R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
A. C RAYA
L’interprétation statistique de la turbulence.
État de la question
Revue de statistique appliquée, tome 4, n
o2 (1956), p. 17-30
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_1956__4_2_17_0>
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L’INTERPRÉTATION STATISTIQUE DE LA TURBULENCE
ÉTAT DE LA QUESTION
par
A. CRAYA
Maitre de Conférences de
Mécanique Physique
Directeur
Technique Adjoint
des Laboratoires de.Mécanique
des fluides de l’Université de GrenobleIngénieur
Conseil aux EtsNeyrpic
La turbulence est pour les fluides de faible viscosité
qui
nous entourent unaspect
normal de leurs écoulements et dont les incidencespratiques
sur nos ou-vrages et nos machines sont
considérables;
son rôle s’est même affirmé bien au-delà de notre échelle et on abeaucoup parlé
ces dernières années de turbulen-ce de la matière interstellaire. Au
Physicien expérimentateur qui
veut en mesu-rer les
propriétés
fines dans nos tunnelsaérodynamiques
elle pose de délicatsproblèmes
de mesure. Pour laPhysique théorique
c’est unchapitre
nouveau deMécanique Statistique qui malgré
des trésorsd’ingéniosité
et des années de la-beur
dépensés,
demeure encore comme hier l’Everest, un sommetinviolé.
A
l’Analyse
enfin elle pose en foule desproblèmes qui
comme celui deséquations
aux dérivées
partielles
non linéaires sont encore peuexplorés.
Présenter brièvement l’état de la
question
comme on m’a fait l’honneur deme le demander est donc une tâche dont
je
ne veux pas dissimuler lepéril
etje
voudrais dire la manière dont
je
souhaiterais m’enacquitter.
J’aipensé
d’abordau non
spécialiste
que cesquestions
intéressent maisqui pris
par d’autres la- beurs et d’autresspécialisations
voudrait se familiariser avec les idées maîtres-ses de la
question
et leursdéveloppements récents;
à son intentionj’ai
volontai-rement
évité,
Jquand
ce n’était pasindispensable,
uneterminologie trop spéciali-
sée et
préfère
me référer aux notions de baseplutôt qu’au
motqui
les résume.Le
problème
de la turbulence a été abordé avec despoints
de vues, des techni- ques et desexigences variés; cependant
chacune de ces cordées d’assaut volon- tiers un peu exclusive des autres, ne doit pas nous faire oublier le sommetqui
est leur commune ambition; le choix des
questions, l’importance
queje
leur ai donnée et leur ordre ne sauraient être tout-à-faitimpersonnels
ni manquer de décevoirquelques
attentes;j’espère
toutefois que sous lasimplicité
et la brièvetédu
langage
lesspécialistes
sauront reconnaître le souci deprécision
de lapensée.
La littérature relative à la turbulence constitue un ensemble assez
impres-
sionnant et comme il est
fréquent
rien neremplace complètement
la lecture des mémoiresoriginaux.
Toutefois un certain nombre d’excellentesmonographies
etexposés
d’ensemble ont paru ces dernières années(1)
etje
ne veux pas manquer(1) Citons en particulier :
- Les Théories de la Turbulence, par Agostini et Bass (1950)
- Statistical Theory of Turbulence, par S. Goldstein (1950) (Conférences à l’Université de Mary- land)
- Récents Théories of Turbulence. J. von Neuman
(1951) (Rapport
ronéotypé)- Lectures notes on Turbulent Fluid Motion. J.M. Burgers
(1951)
(Cours à l’Université de Cali- fornie)- The Theory on Homogeneous Turbulence. G.K. Batchelor
(1953)
- Fonctions aléatoires et Théories de la Turbulence. J. Kampé de Fériet (1953)
(chap.XIV
dutraité des Fonctions Aléatoires de Blanc-Lapierre et Fortet)
de dire tout ce que cet
exposé
leur doit. Qu’il me soitpermis
de rendre enparti-
culier
hommage
àl’ouvrage
de G.K. Batchelor; née àCambridge,
une des bran-ches les
plus
actives de la turbulence moderne a continué à y être servie aveccompétence
et ferveur et les nombreux travaux de cette Ecole ontgrandement
contribué àélargir
nos connaissances dans ce domaine.LA TURBULENCE ET
L’INGÉNIEUR
La turbulence étant un
aspect
habituel des écoulementsfluides, je
n’ai pas besoin desouligner
combien ceproblème
intéressel’ingénieur
dans ungrand
nombre de
techniques .
