PARIS,
CAPITALE
EUROPÉENNE ?
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l est certains thèmes qui recueillent spontanément une adhé- sion dont la ferveur est d'autant plus grande que leur contenu est plus vague. La vocation internationale de Paris est l'un de ceux là. Personne, assurément, n'oserait contredire l'affirmation selon laquelle Paris a un grand rôle à jouer au plan européen, eurafricain et international. Mais, la difficulté commence dès lors qu'il s'agit de définir le contenu, la portée et les limites de cette vocation, car, le problème recouvre toute une série de phénomènes et concerne de nombreux partenaires dans l'ordre politique et dans l'ordre économique, au plan interne, comme au plan extérieur.Depuis un certain temps, cette question semble revêtir une nouvelle actualité avec l'affirmation d'un mouvement d'opinion tendant au choix de Paris comme siège des institutions commu- nautaires européennes. Il ne s'agit, bien évidemment, que d'un aspect très partiel de la question, car la vocation internationale de Paris, au moins examinée dans une perspective théorique, recouvre normalement beaucoup plus que le problème du siège des institutions de la petite Europe.
Il s'agit là, d'autre part, d'une question purement politique ; elle relève, en tant que telle, des Gouvernements concernés et, notamment, du Gouvernement français qui, pour autant que je sache, s'en tient aux termes des traités et à la situation provisoire qui en résulte quant au siège des institutions. Mon point de vue ne saurait donc, en aucune manière, porter sur ce terrain poli- tique et gouvernemental, mais s'inspire uniquement de considéra- tions touchant le développement et l'aménagement de l'agglomé- ration parisienne.
La première remarque qui s'impose est que Paris paraît effec- tivement détenir une série d'avantages déterminants. Encore convient-il de s'interroger quant au point de savoir dans quelle
mesure cette destinée est compatible avec d'autres ambitions nationales.
Enfin, sur un plan proprement parisien, à quelles conditions la conciliation est-elle possible avec les impératifs propres de l'agglomération parisienne ?
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l ne paraît pas douteux que l'agglomération parisienne possède à l'égard de ses éventuelles concurrentes un ensemble d'atouts qui, à bien des égards, peut paraître décisif.Par sa situation géographique, tout d'abord, Paris occupe une position centrale que les perspectives d'élargissement de la Com- munauté économique européenne, loin d'atténuer, ne font, au contraire, que renforcer.
De cette situation découlent des possibilités incomparables sur le plan de la desserte et des transports.
Du point de vue routier, l'autoroute Lille-Marseille assure d'ores et déjà des liaisons commodes avec l'Europe du Nord et l'Italie ; le VI* Plan verra, d'autre part, la réalisation de l'autoroute A 4 vers Strasbourg et le réseau allemand.
Par fer, à l'exception de Rome, la plupart des capitales euro- péennes sont reliées dans des délais compris entre deux heures et demie (Bruxelles) et cinq heures (Cologne). Avec le tunnel sous la Manche sur lequel le Gouvernement français s'est prononcé favorablement, Londres se trouverait à 4 heures de Paris.
Enfin, du point de vue aérien, l'équipement de la capitale française, bientôt complété par la mise en service de l'aéroport de Paris Nord, donne à Paris une position exceptionnelle. La capi- tale de l'Europe occidentale la plus éloignée — Stockholm — est à 2 h 30 de vol, mais, Bruxelles, Londres, Milan, Amsterdam, Colo- gne, Francfort, sont à une heure environ de Paris. Constatation analogue en ce qui concerne le continent américain pour lequel, à l'exception de Londres, Paris reste la ville européenne la mieux placée.
Qu'il s'agisse d'Orly, d'ores et déjà relié à Paris par une liaison routière tout à fait comparable aux grands aéroports internatio- naux américains, ou de Roissy-en-France, qui, dès son ouverture, connaîtra une situation analogue, la position aéronautique de la capitale française ne paraît guère connaître de concurrence sérieuse.
Mais, quelque importance qu'il faille attacher à ces problèmes de liaisons, ils ne sauraient cependant épuiser les facteurs attrac- tifs de Paris, et, notamment, ceux concernant l'environnement économique et intellectuel.
A l'exception de Londres, aucune capitale n'offre, en effet, la caractéristique d'être aussi un puissant foyer de création, de production, d'innovation et de direction dans l'ordre économique.
Métropole industrielle particulièrement ouverte aux techniques de pointe, l'agglomération parisienne est aussi une puissante capi- tale tertiaire dans les domaines de la finance, des assurances des services.
