Article original
Effets du recépage sur les réserves glucidiques
et lipidiques du «faux-vernis du Japon»
(Ailanthus glandulosa Desf, Simarubacées)
*G Bory MD Sidibe, D Clair-Maczulajtys
Université Paris 7, groupe
physiologie
de l’arbre,2 place
Jussieu, 75005 Paris, France(Reçu
le 17 mai 1990;accepté
le 18 octobre 1990)Résumé — Les
jeunes plants
de l’Ailanthus glandulosa sontremarquables
par leurprécocité
àreje-
ter de souche et à
drageonner.
L’enlèvement des
parties
aériennes provoquel’apparition
de brins néoformés de diversesorigines.
Ils peuvent être issus de
bourgeons
préexistants dansl’hypocotyle,
debourgeons
adventifs apparus sur la section de coupe et debourgeons
axillaires descataphylles présentes
sur la base des brins néoformés. Ces brinscataphyllaires
s’affranchissent très facilement.Les recépages successifs
pratiqués
en conditions contrôlées sur desplants
de 8 mois provoquentglobalement
une stimulation de laproduction
de matière sèche ducompartiment
racinaire. Ce traite- ment favorise les racines latéralesplagiotropes
par rapport aupivot.
Contrairement à certaines observations réalisées à propos d’autres feuillus, les recépages succes-
sifs ont un effet
positif
sur l’accumulation de réservesglucidiques
dans le système souterrain. Ceci est mis en relation avec l’efficacitéphotosynthétique
et lescapacités
de colonisation de cette es- sence.Le
compartimentage
et la qualité des réservesglucidiques
etlipidiques
sontégalement
modifiéssous l’effet de coupes répétées. Dans ce cas, les racines latérales vont constituer la zone
principale
d’accumulation de l’amidon, alors que le
pivot joue
ce rôle chez lesplants
témoins. La souche de- vient une zone d’accumulation de sucres solubles.Pour les
plants recépés
3 fois, la souchereprésente également
une zoneprivilégiée
d’accumulation de lipides. A 90j,
les brinsdéveloppés après
3 coupes sontplus
riches enlipides
que lestiges
des plants témoins. Lerecépage
provoque aussi une augmentation dudegré
d’insaturation des acides gras totaux. Ceci estparticulièrement
sensible dans les racines latérales et est dû à uneplus grande importance
des acideslinoléique
etlinolénique. Après
lerecépage,
lepivot, qui
restetoujours
pauvre en
lipides,
montre uneprédominance
des acidespalmitique
etstéarique.
Ailanthus glandulosa /
compartimentage
des réserves /recépage
/rejet
de souche /système
racinaire
Summary —
Effects of cutting back on thecarbohydrate
andlipid reserves
In the tree ofheaven
(Ailanthus
glandulosa Desf, Simaroubaceae).Seedlings
of Ailanthusglandulosa
show a remarkablyearly development of stump
shoots and suckers.The removal of aerial parts induced the
development
of shoots of differentorigins (fig
3).They
mayoriginate
frompre-existing
buds in thehypocotyl,
adventitious buds on a cut section, oraxillary
buds* Article présenté dans le cadre des activités du groupe d’étude de l’arbre.
**
Correspondance
et tirés à partof
cataphylls
present at the base of the new shoots. These cataphyllary shoots separated from seed-lings
very easily. After 2 or 3 cuts,seedlings
also produced adventitious buds on roots and somestarted to
develop
suckers (tables I,II).
The 8-month-old
seedlings
raised under controlledgreenhouse
conditions were cut back 1, 2 or 3 times(fig
1). Dry weights and nutrient reserves of cut and intactseedlings
were determined at 30-d in-tervals from the first cut.
The root system of the
seedlings
increased in dryweight
throughout the successive cuts and the dryweight
increase washigher
in the lateral roots than in the taproot. At 90 d, the largest increase in the totaldry weight
was observed inseedlings
after 3 cuts. Growth of the collar which then became astump
only
occurred inseedlings
after 3 cuts (tableIII).
Contrary to some observations concerning deciduous trees, repetitive cutting back had a positive ef-
fect on the carbohydrate accumulation in the subterranean system. This result was related to the pho- tosynthetic
efficiency
and the colonization of this species.The distribution and the quality of the
carbohydrate
andlipid
reserves were also modified by repetitivecuts. At 90 d, the carbohydrates were distributed in similar quantities between the aerial and subterra-
nean parts of intact
seedlings
(table IV). After 2 or 3 successive cuts, the greater proportion of thestarch reserve was then located in the root system. In this case, the lateral roots
represented
theprin- cipal
site of starch accumulation whereas the taprootplayed
this role in intactseedlings.