On sait laplace
centralequ’occupent
les écoulements enconduite et en couche limite
respectivement
enHydraulique
et enAérodynamique;
l’objectif
est ici la connaissance des forces(résistance
etpression)
subies parune
paroi
en mouvement relatif. La diffusion turbulentejoue
un rôle essentieldans le
problème hydraulique
de lasuspension
desmatériaux,
dans les trans- ferts de chaleurauxquels l’énergie atomique
a donné unregain d’actualité,
dans lespropriétés
desflammes,
etc... Parfois favorable commeagent
demélange
ou moyen de
dissiper
del’énergie,
la turbulence estparfois
au contraire indési- rable et l’on veut savoir en réduire le niveau au minimum comme dans certaines souffleries.Le
problème type
leplus proche
desapplications
est l’écoulement en condui- te et il n’est pas étonnant que lespremiers
efforts lui aient été consacrés. Nous devons àBoussinesq (1877)
avec unepremière
visionpénétrante
de laquestion
satraduction en termes d’un coefficient de viscosité fictive. A
Reynolds (1894)
re-vient
l’apport
fondamental des tensions turbulentes et des relationsénergétiques
entre le mouvement moyen et celui de fluctuation. Sautant sur
beaucoup
d’annéeset d’efforts infructueux nous arrivons aux modernes
interprétations essayant
de coordonner en termes delongueur
demélange
etd’analyse
dimensionnelle uneprécieuse
moisson de faitsexpérimentaux.
Les servicesqu’a
pu et quepeut
ren- dre encorequelquefois
la notion delongueur
demélange
enguidant l’imagination
ne doivent pas être sous-estimés comme aussi ne doivent pas être
ignorés
sonusure et ses contradictions-internes . Les seuls succès véritables dont la théorie
puisse
seprévaloir
concernent l’instabilité de la couche limite laminaire; les es-sais de Schubauer et Skramstad ont, dans ce domaine,
pleinement
confirmé lesprédictions
deTollmien;
mais ils’agit
ici duproblème
distinct del’origine
de laturbulence dont d’ailleurs divers
aspects
restent encore àpréciser.
Le
problème général
de la turbulence est en définitive extrêmementcompli- qué
et leprogrès capital
de cesvingt
dernières années a été d’en découvrir unexemplaire plus simple
surlequel l’expérimentation
et la théorie ont pu progres-ser de
pair.
Si celui-ci est moins immédiatement utile il nous a en revanche,beaucoup appris
et mieux armé pour aborder leproblème plus proche
de laprati-
que des écoulements à
gradient
de vitesse.Malgré
notre intérêt pour ces derniersnous ne les aborderons pas dans cet
exposé renvoyant
pour unexemple
de recher-che récente dans ce domaine à la communication de M. Milliat.
LA TURBULENCE
ENGENDRÉE
PAR UNE GRILLELe
problème plus simple dont j’ai parlé
est bien connu : ils’agit
des écoule- ments uniformes obtenus en tunnelaérodynamique
au traversdesquels
on inter-pose une
grille .
Lessillages
des barreaux se transformentrapidement
en turbu-lence et l’intensité de celle-ci est
progressivement dissipée
par frottement vis-queux. Les lois de cette décroissance constituent
précisément
un desproblèmes majeurs
de cetype
de turbulence.La nature nous a même dotés en l’occurrence d’une
simplification inespérée;
il se trouve que, au moins
approximativement,
la turbulence autour d’unpoint
n’est soumise à l’influence d’aucune direction
privilégiée;
les directions des bar-reaux
générateurs
sont viteoubliées,
et la direction de l’extinction n’est pasmarquante;
il y aurait donc en grosisotropie
et c’estla,
comme on le verra, unesimplification
considérable pourl’analyse théorique .
Il faut bienprendre garde
ànos
réserves; l’isotropie
ne va pas de soi surtout pour les fluctuations de faiblefréquence
et certaines installations ont révélé une forteanisotropie;
mais auxfréquences plus
élevées la tendance àl’isotropie
semble bien être une réalitéphysique.
Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur les
techniques expérimentales
et ce-pendant
ce serait faussercomplètement
le tableau de la recherche de la turbulen-ce en
passant complètement
cetaspect
sous silence. Nous verrons en effet com- bien la théorie seule est encoreimpuissante;
nous avons besoin de familiariser notre intuition avec la nature même duproblème
avant depouvoir
luiappliquer
une
technique appropriée
dephysique théorique.
Nous dirons doncsimplement
quegrâce
auxperfectionnements
de l’anémomètre à fil chaud et des nombreux cir- cuitsélectriques qui
recueillent sonsignal,
les fluctuations des diverses compo- santes de lavitesse,
leurcorrélation,
leurspectre,
etc..peuvent
êtreaujour-
d’hui mesurés avec une
précision
raisonnable. Lapossibilité
de mettre lesignal
en conserve
grâce
au rubanmagnétique
a mêmepermis
à Mr. Favre de mesurer indifféremment des corrélationstemporelles
ouspatiales.