Dans le domaine intellectuel, culturel et artistique, Paris offre encore des possibilités incomparables résultant de la présence d'une université multiséculaire, de grandes écoles de réputation internationale, et, sur un plan plus général, d'une ambiance d'en- semble qui ne laisse jamais la capitale française en dehors des grands courants touchant les choses de l'esprit.
En outre, quelque embarrassant que puisse être l'argument pour un Français, i l faut se référer à nos amis étrangers pour évoquer, mieux que nous ne saurions le faire, ce charme indéfinis- sable que chacun s'accorde à reconnaître à notre capitale.
Enfin, la présence déjà affirmée de deux institutions interna- tionales d'importance : l'UNESCO et l'OCDE, accentue ces divers attraits.
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l reste cependant à voir dans quelle mesure la réalisation éven- tuelle d'un tel projet peut harmonieusement s'inscrire dans le destin volontariste assigné à l'agglomération parisienne, notam- ment dans le cadre de la politique nationale d'aménagement du territoire.Sans doute, ce projet ne représente-t-il pas, d'un seul point de vue quantitatif, un apport d'une importance telle qu'il risque de bouleverser les données du problème. Il ne faut cependant pas négliger ses éventuels effets induits. Dans quelle mesure, en effet, le choix de Paris comme siège de tout ou partie des institutions communautaires européennes, décision d'essence purement poli- tique, n'est-il pas susceptible de motiver les entrepreneurs privés dans leurs décisions économiques ?
Depuis un certain temps, en effet, et en dépit des obstacles engendrés par les impératifs de décentralisation, i l semble que Paris connaisse une faveur croissante de la part des dirigeants des grandes entreprises multinationales à la recherche d'un siège eu- ropéen. Le problème est si actuel que la délégation à l'aménage- ment du territoire en fait son sujet de réflexion avec, du reste, la totale adhésion des responsables de la région parisienne.
Cette situation rend, en effet, indispensable le réexamen pro- fond de la vocation de Paris. Il n'est pas concevable que la crois-
sance qui résulterait de décisions du type de celles qui sont évo- quées ci-dessus, vienne s'ajouter au dynamisme propre de la région parisienne. L'impératif du freinage affirmé par le schéma direc- teur de la région parisienne reste la pierre d'achoppement de toute politique urbaine.
Mais, faut-il pour autant que le respect de normes quantitatives interdise à Paris de jouer le rôle que le destin semble lui assigner, non plus cette fois à l'égard de la France, mais aussi de l'Europe, de l'Afrique et du monde ? Ce serait, assurément, bien mal servir Paris et bien mal servir la France que d'aller dans ce sens.
Bien au contraire, i l semble que cette affaire devrait fournir l'occasion de la synthèse — au sens dialectique du terme — entre la région parisienne et les autres régions. L'analyse doit passer du stade quantitatif au stade qualitatif. C'est un fait historique que Paris joue, depuis des siècles, un rôle de capitale, c'est-à-dire, — pourquoi avoir peur des mots ? — un rôle de direction et de com- mandement. Mais, à cette fonction essentielle se sont ajoutées, au fil du temps, d'autres fonctions non strictement indispensables à l'exercice de la première. C'est cette conjonction qui, à juste titre, d'ailleurs, a suscité des critiques. L'erreur à ne pas com- mettre est, à mon sens, de confondre dans le même grief les deux choses qui doivent rester distinctes. On ne fabrique pas une capi- tale ; des exemples contemporains devraient en convaincre. La France possède la chance extraordinaire d'en avoir une, dont i l est, hélas, vrai que surtout les étrangers apprécient ses vertus.
Il est indispensable de préserver ses chances et de mettre fin au mythe suivant lequel on n'aménagera la France qu'en démé- nageant Paris. Il faut, suivant l'expression imagée de mon ami Jérôme Monod, athlétiser Paris, c'est-à-dire retrouver le muscle sous l'épaisseur de l'embonpoint.
Dans cette perspective, la responsabilité éminente de notre génération consiste à définir, à la fois avec rigueur et avec géné- rosité, ce dont Paris a besoin pour jouer pleinement ce rôle de centre de décision et d'impulsion, de telle sorte que la politique de décentralisation perde son caractère systématique au profit de critères plus sélectifs.
Ainsi, la vocation européenne et internationale de Paris pour- rait être regardée non seulement comme parfaitement compatible, mais comme heureusement complémentaire, des perspectives de développement régional.
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l reste à examiner dans quelle mesure la réalisation éventuelle d'un tel projet pourrait utilement contribuer au développe-ment harmonieux de l'agglomération parisienne elle-même. A priori, i l paraît peu probable que les services communautaires européens puissent un jour trouver place au cœur de Paris. C'est donc vers les zones d'extension de l'agglomération qu'il convient d'orienter les solutions.
