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{r Yz> si/S Zs
;??û
r
rsi//^y<f/4
-THENEWüiayw;
U.BRAKÏ
X
YlY-
REFLEXIONS
SUR UE
GOUVERNEMENT DÉMOCRATIQUE
,
ET LES ÉCUEILS
QU’ILY FAUT ÉVITER
,Ayec
desNotions
sur1/
A RISTOCRATIE,
IES F ACTIONS
,i’Ochiocratie,
u’A
narchie,
xa Démagogie, l’Oligarchis
,1
.\
Dediees
ala Jeunesse Parisienne»
»
Par D. RLANQUI,
Du Departement
desAlpes
-Maritimes
h
Député
à laCG&Yemiou
Nationale.,
A;
A LA JEUNESSE
PARISIENNE.
O n n
zM e n
Tde
lasociété,espoirde
lapatrie,soutien
de
larépublique,J E UN ESSE PARISIENNE, agrée l'hommage que
jet’offre
dans
les réflexionssuivantes sur
le
gouvernement démocratique. A
quipour-
rois-je
mieux
les offrirqu’à
toi, qui tedéclares le
défenseur
zéléde
ladémocratie
etde
la convention nationale.D. BLANQUI,
Représentant du
Peuple.3
RÉFLEXIONS
SUR LE
GOUVERNEMENT DÉMOCRATIQUE,
ET LES ÉCUEILS QU’IL Y FAUT ÉVITER
,Avec
desNotions
surl'Aristocratie,
les Factions
,jl’Ochlocratie, l'Anarchie, la Démogacie, l’Oligarchie,
DE LA DÉMOCRATIE.
IjORSqü’ük peuple
segouverne par
lui-même, immédiatement,
si sa population le luipermet
,ou par
la volede représentai
librement éluspar
lui, etau
milieude
lui, si la tropgrande étendue du
sol etune
population disséminée
ne
le luipermet
pas;Lorsque
,parmi
cepeuple
, il n'existe d'autres distinctionsque
cellesdu
mérite, des talens ,de
lamorale
, des vertus , etque chaque
citoyenest appelé indistinctement à remplir toutes les fonctionsdu gouverne- ment dépend amment
à ses connoissances,
et
aux
qualités ci-dessusénoncées
;A
24
Lorsque chaque
citoyen estabsolument
maître d’exercer ses droits naturels et poli- tiques , tels qu’ils sontproclames dans
la table des droitsde l’homme
etdu
citoyen ;Enfin, lorsque l’universalité des citoyens se
gouverne
par des loix librementémanées de
la majorité des représentans , et consen-ties
par
le peuple ;un
telgouvernement
s’appelle républicain-démocratique.
Tel
est lenouveau gouvernement
français instituépar
laconven
tion nationale, et acceptépar
la nation entière.
Ce gouvernement,
lorsqu’il est véritable-ment
telque
je viensde
le définir, est le meilleurde
tous, parcequ’il estplusanalogue à
la naturede l’homme
etaux
principesde
la justice éternelle. Il est aiséde
voirque
ses basesfondamentales
sont :la liberté, Légalité, la justice , etque
toutes les autres vertusen
sont le soutien.A
la naissance d’ungouvernement démo-
cratique, ilne
peuty
avoirdans
la sociétéque deux
classesde
citoyens ; savoir : les riches et les pauvres,J’appelle riches
ceux
qui tiennentde
la fortuneou de
leur industrie , assezde
re-venus pour
satislafre à tous les besoinsd®
la vie ,
même
avecdu
supeiflu.Je
range dans
la classe des riches ,ceux
\
O
dont
la propriété est fille de l’industrie, tels
cpie les artistes, artisans , et
généralement
tout citoyen exerçantune
profession utile.En
effet,dans une
république,
où
le travail estun
devoir , la fainéantiseun
vice, et la frugalitéune
vertu, il est incontestableque
tout citoyen attache à
une
profession , a la perspective assuréede
se mettreau
-dessus des besoins,
même
avecdu
superflu; il estdonc
riche : je dis plus, il est plus richeque
celui quine
tient sa richesseque de
la fortune
, car la
flamme peut consumer
la
maison de
tel propriétaire, le fondsde bon-
tique de tel
marchand
;une
grêlemoissonner
l’espérance de tel fermier;une
faillite,un naufrage
détruire les ressourcesde
telcom- merçant
; et alors
que deviennent
tous cesmalheureux
?La
misere la plus complette les attend.Mais
l’honirnd à profession est au- dessus descoups du
sort, ses ressources sont avec lui, elles sont intarissables, et
ne
s’épuisent qu’avec sa vie; il est
donc
plusriche que. les premiers.
