B. SAUVEUR INRA
Nouzilly
Station de recherches avicoles 37380 Monnaie
Lésions osseuses
et articulaires des pattes
des volailles : rôles
de l’alimentation.
2 à 6 % des volailles de chair produites de façon intensive sont atteintes
de troubles locomoteurs visibles entraînant des baisses de performances
graves. D’autres, victimes de fractures à l’abattoir, sont déclassées. La perte annuelle qui
enrésulte dépasse certainement 100 millions de francs.
Les
causesde
cestroubles sont complexes : celles décrites ici concernent
les interactions entre nutriments et les effets indirects de l’alimentation
puisque les
cassimples de
carencen’existent pratiquement plus
surle terrain.
A
partir
des années 70, lafréquence
des troubles loco- moteurs résultant de déformationsplus
ou moins visi-bles de pattes n’a cessé de croître dans les
populations
de volailles en même temps que se diversifiaient les
syndromes
observés(voir
parexemple
la revue de Sau-tions
spectaculaires
desperformances
de croissance des animaux dont la sélection abeaucoup plus pris
en compte ledéveloppement
des masses musculaires que celui dusquelette
et d’autre part aux conditions d’éle- vage : la forte concentrationqui
est derègle
favorise,en
effet,
l’interventiond’agents pathogènes.
fl n’en restepas moins que de nombreux facteurs nutritionnels peu- vent être à
l’origine
des troubles de la locomotion ; ils doiventtoujours
être considérés, ne serait-ce que pourne pas aggraver les autres causes de troubles.
Devant la
multiplicité
des lésionsobservées,
de nom- breux auteurs ont tenté d’établir une classification etde normaliser les
appellations (voir références).
Il estainsi admis maintenant que le terme de
"perosis"
doitêtre écarté de la
terminologie
car nedésignant plus
aucun trouble
d’origine spécifique.
Lesappellations
rete-nues ici et faisant
appel
à une classification sympto-matique
sont les suivantes(figure 1).
- La
chondrodystrophie
est initialement une lésion ducartilage
deconjugaison
dontl’épaisseur
diminue. Lacroissance en
longueur
des os de la patte(tibia
et méta-tarse)
est réduite mais la minéralisation est normale ; secondairement ces os peuvent êtreépaissis
et cintrés.Il y a enflure
importante
dutalon, rejet
latéral du méta-tarse de
façon
uni- ou bi-latérale et,quelquefois, glis-
sement du tendon hors du
condyle
articulaire.- Les
"pattes
tordues" constituent unsyndrome
pro- che duprécédent
par sessymptômes
si ce n’est l’absence de raccourcissement des os et de lésions visi- bles dans lecartilage
deconjugaison.
Les os peuventêtre à la fois cintrés et
spiralés ;
l’articulation du talon esttoujours
déformée et le(ou les)
métatarsesrejetés
latéralement. C’est le
syndrome
leplus fréquent
avecla
dyschondroplasie.
- La
dyschondroplasie
tibiale(quelquefois désignée
par
ostéochondrose)
n’entraîne que peu de déforma-Résumé
_r_____!_ _ .Les
syndromes
affectant leplus fréquemment
les os et articulations despattes
des volailles sont lachondrodystrophie,
lesyndrome
des pattestordues,
lerachitisme,
ladyschondroplasie
tibiale
(D.T.)
etl’ostéoporose (nécrose)
des têtes fémorales.La D.T. peut résulter d’un excès de
phosphore disponible
parrapport
au calcium(Ca/Pd
<
2).
Ceproblème peut apparaître
notamment enprésence
de blé dont lephosphore
estplus disponible
pour les volailles que celui de maïs. Lafréquence
de D.T. est aussi très sensibleaux excès de chlore
(et plus généralement d’anions)
parrapport
aux cations.La
gravité
deschondrodystrophies
dues à des déficiences en zinc estaggravée
par les excès d’acides graspoly-insaturés
et réduite par dessupplémentations
en acides gras saturés.Utilisés à forte dose dans des aliments de
démarrage, colza, lupin
etsorgho
induisent des déformations depattes.
Le "nanisme infectieux"
s’accompagnant
de rachitismeprécoce puis
de nécrose de la hanche semble devoir être relié ausyndrome
de"malabsorption"
affectantprincipalement
lesvitamines
(surtout liposolubles)
et les minéraux. Les aHatoxicoses conduisent à dessignes cliniques
assezproches.
Les lésions des
pattes augmentent
enfin avec la concentration de l’aliment. Unelégère
restriction
alimentaire, spécialement
autour de la 3csemaine, permettrait
de limiterl’apparition
de DT L’introduction depériodes journalières
dejeûne
est une autre voie d’actionpossible.
Enfin,
l’alimentationpeut expliquer
l’obtention d’une litière humide et croûteuse favorisantl’apparition
de lésionsdermiques.
veur,
1975).
