc sont au deuxième étage, mais je l’ai débusqué au dernier, en train de téléphoner ou de faire semblant de téléphoner.

Il faisait comme s’il ne m’avait pas vu et il tremblait de peur.” Ce qui effrayerait le futur ministre de l’Économie? Être vu en compagnie d’Alain Minc, qui a laissé un souvenir plus que mitigé au sein de la rédaction du Monde, dont

il a présidé le conseil de surveillance de 1994 à 2008. “À l’époque, c’était l’épouvantail, formule Gilles van Kote. Le simple fait qu’il parraine l’offre de Prisa (groupe propriétaire du quotidien espagnol El Pais, ndlr) était un point négatif.” Si Minc nie l’épisode de la fuite d’Emmanuel Macron, il confirme avoir amené ce dernier à défendre les intérêts de Prisa par la suite, ainsi que la prise de parti de son poulain pour leur offre. “Ce mec qui nous avait passé la main dans le dos, tellement sympa, tellement progressiste, tu te dis qu’il ne peut pas te trahir et rouler pour un autre, reprend Adrien de Tricornot. Quand j’ai raconté ça à Gilles, il m’a envoyé un texto qui disait juste:

‘Tant pis pour l’humanité.’” Six ans après les faits, De Tricornot pense avoir compris l’origine du changement d’attitude d’“Emmanuel”: “C’est en avril 2010, quand il a appris que Pigasse entrait dans la danse aux côtés de Bergé et Niel, qu’il s’est mis à jouer sa propre partition.” Dans la finance parisienne, la rivalité entre le banquier d’affaires de Lazard et son ex-homologue chez Rothschild, tous les deux socialistes revendiqués, est un secret de polichinelle et une source inépuisable d’anecdotes: un proche de Macron assure par exemple qu’après avoir finalement bouclé la reprise du Monde, Pigasse aurait demandé à Rothschild de virer son rival.

“Il ne voulait pas aller chez Martine Aubry. Il m’avait dit que ça l’amusait d’aider Hollande au 36

e

dessous”

un visiteur d’Emmanuel Macron

REA / ELODIE GREGOIRE / BRUNO DELESSARD

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Society

Ce qui a le mérite de faire pouffer de rire le banquier de Lazard (“Comme si je pouvais demander à Rothschild quoi que ce soit… Je ne sais pas pourquoi mais, en effet, certains aiment nous opposer”). La vengeance étant un plat qui se mange froid, Macron aurait répliqué en fermant à double tour la porte de l’Élysée à Pigasse à partir de mai 2012. Souriant, affable et lisse, Emmanuel Macron aurait donc quelques aspérités? “Attention, Macron, c’est un dur!”

assure le même proche.

Hasards et coïncidences

Il y a en tout cas une part de storytelling dans l’antienne du Macron ayant, depuis le début, pensé la banque comme une courte étape sur le chemin de la politique et de l’intérêt général.

Son statut actuel d’outsider présidentiel a en effet été acquis grâce à un mélange de talent et de stratégie à long terme, certes, mais aussi de hasard total. En 2010, deux ans après son entrée chez Rothschild, le banquier d’affaires fait le choix étonnant de se rapprocher d’un François Hollande alors moribond, à un moment où tous les autres se ruent du côté de Dominique Strauss-Kahn. “Dès leur première rencontre, ça a bien accroché entre eux”, dit Gaspard Gantzer.

“Il ne voulait pas non plus aller chez Martine Aubry parce qu’il pensait qu’il ne s’entendrait pas avec elle. Il m’avait dit que ça l’amusait d’aider Hollande au 36e dessous, se souvient un visiteur régulier d’Emmanuel Macron. Il était le seul de l’univers technocratique à avoir fait ce choix si tôt.” Tout cela va basculer le 14 mai 2011, jour de l’arrestation de DSK à New York, qui enterre les chances du patron du FMI dans la course à l’Élysée. Dans la semaine qui suit, le staff de

François Hollande reçoit des pelletées de CV, mais Emmanuel Macron était là avant tout le monde, à griffonner des notes sur l’économie pour celui qui n’est encore que candidat aux primaires. “Je pense que si Hollande n’avait pas été élu, Emmanuel serait resté encore un peu chez Rothschild, estime son ami de longue date Marc Ferracci. Pour combien de temps, on ne sait pas.

