FACULTÉ
DEMÉDECINE
ET DE PHARMACIE DEBORDEAUX
ANNÉE 1897-1898 102
D E
LA SYNT) A ITVIJi:
THÈSE POUR LE DOCTORAT EN MEDECINE
présentée et soutenue
publiquement le 15 Juillet 18 9 8
PAR
Bertrand
PI E H Et A IV
Né à Ygos (Landes), le 11 décembre 1869.
Examinateurs de la Thèse :
MM.PIÉGHAUD pu ... Président.
MASSE profe- eur....I BRAQUEHAYE agrège ; Juges.
MOURE chargédecours1
Le Candidat répondra aux questions
qui lui
serontfaites
surles
diverses parties de l'Enseignement
médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE DU MIDI — PAUL
CASSIGNOL
91 — RliE PORTE-DIJKAUX — 91
1898
Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M. DE NABIAS,doyen — M. PITRES, doyen honoraire.
PROFESSEURS
MM. MIGÉ ^
AZAM DUPUY MOUSSOUS
Professeurs honoraires.
MM.
Cliniqueinterne PICOT.PITRES.
DEMONS.
LANELONGUE.
Clinique externe Pathologie et théra¬
peutique générales.
YERGELY.
Thérapeutique ARNOZAN.
Médecine opératoire. MASSE.
Clinique d'accouche¬
ments N...
Anatomie pathologi¬
que COYNE.
Anatomie BOUCHARD.
Anatomie générale et
histologie VIAULT.
Physiologie JOLYET.
Hygiène LAYET.
AGRÉGÉS EN
skction de médecine (PatJtolog MM. MESNARD. |
CASSAET.
AUCHn.
MM.
Médecinelégale MORACHE.
Physique
BERGONIÉ.
Chimie BLAREZ.
Histoire naturelle ... GUILLAUD.
Pharmacie FIGUIER.
Matière médicale.... de NABIAS.
Médecine expérimen¬
tale FERRÉ.
Clinique ophtalmolo¬
gique BADAL.
Clinique desmaladies chirurgicales des en¬
fants, P1ÉCHAUD.
Clinique gynécologique BOURSIER.
Cliniquemédicaledes
maladies dis enfants A. MOUSSOUS, Chimiebiologique... DENIGES.
EXERCICE :
ie interneetMédecine légale.) MM. SABRAZÈS.
I,e DANTEC.
de chiku11gie et accouchements IMj
Pathologieexterne/
jAR.
AUD.
bRAQUEHAYÈ
Accouchements...(MM. RIVIERE.
G H AMBRE LENT
Anatomie,
sectiondes sciences anatomiquesetphysioi.ogiques
JMM. PRINCETEAU |
Physiologie MM. PACHON
1•••} CANNIEU. | Histoirenaturelle BEILLE.
section dessciencesphysiques
Physique MM.
SIGALAS. | Pharmacie M. BARTIIE.
Chimie etToxicologie N...
COURS COHPIiÉMKNTAIRFS :
Cliniquedes maladies cutanées et" syphilitiques• •
MM. DUBREUILH.
POUSSON.
MOURE.
RÉGIS.
RONDOT.
DENUCÉ.
RIVIÈRE.
DU POUY.
PACHON.
CANNIEU.
LAGRANGE.
N...
Clinique desmaladies desvoiesurinaires.
Maladies du larvnx, desoreillesetdu nez Maladies mentales
Pathologie interne Pathologieexterne Accouchements Chimie
Physiologie Embryologie Pathologie oculaire HydrologieetMinéralogie
LeSecrétaire de la Faculté LEMAIRE.
Par délibération du 5 août1879,la Facultéaarrêté que les opinions émises dans les
Thesesquiluisontprésentées doivent êtreconsidérées commepropres àleurs auteurs, et qu'elle n'entend leur donner niapprobation niimprobation.
A LA MÉMOIRE DE MON PÈRE ET DE MON ONCLE
A MA MÈRE
A MA SŒUR, A MON
BEAU-FRÈRE
A MES PARENTS
A MES MAITRES
A MES AMIS
A mon Président de Thèse
MONSIEUR LE DOCTEUR
T. PIÈCEAUD
PROFESSEUR DE CLINIQUE CHIRURGICALE
INFANTILE A LA FACUL
DE MÉDECINE DE BORDEAUX
CHIRURG IEN DES HO PIT A UX
OFFICIER DE i/INSTRUCTION PUBLIQUE
INTRODUCTION
Ayant eu
l'occasion d'observer un cas de syndactylie à la
Clinique
de M. le D1' Sengensse, nous avons eu l'idée d'en
faire le sujet de
notre thèse inaugurale; car il nous a paru
intéressant de réunir
les principaux procédés opératoires
destinésàremédier
à cette infirmité.