Cette tendance n’est pasaujourd’hui
modi-fiée et de nouvelles lésions
(nécrose
des têtes fémora-les par
exemple)
continuent de voir lejour.
Une telle évolution est certainement difficile à ren- verser ; elle doit être reliée d’une
part
auxaugmenta-
La
dyschondroplasie
est d’autant
plus fréquente
que lesrégimes
sontplus
riches
enphosphore
et moins
riches
encalcium, dans la
mesure où les
apports alimentaires de
ces 2 éléments sontsufflsants.
tions
des os, aucune des articulations, mais freine con-sidérablement les
déplacements
des animauxqui
ten-dent à rester assis sur leurs talons. Son
symptôme caractéristique
est l’existence, sous lecartilage
de con-jugaison
des oslongs (tibia surtout),
d’une masse car-tilagineuse
non minéralisée et non vasculariséequi
peut occuper toute la zonemétaphysaire.
Les fractures sontfréquentes lorsque
les animaux sont accrochés sur leschaînes à l’abattoir.
- La nécrose de la tête fémorale
(dite
aussi hanchegaleuse)
est laplus
récente de ces maladies. C’est uneostéoporose
entraînant unerésorption
de la base destêtes fémorales calcifiées et pouvant être associée à de
profonds
ulcères de la peau.Lorsqu’on
tire sur le corpsfémoral,
la tête reste dans l’articulation : elle est peucolorée,
facilement écrasable et trèssujette
aux frac-tures à l’abattoir.
- Le
rachitisme, enfin,
reste une maladie observablesur le terrain et
qui
n’est pastoujours
facile à distin-guer des autres troubles. Le tibia est couramment incurvé et on rencontre dans les cas extrêmes le &dquo;cha-
pelet costal&dquo;,
des curvatures du sternum et un bec ramolli. Lescartilages
deconjugaison
sontépaissis
etdésorganisés
defaçon
variable selon que le rachitismeest attribuable à des déficiences en
calcium,
enphos- phore
ou en vitamineD 3 .
Unsymptôme spécifique
durachitisme est la moindre teneur en cendres du tibia.
De nombreuses déficiences nutritionnelles
primaires
peuvent entraîner chez les volailles des lésions osseu- ses,articulaires,
musculaires ou nerveuses induisant des troubles de la locomotion. Ces cassimples
ne serontpas décrits ici et sont
rappelés
dans le tableau 1. Lesplus
connus concernent le rachitisme et lachondrodys- trophie provoqués
par des carences en vitamines ouoligo-éléments.
La carence en cuivre induit des altéra- tionscartilagineuses proches
de celles observées dans ladyschondroplasie. Cependant
de telles déficiencesnutritionnelles,
directement attribuables à des insuffi-sances
d’apports,
sont raresaujourd’hui,
saufpeut-être
pour la biotine dont ladisponibilité
dans les matièrespremières
est souvent faible.La
fréquence
desproblèmes
osseux et locomoteursne cessant pourtant de croître, on peut penser que :
-
plusieurs
facteurs nutritionnelsinteragissent
pour induire lestroubles,
- certaines matières
premières
contiennent des facteurs anti-nutritionnelsbloquant
l’utilisation de nutrimentsindispensables,
- des agents
(infectieux
ouautres) empêchent l’absorp-
tion et/ou l’utilisation de nutriments.
Nous allons voir que ces
hypothèses correspondent
à des situations réellement existantes. Il sera montré aussi que des restrictions
légères
du niveauglobal
del’alimentation
(énergie
etprotéines)
permettentquel- quefois
de réduire lafréquence
des troubles(dyschon- droplasie surtout).
Les
points
considérés sont les suivants :1 -
équilibre calcium/phosphore
etdyschondroplasie.
2 -
équilibre
sodium,potassium,
chlore etdyschondro- plasie.
3 - interactions entre
ofigo-éléments,
vitamines, acides aminés et acides gras,impliqués
dans lachondrodystrophie.
4 - effets
spécifiques
de certaines céréales et sourcesde
protéines végétales (soja, colza, lupin).
5 -
problèmes
demalabsorption
induisant rachitismeet
ostéoporose.
6 - niveau
global
d’alimentation etdyschondroplasie.
7 - influence de l’aliment sur la
qualité
de la litière.1 / Equilibre calcium/phosphore
et dyschondroplasie
La
dyschondroplasie
estplus fréquente
dans le tibio-tarse que dans les autres os
longs.
Peut-être ceci doit- il êtrerapproché
du fait que cet os est celuiqui pré-
sente l’activité
métabolique
laplus
élevée et la crois-sance la
plus rapide
autour de trois semainesd’âge.
