Table des mati`eres
Chapitre 1. Techniques simpliciales 5
1. Objets simpliciaux 6
1.1. Les cat´egoriesOrdet ∆ 6
1.2. Objets (co)simpliciaux 7
1.3. Objets simpliciaux libres 8
1.4. La cat´egorieS=∆opSetdes espaces 8
2. S versusTop, et r´ealisations en g´en´eral 10
2.1. L’adjonction entreS etTop 10
2.2. R´ealisations g´en´erales associ´ees `a un objet cosimplicial 11
2.3. Applications 12
2.4. La cat´egorieS et les espaces classifiants 13
3. La cat´egorieS∗ 16
4. ∆opA,Aab´elienne 16
4.1. Le foncteur de Moore 16
4.2. Complexe normalis´e 16
4.3. La correspondance de Dold-Kan et le foncteurK:C+(A)−→∆opA 17 5. Homotopie simpliciale : quelques d´efinitions et leurs probl`emes 18
5.1. Le foncteurπ0s 18
5.2. Homotopies simpliciales 18
5.3. Homotopie sup´erieure 19
6. Fibrations de Kan 21
6.1. D´efinitions 21
6.2. Exemples 21
6.3. Propri´et´es des fibrations et objets fibrants 23
7. Cat´egories de mod`ele `a engendrement cofibrants 26
7.1. Argument du petit objet 26
7.2. Engendrement cofibrant 28
7.3. Comment construire une cat´egorie de mod`ele `a engendrement cofibrant ? 28
7.4. Exemples 28
7.5. Comment promouvoir une structure de cat´egorie de mod`ele ? 29
7.6. Probl`emes ensemblistes 29
8. S comme cat´egorie de mod`ele `a engendrement cofibrant 29
9. Le remplacement fibrant Ex∞ de Kan 31
9.1. Subdivision dansS 31
1
10. Cat´egories de mod`eles simpliciales 32
10.1. Cat´egorie simpliciale 32
10.2. Cat´egorie de mod`ele simpliciale 33
Chapitre 2. (Co)limites homotopiques 35
1. Limites et colimites homotopiques : le probl`eme 36
1.1. Le foncteur constant 36
1.2. Homotopies et (co) limites 36
2. La structure projective sur les cat´egories de diagrammes 38
2.1. Exemple : le pushout homotopique 38
2.2. Complexes cellulaires dansCD 39
Chapitre 3. Le site Nisnevich 41
1. (Pr´e)topologies de Grothendieck 42
1.1. Topologies de Grothendieck 42
2. Faisceaux sur un site 43
2.1. Sections d’un pr´efaisceau sur un crible 43
2.2. Faisceaux 44
3. Foncteurs fibres 45
4. Topologie de Nisnevich 46
4.1. D´efinitions ´el´ementaires 46
4.2. Recouvrement fini 47
5. Fonctorialit´e des petits sites Nisnevich 48
6. Foncteurs fibres pour la topologie Nisnevich 48
6.1. Le casX = Speck,kcorps 48
6.2. Le cas g´en´eral 48
7. Anneaux locaux pour la topologie Nisnevich 50
7.1. Rappels sur les anneaux henseliens 50
7.2. Anneaux locaux pourXNis 51
8. Le grand site Nisnevich 51
9. Caract´erisation des faisceaux Nisnevich 52
10. Cohomologie Nisnevich 53
10.1. Fonctorialit´e 53
10.2. Propri´et´e de Mayer-Vietoris g´en´eralis´ee 54
10.3. Un th´eor`eme d’annulation 54
Chapitre 4. Structures de mod`eles sursPreSh(XNis) 57
1. (Co)localisations 58
1.1. Foncteur de localisation 58
1.2. Version duale : la colocalisation 59
1.3. Exemple : la localisation des anneaux 59
1.4. Exemple : localisation homologique en topologie 60
2. Localisation et cat´egories de mod`eles 60
TABLE DES MATI `ERES 3
2.1. Le formalisme des cat´egories de mod`eles comme palliatif `a l’absence de (co)localisation 60
2.2. Localisation d’une cat´egorie homotopique 61
2.3. Localisation d’une cat´egorie de mod`ele 61
3. Structures de cat´egories de mod`eles globales sur les pr´efaisceaux simpliciaux 63
3.1. La structure projective 63
3.2. La structure flasque 64
3.3. La structure injective 64
3.4. Comparaison 65
4. Structures de cat´egories de mod`eles locales sur les pr´efaisceaux simpliciaux 65
4.1. Equivalences faibles locales 65
4.2. D´efinition des structures de mod`eles locales 68
4.3. Hyperrecouvrements et descente 69
4.4. Les cat´egories de mod`eles locales comme localis´ees et objets fibrants locaux 69
4.5. Champs 69
5. La cat´egoriesPreSh(XNis) 70
5.1. La propri´et´e de Brown-Gersten 70
5.2. Le th´eor`eme de Brown-Gersten 71
CHAPITRE 1
Techniques simpliciales
5
Le but de ce chapitre est de donner une introduction `a la cat´egorieS des ensembles simpliciaux §, encores appel´es espaces.
