Direction régionale Côte-Nord
Service de l'Aménagement et de l'exploitation de la faune
AERIEN DU CARIBOU DANS LA ZONE 18 EST, HIVER 1987
par
Pierre Bertrand
Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Sept-Iles, Avril 1987
Un secteur de 21 400 km2 susceptible de contenir du caribou dans la zone 18 fut inventorié à l'aide d'un avion de type DC-3 et d'un hélicoptère entre le 87-03-03 et le 87-03-10. Dix-huit (18) sites d'hivernement furent repérés par l'équipe du DC-3 et délimités sur des cartes à l'échelle 1:250 000. Quinze (15) de ces sites furent vérifiés à l'aide de l'hélicoptère et des animaux furent observés dans six (6) de ces sites pour un total de cinquante-et-un (51) caribous.
Le nombre total de caribous pour le secteur inventorié fut évalué entre 198 et 216. Pour la zone 18 est proprement dite, cette évaluation fut fixée entre 154 et 168 caribous. Seulement vingt- trois (23) animaux ont été sexés, dix-sept (17) mâles et six (6) femelles, mais il n'est pas possible d'expliquer ce débalancement dans le rapport des sexes en raison d'un petit échantillonnage.
En conclusion, on avance que la population de caribous est dans une position précaire au sud du 500 parallèle et qu'il n'est pas possible d'y instituer une chasse sportive, même d'un type contingenté tel que proposé par certains pourvoyeurs. En ce qui a trait à l'exploitation forestière, suite à une revue de travaux effectués ailleurs sur le même sujet, on affirme qu'il est essentiel d'éviter les perturbations à l'intérieur et en bordure des sites d'hivernement afin de conserver une certaine stabilité au cheptel actuel.
Trois recommandations découlent des conclusions de cet inventaire aérien du caribou dans la zone 18 est:
- que la chasse continue d'y être interdite jusqu'à ce qu'il y ait une nouvelle évaluation de la situation;
que l'exploitation forestière à proximité des sites d'hivernement soit assujettie à des prescriptions précises afin de protéger l'habitat essentiel et qu'une entente intervienne à cet effet entre le MLCP et le MER;
- qu'un inventaire triennal soit institué pour cette zone.
111
TABLE DES MATIERES
RESUME
TABLE DES MATIERES LISTE DES FIGURES
INTRODUCTION BUTS
TRAVAUX ANTERIEURS
DESCRIPTION DU SECTEUR INVENTORIE METHODE
EQUIPE DE TRAVAIL
RESULTATS ET DISCUSSION
CONCLUSIONS 13
8.1 Chasse sportive 13
8.2 Exploitation forestière 14
RECOMMANDATIONS 16
REMERCIEMENTS 17
LISTE DES REFERENCES 18
iii iv
iv
LISTE DES FIGURES
FIGURE 1 LOCALISATION DU SECTEUR INVENTORIE 21
FIGUREZ LOCALISATION DES OPERATIONS FORESTIERES 22
FIGURE 3 LOCALISATION DES SITES D'HIVERNEMENT
DU CARIBOU 23
La situation du caribou de la Côte-Nord au sud du 500 parallèle est peu documentée et des estimations de population n'existent pas.
Bien que certains sites d'hivernement soient connus suite à des travaux sur l'orignal, des patrouilles des agents de conservation de la faune et des rapports de pourvoyeurs et transporteurs aériens de la région, la position et la délimitation exacte de ces aires ainsi qu'une évaluation numérique de chaque groupe de caribous n'est pas disponible.
En raison d'affirmations récentes de la part de certains pourvoyeurs et autres utilisateurs du territoire à l'effet que la population de caribous semblait en croissance, des demandes répétées sont faites au MLCP régional afin d'ouvrir une saison de chasse réservée exclusivement à certains pourvoyeurs de la zone 18 est, avec un nombre contingenté de permis.