Lesmodifications ultra-structura1es et
biochimiques
induitespar la
dyschondroplasie
ont été décrites defaçon
détail-lée par
Hargest
et al(1985).
ll a été dit
pendant près
de 20 ans que nil’apport calcique
alimentaire ni celui dephosphore
n’était lié à ladyschondroplasie jusqu’à
ce que Edwards(1982),
suivi d’autres auteurs, réexamine ce
problème.
Une dif-ficulté inhérente à la
comparaison
de ces études rési- daitpourtant
dans le fait que ladisponibilité
duphos- phore végétal
étaitgénéralement
malappréciée
par lesauteurs. Afin de
supprimer
cettedifficulté,
nous avons recalculé, àpartir
des formules alimentaires debase,
les teneurs enphosphore disponible (Pd)
des différentsrégimes,
utilisant pourchaque
matièrepremière
desvaleurs réellement déterminées sur
poussins (Sauveur 1983).
Traitées ainsi, les données deplusieurs expé-
riences sont cohérentes et montrent
(tableau 2)
que lafréquence
dedyschondroplasie
est d’autantplus
éle-vée que les
régimes
contiennentplus
dephosphore
etmoins de calcium. Cette
fréquence apparaît
en outreindépendante
de la teneur en cendres de l’os(Edwards
et Veltman
1982).
Les mêmes conclusions
générales
peuvent être tirées deplusieurs
études où lesrégimes
sont de typeexpé-
rimental oupratique
mais danslesquelles
calcium etphosphore
sont chacunapportés
à un niveauproche
du besoin ou
supérieur
à celui-ci(tableau 3).
Dans tousles cas, la
fréquence
dedyschondroplasie
diminue lors- que le rapport Ca/Pd augmente, comme le montre lafigure
2 reconstruite àpartir
de ces données. Un rap- port Ca/Pdégal
au minimum à 2para 1 Q
nécessaire pour éliminer laplupart
desproblèmes.
Toutefois, le rapport Ca/Pn’explique
pas toutes les observations : selon Lil- burn et al(1983),
il estplus important
de remarquer que l’incidence dedyschondroplasie
décroît avec leniveau de
phosphore
pour un apport de calcium donné(figure 3) .
Les modifications
d’apport
dephosphore
semblentdonc avoir un
impact plus important
sur unedyschon- droplasie
que celles de calcium. Toute addition dephos- phore
au-delà du niveaurequis
pour obtenir les per- formances maximales devrait donc être évitée.Cepen-
dant le niveauoptimal n’apparaît
pastoujours
facileà fixer : selon Hulan et al
(1985)
la vitesse de crois-sance et l’efficacité alimentaire peuvent n’être pas tout à fait maximales
lorsqu’on
cherche à limiter ladyschon- droplasie (tableau 3) .
Dans certains cas,enfin,
ces excèsde
phosphore
peuventprovenir
d’une sous-estimation de ladisponibilité
de cet élément ;l’exemple
leplus
fré-L’excès de chlore alimentaire par
rapport
aux cations(sodium et potassium) peut
entraîner une acidosemétabolique
et uneaugmentation
de ladyschondroplasie.
quent est celui du blé
(ou
dutriticale)
dont lephos- phore
estdisponible
à 50 % au moins(Sauveur 1983).
Inversement, certains facteurs tels
qu’un
apport ali- mentaireimportant
degraisse
saturée ou unproblème
de
malabsorption (voir § 5) pourraient
abaisser assezl’absorption
de calcium pourexpliquer
uneapparition
de
dyschondroplasie lorsque
le rapport Ca/Pd estprès
du seuil minimal.
L’ensemble de ces conclusions n’est
plus
valide lors- que les apports de calcium et dephosphore
sont notoi-rement insuffisants. Ainsi, dans
plusieurs expériences,
certains niveaux
d’apports calciques
sont très faibles(0,3
à 0,7%)
et très inférieurs aux besoins des ani-maux. Ces déficiences provoquent
l’apparition
de rachi-tisme
qui
peut alors être souvent confondu avec de ladyschondroplasie. Lorsque
la teneur enphosphore
del’aliment est trop basse
(voir
tableau2),
lesperforman-
ces de croissance sont très abaissées et la
fréquence
de
dyschondroplasie
observée nepeut
avoirgrande signification. Enfin, lorsque
lesapports
de calcium et dephosphore
sont tous deuxinsuffisants,
lafréquence
de
dyschondroplasie n’augmente plus
mais en fait dimi-nue avec
l’apport
dephosphore (tableau 4).
Dans un tel cas, du rachitisme estobligatoirement présent
et pro- bablement confondu avec ladyschondroplasie.