Quant aux hommes
opulens et à fortunes colossales, je n’en parle pas, parce qu’ilne
devroit jamaisy en
avoirdans une
ré-publique
démocratique.Qu’on
sesouvienne que Rome ne
perdit sa libertéque quand d y
eutdans
son seindes
hommes
A &
assez
6
ptiîssans
pour pouvoir
Tacheter.La
famillede Médicis ne
parvintau
trônede Florence
qiTaprès avoir acheté lamajeure
partie des citoyensde
la république.Mais
, s’il s’en rencontredans une démo- crade
, faut-il fairecomme
ont faitdans
ces dernierstemps nos
cruels oligarques, c’est-à- dire,les massacrer?Anathème
àces expédiens dignes des antropophages.Un bon
législa- teur doit, sans secousse et sans injustice,
faire refluer
dans
la société les richesses co- lossales.La
loi de laconvention
nationalesu3) les successions remplit ce but
en
partie.Peut-être
seroit-il politiquede
fixerun
terme de
propriété foncière ,au
-delàduquel
il fut
défendu
d’en acheterdavantage
,pour empêcher
lesgrands
propriétairesd'envahir par
leur superflu les biensdu
plusgrand nombre.
J’appelle
pauvres, ceux
qui,par
les suitesd’un gouvernement, auquel on
vientdesubs- tituer ladémocratie
,gouvernement
quipanchoit par
essence à favoriser exclusive-ment une
portion privilégiéede
la société,'
n’ont
pu
se procurerune
ressourcedans une
profession utile, et n’ontvécu par
consé-quent que du
luxe deshommes
puissans,ou
des suites desabus de
l’anciengouver-
nement.
7
Au commencement de
ladémocratie,
la société doit des secours à ceshommes, en
lep
çmployant, conformément
àleur capacité, à des travaux utiles ,pourvu
toutefois qu’ilsne
s’enrendent
indignes par leur conduite.Mais
lorsque ladémocratie
est consolidée , lorsque les institutions nationales ont fourni àchaque
pere de famille la facilitéd’enrichir ses enfans d’unebonne
éducation , etde
l’exercice d’une profession, alors ilne peut
plusy
avoirdans
la républiquequ’une
seule classede
citoyens : la pauvreté doit dispa- roître ; et s’il existe encore des pauvres,
c’est qu’il
y
a des fainéans quine
méritentaucun
égard.
Dans
son établissement, la
démocratie
se trouve
ordinairement
pressée entredeux
écueils, l’aristocratie
d’un
côté, et Yochlo- cratiede
l’autre.JDe
r
Aristocratie.Lorsque
les fonctionsdu gouvernement
sont remplies exclusivement
par une
portionde
citoyens , qui veulent être distingués des autres par ce qu’ils appellentnaissance
,ou par
l’opulence; lorsquecesfonctionstournent sans cessedans
le cercle étroitde
ceshommes
sans jamais
en
sortir ,ou
n’en sortantque rarement
j lorsque les
revenus du
trésorpu-
A
48
Hic
9puisésdans
labourse de chaque
citoyen,
août versés à pleines
mains
sur ces êtres privilégiés;
Enfin
, lorsque tous leshonneurs
et bé-néfces
découlant des chargesde
l’état 9ne
tournent qu’à leur profit particulier;un
tel
gouvernement,
soit qu’il aitun
chef appelle roi , soit qu’il aitun
centre appellesénat ou
conseil, d’ou
émanent
les loix,
les faveurs et les places , s’appelle aristocra- tique y et les
hommes
qui l’exercent,ou
le chérissent , s’appellent aristocrates.Il n’est pas
besoin de démontrer que
cegouvernement
est injuste et vexatoire;
pour
s
en
convaincre,on
n’a qu’à lecomparer
«ivec les droits
de l’homme
puisésdans
la nature»Lors
d’une révolution , leshommes
qui,
sous l’ancien
régime,
profitaient exclusive-ment de
toutes les institutionsdu gouver- nement
,ne manquent
jamaisde
réunir leurs efforts et tout entreprendrepour
le rétablir»C’est ce
que nous avons vu au commence- ment
de notre révolution»Aujourd’hui
,malgré qu’on
affected’en dire, ilne
peut plus servirque
d’épouvantailde
la part des malveillans.Les
ressources des aristocrates sont épuisées, et leurs espérances détruites sans retour; je Iannonce
avec confiance àmes
concitoyensï. .