Mais il serait resté…”

Un deuxième tournant intervient le 10 juin 2014, lorsque l’Élysée annonce le départ d’Emmanuel Macron “pour mener des projets personnels dans les domaines de l’enseignement et de la recherche”. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général du président, croit alors bon d’ajouter qu’il ne rejoindra “ni une banque ni une entreprise”. En deux temps, trois mouvements, Macron se dégote effectivement des boulots universitaires à Berlin et à la London School of Economics. Mais l’homme prévoit également de lancer une start-up basée dans la Silicon Valley. “Nous avons déjeuné au mois de juillet 2014, il devait partir aux États-Unis juste après, il m’avait parlé de sa boîte, il m’avait même montré le logo”, raconte Ferracci. Encore une fois, c’est un événement inattendu qui va le ramener dans le jeu politique. Le 24 août 2014, Arnaud Montebourg trinque au vin blanc à la fête de la Rose de Frangy-en-Bresse et se lâche:

“Je vais lui envoyer une bonne bouteille de cuvée du Redressement, au président!” Le ministre de l’Économie est viré dans la foulée et remplacé par un Emmanuel Macron pourtant loin d’être le premier choix. Hollande pense, dans l’ordre, à Pascal Lamy, puis à Louis Gallois, qui refuse le poste, et, enfin, à Macron. “La vie, ce sont des hasards. Si Montebourg n’avait pas picolé à la fin de sa fête, vous vous souviendriez à peine

d’un secrétaire général adjoint de l’Élysée qui aurait quitté ses fonctions il y a deux ans”, sourit Alain Minc.

Aujourd’hui, le milieu politique parisien murmure avec gourmandise l’idée d’un retour à l’Élysée dans un costume plus prestigieux pour l’homme de Bercy. Sur le chemin vers les sommets, reste à savoir si ses quatre ans chez Rothschild seront un avantage ou un inconvénient pour Emmanuel Macron.

“Rothschild lui a donné une grille de lecture très parisienne, et ça se ressent dans la loi Macron, par exemple, juge le député LR Julien Aubert.

C’est un métier qui a aussi fait de lui quelqu’un qui aime ‘faire des deals’. Sa loi est passée au 49.3, comme on fait un deal, en ignorant l’inertie du monde politique, ce n’est pas très glorieux.” Alain Minc, lui, considère surtout que son parcours loin de la politique électorale risque de nuire tôt ou tard au ministre: “Une carrière politique exige le sacre du suffrage universel, et on ne peut pas l’affronter pour la première fois à la présidentielle.

Le combat, la dureté, le corps-à-corps, ça

s’apprend.” D’autres considèrent au contraire que l’absence de mandat est ce qui fait sa fraîcheur, ce qui l’éloigne de la “politique politicienne”.

Peu importe. Si les choses tournent mal pour lui en politique, il aura toujours une place au chaud chez Rothschild. Dans le mail qu’il a envoyé à ses collègues le 14 mai 2012 pour leur annoncer son départ auprès du “président de la République pour de nouvelles aventures”, Emmanuel Macron donnait dans l’émotion:

“Je quitte plus que des collègues en m’éloignant de vous et j’ai le sentiment de m’éloigner aussi de ce qui est devenu ma maison.” Avant de conclure, mystérieux: “Je ne serai pas loin.”

TOUS PROPOS RECUEILLIS PAR RM ET TP

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En novembre 2014. Avec la fameuse règle des 50 fruits et légumes par jour.

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GÉNÉRATION MACRON

Il paraît qu’il fait rêver les jeunes. Il en fait au moins rêver 3 500, tous adhérents au

mouvement Les Jeunes avec Macron, tous épris du beau gosse et tous convaincus qu’il peut sauver la politique française. Et pourquoi pas la France, tiens, tant qu’on y est?

PAR VINCENT BERTHE ET LUCAS DUVERNET- COPPOLA / PHOTO: VINCENT BERTHE POUR SOCIETY

des jeunes qui ne sont pas à l’université, ou qui sont à l’autre bout de la France.” Le but du jeu consiste à transformer ces discussions virtuelles en rencontres dans la vraie vie.

En seulement trois mois, entre juin, date de lancement du collectif, et septembre, les quatre cofondateurs ont rencontré plus de 300 personnes.

Aujourd’hui, ils revendiquent 3 500 adhérents.

Ce mardi de mi-mars, justement, les JAM ont prévu d’aller boire des coups avec quelques nouveaux. Ils ont donné rendez-vous dans un bar de l’est parisien. L’endroit est plutôt cool: on y boit des bières en jouant au ping- pong. Florian est déjà là. À ses côtés, deux autres fondateurs du mouvement. Sacha, avocat, 27 ans, tombe la cravate en allant se chercher une pinte. Pierre, 26 ans, consultant en sécurité, en costume-cravate aussi. À la même table en bois clair, quelques membres présents depuis le début de l’aventure. Et une petite nouvelle: Perla, 17 ans, lycéenne en terminale ES dans un lycée du Val-de-Marne.

