STRATÉGIE CONTESTÉE, CLIMAT DES AFFAIRES, PROBLÈME FINANCIER
L
a prise de conscience de l’importance de l’industrie dans l’économie nationale n’a jamais été aussi aiguë qu’en cette période de crise. Mais au moment où l’Al- gérie avait besoin de s’appuyer sur ce secteur-clé, la branche industrielle n’est pas au rendez-vous : 5% seu- lement de la richesse nationale, un pan de l’économie pas suffisamment fort pour réduire les importations et ac- croître les exportations hors hydrocarbures.Sur le terrain, les actions pour réindustrialiser le pays res- tent fort modestes. La nouvelle politique industrielle tar- de à se mettre en place. Elle est déjà critiquée : la consti- tution de groupes industriels publics en lieu et place des holdings ne semble pas faire l’unanimité, ni même l’orientation vers une industrie de substitution aux im- portations. Encore une fois, la vision économique reste peu consensuelle. Les pouvoirs publics, qui ont fait l’économie d’un débat entre spécialistes et profession- nels du secteur pour déterminer les meilleures ap- proches en vue de réindustrialiser le pays, ne disposent pas encore d’une feuille de route claire.
L’approximation dans la démarche fait que le secteur pri- vé n’est pas impliqué pleinement dans ce processus de
revitalisation de l’industrie, alors qu’il devait être un ac- teur déterminant dans la réindustrialisation du pays.
L’autre paradoxe est la réalité de maints projets indus- triels bloqués par l’administration pendant que le gou- vernement affiche ses ambitions d’accroître la part de l’industrie dans la richesse nationale. Ce processus est com- me un arbre. Une fois planté, il faut du temps – au moins plusieurs années – pour qu’il puisse porter ses fruits. Cela demande aussi un bon suivi. Or, sur ce point, on peut re- gretter que l’Algérie n’ait pas profité de 15 ans d’aisan- ce financière pour ériger une industrie puissante. Cette opportunité étant ratée, on s’en mord aujourd’hui encore les doigts. Car à présent, avec cette baisse des res- sources financières, il devient plus difficile de construi- re cette diversification de l’économie.
Mais la question reste à savoir s’il existe, quitte à le ré- péter, une volonté politique pour réindustrialiser le pays. Au regard de la manière dont est appliqué le plan anticrise décidé en décembre 2014, focalisé sur la réduction de la facture importation et moins sur le renforcement sur le terrain de l’appareil productif, on est tenté d’en dou- ter.n
RÉINDUSTRIALISATION : QUE DE FREINS !
L’arbre de la réindustria- lisation
Par :K. REMOUCHE
Yahia/Liberté
RÉINDUSTRIALISATION : QUE DE FREINS !
D
ans ces conditions, le financement de la nouvelle politique industrielle ne va- t-il pas se poser ? La question est d’ac- tualité. Mohamed Bou- chakour, économiste, af- firme que l’on peut in- nover dans l’institution- nel et sortir des sentiers battus. L’Etat peut, par exemple, dans la filière laitière, lancer un ap- pel à manifestation destiné aux entreprises lo- cales et internationales, comme cela se fait dans le secteur pétrolier. Les sociétés intéressées par l’offre, formant un consortium, vont appor- ter des financements et se partager les profits générés par le projet d’investissement. Il pro- pose aussi d’impliquer, dans cette stratégie, les groupes étrangers qui nous vendent aujour- d’hui la poudre de lait. Ce faisant, l’Etat ga- gnera sur les deux tableaux : Il n’aura pas à fi- nancer des projets que le privé à la possibili- té de prendre en charge. Il aura également à économiser de la devise sur un poste d’im- portation budgétivore (la poudre de lait).L’approche, on peut la transposer à d’autres filières. Pour Bouchakour, il faut dépasser le discours institutionnel et aller à l’essentiel, par- ce que des débats sur l’industrie, il y en a eu, mais sans résultats concrets. La dernière conférence en date sur l’industrie a donné lieu à un patchwork, se rappelle-t-il. La raison ? Pour Ahmed Lateb, expert industriel, il y a un problème d’ordre culturel. Explication : in- dépendamment des aspects financiers, nous pensons que nous n’avons pas les capacités pour développer notre industrie et que nous devons systématiquement recourir aux sociétés
étrangères et à l’importation, ce qui est évi- dement faux. Lateb relève que l’Algérie “a réus- si à bâtir une industrie publique et privée, certes peu développée, mais qui a, quand même, maintenu une production nationale et un ni- veau d’emploi important”. Et d’ajouter que les réussites industrielles récentes des privés al- gériens dans les équipements de la maison, dans l’agroalimentaire, dans les matériaux de construction, dans le secteur des boissons dé- montrent que le pays “est capable de se déve- lopper et d’acquérir des technologies nécessaires au développement de notre industrie”. Une technologie qui coûte cher et qui exige une bonne assise financière. Elle s’ajoute à d’autres instruments à mettre en œuvre pour la bon- ne marche de l’industrie, sans perdre de vue, bien entendu, les leviers financiers dont a be- soin toute industrie et dont parle l’expert in- dustriel, pour qui, le pays “doit rapidement mettre en place les mécanismes de financement de notre industrie”.“Jusqu’à présent, dit-il, l’Al- gérie a financé son industrie exclusivement sur fonds propres avec le monopole de la Banque centrale sur les financements extérieurs”. Mais quels outils à mettre en place ? “Nous en avons plusieurs à mettre à la disposition des indus- triels pour assurer le financement de leur dé- veloppement. L’accès aux financements ban- caires pour les projets de démarrage, la mise en place de la Bourse ou l’obligataire pour les so- ciétés établies et le recours aux financements ex- ternes pour les projets d’envergure”, résume-t- il. Sur tous ces sujets, l’Algérie devra, selon lui,
“accepter”les outils actuels de financement de l’économie avec, et pourquoi pas, un “recours
à l’endettement”. Cette question est, note-t- il, centrale, car elle impose une réforme du sec- teur bancaire et une obligation accrue de trans- parence, voire de notation du pays. Et de pour- suivre : “On le voit là encore, il s’agit de chan- ger de paradigme et d’accepter d’ouvrir notre économie aux moyens de financement mo- dernes.”Et se passer des classiques ? Parmi les moyens classiques de financement, l’emprunt
obligataire. Abderrahmane Mebtoul, expert en économie, propose un emprunt national ano- nyme à taux d’intérêt intéressant. Le Forum des chefs d’entreprise (FCE) estime, lui, que les ressources existent. Et il suffit de les mobiliser. L’organisation patronale recom- mande un emprunt obligataire national de vingt milliards de dollars.