Il est donc
important,
avant de vouloir raisonner surle rapport
Ca/Pd,
de s’assurer que calcium etphosphore disponible
sontapportés
enquantités suffisantes,
àsavoir 0,9 % et 0,45 % de l’aliment
respectivement,
pour des
poulets
de 0 à 3 semaines.2 / Equilibre sodium, potassium,
chlore et dyschondroplasie
Le rôle des
électrolytes
dansl’apparition
de ladyschondroplasie
adéjà
étéexposé
dans la revue deSauveur et
Mongin (1978).
Il est maintenant bien éta- bliqu’un
excès de chlore parrapport
aux cations(sodium
etpotassium)
peut entraîner une acidose méta-bolique
et uneaugmentation
de ladyschondroplasie.
Selon
Mongin
et Sauveur(1977),
lafréquence
de celle-ciest d’ailleurs étroitement corrélée à la teneur en bicar- bonate du sang
(figure 4).
La voie par
laquelle
l’acidosemétabolique
entraîne-rait la
dyschondroplasie
n’est pas connue. Sauveur etFigure
4. Relation entre la teneur en bicarbonate du sang etl’apparition
dedyschondroplasie
tibialelors de
perturbations
del’équilibre acido-basique
(d’après Mongin
et Sauveur1977).
al
(1977)
ont montré que, chez despoulets rachitiques,
l’acidose réduit de 40 % la
synthèse
rénale du méta- bolite actif de la vitamineD,,
le 1,25dihydroxycho-
lecalciferol.
Cependant,
l’administration orale de cemétabolite ou de molécules voisines ne permet en rien de compenser les effets de l’acidose
(Leach
et Simmons1976, Edwards
1984).
Il est donc difficiled’impliquer
le métabolisme de la vitamine D dans ce
problème
etla meilleure
précaution
restede
limiter strictementl’apport
alimentaire de chlore à la couverture du besoin(0,12 %)
en apportant le sodium éventuellement man-quant sous forme de bicarbonate. Aucun effet perma-
nent des
ionophores (monensine
etlasalocide)
sur ladyschondroplasie
n’a été démontré(Edwards 1985).
Leffet néfaste des excès de
phosphore évoqué
au para-graphe précédent, s’explique peut-être
par undépla-
cement de
l’équilibre acido-basique
dans le sens d’uneacidose : selon
Johnson
etKarunajeewa (1984),
il esten tout cas recommandé de porter la valeur de
(Na
+K -
CI)
à 300mEqlkg
d’aliment au moinslorsque
lateneur en
phosphore disponible
durégime
est élevée(0,6 %),
parexemple
lorsd’incorporations importan-
tes de farine de viande
(rappelons
que,d’après
Mon-gin
et Sauveur, 1977, la valeuroptimale
pour la crois-sance de
l’expression
Na + K -Cl,
estproche
de 250mEq/kg
).
3 / Interactions entre oligo-éléments, vitamines, acides aminés
et acides gras impliqués
dans la chondrodystrophie
3.
i Zinc, tryptophane, histidine
et
vitamine
B6Plusieurs auteurs ont montré
qu’une supplémenta-
tion d’un
régime
par lapyridoxine (vitamine B6)
pou- vait abaisser lafréquence
dechondrodystrophie
ou de pattes tordues. Unexemple
en est donné dans lafigure
5. Ces auteurs ne proposant pas
d’interprétation
aumode d’action de la
pyridoxine,
nous avonssuggéré qu’il s’agisse
d’une interaction avec le métabolisme du zinc etplus précisément,
d’une stimulation de lasynthèse
de l’acidepicolinique,
molécule favorisantl’absorption
intestinale du zinc. Eneffet,
différentes étu- des(voir
la revue d’Edwards1980)
montrent(figure 6)
que, dans les cellules exocrines dupancréas,
l’acidepicolinique
estproduit
àpartir
dutryptophane
enpré-
sence de
pyridoxine.
D’autres substances telles que l’histidine ou la
cystéine
ont
également
des effetsbénéfiques
surl’absorption
intestinale du zinc
(Cousins 1979) ;
l’administration d’histidine à despoulets
carencés en zinc réduit la sévé-rité de la
chondrodystrophie
observée. Unesynergie
entre zinc, vitamine B6,
tryptophane
et histidine peut donc êtreimpliquée
dans laprévention
de cette lésion.A l’inverse, toute substance
s’opposant
àl’absorption
du zinc
(exemple
des tanins ou de l’acidephytique ;
cf.
§ 4)
peut aggraver lephénomène.
3.