« Amesurequ'on se
pénètre davantage, nous dit le Dr Blum,
delà valeur propre
de chacune des parties constituantes de
la main etde l'influence que ces
lésions peuvent exercer par
leur retentissement sur
la santé générale, on devient plus
soucieux, nous
pourrions dire plus respectueux de son inté¬
grité ».
Ces raisons, lorsque cet organe est dévié du type
normal,
engagent le praticien à le ramener à son idéal et à
faire
disparaître
sadifformité. Tel est le but que nous nous
sommes
proposé d'atteindre dans cette étude sur la syndac¬
tylie.
Nous diviserons ce
travail
ensept chapitres.
Dans le
premier chapitre nous parlerons de la syndactylie
en
général.
Le second sera
consacré à l'embryologie, l'étiologie et la
pathogénie.
Dans le troisième, nous
étudierons les symptômes, la mar¬
che, la
durée et le pronostic.
Dans le
quatrième,
nousnous occuperons des indications
et contre-indications
opératoires.
Le
cinquième
seraconsacré au traitement.
Le sixième sera
réservé
auxcomplications et au choix du
procédé.
Le septième comprendra les observations.
Nousne saurionsentreren matière sans adresser
l'expres¬
sion de notre vive gratitude aux premiers maîtres qui nous
apprirent à connaître la médecine et la chirurgie : MM. Picot
et Baudrimont.
Nous remercions chaleureusement MM. les professeurs Masse, Moussous et Lagrange des
témoignages
de bienveil¬lancequ'ils nous ontprodigués.
Nous prions MM. les D,sGuément et Sengensse de recevoir l'expression de nos remerciements les plus sincères pourles excellents conseils qu'ils nous ont donnés et pour la sympa¬
thique amitié dont ils nousont honoré.
M. le professeur Piéchaud a particulièrement droit à notre gratitude. C'est dans son service si actif de
clinique
chirurgicaleetdans ses leçons siméthodiques
et si claires que nous avons puisé la plupartde nosconnaissancesen pa¬thologie infantile. Il s'est toujours montré à notre égard d'une affabilité-et d'une sollicitude à toute épreuve; aussi
nous prions ce maître si bienveillant
d'accepter
l'hommagede notre affectueuse reconnaissance. Nous le remercions vivement d'avoirbien voulu nous faire l'honneur
d'accepter
la présidence de notre thèse.
CHAPITRE PREMIER
De la
Syndaetylie
engénéral.
Lasynclactylieest
uneaffection pathologique congénitale ou
acquise consistant dans une coalescence ou adhérence des
doigts. Dans
la syndaetylie régulière l'adhérence a lieu entre
leurs faces latérales, et
dans la forme irrégulière elle existe
sur leursfaces dorsale ou
palmaire. Nous ne parlerons ici
que
de la première forme ou régulière.
Les doigts sont
plus
aumoins intimement unis par leurs
faceslatérales et, selon
le degré de coalescence, ils sont sim¬
plement
gênés dans leurs mouvements respectifs ou bien ils
sont dans
l'impossibilité absolue de se mouvoir séparément.
La
syndaetylie congénitale a été observée dès l'antiquité.
On en trouve la
description et même l'explication dans le
Traité de la nature
de Venfant (collection hippocratique).
Celse en parle,
et la plupart des chirurgiens en font men¬
tion.
Anatomie
On distingue
deux grandes classes de syndaetylie: 1° la
syndaetylie congénitale; 2° la syndaetylie acquise.
Au point
de
vueanatomique, les nombreuses variétés de
syndaetylie peuvent être rangées dans les trois groupes sui¬
vants:
1° Les doigts
sont reliés l'un à l'autre par une membrane
fâche;
— 10 -
2° Lesdoigts sont intimement accolés l'un à l'autre, étant enveloppés par une peau continue ;
3° Les doigts sont soudés l'un à l'autre par leur squelette.