Y. S.
GESTION DE LA CRISE
Quels leviers pour le financement de la réindustrialisation ?
Alors que les revenus pétroliers du pays s’amenuisent, le pays ne s’est pas encore doté d’un véritable marché financier.
Par :YOUCEF SALAMI
LES OPÉRATEURS ATTENTIFS AU PLAN DE RELANCE
Juger la démarche sur le terrain
n Le gouvernement mise plus que jamais sur le développement de l'investissement industriel pour diversifier l'économie nationale et inverser le mouvement de désindustrialisation qui pèse sur notre économie affectée, de surcroît, par la chute des prix pétroliers mettant à mal les équilibres financiers. Pour ce faire, le gouvernement a engagé plusieurs actions afin de faciliter davantage l'investissement productif, en particulier dans les branches stratégiques. Le gouvernement a, par ailleurs, annoncé la levée de tous les obstacles à l’acte d’investissement à commencer par le problème du foncier industriel et le financement. Les opérateurs, notamment privés, sont très attentifs à ces annonces mais préfèrent juger la démarche sur le terrain. En effet, ils sont nombreux à souligner que chaque fois qu’on annonce des mesures pour l’économie, on constate qu’il y a lenteur dans la mise en œuvre des réformes qui butent sur le problème de bureaucratie. C’est le cas du financier d’une entreprise privée spécialisée dans la fabrication de produits de chaudronnerie qui estime que “la relance industrielle est évoquée depuis de nombreuses années. Cependant, peu de choses semblent se concrétiser sur le terrain”. Il ajoute qu’au jour d’aujourd’hui, l’entreprise vit les mêmes problèmes. En termes de financement, ce responsable rencontré au salon “Alger-Industrie” indique qu’il est “anormal qu’on attende plus de trois mois, pour au final se voire valider un crédit de trois millions de dinars, une somme
insignifiante compte tenu de notre activité”. Concernant le foncier, notre interlocuteur précise que l’entreprise qui a des ambitions d’extension est contrainte de compter sur ses propres moyens pour l’acquisition de foncier puisque il est de plus en plus difficile de compter sur les circuits institutionnels pour acquérir des assiettes. De son côté, un cadre d’une entreprise publique spécialisée en mécanique, pointe du doigt le mode de gestion de l’entreprise publique qui centralise toutes les décisions stratégiques de l’entreprise en haut lieu. Ce qui forcement bloque le développement de cette entreprise.
SAÏD SMATI
D
es observateurs de la scèneéconomique nationale s’at- tendait à ce que le secteur in- dustriel apporte sa contribu- tion à amortir l’impact de la chute importante des prix du baril sur les revenus financiers de l’Algérie. De deux façons. D’une part, il permet de rédui- re la facture des importations par la fabrica- tion localement de pro- duits auparavant impor- tés. D’autre part, il est susceptible d’accroître de façon substantielle les exportations hors hy- drocarbures. D’autant que le plan quinquen- nal 2010-2014 avait pour objectif de porter la part de ce secteur dans le PIB de 5% à 10%. Un objectif guère atteint, puisque cinq ans après la part de la branche est restée agrippée à ce niveau de 5%. Tout comme celui de porter la couverture des besoins nationaux en médi- caments à 50-70% en 2014. Pourtant, ce pro- gramme avait affecté Une manne : une bon- ne portion de 20 milliards de dollars pour le renforcement des entreprises publiques et privées. Ces deux défis n’ayant pas été relevés, le gouvernement Sellal dans le cadre du pro- gramme présidentiel a décidé de les atteindre en 2019, sans toutefois diagnostiqué les raisons de ce double échec dont l’un des handicaps majeurs s’avère le peu d’écoute des gouver- nants à l’égard des propositions des profes- sionnels, des experts et des industriels concer- nés.
Résultat des courses, le processus de déserti- fication industrielle du pays entamée n’a pas été stoppé. L’Algérie importe presque tout de l’étranger. De manière plus approfondie, cet-
te fragilité structurelle de l’économie nationale renvoie à trois faiblesses de la politique in- dustrielle actuelle.
LES TROIS FAIBLESSES DE LA POLITIQUE INDUSTRIELLE ACTUELLE 1. Une approche contestée
“La politique industrielle actuelle s’articule sur le secteur public”, analyse Farid Bourenani, spécialiste du domaine. Autrement dit, elle ne fait pas la part belle au secteur privé, alors qu’il reste prédominant dans la création de la va- leur ajoutée et dans la création d’emplois. Cet- te politique poursuivie durant plus d’une dé- cennie n’a pas porté ses fruits. Combien d’ar- gent a été injecté dans les entreprises publiques sans résultat significatif sur le plan productif, sur le plan de la croissance, de la création d’em- plois. L’État ne doit pas être un acteur dans la production de biens mais un régulateur, rap- pelle-t-il.
Second reproche : la politique industrielle ac- tuelle vise à ériger une industrie de substitu- tion aux importations. “C’est très difficile de la mettre en œuvre en ces temps de crise”, ajoute Farid Bourenani. D’une part, cela demande du temps pour pouvoir l’ériger. D’autre part, en ce contexte de manque de ressources finan- cières, il est difficile de financer ce grand chan- tier. La meilleure approche est l’intégration dans la chaîne de valeurs internationale, sug- gère Farid Bourenani (voir à ce sujet le point de vue de Smaïl Seghir en page 12). On ne peut fabriquer tout pour réduire les importations.