39
mission à l’autorité
monarchique.
Eli bien/poursuivons avec
autantde
sévérité les ochlocrates,
que
les aristocrates et les roya-listes
, et les ruses
de
nosennemis
seront encore déjouées.E>ans
une
ochlocratie, les
hommes
qui sont en place, sont incapables d’administrer, parceque
l’incapacitéen
est la base5 et,
comme
l’ignorance est lamere de
la suffi- sance, ilen
résulteque chaque
lonctionaire public se croyantun grand homme
, et
vou-
lant
gouverner
à tort et àtravers , le
gou- vernement
devient bientôtun
cnhos inex- tricableou
l’onne
se reconnoît plus.De
là, qui succédé
immédiatement
à1 ochlocratie.
De
l’Oligarchie.La
confusiondans
tonteslespartiesde
l’ad- ministration publique, suite inévitablede
1incapacité des administrateurs
dans une
ochlocratie, nécessiteles
démagogues,
et cest ce qu’ils-vouloient, à concentrer lepouvoir
entre leursmains,
et faire ensuitemain
-basse sur tout ce qui.s’oppose à leur volontésuprême. Leurs
anciens partisans sont pas plus épargnésque
les opposans.Les ne
fameux
ochlocrates, Hébert, Vincent,Chau-
me.
te ei tantd
autres , se seroient- ils20
iamais attendus àpérir sousles
coups
deleurs anciens chefs ,pour
lesquels ils avoient sitien combattu
?Cependant
ils aurorentdu
s’v attendre , s’ils avoient bien
connu
ta naturede
leurnouveau gouvernemen
^ _
J,,'attendre sil’ignorance
n
etoitauVoient
du
sy attenare,mi a
ia devise des ochlocrates.
‘
Les démagogues
n’aspirentpar leu«, on-
Ma ,;u» pouvoir mftm. V
ontJ.
L«m«
ï alors ilne
lent6» P «s lue
•! 11p souffrent plus
de côm-
des adorateurs, ilsne
souxtiei i..•
jP1irs nas
même
des contradicteurs , peuteurs, pfrenversent tous
s’ils
en
.rencontrent,,ns
les r_
•
impitoyablement.
Le
prestige est passe, 1a£-3é
seule .Stle» «»• Ton,
ce <,»o.d’eux, c’est
de subordonner peut
attend*eae
?_ v v^Jitmrrhie l’ochlocratie qui les a servis ,
a
1°L g«
rC™
cpi les dévore. C’est
ainsique
sappellenouveau gouvernement.
#
Le premier
soin des oligarguescest
ce
se choisir des colloborateurs dociles em
Remués
à leurambition,
car^
de
l’autorité,même
entr eux.A Athènes
sous l’oligarchie des
«me V,,™
,
« «om,
sous celle dés
décemvirs,
enfin, aA
an,s
«tons celle des
deux
anciens comités,deux on
troisseulement
étoientles
grands meneurs
le reste leur étoit
vendu
etdévoue ^mais
l’ensemble
en
est-ilmoins coupable
,
1
vectîvcntcontrelamajorité,laprésentent sons
1», couleurs les plus noires, et
sehorçent de
lui enleverlaconfiancegénérale.Par-tou ,ils suscitent des troubles ,
sèment
desme- contentemens
,fomentent
des divisions, *o-
m
,.Ilt descomplots
, exaspèrent les espnts,et font agir jusqu’au*
ennemis communs, en
déversantl’odieuxde
toutes cesmanœuvres
sur la majorité qui
gouverne;
ils s’atrachen sur-tout à dénigrer et perdre leshommes
,nui, par leurs taiens, leurs vertus
et autres
moyens
, ontplusd’ascendantsurlamaprne.