(a) On dispose d’une adjonction naturelle
Soo //Top
dont on montre qu’elle est de Quillen pour une structure de mod`ele naturelle surS. La cat´egorie S doit ainsi ˆetre pens´ee comme une version combinatoire agr´eable `a manipuler deTop.
(b) La cat´egorieS contient comme sous-cat´egorie pleine la cat´egorieCatdes petites cat´egories. Elle est donc le monde naturel o`u ´etudier les g´en´eralisations de la notion de cat´egorie : c.f. la th´eorie des quasi-cat´egories (Joyal).
(c) Enfin le monde simplicial permet de construire naturellement des structures de mod`eles sur de nombreuses autres cat´egories. Nous nous int´eresserons plus tard `a la cat´egorie des pr´efaisceaux en ensembles simpliciaux sur un site.
1. Objets simpliciaux 1.1. Les cat´egories Ord et ∆.
D´efinition 1.1.1. (a) On noteOrdla cat´egorie dont les objets sont les ensembles finis ordonn´es et les morphismes les applications pr´eservant l’ordre.
(b) On note∆la petite cat´egorie sous-cat´egorie pleine deOrddont les objets sont les ensembles fini [n] ={0<1<· · ·< n} , n∈N .
Bien-sˆur la cat´egorie ∆ est un «mod`ele petit» de Ord: la cat´egorie ∆ est petite et le foncteur d’inclusion∆⊂Ordest essentiellement surjectif pleinement fid`ele, donc une ´equivalence de cat´egorie.
1.1.1. Description combinatoire de ∆. On d´efinit
di: [n−1]−→[n] , ,0≤i≤n le morphisme de∆´evitanti (applications faces);
si: [n]−→[n−1] , ,0≤i≤n−1 le morphisme de∆identifiantieti+ 1 (applications cod´eg´en´erescence).
Ces morphismes satisfont lesidentit´es cosimpliciales : djdi=didj−1 (i < j) , (1)
sjdi=
disj−1 (i < j) Id (i=j, j+ 1) di−1sj (i > j+ 1) (2)
sjsi=si−1sj (i > j).
(3)
De plus ces morphismes engendrent∆. Plus pr´ecis´ement :
Lemme 1.1.2 (de r´e´ecriture). Soit f : [m] −→ [n] ∈∆. Il existe des uniques entiers k, l ∈ N avec m−l+k=net des uniquesn−l > i1> i2>· · ·> il≥0et 0≤j1<· · ·jk< m tels que :
f =djk· · ·dj1sil· · ·si1 .
1. OBJETS SIMPLICIAUX 7
1.1.2. ∆⊂Cat. Un point de vue important consiste `a consid´erer∆comme sous-cat´egorie pleine de Cat: l’objet [n] est vu comme la cat´egorie finie
∆•[n] ={0→1→ · · · →n} , et Hom∆([m],[n]) s’identifie bien `a HomCat(∆•[m],∆•[n]).
1.2. Objets (co)simpliciaux.
D´efinition 1.2.1. Soit C une cat´egorie.
(a) Un objet cosimplicial dans C est un foncteur X : Ord−→ C, c’est-`a-dire un C-pr´efaisceau sur Ordop. De mani`ere ´equivalente, c’est un foncteur X : ∆−→ C c’est-`a-dire unC-pr´efaisceau sur
∆op.