On doit se développer dans des secteurs où on présente des avantages comparatifs. Il nous cite par exemple la pétrochimie. “On exporte le pro- pane à 150 dollars la tonne. Si on produisait le polypropylène en Algérie à partir du propane, on pourrait exporter le produit fini à 9000 dol- lars la tonne”,a-t-il ajouté. Le levier d’une ap- proche industrielle plus efficace est le déve-
loppement de la petite et moyenne entreprises.
Les PME sont plus réactives, moins capitalis- tiques et sont créatrices d’emplois. Elles sont en d’autres termes plus appropriées en ces temps de crise. Encore faut-il que l’État en- courage leur développement.
2. Le timing
La volonté des pouvoirs publics est de réin- dustrialiser le pays. Mais la conjoncture ac- tuelle, avec la chute drastique des recettes en devises, n’est pas favorable. Il faudrait être beaucoup plus imaginatif pour accélérer le pro- cessus.
3. Un climat des affaires toujours très défavorable
Le paradoxe est cette ambition officielle de muscler l’industrie du pays, alors que peu de progrès sont réalisés dans l’amélioration du cli- mat des affaires du pays. C’est comme si on dé- marrait une voiture avec les freins serrés. En effet, beaucoup d’industriels se plaignent des blocages administratifs, de l’accès aux crédits, au foncier. Enfin, au bilan de la mise en œuvre du plan anticrise, les actions du gou- vernement ont surtout porté sur la réduction des importations et beaucoup moins sur le ren- forcement du secteur productif, le garant du développement durable du pays et, du coup, pouvant constituer un amortisseur non né- gligeable aux chocs extérieurs. Mais il ne peut jouer ce rôle rapidement. Il faut au moins trois à cinq ans pour recueillir les fruits de cet effort si on lance aujourd’hui le chantier avec au préalable une démarche beaucoup plus rationnelle.
K. R.
EN TEMPS DE CRISE
L’industrie pas au rendez-vous
En cette période de vaches maigres, le temps ne joue pas en faveur du développement du secteur industriel.
Par : K. REMOUCHE
D. R.
Liberté : La production indus- trielle publique s’essouffle, et cel- le privée demeure cantonnée dans certaines filières. Quelle analyse faites-vous, aujourd’hui, de l’évo- lution du secteur industriel, toutes branches confondues ? Ahmed Lateb : Globalement, le secteur industriel est en croissan- ce cette année, comparé à l’année précéden- te, avec des dispa- rités selon les secteurs. Cette per- formance cache deux tendances.
Nous avons d’un côté un secteur in- dustriel privé en forte croissance tiré par l’investissement privé et une consommation intérieure sou- tenue. En revanche, le secteur in- dustriel public reste en retrait et ce malgré la transformation des SGP (Sociétés de gestion des participa- tions) en groupes publics sous for- me de SPA (Société par actions). Tou- tefois, cette opération devrait per- mettre aux groupes industriels publics d’avoir plus d’autonomie d’action et ainsi de retrouver le che- min de la croissance et du déve- loppement. L’année 2016 s’annon- ce plutôt difficile pour le secteur in- dustriel sous l’effet conjugué d’une dévaluation du dinar et d’un ra- lentissement de la consommation.
L’investissement sera lui condi- tionné à la situation économique du pays et au moral des chefs d’en- treprises. Cette situation appelle, de la part des pouvoirs politiques, des mesures urgentes et concrètes pour éviter l’effondrement total de notre industrie à court terme.
Pourquoi, selon vous, les poli- tiques industrielles, menées par le passé, avaient-elles échoué ? Effectivement, les politiques in- dustrielles menées ces dernières sont un échec, si on en juge par l’im- portance de l’industrie dans le pro- duit intérieur brut (PIB). L’industrie aujourd’hui pèse pour moins de 5%
dans le PIB, soit une valeur ajoutée de 14 milliards de dollars avec un secteur industriel public qui n’a gé- néré que 2 milliards de dollars. Ce
qui est ridicule, comparé aux efforts colossaux consentis par l’État lors des différentes recapitalisations et soutiens apportés par les pou- voirs publics aux entreprises in- dustrielles publiques. La faiblesse de notre industrie est due princi- palement à la politique de l’État qui a concentré tous ces efforts sur le seul secteur public et a délaissé le secteur privé qu’il a toujours consi- déré comme marginal et non stra- tégique pour le développement du pays. Même dans les projets de partenariat avec les sociétés in- ternationales, l’État a toujours fa- vorisé le secteur public en nouant des accords de partenariat de type publics-privés (PPP). En soi, cette po- litique n’a rien de contestable mais à condition de mener en parallèle des actions de soutien aux privés nationaux, ce qui malheureuse- ment n’a pas été le cas, en tout cas dans les faits. Les autres facteurs qui ont négativement impacté l’in- dustrie sont connus : un accès dif- ficile au financement, un foncier compliqué à obtenir et une distri- bution gangrenée par l’informel. Ci- tons aussi la bureaucratie qui a fi- nalement réussi à démotiver les en- trepreneurs porteurs de projets industriels et a quasiment fait échouer toutes les initiatives des pouvoirs publics.
Quel est l’ordre des priorités au- jourd’hui dans le secteur indus- triel ? Faut-il une industrie tour- née vers l’exportation ou une in- dustrie destinée au marché inté- rieur ?
La priorité pour le moment est de réhabiliter le secteur industriel public en lui rendant son autono- mie totale et le soumettre aux lois du marché pour lui permettre réel- lement de se développer. L’autre priorité de l’État est d’aider réelle- ment le secteur privé dans son dé- veloppement notamment en ré- glant les questions du foncier, du fi- nancement et de l’administration qui bloquent les projets indus- triels.