Dans
cet état d’anxiété etde
perplexité ,les loix sont sans vigueur , les administra- tions sans énergie, le
mal augmente au de
leur désir; et cemal,
ils le deversentencore sur la partie gouvernante.
v
Ces
scenes, répétées plusieurs lois,ne
« o /i’nn rAtprVpfi"rciYGrles
liommes manquent
pas ciun
coteu. -foihlesqui
peuvent
se trouverdans
lesassem-
blées;de
l’autre,de
lasser lesamis de
la paix, et réduireau
silence lesuns
et lesautres. Alors
gagnant du champ
les lactieux,toujours hardis et entreprenans , toujours
audacieux
,deviennent
sûrsde dominer
,et l’ochlocratie s’organise.
_
Si ces
moy
ensne
suffisent, pas, ilsen
viennent
aux
voiesde
lait; ilscombinent
des insurrections partielles ,que
, si eil®i8
réussissent, ils sauront Lien réduire
, Loi*
gré et
mal
gré,
en
insurrection générale.Machiavel
,dans son
histoirede
Florence,
leur
en
a fourni des exemples.Aussi-tôt
que
lesdémagogues
sont par*Tenus
a la têtedu gouvernement
, leurpremier
soin est d'organiser Fochlocratie.Les
magistrats élus par le peuple sontchassésae
leurs fonctionsetremplacésjpar deshommes
dévoués
à leur parti.Le
peuple n’estplus31
en
j faction devient tout, ladémocratie
finit, et 1 ochlocratie
commence.
Une
autoritéusurpée par
lecrime ne
peut se conserverque par
la terreur. Aussi la terreur est la pierre angulairede Fochlo-
cralie.
Si 1
on
veut connoître les suitesd’un gou- vernement
ochlocratique,
on
n’a qu’à jetter lesyeux
sur ce qui s’est passé ladeuxieme année de
la république,, et je serai dis-pense
d’en/ faire le détail.Je suis
intimement convaincu
que. les en-nemis du
dehors onteu
la plusgrande
part à l’établissement de Fochlocratieen
France, afinque
les Français, poussés par leur ruse,
dans
1ecueilde
ladémocratie
qu’ils n’ap- percevoient pas, se dégoûtassent entièrementd un régime démocratique,
et se façonnassent avecmoins de répugnance,
et plusde
sou-i3
d’aristocrates et de royalistes , ils
ne
lesdon*
nent
pas àceux
qui le sont véritablement,mais
àceux
quine
sont pas de leur parti; et si l’on veut s’enrôler sous lôursdrapeaux
,on
seraimpunément
aristocrate et royaliste àson
aise. Si le publicne
prend, pas lechange
> ils inventent desnouveaux
sobri- quets, telque modérés
, indulgens,musca-
dins et sans-culottes ; ,etde
cettemaniéré
ils réussissent à entretenir la division, sans laquelle leur but seroit
manqué.
Cependant
, s’il v.ouloit sedonner
la peinede
raisonner, le sans-culotte verroitque
lagrande
partque
lesdémagogues semblent prendre
à son sort , est directementopposée
à ses véritables intérêts, et qu’ellene con-
siste,
dans
le fond, qu’à le tenirdans un
état continuel
de
pauvreté$ car,du moment
qu’il
en
sortiroit par son industrie , ilseroitrangé dans
la classe desmuscadins
,
et dès lors ilauroitles
démagogues
contrelui.Mais
,comme
je l’ai dit, lemot seme
la division , et, à travers les divisions , ils arriventà
leur but.Machiavel
leur a apprisque pour
régner, il falloit diviser.Cette tactique a été la
meme dans
tous les .temps, etdans
toutes les républiques,à Athènes
, àRome
, à Florence , à Pise,à Gênes
;ilfalloit bienqu’elle fûtaussiemployée
en
France.A
7*4
Toutes
ces jongleriesne manquent
pasde
recruter des partisansaux
chefs;mais pour en augnenter
lenombre,
ils n’oublient jamaisle puissant ressort
de
l’intérêt particulier,
par
despromesses
insidieuses, et la pers- pective des propriétés,des places,d’honneurs à
obtenir.On
saitpendant combien de temps à Rome
tes séditieux travaillèrent le peuplepar
l’appâtde
la loi agraire,dont
les&
rac-ines
furent les victimes.Le même moyen a
étéemployé en France
,mais
avec aussipeu
de succès qu’àRome
,
par ceque
c’estune mesure
subversivede
la république.Le
célébrédémagogue romain, Sp
.Mae
-lins, qui aspiroit à la royauté, faisoit dis- tribuei* , à la multitude, des grains qu’il avoit
eu
laprévoyance
d’accaparer.Nos démagogues modernes
se gardent biende payer
la popularitéde
leur bourse. , ilsprésentent tout-
au
-plus le pillage, et le vol sur les riches , et ils tiennent parole.La
cupidité ainsi réveillée, tout ce qu’ily a d’hommes
pervers ,audacieux
, entre-prenait
,immoraux
, bref, le rebutde
la société, se jetteen
fouledans
le parti ,au
gré des
démagogues
, et lafaction estformée.