Des donnéesprécieu-
ses ont pu aussi être
acquises
et la validité de certaineshypothèses
de travailsoumises au contrôle des faits.
LE
MODÈLE THÉORIQUE
L’expérience
que nous venons de décrire ou lephysicien
effectue ses mesu-res n’est pas
cependant
celle idéale àlaquelle
la théorie se réfèregénéralement.
On
peut
décrire celle-ci en ces termes : un fluide s’étendant indéfiniment a été brassé de telle sortequ’il
seprésente
à l’instant initial dans un étatd’agitation désordonnée.
Nous supposerons d’ailleurs que ce désordre turbulent n’est paspulvérisé
à undegré
telqu’il rejoigne
sans transition le chaosmoléculaire,
c’est-à-dire que les échelles lesplus
fines de la turbulence sont encorelarge-
ment
justiciables
des lois habituelles des fluidesvisqueux;
les ordres de gran- deursexpérimentaux
confirment entièrement cepoint
de vue.Cependant ce
n’est pas à unbrassage particulier
à une réalisation duchamp
turbulent et à son évolution ultérieure que nous nous intéressons. Ce que nous dé- sirons c’est considérer un bloc, un ensemble des réalisations initiales
possibles
du
champ
de vitesse caractérisé seulementstatistiquement;
de lacomposante
u; (M)
de la vitesse en unpoint,
nous saurons donc seulementqu’elle prend
sesdifférentes valeurs avec une certaine loi de
probabilité; pareillement
les compo- santes de la vitesse parexemple
en 3points
déterminésui(M1),
uj(M2 ), uk(Mg)
constituent neuf nombres dont nous ne sommes censés connaître que la distribu- tion de
probabilité.
De ces lois deprobabilité
résultent alor s de s valeur s moyen-nes telles que, par
exemple,
celle des 27produits
u;(M1)
uj(M2) uk(M3) auxquels l’usage
en turbulence a réservé le nom de corrélations. Finalement d’ailleurs c’est sur ces corrélations et même sur lesplus simples
d’entre elles(celles
concernant deux
points
et tout récemment celles concernant troispoints)
que la théorie a concentré l’essentiel de son effort. La turbulence est ditehomogène
sitoute moyenne telle que u;
(M1) uj (M2) Uk(Mg)
est invariante pour toutes transla- tions dutriangle M1 M2 M3.
Par la suite nous supposerons aussil’isotropie
au-quel
cas l’invariance est deplus acquise
pour toutes rotations etsymétries
dutriangle rigide M1 M 2 M 3.
Le
problème
fondamentalqui
se pose pour un état initial donné du fluide est son évolution en fonction dutemps
en conformité avec les lois des fluides vis- queux. Parallèlement si l’état initial est donné seulementstatistiquement
c’est l’évolutiontemporelle
de ces donnéesstatistiques (en
l’occurrence les corréla-tions) qui
devient leproblème primordial.
Telle est du moins la voie féconde ou-verte par Sir G.I.
Taylor
àl’analyse
de la turbulence et sur l’exacteportée
delaquelle
nous aurons à nousinterroger
ultérieurement.Considérons,
parexemple,
le tenseur des corrélations doubles en deux.
points :
Introduisons de manière
analogue
le tenseur :On voit immédiatement en vertu de
l’homogénéité
que :De la même
façon
si l’on pose :on a
L’évolution des tenseurs R est donc donnée par les tenseurs K et pour éva- luer ceux-ci nous pouvons utiliser les
équations
de Navierqui
donnent les déri- véestemporelles
duchamp
de vitesse en fonction duchamp
actuel :On obtient ainsi par
exemple
immédiatement pourKij :
où l’on a
posé
L’examen de la relation reliant le tenseur d’évolution
Kij
aux données ac-tuelles met en lumière la difficulté centrale du
problème
de la turbulence. Nous y voyonsapparaître
en effet trois termes : un terme de viscosité extrêmement commode parcequ’il
n’introduit que le tenseurRij auquel
nous nousintéressons;
vient ensuite un terme de
pression qu’on
montre aisément n’être une nouvelle in-connue
qu’en
apparence; mais surtout nous voyonsRijk régir
l’évolution deRij
avec cette seule
simplification
que deux des 3points M1 M2 M3
sont confondus de- 21 -
sorte
qu’il s’agit
seulement de corrélationstriples
en deuxpoints.
Pareillement l’évolution deRijk
est sous ladépendance
de corrélationsquadruples
en troispoints.