Elle n’a jamais fait partie d’aucune association politique, c’est son premier engagement. “J’ai découvert Macron en lisant une interview, il est jeune mais il a une plus grande vision et plus de culture que les autres, s’enthousiasme-t-elle. Je les ai rejoints pour mûrir ma réflexion, échanger avec d’autres personnes.” À l’entendre, l’idée

de s’encarter dans une organisation classique ne l’a jamais effleurée. “Les partis, on ne sait pas trop où ça va, il n’y a pas vraiment de ligne directrice, croit-elle savoir. Là, c’est un collectif, c’est du concret. Moi, aller coller des affiches, ça ne me dit vraiment rien.”

Antiparti

Des affiches, les fondateurs des JAM en ont presque tous déjà collé. À l’origine du projet, quatre amis qui ont fait leurs armes au sein de mouvements traditionnels. À Poitiers, Sacha et Pierre étudient le droit.

Le premier est membre du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), le second président de la section locale de l’UNEF. Grâce au Parti socialiste, ils rencontrent Florian, le banquier, alors au MJS de Clermont-Ferrand, et Jean, aujourd’hui saisonnier, qui a fait un

stage à la communication du PS. Au début, la vie est belle. “Quand on était à la fac, on a fait des belles actions avec Pierre, notamment contre la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite aussi loi Pécresse, ndlr)”, rejoue aujourd’hui Sacha. Au sein de son organisation étudiante, Pierre se régale: “On avait construit une épicerie solidaire, raconte-t-il en buvant une gorgée de blonde. Ce qui m’intéressait, c’était d’avoir un impact sur la vie des gens, comment faire pour remplir son frigo quand on est étudiant.” Sacha s’enthousiasme pour la primaire à gauche portée par Martine Aubry –“quelque chose de vraiment novateur, un vrai succès.” Pierre loue les positions de Dominique Strauss-Kahn, avant de s’emballer pour la démocratie participative prônée par Ségolène Royal. La victoire de François Hollande marque comme un coup d’arrêt.

“Le PS est une formidable machine électorale, mais c’est devenu moribond à partir de 2012, regrette Sacha. Comme si tout le monde avait arrêté de réfléchir.” “La vérité, c’est que dans les réunions de section, on encule les mouches, tranche un autre Pierre, l’un des premiers à avoir rejoint les JAM. Moi, je suis comme tout le monde à Paris: j’ai pas beaucoup de temps. J’ai une copine, des copains, un boulot.

Si c’est pour écouter des vieux briscards raconter les luttes entre 81 et 83, c’est pas la peine...” Pour Florian, “c’est après les réunions, en buvant un coup, qu’on a les discussions les plus intéressantes au MJS”. Caricatural? Un peu, selon Benjamin Lucas, actuel président du MJS: “On organise un congrès national tous les deux ans, on le prépare pendant six mois et durant cette période, on multiplie les débats locaux, les contributions et les motions, corrige-t-il.

Des occasions de débattre des orientations politiques, c’est pas ce qui manque chez nous.”

Peu importe: la politique institutionnelle dégoûte vite les futurs JAM. Thibaut, ancien MJS à Lyon et sympathisant de la première heure: “J’ai fait un congrès, j’y ai vu le pire de la politique:

les calculs pour être secrétaire général d’un collectif fédéral du MJS. C’est vraiment Petits meurtres entre amis, avec les ténors du parti qui tirent les ficelles.” Mais est-ce seulement un problème de fonctionnement? Car il faut bien le dire: la petite bande ne défend pas les idées les plus en vogue au PS. “La première fois que je suis monté en conseil national, j’ai rencontré une jeune demoiselle, se souvient Florian en évoquant sa période MJS. On a fait connaissance, elle m’a demandé ce que je faisais comme études. J’ai répondu que j’étais en école de commerce. Elle m’a dit: ‘Qu’est- ce que tu fais là?’ Bon.” Libéraux sur le plan économique comme sur la vision de la société, proposant une politique écologique pro-business, adepte de la cravate, Florian Il dit qu’il a deux chances: ne pas avoir de

copine et ne pas fumer. Florian, 24 ans, travaille dans la filière bancaire de Renault.

Au boulot, au lieu d’aller s’en griller une pendant les pauses, le jeune homme reste collé à l’ordinateur. Facebook. Twitter.