Avec la mise en vigueur au printemps 1987 du guide des modalités d'intervention en milieu forestier (MER 1986), e cartographie des îlots de caribous situés au sud du 520 parallèle s'avérait nécessaire pour nos discussions avec le ministère de l'Energie et des Ressources dans le but de définir les modalités d'intervention permettant de préserver la qualité des sites et leurs composantes biophysiques.
Pour toutes ces raisons, il est décidé, avec la collaboration de la Direction de la faune terrestre, d'effectuer un inventaire aérien de la zone 18 est à l'hiver 1987.
L'inventaire aérien visait à recueillir des informations sur:
- l'emplacement des sites d'hivernement;
- la délimitation de ces aires d'hivernement;
- le nombre d'individus dans chaque groupe;
le niveau de population dans la zone.
WAVAUX AN'TERIEURS
A notre connaissance, aucun inventaire aérien systématique n'a été effectué sur ce territoire. Certaines informations nous étaient disponibles à la suite d'un survol d'une partie de la zone au printemps 1986, d'un inventaire aérien de l'orignal à l'hiver 1985 (Bertrand 1985), des patrouilles régulières en hiver des agents de conservation de la faune ainsi que de discussions avec certains pourvoyeurs et transporteurs aériens.
Hamel et Tremblay (1981) ont par ailleurs effectué un inventaire aérien du caribou dans les zacs Valin et Péribonka, situées dans la zone 18 ouest, en bordure ouest de notre secteur à l'étude.
Les auteurs concluent à une baisse constante du nombre de caribous en raison de modifications à son habitat (feu et surtout exploitation forestière). Ils affirment que le réservoir Pipmuacan est un point majeur de concentration et que le reste du territoire boisé ne supporterait qu'une population éparse et peu importante de caribous.
DESCRIFI ION DU Skt1.7.1 EUR INVENIORIE
A l'aide de données en notre possession, le secteur le plus susceptible d'être habité par du caribou dans la zone 18 est fut retenu pour l'inventaire aérien.
D'une superficie d'environ 21 400 km2 , le secteur inventorié (Figure 1) se trouve situé au sud du 500 parallèle de latitude nord et est borné à l'ouest par le réservoir Flpmuacan et les lacs Itomamo et Poulin-de-Courval, et à l'est par le lac Pentecôte et la Petite rivière de la Trinité.
C'est une forêt de type boréal, caractérisée par la présence de grands peuplements de résineux mûrs dans la partie nord de la zone (pessière noire à sapin et mousses), alors que la mosaique forestière est plus diversifiée au sud (sapinière à bouleau et à épinette noire). L'épinette noire est dominante quoique le sapin
baumier et l'épinette blanche soient aussi présents. Il y a présence occasionnelle de pin gris sur les platières sableuses.
Des grandes superficies sont aussi occupées par des feuillus jeunes, surtout le bouleau à papier et le peuplier faux-tremble, dans les secteurs de regénération suite à des feux ou à de l'exploitation forestière.
D'importantes zones du secteur inventorié ont été perturbées par l'exploitation forestière (coupes à blanc de grandes superficies) au cours des derniers trente ans (Figure 2). Ainsi, en raison de cette activité forestière intensive, les peuplements en regénération et les jeunes forêts représentent un fort pourcentage de la superficie, soit entre 40% et 50% du secteur.
Le relief est généralement ondulé mais parfois particulièrement accidenté le long des cours d'eau et des grands réservoirs.
L'altitude varie de 300 à 600 m. Le sol est mince et constitué principalement de sable, de gravier et de tills.
Le climat est passablement rigoureux. La précipitation annuelle moyenne est de 875 mm répartie en 563 mm de pluie et 311 cm de neige annuellement. La température moyenne du mois le plus chaud, juillet, est de 180 C tandis que janvier est le mois le plus froid avec -150 C de température moyenne (Environnement Canada 1982).
La méthode utilisée est celle de l'"inventaire aérien contrôlée"
(Le Henaff et Martineau 1981) sauf que contrairement à d'autres travaux où les virées continues étaient espacées de 9 km (Paré et Huot 1985) ou de 8 km (Le Henaff et Hayeur 1981), nous avons choisi des virées espacées de 5 km, tel que recommandé pour ce type d'habitat (Le Henaff, com. pers., Hamel et Tremblay 1981, Paré et Huot 1981).