En termes de stratégie, l’État doit
orienter son industrie vers, à la fois, la consommation intérieure et extérieure. Vers la consommation intérieure car la taille et la dyna- misme de son marché intérieur rendent les investissements in- dustriels porteurs. Le cas des sec- teurs des boissons est assez inté- ressant. Aujourd’hui, nous avons un secteur dynamique porté par une croissance forte de la deman- de et une dynamique concurren- tielle qui ont favorisé l’émergence d’un secteur exclusivement local avec des prix relativement bas comparé aux pays voisins. Finale- ment, cette réussite est à mettre à l’actif des investisseurs privés qui ont réussi à créer un secteur qui emploie plus de 50 000 personnes avec plus de 250 unités de pro- duction réparties sur le territoire.
Pour le développement de l’expor- tation, il faudra sans doute se po-
ser la question de la compétitivité de l’Algérie. En résumé, notre in- dustrie est compétitive dans les sec- teurs consommateurs d’énergie, de main-d’œuvre et de matières premières. Parmi les secteurs sur le- quel l’Algérie sera compétitive, on peut citer la pétrochimie, les ma- tériaux de construction, la sidé- rurgie et la mécanique.
Sa proximité avec l’Europe la rend aussi compétitive sur les industries de montage et de transformation en tant que relais, notamment pour les industriels chinois qui voient en l’Algérie une vraie base de réexportation vers l’Europe et l’Afrique. On peut citer comme exemple le secteur du ciment qui est fortement consommateur d’énergie et de matières premières.
L’Algérie produit le ciment le moins cher du monde avec un coût de pro- duction à la tonne autour de 10 dol-
lars. Ce coût de production est pos- sible grâce à un coût d’énergie bas et la disponibilité des matières premières en grande quantité et à faible coût d’extraction. Malheu- reusement, à cause d’une poli- tique industrielle désastreuse en vi- gueur dans ce secteur, l’Algérie dispose d’un prix de vente au consommateur final parmi les plus chers du monde (120 dollars la tonne) et importe plus de 20% de sa consommation annuelle. Com- me on le voit nous avons un secteur sur lequel on peut développer les exportations sur tout le bassin méditerranéen et vers nos voisins limitrophes.
Une réindustrialisation du pays dans le moyen terme, vous y croyez……
Le développement de notre indus- trie est vital pour le pays, il y va de son indépendance économique et politique. Une industrie forte est toujours synonyme d’une économie forte. Un emploi créé dans l’indus- trie en génère quatre dans les ser- vices et l’industrie est porteuse de vertus comme la recherche, l’in- novation et l’emploi. Nous sommes condamnés à réussir notre indus- trie sous peine de sombrer dans la crise économique.
Malheureusement, ces dernières années, nous n’avons pas fait d’éco- nomie, on a surtout fait de la poli- tique, car les ressources le permet- taient et l’Algérie avait les moyens de ses choix. Cette situation est maintenant derrière nous et si nous ne changeons pas de politique économique, nous serons alors condamnés à subir les diktats éco- nomiques.
L’industrialisation de l’Algérie pas- se par le privé national et étranger, ils sont les seuls à même de lancer des projets porteurs pour permettre au pays de développer son industrie.
L’État doit se poser la question de son rôle dans cette phase critique et opérer sa mue culturelle vers moins d’interventionnisme et plus de régulation et de facilitation pour les acteurs de l’Industrie.
AHMED LATEB, EXPERT SPÉCIALISÉ DANS L’INDUSTRIE, À LIBERTÉ :
“L’industrialisation passe
par le privé national et étranger”
Ce spécialiste, affirme, dans cet entretien, que l’État a “concentré” tous ces efforts sur le seul secteur public, “délaissant” le privé. Cela, a-t-il ajouté, a conduit à la “faiblesse” de l’industrie.
Entretien réalisé par : YOUCEF SALAMI
L
ancé au cœur de l’été 2010, le programme national de mise à niveau des PME affichait fin 2014 un bilan très décevant, loin des objectifs ambitieux annoncés par le programme quinquennal 2010-2014. L’État algérien avait mis la barre très haut avec un objectif de mise à niveau de 20 000 PME des- tiné à “préparer les entreprises natio- nales à affronter la compétition internationale et à permettre la diversification de nos exportations”. Il se montrait disposé à engager, à cette fin, plus de 380 milliards de dinars de res- sources publiques.( …)Les entreprises industrielles aux abonnés absents Le directeur de l’Agence de développement de la PME annonçait par ailleurs que dans le lot des entreprises qui ont accepté de rejoindre le programme la plupart d’entre elles soit 62% viennent du BTPH, environ 10% activent dans le secteur de l’agroalimentaire et environ 20 % dans les ser-
vices. Un recensement révélateur de l’échec du programme à toucher les entreprises industrielles, qui devaient être la première cible à atteindre.
L’irréalisme des objectifs
En avril 2013 déjà, le FCE s’était inquiété du peu de moyens techniques et humains dont disposait l’Agence chargée de piloter le programme et de l’irréalisme des objectifs qui lui étaient assignés. L’organisation patronale relevait “les appré- hensions perceptibles chez beaucoup d’opérateurs écono- miques quant à l’efficacité attendue de ce programme, ce que vérifie d’ailleurs la faiblesse des adhésions enregistrées à ce jour”.
Les raisons du retard selon l’ANDPME
Le DG de l’ANDPME, M. Moussaoui évoque de son côté une série d’autres facteurs pour expliquer le retard pris par le programme. Dans une intervention récente, il estimait
que le programme “n’a effectivement démarré qu’en mars 2013 lorsque les arrêtés interministériels ont été enfin signés pour permettre à l’agence de jouir de certaines dispositions lui permettant une meilleure intervention sur le terrain”. Le domaine d’expertise que son agence a sollicité s’est par ailleurs “révélé très limité en termes de compétences et il a fallu faire pendant longtemps une sélection pour parvenir à une ‘short list’ permettant le tri entre les bons experts et ceux qui, n’ayant ni adresse, ni bureaux, ni qualification requise, n’étaient attirés que par le montant important annoncé par les pouvoirs publics pour le financement du programme”.