(b) Un objet simplicial dansC est un foncteurX :Ordop−→ C, c’est-`a-dire un pr´efaisceau surOrd.
De mani`ere ´equivalente c’est un foncteurX :∆op−→ C, c’est-`a-dire unC-pr´efaisceau sur∆.
D´efinition 1.2.2. On notera ∆C = C∆ = co− C la cat´egorie des objets cosimpliciaux dans C, et
∆opC=C∆op =sC la cat´egorie des objets simpliciaux dans C.
En tant que cat´egories de pr´efaisceaux,∆Cet∆opCont les limites et les colimites existantes dansC.
1.2.1. Description combinatoire des objets simpliciaux. De la description combinatoire de∆on d´eduit la description combinatoire d’un objet simplicial :
D´efinition 1.2.3. Un objet X ∈ ∆opC est la donn´ee d’une suite X•, • ∈ N, d’objets de C et d’applications
di:Xn−→Xn−1, 0≤i≤n, (applications faces)
si:Xn−1−→Xn, 0≤i≤n−1, (applications de d´eg´en´erescence) v´erifiant lesidentit´es simpliciales
didj =dj−1di (i < j) , (4)
disj =
sj−1di (i < j) Id (i=j, j+ 1) sjdi−1 (i > j+ 1) (5)
sisj =sjsi−1 (i > j).
(6)
Une application simpliciale f : X• −→ Y• entre objets simpliciaux est une collection de fl`eches de C commutant avec lesdi et les si.
Visuellement, on peut donc repr´esenter un objet simplicial par
X0 s0
//X1
d1
oo
d0
oo s0 //
s1
//
X2 d2
oo
d1
oo
d0
oo s0 //
s1
//
s2
//
· · ·
d3
oo
d2
oo
d1
oo
d0
oo
.
1.2.2. Remarque de notations. On notera parfoisX•un objetX de∆C etX• un objetX de∆opC.
On note alorsXn =X([n]) =X•[n] (resp.Xn =X([n]) =X•[n]).
1.3. Objets simpliciaux libres. On note encore N la cat´egorie dont les objets sont les entiers naturels et les seules fl`eches sont les identit´es des objets. On dispose d’un foncteur naturelN−→∆, qui a un objetn∈Nassocie [n]∈∆. CommeN≃Nop on a aussi un foncteur naturelN−→∆op.
En nous concentrant sur le cas simplicial, le foncteur N −→ ∆op induit un foncteur d’oubli O :
∆opC −→ CN, qui a objet simplicialX·associe la suite (Xn)n∈N. Lemme 1.3.1. On dispose d’une adjonction naturelle
Free:CN //
∆opC:O
oo .
Nous donnerons la construction deFreedans le casC=Set.
1.4. La cat´egorie S =∆opSet des espaces. Dor´enavant, un ensemble simplicial sera appel´e un
«espace», et on noteraS la cat´egorie∆opSetdes espaces.
D´efinition 1.4.1 (Simplexes, faces et d´eg´en´erescence). Soit X∈ S. (a) Un ´el´ementx∈Xn s’appelle unn-simplexe deX.
(b) Toute image de x ∈ Xn par une it´eration arbitraire (possiblement aucune) de morphismes de faces est appel´e une face de x.
(c) Toute image dex par une it´eration arbitraire (possiblement aucune) de morphismes de d´eg´en´e- rescence est appel´e une d´eg´en´erescence dex.
(d) Le simplexexest dit non-d´eg´en´er´e s’il n’est d´eg´en´erescence que de lui-mˆeme.
(e) X est dit fini s’il n’a qu’un nombre fini de simplexes non-d´eg´en´er´es.
Lemme 1.4.2. Soit X ∈ S et x∈ Xn. Il existe un unique triplet (k ∈ N,(n > i1 > i2 >· · ·ik ≥ 0), y∈Xn+k non-d´eg´en´er´e)tel quex=si1· · ·sik(y).
D´emonstration. Pour l’existence : soit x est non-d´eg´en´er´e et on pose x = y et k = 0. Sinon, x = sj1(x′). Par it´eration on obtient x = sj1· · ·sjk(y) avec y non-d´eg´en´er´e. On r´eordonne les indices comme souhait´e grˆace `a la relationsisj =sj+1si sii≤j.