L'inventaire préliminaire fut réalisé en avion bimoteur de type DC-3 du gouvernement du Québec. Nous avons survolé systématiquement le territoire suivant des transects équidistants de 5 km orientés est-ouest, à une altitude variant de 100 à 350 m en fonction du relief, de la densité du couvert forestier et des conditions d'observation. La vitesse moyenne était d'environ 170 km/h et la navigation s'effectuait à l'aide de cartes topographies à l'échelle 1:250 000 (une copie pour les pilotes et
une copie pour le navigateur). Le plan de vol était rigoureusement respecté de sorte que même si des indices ou des caribous étaient aperçus, le trajet n'était pas modifié.
Le rôle de l'équipe du DC-3 était d'établir la cartographie de la distribution des indices, pistes et ravages de caribou. Les pistes d'orignal et, de loup étaient aussi cartographiées. Outre l'équipage composé d'un pilote et d'un copilote, cinq personnes participaient au travail dans le DC-3: quatre observateurs et un navigateur. Deux observateurs, un de chaque côté à l'arrière de l'avion, travaillaient pour une période d'une heure, avant
d'être remplacés par l'autre équipe de deux observateurs pour le même temps d'observation. Le navigateur se tenait dans la cabine de pilotage, tout juste derrière le pilote de façon à suivre le plan de vol et à enregistrer sur les cartes de vol les informations pertinentes transmises par les observateurs. Ces trois personnes étaient reliées ensemble par un système d'intercommunication. Après la journée de vol, les indices de caribou enregistrés étaient transcrits sur une autre série de cartes à l'échelle 1:250 000 afin de circonscrire des secteurs de contrôle pour la vérification par l'équipe de l'hélicoptère le lendemain, dans la mesure du possible.
Un hélicoptère à long rayon d'action, un Bell 206B du gouvernement du Québec, fut utilisé pour survoler, vérifier et identifier chaque indice de présence de caribou. Un navigateur/observatuer et un observateur prenaient place à l'avant et à l'arrière du même côté de l'appareil. Chaque site était survolé à environ 250-300 m du sol pour vérifier si l'on était effectivement en présence d'indices de caribou. En présence de pistes et/ou de ravages de caribou, le navigateur/observateur cartographiait le réseau de pistes. Puis, à plus basse altitude, les pistes les plus fraîches étaient survolées pour déterminer la présence d'animaux. En présence d'un groupe de caribous, le pilote manoeuvrait de façon à tenter de diriger les bêtes sur un lac assez grand pour permettre le dénombrement et le rapport des sexes. Le sexe était déterminé par l'observation de la présence de la tâche vulvaire chez les femelles ou l'observation des parties génitales extérieures chez les mâles lorsque poursuivis par l'hélicoptère (Le Henaff et Hayeur 1981).
SAEF DFT SCF
DFT SAEF SCF SCF
Selon la taille, nous avons séparé les animaux en deux classes seulement : adultes et veaux.
EQUIPE DE TRAVAIL
SERVICE PERIODE
PILOTES DC-3 Gaston Audy
Lionel Deraps 14.1TQ
HELIOOPTERE George MacLean Ronald Robert
NAVIGATEURS/OBSERVATEURS - DC-3 François Barnard
Aidée Beaumont Gilles Bélisle Pierre Bertrand Jacques Duval Didier Le Henaff Mario St-Pierre Pierre Tanguay Alain Veilleux
NAVIGATEURS/OBSERVATEURS - HELICOPTERE
François Barnard SAEF
Pierre Bertrand SAEF
Denis Guay SAEF
Didier Le Henaff DFT
RÉSULTATS ET DISCUSSION
L'inventaire préliminaire en DC-3 s'est déroulé sur une période de quatre jours, les 4, 5, 7 et 8 mars 1987. Un total de 25 heures 40 minutes de vol furent nécessaires pour l'observation le long des transects et pour parcourir la distance entre la base de Baie-Comeau et le secteur d'inventaire. Les transits Québec/Baie-Comeau/Québec effectués les 3 et 9 mars ont nécessité 3 heures 20 minutes de vol.