The stumpmainly
accumulated soluble sugars(table
IV).In intact
seedlings,
the level oflipids
washigher
in the root system than in stems (tableV). Cutting
back induced a significant decrease in total lipids which occurred in shoots developed after 3 cuts at
30 and 90 d. At the same time, the stump also
represented
the siteof lipid
accumulation for cut seed-lings
(table V). In other areas,cutting
back caused an increase in the desaturation of the total fattyacids of the lateral roots, expressed as an increase in linoleic and linolenic acids (table V, fig 4). In contrast, the most
important fatty
acids in the taproot werepalmitic
and stearic acids(fig
4).Ailanthus glandulosa / reserve distribution / cutting back / stump shoots / root system
INTRODUCTION
L’ailante
glanduleux
ou faux-vernis duJapon
est uneespèce arborescente pion-
nière
remarquable
par sescapacités
à ré-sister à différents
types d’agressions.
Ellese
comporte
d’ailleurs fort bien en milieu urbain. C’est un des arbresqui figure parmi les
moins sensibles à lapollution (Kovacs
etal, 1982).
Sesparticularités biochimiques
luipermettent également
derésister au
développement
de certainschampignons parasites
et de repousser lesattaques
desphytophages (Sussex
etal, 1960; Ohmoto et al, 1976).
Plusieursexpérimentations
et observations ont mon-tré que l’ailante évite et
supporte
une sé- cheresseprolongée (Dubroca
etBory, 1981), tolère
des sols à haute teneur enchlorure de sodium et résiste à des baisses
importantes
detempérature (Clair- Maczulajtys, 1984).
Lesexplications
decette
remarquable plasticité
sont à recher-cher dans
l’importance
et ladisponibilité
des
glucides racinaires,
dans l’efficacitéphotosynthétique
assurant un renouvelle- mentrapide
de ces réserves(Marek, 1988)
et surtout dansl’aptitude
pour cetteespèce
àdévelopper
desbourgeons
ad-ventifs. Ses
potentialités organogènes (rhi- zogenèse adventive, bourgeonnement,
mise à
fleur)
sont extrêmementprécoces
et
augmentent
les chances de survie desjeunes plants (Clair-Maczulajtys
etBory, 1983).
Cet article décrit l’effet du
recépage
surles modifications de la
quantité,
de laquali-
té et du
compartimentage
des réservesglucidiques
etlipidiques
dans lesystème
souterrain de l’ailante
glanduleux.
Ce tra-vail
complète
les résultatsdéjà
obtenussur la résistance de cette
espèce
à diffé-rents
types d’agressions (Dubroca
etBory,
1981;Bory,
1983;Clair-Maczulajtys,
1984).
MATÉRIELS
ETMÉTHODES
Les semis sont effectués en mars sous condi- tions contrôlées (24 ± 2 °C, éclairement de 100 W.m
-2 en
jours longs
de 18 h). Les jeunes plants se développent ainsi pendant 3 moisdans des bacs contenant un
mélange
de tourbe,de vermiculite et de terreau de feuilles en pro- portions équivalentes, sans apports nutritifs sup-
plémentaires. Au début juin, ils sont transférés
au jardin, dans leur bac d’origine. On les rentre
en serre fin octobre
lorsqu’ils
ontperdu
leurs feuilles; les conditions de culture sont similaires à celles utilisées pour lagermination
(24 ± 2 °C, jours longs de 18 h, éclairement artificiel de 100W.m -2
).
Le débourrement desbourgeons
seproduit
5 j après. A ce moment, un 1er lot deplants est soumis à une ablation caulinaire, pra-
tiquée dans la zone hypocotylaire à 1 cm au-
dessus du collet. La
distinction
entre racine ettige
est à cet endroit bienmarquée
parl’interrup-
tion du suber caulinaire
(Clair-Maczulajtys,
1984). Sur un 2e lot, on
pratique également
unrecépage dès l’entrée en
serre,
puis 30 japrès
on élimine de la
même manière
les brins qui sesont reformés.
Enfin, sur
un 3elot deplants,
3coupes
successives
sont effectuées : la pre- mière aumoment
de l’entrée en serre, la deuxièmeaprès 30 j
de culture dans ces condi- tions et ladernière après
60j.