S
allastenous
fait la descriptionde
lamo-
ralité des partisans
de
Catilina.On
diroit cju’il a fait l’histoirede nos démagogues
1
5
modernes
, si ces derniers n’avoient réussimalheureuse ment dans
leurs projets.Des
Factions.La
collection des individus professant lamême
doctrineque
lesdémagogues,
étranges sous leursdrapeaux
, s’appellefaction
, etchaque
individuen
particulier ,factieux
.Dès que
la faction estformée
, il se faitun
accordtacite entreleschefset lessectaires ,pour
se soutenirmutuellement
, et arriverensemble au même
but, Vcchlocratie.Les
sectaires s’engagent à soutenir leurs chefsdans
les assemblées,dans
Iss sociétés, clans le public,par
desapplaudissemens à
tout ce qu’ils proposent,par
des éloges,par
des voiesde
fait , s’il le faut, jusqu’à euque
,dans
lesdélibérations etdans
lesmesures
le
gouvernement
, ils aientobtenu
laprépon-
dérance.De
leur côté , les chefs s’engagenti
prendre en
toute occasion la défense des factieux , les soutenirdans
leursmenées
,et les
récompenser
à la finde
la carrière,si elle tourne à leur avantage. C’est
une
conspiration sourde, qui doit acquérirde
la consistance jusqu’à ceque
letemps
d'éclateren
soit venu.Le moyen
le plus efficace,employé
par la factionpour
arriver àson but
, c’estY
anarchie.i6
De V Anarchie.
L’a narchie
estun
étatde
désorgani- sationdans
lasociété,
pendant
lequel les lois sont muettesou
inexécutées, lesmesures de gouvernement
inefficaces ^ et tous sesrouages
croisés par la résistance,ou
lefrois-sement
des factieux.Pour
arriver à cet état,, voicicomment
ils s’y prennent.Dans
les assemblées, soitsuprêmes
, soit intermédiaires , soit populaires, le petitnombre
des factieuxoppose une
résistance scandaleuseà touteslesmesures
, loix, décretsou
arretésque
la majorité voudroit adopter,
en
les présentantcomme
pernicieux, désas- trueux, et contraires à l’intérêt,du
peuple.Ils offrent
de
leur côté desmesures
toutesen
faveurde
leur parti, justesou
injustes, n’importe. Si lamajoritépersiste,ilsréunissent à la fois, tdutes leursvoix
ensemble,, etpar
des vociférations horribles, desmouvemens
convulsifs, des cris perçants , des
menaces
redoublées,le toutaccompagné
deshurlemens de
leurs affidés apostésdans
les tribunes,ils cherchent à effrayer la majorité. S’ils
ne
réussissent pas, ils se lèvent tousensemble
,
et se mettent
en
insurrection.D’une
autrepart, lessectaires serépandant dans
les sociétés etdans
lesgroupes,
in-/
nombre
, quimalheureusement ne
raisonne pas,etdans
l’espritdes citoyensmoins
aisés,
qui
ne
sontque
tropnombreux, pour
desbons
citoyens, des patriotes par excellence\ ainsion
les croit desdémocrates
purs et zélés, et ilsne
sontdans
lefond que
des ochlocrates. C’est ainsique
parune
fausse et astucieuse popularité ils se frayent ha route à l’oligarchie, jusqu’à ce
que
le plus habile et entreprenant d’entr’eux,en
renver- sant tous lesautres, parvienneau
despotismemonarchique.
L’ochlocratie a
donc pour symptôme
ladémagogie
, etpour
résultat Yoligarchie, et ledespotisme
.De
laDémagogie.