CINÉMATIQUE
DESCORRÉLATIONS
Bien que
quelques
conclusionsgénérales puissent
être atteintes en se bornantau
postulat
del’homogénéité
c’est dansl’hypothèse
del’isotropie
que la théorieacquiert
son maximum desimplicité,
en restant d’ailleurs conforme à unelarge
évidence
expérimentale.
Les divers tenseurs de corrélationss’expriment
dans cecas à l’aide d’un
petit
nombre de scalaires et cette réduction tient à deux causes :d’abord
l’isotropie,
ensuite la conditiond’incompressibilité. Depuis
le travail fondamental de Karman-Howarth(1938) l’expression systématique
de ces condi-tions a été
beaucoup
améliorée par Robertson(1940)
Chandrasekhar(1950)
Proud-man et Reid
(1954);
on y agagné
non seulement enélégance
mais aussi lapossi-
bilité d’aborder des tenseurs d’ordreplus
élevé ou des conditions desymétrie (comme
celle derévolution)
moins restrictives quel’isotropie
et dont lacompli-
cation des calculs antérieurs défendait
l’approche.
Considérons par
exemple
3 vecteurs unitairesa, b, c, respectivement
atta- chés aux troispoints M1 M2 M3
et lacomposante
de la vitesse enchaque point
suivant la direction
correspondante;
on a :UQ
(Mi).
· ub(M2).
·uC (M3)
=(ui ai)M1 (uj bj)M2 (uk ck)M3 = Rijk
aibj
cket par définition de
l’isotropie
cette corrélation doit rester invariante pour toutes rotations etsymétries
de lafigure
formée par les 3points
et leurs vecteurs uni-taires
attachés.
La remarqueimportante
de Robertson est que la fonction ci- dessus des vecteursr, r’, sT, -e, Z
doit alorspouvoir s’exprimer
en fonction des seulsproduits
scalaires de ces vecteurspris
deux à deux ou avec eux-mêmes(c’est-à-dire
enlangage géométrique
que seules leslongueurs
et lesangles
in-terviennent).
Ecrivant apriori
uneexpression
ainsi formée et constituant uneforme trilinéaire en ai
bj
ckpuis
l’identifiant àRijk
aibj
ck on obtient une ex-pression générale
deRijk dépendant
d’un nombre réduit de scalaires fonction der2,
@ r, 2 et?.?’.
Pour le tenseur de corrélationstriples général
il subsiste tout demême ainsi 14 scalaires
qui
se réduisent à 4 si l’on amène deux despoints
encoïncidence
(1="’
=o);
le tenseur de corrélations doubles en deuxpoints Rij
ne dé-pend
que de 2 scalaires.Bien que la turbulence en milieu
compressible
ait été aussi abordée par lathéorie,
le casplus simple
du fluideincompressible
demeure fondamental; lacondition20132013*- =
oimpose
alors aux tenseursRij
etRijk
les conditionssupplé-
~xi
mentaire s
1
En substituant dans ces relations les
expressions
obtenuesprécédemment
pour
Rij
ouRijk
on arrive à deséquations
différentielles reliant les scalaires fondamentaux dont ilsdépendent
et leur nombre se trouve ainsi encore une fois considérablement réduit. Cette méthode ancienne conduit à des calculs d’une cer-taine lourdeur et
qui
ne mettent pas en vedette les scalairesindépendants
lesplus
avantageux.
Chandrasekhar a doncimaginé
uneélégante
méthodepermettant
d’ob-tenir d’emblée des tenseurs satisfaisant à la condition
d’incompressibilité :
l’ar-tifice est
parallèle à
celuiqui
consiste à satisfaireautomatiquement
la condition-2013*- =
o en prenant pour u, le rotationnel d’unpotentiel
vecteur.Anticipant
surC) xi
1ce
qui
suit noussignalerons
aussi une variante due à Proudman et Reid etqui
ré-pond
au même but pour les transformées de Fourier deRij
etRijk :
ils ont pumontrer de cette
façon
que les 14 scalaires du tenseurgénéral Rijk
introduit pareux se réduisent finalement par
l’incompressibilité
à deux seulement.Les tenseurs de corrélations les
plus
usuels concernent deuxpoints
et sont :Nous en donnons ci-dessous les
expressions classiques :
Les scalaires de base de ces tenseurs ont été choisis en raison de leur
significa-
tion concrète
qui
est la suivante :Nous avons vu que les
équations
de Navier donnent la variation avec letemps
des corrélations doublesmoyennant
la connaissance des corrélationstriples;
enraison de la structure
simple
de ces tenseurs pour une turbulenceisotrope
unerelation
analogue
existe donc entre leurs scalaires de base F et K. Pour l’obtenirsimplement
il estpréférable
d’orienter le calcul ver s la recherche du tenseur contractéR;; ;
on a immédiatement pour ce dernier :Les scalaires
qui
y interviennent ont unesignification
vectoriellesimple
et ilconvient de leur donner un nom, soit :
de sorte que
l’équation
de base s’écrit avec ces notations :La traduction de cette relation dans les
grandeurs
F et Kplus proches
del’expé-
rience, s’en déduit aisément et constitue la célèbre
équation
de Karman et Ho-warth :
TENSEURS SPECTRAUX
Revenons au
point
dedépart qui
est l’étude de l’évolution d’unchamp
de vi-tesse initial
spécifié
seulementstatistiquement.