2
/ Zinc, vitamine
E etacides gras Bettger
et al(1980a)
ont montréqu’un régime
sup-plémenté
en acides graspolyinsaturés aggravait
leslésions
dermiques
et lachondrodystrophie
observéeschez le
poulet
carencé en zinc ; inversementl’ajout
aurégime
d’acides gras saturés, de niveaux élevés de vita-mine E ou d’indométhacine réduisait ces
symptômes (Bettger
et al1980b) . Puisque
Nielsen et al(1968)
ontaussi montré que
l’aspirine
et l’indométhacine(inhibi-
teurs de
synthèse
desprostaglandines)
étaient effica-ces pour traiter les
problèmes
de pattes induits par lacarence en zinc, il
peut
êtresupposé
que celle-ci indui- rait chez lepoulet, (contrairement
à cequi
est observéchez le
rat)
uneaugmentation
desynthèse
des prosta-glandines
et que la vitamine Eagirait
en limitantl’oxy-
dation de l’acide
arachidonique (figure 7).
Un tel effetde la vitamine E, conduisant à la limitation de
synthèse
des
prostaglandines,
a d’ailleurs étéévoqué
dansd’autres circonstances et notamment pour
expliquer
l’effet protecteur de la vitamine observé chez des pou- lets victimes d’une infection léthale par E.Coli
(Likoff et al 1981).
La
fréquence
de lachondrodystrophie
semble diminuer
lorsque des
substances favorisant
l’absorption
intestinale du zinc sont
ajoutées
à laration
(pyridoxine,
histidine, cystéine).
L’addition au
régime
d’acides gras
polyinsaturés
aggraveles lésions
dermigues
et la
chondrodystrophie
chez
lespoulets
carencés en zinc ou en biotine.
3.
3
/ Biotine
etacides gras
La biotine est
indispensable
à la conversion de l’acidelinoléique
en acidearachidonique (Whitehead 1977).
Chez le
poulet,
une carence en biotine réduit effective-ment les teneurs des tissus en acides gras
précurseurs
des
prostaglandines,
notamment de laPGE,
du coeur(Kratzer
etal 1984) .
Onpourrait
donc s’attendre à ceque les lésions
dermiques
et lachondrodystrophie caractéristiques
des déficiences en biotinepuissent
êtreminimisées
lorsqu’on
augmentel’apport
alimentaire d’acides gras essentiels. Or il n’en est rien ; au con- traire, l’addition de ces nutriments à unrégime
pauvreen
biotine,
accroît la sévérité des lésionspréalablement observées,
tandis quel’apport
d’acides gras saturés aun effet réducteur ! Il est donc
possible
que les acides grasinteragissent
avec la biotine selon une voiequel-
que peu similaire à celle décrite pour le zinc.
Limpli-
cation d’interactions biotine-acides gras a d’ailleurs été
également
démontrée dans lesyndrome
de la &dquo;crise car-diaque&dquo; (Sudden
DeathSyndrome)
affectant les pou- lets lesplus
lourds.3.
4
/ Biotine, acide folique
etacide pantothénique
Lors de
l’apparition
sur le terrain desymptômes
simi-laires à ceux d’une déficience en biotine, Roblee et Clan- dinin
(1970)
purent traiter leschondrodystrophies
observées par un
mélange
de biotine, acidesfolique
etpantothénique
alorsqu’aucune
de ces vitaminesprise séparément
ne se révéla efficace.4 / Effets spécifiques de certaines
matières premières : céréales, protéagineux et tourteaux
4. 1 / céréales
Dès 1965, lors de leur
première
étude sur ladyschon-
droplasie,
Leach et Nesheim observent que l’introduc- tion de 20 à 30 % de maïs dans unrégime synthéti-
que réduit l’incidence des troubles. Inversement, un ali-
ment à base de blé et de caséine peut entraîner une
fréquence
dedyschondroplasie
deux foisplus
élevée que celleenregistrée
avec unmélange maïs-soja (Leach
etLilburn
1980). Compte
tenu de la fortedisponibilité
duphosphore
contenu dans le blé et des valeurs faibles dans le maïs et lesoja,
il estprobable qu’on
retrouve là les effets des teneurs enphosphore disponible
durégime déjà
discutés(§
1 et2).
Des lésions de type
&dquo;pattes
tordues&dquo; avec enflure des talons sontprovoquées
par dessorghos
riches en tanins(Rostagno et al 1973, Amstrong et
al1973) .
Elles peu- vent être liées à unemalabsorption
du zinc(revoir
§3a)
et à des altérations desynthèse
ducollagène (Ekin
et
al 1978).
Cet effetdisparaît
à peuprès
totalementlorsque
lesgraines
ont été stockées en milieu humide(tableau 5) ;
il est aussiprobablement
réduit par la gra- nulation de l’aliment à la vapeur.Le
seigle
contient dans sa fractionorganique
un fac-teur
rachitogène (Mac
Auliffe etal 1976) qui
peut être combattu parl’apport
degrandes quantités
de vitamineD
3
et,partiellement,
par l’addition de suif aurégime.
Il est éliminé de la matière
première
par extraction del’eau, autoclavage
et irradiation(Mac
Auline et al1979) .
4.
