M ARC D EROO
Analyse sensorielle quasi-ordres et représentations simpliciales
Mathématiques et sciences humaines, tome 63 (1978), p. 25-49
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ANALYSE SENSORIELLE
QUASI-ORDRES
ET
REPRESENTATIONS SIMPLICIALES *
Marc DEROO * *
1 - INTRODUCTION
Dans cet article nous décrivons
l’application
de méthodesd’analyse
de données ordinales dans la tentative de résolution d’unproblème d’analyse
sensorielle de denrées alimentaires.Très
brièvement,
ils’agit
de déterminerquelques systèmes
de culture permettant d’obtenir desproduits
satisfaisant legoût
du consommateurlorsqu’il emploie
l’un d’entre eux dans unepréparation
culinaire déterminée.Plus que d’obtenir un classement des différents
systèmes
deculture,
ilnous intéressera de déterminer les facteurs culturaux
qui
semblentjouer
unrôle
prépondérant
dans la formation de laqualité gustative
duproduit.
* L’étude dont il est
question
dans cet article est réaliséeconjointement
par l’Institut
Technique
de la Pomme de Terre et l’Association de CoordinationTechnique Agricole ;
elle bénéficie d’une aide de la D.G.R.S.T. dans le cadre de l’action concertée :Technologie
alimentaire etagricole.
* *A.C.T.A.
(Association
de CoordinationTechnique Agricole)
149,
rue deBercy -
75579 PARIS CEDEX 12II - PLAN SUIVI DANS CET ARTICLE
Après
avoir formulé de manièreplus précise
leproblème posé
et définile
protocole d’expérimentation
choisi pour réaliser lesdégustations (plan
factoriel avec confusion des interactions),
on décrit dans uneseconde
partie,
la méthode utilisée pour obtenir un clasaement desobjets (recherche
d’unpréordre
par l’intermédiaire duquasi
ordre lemoins
discriminant).
A ce propos, nous insistons tout
particulièrement
sur leshypothèses implicites
que l’on est contraint d’émettre sur le comportement desjuges (problèmes
detransitivité, notamment).
Dans une troisième
partie,
nous tentons de montrer comment unereprésentation
du classement obtenu dans les cases d’undiagramme
desimplexe,
permet de tirerrapidement
des conclusions quant à laprésence
ou à l’absence
probable
d’un effetsignificatif
des différents facteurs culturaux(effets principaux
et interactions dupremier
ordre);
un testnon
paramétrique
est alorsproposé -
le "test des arcs -: il permet de calculer laprobabilité
pour quel’effet,
éventuellement constaté au cours d’unexpérience particulière,
ne soit en faitqu’une simple
manifestation du hasard.
Enfin,
et enconclusion,
nous dressons une listeincomplète
desproblèmes,
tantthéoriques
quepratiques, qui
restentposés
à l’issue decette
première expérience, espérant
ainsi inciter le lecteur à proposer d’autres solutions(ou
éléments desolution)
à ceproblème qui n’est,
onle verra, que
partiellement
résolu.III - LE PROBLEME, LE PROTOCOLE D’EXPERIMENTATION
3.1 Situation
du problème
La
qualité gustative
d’unproduit agricole dépend,
entre autres, destechniques
culturalesqui
ont étéadoptées.
Or lessystèmes
permettant d’obtenir les meilleurs rendements ne sont pas forcément ceuxqui
assurentla
plus grande
satisfaction du consommateur.Les
facteursi
du rendement sontgénéralement
connus, ceuxprésidant
àla
qualité,
le sont moins.De
plus,
si les méthodesd’analyse
des variations du rendement(variable quantitative continue)
sous l’effet des différentsfacteurs,
ont,depuis
R.A.Fisher,
donné lieu à lapublication
de maintesétudes,
en revanche les contributions à l’étude des modifications des classements
sont
plus
récentes et, de cefait,
moins nombreusesou/et
moins connues ;enfin,
ces dernières traitant desproblèmes
de classement engénéral,
nesont pas
toujours
directementapplicables
auxproblèmes d’analyse
sensorielle où des contraintes matérielles liées à la nature même des
produits
étudiés(lassitude
desjuges,difficultés
deconservation,...) impasent
desprotocoles
dedégustation particuliers.