Une réalisationparticulière
dece
champ
étant donnée nous pouvons nous demander si nous negagnerions
pas àla fois en vision intuitive et en
puissance d’analyse
à la caractériser autrement que par la donnée de la vitesse enchaque point.
L’idée de ledécomposer
en unesomme d’écoulements élémentaires
simples
seprésente
alors naturellement àl’esprit,
etl’analyse harmonique
duchamp
de vitesseapparaît
à cetégard
com-me l’instrument de choix.
Toutefois cet instrument demande ici une
adaptation
très délicate : la série de Fourier ne convient pas en effetpuisque
lechamp
initial n’est paspériodique
et
l’intégrale
de Fourier estinapplicable
carl’intégrale de 1 ui 1
dans toutl’espa-
ce est infinie. Le noeud du
problème
et sa solution tiennent à un mot,l’homogé- néité, qui
est lapropriété
fondamentale que nous avons attribuée auchamp
de vi-tesse turbulent. En vertu de cette
propriété,
l’intuition duPhysicien
lui assurequ’en découpant
une réalisation duchamp
en boîtes suffisammentgrandes
unequelconque
d’entre elles vaut toutes les autres et leur ensemble; il serait doncprêt
à substituer auchamp
total commepratiquement équivalent,
ou bien une boî-te
répétée périodiquement
dans toutes lesdirections,
ou bien une boîtecomplète-
ment entourée de fluide au repos; le
problème
del’analyse harmonique
est ainsiun peu faussé mais acces sible élémentairement. Une voie
plus exigeante
consisteà remarquer que
puisque
la corrélation Uj(M, ) uj M2 (moyenne statistique
surl’ensemble des
réalisations)
est parhypothèse
invariante par translations deM1 M2,
cettequantité
doitpouvoir
aussi être calculée par moyennespatiale
surune réalisation
(théorème ergodique); l’analyse harmonique généralisée
de N.Wiener devient alors l’outil
adéquat puisqu’elle
estprécisément
fondée sur l’exis-tence de cette autocorrélation. Sans entrer
davantage
dans cesproblèmes
d’ana-lyse qui
ont étécomplètement
élucidés nous nous bornerons à admettre iciqu’on
a su
décomposer
toutchamp
de vitesse en une somme de termes dZ e’
ou le vecteurdZ représente
la contribution d’un volume élémentaire del’espace
des k.Le
champ
de vitesse étant désormais caractérisé pardZ
cette distribution a elle-même à êtrespécifiée
en termesstatistiques
et il est àprévoir
que des cor- rélations doublesdZ¡ dZj, par exemple,
auront un lien avec les corrélations doubles de vitesse u,(M1 ) uj(M2).
Ce lien avait étéindiqué
parTaylor
lui-mêmequi
a lepremier
introduit la notionde spectre
dans le casplus simple
d’une seuledimension;
laligne
d’idéequi précède
en est leprolongement
tridimensionnel et d’autrepart
elle a faitl’objet
de recherchesapprofondies
dans la théorie desfonctions aléatoires stationnaires. Il nous suffira pour notre
objet
de retenirqu’on
est ainsi conduit à introduiresystématiquement (J. Kampé
de Fériet etBatchelor)
les transformées de Fourier des tenseurs de corrélation de vitesse introduitsprécédemment.
On définit ainsi notamment :et la théorie
peut
sedévelopper parallèlement
dans l’un et l’autrelangage.
Parmiles
avantages
del’espace
des k nous noterons le fait que la conditiond’incompres-
sibilité
s’y
traduit trèssimplement
et surtoutqu’il
seprête particulièrement
bienà
l’expression
de certaineshypothèses statistiques.