La vérification des indices en hélicoptère s'est déroulée en quatre jours, les 7, 8, 9 et 10 mars 1987. Un total de 21 heures de vol furent consacrées à ce travail à partir de la base de Baie-Comeau. Par ailleurs, le parcours Québec/Baie- Comeau/Québec s'est fait le 3 mars et a nécessité 2 heures 35 minutes de vol. A la fin de l'inventaire, l'hélicoptère s'est dirigée vers Sept-îles pour du travail avec les agents de conservation de la faune et le temps de transit pour Sept-Iles ainsi que le retour à Québec n'a donc pas été calculé dans les coûts du projet.
L'évaluation des coûts de l'inventaire se lit comme suit:
.Nolisement DC-3 (29h x 240./h) 6 960 $ .Nolisement Hélicoptère (23h35 x 240./h) 5 660 $ .Dépenses du personnel (Héberg., repas) 4 700 $ .Salaires (Base de 115./per./jour) 8 000 $
.Divers 300 $
TOTAL 25 620 $
Mentionnons que cette évaluation des coûts tient compte de tous les participants à l'inventaire (MLCP, MTQ et MER), des journées d'arrivée et de départ de Baie-Comeau ainsi que des jours d'attente. Le partage des dépenses se fait donc entre chaque ministère et service concerné. De plus, les coûts d'essence et d'entretien mécanique des appareils du MTQ n'ont pas été calculés ici.
Dans l'ensemble, les conditions atmosphériques étaient acceptables pour l'observation quoique la visibilité laissait parfois à désirer en début et fin de journée. Les vents étaient la plupart du temps moyens et la quantité de neige au sol très faible, évaluée entre 40 et 60 cm. La dernière chute de neige d'importance datait de plus d'un mois.
Tous les indices où les observateurs du DC-3 pouvaient douter de la présence de caribous ont été vérifiés. En raison de la faible accumulation de neige au sol, plusieurs grands ravages d'orignal ont été confondus pour du caribou par l'équipe du DC-3. Par
1 •
contre, lors de la vérification en hélicoptère, aucun doute ne persistait quant à l'origine des pistes: les cratères d'alimentation des caribous étant bien visibles dans les éricacées.
Un total de dix-huit (18) sites fréquentés par le caribou furent repérés et cartographiés (Figure 3). En raison de la forêt parfois dense et du peu de neige au sol, la délimitation exacte des ravages était souvent difficile. La facilité pour les animaux à se déplacer, la grande quantité de vieilles pistes et la difficulté de facilement séparer les réseaux récents en raison des vents qui avaient balayé le sol ont amené la délimitation de sites très étendus à certains endroits. Les ravages sont tous situés en forêt mature non perturbée.
De ces dix-huit (18) sites, trois (3) furent seulement cartographiés et n'ont pas fait l'objet d'une recherche intensive d'animaux en raison de leur position à l'extrême ouest du secteur inventorié, d'un problème d'approvisionnement en essence et du fait qu'ils sont situés dans la zone de chasse 18 ouest.
Nous avons donc survolé plus intensivement quinze (15) sites.
Nous avons dénombré des caribous dans seulement six (6) de ces quinze (15) sites pour un total de cinquante-et-un (51) animaux vus. Pour les raisons énumérées plus haut, à savoir le couvert forestier souvent dense, la quantité faible de neige et la grande facilité de déplacement des animaux, des précipitations récentes inexistantes et de la difficulté à séparer les vieux réseaux de pistes de ceux plus frais, nous n'avons trouvé aucun caribou dans
11.
neuf (9) des quinze (15) sites survolés même si leur présence était évidente à chacun de ces endroits.