LinkedIn. “Je regarde les gens qui ont aimé notre page, je les ajoute à mon tour et je les contacte”, explique-t-il dans un café de Gambetta, dans le XXe arrondissement de Paris. Florian est l’un des quatre cofondateurs des Jeunes avec Macron. Quand il remarque un nouvel arrivant sur les réseaux sociaux, il fonce. “Est-ce que tu es intéressé(e)? Si tu as des questions, n’hésite pas!” Dans la matinée, il s’est fait un petit Skype avec un expatrié au Kenya. “À une époque, c’étaient les tractages dans les facs, mais nous, on veut faire plus que ça. Une étude a été faite: l’impact d’un tract, c’est 3/1 000. Internet nous permet de capter

“Les autres disent: ‘Vous allez avoir le chômage, la famine.’ Macron dit:

‘Vous allez créer des emplois, des richesses, réduire les inégalités’”

Sacha, l’un des fondateurs des Jeunes avec Macron

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Society

et les autres sont régulièrement accusés du pire: être de droite. “Moi, je suis pour le mariage des couples de même sexe, la GPA, la dépénalisation du cannabis, justifie Thibaut.

La droite est conservatrice sur ces questions- là. Nous, on a une tendance libertaire.” Pascal Terrasse, député socialiste de la première circonscription de l’Ardèche et proche de Macron, ne tarit pas d’éloges: “Ils sont l’antithèse des jeunes socialistes qui restent très attachés à la doctrine et la logique de parti. En fait, ils transgressent très rapidement les codes politiques. Nous appartenons au siècle dernier, ils sont des enfants du xxie siècle.” “On végétait depuis 2012 à suivre ce qui se passait de loin, précise Mickaël, en charge de toute la partie

com’. On était comme orphelins, on se faisait chier. Et puis Macron est arrivé.” Tel un cavalier qui surgit hors de la nuit.

La positive attitude

Janvier 2015, alors que la France se crispe, les JAM entrevoient enfin la lumière. Travail dominical, professions réglementées, prud’hommes, licenciement collectif, urbanisme, environnement, transport en autocar… Emmanuel Macron ratisse large et sans ménagement. Quatre mois seulement après son arrivée à Bercy, le plus jeune ministre de l’Économie depuis Valéry Giscard d’Estaing entend donc “déverrouiller” le pays.

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“Quand tu vois la marge de manœuvre des jeunes avec Juppé… Moi, je ne suis pas là pour publier sur mon compte Twitter des photos de chats rigolotes. On veut faire de la politique”

Pierre, l’un des fondateurs des Jeunes avec Macron

À l’écart du brouhaha, les futurs JAM, eux, boivent du petit lait. À rebrousse-poil de la majorité de ses collègues, Sacha l’avocat signe dans Le Monde avec des jeunes collègues une tribune pour soutenir la réforme de sa profession. “On expliquait en quoi cette façon d’‘uberiser’ un peu les professions juridiques, en plus de les démocratiser, nous paraissait positive”, précise-t-il aujourd’hui. Pour Sacha, la loi Macron, “cette grande hydre libérale que tout le monde décrivait, était surtout un moyen de réduire les inégalités et d’instaurer une égalité réelle. Et ça, les gens ne le comprenaient pas parce qu’ils étaient dans la posture.”

Réformer, décloisonner pour toujours plus d’équité, un leitmotiv pour cette partie de la

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gauche qui aime se qualifier de “progressiste”

et “d’humaniste”. Même si cela fait doucement rire Benjamin Lucas, le président du MJS:

“Ils nous voient comme des archaïques incapables de nous adapter au monde nouveau, mais les idées qu’ils défendent sont les mêmes que celles de Fabius en 84 et de DSK dans les années 2000.”

Tout leur plaît chez Macron. Le fond comme la forme. “Sa méthode, c’est le dialogue, pense Florian. Tout le monde retient aujourd’hui le recours au 49.3, mais jusqu’au bout, il a essayé de convaincre les parlementaires, il n’a rien de martial.” Suivez son regard. Quand Manuel Valls est “anxiogène”, Macron est

“l’espoir”. Sacha enchaîne: “Les autres disent:

‘Vous allez avoir le chômage, la famine.’

Macron dit: ‘Vous allez créer des emplois, des richesses, réduire les inégalités.’ C’est un peu con, l’expression de Raffarin, mais c’est ça. Macron, c’est la positive attitude.”

Son passé de banquier? “Tous les économistes en France posent un peu le même diagnostic, il y a un consensus, juge Sophie, membre des JAM et elle-même économiste. Macron est rafraîchissant, il connaît parfaitement le monde de l’entreprise, il n’a pas de tabous.” Pas de défauts non plus. Tiens, il parle parfaitement l’anglais aussi. Un détail qui compte pour cette génération Erasmus. Pendant que la gauche de la gauche s’arrache les cheveux, la petite bande décide donc de sortir de sa torpeur. “Un soir, on boit un coup tous les quatre, et on se dit qu’on va monter un truc en dehors du parti pour rigoler et défendre cette loi”, dit Sacha. Florian, “le geek de la bande”, a remarqué au gré du débat parlementaire la viralité du hashtag #TeamMacron sur Twitter.