Tous ces lots deplants
ainsipréparés
sont élevés en serre pen- dant90 j
sous les conditions d’environnement définiesprécédemment.
Par ailleurs, on laissese
développer pendant
la durée del’expérience
un lot de plants sur
lequel
aucunrecépage
n’estpratiqué.
Lafigure
1 décrit cedispositif expéri-
mental.
Les observations morphologiques, les me-
sures et les prélèvements pour les dosages des
métabolites
glucidiques
sont effectués tous les30 j
après ce traitement. Pour leslipides
totaux,il a été réalisé un dosage
supplémentaire 5 j après
le dernierrecépage.
Les observationsmorphologiques ont été faites sur 20
plants.
Pour les estimations des
quantités
de matièresèche ainsi que pour les
dosages
des métabo- lites, on donne les moyennes obtenues pour 5 individus. Les résultats relatifs à l’effet du nombre de recépages sur les quantités de ma-tière sèche totale et de métabolites sont
traités
par l’analyse de variance (P = 0,05). Les effets
significatifs
des traitements sont caractérisés par la méthode descomparaisons multiples
de Tukey.Les
plants
sont scindés en 4parties morpho- logiquement
distinctes. Ils’agit
destiges
y com-pris
les brins néoformés, des racinesplagio-
tropes (racines latérales), dupivot
et du colletou de la souche. Pour le collet, chez les
plants
non
recépés,
onprélève
une zone dejonction
entre la
tige
et lepivot longue
de 1 cm etenglo-
bant le collet proprement dit, bien visible chez cette
espèce.
Cette zone évoluera en soucheavec le recépage et sera alors récoltée dans
son
intégrité (fig
2). La détermination de la ma-tière sèche de ces différentes
parties
est effec-tuée par
pesées après
dessication à l’étuve à 105 °C.Les
prélèvements
destinés auxdosages
des glucides sont fixés immédiatement dans l’étha-nol à 80%. Les
glucides
sont extraits dans l’éthanol bouillant à 80% àpartir
de 2 g de maté- riel frais finementbroyés. Après
3 extractions de 30 min, les sucres solubles totaux sont doséssur le filtrat par spectrophotométrie à 640 nm
selon la méthode à l’anthrone décrite par Ash- well (1957). Le résidu des extractions
précé-
dentes est lavé 2 fois à l’éthanol 80%,
puis
àl’eau distillée. Trois extractions à l’eau bouillante sont ensuite nécessaires pour extraire totale- ment l’amidon
qui
est,après hydrolyse
àl’acide
perchlorique,
dosé selon leprotocole
de Macready et al (1950).Pour les
lipides,
5 g de matériel frais sont fixés dans 50 ml d’eau bouillantependant
2 min.On
procède
ensuite à l’extraction deslipides
selon le
protocole
décritprécédemment (Clair- Maczulajtys
etBory,
1987). Laméthylation
desacides gras totaux a été réalisée selon la mé- thode de Carreau et
Dubacq
(1978). L’analysequalitative
etquantitative
des estersméthyli-
ques est ensuite effectuée par
chromatographie
en
phase
gazeuse(appareil Varian-Aerograph couplé
à un calculateur CDS 111). Latempéra-
ture de la colonne est de 165 °C et celle de l’in-
jecteur
de 220 °C.RÉSULTATS
Origine
des pousses aériennes reconstituéesA la suite de la 1re coupe, des
bourgeons
adventifs se
développent
au niveau de la section de latige
sur un cal cicatriciel.D’autres se forment sur les flancs de la
zone du
collet; l’apparition
de ces derniersest très
rapide puisqu’ils
deviennent vi- sibles au bout de 5-6j.
Trentejours après
1 ou 2
recépages,
il se formetoujours plus
de
bourgeons
au niveau du collet que sur la section de latige principale.
C’est l’in-verse pour les
plants ayant
subi 3 coupes(tableau I).
Quel que soit letraitement,
lesbourgeons
du colletn’apparaissent
quependant
les 30premiers jours
tandis queceux de la section de la
tige principale
continuent de se former
jusqu’à
la fin del’expérience (tableau I).
Dans le cas où le
plant
a subi 1 ou 2coupes
successives,
iln’y
ajamais
debourgeons
visibles à l’œil nu sur la base des brins sectionnés. Aucontraire, après
3coupes,
quelques-uns
sontrapidement
re-pérables (6-8 j après
la dernièrecoupe).