Rachid Moussaoui annonçait que “trois appels d’offres vont être lancés prochainement concernant le positionnement stratégique des entreprises, l’étude des branches d’activité au niveau des wilayas et la création d’un centre des compétences pour la promotion de l’expertise”. Selon son DG ,l’objectif que se fixe désormais l’ANDPME est de “mettre à niveau un millier d’entreprises par an d’ici 2017”.
H. H.
MISE À NIVEAU DES PME : UN BILAN TRÈS DÉCEVANT
Les ambitions de ce programme ont été revues à la baisse
Par : HASSAN HADDOUCHE
D. R.
L
a crise annoncée pour l’économie algérienne offre, paradoxalement, une opportunité pour relancer notre industrie. Mais pour cela, il est indispensable que nous remi- sions au placard les visions éculées du développement in- dustriel qui, hélas, mar- quent encore trop for- tement la mentalité des décideurs.Dans un papier publié dans Liberté économie du 17 octobre 2013, nous écrivions : “Contrai- rement à beaucoup d'idées reçues, une conjonc- ture exceptionnellement favorable s'offre à l'Algérie pour amorcer la diversification de son économie.”Malgré la crise qui frappe notre pays, ces propos non seulement restent per- tinents mais prennent une acuité plus aiguë.
Car les conditions d’émergence d’une indus- trie nationale compétitive sont toujours pré- sentes. En effet, le contexte économique mon- dial reste marqué par la persistance d’une crois- sance très faible. Cette situation pousse les en- treprises des pays industrialisés à rechercher des relais de croissance dans les pays moins dé- veloppés qui offrent des facteurs de compéti- tivité significatifs. À cet égard, l’Algérie offre toujours avantages comparatifs notables : faible coût de la main-d’œuvre et de l’énergie, une force de travail jeune et éduquée pouvant se former rapidement aux exigences de la pro- duction industrielle, une grande proximité géo- graphique et culturelle avec Europe, notre mar- ché potentiel privilégié. La fenêtre d’oppor- tunité qu’offre la situation de l’économie mondiale, et singulièrement celle de l’Europe, est donc une opportunité exceptionnelle pour l’Algérie, acculée aujourd’hui à rechercher à tout prix la diversification de son économie.
Cette conjonction des besoins deux côtés de la Méditerranée devrait être saisie le plus vite possible par l’Algérie.
Pour cela, notre vision de l’industrie devra être totalement rénovée pour s’adapter aux exi-
gences/opportunités de la mondialisation de l’économie. Car l’économie industrielle a été profondément bouleversée durant les 20 der- nières années. Une véritable “grammaire in- dustrielle”est née avec des notions nouvelles qui structurent désormais la fabrication in- dustrielle dans le monde : fragmentation des chaînes de valeur, globalisation du sourcing, maximisation des avantages comparatifs… La fabrication de l’IPhone donne une bonne illustration des nouveaux paradigmes de la pro- duction industrielle : pas moins de neuf pays (USA, Japon, Taïwan, Allemagne, France, Corée du Sud et Chine) participent à la fabri- cation et au montage des différents composants
du célèbre produit d’Apple ! La plupart des pays émergents ont saisi l’opportunité des chaînes de valeurs mondiales (CVM) pour as- surer leur développement industriel. Par exemple, les sociétés chinoises Lenovo et Huawei, s’appuyant précisément sur cette stratégie, sont devenues des acteurs majeurs sur les marchés mondiaux des ordinateurs et des équipements de télécommunication. Mais sans aller vers les dragons du Sud-Est asiatique, plus près de nous le Maroc, s’inspirant de la même approche avec son Plan Émergence lan- cé dès 2005, a réussi à ériger sur son territoi- re des capacités de production de rang mon- dial dans des industries aussi complexes que l’aéronautique, l’électronique ou l’automobi- le. Des productions évidemment toutes tour- nées vers l’export. Pour nous, il s’agit d’aban- donner les visions industrielles qui semblent aujourd’hui guider les choix stratégiques de l’Algérie ; en particulier, la stratégie de l’im- port-substitution, consistant à vouloir rem- placer les importations par des produits na- tionaux afin de réduire notre dépendance à l’égard de l’étranger. Reposant nécessaire- ment sur des mesures protectionnistes préju- diciables à la compétitivité, ce qui leur fermait les marchés à l’export, les politiques import- substitution ont été progressivement aban- données dans la plupart des pays à partir des années 80. C’est pourquoi les initiatives lan- cées avec l’usine de montage Renault d’Oran ou celle de Tiaret pour les véhicules tout-ter- rain n’ont aucune chance de pouvoir stimu- ler une industrie automobile algérienne com- pétitive, capable de s’imposer sur le marché mondial. Au contraire, les exemples de la Chi- ne ou de l’Inde, et plus près de nous celui du Maroc, ont montré toute l’efficacité d’une stra- tégie alternative fondée sur l’exploitation ju- dicieuse des chaînes de valeurs mondiales dans le secteur de l’automobile.
Il se trouve que les opportunités offertes par les chaînes de valeurs mondiales sont parti- culièrement bien adaptées aux exigences de di- versification de l’économie algérienne. Intégrer ces chaînes de valeur offre en effet aux entre- prises algériennes la possibilité d’élever rapi- dement leur compétitivité en répondant effi- cacement à leurs principales faiblesses : ob- solescence technologique, des économies d’échelle, difficulté d’accès aux marchés exté- rieurs. En outre, la base industrielle installée, aussi bien au niveau des entreprises publiques que privées, permettra progressivement de dé- velopper de nouvelles chaînes de valeur locales et, in fine, de capter une part significative de la valeur ajoutée globale des productions en jeu.