Pour l’unicit´e supposons
si1· · ·sik(y) =sj1· · ·sjl(y′) aveck≤l.
Doncy=dik· · ·di1sj1· · ·sjl(y′). Grˆace aux r`egles de commutation des disj on en d´eduit y=sp1· · ·spl′dq1· · ·dqk′(y′) ,
avecl′ ≤l,k′ ≤ket k−k′ =l−l′. Commeyest non-d´eg´en´er´e on obtientl′= 0, puisl=k−k′≥kpar hypoth`ese donc k’=0, donck=l ety=y′. Finalement on conclut
{i1,· · ·ik}={j1,· · ·jk}
d’apr`es le lemme de r´e´ecriture.
Corollaire1.4.3. Etant donn´e un ensemble de simplexesS d’un espaceX ∈ S, l’espaceY =< S >
engendr´e par S est bien d´efini.
1. OBJETS SIMPLICIAUX 9
1.4.1. Construction du foncteurFree:SetN−→ S. Soit (Xn)n∈N∈SetN. On pose
Free((Xk)k∈N)n =
mots de la forme
xpourx∈Xn
si1· · ·sildj1· · ·djkx, pourx∈Xm
m−l+k=n,
n−l > i1> i2>· · ·> il≥0, 0≤j1<· · ·jk < m
et les applications de faces et d´eg´en´erescence sont donn´es par le lemme de r´e´ecriture. On v´erifie facilement queFreeest bien adjoint `a gauche du foncteur d’oubliO:S −→SetN.
Lemme 1.4.4. Tout X ∈ S est quotient d’un espace libre par une relation d’´equivalence (pr´eservant la structure simpliciale).
D´emonstration. SoitX•∈ S. Notons
φ:Free((Xn)n∈N)−→X ∈ S
l’unique morphisme induisant par adjonction l’identit´e des Xn, n∈ N. D’apr`es le lemme de r´e´ecriture, l’image deφest X. On posex∼y∈Xn siφn(x) =φn(y), c’est une relation d’´equivalence compatible `a
la structure simpliciale etX =Free((Xn)n∈N)/∼.
1.4.2. Len-simplexe standard ∆[n], bord et cornets.
D´efinition 1.4.5. On appelle n-simplexe standard ∆[n] = Hom∆(·,[n])∈ S. Ainsi l’ensemble des k-simplexes ∆[n]k de ∆[n]n’est autre queHom∆([k],[n]). Cet ensemble contient exactement
n+ 1 k+ 1
k-simplexes non-d´eg´en´er´es: ce sont les applications deHom∆([k],[n]) injectives.
On peut aussi d´ecrire ∆[n] comme l’espace libre engendr´e par un unique n-simplexe (not´eιn) :
∆[n] =Free(∅,· · · ,∅, ιn,∅ · · ·) . Lemme 1.4.6. Pour toutX ∈ S on a
HomS(∆[n], X)≃canoniqueXn .
D´emonstration. Pour le point de vue de la d´efinition??, c’est le lemme de Yoneda. Si on consid`ere
∆[n] comme espace libre sur un uniquen-simplexeιn, c’est une cons´equence du lemme d’adjonction.
D´efinition 1.4.7. On d´efinit ∂∆[n] ⊂ ∆[n] le sous-ensemble simplicial dont les k-simplexes non- d´eg´en´er´es sont les [k]֒→[n] distincts de l’identit´e.
D´efinition 1.4.8. On d´efinit le cornet Λr[n]⊂∂∆[n] comme le sous-ensemble simplicial engendr´e par lesk-simplexes non-d´eg´en´er´es[k]֒→[n]except´es l’identit´e et[n−1]−→dr [n].
G´eom´etriquement (voir plus loin),Λr[n]est l’´etoile ferm´ee du sommetr.
1.4.3. Les espaces comme colimites de simplexes standards. Commen¸cons par remarquer que comme la cat´egorieSetest (compl`ete et) cocompl`ete, il en est de mˆeme de la cat´egorieS.
Lemme 1.4.9. Soit D une cat´egorie petite. Tout pr´efaisceau F : Dop −→ Set est une colimite de foncteurs repr´esentables.
D´emonstration. D´efinissons la cat´egorieD/F dont les objets sont les morphismes de foncteurs α:hX = HomD(·, X)−→F
et les morphismes sont les diagrammes commutatifs de morphismes de foncteurs hX
α //
F
hY β //F .