Dans ces conditions, il est difficile d'avancer un chiffre absolu de densité à partir des résultats obtenus dans seulement six (6) ravages sur les quinze (15) sites visités. Au départ, même lorsque des animaux sont dénombrés dans un ravage, nous estimons sous-évaluer de 30 à 40% leur nombre dans les conditions rencontrées cet hiver. Les caribous semblaient se répartir surtout en petits groupes et se cachaient très bien en forêt, tout en étant très difficiles à rabattre avec l'hélicoptère vers des endroits ouverts pour réaliser un décompte plus systématique.
De récents travaux de télémétrie effectués dans la région de Val.
D'Or, où les conditions d'habitat et de quantité de neige au sol sont, sensiblement les mêmes, tendent à confirmer nos observations (M. Paré, com. pers.). En effet, des animaux munis de colliers émetteurs étaient souvent difficiles à repérer visuellement même lorsque le site et le groupe auxquels ils étaients associés étaient bien connus et documentés. On avance que dans de telles conditions, il est probable que l'on sous-évalue le nombre d'animaux associés à chaque ravage.
Si l'on accepte l'hypothèse que 30 à 40% des caribous nous ont échappé lors du décompte dans les ravages où l'on a effectivement dénombré des animaux, notre évaluation serait donc de 66 à 71 caribous dans six (6) ravages pour une moyenne entre 11 et 12 bêtes par site. Dans cette même logique, on peut, par la suite, faute de données additionnelles plus complètes, reporter ce
1 •
chiffre moyen d'animaux par ravage au nombre de sites dénombrés et évaluer grossièrement la population. Pour le secteur inventorié, c'est-à-dire dix-huit (18) ravages, on peut avancer qu'il y a entre 198 et 216 caribous pour une densité aux alentours de 1 caribou/100 km2 . En ce qui a trait à la zone 18 est proprement dite, nous y avons dénombré quatorze (14) ravages, ce qui nous donnerait une évaluation de la population oscillant entre 154 et 168 bêtes.
Sur les cinquante-et-un (51) caribous observés, quatre (4) ont été classés comme étant des veaux. Un groupe de vingt-quatre (24) adultes n'ont pu être sexes en raison d'un couvert forestier dense, de plans d'eau particulièrement petits à proximité du ravage et de l'inexpérience du navigateur/observateur. Des vingt-trois (23) caribous adultes restants, dix-sept (17) étaient des mâles et six (6) des femelles. Cette grande proportion de mâles (74%) laisserait supposer, en temps normal, une quantité aussi élevée de femelles ailleurs sur le territoire et qu'on aurait grandement sous-évalué notre densité de population. Comme
notre échantillon est très restreint (n=23) et qu'autant d'animaux n'ont pu être sexés (n=24), nous ne pouvons avancer d'explications à ce débalancement dans le rapport des sexes chez les adultes.
13.
CONCLUSIONS
Nos objectifs fixés au début de cet inventaire de caribou sont atteints:
- l'emplacement des sites d'hivernement a été cartographié;
- la délimitation de ces aires d'hivernement a été effectuée;
- le nombre d'individus par groupe a été déterminé pour six groupes et un estimé moyen pour l'ensemble des dix-huit groupes a été avancé;
- le niveau de population est évalué pour le secteur à l'étude ainsi que pour la zone 18 est.
8.1 Chasse sportive
Nous sommes en mesure d'affirmer que la densité de caribous au sud du 500 parallèle est faible et ne semble pas en expansion.
Considérant la situation actuelle du cheptel, il n'est pas possible d'instituer une chasse au caribou dans la zone 18 est, même selon la formule proposée par les pourvoyeurs de la région, soit une chasse réservée aux clients des pourvoyeurs où le nombre de permis serait contingenté.
14.
8.2 Exploitation forestière
Nous constatons qu'en hiver, les caribous n'occupent que des secteurs de forêt mature non perturbée et que le choix de sites d'hivernement favorables est restreint en raison d'opérations forestières d'envergure depuis une trentaine d'années. Il est fort probable que ces groupes d'animaux occupent sensiblement le même territoire à l'année sans effectuer de migrations saisonnières importantes comme les grands troupeaux nordiques (Darby et Pruitt 1984).