Enfin, l’intégration aux chaînes de valeurs mondiales est ouverte aux grandes entre- prises mais surtout aux PME puisqu’elle per- met de concentrer ses ressources sur un nombre restreint de segments de produc- tion, ce qui facilite grandement le développe- ment de ses compétences et limite considéra- blement la complexité de la logistique indus- trielle. Elle offre ainsi aux PME algériennes qui s’y impliquent le meilleur moyen de réussir leur
“mise à niveau” ; et cela, de façon beaucoup plus sérieuse et efficace que tout programme de ce type piloté par les pouvoirs publics quelles que soient les ressources financières qu’on lui allouerait. Pour être efficace, l’intégration aux chaînes de valeur mondiales suppose des stratégies nationales d’accompagnement de grande envergure. Il s’agit en effet de suppri- mer les principaux obstacles à l’intégration et à la montée en gamme en améliorant de façon significative le climat des affaires dans ses dif- férentes composantes. Il s’agira aussi de ren- forcer certaines infrastructures clés dans le fonctionnement des chaînes de valeur. En par-
ticulier, il est indispensable que l’Algérie se dote le plus tôt possible de ports en eau profonde de taille réellement mondiale, adossés à de vastes zones industrielles. Tous les pays émer- gents ont compris l’intérêt de ces investisse- ments stratégiques pour leur développement industriel à l’exemple de ce qu’ont fait nos voi- sins marocains avec Tanger Med ou tunisiens avec le projet Infidha.
Il s’agit aussi de se donner les moyens de pi- loter l’ensemble du processus pour préserver ses objectifs fondamentaux et le consolider pro- gressivement au fur et à mesure de sa mise en œuvre. Et c’est là la vraie valeur ajoutée des pouvoirs publics qui trouvent ici leur pleine utilité dans le développement industriel. En particulier, le ministère de l’Industrie, en co- ordination avec les autres ministères concer- nés (Finances, Commerce, Travail, Justice…), devrait considérer cette mission comme une vraie priorité nationale en veillant à ce que l’en- semble des acteurs impliqués travaillent en co- ordination étroite pour assurer la cohérence du processus. À titre d’exemple, en complé- ment de leur Plan Émergence, les Marocains
se sont dotés en 2009 d’un QPacte National pour l’émergence Industrielle” qui précise le rôle des acteurs et définit les chantiers trans- versaux à lancer pour appuyer le processus.
Bien évidemment, l’adoption d’une stratégie d’exploitation des opportunités des CVM exige une profonde remise en cause de la fa- çon dont les pouvoirs publics approchent le dé- veloppement industriel. Malheureusement, les
initiatives prises ces dernières années vont à l’inverse de cette exigence. Par exemple, la re- structuration des entreprises publiques in- dustrielles décidées en août 2014 avec la créa- tion de 12 groupes industriels nous ramène pratiquement aux mêmes “Sociétés natio- nales” des années 70 ! Ne s’agit-il pas là un signe révélateur de vouloir reproduire l’ancien schéma d’entreprises intégrées, tournées vers un marché intérieur protégé ? Du reste, pour appuyer cette initiative, ses promoteurs utili- sent le même langage anachronique des années 70 en recourant à la vieille formule de “den- sification de la matrice industrielleQ, une no- tion qui n’a plus de sens dans le monde in- dustriel d’aujourd’hui.
Lorsqu’on observe l’histoire des politiques in- dustrielles algériennes, on ne peut que consta- ter l’antinomie constante entre les décisions prises par l’Algérie et les évolutions mondiales.
Quand, à partir des années 1960, la plupart des pays abandonnaient les politiques autarciques et s’ouvraient au monde, l’Algérie décidait de mettre en place des industries déconnectées du marché mondial. Quand, dans les années 1980/90, les pays dits BRICS décidaient de se donner des stratégies industrielles innovantes tirant profit des changements technologiques et commerciaux mondiaux, l’Algérie décidait de ne pas avoir de stratégie industrielle du tout, laissant les entreprises sans cap et soumises aux seules pressions de l’environnement. Quand enfin, comme on vient de le voir, la fragmen- tation des chaînes de valeurs faisait exploser les règles de la compétitivité, l’Algérie veut re- créer des entreprises fermées sur elles-mêmes ! La crise qui s’annonce pour l’économie algé- rienne nous interdit de continuer à ignorer les dynamiques qui structurent désormais la pro- duction industrielle dans le monde. Pour cela, les pouvoirs publics devront avoir le cou- rage de changer de logiciel.
S. S.
(*) CONSULTANT EN MANAGEMENT [email protected]
INDUSTRIALISATION DE L’ALGÉRIE
Il faut changer de logiciel !
Sortir du tout-pétrole passe nécessairement par la promotion de l’activité industrielle.
Par :SMAIL SEGHIR*
RÉINDUSTRIALISATION : QUE DE FREINS !
BOURSE D’ALGER
Séance de cotation du 5/10/2015
TITRES COTÉS
COURS VARIATION TAUX DE VARIATION ACTION
NCA- ROUIBA 370,00 0,00 0,00
TITRES NON COTÉS
DERNIER COURS DE CLÔTURE ALLIANCE ASSURANCES Spa 625,00
EGH EL AURASSI 480,00
SAIDAL 635,00
OBLIGATION
SPA DAHLI 10 000,00
PRINCIPAUX INDICATEURS BOURSIERS
Capitalisation boursière : 15 999 840 875,00
Valeur transigée : 684 500,00
Encours global des titres de créance : 2 360 140 000,00 Encours global des valeurs du Trésor : 415 400 000 000,00
Indice boursier théorique 1 351,51
La fenêtre d’opportunité qu’offre la situation de l’économie mondiale, et singulièrement celle de l’Europe, est donc une opportunité
exceptionnelle pour l’Algérie, acculée
aujourd’hui à rechercher à tout prix la
diversification de son économie”.