On obtient un foncteur naturelD/F −→ DopSetqui `a un objetα:hX −→F associehX ∈ DopSet et `a un morphismef :α−→β associe le morphisme de foncteurhX −→hY. On v´erifie facilement que la colimite de ce foncteur, not´ee simplement
colimhX−→FhX ,
n’est autre queF∈ DopSet.
Remarques : Nous utiliserons plus loin qu’en faitDopSetest la cocompl´etion universelle deD.
Corollaire1.4.10. Soit X∈ S. Notons∆/X lacat´egorie des simplexes deX, dont les objets sont les fl`eches ∆[n]−→X deS avec les morphismes ´evidents. Alors
X = colim∆[n]−→X∆[n] .
1.4.4. Enrichissement de S. Notons que tout foncteur F : Set −→ C, o`u C d´esigne une cat´egorie quelconque, induit une extensionF :S −→∆opC. Nous consid`ererons en particulier le cas suivant. Soit Run anneau etR[·] :Set−→R−mod le foncteur qui `a un ensembleSassocie leR-module libre de base S. Nous noterons encore
R[·] :S −→∆opR−mod l’extension correspondante.
2. S versus Top, et r´ealisations en g´en´eral
Dans cette section on ´etudie une adjonction naturelle entre S et Top, qu’on g´en´eralise `a un cadre abstrait ensuite.
2.1. L’adjonction entre S et Top.
2.1.1. L’adjoint `a gauche : le foncteur«r´ealisation topologique».
D´efinition 2.1.1. Soit n∈N. Le n-simplexe topologique standard ∆n ∈Topest
∆n = (
(t0,· · ·, tn)∈[0,1]n+1 / X
i
yi= 1 )
⊂Rn .
D´efinition 2.1.2. On note ∆• :∆−→Topl’espace topologique cosimplicial qui `a[n]∈∆ associe
∆n.
2.S VERSUSTop, ET R ´EALISATIONS EN G´EN ´ERAL 11
D´efinition 2.1.3 (R´ealisation topologique d’un ensemble simplicial). SoitX ∈ S. La r´ealisation|X|
de X est l’objet deTop
|X|= (a
n
Xn×∆n)/∼ , o`u si(x, u)∈Xm×∆n etφ: [n]−→[m]∈∆ on identifie
(φ∗x, u)∈Xn×∆n∼(x, φ∗u)∈Xm×∆m . Exemple2.1.4. (a) ∆n=|∆[n]|.
(b) La r´ealisation |∂∆[n]|est hom´eomorphe `a∂∆n≃Sn−1.
(c) SoitSs1= ∆[1]/∂∆[1]le cercle simplicial. Sa r´ealisationSs1 est hom´eomorphe au cercleS1. 2.1.2. L’adjoint `a droite : le foncteur«complexe singulier».
D´efinition 2.1.5. Soit Y ∈Top. On d´efinit le complexe singulier Sing(Y)∈ S par Sing(Y)n= HomTop(∆n, Y) .
Commeƥ est un espace cosimplicial, Sing(Y)est bien un ensemble simplicial.
2.1.3. L’adjonction entre S etTop.
Lemme 2.1.6. La paire
| · |:Soo //Top: Sing est une adjonction.
D´emonstration. C’est un exercice. Cette adjonction donne naissance aux fl`eches canoniques
X −→ Sing(|X|)
x∈Xn −→ {∆n−→(x,·)Xn×∆n−→ |X|)∈Sing(X)n} ,
et |Sing(Y)| −→ Y
(y, u)∈Sing(Y)n×∆n −→ y(u)∈ Y
2.2. R´ealisations g´en´erales associ´ees `a un objet cosimplicial.
D´efinition 2.2.1. Soit C une cat´egorie cocompl`ete etφ:∆−→ C un objet cosimplicial. On d´efinit le foncteur de r´ealisation| · |φ:S −→ C par
|X|φ:= colim∆[n]−→Xφ([n]) .
Exemple2.2.2. – Notons ∆[•] :∆−→ S l’espace cosimplicial qui `a[n] associe∆[n]. Sa r´eali- sation | · |∆[•]:S −→ S est juste le foncteur identit´e.
