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L Notre ancêtre commun avec notre cousinela drosophile avait-il des pattes?

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Academic year: 2021

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1461

m/s n° 12, vol. 14, décembre 98

COURRIER

médecine/sciences 1998 ; 14 : 1461

L

a lecture de l’article de Julien

Royet, « Organisation spatiale des disques marginaux et des bourgeons de membres » (m/s

novembre 1998, n° 11, p. 1167)

m’ins-pire le commentaire suivant.

La question à mes yeux essentielle est celle de la signification des simili-tudes et des différences rapportées. Cette question est suggérée plutôt que véritablement posée par l’auteur. Je formulerais le problème de la façon suivante.

L’homologie est une parenté évolu-tive [1]. La parenté de certains des gènes utilisés dans la morphogenèse des appendices d’insectes avec ceux utilisés dans la morphogenèse des membres de vertébrés ne laisse que peu de place au doute. L’hypothèse de cette homologie est fondée sur la grande similitude des gènes des uns (ici les mammifères) et des autres (ici la drosophile). Cette homologie s’étend à des réseaux d’interactions de ces gènes et molécules. Autre-ment dit, certains gènes, et au-delà certains réseaux d’interactions géniques, étaient probablement pré-sents chez notre ancêtre commun avec notre cousine la drosophile. Comme la drosophile n’est tout de même pas notre proche parente, cet ancêtre est assez éloigné, c’est l’ancêtre commun à tous les animaux

à symétrie bilatérale, qui vivait au précambrien, il y a au moins 550 mil-lions d’années.

Cette homologie s’accompagne d’une analogie, terme que l’auteur emploie à juste titre et à juste propos à plusieurs reprises. L’analogie est une similitude fonctionnelle entre deux objets biologiques (gènes, pro-téines, cellules, organes). L’analogie fonctionnelle est ici dans la mise en place des axes : antéro-postérieur, dorso-ventral, proximo-distal. Ces homologies et analogies posent la question de l’homologie, non plus seulement des gènes, mais des organes. Les appendices des insectes et les membres de vertébrés tétra-podes sont-ils homologues, ont-ils une origine évolutive commune ? Autrement dit, l’ancêtre commun à tous les animaux à symétrie bilatérale possédait-il des membres-appendices construits sur les mêmes principes ? Cela a été proposé [2]. Mon opinion est que cette idée est réfutée par deux arguments. L’un est suggéré dans l’article de Julien Royet : il tient aux différences, et non plus aux simi-litudes, des mécanismes moléculaires mis en jeu dans les deux modèles, particulièrement comme le souligne l’auteur, l’action des FGF, alors que des gènes de la famille FGF sont pré-sents chez la drosophile. L’autre tient

aux résultats de l’anatomie comparée et de la paléontologie, qui suggèrent pour le moins fortement que les ver-tébrés tétrapodes sont issus de chor-dés sans membres. Le membre des vertébrés tétrapodes n’est donc pas issu d’un « membre-appendice » ancestral, qui aurait préexisté à la divergence des arthropodes et des chordés. Les similitudes dans l’utilisa-tion des mêmes réseaux de gènes dans la morphogenèse des appen-dices d’insectes et celle des membres des vertébrés résultent donc fort pro-bablement de convergences évolu-tives et non d’homologies ■

RÉFÉRENCES

1. Coulier C, Birnbaum D, Coulier F. Simili-tude, homologies, canards et ornytho-rynques. Med Sci 1994 ; 10 : 210-1.

2. Pennisi E, Roush W. Developing a new view of evolution. Science 1997 ; 277 : 34-7.

COURRIER

Notre ancêtre commun avec notre cousine

la drosophile avait-il des pattes ?

Jean Deutsch

Références

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