On considère qu'en hiver, et surtout vers la fin de la saison difficile, que les lichens arboricoles sont très importants et même essentiels dans l'alimentation quotidienne du caribou
(Andreev 1954, Scotter 1967, Freddy 1974, Layser 1974). En hiver, les lichens arboricoles représentent une partie importante des rumens de caribou en Gaspésie (Rivard 1978), à Terre-Neuve (Bergerud 1972), en Ontario (Simkin 1965), en Colombie- Britannique (Bloomfield 1979), dans les Territoires du Nord-Ouest (Miller 1974) et aux Etats-Unis (Davis 1980). Il semble donc essentiel de conserver intacts les sites d'hivernement constitués de forêt mature.
Selon Simpson et al (1985), l'exploitation forestière pourrait apporter une source alimentaire au début de l'hiver. Plusieurs auteurs, par contre, affirment qu'aucune exploitation forestière ne devrait s'effectuer dans les ravages (Bergerud 1978, Stevenson 1979, Darby et Duquette 1985). De l'avis d'Andreew (1954), à long terme les coupes dans les forêts
15.
matures réduisent la disponibilité alimentaire dans les aires utilisées en hiver. Stevenson (1979) avance que même la coupe sélective dans les aires d'hivernement n'est pas souhaitable mais évidemment plus acceptable à long terme que la coupe à blanc totale. Darby et Duquette (1985) suggèrent des coupes à blanc de grande superficie (130 à 500 ha) en périphérie d'un ravage plutôt qu'une exploitation par bandes (<130ha) sur une plus grande superficie dans le ravage. Ces chercheurs suggèrent une zone tampon intégrale de protection d'au moins 2 km en périphérie des ravages. En ce sens, Alexander (1974) affirme que l'exploitation forestière favorise la pénétration accrue des vents, ce qui provoquerait une chute plus intense des arbres en périphérie des aires de coupe.
Aucun ravage ne fut repéré dans des secteurs récents de coupe quoique certaines pistes isolées ont pu être observées les traversant. Contrairement à l'orignal qui bénéficie à moyen terme de l'exploitation forestière, en raison de la regénération en feuillus, le caribou quitte définitivement ces sites (Darby et Duquette 1985). En raison de l'importante exploitation forestière passée et à venir dans le secteur inventorié, il nous paraît juste d'affirmer que la population de caribous est de plus en plus marginale.
Nous ne prévoyons pas de redressement de la situation dans un avenir rapproché en raison de la perte constante d'habitat d'hiver. Afin de conserver le cheptel actuel, il est essentiel d'éviter les perturbations à l'intérieur et en bordure des sites d'hivernement de ces groupes de caribous.
16.
REOC MANDATIONS
Cet inventaire a démontré l'état précaire de la population de caribous dans ce secteur.
Nous recommandons donc:
- que la chasse continue d'y être interdite jusqu'à ce qu'il y ait une nouvelle évaluation de la situation;
- que l'exploitation forestière à proximité des sites d'hivernement soit assujettie à des prescriptions précises afin de protéger l'habitat essentiel et qu'une entente officielle intervienne à cet effet entre le MLCP et le
- qu'un inventaire triennal soit institué pour cette zone afin de réévaluer régulièrement la situation.
17.
tiens à remercier particulièrement René Nault pour son intérêt et son implication dans le projet ainsi que Didier Le Henaff,
pour sa participation active et intéressée et pour ses nombreux commentaires et suggestions.
De plus, ce travail n'aurait pu être mené à terme sans collaboration précieuse des employés des services suivants:
-Service aérien du ministère des Transports
-L'Unité de gestion Hauterive du ministère de l'Energie et des Ressources
-Direction de la faune terrestre
-Service régional de la Conservation de la faune, Poste de Baie- Comeau
-Service régional l'Aménagement et de l'exploitation de faune Côte-Nord
Je tiens également à remercier madame Andrée Ruest pour dactylographie du texte.
18.
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