C'est ce qu'a bien compris M . Hervé Lavenir, ce jeune et ardent défenseur du projet de capitale européenne à Paris, qui propose à cette fin le site de Montesson. Il s'agit, assurément, d'une pro- position séduisante lorsqu'elle est intrinsèquement considérée, mais dont i l faut bien admettre qu'elle perd certaines de ses vertus lorsqu'elle est replacée dans le contexte général du développement de la région parisienne.
Séduisante, en effet, car i l s'agit d'un ensemble inviolé par l'urbanisation de 1 000 hectares, remarquablement situé dans une boucle de la Seine et dans le prolongement de l'axe royal Champs- Elysées-Saint-Germain, à proximité du nouveau quartier de la Défense. A terme proche, cette zone sera desservie par le métro express régional et, à terme plus lointain, par un réseau d'auto- routes urbaines.
Cependant, la zone de Montesson présente la grave faiblesse de se situer dans l'axe où les poussées spontanées de développe- ment sont telles qu'elles compromettent gravement la recherche d'une croissance équilibrée. L'implantation d'un quartier européen fortement générateur d'emplois et de besoins de déplacements dans cette zone peut, à bien des égards, paraître en contradiction avec les efforts consentis dans le sens d'un ralentissement dans l'expansion à l'ouest de la capitale. Elle aboutirait, en effet, au bourrage du dernier espace libre vers l'Ouest — espace qu'il sem- blerait préférable de réserver à l'implantation ultérieure de grands équipements régionaux. E n outre, elle risquerait de conduire à des difficultés très grandes dans le domaine des déplacements et des transports. Sur le plan de la doctrine générale d'aménagement, Montesson ne devrait être urbanisé que lorsque les pouvoirs publics auront enregistré des résultats concrets dans leurs efforts de revi- talisation de l'Est. Or, ces efforts ne peuvent porter leurs fruits qu'à moyen terme.
Il semble important de garder ces objections présentes à l'esprit avant de porter un jugement sur un site qui présente, certes, d'authentiques avantages. I l va de soi, cependant, que, dans la mesure où le problème essentiel est celui de la desserte, la solu- tion est affaire de temps et d'argent. Deux souveraines théra- peutiques qui pourraient modifier, à terme, les données du pro- blème.
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ais, la région parisienne peut cependant offrir une alternative de qualité vers l'Est, et, plus précisément, vers la ville nouvelle de la vallée de la Marne, qui, dès 1975, serait en mesure d'offrir un cadre d'accueil de tout premier ordre, dont on peut, rapidement, esquisser les atouts.Située à dix kilomètres des portes de Paris, soit à une distance encore moindre que Montesson, la ville nouvelle de Marne-la- Vallée offrira, du point de vue des liaisons et de la desserte, une gamme des possibilités exceptionnelles. Tournée vers l'Europe, elle sera à brève échéance, grâce à l'autoroute A 4 Paris-Strasbourg, commodément reliée au réseau autoroutier allemand et européen.
Dès 1976, elle sera, en outre, raccordée au centre de Paris par le métro express régional.
La ville nouvelle se situe, en outre, à une distance raisonnable des deux grands aéroports internationaux d'Orly et de Roissy aux- quels elle se trouvera directement reliée par l'autoroute de rocade A 87 en ce qui concerne le premier et par l'autoroute G 4 en ce qui concerne le second.
Si, de surcroît, devait se réaliser la liaison Orly-Roissy par aérotrain par le tracé Est, actuellement envisagée, aucune autre implantation ne saurait, assurément, soutenir la comparaison.
D'autant qu'il s'agit enfin d'un site remarquable où le château de Champs, les bois de la Grange et de Grâce, les rives de la Marne... constituent un environnement de très grande qualité.
Il n'existe assurément pas, dans la région parisienne, d'autre endroit offrant autant de possibilités de tous ordres.
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a concrétisation de la vocation européenne et internationale de Paris, loin de contrarier les perspectives nationales et parisiennes, semble pouvoir, au contraire, fournir l'occasion privi- légiée de repenser la distribution des fonctions dans le cadre national et de donner une impulsion déterminante à la recherche d'un meilleur équilibre interne du développement parisien. L'Eu- rope serait donc la chance de Paris sans cesser d'être la chance de la France.Mais, la décision appelle la considération d'autres critères que ceux de l'aménagement du territoire. Même à l'heure du mana- gement, ce sont les politiques qui écrivent l'Histoire !
MAURICE DOUBLET