2 / Protéagineuac
La
fréquence
des pattes tordues chez lepoulet
aug- mente avecl’incorporation
degrandes quantités
delupin
dans lerégime (supérieures
à 20%) qu’il s’agisse
de
lupin jaune
testé enAllemagne (Vogt et
al1979)
ou de
lupin
blanc en France(Lacassagne
1980,figure 8).
Ceci n’est modifié ni par divers traitements desgrai-
nes
(extrusion, granulation, décorticage ;
tableau6),
ni par une
supplémentation
entryptophane.
Al’inverse,
une
supplémentation
par 0,6 à 1 ppm d’acidefolique permet
une croissancecorporelle
normale etcorrige
par- tiellement les effets dulupin
sur les troubles des pat-tes. Une amélioration
partielle
est aussiapportée
en substituant des levures ou des bactéries(Pmteen)
augluten
durégime
de base ou enajoutant
de la ribofla- vine, unmélange vitaminique
ou de l’histidine(tableau 7).
4.
3
/1burteaux
L’introduction de
quantités
élevées de tourteaux de colza(20
à 30 % dans unrégime
dedémarrage
aug- mente lafréquence
des déformations de pattes chez lepoulet (Holmes
et Roberts 1963, Seth et Clandinin1973)
et le dindonneau(Moody
et al1978) .
Une sup-plémentation
enmanganèse
ne réduit pas cephéno-
mène. Les nouvelles variétés de colza
(à
faibles teneursen
glucosinolate)
se révèlent moins actives de cepoint
de vue que lesprécédentes (Moody et al 1978,
Ibra- him etal 1980) .
Il estprobable
que les tanins ou l’acidephytique
du colzaagissent
encomplexant
certainscations minéraux
(zinc notamment)
mais aucunepreuve directe de ce mode d’action n’a été
apportée.
Les
syndromes
demalabsorption
concernent
les
lipides,
les vitamines E etD3,
le calcium et lephosphore.
Le
nettoyage
et ladésinfection
des bâtiments entre 2bandes d’élevage jouent
un rôledéterminant dans la
prévention de la
maladie.
Le tourteau et les
protéines
isolées desoja
sont soup-çonnés depuis longtemps
d’êtreimpliqués
dansl’appa-
rition des
problèmes
de locomotion des volailles. Une action de typerachitogène
fut d’abordsuspectée
par Carlson et al(1964) :
éliminée parautoclavage
du tour-teau, elle
pouvait
aussi êtrecompensée
par desapports
élevés de vitamineD 3 . Comparés
à unhydrolysat
de caséine, tourteau etprotéines
desoja
sont aussi sus-ceptibles d’aggraver
les effets d’une carence en zinc surla
chondrodystrophie (Morrisson
et Sarett 1958, Zie-gler
et al 1964, Nielsen et al1966) .
Chez le porc d’ail-leurs,
l’accroissementd’apport
alimentaire desoja
aug mente laparakératose
induite par une déficience enzinc.
Le tourteau de
soja
semble surtoutpouvoir
êtreimpli- qué
dansl’apparition
dedyschondroplasie.
Dans uneétude récente utilisant des
régimes
pauvres en calciumet riches en chlore, Edwards
(1985)
montrequ’une
source
particulière
de tourteau(A)
entraînesystémati-
quement desfréquences
élevées dedyschondroplasie (34
à 69%)
tandisqu’une
autre source(B) produit
desfréquences
basses(14
à 28%). Quand
le niveaud’incorporation
du tourteau A est réduit de 35 à 24puis
à 12 %, lafréquence
dedyschondroplasie
dimi-nue, dans le même ordre de 60 à 25
puis
à 15 %. Unan
plus tard,
les mêmes résultats sont obtenus avecdes tourteaux venant des mêmes usines. La différence la
plus grande
entre les tourteaux A et B concerne leurs activitésanti-trypsique
eturéasique
mais rien ne prouve que ceci soit lié à ladyschondroplasie.
Plusimportant
est le fait
qu’un
abaissement de la teneur en chlore durégime
ou uneaugmentation
del’apport calcique
per-mettent d’abaisser la
fréquence
dedyschondroplasie
entraînée par le tourteau A.