Dans le cas de la turbulence
isotrope 4>¡j
etWijk
sont eux-mêmes des ten- seursisotropes
et ilspeuvent
chacun être écrits àpriori
à l’aide d’un seul sca-laire
grâce à
la conditiond’incompressibilité :
1 l ’1 ’1 B
Les transformées de Fourier de R et Q notamment, sont :
de sorte que le lien entre ces scalaires s’écrit :
L’inversion de
l’intégrale
de Fourier permet d’écrire :et notamment pour
de sorte
qu’en prenant
E = 4 n k2c1» la contribution àl’énergie cinétique
de la por- tion del’espace
de kcomprise
entre deuxsphères
de rayon k et k + dkapparaît égale
à Edk. Il estplus parlant
pour la même raison d’introduire laquantité T = 4 03C0 k2 (k 03C8 )
La traduction entre E et T de
l’équation
fondamentale reliant R et Q est alors:EXAMEN DE CONSCIENCE
Parvenu à ce
point,
un retour en arrières’impose
sur la manière dont nous avonsposé
leproblème
de la turbulence et sur les résultats que nous avons obte-nus.
Nous nous sommes
proposés
despécifier
unchamp
de vitesses turbulent ini- tial seulementstatistiquement
et d’en suivre l’évolutionstatistique.
Cette donnéenous l’avons d’ailleurs consentie tout-à-fait
incomplète
en nous bornant,parmi
les innombrables corrélations
qui
seprésentent,
auxplus simples
d’entre elles.Le secret
espoir
était que des donnéesstatistiques
assez arbitraires audépart, puissent
tendre à s’ordonnerrapidement
versquelque
distributionassymptotique
constituant les lois de la
turbulence,
etqu’il
nous seraitpossible
d’atteindre de cettefaçon.
Or, l’évolution dechaque
corrélation estprincipalement
influencéepar une corrélation d’ordre
supérieur
et la chaîne est sans fin. Pour arrêter la chaînequelque part
et du coup définir l’évolution des corrélations il faut unehy- pothèse
et nous verronsquand
nousparlerons
du travail tout récent de Proudman et Reid(1954)
que pour desobjectifs
bien délimités tout au moins, de telleshypo-
thèsesplausibles
sontpossibles.
De toutefaçon ayant posé
leproblème
en ter-mes directement accessibles à
l’expérience
nous avonsl’avantage inappréciable
de
pouvoir
être instruits par elle sur sa natureprofonde .
Le
problème
demécanique statistique qui
se pose à nous semble être en réa- lité d’untype
nouveau dans la science et pour mieux lecomprendre
il est naturelde se référer au modèle que nous aimerions
pouvoir
imiter de laMécanique
sta-tistique classique.
En bref, celle-ci considère unsystème
à un trèsgrand
nombren de
degrés
deliberté,
isolé de l’extérieur de sorte que sonénergie
totale seconserver
les lois du mouvement sous la forme deséquations
de Hamilton nouspermettent
de définir un espace des états initiaux ouphases
dusystème,
sur le-quel
des distributions deprobabilités plausibles s’imposent naturellement;
un en-semble d’états en
équilibre statistique
nous est donc connu d’embléepermettant
de calculer toutes les moyennesdésirables;
il y a notamment en moyenneéqui- partition
del’énergie
entre tous lesdegrés
de liberté.Le
problème
de la turbulence se pose tout différemment : dans le cas d’un écoulementpermanent
en moyenne del’énergie
est constamment fournie au fluide et constammentdissipée
par lui; dans notre modèlethéorique pendant
un interval-le de
temps
A t une certaineportion
del’énergie cinétique présente
se trouvedissipée.
Il est intéressant de définir pour un fluide desdegrés
de liberté analo- gues à ceux d’unsystème mécanique; l’analyse harmonique
noussuggère
de pren- dre comme tel chacune des cases del’espace
des k et la contributiondZ
de cette case comme l’état dudegré
de libertécorrespondant.
Or il a été réalisédepuis longtemps (et exprimé
en vers et enprose)
que l’interaction entre cesdegrés
deliberté constitue le mécanisme fondamental de la turbulence. Il est facile d’obte- nir à
partir
deséquations
de Navier la variationtemporelle
dudZ
relatif à une casedéterminée;
on constate que tous lesd2 présents
y contribuent etqu’ils
segroupent
pour cela enpaires correspondant
à desk’
etk"
tels quek’
+k"
=k.
D’autre
part l’énergie cinétique
se trouvepratiquement
distribuée aux faibles va-leurs de k tandis que
l’expression
même de ladissipation
montrequ’elle avantage
les valeurs de kplus élevées. L’image qui
sedégage
de ces considérations(mais qui
n’est pas une déductionmathématique)
est celle d’un fluxd’énergie
entre unesource aux faibles k et un
puits
auxgrands
k. Leproblème statistique
fondamen-tal ne serait donc pas celui d’une
égale répartition
d’uneénergie
donnée entre desdegrés
deliberté,
mais celui d’un fluxd’énergie
dansl’espace
des k. Le nouveaubond en avant effectué par la théorie de la turbulence
depuis
1941 s’estlargement inspiré
de ce"processus
de cascade".Un fait
émerge finalement, de quelque
côtéqu’on
prenne leproblème,
c’estle rôle essentiel des termes d’accélération non linéaires des
équations
de Navier;or sur les
propriétés
des solutions de ceséquations
bien peu de choses sont con-nues à l’heure actuelle. En revanche d’autres
équations
non linéaires comme cel-le de l’écoulement
compressible
d’un gaz dans untuyau
ont été étudiées sous lapoussée
desapplications.