3.2
Un protocole de dégustation
3.2.1 Les données
Les
produits
à classer sont au nombre de 16 : v = 16.Ils
proviennent
des24
combinaisonspossibles
de 4 facteursà deux niveaux.
Au facteur X est associé le
couple
de modalités(x,X)
ou xreprésente
le niveau
bas,
X, le niveau haut. Unproduit
peut donc êtreétiqueté
enfonction de la combinaison de modalités
qu’il représente :
a B c Dpar
exemple.
Parconvention,
nous ne feronsfigurer
dansl’étiquette
que lessymboles
des niveaux hautsavec de
plus
Remarquons
d’embléequ’avec
cesystème
dedégustation,
on peutreprésenter
ces v=2n objets
dans undiagramme
desimplexe.(Figure 1)
1 Facteur est
pris
dans le sens très courant utilisé dans la théoriedes
plans d’expériences (Facteur : engrais,
densité desemis, variété,...).
Plus formellement c’est une variable
qualitative
nominalequi
peutprésenter plusieurs
modalités(ou niveaux).
Dans ce
qui suit,
on ne considère que des facteurs à deux niveaux.Dans un tel
schéma,
le passage, du bas vers le haut de la page, d’une.case à l’une des cases
suivantes, représente
le passage du niveau bas auniveau haut de l’un des facteurs.
Par
ailleurs,
on nedispose
que de quatrejuges ; chaque juge
peut,au
plus,
comparer simultanément quatreproduits
au cours d’une séance et, dans la mêmejournée,
il estpossible
de réaliser deux séances.Enfin,
pour des raisons dedégradations
dues à une conservationprolongée,
lesproduits
doivent être
dégustés
au cours de la même semaine.3.2.2 Les
principes
Ces dernières contraintes interdisent
qu’un
mêmejuge
effectue les 120comparaisons
parpaires qu’il
estthéoriquement possible
de réaliser...On songe donc à un
dispositif
en blocsincomplets équilibrés (Cf. [ 3 ]);
il en existe tenant compte de ces différentes données
numériques :
leplan
10.4
proposé
par Cochran etCox 2J
donne lapossibilité
d’examiner chacune des 120paires
en 5 séances avec quatrejuges goûtant
quatreproduits.
Au cours d’une
semaine, chaque paire pourrait
donc être testée deux fois.Mais
quel
est l’intérêt si l’on souhaite surtout mettre en évidence l’influence des différents facteurspris
isolément(effets principaux)
oupris
deux à deux(interaction
dupremier ordre),
decomparer des
paires
comme, parexemple, 0
et A B C D ?Il est bien
plus intéressant, quitte
ànégliger
cettecomparaison,
de
disposer
deplusieurs jugements
sur despaires
du type(0, A)
ou(B
C D, A B CD)
afin de mieux déterminer l’effet éventuel du facteur a . On cherche donc undispositif
favorisant lacomparaison
decertaines
paires
au détrimentd’autres, jugées
moins intéressantes.Les
plans d’expérience
en"confounding partiel"
apportent une solutionpossible.
3.2.3
Un plan
enconfounding partiel
Partant d’un
plan
factoriel où2p produits
doivent êtrecomparés
on restreint le
champ
descomparaisons
à l’étude de2k
blocsindépendants
contenant chacun
2p k produits.
Les seules
comparaisons
réalisées sont celles que l’on peut faire à l’intérieur dechaque
bloc.Réduisant le nombre de
comparaisons effectuées,
on réduit ainsi le nombred’analyses possibles :
certains effets ou certaines interactionsne peuvent être
étudiés ;
on dit que ces effets ou interactions sont confondus avec "l’effet bloc". On montre que dans le cas d’undécoupage
en
2k
blocs, il y a(2k - 1)
effets ou interactions confondus.Dans le cas
présent,
si l’on considèrequ’un juge
peut comparer simultanément2 2 =
4produits,
il y aura quatre "blocs dedégustation"
et donc 3 effets ou interactions confondus.
Si,
parexemple,
pour une séance dedégustation
donnée on décidede définir les 4 blocs :
On peut vérifier
(cf.
parexemple [2])
que les deux effets de C et de D ainsi que l’interaction C x D seront confondus.Comme il est
possible
de réaliserplusieurs
séances dedégustation,
on peut modifier d’une séance à
l’autre,
les facteursqui
entreronten confusion. En retenant six
séances,
il viendra tour à tour : A, B, AB ; A, C, AC ; A, D, AD ; B, C, BC ; B, D, BD ; C, D, CD.On
parle
alors deplan
enconfounding partiel.
