Correspondances en Onco-Théranostic - Vol. V - n° 3 - juillet-août-septembre 2016 133
É c h o s d e s c o n g r è s
© DC_Colombia
Que retenir de Chicago ?
Chicago, 3-7 juin 2016
F. Penault-Llorca*
* Centre Jean-Perrin, Clermont-Ferrand.
Des résultats impressionnants pour les cancers du sein RH+
induisant des changements en pratique
Un des grands scoops du congrès américain en oncolo- gie clinique concerne l’apport du palbociclib (inhibiteur de CDK4/6) en première ligne métastatique dans le can- cer du sein RH+, HER2−, non réfractaire à une hormono- thérapie, en association avec le létrozole (Finn RS et al., abstr. 507). Il y aura un “avant” et un “après” PALOMA 2 pour les patientes porteuses de tumeurs RH+ au stade métastatique. Le palbociclib entraîne un blocage de la prolifération cellulaire par arrêt du cycle en phase G1.
Le bénéfice en termes de survie sans progression (SSP) est impressionnant : 24,8 mois avec le palbociclib versus 14,5 mois dans le bras contrôle (HR = 0,58 ; IC95 : 0,46- 0,72 ; p < 0,0001). Il s’agit de l’amélioration la plus importante jamais observée dans les cancers du sein RH+. La tolérance reste bonne, avec comme principal effet indésirable la neutropénie, un peu comme avec une chimiothérapie.
Biopsie liquide et cancer du sein
Nous avions beaucoup parlé, dans Correspondances en Onco-Théranostic, de l’apport des biopsies liquides pour les cancers bronchopulmonaires (cf. le dossier coordonné par le Pr P. Hofman publié en décembre 2013). Plusieurs études ont montré l’apparition de mutations du gène codant pour le récepteur des estrogènes (ESR1) à la phase métastatique. Il faut noter que ces mutations sont extrêmement rares au stade initial du cancer du sein (< 1 %). Elles semblent se développer lors de l’exposition aux inhibiteurs de l’aromatase à la phase avancée de la maladie et expliqueraient la résistance aux traitements hormonaux. Des mutations d’ESR1 ont été recherchées dans le plasma de patientes incluses dans 2 études d’hormonothérapie à la phase métastatique (Turner NC et al., abstr. 512). Le taux de mutations d’ESR1 détectées dans l’ADN circulant à l’aide d’une technique de droplet digital PCR (ddPCR) s’est révélé très élevé (39,1 %). Ces études et les données de PALOMA 3, dans lesquelles
N. Turner est également impliqué, montrent que les patientes présentant des mutations d’ESR1 détectées dans l’ADN circulant seraient plus sensibles au ful- vestrant qu’aux inhibiteurs de l’aromatase. Le bénéfice du palbociclib paraît, quant à lui, indépendant du statut mutationnel d’ESR1. Ces études montrent d’importantes perspectives de développement de la recherche du sta- tut mutationnel d’ESR1 dans la stratégie thérapeutique du cancer du sein RH+ en phase métastatique.