– La r´ealisation| · |∆• :S −→Topn’est autre que la r´ealisation usuelle.
L’existence d’un adjoint `a droite au foncteur de r´ealisation est alors un fait g´en´eral :
Proposition2.2.3. Soit C une cat´egorie cocompl`ete. La cat´egorie∆Cdes objets cosimpliciaux de C est naturellement ´equivalente `a la cat´egorie des adjonctions Soo //C. On notera
A•⊗ ·:S oo //C: SingA• l’adjonction associ´ee `a un objet cosimplicial A•∈∆C.
D´emonstration. – Notons d’abord que si on dispose d’une adjonction F :S oo //C:U ,
on d´efinit un objet cosimplicial de∆C par
∆−→ S∆[·] −→ CF . – R´eciproquement soitA•∈∆C.
(a) On d´efinit
A•⊗ ·:S −→ C en posantA•⊗X ∈ C l’image deA·∈∆C par
∆Crestriction
−→ C∆/X colim−→ C .
Comme Id∆[n] est cofinal dans∆/∆[n] on a canoniquementA•⊗∆[n]≃A•[n].
(b) On d´efinit SingA• :C −→ S par (SingA•(Y))n = HomC(A•[n], Y).
On a alors
HomC(A•⊗X, Y) = HomC(colim∆/XA•[n], Y)≃ lim
∆/XHomC(A•[n], Y)
= lim
∆/XHomS(∆[n],SingA•(Y))≃HomS(colim∆/X∆[n],SingA•(Y))
≃HomS(X,SingA•(Y)) .
2.3. Applications.
2.3.1. Hom-interne dans S. SoitX ∈ S. Cet objetX d´efinit un objet cosimplicialX×∆[•]∈ S∆. Bien-sˆur :
(X×∆[·])⊗Y = colim∆/Y(X×∆[n]) =X×Y . D’apr`es la section pr´ec´edente, ce foncteur admet un adjoint `a droite :
HomS(X,·) :S −→ S d´efini par
HomS(X, Y) := HomS(X×∆[·], Y) . Corollaire2.3.1. La cat´egorie S est munie d’un Hom-interne.
2.3.2. Le foncteur nerfN :Cat֒→ S. Consid´erons le plongement∆֒→Cat, c’est un objet cosim- plicial∆•∈Cat∆. On d´eduit de la section pr´ec´edente une adjonction
∆•⊗ ·:Soo //Cat: Sing∆• =N .
Le foncteurN, appel´efoncteur nerf, associe `a une cat´egorieCl’ensemble simplicial NC•= HomCat(∆•,C) ,
dont l’ensemble desn-simplexesNCn est l’ensemble desn-uplets de fl`eches composables deC c0→c1→ · · · →cn .
Clairement le foncteurN :Cat−→ S est pleinement fid`ele.
2.S VERSUSTop, ET R ´EALISATIONS EN G´EN ´ERAL 13
2.4. La cat´egorieS et les espaces classifiants. Dans cette section on montre que la construction du classifiant d’un groupe discret (plus g´en´eralement d’un groupe topologique) se fait tr`es naturellement dansS (resp. dans la cat´egorie∆opTopdes espaces topologiques simpliciaux).
SoitGun groupe topologique (on prendraGgroupe de Lie connexe ou groupe discret). SoitM un espace topologique.
D´efinition 2.4.1. UnG-fibr´e principal surM est P−→π M avec : (1) uneG-action P×G−→P,
(2) une trivialisation locale de cette action :
∀x∈M,∃U ∋x / π−1(U)≃ϕ U ×G , tels que
π(ug) =π(u) ϕ(ug) =ϕ(u)g
Exemple2.4.2. (a) π:G−→ {∗}est unG-fibr´e principal trivial.
(b) Si M est une vari´et´e lisse, le fibr´eP(M) des bases de T M est un GL(n,R)-fibr´e principal. Si M est une vari´et´e riemannienne le fibr´e P1(M)des bases orthonorm´ees deT M est unO(n)-fibr´e principal.
(c) le revˆetement universelM˜ −→M est unπ1(M)-fibr´e principal.
Les G-fibr´es principaux forment naturellement une cat´egorie, un morphisme ´etant un diagramme commutatif d’applications fibr´ees
P //
Q
M //N
.