C’est ce
dispositif qui
a été retenu en raison despropriétés
combinatoires
qu’il présente.
Remarquons tout d’abord que l’on peut
représenter
sur lediagramme
dusimplexe,
leplan
d’une séance dedégustation (par exemple,
la séance où C, D et CD sontconfondus) :
Sur ce
schéma, chaque
bloc dedégustation
estrepéré
par unparal- Lélogramme
en traits gras ;chaque parallélogramme
est construit àpartir
des directions des effets
qui
ne sont pas confondus : ilcorrespond
doncà un
plan
factoriel2 2
Dans
l’exemple
ci-dessus ondispose
donc de quatre classementsindépendants
deproduits
oùapparaissent (ab, aB, Ab, AB), chaque
bloc différant des autres parl’adjonction
ou lasuppression
d’une ou de deuxmodalités des deux autres facteurs c et d . A l’issue de
chaque
séanceon peut donc tester la concordance des
juges (W
deKendall)
ou, par letest de Kramer
’[6]
tenter de voir si une modalitéparticulière
à tendance à êtrepréférée
ourejetée
par lesjuges,
ou encore s’il y a un effetdégustateur significatif.
Bienévidemment,
ces tests seraientplus
intéres-sants à réaliser si l’on
disposait
de12, 18, 24,
... séances dedégustation
au lieu des six
qui
ont été retenues dans cettepremière
tentative.Par
ailleurs,
si l’onappelle
distance entre deux cases dusimplexe,
le nombre minimal d’arêtes
qu’il
fautparcourir
pour les relier entreelles,
on vérifiera que sur l’ensemble des sixséances,
unproduit
estcomparé :
3 fois aux
produits
à distance 11 fois aux
produits
à distance 20 fois aux autres
produits.
Autrement
dit,
si l’on veut tracer sur lesimplexe
une chaînetraduis.ant l’évolution de la
qualité (qualité qui
serarepérée -
cf. infra-par le rang obtenu par le
produit),
celle-ci pourra être construite maillon parmaillon, chaque produit
étantcomparé
3 fois avec son suivant et avecson
précédent.
Cettepossibilité
est intéressante car l’étude de telles chaînesprésente
un intérêtéconomique
certain : supposonsqu’un produit quelconque
soit classéparmi
lesderniers,
alors que deux autresproduits
sont classés
premiers
ex aequo. La chaîne minimale partant duproduit
malclassé
indique
àl’agriculteur
les modificationsqu’il
doit apporter àson
système
de culture ; mais dans le cas d’ex aequo, il peut choisir la chaîne de coût minimal.Enfin,
ceprotocole
permet d’examiner 80paires
sur les 120à
analyser
et l’on peut vérifier quesi,
pour chacune descomparai-
sons
effectuées,
unepréférence
sedégage (et
si lesjugements
sontcohérents entre
eux)
on peut, par fermeturetransitive,
déterminer pour chacune des 40paires
restantes, le sens danslequel
s’exerce lapréférence.
IV - RECHERCHE D’UN CLASSEMENT
4.1. Le choix d’un
quasi-ordre
Du
point
de vue strictementalgébrique, l’emploi
de la notion dequasi-
ordre semble
s’imposer
dans ce typed’expérimentation :
Luce lui-même[8]
propose pour illustrer cette relationbinaire,
unexemple
fictif tiré del’analyse
sensorielle.Nous ne reviendrons pas sur la définition des
quasi-ordres,
nisur la
procédure
de détermination dupréordre sous-jacent :
cespoints
sontamplement
décrits dans ce numéro et dans le numéroprécédent
de cetterevue ; bornons-nous donc à décrire le
protocole expérimental qui
a étéutilisé.
Au cours d’une séance chacun des
juges
a à classer les 4produits
appartenant à un même bloc
(par exemple,
le bloc BI = Il rend compte de son classement enplaçant
lesproduits
sur un axe, depréférence
.du type suivant :
Chaque
segment(plaît-déplaît)
mesure 15 cm et l’abscisse d’unproduit
par rapport à une extrémité peut être utilisée ensuite pourétudier soit une échelle
numérique,
soit une échelleordinale,
soit encoreune échelle d’intervalle.