Les hommes faussement
populaires,dont
je viens
de
parler, s’appellentdémagogues.
Leur
langage n’estqu'une
affectationcon-
tinuelle
de commisération pour
les citoyens indigens, qu’ilssoulagent par de
grands mots
,et ruinent par des
mesures
désastreuses.Quoique nageant dans
l’aisance, etsouvent dans
l’opulence,cependant pour
sedonner
l’air
de
la plusgrande
popularité , ils en- dossent lecostume de
la misère,ou
plutôtde
la saloperie.La
flagornerie la plusram-
pante et la plus dégoûtante est leurarme
À
6#
12
favorite.
Us
n’ignorent pasque
e’esten
les flattantque
les courtisans parviennent à maîtriser les rois, ellesgouverner
à volonté.Ce
sont les courtisansdu nouveau
régime.Peuple souverain
quim’entends
, disoitun
célèbre
démagogue
,en
s’adressant aune poignée de femmes
stipendiées parson
partipour
applaudirdans
les tribunes. C’est ainsi qu’flscorrompent
lamorale du peuple pour
parvenir à leurs desseins.
S'il se présente
une
occasion favorablepour
faire valoir leurprétendue
popularité, ils la saisissent avecempressement
; si ellene
se présente pas, ils la font naîtrepar
des incidens tiraillés. Siune mesure
offre l’apparenced’utilité publique, etne renferme dans
lefond qu’un mal
réel, ils s’attachent préférablement à l’apparence , n’importeque
le peuple
en
soit la victime; ils saventque
le
grand nombre ne
jugeque
sur l’appa- rence,et c’est assez.Les mots
biendu peuple
,intérêt
du peuple
, salutdu peuple
,ne
sontque dans
leurbouche
5 l’intérêtpersonnel
est clans leur cœur.
Sous
lenom de peuple,
ils n’entendent pas l’universalité descitoyens,mais
la totalitéde
leurs partisans, et ils se règlenten
con- séquence.Pour
les distinguer, ils inventent desdénominations
arbitraires.Les noms
\
l’aristocratie n’est, pins à craindre ;
mais
il n’en est pasde même de Y
ochlocratie.De
l’Ochlocratie.Lorsque
deshommes
vicieux', sansme-
ri e sans tal(ns, sans connoissances, par-
viennent
à s’emparerde
toutes lesbranches du gouvernement,
aprèsen
avoir chasse les citoyens probes,vertueux
et instruits; lors-que
ceshommes ne prennent
les intérêtsque de ceux
qui leur ressemblent, etne
portentaux
placesque
leurs pareils ; lorsquelare-
•
publique
entière estgouvernée
par deslors-
émanées de
ceshommes
,ou
influencéespar eux
,legouvernement
s’appelleochlocratiquctet
ceux
qui l’exercent ,ou
lepropagent
, ochlocrates.?
Tous
lespolitiquesconviennent qu’un
pareilgouvernement,
est le pirede
tous, sansen
exceptermême
le despotique, puisque l’in-capacité
en
est la base , et les vices lesoutien.
'
Quand
lesgouvernans
sont ignorans , legouvernement
doitêtreun
caliosplutôtqu une
administration :
quand
ils sont sans vertu,ils doivent être sujets à toutes les passions les plus basses fct les plus viles ;
de
là les vols, les rapines, lesvengeances
, les pros- criptions :quand
ils sont Sans, lumières , ilsA
5IO doivent detester, persécuter
, proscrire les
hommes
éclairés, les savans, les citoyens à talens, les sciences, les arts.