Ils
correspondent
audéveloppement
desbourgeons
axillaires despremières
forma-tions foliaires
(cataphylles).
Ils donneront des brins àl’origine
de lamajorité
des af-franchissements observés à
90 j (tableau II).
Une 4e
catégorie
debourgeons apparaît
sur les
plants recépés
2 ou 3 fois. Ils’agit
de
bourgeons
racinaires. Ceux-ci sont tou-jours beaucoup plus
tardifs que les autrestypes
debourgeons
et certains sedévelop- peront
endrageons (tableau II).
Le nombre de brins sur le collet aug- mente
progressivement
avec les coupes successives. A90 j après
le 3erecépage,
ily a en moyenne 5 fois
plus
de brins déve-loppés qu’à
la suite de la 1re coupe(ta-
bleau
II).
Lafigure
3indique
les différentesorigines
destiges
aériennes néoformées.Il faut
souligner
que lesbourgeons
ad-ventifs apparus sur la section de la
tige
n’évoluent en axes feuillés que chez les
jeunes plants
à 3 coupes;plus
de la moitié d’entre euxdisparaîtra pendant
la durée del’expérience.
Dans ce caségalement,
lesbrins
ayant
pourorigine
lesbourgeons
axil-laires des
cataphylles
sont nombreux às’affranchir
(environ
80% d’entreeux).
Lesautres brins
capables
de former leur propresystème
racinaire sont situés à la base du collet.Le nombre de
drageons
neparaît
pas être en relation avec l’intensité du recé- page.Cependant,
il ne s’endéveloppe
pasaprès
1 seule coupe(tableau II).
Leur dé-veloppement
esttoujours
tardif. L’émer-gence des
tiges
aériennes ne seproduit qu’à partir
de60 j après
la dernière coupe et ceciquel
que soit le traitement.Évolution
dupoids
de la matière sècheen fonction de la
fréquence
des
recépages
En ce
qui
concerne lesplants entiers, après
60j,
on constatequ’une
seulecoupe entraîne par
rapport
autémoin,
une baissesignificative
dupoids
de la matière sèche. Aucontraire,
lesplus
fortes valeurs de matière sèche totale parrapport
au té- moin sont observéesaprès
3recépages
successifs et à
90 j (tableau III).
Pour le
compartiment racinaire, après 1,
2 ou 3 coupes, c’est surtout la matière sèche des racines latéralesqui augmente significativement;
ellereprésente
alors 2-3fois celle du
pivot.
Aucontraire,
lesplants qui
n’ontjamais
été sectionnés ont unpivot
dont lepoids
de matière sèche croîtrégulièrement (tableau III).
A 30, 60 ou 90
j,
le nombre de recé- pages induit defaçon significative
uneaugmentation
dupoids
de matière sèche du collet. A la fin del’expérience
cettezone
particulière
devient une véritablesouche
qui représente près
de 39% dupoids
total duplant (tableau III).
Après
90j,
les brins néoformésrepré-
sentent
respectivement
pour 1, 2 et 3 coupes7,76
g,6,42
g, et5,3
g soit46%,
37% et 22% de la matière sèche totale du
plant.
Lesrecépages
successifs sont sanseffet sur
l’augmentation
de la matièresèche des
tiges.
Ils favorisent donc l’ac- croissement desparties
souterraines parrapport
audéveloppement
des brins et d’une manièregénérale augmentent
lepoids
total duplant (tableau III).
A la fin de
l’expérience,
lesplants
té-moins montrent une distribution de la ma-
tière sèche
équivalente
entre lesparties
aériennes
(A)
et souterraines(S).
Ce rap-port
A/S diminue avecl’augmentation
dunombre de coupes,
marquant
ainsil’impor-
tance du
développement
dusystème
sou-terrain par
rapport
aux brins néoformés(ta-
bleau
III).
Évolution
desquantités
deglucides
et de
lipides
Par
rapport
auplant témoin,
onrelèvera,
pour laplante
entière etaprès
3 recé-pages, une accumulation
significative
desucres solubles et d’amidon à la fin de l’ex-
périence.
A ce moment, la stimulation de l’accumulation d’amidonapparaît plus
forteaprès
1 seule coupe. Elle est due à uneaugmentation
trèsimportante
de l’amidon dans lestiges.