Étude française de “vraie vie”
dans le cancer du sein métastatique
Unicancer a mis en place le programme ESME (Épidémio-stratégie médico-économique), qui récolte les données de la prise en charge des cancers du sein métastatiques dans les centres de lutte contre le cancer à partir des dossiers informatiques, des don- nées du Programme de médicalisation des systèmes d’information (PMSI) et des données de consomma- tion médicamenteuse des dossier de prescription de chaque patiente. De janvier 2008 à décembre 2013, plus de 14 000 patientes ont été étudiées, dont près de 10 000 avec des tumeurs RH+, HER2−. La base de données présentée au congrès par Suzette Delaloge (abstr. 1013) portait sur le groupe ayant reçu du pacli- taxel de façon hebdomadaire, associé à du bévacizu- mab (2 127 patients) ou non (1 299 patients). Comme il s’agit de données de la “vraie vie”, ces 2 groupes présentent des déséquilibres (âge, nombre de sites métastatiques, atteinte cérébrale, intervalle entre la prise en charge initiale et les métastases), mais les sta- tisticiens de l’étude ont utilisé des techniques comme l’analyse ajustée sur le score de propension qui per- mettent de limiter les biais liés à ce type d’étude. Celle-ci montre que la survie médiane globale dans le groupe des patientes traitées par paclitaxel et bévacizumab est de 28 mois (identique à ce qui est observé dans les essais randomisés dans le bras bévacizumab). En revanche, le groupe des patientes traitées par paclitaxel seul avait une survie médiane inférieure à celle obser- vée habituellement dans les groupes contrôles sans
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Correspondances en Onco-Théranostic - Vol. V - n° 3 - juillet-août-septembre 2016 134
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Toute
l’équipe Edimark vous souhaite
une belle rentrée 2016 en pleine forme
bévacizumab (20 mois). Mais, dans les essais cliniques, il y avait souvent eu un cross over, ce qui fausse les don- nées de survie. Néanmoins, et avec toute la prudence de mise dans l’interprétation des résultats, ces données de la “vraie vie” confirment les bons résultats, en termes de survie globale, du traitement par paclitaxel + béva- cizumab. Cela n’a cependant pas suffi à convaincre les autorités de santé françaises, puisque, depuis le 1er sep- tembre 2016, le bévacizumab a été retiré de la liste en sus pour l’indication de la première ligne métastatique des tumeurs du sein RH+, HER2−. Pour en savoir plus, lisez l’article de S. Delaloge et al. publié dans Annals of Oncology (1).
Deux frémissements pour les carcinomes bronchiques à petites cellules
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L’étude CheckMate 032 a évalué le nivolumab (anti-PD-1) et 2 combinaisons nivolumab-ipilimu- mab (anti-CTLA-4) chez 216 patients atteints de car- cinomes à petites cellules en progression après la première ligne (Antonia SJ et al., abstr. 100). La stratégie considérée comme la plus efficace et devant passer en phase III est l’association nivolumab 1 mg/kg et ipilimumab 3 mg/ kg, amenant un bénéfice de 7,7 mois et 43 % de survie à 1 an (contre 4,4 mois et 33 % pour le nivolumab seul).✓
DLL3 (ligand exprimé à la surface des cellules et ayant un rôle de régulation négatif dans la voie NOTCH), exprimé dans plus de 70 % des cas de carcinomes à petites cellules, constitue une cible potentielle.Le traitement consiste en un anticorps ciblant DLL3, le rovalpituzumab tesirine, couplé à une molécule
de chimiothérapie, la pyrrolobenzodiazépine, selon le même principe que le T-DM1. La phase I présentée montre, dans le groupe à forte expression de DLL3, un taux de contrôle de la maladie de 89 % et des réponses chez 39 % des patients (Rudin CM et al., abstr. LBA8505).
L’anticorps conjugué ciblant DLL3 est actuellement évalué en phase II, en troisième ligne thérapeutique en monothérapie et en association à une immunothérapie en première ligne.
Des petits nouveaux pour les carcinomes bronchopulmonaires ALK+
Le crizotinib a révolutionné la prise en charge des patients présentant des carcinomes bronchopulmo- naires avec réarrangements de ALK. Malheureusement, l’apparition de résistances est inéluctable, et la progres- sion cérébrale survient dans plus de la moitié des cas. Les mécanismes de résistance apparaissent plus complexes que ceux liés aux anti-EGFR, et impliqueraient soit la voie LK, via des mutations de résistance ou des amplifications, soit l’activation d’autres voies de signalisation telles que KRAS, EGFR ou KIT. Trois inhibiteurs de tyrosine kinase anti-ALK dits de deuxième génération sont en développement plus ou moins avancé : le céritinib (le seul à avoir reçu une AMM à ce jour), l’alectinib et le brigatinib (Kim DW et al., abstr. 9007). Ces molécules ont montré leur efficacité dans la prise en charge des patients après échec du crizotinib. Enfin, le lorlatinib, aujourd’hui en phase II, se positionnerait comme inhi- biteur de troisième génération. Ainsi, le traitement des tumeurs ALK+ reposera en grande partie sur une stra-
tégie de ciblage biologique. ■
L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
1. D elaloge S, Pérol D, Courtinard C et al. Paclitaxel plus bevacizumab or pacli- taxel as first-line treatment for HER2-negative metastatic breast cancer in a multicenter national observational study.
Ann Oncol 2016;27:1725-32.
R é f é r e n c e
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