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Qu’est-ce donc qu’un microbiote intestinal normal ?

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1434 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 29 juin 2011

actualité, info

Qu’est-ce donc qu’un microbiote intestinal normal ?

Jadis, on parlait de flore intestinale. Il con­

vient aujourd’hui de parler de microbiote, concept correspondant plus généralement à l’ensemble des micro­organismes existant dans un environnement donné (le micro­

biome). Ainsi le microbiote intestinal est­il constitué de l’immense et complexe com­

munauté microbienne vivant en son sein ; un microbiote dont on sait qu’il exerce des fonctions essentielles en termes de nutrition et de santé. Mais qu’est­ce qu’un microbiote intestinal normal ? La question était soule­

vée il y a peu à Paris, devant l’Académie na­

tionale de médecine par Joël Doré, chercheur à l’Institut national français de la recherche agronomique (Inra).

«Les interactions entre les constituants ali­

mentaires, les microbes et l’organisme sont le fruit d’une longue coévolution ayant con­

duit à une association mutualiste. Tant qu’il dépendait de la culture, le taux de découverte de nouvelles bactéries est resté très faible, a rappelé ce spécialiste des écosystèmes micro­

biens alimentaires. Avec l’application d’ou­

tils moléculaires indépendants de la culture, on a observé un accroissement majeur du nombre de micro­organismes identifiés dans l’intestin ; un phénomène ouvrant dans un premier temps l’accès à un inventaire com­

plet de la diversité microbienne dominante et donnant plus récemment accès au réper­

toire complet des gènes du microbiote do­

minant : le métagénome.»

On sait ainsi que chaque microbiote intes­

tinal humain dominant est composé de quel­

ques centaines d’espèces. Une fraction est spécifique de son hôte tandis qu’une autre fraction est commune constituant une sorte de noyau métagénomique constitué d’espè­

ces plus prévalentes. On sait aussi que le mi­

crobiote associé au mucus intestinal est dif­

férent du microbiote fécal et qu’il est très conservé de l’iléon jusqu’au rectum. «Les connaissances générées par ces explorations moléculaires effectuées à très haut débit don­

nent des clés pour définir le microbiote nor­

mal sur la base de paramètres statiques et dynamiques, portant sur la composition et – de plus en plus – sur les fonctions» souligne Joël Doré.

Selon lui, on peut désormais estimer que l’«eubiose» – le contexte homéostatique nor­

mal du microbiote du sujet sain – ouvre la avancée thérapeutique

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Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 29 juin 2011 1435

1 Arumugam M, Raes J, Pelletrer E, et al. Enterotypes of the human gut microbiome. Nature 2011;473:174­80.

Doi:10.1038/nature09944.

Qu’est-ce donc qu’un microbiote intestinal normal ?

perspective de définir la «dysbiose», une for­

me de distorsion aujourd’hui reconnue com­

me hautement pertinente pour les grandes pathologies de société ayant toutes une com­

posante immune (maladies inflammatoires, métaboliques ou dégénératives). Cette situa­

tion nouvelle ouvre aussi la perspective d’étu­

dier le mécanisme reliant la «dysbiose» et différentes pathologies mais aussi – et sur­

tout – de développer des stratégies visant à restaurer l’homéostasie de l’«eubiose». Pour ce chercheur, bien que toute récente, l’étude du métagénome par analyse de séquences a d’ores et déjà conduit à des observations uniques.

On sait ainsi que le catalogue de gènes du métagénome intestinal humain établi à partir de quelques centaines d’Européens est cons­

titué de plus de quatre millions de gènes ; soit plus de cent cinquante fois la taille du génome humain… Les gènes répertoriés dans des études portant sur des sujets amé­

ricains ou japonais sont communs au réper­

toire de la cohorte européenne dans une pro­

portion comprise entre 70 et 86%.

«De manière assez étonnante, les person­

nes se répartissent suivant une distribution bimodale en fonction du nombre de gènes du métagénome intestinal, explique Joël Doré.

Environ un tiers de la population présente un métagénome avec une faible diversité génique et deux tiers un métagénome avec au contraire une forte diversité génique. Les observations préliminaires laissent penser qu’une faible diversité génique correspond à un phénotype plutôt péjoratif. Quelques espèces sont par ailleurs associées à une fai­

ble (ou au contraire à une forte) diversité gé­

nique. Enfin, l’étude du microbiome de su­

jets européens a montré de façon encore plus surprenante une séparation des individus en trois clusters clairement distincts, clus ters dénommés "entérotypes". Et chaque entéro­

type peut être associé à un genre bactérien

plus prévalent : Bacteroides, Prevotella ou Ru­

minococcus ; sans que pour autant l’on puisse à ce stade indiquer les déterminants de cette composition du microbiote.» On peut ici se reporter aux derniers résultats d’un groupe international et publiés dans la revue Na­

ture1 ; résultats obtenus à partir d’analyses pratiquées sur des Danois, des Français, des Italiens et des Espagnols.

Plus généralement, il apparaît que la bio­

diversité fonctionnelle ainsi accessible est considérable, la métagénomique fonction­

nelle permettant d’identifier les fragments de métagénome, les gènes et molécules respon­

sables du dialogue entre bactéries et cellules humaines. Tout ceci offre de nouvelles lumiè­

res concernant la modulation de l’immunité

et le métabolisme cellulaire. C’est précisément l’objet du «Consortium international du mi­

crobiome humain» (Rev Med Suisse 2008;4:

1001) qui s’est notamment fixé pour but de donner une vision sans précédent du micro­

biote intestinal et de valider, à court ou moyen terme, des signatures à valeur diag­

nostique et pronostique.

C’est dans ce contexte qu’il convient de si­

tuer la communication – également faite de­

vant l’Académie nationale française de mé­

decine – par le Dr Jean­Philippe Nougayrède (Unité «Pathogénie moléculaire et cellulaire des infections à Escherichia coli» de l’Inra).

De nombreuses études confortent le concept selon lequel le microbiote in­

testinal jouerait un rôle ma­

jeur dans la carcinogenèse colo rectale. Ainsi, observe­t­

on dans des modè les de can­

cers colorectaux (chez des souris génétique­

ment modifiées ou chez des rongeurs traités avec des initiateurs chimiques) que ces ani­

maux sont prédisposés au développement d’un cancer colorectal en présence d’une flore intestinale, mais pas quand ils sont éle­

vés en conditions stériles. Toutefois, le can­

cer colorectal n’a pas à ce jour été associé – sur des bases épidémiologiques – à une es­

pèce bactérienne spécifique. «Des études récentes ont néanmoins mis en évidence que des bactéries commensales du microbiote pourraient être directement pro­oncogènes, précise le Dr Nougayrède. C’est le cas d’Esche­

richia coli, l’une des bactéries ubiquitaires anaérobies facultatives prédominantes de la flore du côlon. Nous avons ainsi découvert que certaines souches d’Escherichia coli syn­

thétisent une génotoxine, la colibactine. Ces bactéries induisent des cassures double brin de l’ADN des cellules de la muqueuse intes­

tinale et déclenchent une instabilité chromo­

somique, des mutations géniques et la trans­

formation cellulaire, moteurs fondamentaux dans la carcinogenèse.»

La présence dans le microbiote intestinal de souches bactériennes qui produisent des métabolites ou des toxines qui endomma­

gent l’ADN des cellules de l’hôte pourrait ainsi constituer un facteur prédisposant au développement de cancers colorectaux.

Jean-Yves Nau [email protected]

… des bactéries commensales du microbiote pourraient être directement pro-oncogènes …

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