En un mot, un
telgouvernement
n’estque
letriomphe
continueldu
vice sur la vertu,du crime
sur la probité,de
l’ignorance sur la ca- pacité./
Des symptômes
etdes
résultatsde
V
Ocklocratie.La démocratie
tient lejuste milieu entre1ai istociatie, et 1ochlocratîe
, qui
en
sontles
deux
extrêmes;
mais
il est bien difficilequ’au
sortir d’ungouvernement
aristocra-tique,
on ne
se jettedans
l’extrêmeop-
pose :nous venons
d’en faire la funeste expérience.Des hommes
ambitieux, astucieux, per- fides, n’ignorent pasqu’une
révolution faitbien des
malheureux dans
l’instant, sur-toutdans
la classe indigentedu
peuple ,ne
fût- ceque ceux
quine
dévoient leur subsistancequ au
superflu deshommes
puissans , etaux abus du gouvernement
$ ils n’ignorent pasqu en
flattant ceshommes
, s’apitoyant sans cesse sur leur sort, affectant
un
lan-gage
populaire,ou pour mieux
direpopula
~ciery
en
outrant les principesde
ladémo-
cratie , ils passent
aux yeux du
plusgrand
ni
S’il existe clans la république
une
auto-rité qui puisse balancer celles des oligarques,
ils
en
sontombragés
, et s’attachent à lacomprimer,
à l’anéantirpar
la terreur.A
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y lesdécemvirs
faisoient trembler le sénat.A Taris
, ils faisoient trembler la con- vention.Mais
les oligarquesde Rome
n’ont jamais mutilé le sénatromain comme
les oligarques français ont mutilé laconvention
nationale.L’ambition
étoit lamême, mais
ici l’audace a été plus grande. D’ailleurs , lesoligarques
romains
n’ontjamaisfaitcoulerle
sang par
torrenscomme
les oligarques français, etcependant
leurmémoire
esten
exécration.Quand
l’oligarchie estbienassise, les chefs finissent presque touspar
se battre entr’euxpar
jalousie d’autorité , si toutefoison
leuren donne
letemps
j l’ambition les a poussés à concentrer lepouvoir
entre lesmains d’un
petit
nombre
; lamême ambition
les pousse à le concentrer toujours d’avantage, jusqu’à ce qu’ilparvienne
enfin entre lesmains d’un
seul , qui est d'ordinaire le plus
ambitieux
et le plus entreprenant
de
tous.Quand
ces divisions éclatent entre les oli-garques,iln’ya
que deux
résultatsà attendre,ou de
les voir tous culbutés,ou de tomber
sous ladomination d’un
tyran.A Rome,
e
, /
22
après
que
les triumvirs se furent partage larépublique
^ ils finirent par se battre en-semble
,un
seultriompha
, et la république fut perdue.En France,
ledénouement
a eteplus
heureux
, grâces à fénergie de la con-vention
nationale, etau
patriotisme des vé- ritablesParisiens ;le9
thermidor
avu
s’écrou- lerl’échafaudagede
laplushorribleoligarchie quiaitjamais existé, et ladémocratie
a repriston empire
juste et bienfaisant.Apres
cetteépoque,
les restesimpurs de
l’ochlocratie etde
l’oligarchie ont fait et fontencore
les plus grands efforts
pour
serenouer
et se ressaisirde
l’autorité$mais
laconvention
nationale est là, et les Parisiens, ainsique
tout le peuple français derrière elle,pour assommer
cemonstre
destructeur , etempe-
clier qu’il
ne
se releve pluspour
lemalheur du
genrehumain-
Ainsi
donc
le vaisseaude
ladémocratie marche
sans cesse entredeux
écueils éga-lement
redoutables,d’un
côté 1 aristocratie, etde
l’autre l’ochlocratie,dont
le résultat est l’oligarchie. C’est à laconvention
natio- nale à tenir le gouvernail d’unemain ferme
,
pour
les éviter tous les deux.Que
lepeuple
là
seconde
, et levaisseauentreratriomphant dans
le port, à la satisfactionde
tous lesrépublicains.
Après
le 2 juin 1793, y. s., le vaisseaua donné dans
l’écueilde
Fochlocratie; le 9thermidor
, il s’en est retiré glorieusement;Alors il étoit d’autant plus difficile
de
re- connoître le danger,que parcourant une mer inconnue
^ le plusgrand nombre ne
l'ap- percevoit pas. D'ailleurs le langage des dé-magogues
étoit si séduisant^ si mielleux, siastucieux, il ressembloit si bien à celui
du démocrate
le pluspur, que nombre de
clair-voyans
ontdonné dans
lepiege.oQue
cette fautenous
servede
leçon à tous !Le
centrede
l’ochlocratieétoitaux jacobins
etafiliés. C’est là qu’affluoient tous lesochlo- crales
de
laFrance pour
se faire bréveterau
prixde
12. liv. et refluer ensuite sur tousles points
de
la république,
y
exercer leravage
ochlocratique.Dans
cettepremière
dévastation, ils ontimmolé une immense
quantitéde
citoyens qu’ils savoient bien n’être ni aristocrates ni royalistes5mais
,pour en
avoirlesdéponi
lies ,ils les ont appelés fédéralistes ,
modérés
, indulgens, &c. Il est enfintems
de le dire, lamajeure
partiede
ces victimes étoient desdémocrates
purs,qu’on
a sacrifiés à l’ochlocrntie,devant
laquelle ilsne
vouloient point se courber.Les
institutionsde
comités révolution-H
Maires, cVarmées révolutionnaires^
de com-
missions révolutionnaires, et tant d’autres, étoient toutes ochloçratiques.