“Au départ, on voulait défendre sa loi sur les réseaux sociaux et faire de la pédagogie, mais à force de discussions, on a vu qu’il y avait un truc à faire, que l’on pouvait rassembler tous ceux qui pensaient comme nous.” L’idée d’un site est lancé: lesjeunesavecmacron.fr.

“On était sur ma terrasse à Poitiers quand j’ai sorti ma carte bleue pour acheter le nom du site, précise Sacha. Pierre code pas mal, Jean fait un logo super et après, on fait notre pub via les réseaux sociaux. Dès le premier mois, on fait 30 000 visiteurs uniques, on se dit: ‘Waouh!’” Au printemps dernier, les

statuts de l’association sont déposés. La loi, elle, revient, après être passée par la case Sénat et en commission mixte paritaire, à l’Assemblée nationale, pour un ultime examen. Plus de 8 000 amendements ont été déposés et un bon quart adoptés. “Personne n’y comprenait plus grand- chose, alors on a créé une infographie pour expliquer tout ça et on l’a partagée partout où l’on pouvait, raconte Sacha. Parce que les tribunes dans les journaux, c’est sympa mais ça ne parle qu’au microcosme parisien.” Quelques semaines plus tard, l’un des collaborateurs de Macron appelle pour les prévenir que leur infographie sera reprise dans leur communiqué de presse.

“On s’est dit qu’on était dans le vrai.”

Macron veut les voir

Si elle reste toujours à prouver dans les urnes, la Macron mania prend forme. Dans les médias surtout. Le locataire de Bercy défraie la chronique tel un métronome, les conjectures sur une éventuelle candidature en 2017 vont bon train. L’attention de la presse se tourne sur cette jeune garde sortie de nulle part. Un buzz, comme on dit. “Le nom

‘Jeunes avec Macron’ a eu un très fort impact marketing, juge Pierre. Il a attiré plein de

gens vers nous.” Surtout des novices en matière d’engagement politique. Le collectif estime aujourd’hui que les deux tiers de ses 3 500 adhérents n’avaient jamais connu la moindre activité militante. Mais par quoi sont-ils attirés? Le débat de fond ou la cravate de Macron? “Dès le départ, on savait qu’on ne serait pas un fan club”, insiste Pierre. “On n’a pas attendu Macron pour défendre nos idées, et si un jour il décide de quitter la politique, on ne s’arrêtera pas de réfléchir”, tonne Mickaël.

Jean, l’un des cofondateurs: “Nous, on n’est pas partis d’un homme, mais d’un texte de loi.

Ça fait toute la différence.” Pierre: “Quand tu vois la marge de manœuvre des jeunes avec

Juppé… Moi, je ne suis pas là pour publier sur mon compte Twitter des photos de chats rigolotes. C’est cool, mais on veut faire de la politique.” Florian renchérit: “Tout ce jeunisme, c’est contre-productif. Si ton seul argument, c’est dire ‘je veux une place parce que je suis jeune’ ou ‘Macron, j’adore’, où est la crédibilité?

Nous, on veut avoir une place pour nos idées.”

Le 12 mars dernier, les JAM ont ainsi lancé en grande pompe leur think tank tendance social-libéral La Gauche libre. Dans les locaux d’une start-up parisienne, devant 300 personnes et les caméras de Canal+, i-Télé et LCP. “C’est simple, si nous étions arrivés comme des fleurs, sans avoir préalablement fédéré autour du nom Macron, personne ne nous aurait calculés”, admet Florian. Thibaut confirme: “Nous, on vient à la base pour la marque Macron. Si ça avait été La Gauche libre dès le départ, on aurait pensé: ‘Tiens, un énième cercle de réflexion qui va se réunir trois fois dans l’année, super…’” Avec le lancement de “cet incubateur de la politique où chacun se nourrit des idées des autres”, se dessine en creux une ambition un peu folle: “ringardiser les partis”. Une plateforme numérique, destinée à rassembler toutes les contributions des adhérents et faire vivre le débat entre eux, est en préparation. Les thématiques qui fâchent tant à l’aile gauche du PS n’y manqueront pas: réflexion sur la liberté d’entreprendre, sur la restructuration de l’emploi, sur l’individualisation des droits plutôt que par statut, sur la flexibilité du travail, sur la mobilité sociale, etc. À terme, les JAM envisagent de créer des collectifs sur

le territoire pour “appliquer leurs idées”.

La question a évidemment surgi: ces jeunes sont-ils manipulés en haut lieu par le ministre en personne dans le but de préparer le terrain pour 2017? Sacha en rigole. “On ne l’a vu que deux fois. La première, c’était après une conférence qu’il donnait, on s’est simplement présentés. La deuxième, c’était après la journée de lancement de La Gauche libre.