Déjà
en 1981, Leach avait d’ailleurs pu montrer que les effets dusoja
sur ladyschondroplasie disparaissaient lorsque
les teneurs ensodium, potassium
et chlore etrégimes
étaient norma-lisées. Il est donc
possible
que certains tourteaux desoja
contiennent desquantités
anormales de chlore(ils
en sont normalement
dépourvus) qui
devraient être par- ticulièrement surveillées.5 / Problèmes de malabsorption
induisant rachitisme et ostéoporose
5.11
/ Syndromes de malabsorption
Au cours des dernières années, des
syndromes
demalabsôrption
ont notablement réduit lesperforman-
ces de nombreux troupeaux de
poulets
dechair,
d’abordaux
Pays-Bas (1977), puis
dans les autres paysd’Europe (G.B., France),
aux USA et en Australie. Il semble que le mêmesyndrome (ou
dessyndromes
pro-ches)
ait étédésigné
par différentesappellations s’appuyant
sur lessignes cliniques
observés. On trouveainsi les
appellations
de&dquo;syndrome
des oiseauxpâles&dquo;
(pale
birdsyndrome)
lié à une baisse de fixation despigments caroténoïdes,
de &dquo;nanisme infectieux&dquo;(infec-
tious
stunting
onrunting syndrome),
de &dquo;maladie del’hélicoptère&dquo; (helicopter disease)
décrivantl’aspect
desplumes
ou d&dquo;’entérite infectieuse&dquo;puisqu’on
observetoujours
laprésence
de nombreusesparticules
alimen-taires non
digérées
dans les excreta de colorationjaune
sombre.Selon
Bergs
etGoedegebuure (1982),
deux altérations successives despattes
peuventapparaître
dans lessyndromes
demalabsorption.
Lapremière,
visible surdes
poulets
de deux semaines,présente
toutes les carac-téristiques
du rachitisme avec défaut de croissanceglo-
bale de l’animal. La maladie est dite de
&dquo;runting
andleg
weakness&dquo; ou &dquo;brittle bone disease&dquo;. L’altération suivante est une lésion du fémur visible sur les pou- lets de 6 semaines etprésentant
les caractères d’uneostéoporose ;
cettelésion,
dite de &dquo;nécrose des têtes fémorales&dquo; ou de &dquo;hanchegaleuse&dquo;
est laplus
souventdécrite.
Les causes de ces manifestations de
malabsorption
sont loin d’être claires. L’intervention d’une
composante
infectieuseparaît
assez bien établie dansplusieurs
caset on sait que les oiseaux doivent être
exposés
durantles
premiers jours
de leur vie pour manifester ensuitetous les
symptômes.
Deplus,
le nettoyage et la désin- fection des bâtiments entre deux bandesjouent
un rôledéterminant dans la
prévention
de la maladie. Plusieurs auteurs ontsuspecté
l’intervention de réovirus mais d’autres virus peuvent être aussi trouvés ; il est de toutefaçon probable
que les réovirus ne sont pas seuls res-ponsables
et que des bactéries peuvent êtreimpliquées.
Une nécrose
staphylococcique
de la tête fémorale a d’ail-leurs été décrite.
Comment
rapprocher
leproblème
demalabsorption
des lésions observées au niveau des
pattes ?
La revue faite parJensen (1984)
montre quel’absorption
deslipi-
des est
particulièrement
affectée(50
% contre 90 %chez des oiseaux
sains). L’absorption
des vitamines Eet
D 3
est donc réduite cequi
peutexpliquer
lessignes d’encéphalomalacie,
de rachitisme etd’ostéoporose
observés.
L’absorption
des macro-minéraux(calcium, phosphore)
estprobablement
réduite aussi(directement
ou
non) puisque
le contenu en cendres des feces estaccru chez des
poulets
de 3 semainesprésentant
unsyndrome
demalabsorption (Salyiszabo 1985).
Des lésionshistologiques
dufoie,
dupancréas
exocrine etsurtout de la
thyroïde
sont aussisignalées
chez ces ani-maux. Une
supplémentation
de l’eau de boisson eniodure à 2 semaines
d’âge
serait suffisante pour res- taurer 80 % del’emplumement,
2 semainesplus
tard(Kapp
etCserep 1986).
Un apport de 0,5 à 2,5 ppm demolybdate
de sodium s’estégalement
avéré efficacecontre la nécrose des têtes fémorales
(Payne
et Bains1975)
mais ceci n’a pas été confirmé ultérieurement(Jensen 1979).
La malabsorption peut
certainement concerner aussi certaines vitamineshydro-solubles puisqu’une
infectionpar réovirus élève
significativement
lafréquence
desproblèmes
de pattes chez lespoulets
recevant desrégi-
mes déficients en biotine, niacine ou acide
folique (Cook
et
al 1984) .
Inversement une addition de biotine(0,06 ppm)
s’est avérée efficace contre la nécrose des têtes fémorales.Cependant,
aucunesupplémentation
alimen-taire n’a pu
jusqu’à
cejour,
éliminer totalement les lésions osseuses et articulaires des pattes observées chez despoulets
victimes demalabsorption.
Deshypo-
thèses d’action différentes doivent donc être étudiées.
Selon Godard
(1984),
lesanti-corps
anti-réovirus trou- vés chez les animaux atteints de &dquo;nanisme infectieux&dquo;pourraient agir
directement contre l’hormone de croissance.5.