Par
ailleurs,
lesjuges
sont libres de situer au même endroitplusieurs produits qui
leurs sont indifférents.A
priori,lorsqu’il
traduit sonjugement,
unjuge
adéjà
tenu compte deson propre seuil d’indifférence...Il est toutefois
possible
de définirles seuils secondaires en étudiant l’effet dans le classement
final,
deseuils d’indifférence
graphique : ainsi,
on peut décider quesi 0
et Asont à moins de x mm l’un de
l’autre, alors 0
est indifférent à A(0IA).
Comme certaines
paires
sontcomparées
trois fois et ce, dans desblocs
différents,
au cours de séancesdifférentes, il peut
arriver que certains classements soient contradictoires... Nous avons dans ce cas, choisi larègle
de décision suivante :appelant
P unepréférence,
I une indifférence et travaillant surtrois
classements,
nous décidons que si lesjugements
sur deuxproduits
x et y sontou xJy
signifie :
x n’est pascomparable
à y.Les deux dernières
règles
relèventquelque
peu del’arbitraire ;
onpeut
cependant
leurprêter
lasignification
suivante :- soit le seuil de différenciation choisi
(i.e.
distance en mmséparant
deuxproduits),
n’est pasadapté
et il faut en choisirun
plus élevé ;
- soit encore, il y a eu incohérence dans les
jugements (erreur instrumentale)
et iln’y
a pas lieu de tenir compte de ces artefacts.Avec ces
conventions,
on obtient la matricedescriptive
de la’
relation observée au cours de
l’expérience représentée
par le tableau 1.Dans cette matrice on a codé dans la case
(x,y)
intersection de laligne représentant
leproduit
x et de la colonnereprésentant
y :;j a Q) r-4 1
Cu
E-4
A
partir
de cettematrice,
on cherche-à mettre en évidence unquasi-ordre
ainsi que lepréordre sous-jacent ;
laprocédure
dedétermination est celle décrite par
Jacquet-Lagrèze
dans sa thèse[5 ]
et le programme utilisé est celui
qu’il
a écrit et nous a aimablementprêté.
Nous verrons au
paragraphe
V de cet article que l’identification des indifférences entreproduits
est, pour nous, au moins aussiimportante
que celle despréférences ;
c’est donc lequasi
ordre lemoins discriminant que nous avons retenu.
Enfin,
comme nous avonsessayé
différents seuils secondairesd’indifférence graphique (0, 5, 10,
15 et 20mm),
le choix final d’unquasi
ordre a été fondé sur les considérationsempiriques
suivantes:La
procédure employée conduit,
à un certainstade,
àsupprimer
un certain nombre d’arcs dans le
graphe
despréférences,afin
de maintenirla transitivité de la relation
Pet
à inverser certainespréférences
ouà les transformer en indifférence. Nous avons choisi de conserver le
Q.O. qui
modifiait le moins la structure initiale des données.Ce choix s’effectue à
partir
du tableau du nombre de transformations descouples qu’ édite
ce programme.Ce tableau se
présente
sous la forme suivante :[5]
Dans la
première
colonne on a( *P,P)
nombre depréférences
strictes inversées( P,P )
nombre depréférences
strictes conservées( I,P )
nombre d’indifférences transformées enpréférences
( J,P )
nombred’incomparabilités
transformées enpréférences
Dans la seconde colonne on a
nombre de
préférences
strictes transforméesen indifférences
nombre d’indifférences conservées
nombre
d’incomparabilités
transformées enindifférences
On calcule
également
un coefficientd’approximation oû
120 est le nombre depaires
à comparer On a ainsi obtenu les résultats suivants :On voit sur ce tableau que pour le seuil 10 mm, le nombre de
préférences
inversées est nul et que celui despréférences
transforméesen indifférences est
minimum ;
deplus,
le coefficientd’approximation
est maximum. C’est donc le Q.O.
correspondant
à ce seuil que, sans chercher d’autresjustifications,
nous avons retenu.V - RESULTATS - UTILISATION Du SIMPLEXE
A la suite de la
procédure
décriteprécédemment
on obtient donc unclassement des 16
objets
sous forme depréordre qu’il s’agit
ensuited’interpréter.
L’un des moyens les
plus simples
et desplus rapides consiste,
ànotre
avis,
à inscrire danschaque
case dusimplexe évoqué
auparagraphe III,
le rang obtenu parchaque produit.