Les collaborateurs de Macron nous ont envoyé un texto pour nous dire que le ministre voulait nous voir.” L’entretien a duré une petite demi-heure. “Il nous a simplement dit de continuer, de rester autonomes, nous a demandé quelles seraient nos actions”, jure Sacha. “Il ne nous a même pas demandé de faire attention alors qu’on utilise son nom”, s’étonne encore Mickaël. “Beaucoup fantasment, mais le site nous a coûté 28 balles, rigole Pierre en finissant sa pinte. En fait, on a simplement appliqué ce que dit Macron: avoir des idées et les réaliser. On l’a pris au mot. La vérité, c’est qu’on est des petits rigolos à la base, et qu’on reste des petits rigolos.” Avec des cravates quand même.

TOUS PROPOS RECUEILLIS PAR VB ET LDC

“Les Jeunes avec Macron, ils nous voient comme des archaïques incapables de nous adapter au

monde nouveau, mais les idées qu’ils défendent sont les mêmes que celles de Fabius en 84 et de DSK dans les années 2000”

Benjamin Lucas, président du MJS

À Las Vegas, en compagnie de start-up de françaises.

A FP / ROBYN BECK

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DEMAIN, TOUS

PATRONS?

Arnaud Montebourg rêvait de réindustrialiser la France, Emmanuel Macron veut voir “des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires”. Le ministre de l’Économie ne

manque d’ailleurs jamais une occasion de s’afficher avec des entrepreneurs en herbe. Une fièvre entrepreneuriale serait-elle en passe de saisir le pays? Trois patrons, un économiste et un spécialiste de l’ubérisation prennent sa température.

PAR VICTOR LE GRAND ET ALEXANDRE PEDRO

Quand Emmanuel Macron dit que ‘les jeunes générations veulent devenir entrepreneurs, pas fonctionnaires ou politiciens’, est-il dans la transgression politique ou met-il le doigt sur une véritable aspiration de la jeunesse française?

Robin Rivaton: Depuis dix ans, la France a entamé, selon moi, une véritable révolution entrepreneuriale.

En 2002, vous aviez 3% des Français qui déclaraient souhaiter créer une entreprise, ce chiffre est monté à 16% en 2014. Aucun autre pays n’a connu une telle variation. Et Macron l’a compris.

Bruno Teboul: Je suis plus mesuré. Chez les jeunes issus des grandes écoles, vous n’en avez que 5% qui décident de lancer leur boîte à la sortie. Et les chiffres sont comparables à l’étranger. Tout le monde n’a pas envie de monter son entreprise. Le fait d’être entrepreneur, c’est aussi être exposé. Et quand vous avez fait cinq ou six ans d’études, vous n’avez pas forcément envie de vous mettre tout de suite en situation de risque.

Jean-Daniel Guyot: Pourquoi, à votre avis, Macron s’adresse-t-il beaucoup aux start-up? Car ce sont les

seules à embaucher beaucoup de jeunes. On recrute sans souci ; sans regarder l’école, l’origine ethnique, le sexe…

C’est un peu le seul ascenseur social qui fonctionne encore en France. Avec des gens qui peuvent avoir des responsabilités folles à moins de 30 ans.

Peut-on dire que les jeunes attendent moins de l’État et pensent que la solution dans un contexte de crise passe d’abord par eux-mêmes?

Robin Rivaton: Le chômage de masse existe depuis le début des années 80, mais la génération précédente réagissait différemment: elle attendait davantage l’aide de l’État, beaucoup de jeunes aspiraient à travailler dans la fonction publique. Vous aviez deux jeunes sur trois qui voulaient devenir fonctionnaires. Il y avait une plaisanterie qui tournait pas mal à l’époque:

‘Pourquoi seulement deux jeunes sur trois veulent devenir fonctionnaires? Parce que le troisième l’est déjà.’

Bruno Teboul: Je ne nie pas que ça peut être perçu comme une autre opportunité quand on n’a pas d’autre choix pour se positionner sur le marché du travail. On va

33 Society

Robin Rivaton

Économiste, auteur de La France est prête, nous avons changé et conseiller en charge de l’attractivité et du développement économique de la région Île-de-France.

Bruno Teboul

Enseignant à Paris- Dauphine, directeur de l’innovation, de la recherche et du développement de Keyrus, cabinet de conseil en nouvelles technologies et auteur de Ubérisation = économie déchirée?

Paul Morlet

26 ans, patron de Lunettes pour tous, la marque de lunettes à 10 euros qui bouscule le marché de l’optique en France.

Jean-Daniel Guyot

Fondateur de Capital Train, la plateforme numérique qui s’attaque au marché de la vente des billets de train sur Internet.

DR – KLAUS BINDER

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monter son activité plutôt que d’attendre que le marché de l’emploi se débloque. Mais ce n’est pas une solution suffisante ni satisfaisante pour endiguer un phénomène comme le chômage de masse.