Ces dernièresreprésentent
alors un site
important
de rétention deglu- cides,
alors que chez leplant témoin,
ils serépartissent
enquantités comparables
dans les
parties
aériennes et souterraines(tableau IV).
Aucontraire,
pour lesplants ayant
étérecépés
2 ou 3fois,
lamajorité
des réserves
amylacées
se trouve à la finde
l’expérience
dans lesystème
racinaire.Dans ce cas, les racines latérales vont constituer la zone
principale
d’accumula- tion de l’amidon alors que lepivot s’appau-
vrit en métabolites
glucidiques
defaçon
si-gnificative.
Chez le témoin nonrecépé,
ildemeure avec les
tiges
un siteimportant
de
stockage
de l’amidon et des sucres so-lubles alors que les racines latérales sont
remarquables
par leurpauvreté
en amidon(tableau IV).
Les coupes successives ont un effet sti- mulant sur l’accumulation de sucres so-
lubles dans la souche
qui devient, après
3recépages
et à 90j,
un véritable réservoir à sucres solubles pour l’ensemble duplant (tableau IV).
Les
plants
ayant étérecépés
1 fois sont à90 j
bien moins riches enlipides
que lesplants
témoins. Enparticulier,
dans lepivot,
on note une diminutionsignificative
des
lipides
totaux. Il en est de même pour lesplants ayant
subi 2 ou 3coupes
suc-cessives.
Seuls,
les brins néoformésaprès
3 coupes sont
plus
riches enlipides
que latige
desplants
témoins. Lesrecépages
successifs entraînent à
90 j
uneaugmenta-
tionsignificative
deslipides
totaux dans lesnouveaux brins
(tableau V).
La souche constitue
également,
à 90j,
pour les
plants recépés
3fois,
uneimpor-
tante zone d’accumulation de
lipides. Cinq jours après
la dernière coupe, lesquanti-
tés de
lipides présentes
dans la souche oudans les racines latérales sont nettement
plus
élevées pour lesplants coupés
2 ou 3fois
(tableau V).
L’analyse
de lacomposition
en acidesgras des
lipides
totaux faitapparaître
que 2 ou 3recépages
successifsprovoquent
dès5 j
uneaugmentation
du taux d’insatu-ration, spécialement
dans les racines laté- rales. Ce niveau élevé dudegré
d’insatura- tion se maintientjusqu’à 90 j (tableau V).
Ce
phénomène
est alorsdû,
comme le mentionne lafigure
4, à une forte propor- tion des acideslinoléique (C 18:2 ) et
linolé-nique (C 18:3 ).
Au contraire, dans les brinsnéoformés,
3 coupes successives provo-quent
une diminution du taux d’insaturation des acides gras(tableau V).
Ceci est àmettre en relation avec
l’augmentation
del’importance
duC 18:0 (acide stéarique)
etdu
C 16:0 (acide palmitique)
et avec la dimi-nution de l’acide
linoléique (fig 4).
Chez le
témoin,
ainsi que chez lesplants recépés,
le taux d’insaturation des acides gras estgénéralement plus
basdans le
pivot
que dans les autrescomparti-
ments. Les coupes successives accen- tuent cette
particularité (tableau V).
D’unemanière
générale,
lacomposition
enacides gras du
pivot
desplants recépés
est dominée par la
présence
des acidespalmitique (C 16:0 ), stéarique (C 18:0 ).
Chezles
plants
nonrecépés,
l’acideoléique (C
18:1
)
est mieuxreprésenté,
mais son im-portance
décroît avec lesrecépages
suc-cessifs
(fig 4).
Sacomposition
en acidesgras est tout à fait
comparable
à celle des racines latérales. Chez cesdernières,
à90
j,
les acideslinoléique (C 18:2 )
et linoléni-que
(C 18:3 ) représentent
les acides grasmajeurs. Contrairement
aupivot,
les recé-pages successifs induisent une diminution de l’acide
palmitique (C 16:0 ).
DISCUSSION
L’ailante est donc une
espèce particulière-
ment intéressante pour ses
capacités
à ré-sister à des coupes successives. En
effet,
3
conditions
sont réunies :- il existe un stock de
bourgeons capables
de se
développer
enrejets,
- cette
espèce possède
descapacités
or-ganogènes exceptionnelles permettant
enparticulier
un renouvellement des bour- geonsadventifs,
- l’ailante
possède
lamajorité
de ses ré-serves
énergétiques
dans lesystème
sou-terrain
(Clair-Maczulajtys, 1984).