L’étude de l’effet de chacun des facteurs peut se faire
graphiquement
en orientant
chaque
arête dusimplexe
dans le sens, parexemple,
del’augmentation
de laqualité.
Parexemple,
l’étude du facteur b donne le schéma de lafigure
3.Sur les huit arcs que l’on peut tracer, on voit que six d’entre
eux sont orientés dans le même sens :
augmentation
de laqualité,
enpassant du niveau haut au niveau bas de ce facteur. On peut donc
présumer
l’existence d’un effet de ce facteur.De
même,
si l’on étudie le facteur a(figure 4 ) :
on constate que- pour le bas niveau du facteur
b ,
les arcs sont tous orientés~
dans le même sens,
- pour le haut niveau
de b ,
trois arcs sur quatre sont orientés’
dans le sens contraire.
Il y a sans doute interaction des deux facteurs a et
.b .
Il serait intéressant de
pouvoir préciser
ces observations par untest
statistique.
On peut donc songer au testnon paramétrique simple -
que nous avons
appelé
test des arcs -*du type suivant :"Pour un classement donné des 16
objets, quelle
est laprobabilité
pour que - par le seul
jeu
du hasard - on obtienne sur lesimplexe
unedisposition
des arcsidentique
à celle que l’on observe ?".On remarquera immédiatement que la
probabilité qu’un
arc soit orienté dans un sensdonné,
n’est paségale
à undemi,
dès lors que le classement contient des ex aequo(dans
le casprésent :
deuxobjets
ont lerang 1,
deuxle rang
5,
deux le rang 7 et trois le rang 12 : outre les arcs, il peutégalement
subsister des arêtes sur lesimplexe.
Nous
donnons,
enAnnexe ,
le détail du calculqui
conduit àl’expression
de cetteprobabilité.
Enfin, signalons
que ce test permetégalement
de calculer lenombre de
répétitions
nécessaires de la série de sixdégustations
desquatre
juges
pour que, parexemple,
unedisposition
des arcs(5,3) puisse
être considérée commesignificative.
VI - VALIDITE DE LA METHODE UTILISEE
6.1
Quelques
éléments sur laphysiolo ie du goût
Physiologiquement, l’appréciation
de laqualité gustative
d’unproduit
passe par trois
étapes :
~
a)
identification des différents stimuliqu’émet
leproduit :
saveurs,
arômes, odeurs, qualités mécaniques,
...etc...,b) perception
de l’intensité dechaque stimulus ; perception
dont rend assez bien compte la loi de Stevens
qui
lie l’inten-sité perçue
(R)
à l’intensité du stimulus(S):R
=KS ;
cequi
peut donner dans la
comparaison
de deuxproduits
x et y : A = LogR(x) - Log R(y) =
n[Log S(x) - Log
S(y)]
Par
ailleurs,
la différence entre x et y est perçue si la différence A est suffisamment forte : on voitapparaître
iciles deux notions de fonction d’utilité et de seuil de discri- mination dont l’existence sont, dans la théorie de Luce, l’une des
conséquences
de l’existence d’unquasi
ordre..
c) jugement synthétique
de caractèrehédonique
sur l’ensemble des stimuli perçus ; et le Professeur Mac Leod[9] signale
à cepropos que "les
propriétés hédoniques
deplusieurs
sensationssimultanées se combinent
algébriquement
et peuvent, enparticu- lier,
s’annulerréciproquement" ;
il remarque, parailleurs, qu’à
ce niveau dejugement synthétique,
les échelles retenues par le cerveau(après codage)
sont relativement pauvres :plaît/
déplaît
oufaible/moyen/fort,
parexemple.
6.2
Appréciation sensorielle
etquasi-ordre
Tant que l’on reste au niveau de la
perception, l’interprétation
desjugements
sensoriels par desquasi-ordres,
semble donc satisfaisante(et l’exemple
de Lucequi
ne porte que surl’appréciation
d’une saveurfondamentale : le
goût
sucré d’unproduit
rentre bien dans cecas).
Notons
cependant
que dans la recherche d’unQ.O.
on faitjouer
à la
préférence
un rôleprépondérant,
l’indifférence n’étantelle,
définie que comme lecomplément symétrique
de la relation P(si
niaPb,
ni bPa alors
aIb) ;
enrevanche,
enanalyse sensorielle,
lapréférence
est en
quelque
sorte lereliquat
de l’indifférence : il y aurapréférence si,
toutd’abord,
a est discerné de b etsi, ensuite,
a n’estpas indifférent à b.