Après
le supplice desfameux
ochlocrates,Hébert^ Chaumette
et consorts, l’ochlocratiea
fait place à l’oligarchie,
ou
plutôt elle luia étésubordonnée.
Alors lesproscriptions ontredoublé
, parce qu’àmesure que
lepouvoir
se concentre, ilfaut plusde victimes etde
terreurpour
l’affermir. D’ailleurs ily
avoitd eu x ennemis
à poursuivre, les anti- ochlocrates et les anti-oligarques.Le
centrede
l’oligarchie étoit pareille-ment aux
jaeohiiis et affiliés. C’est làoù
les oligarques
dominoient impérieusement
;c’est là
où
ils préparoicnt, façonnoient, di- géroient et faisoient valoir leursmesures
tyranniques5 c’est
de
là qu’ils régnoient sur laconvention
, et partant sur lepeuple
français5 enfin, c’étoit là leur trône, leur force , leur soutien, leurs gardes , leurs
arméess
..
Le
centrede
ladémocratie
a toujours été laconvention
nationale 5 et ce n’estqu^en
tacomprimant,
qu’en la mutilant,, qu’en la terrorifiant,
qu’on
apu
parvenir à asseoir les bases de l’ochlocratie etde
l’oligarchie.La majeure
partiede
sesmembres
,ceux-
là
même
qui, séduitspar
lelangage
perfide25
clés
démagogues
., n’ont pas tardé'à recon- noître ledanger
, àsonder
laprofondeur de l’abyme
sur lequel ilspanehoient,
et le9 tliermidor, ils s’en sont glorieusementretirés
en
renversant lesaudacieux
oligarques qui lesy
avoient insensiblement poussés.Depuis
cette
époque
, ces derniersne
cessent de crier à la réaction, à la contre-révolution. Certes, c’est bienune
contre-révolutionpour
eux, qui s’étoient appropriés tous les fruitsde
la ré- volution$
mais
ce n’en est pasune pour
lepeuple
etpour
la démocratie, qui n’ont faitque
se ressaisir des droitsque
les traîtres leur avoient usurpés.Est- ce
une
reactionque de
poursuivreles usurpateurs, les voleurs, les assassins
,
les contre-révolutionnaires?
Non,
la justice est la basede
ladémocratie, comme
le can- nibalismel’estde
l’ochlocratie3 tousceux
qui sontlesamis
de notre révolution, sont lesamis
desdémocrates
3 l’erreur n’estpoint
un crime
à léursyeux
,comme
elle l’étoitaux yeux
des oligarques , eten
cela ils ontune chance
plusheureuse,que
lagénérositédémocratique
veut bien leur accorder.Mais
les traîtres, les "voleurs, les assassinsdu peuple
n’auront jamais ni paix ni trêve avec les démocrates.A
les entendre,on
diroitque
le vaisseaudonner dans
i’eçueîi opposé.Non,
le^6
vaisseau
de
la républiquemarché
a présent sur la lianede
la démocratie., et., siun
<0
%
danser
lemenaçoit
, je serois des premiers àdonner
l’allarme ,comme quand
> apres le2, juin, je l’ai
vu
courir à pleines voiles sur l’écueil de l’ochlo^ratie.Et
toi, peuple Français, toisur-tout,peuple de
Paris, qui es le plus à portéede
juger des principes qui dirigent laConvention na-
tionale, et n’oublies pas ce qu’il t’en coûtequand
tul’abandonnes
à elle seule, serres-toiautour
d’elle , prêtes-lui tamassue
, et sois tranquille sur le sort de la république.BLÂNQUL
i
De
l’Imprimerie deF.Porte,
rue J. J.Rousseau,JS[p
. Il , vis-à-vis la Poste.