2
/ Action des mycotoxines
Un aliment contenant des extraits de Fusarium et
d’Aspergillus
entraîne assezgénéralement
desfréquen-
ces élevées de pattes tordues
(voir
la revue de Wise1979).
La démonstration a été faite que aflatoxines et ochratoxines induisentl’apparition
d’os &dquo;caoutchou- teux&dquo;.Ajoutée
à un aliment au niveau de 2 ppm, l’och- ratoxine inhibe la croissance et réduit la résistance à la rupture du tibia ; avec 4 ppm, le diamètre du tibia est même réduit(Huff
etal 1980) .
Une atteinte gravede
dyschondroplasie (90
% des animauxatteints)
a étéobservée en
incorporant
dans unrégime
2 % degrai-
nes contaminées par Fusarium roseum
(Walser
et al1980) ;
l’effetpourrait
être dûparticulièrement
à la frac-tion TDP-1, une des six fractions
hydrosolubles majeu-
res
séparées
d’un extrait de F. roseum par chromato-graphie
en couche mince.Ces aflatoxicoses
présentent
des similarités avec lessyndromes
demalabsorption
décritsprécédemment,
cequi explique
que les deux maladies soient sans doutequelquefois
confondues : retard de croissance, perte depigmentation,
faiblesse des pattes ouemplumement
anormal sont en effet des
symptômes classiques
del’aflatoxicose. On trouve aussi des baisses de teneurs en acides aminés et en vitamines Bl, B2, B6 et acide
pantothénique
du foie et de la bile des animaux atteints.L’absorption
de la vitamine E est diminuée et, peut- être, celle de la vitamineD 3’
encore que les résultats à cesujet
soient contradictoires.Globalement,
l’afla-toxicose inclut donc une part
importante
demalabsorp-
tion. Une autre voie d’action
possible suggérée
par Robi-nette
(1972)
pourexpliquer
des carences en biotine chez le dindonneau est la sécrétion, par des moisissures de la litière, de substancescomplexant
la biotine : la strep- tavidine etl’alpha-dehydrobiotine
sont des anti-biotines de ce type.6 / Niveau global d’alimentation
et déformation des pattes
Les
émergences
dedyschondroplasie
et dechondrodys- trophie
sont indubitablement liées à la vitesse de crois-sance des animaux : les mâles sont
plus
sensibles que les femelles et leslignées
à croissancerapide
neseraient-elles pas intéressantes dans ces conditions pour abaisser la
fréquence
des troubles de la locomotion ?6.
1
/ Niveau énergétique
Dès 1973, il est noté par Yoshida et al que le
simple ajout
de cellulose à un aliment permet deprévenir
les déformations de pattes.Comparant
deux niveaux éner-gétiques (3090
et 2850 kcalE.M./kg)
Poulos et al(1978)
notent un abaissement de 12 à 2 % de la fré- quence dedyschondroplasie
mais aussi une réduction de 15 % dupoids
vif à 40jours (tableau 8).
Dansd’autres essais, les déformations de pattes sont rédui-
tes de moitié
(12
vs 22%)
sans réduction grave de la croissance(2
à 3%) lorsque
la teneurénergétique
durégime
diminue de 3140 à 2900 kcalE.M./kg.
6.
2
/ Niveau protéique
Des observations similaires peuvent être faites en
fonction de
l’apport protéique.
Ainsi, des dindons ali- mentés avec unrégime
ne contenant que 90 % des aci- des aminés durégime
témoin sont moins affectés par desproblèmes
locomoteurs bien que la croissance nesoit pas
significativement
réduite. Inversement, des excès de la seulelysine
sontcapables
d’induire desdéformations de pattes. Pour des animaux lourds de type roaster, élevés
jusqu’à
82jours,
un abaissement del’apport protéique
endémarrage (18
au lieu de 22%)
permet aussi d’abaisser lafréquence
des anomalies de pattes en find’élevage.
Cette observation introduit la notion depériode
de sensibilité maximalequi
mérited’être examinée
plus
à fond.6.
3
/ Restrictions globales à différentes
périodes
Une diminution de la
fréquence
dedyschondroplasie (de
70 à 20%)
fut observée chez le canard dès 1975 suite à une restriction alimentaireappliquée
au coursdes 12
premiers jours.
Dans son étude sur les effetsde
l’aflatoxine,
Huff(1980)
constateégalement
que, chez lespoulets
restreintsjusqu’à
3 semaines, la fré-quence et la
gravité
dedyschondroplasie
sontplus
liéesà la vitesse de croissance
qu’au poids
vif lui-même(figure 9) : lorsque
le mêmepoids
vif est atteintplus
De
légères
restrictionsénergétiques
ouprotéiques
diminuentbeaucoup
lesfréquences
deslésions sans que la croissance ne soit fortement réduite.