Les
jeunes plants
d’ailanterecépés
sontremarquables
par leurprécocité
àrejeter
de souche et à
drageonner.
Enfait,
despotentialités
derégénération exception-
nelles ont été décrites chez des
germina-
tions de
15 j (Clair-Maczulajtys
etBory, 1983). L’hypocotyle
se révèledéjà
unezone
organogène
trèsimportante, capable
de s’enraciner ou de former naturellement des
bourgeons
adventifs dans le paren-chyme
cortical. Des organesplus âgés
comme des
segments
detige
internodaux sontégalement capables
deproduire
desbourgeons
adventifs(Caruso, 1974).
Au ni-veau du
collet,
lesbourgeons qui
se déve-loppent
en brinsaprès
la coupe sont issusde
petits
massifsméristématiques
indiffé-renciés
préexistants.
La coupe est donc àl’origine
de leur évolution enbourgeons puis
entiges,
mais nonresponsable
deleur
démarrage (Clair-Maczulajtys, 1984).
Cependant,
en l’absence de données surla
quantité
de ces massifsprécurseurs,
rien n’interdit de penser que la coupe pour- rait aussi stimuler leur formation. Les brins
qui
sedéveloppent
sur la souche ne sont doncjamais
issus debourgeons
axillaireslatents. Au
contraire,
chez d’autres es-pèces
comme Betulapendula
et Bpubes-
cens, les brins se forment à
partir
desbourgeons
axillaires latents et les brinsd’origine
adventive ne sedéveloppent
quelorsque
lesplants
sontincapables
dereje-
ter à
partir
desbourgeons
dormants(Rinne et al, 1987). Ici,
les brinsapparais-
sent très tardivement sur le cal cicatriciel de la
tige
ettoujours après
3 coupes suc- cessives. La formation des brins issus dezones
méristématiques préexistantes
semble donc être
privilégiée
audépart.
Les coupes successives entraînent une
augmentation
du nombre de pousses par souche. Ceci a étésignalé
chez d’autresespèces capables
desupporter
ce traite-ment
(Kauppi
etal, 1988).
Les auteursmentionnent que Betula
pubescens
estavantagée
à la fois par une réserve consi- dérable debourgeons
latents et par unecapacité
à en reformer.Les
drageons
ne sedéveloppent qu’après
3 enlèvements successifs des brins. Il fautsignaler
que la seule ablation dubourgeon
terminal de latige
en crois-sance provoque la rentrée en activité des
bourgeons
racinaires chez desplants
de2 ans; la section de la
tige
au niveaudu collet n’en
produisant
pas(Clair-
Maczulajtys, 1984). Depuis
les travauxd’Eliasson
(1971)
et de Schier(1973),
ilest bien évident que la formation des dra- geons est
régulée
par la dominanceapi-
cale. Les réserves
glucidiques
neparais-
sent pas
jouer
un rôle direct dans la levéed’inhibition des
bourgeons
racinaires(Tew, 1970)
ou desbourgeons
latents dessouches
(Vogt
etCox, 1970).
Par contre, les réserves des racines sontlargement
utilisées dans la croissance des brins pen- dant leur
phase hétérotrophe
dedévelop- pement (Bamber
etHumphreys,
1965;Schier et
Zasada, 1973; Taylor
etal, 1982). L’importance
desglucides
raci-naires chez l’ailante est une des
explica-
tions à ses
capacités
colonisatrices pardrageonnement (Clair-Maczulajtys, 1984).
La taille et la défoliation entraînent le
plus
souvent unehydrolyse
et une diminu-tion de
réserves,
mêmeaprès
reconstitu- tion dufeuillage (Abusrewill
etal, 1983;
Reich,
1985;Parker, 1979).
Chez desjeunes plants
de Betulapubescens,
Jo-hansson
(1986)
note parexemple
unebaisse de teneurs en amidon
racinaire, 30 j après
la coupe. Chezl’ailante,
aucontraire,
les coupes successives provo-quent
uneaugmentation
de l’amidon des racines latérales. La souche est caractéri- sée par unehydrolyse importante
de l’ami-don. Mais à la différence des observations de Dubroca et
Saugier (1988) qui
mettenten évidence un affaiblissement considé- rable du niveau des réserves de la souche de
châtaignier recépée
2 fois dansl’année,
la souche d’ailante reste un
compartiment
très riche en
glucides solubles,
mêmeaprès
3 coupes successives. La souche nepeut
donc pas être considérée comme unsimple support mécanique
dusystème
brin-racine tel que l’ont décrit chez le
chêne-liège
Destremeau etRoderbourg (1968).