“
Il s’agit
d’abandonner les visions industrielles qui semblent aujourd’hui guider les choix
stratégiques de l’Algérie ; en particulier, la stratégie de l’import-substitution, consistant à vouloir remplacer les
importations par des produits nationaux afin de réduire notre
dépendance à l’égard de l’étranger”.
“
Les opportunités offertes par les chaînes de valeurs mondiales sont
particulièrement bien adaptées aux exigences de diversification de l’économie algérienne”.
“
A
u-delà de la pertinence des recommandations des experts réunis autour de la table ronde organisée récemment par le Cnes, dans un contexte de crise structurelle, tour à tour, le FCE, les acteurs économiques, les experts, à travers notamment les différents think-tanks, avaient déjà délivré un message : l’Algérie doit impérative- ment diversifier son économie pour rompre avec la rente pétrolière et se diriger vers un nouveau paradigme écono- mique pour assurer l’avenir des généra- tions futures. Ainsi, de façon récurren- te et depuis de nombreuses années déjà, les experts, les économistes, le patronat et même les parte- naires sociaux, dans plusieurs forums, ont tenté de diagnos- tiquer l’état de l’économie algérienne et de tirer la sonnette d’alarme quant à l’urgence de sa diversification en dehors des hydrocarbures. Ce fut notamment le cas lors du sympo- sium organisé par le FCE les 14 et 15 mars 2013. Cette ren- contr a été tenue sous le slogan de “L’urgence d’une nouvel- le politique économique moins dépendante des hydrocar- bures”. Il s’agissait de préparer l’après-pétrole. Ce sympo- sium avait été également marqué par de nombreuses com- munications autour des sujets évoqués. Comment aurait-il pu en être autrement, sachant qu’après un demi-siècle d’in- dépendance, les politiques économiques menées ont été tra- versées et parsemées d’expériences, oscillant entre le tout- État et un marché débridé, sur fond de fraude fiscale, de pré- dominance de l’informel, de la corruption et d’un mode de gouvernance opaque. Aussi, les incohérences des décisions de nos dirigeants ont fait hésiter nos partenaires étrangers ; pis encore, elle ont découragé les plus hardis des entrepre- neurs nationaux. C’est le constat sans appel que les experts ont établi lors de ces rencontres. “L’économie algérienne pas- sant par différentes phases de tâtonnements n’arrive toujours pas à trouver ses repères et tirer les leçons des échecs précé- dents.”En vérité, ces symposiums se voulaient la source d’un véritable programme de politique économique, à travers notamment la cinquantaine de propositions que le FCE avait soumises aux autorités. Ainsi, le FCE avait souhaité opérer une halte : “Pour jeter un regard rétrospectif lucide sur nos réussites et sur nos échecs, et réfléchir à la voie la plus sûrepour poursuivre avec succès le développement de notre pays sans risquer de rééditer nos erreurs passées.”Il avait suggéré l’approfondissement des réformes, la restructuration de l’économie nationale ainsi que la refonte du mode de crois- sance, en réunissant les conditions d’expansion du secteur privé. Il s’agissait de réhabiliter l’entreprise, notamment pri- vée, dans son rôle de locomotive du développement écono- mique et dans son aptitude à créer de la richesse. Au demeu- rant l’on s’en souvient que le Premier ministre, lors de la 15e réunion de la tripartite, consacrée à la dynamisation du développement économique et social, avait notamment déclaré : “La réindustrialisation de l’Algérie doit être obliga- toirement le moteur d’une croissance forte et saine qui nous permettra de créer de la richesse, notamment de l’emploi
durable et participer ainsi au PIB, au moins à hauteur de 10%.” “Quelques années avant, tout le monde se souvient de la fameuse phrase de Temmar, ancien ministre de la Privatisation et de la Promotion des investissements, au fait de sa puissance, à propos des entreprises publiques de la quin- caillerie”, avait-il lancé. Mais qu’a-t-il proposé comme alter- native ? La suite des événements est là, comme pour nous rappeler que rien n’est simple et que toute vision mani- chéenne, voire idéologique, ne constitue en rien une solu- tion aux problèmes auxquels nous sommes confrontés.
L’approche idéologique de part et d’autre, couplée au manque de concertation et de dialogue avec l’ensemble des acteurs économiques et sociaux, a contribué aux blocages et à l’impasse dans laquelle se trouve notre économie en dépit des potentialités considérables qu’elle recèle, qui, mieux exploitées, auraient permis à l’Algérie de se hisser aisément au niveau des pays émergents à l’instar du BRIC. Il est vrai qu’il faut absolument libérer l’entreprise privée, améliorer le climat des affaires, question à laquelle les pouvoirs publics ont répondu favorablement lors de la dernière tripartite.
Mais s’il apparaît impérieux aujourd’hui de développer le tissu des PME et PMI, en les stimulant à travers des méca- nismes incitatifs, il n’en demeure pas moins vrai, à la lumiè- re des bouleversements économiques et financiers que connaissent les économies libérales, que les États occiden- taux outrepassent volontairement leur rôle de régulateur pour s’affirmer et s’impliquer comme acteur économique à part entière. Le protectionnisme économique n’est plus l’apanage de la domination d’une vision de politique écono- mique sur une autre, ou contre une autre. Les débats actuels sur le devenir de la zone euro sont édifiants à ce sujet. Faire prospérer son espace économique national en lui permettant d’être compétitif à l’international est une problématique qui relève à la fois du secteur privé et public. Le tout est de défi- nir les règles du jeu et de favoriser réellement l’émergence d’un secteur privé national producteur de richesses aux anti- podes des forces de la spéculation et de l’informel. La solu- tion est connue, la relance du secteur industriel face à la crise est une nécessité impérieuse. Alors, pourquoi tant de tergi- versations ?