Or,
trèsgénéralement, l’exposant
n de la loi deStevens
évoquée
auparagraphe précédent,
est inférieur à 1 : deuxproduits
doivent être très différents l’un de l’autre pour que
puisse
s’émettre unjugement
depréférence.
Notons encore que dans
l’expérience menée, plusieurs juges
examinent les
produits ;
or, écrit le ProfesseurHolley [4 ],
"lespsychophysiciens
ne savent pas très bien dansquelle
mesurel’exposant
n caractérise la substance
(odorante)
testée oub, sujet
que laperçoit".
Cela veut dire que d’un
juge
àl’autre,
le seuil A de discrimination peut différer et quel’agrégation
de classementspartiels
réalisés par des personnes différentes est donc hasardeuse.Enfin,
au niveau dujugement synthétique, arbitrage
entre différentessensations,
il peut très bien arriver que dans lacomparaison a/b,
cesoit la sensation S
qui domine,
la sensation T pour lecouple b/c,
lasensation U pour
a/c.
Dans ces
conditions,
des intransitivités peuventapparaître
sans que pour autant lejugement
du consommateur soit incohérent.Se posent donc un certain nombre de
problèmes
nonrésolus,
maisdont la résolution semble devoir passer, au moins sur le
plan expérimental,
par uneaugmentation
notable du nombre de séances dedégustation. Augmentation
rendueégalement
nécessaire pour les raisons que nousdéveloppons
auparagraphe
suivant.6.3
Homogénéité ; Hétérogénéité
Jusqu’à présent,
nous avonsparlé
de laqualité
Q d’unproduit,
commesi elle était constante, immuable et discernable. Or, dans
l’hypothèse
où un
système
deculture,
S, permet effectivement d’obtenir unproduit
d’une
qualité Qs,
la manifestationqs
de cettequalité
au moment de ladégustation,
est une variable aléatoire.~
Interviennent en effet toute une série de
perturbations
sans douteminimes et vraisemblablement
indépendantes
dues : à l’action des facteursagronomiques, climatologiques,...
àl’échantillonnage
àl’intérieur
d’une
parcelle,
àl’échantillonnage
réalisé pour unedégustation,
àl’hétérogénéité
de lacuisson,
à celle duproduit (par exemple,
la compo- sitionphysico-chimique
de la pomme de terre, de lapelure
au centre,varie),...
On peut donc penser, dans une
première approximation,
queqs
est unevariable normale centrée sur
Q
sDans ces
conditions,
ce n’est pas une, deux ou trois observationsqs qu’il
y a lieu de considérer dans lacomparaison
de deuxsystèmes
S et
S’,
mais les moyennesq
etq ,
de rrépétitions
... r pouvants s
être
grand...
cequi
pose unproblème
de réalisationpratique.
De.plus,
lejuge
intervient surchaque
observation de la variableq
s un peu à la manière d’une fonction aléatoire del’argument q :
spar
exemple,
si nous reprenons la loi deStevens,
le coefficient n peut êtreinterprété
comme étantégalement
une variable aléatoire dont ladistribution reste à déterminer. ’
Là encore, considérer le résultat d’une
dégustation
comme lerésultat d’un processus
aléatoire,
pose sans doutequelques problèmes
d’ordre
théorique,
mais aussi desproblèmes
de réalisationpratique...
Enfin,
nous avonssupposé
que lecollège
dejuges
étaithomogène :
c’est-à-dire
qu’ils
se référaient tous à un mêmesystème
de valeurs pourapprécier
laqualité.
Dansl’expérience menée,
cettehypothèse
estconcevable : les
juges
sont des"experts",
entraînés durantplusieurs
mois par des
épreuves d’identification,
declassement,
etc... Mais dèsque l’on passe à la notion de consommateur, on sait bien que cette
hypothèse
n’estplus
vraisemblable : des contradictionsproviennent
alors de classements contradictoires et c’est tout l’intérêt d’études telle que celle
qu’a,
parexemple,
réalisée J. Lemaire[7]
que dedéterminer des segments de
population
au comportement relativementhomogène.