J.M.Burgers
a été ainsi conduit àimaginer
et à ex-plorer depuis plusieurs
années des modèlesmathématiques
de la turbulenceplus
accessibles à
l’analyse
avecl’espoir
depouvoir
surmonter dans ce casplus
sim-ple
le bloc des difficultésqui
nous arrêtent dans le cas réel. Noussignalerons
seulement ici
qu’après
différentsexemples
J.M.Burgers
s’est arrêtéplus spé-
cialement à
l’équation :
Une
analyse statistique parallèle
à celle de la turbulencepeut
en être faite etqui
s’arrête naturellement aux mêmes
points. Mais
ici unchangement
de variablesimple permet
de connaître l’évolutioncomplète
de toute situation initiale donnée;il est donc
possible,
bien que les difficultés restent considérables que les inté- ressants résultatsdéjà
obtenuspuissent
êtreprolongés
defaçon
décisive.On voit en définitive
qu’une "Hydromécanique statistique"
pouremprunter
le titre d’unimportant
travail de E.Hopf
reste encore à édifier. Les méthodesplus
puissantes
mises en oeuvre par ce dernier Auteur constituent sans doute la voie del’avenir,
mais pour l’instant elles se heurtent aux mêmes difficultés que les théories moins ambitieuses.THÉORIE
DEL’ÉQUILIBRE
DES PETITS TOURBILLONSLa théorie de
l’isotropie
localepubliée
parKolmogoroff
en 1941 occupe dé- sormais uneplace
centrale dans la théorie de laturbulence;
sapremière
expres- sion en terme de différence de vitesse, J a trouvédepuis
une traductionplus
par- lante enlangage
despectre;
elle est essentiellement fondée sur le processus de cascade dont nous avonsparlé
et consiste à chercher sousquelles
conditions et dansquelle région
del’espace
des k un étatd’équilibre statistique
est à es-compter.
Le
premier point
à bien réaliser est cequi
se passelorsqu’on
considère unfluide dont la viscosité tend vers
zéro;
lepostulat
est que les termes d’accéléra- tion non linéaires tendent à faire passerl’énergie
des gros tourbillons auxpetits (tourbillon
estpris
ici comme synonyme d’unecomposante dZ
del’analyse
har.monique
duchamp);
ce processus n’étant contrecarré que par ladissipation
parviscosité,
lepuits d’énergie
doit sedéplacer
vers lesgrands
kquand
v ~ o.On se
place
d’emblée dans ce cas, J considérant que lastatistique
du flux de l’é-nergie cinétique
despetits
auxgrands
k sera laplus simple lorsque
la sourced’énergie (zone
duspectre
contenant lamajeure partie
del’énergie)
et lepuits d’énergie (zone
duspectre
contenant lamajeure partie
de ladissipation)
sont sé-parés
par unelarge
zonetampon.
Le deuxième
postulat
est que cette zonetampon quand
elle existe constitueune zone de
brouillage
au débouché delaquelle
toute mémoire estperdue
des ca-ractéristiques particulières
des tourbillonsgénérateurs qui
eux-mêmes reflètent fortement lagéométrie
del’écoulement;
si notamment des tourbillonsporteurs d’énergie cinétique
ont des directionsprivilégiées,
les fluctuations depression
auront
après
interaction de toute une gamme de tourbillons à échelle décroissante effacél’anisotropie
du début de lachaîne, égalisé
les chances des diverses com-posantes
de vitesse et parconséquent
renduisotrope
la structure despetits
tour-billons
émergeant
du processus; àpartir
de làl’hypothèse
est que le mécanisme fondamental d’interaction des tourbillons transmettant constammentl’énergie
auxpetits
tourbillonsqui
lesdissipent
aacquis
une structurerégulière
et universelle.En définitive si le nombre de
Reynolds
de la turbulence est assezgrand
il y a unesphère
del’espace
des k au-delà delaquelle
il y a à tout instant unéquilibre
sta-tistique
caractérisésimplement
par lesparamètres globaux, qui
sont le flux d’é-nergie
reçuégal
parhypothèse
à ladissipation
e et la viscosité v du fluide. Lespectre
E devant être fonction seulement de k, e et v il doit nécessairement pou- voir s’écrire parl’Analyse
DimensionnelleAu delà de cette
sphère
limite ilpeut
se faire enfin que le nombre deRey-
nolds soit si
grand, qu’une
zone existeou,
ladissipation
étantrepoussée
encoreplus loin,
v n’intervient pas.Puisque
En’y
est fonction que de k et El’Analyse