Paul Morlet: Pour prendre mon exemple personnel, à la base, je ne cherchais pas à devenir patron, je voulais juste créer mon job. J’avais 20 ans, un BEP d’électricien, je n’avais pas de travail, pas le permis de conduire et j’ai monté ma structure pour vendre des

lunettes fantaisie que je fabriquais moi-même. Je n’avais pas d’autre ambition, je gagnais 1 300 euros à l’époque, ça me paraissait un maximum. Puis l’entreprise a commencé à se développer, j’ai embauché des gens –j’ai 100 salariés aujourd’hui– et je me suis un peu retrouvé patron par défaut. Pour moi, il n’y avait rien de glorieux au départ.

Emmanuel Macron a fait de l’économie numérique son cheval de bataille. Est-ce que cette révolution digitale en marche s’accompagne d’une envie d’indépendance, voire d’un rejet du salariat sous sa forme classique?

Robin Rivaton: Quand on observe les motivations des jeunes entrepreneurs, ce ne sont pas les motifs financiers qui les animent en premier mais davantage cette envie d’indépendance, d’être maître de son temps, de ne pas avoir de patron. Il y a une sorte de rejet du salariat, les modes de management à la française sont assez décriés.

Et le fait d’avoir beaucoup réduit le temps de travail fait qu’on a fortement concentré le travail sur les actifs, notamment chez les cadres. La nouvelle génération paraît vouloir davantage se prendre en main, créer son emploi.

Après, il faut relativiser. Aujourd’hui, de nombreuses personnes ont des activités indépendantes mais ça sera souvent en complément de leur activité salariale.

Bruno Teboul: L’ubérisation oblige à distinguer d’un côté les emplois salariés qui peuvent être créés ou pas, et de l’autre le développement des autres formes de travail non salarié: micro-entrepreneur, chef d’entreprise, free- lance, travailleur indépendant. Mais être indépendant, ça ne veut pas dire être patron. Vous n’avez plus un lien de subordination contractuel au sens du droit du travail, mais

vous avez un lien de subordination économique.

Par exemple, Uber peut décider comme l’été dernier de baisser de manière unilatérale les tarifs de 20%, de vous attribuer ou pas une course en fonction de son algorithme. Par définition, vous ne pouvez pas être patron si vous ne détenez pas le capital de l’entreprise. Or, les chauffeurs de VTC ne seront jamais les patrons d’Uber et vous ne serez jamais patron de Airbnb en étant juste celui qui met en location son appartement.

Jean-Daniel Guyot: Dans les start-up du numérique, qui sont pour la plupart en chômage négatif, c’est-à-dire dans un secteur où il y a plus de postes que de talents disponibles, nous ne sommes plus dans le schéma classique du xxe siècle qui oppose le capital et sa force de travail. Les rapports ont changé, sont plus équilibrés. Si je ne satisfais pas mon employé, si je ne lui offre pas de très bonnes conditions

de travail, un projet incroyable et un management de qualité, il peut partir du jour au lendemain. Ma démarche n’est pas de me demander comment je vais faire pour

‘exploiter’ au maximum mon salarié. C’est plutôt l’inverse:

comment faire pour retenir quelqu’un que j’ai déjà eu du mal à recruter?

Bruno Teboul: C’est là où Emmanuel Macron fait une erreur. Je partage avec lui l’idée que le capitalisme à

la papa de la famille Rousselet, propriétaire de G7 et des Taxis Bleus, ne profite qu’à des gens qui détiennent cette société. Je ne suis pas pour défendre une forme ancienne du capitalisme contre une nouvelle qui est l’hypercapitalisme d’Uber. Mais avec Uber, Airbnb ou Amazon, on assiste à une vague de précarisation de l’emploi, à une forme d’intermittence généralisée qui est aussi une remise en cause du modèle salarial.

On dit que les Français n’aiment pas les patrons. D’où vient cette défiance?

Robin Rivaton: Je pense que les gens ont changé leur regard sur l’entreprise, mais ils ont encore du mal avec la figure du patron, de la grande entreprise surtout, qui reste assez honnie. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’un changement de l’image des patrons, je vois davantage une demande d’indépendance et d’autonomie qui est assez peu comprise par les politiques.

Est-ce que le Medef contribue à cette mauvaise image?

Jean-Daniel Guyot: Le Medef ne représente pas le patronat mais seulement une partie. Ce sont sans doute des bons dirigeants mais qui n’ont, pour la plupart, jamais créé l’entreprise dans laquelle ils sont. Ils ont eu la bonne famille, la bonne place au bon moment. De ma génération, je ne connais aucun entrepreneur qui s’identifie au Medef.