6.4 Relations
artielles
et relations totalesSupposons
lesproblèmes posés
en 6.3.résolus ;
il reste encore desraisons de voir
apparaître
des intransitivités : le fait deprocéder
à des
comparaisons partielles :
eneffet,
l’union de deux ordres n’estpas, en
général,
un ordre.Considérons 6
produits -
a,b,
c,d,
e,f - comparés
dans deux.
blocs
(abcd), (abef). Si,
parexemple,
on obtient :c > d > a > b ;
a > b>e > fl’union conduit à un ordre
;mais
que dire si l’on a, dans un bloca > b,
et b > a dans l’autre ?
Il serait illusoire de considérer que l’un des deux ordres
provient
d’une erreur de
jugement :
cela revient à supposer que le classement de deuxobjets
n’est pas modifié dans descomparaisons
où interviennent d’autresobjets ;
or, pour des raisons purementphysiologiques
noussavons,
qu’en général,
cela estfaux ;
il serait donc intéressant de tenter deprolonger
les travaux de P. Slater[10]et
de A. Astié[1],
( qui
font intervenir lesgraphes
decomparabilité)
pour tenter de mettre en évidenceplusieurs préordres partiels, plutôt qu’un préordre
total
unique,
mais peut être douteux.6.5 Conclusions
provisoires
Ainsi
qu’on
levoit,
trop deproblèmes
restent en suspens pourqu’on puisse
se satisfaire des résultats de cettepremière expérimentation
(dont
le but-puisque
c’était lapremière-
étaitplus
de faireapparaître
les
problèmes
que de les résoudretous).
Néanmoins,
certains résultats sont encourageants : au cours des différentsdépouillements (car plusieurs
critères étaient en faitanalysés, plusieurs répartitions
culinairesproposées),
le nombre "d’arcs à inverser" atoujours
été relativement faible(10% environ) ;
deplus,
les effets que le test des arcs fait
apparaître
commesignificatifs,
9s’expliquent
assez bien en termes debiologie
cellulaire et de biochimie.Aussi,
pensons-nous que lapoursuite
de la recherche dans ce domainerisque
de s’avérer fructueuse ...NOTA
Cet article n’est en fait que la
synthèse
des travaux dedifférentes personnes : certains
points
de méthode n’auraient pu être résolus si le Professeur Lefort(I.N.A.),
E.Jacquet-Lagrèze
F.
Sauvageot (ENSBANA),
ne nous avaient constammentaidés par leurs conseils.
Monsieur R.
Guérémy (LAMSADE)
a mis aupoint
sur notre ordinateurle programme de recherche des Q.O. et nous a
suggéré
maintesaméliorations.
Enfin,
il convient toutparticulièrement
de citer l’ensemble dupersonnel
de l’InstitutTechnique
de la Pomme de Terre(qui participe
à cette actionDGRST),
non seulement parcequ’il
a suposer et résoudre de nombreux
problèmes théoriques,
mais encoreparce
qu’il
a assumé la lourde tâche que constituait la réalisationpratique
de cetteexpérience :
la fabrication desproduits puis...
leur
dégustation.
ANNEXE
PROBABILITE D’OBTENIR À ARCS SUR n DANS UN SENS DONNE
I - LE PROBLEME
Etant donné les 2n cases du
simplexe ,
on peut les regrouper en ncouples (x,X)
où xreprésente,
pour un facteur donné x, le bas niveau dece facteur et
X,
le haut niveau.Les 2n
objets qui
ont étécomparés
sont chacun affectés à une casede manière
aléatoire ;
ils sontrepérés
par leur rang dans un classement C depréférence.
Pour uncouple (x,X) donné,
trois cas sontpossibles :
en
appelant r(x)
le rang del’objet
affecté à la case xDans le
problème qui
nousintéresse,
le sens de l’arcindique
le sensdans
lequel
augmente laqualité
duproduit
testélorsque
l’on passe d’une.case à l’autre du
couple (x,X) :
une arête traduit le maintien de la.
qualité (ex aequo).
’
.
Le classement C des 2n
objets
peut être résumé par la donnée des suites du nombred’objets
différenciés(r )
et celle des suites du nombrea
d’objets
ex aequo(s )
où certains
r
a et certains s p sont nuls.Le
problème posé
est alors le suivant :"Etant donné un classement
CaS = {...,r a 1 s ,...}
des 2nobjets
et uneaffectation aléatoire