Dimensionnelle est encore plus précise et impose
L’importance
de cette théorie tient évidemment à ce que pour lapremière
fois
quelque
chose d’universel estdégagé
dans laturbulence, applicable
même àd’autres conditions que la turbulence en soufflerie. Il ne faut pas
perdre
de vuel’exigence
d’ungrand
nombre deReynolds spécialement
pour la loik-S/3, ,
, et lefait
qu’il s’agit
d’une théorie concernant la zone desgrands
nombres d’onde duspectre;
lesprédictions statistiques qu’on peut
lui demander concernent donc les moyennes sous ladépendance
des seulspetits
tourbillons etpeuvent
s’obtenir par la seuleapplication
del’Analyse
Dimensionnelle.UNE
HYPOTHÈSE
DE TRAVAIL POUR LES TOURBILLONS MOYENSConsidérons les vitesses en deux
points
parexemple;
les corrélations dou-bles, triples,
etc.. ne sontqu’un aspect
de la distribution deprobabilité
des 6 composantes de la vitesse en cespoints
et s’en déduiraient toutes si celle-ci était connue; cette traduction de notreignorance
en une autrelangue peut paraître
àpriori
sansespoir;
elle acependant suggéré
uneligne
de rechercheintéressante.
On
peut
se demander parexemple
si cette distribution nepourrait
pas êtreune loi normale
(extension
de la loi de Gauss à la variable aléatoire à six dimen- sions constituée par lescomposantes
de la vitesse aux deuxpoints).
S’il en étaitainsi
chaque composante
considérée isolément aurait notamment elle aussi unedistribution normale; ceci a été en effet constaté
expérimentalement
delongue
date mais ne permet de rien inférer pour un
couple
de vitesses . Un bon test pource cas est l’étude de la différence
uj -
U1 de lacomposante
de la vitesse en deuxpoints, qui
si notrehypothèse
était exacte devrait être aussi distribuée suivant la loi de Gauss. Orl’expérience apprend
ceci : la distribution n’est certainement pasgaussienne quand
les deuxpoints
sont assezrapprochés
et cet écart se mani-feste le
plus
vivement pour le moment d’ordre 3 :{u; - nul)3 qui
n’est pas nul; en revanche le moment d’ordre 4:(u’ 1 _
u1)4
se compare à celui d’ordre 2approxima-
tivement comme dans une loi normale sauf toutefois si les
points M,
etM2
sonttrop rapprochés.
Il est clair
d’après
cela quel’hypothèse
d’une loi normaleprise intégrale-
ment est certainement fausse tout
spécialement
en cequi
concerne les corréla-tions
triples qui
sont le noeud de la turbulence; elle est même fausse à touségards
si l’on considère la zone des
petits
tourbillons; d’autres résultatsexpérimentaux
et
l’image
même que nous nous sommes faits del’équilibre, suggèrent
que dans cette zonel’hypothèse
ne traduit pas du tout la réalité. En revanche si l’on ne re-tient que le résultat
partiel
sur les corrélationsquadruples suggérées
parl’expé-
rience et valable pour les tourbillons pas
trop petits
on a pour cette zone de spec- tre un outil de rechercheinespéré .
L’hypothèse
que les corrélationsquadruples
sont reliées aux corrélations doubles comme dans une loi normale a été mise en avant par Millionshtchikov(1941) puis
utilisée notamment par Batchelor pour le calcul des corrélations depression (1951).
Récemment enfin(1954)
Proudman et Reid l’ontexploitée pleine-
ment dans un travail
qui prolonge remarquablement
laligne
de rechercheorigi-
nelle de
Taylor-Karman
et Howarth.Comme nous l’avons vu si l’on cherche l’évolution du tenseur de corrélation double en deux
points Rij
on trouvequ’elle dépend
du tenseur de corrélations tri-ples
en deuxpoints qui
est un casparticulier
du tenseur de corrélationstriples
en trois
points Rij .
Pareillement calculant l’évolution de ce dernier tenseur onle trouve
dépendre
des corrélationsquadruples
en 3points.
C’est ici que Proud-man et Reid introduisent
l’approximation
que ces dernièrespeuvent s’exprimer
àl’aide des corrélations doubles comme dans une loi normale par la relation :
Parallèlement au tenseur
spectral 03A6ij
les Auteurs introduisent le transformé de Fourier deRijk
et orientent de
préférence
le calcul en termes de ces tenseurs spectraux. Nousavons