Paul Morlet: Les gens du Medef pleurent sur les charges sociales, mais c’était déjà le cas quand ils ont monté leur boîte. Chaque année, on dirait qu’ils découvrent ce problème.

On a l’impression tout de même que les charges sociales restent le principal frein si on cherche à entreprendre en France…

Robin Rivaton: Le gouvernement actuel a fait des gros efforts pour les entreprises. Le CICE*, c’est une baisse des charges. Après, ça n’a pas fonctionné car ça n’a pas débloqué les comportements. L’économie, ce n’est pas seulement des chiffres, c’est aussi de la psychologie, une façon dont les individus réagissent les uns par rapport aux autres ; s’ils ont confiance, s’ils ont envie d’investir.

Le gouvernement n’a pas réussi à déclencher ce déclic de confiance. Le CICE a été mal compris, car mal expliqué.

Les patrons ont pris cet argent, mais comme ils ne savaient pas si cette mesure était amenée à durer, ils n’ont rien fait à partir de ça.

Pourtant, le gouvernement actuel passe son temps à déclarer sa flamme aux entrepreneurs, comme lorsque Manuel Valls clame à la City de Londres: ‘My governement is pro-business.’ On a le sentiment que le

2,1 millions

Le nombre de Français qui envisagent de créer leur entreprise dans les deux ans.

13

Un Français sur quatre

millions

envisagerait de créer ou reprendre un jour une entreprise. Cela représente un vivier d’environ treize millions d’entrepreneurs.

“Être indépendant, ça ne veut pas dire être patron. Vous n’avez plus un lien de subordination contractuel au sens du droit du travail, mais vous avez un lien de subordination économique”

4 248

Selon l’Insee, en euros, le salaire mensuel moyen des chefs d’entre- prise de moins de 20 salariés. Ce salaire monte à 6 439 euros pour les entreprises de 20 à 50 salariés et à 8 925 euros pour les entreprises de plus de 50 salariés.

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contexte est plutôt favorable pour ceux qui veulent monter leur boîte…

Paul Morlet: J’ai pas mal d’amis qui montent des boîtes aux États-Unis, mais ils sont sur Paris pour lever des fonds. Il existe des gros fonds d’investissements en France, des gens riches qui ont envie d’investir (Xavier Niel, PDG de Free, est actionnaire de son entreprise, ndlr). Il y a en ce moment un écosystème assez favorable. Quand je vois certaines entreprises lever pas mal d’argent avec des idées pas géniales, je me dis qu’on n’est pas à plaindre en France. On dit toujours qu’il y a plein de paperasse à remplir. Bon, c’est juste trois heures de ton temps à remplir des formulaires.

Mais dans le fond, un monde où tout le monde

aspirerait à être patron, ou micro-entrepreneur, est-il envisageable?

Jean-Daniel Guyot: Non, on sait bien que ce n’est pas possible. Quand Macron dit ‘demain, tous patrons’, c’est en réalité un compromis: la jeune génération sait

parfaitement qu’elle ne travaillera pas toute sa vie dans la même boîte et qu’un jour peut-être, tout le monde sera amené à prendre des risques. Comme ceux d’entreprendre et de créer.

Robin Rivaton: On n’est plus dans un choix binaire où on choisirait d’être patron ou salarié. Avoir son activité peut correspondre à un moment précis de sa carrière. On ne reste plus sur le même modèle toute sa vie. Tout le monde ne peut pas être patron, cela demande des capacités à gérer l’insécurité inhérente à cette activité.

Paul Morlet: Il y a un truc qui m’a toujours énervé quand j’étais à l’école, c’est qu’on me disait que je n’allais pas changer les choses, que c’était comme ça et qu’il fallait l’accepter. Là, j’ai l’impression d’avoir commencé à changer les choses avec mes lunettes à 10 euros en grappillant 10% du secteur de l’optique à Paris. Ça

veut dire qu’un petit mec de 23 ans peut s’attaquer à un marché bloqué. C’est la preuve qu’être dans la création d’entreprise, qu’être patron finalement, c’est aussi

‘changer le monde’.

TOUS PROPOS RECUEILLIS PAR VLG ET AP

*Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) est un avantage fiscal (taux de 6%) qui s’applique, sous certaines conditions, pour les rémunérations n’excédant pas 2,5 SMIC.

35 Society

“En 2002, vous aviez 3% des Français qui

déclaraient souhaiter créer une entreprise, ce chiffre est monté à 16% en 2014.

Aucun autre pays n’a connu une telle variation”

5%

Depuis 2008, le nombre de nouvelles entreprises employant des salariés ne cesse de diminuer. Aujourd’hui, seules 5% des nouvelles entreprises se lancent en employant des salariés.

Sources: Think, Insee, APCE

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