1° Syndactylie membraneuse
Cette première variétéconstitue la mainpalmée par analo¬
gie avecla membrane interdigitale qu'on observe chez les oiseaux aquatiques. Les doigts sont nettement conformés, mais ils sont
séparés
par unemembrane mincequi constitue la palmature. Cette membrane est plus ou moins étendue ; tantôt elle s'étend de la racine des doigts à leur extrémité libre et cette infirmité est alors désignée usuellementsous lenomde « patteen canard », tantôtelle
n'occupe
quelamoitié de la longueur des doigts, toujours du côté de la racine, eton peutla considérer comme le prolongement du replicutané que l'on trouve dans
l'espace
interdigital. Ce repliestplus oumoins large et plus ou moins épais selon l'écar-
tement des doigts. Quand ceux-ci sont suffisamment écartés, il peut être transparent. Il est composé de deux feuillets, entre lesquels se trouve une couche plus ou moins épaisse de tissu cellulaire et, en saisissant ceux-ci entre le pouce et l'index, on peut les faire glisser l'un sur l'autrequand leur laxité et l ecartement desdoigtsle permet¬
tent; en somme, onpeutconsidérercesdeux feuillets comme le prolongement de la peau des faces dorsale et palmaire de la main. La peau de cesmembranes est
dépourvue
de poils,mais ony trouve des
filets
nerveux et de petits vaisseaux.Généralement, à ce degré les doigts présentent une struc¬
ture et un volume normal (Pl.
1);
on a remarqué cependantquelorsque les doigts étaient
très
rapprochés, ils étaient ordinairement plus petits.2° Doigts accolés sous une enveloppe cutanée unique
Ici il n'ya pas de membrane interdigitale, mais seulement
une enveloppe plus ou moins étroite, sous laquellesont ran-
g'és côte à
côte les squelettes des .doigts. Le même tégument
enveloppe deux ou
plusieurs doigts (Pl. 2). A ce degré les
doigtssonten
général atrophiés. Cette variété estcelle que
l'on rencontre le plus
fréquemment.
3° Syndactylie osseuse
Dans cette variété les squelettes
des deux doigts voisins
sont fusionnés. Si la fusion porte sur
toute leur étendue,
onn'a plus
qu'un doigt unique, d'un volume anormal; en réalité
on a affaire à une
variété particulière d'ectrodactylie et dans
ce caslacavité des
articulations communique souvent.
Dansd'autres cas, les deux
squelettes
nesont
pasfusion¬
nés dans touteleur étendue,
mais seulement
parleur extré¬
mité terminale; en
pareil
cas,les deux ongles sont habi¬
tuellement fusionnés. Cette
variété
serencontre
assezfré¬
quemment
aupied.
Les hauts degrés de ces
arrêts de formation sont souvent
accompagnés
d'autres malformations. De plus, il importe de
savoirque
la syndactylie, surtout dans ces deux dernières
variétés,secomplique
quelquefois d'une anomalie des artères.
Sur un enfant venu au
monde
avecles trois derniers doigts
dela main gauche
unis ensemble, M. Lemaistre
afait remar¬
quer,
dans le Bulletin delà Société Anatomique, que cette
union était très intime par
suite de la présence d'un tissu
fibreux très dense occupant
les
espacesinterdigitaux. En
outre,
l'arcade palmaire superficielle descendait plus bas que
de coutume, si
bien qu'on l'aurait divisée deux fois si on
avait
séparé les doigts
avecle bistouri. Les artères collaté¬
rales étaient pour
cette raison plus courtes qu'à l'état normal.
M. Maillota fait remarquer
à
ce proposqu'il existe un rap¬
port
entre la naissance des artères collatérales et le point où
commencela
petite gouttière qui indique la 'séparation des
doigts.
Ainsi, tandis
quel'une de ces gouttières est plus
élevée que
l'autre, la partie correspondante de l'arcade pal¬
maire l'est aussi; elle
atteint la hauteur de l'extrémité infé-
1:
rieurede ladeuxième phalange. Il engage par
conséquent
leschirurgiens à consulter les faits
analogues
pourconsta¬
ter si l'arcade palmairese rapproche
d'autant plus des pha-
langinesque la ligne de démarcationapparente des doigts est
plusélevée,
etleurconseille
unetrès grande prudence, puis¬
qu'ils s'exposent
à
diviserl'arcade palmaire
enportant l'in¬
cisionjusqu'au milieu des
phalanges.
Au point de vue
morphologique, la syndactylie
sedivise
en: 1°Syndactylie
complète
; 2°syndactylie incomplète.