A. H.
RELANCE DE L’ÉCONOMIE
Tergiversations
Cinquante ans après l’indépendance, les interrogations et les enjeux autour de la place, du rôle et du devenir de l’entreprise algérienne au sein de l’économie nationale et de la relance du secteur industriel sont toujours d’actualité.
Par :A. HAMMA
Yahia/Liberté
A
yant raté l’opportunité historique d’aisance fi- nancière de la première décennie 2000 et des premières années de la seconde pour ré- industrialiser le pays, l’Algérie en a-t-elle à présent les capacités et la vision pour le faire dans les nouvelles conditions de crise fi- nancière ? Certains économistes, et moi-même, pensons que ce ra- tage était finalement consub- stantiel à cette aisance finan- cière elle-même qui rendait les importations infiniment plus compétitives que les produits na- tionaux. Y compris d’ailleurs dans les filières où les avan- tages concurrentiels étaient évi- dents comme celles des maté- riaux de construction et de l’agroalimentaire par exemple.C’est pendant cette période d’ailleurs que les lobbies de l’im- portation et leurs relais inter- nationaux ont initié puis ont consolidé leur emprise écono- mique et financière sur le pays.
Alors, au lieu d’assister à l’émer- gence de champions industriels, on a vu l’arrivée des grosses pointures de l’import-import
dont la partie invisible baigne largement dans le secteur in- formel. Il s’agit là d’un dom- mage collatéral du syndrome hollandais. À l’inverse, cela veut dire que maintenant plus que ja- mais, sous certaines conditions à réunir, la réindustrialisation du pays est encore possible. Élé- ments d’éclairage. Commen- çons d’abord par revisiter et modifier les approches et les architectures ayant structuré à la fois la stratégie industrielle et le plan quinquennal 2015-20159 en vigueur. Cela parce que l’ap- probation de ces deux textes avait été opérée dans un contex- te antérieur différent sans contrainte financière et budgé- taire. Pour être plus clair, les in- vestissements projetés dans le plan quinquennal 2015-2019 et dans le programme de réindus- trialisation étaient supposés être largement financés par la dépense publique. Dorénavant, ce ne sera plus le cas. Dans ce contexte, on peut tirer profit de l’expérience de la Pologne qui, dans son histoire, n’avait ja- mais été un pays exportateur et
qui l’est devenu en quelques années, alors même que l’Euro- pe est en crise. Elle est à présent l’un des premiers pays euro- péens fabricant et exportant des pièces de rechange auto- mobiles, des produits électro- ménagers, électroniques et agroalimentaires. La Pologne s’est appuyée, pour ce faire, sur deux avantages compétitifs clas- siques : la faiblesse du taux de change du zloty et celui du coût de sa main-d’œuvre (7,5 eu- ros/heure en 2013). Mais ce que les observateurs oublient sou- vent de signaler c’est l’indé- pendance énergétique de la Po- logne qui a produit en 2013 près de 80 millions de tonnes de charbon. Ce qui lui permet de produire 92% de son électricité à partir de cette ressource car- bonée. Il convient enfin de rap- peler l’appui financier de l’Union européenne qui s’est élevé à 69 milliards d’euros de 2007 à 2013.
L’Algérie affiche des caractéris- tiques similaires pouvant la rendre éligible à ce modèle ver- tueux de réindustrialisation.
Dévaluation du dinar (30% entre
août 2014 et août 2015), faibles- se du coût de la main-d’œuvre, disponibilité à coût peu élevé de l’énergie, existence de filières in- dustrielles dont les marchés sont en émergence, qualité des ressources humaines quand nous savons que des groupes in- ternationaux recrutent et em- ploient dans leurs sites étrangers des Algériens qui résident en Al- gérie. Alors que nous manque- t-il pour pouvoir émarger à ce
cercle vertueux de forte crois- sance industrielle ? Commencer par fermer les multiples robinets de rente et les sources de gains faciles sans effort et travail pro- ductif. Cette situation consolidée par les divers clientélismes et qui a survécu à toutes les réformes a un effet d’éviction sur les en- trepreneurs et sur l’ensemble de la société. D’ailleurs, la couver- ture de ces captations indues ne peut plus être assurée par une rente en voie d’extinction sous l’effet ciseaux de la faiblesse des prix et de la diminution des quantités d’hydrocarbures ex- portables. Sachant que la contrainte majeure du foncier in- dustriel est “définitivement ré- glée”si l’on s’en tient au discours prononcé, la semaine dernière à Bethioua, par le ministre de l’In- dustrie, le champ de l’entrepre- neuriat est libéré pour tous les promoteurs. Dans ce cadre, l’émergence d’entrepreneurs al- gériens ayant vocation à deve- nir des champions est au cœur de la réussite de notre dévelop- pement industriel, car seuls ces derniers, de par leur taille cri-
tique, pourront exporter et tirer vers le haut les PME. À ceux de mes lecteurs qui peuvent en douter, je propose ces deux ex- traits du discours inaugural à la chaire “Economie des institu- tions, de l’innovation et de la croissance” du Collège de Fran- ce, prononcé par Philippe Aghion, professeur à Harvard et à l’École d’économie de Paris. Il y établit une corrélation forte entre la croissance d’un pays et la taille de ses entreprises. Il illustre cela en soulignant que “la croissance limitée de la taille des firmes indiennes avec l’âge ap- paraît liée au fait que la plupart des firmes demeurent familiales, ce qui limite la croissance”. Il poursuit en soulignant que “c’est en fait l’inaptitude des firmes, même les plus productives et les plus innovantes, à croître au- delà d’une certaine taille en Inde, qui permet à des firmes peu pro- ductives de survivre dans ce pays”. Nos institutions en char- ge de la régulation et des poli- tiques industrielles devront agir vite. Le temps est compté.
M. M.
EN TOUTE LIBERTÉ
MUSTAPHA MEKIDECHEAu lieu d’assister à l’émergence de champions
industriels, on a vu l’arrivée des grosses pointures de l’import- import dont la partie invisible baigne largement dans le secteur informel”.