Il ne faut pas oublier que les pousses
produites
par lerecépage
sont d’une ma-nière
générale
nettementplus productrices
en terme de
biomasse, comparées
auxgerminations
de mêmeâge (Anderson
etZsuffa, 1975).
Lerecépage
a pour consé-quence le
développement
d’unsystème photosynthétique jeune, plus
efficace vis- à-vis de laphotosynthèse.
Deplus,
lacoupe diminue
l’éloignement
entre lesfeuilles et les
racines,
et selonKazarjan (1969) plus
lefeuillage
estéloigné,
moinsla mise en réserve des métabolites est effi-
cace.
L’augmentation
des réservesglucidi-
ques sous l’effet des coupes et dans l’en- semble de la
plante
traduit chez l’ailanteune
grande
efficacitéphotosynthétique soulignée
par Marek(1988).
L’ablation caulinaire
peut
entraîner unchangement
dans la localisation des zonesde
stockage
des métabolites de réserves.Ainsi,
chez leplatane, Clair-Maczulajtys
etBory (1988)
ont montré que certainesprati-
ques
d’élagage provoquent
unchange-
ment dans la
répartition
des réservesgluci- diques
duhouppier.
La modification ducompartimentage
des réserves est, chezl’Ailanthus
glandulosa,
un des effets per- sistants durecépage.
La mise en réservedes
glucides
se faitpréférentiellement
dans les racines latérales et ce au détri- ment du
pivot.
Ceci seraitpeut-être
dû àl’établissement d’une circulation
privilégiée
des sèves entre les racines latérales et le brin. Plusieurs auteurs ont observé
qu’il existe,
au niveau d’unesouche,
une ali- mentationprivilégiée
des brins par les ra- cines situées àproximité.
C’est le cas chezle bouleau
(Bedeneau
etPagès, 1984)
oule
châtaignier (Aymard
etFredon, 1986).
La souche devient,
après
3recépages
suc- cessifs, la zoneprincipale
d’accumulation de sucres solubles. Aucontraire,
lecollet,
chez le
plant
nonrecepé,
demeure très pauvre englucides métabolisables
pen- dant toute la durée del’expérience
et estmême
dépourvu
d’amidon lors de la ren-trée en serre des
jeunes plants.
Cette ca-ractéristique
adéjà
été décrite chez des arbres d’unequinzaine
d’années où la base des troncsprésente
des teneurs ex-trêmement faibles en amidon
(Bory, 1983).
Chez les
jeunes plants
d’ailante, Clair-Maczulajtys (1984)
a mis en évidence que les bassestempératures
et la salinité pro-voquent,
comme lesrecépages successifs,
une
augmentation
deslipides
totaux dansle
système
souterrain. D’une manièregé- nérale,
chez bon nombre devégétaux
li-gneux, le froid est
responsable
de l’accu-mulation de
lipides (Zimmermann, 1971;
Tschager
etal, 1982)
et cela s’accom-pagne souvent d’une élévation du
degré
d’insaturation des acides gras totaux. Il y a
donc là une similitude avec les effets des
recépages
successifs.La coupe, en
favorisant,
d’unepart
ledéveloppement
des racines latérales por- teuses debourgeons racinaires,
et d’autrepart
l’accumulation de réserves à ce ni- veau,permet
aujeune plant
une meilleureadaptation
à la colonisation des sols nus.Comme le
soulignent
Trabaud etMéthy (1988),
pour des chênessempervirents,
les réserves du
système
racinairejouent
un rôle essentiel dans les
premiers
stadesde la reconstitution des
parties
aériennes détruites. C’estégalement
une desexpli-
cations des
capacités
derégénération
del’ailante
après
le passage des incendies(Clair-Maczulajtys, 1984).
Cette étude tend à montrer que l’ailanteglanduleux
estune des rares
espèces ligneuses
non seu-lement
capable
desupporter
des rotations annuelles mais aussi d’avoir unsystème
racinaire dont la croissance est renforcée par cette
pratique.
Son utilisationpoten-
tielle dans la création de zonespare-feux
ou comme fixateur de sols devrait être sé- rieusement
envisagée
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