On obtient ainsi un foncteur
BunG:Topop−→Set
qui `a un espaceM ∈Topassocie l’ensembleBunG(M) des classes d’isomorphismes deG-fibr´es de base M.
Ce foncteur factorise via la cat´egorie homotopique
Fn:Ho(Top)op−→Set , comme corollaire du
Lemme 2.4.3. Soit f0, f1:N −→M deux applications homotopes et p:P −→M unG-fibr´e. Alors f0∗P ≃f1∗P.
Th´eor`eme2.4.4. Le foncteurBunG:Ho(Top)op−→Setest repr´esentable. On note EG−→BG la classe d’homotopie du G-fibr´e principal universel de base l’espace classifiantBG.
On peut donner diff´erentes constructions de repr´esentants deEG−→BG. Citons en deux.
(1) Construction g´eom´etrique : Dans le cas o`u G = GL(n,C), notons Grqn la grassmannienne des n-plans deCq. C’est naturellement une vari´et´e lisse compacte.
SoitVnq −→Grqnla vari´et´e de Stiefel desn-uplets libres deCq, c’est unGL(n,C)-fibr´e principal.
On dispose d’un diagramme commutatif naturel : Vnq
//Vnq+1
Grqn //Grq+1n
.
On r´ealise alors
BGL(n,C) =[
q
Grqn=Grn(C∞) et
EGL(n,C) =[
q
Vnq leGL(n,C)-fibr´e principal surBGL(n,C)(n).
Cette construction se g´en´eralise ais´ement `a d’autres groupes de Lie.
Corollaire2.4.5. H2∗+1(BG,Z) = 0.
(2) Construction cat´egorique : Le formalisme simplicial s’´etend au cadre topologique : si TopCat d´esigne la cat´egorie des petite cat´egories topologiques (i.e. enrichies en espaces topologique) on dispose encore deN :TopCat−→∆opTopet | · |:∆opTop−→Top.
NotonsG la cat´egorie topologique `a un objet, de morphismesGet Gela cat´egorie topologique d’objetsGet de morphismesG×G. On dispose d’un foncteur naturel
γ:G −→ Ge qui envoie un morphisme (g0, g1) surg0g1−1. On note
π=N(γ) :EG=N(G)e −→N(G) =BG . 2.4.1. Preuve du th´eor`eme de repr´esentabilit´e.
D´emonstration. Elle est tr`es jolie dans le formalisme cat´egorique.
SoitU = (Uα) un recouvrement deM. On d´efinit alorsMUla cat´egorie topologique avecObj(MU) =
`
αUαetM or(MU) =`
α0,α1Uα0∩Uα1o`u le coproduit se fait sur les pairesα0, α1telles queUα0∩Uα1 6=∅.
Remarquons que l’ensemble simplicialN MU est bien le nerf au sens usuel du recouvrementU : N MU(n) = a
(α0,···,αn)
Uα0∩ · · · ∩Uαn
o`u le coproduit est encore sur lesn-uplets tels queUα0∩ · · · ∩Uαn6=∅. En particulier siU ={M}alors MU s’identifie `aM vue comme cat´egorie topologique et|N M|=M.
Soit alorsπ:P−→M unG-fibr´e principal etU un recouvrement de M trivialisant pourP. Notons V le recouvrement deP pr´eimage deU. Remarquons que se donnerP revient `a se donner un diagramme
2.S VERSUSTop, ET R ´EALISATIONS EN G´EN ´ERAL 15
de foncteurs continus :
PV
gΨU
// eG
MU
ΨU
//G
,
o`u le foncteur ΨU est donn´e (sur les morphismes) par le cocycle, et le foncteur ΨfU est donn´e par la trivialisation. Le foncteurPV−→MU est d´eduit deP −→M.
On obtient alors le diagramme de cat´egories
P
PV
oo
gΨU
// eG
M MUoo
ΨU
//G
,
qui, par prise du nerf et de la r´ealisation donne P =|N P|
|N PV|
oo
gΨU
//EG
M =|N M| |N MU|oo
ΨU
//BG
.
Pour conclure, on d´emontre que la fl`eche|N MU| −→M est une ´equivalence d’homotopie pour tout
recouvrement trivialisantU.