La syndactylie est
complète quand les doigts sont intime¬
ment unis dans toute leur longueur, et alors
les parties
constituantes des doigts sont distinctes ou
bien elles sont
confondues.
La syndactylie est
incomplète
lorsqueles doigts
nesont
réunis que dans une seule partie de
leur longueur.
De plus, la
syndactylie
estpartielle quand elle n'intéresse
que deux, troisou quatre doigts.
Elle est totale si elle porte à la fois sur tous
les doigts.
Les variétés
fréquentes
atteignentles derniers doigts, le
médius et l'annulaire d'une part, et
l'annulaire
etl'auricu¬
laired'autre part.
Les variétés rares s'observent surtout entre le pouce et l'index,et ceciestdû,d'après Huguier, à la
rapide séparation
de cet espace
interdigital
chez l'embryon.Huguier n'en cite
que trois cas.
Fréquence.
— Lesdifformités congénitales des doigts sont
nombreuses.il suffit de citer celles qui ontpour cause un arrêt de
développement, telles
quel'ectrodactylie, la bra-
chydactylie et lasyndactylie, et celles qui résultent d'un
excès contraire comme la
polydactylie, l'augmentation du
nombre des phalanges et la
macrodactylie, etc.,
pourse ren¬drecompte de leurs nombreuses
variétés.
Ces variétés elles-mêmes se combinent souvent, On ren¬
contre surtout l'ectrodactylie combinée
à
lasyndactylie
(DrsBlum, Legendre).
D'autre part, onvoit quelquefois la
syndactylie coïncidant avec unepolydactylie (Lépine, Lau-
«
— 13 —
nay,
Demarquay), avec une macrodactylie, avec une atrophie
des doigts
(Delore, Dupuy), avec une abnormité du globe
oculaire, une
hydrocéphalie (Lerno), un bec-de-lièvre (Du¬
puy),
avec unpied bot, des sillons cutanés, une amputation
spontanée (Longuet). On rencontre aussi parfois la bifldité
du pouce,
affection qui n'est en somme que de la polydac-
tylie et
de la syndaclylie combinées.
Parmi toutes ces
anomalies, dont beaucoup par leur na¬
ture sont
irrémédiables et rentrent par conséquent dans le
domainedela
tératologie toute pure, la syndactylie est cer¬
tainement celle
qui offre le plus d'intérêt au chirurgien. Ce
n'est pasque
la syndactylie soit la difformité la plus com¬
mune, car
Fort, dans
sathèse d'agrégation, a trouvé 42 cas
d'ectrodactylie et 27 seulement de la difformité qui nous
occupe, sur
G9
casde malformations congénitales. De même
Moreau a déclaré
à la Société anatomique que sur 3.000 nou¬
veau-nés il n'a
rencontré qu'une seule fois la syndactylie.
Mais comme les
traités de médecine opératoire s'occupent
de tousles moyens
de remédier à cette anomalie qui donne
lieu à des
opérations utiles et intéressantes, il n'est pas éton¬
nant que
l'on soit porté à croire à une plus grande fré¬
quence.
Déguisé
prétend que la syndactylie est plus fréquente chez
les filles que
chez les garçons. Fort partage la même opinion.
Siège.
—Cette difformité occupe le plus souvent les mains.
M.
Guyot-Daubès prétend au contraire que la palmature, soit
incomplète,
soit très accentuée, semble affecter de préférence
les extrémités
inférieures. Il n'est pas absolument rare de
la rencontrer aux
mains et aux pieds (Guyot-Daubès). Enfin,
nous l'avons
rencontrée plusieurs fois aux pieds seuls, mais
elle
n'entraînait
aucuneinfirmité. Aussi nous ne nous arrê¬
teronspas sur
cette palmature des pieds,, qui est peut-être
plus fréquente qu'on ne croit, mais qui, par cela même
qu'elle passe souvent inaperçue aux yeux des sujets qui en
sont
porteurs,
neprésente aucun intérêt au point de vue
chirurgical.
— 14 —
Nous avons réuni 22 cas de syndactylie congénitale, et
sous le rapport du siège, nous avons trouvé qu'elle affec¬
tait:
On voit donc que les cas les plus
fréquents
affectent les mains, et c'est des mainsaussi ques'occupent
exclusivement les auteurs pour la médecine opératoire, le membre supé¬rieur étant du reste plus utile et plus nécessaire à l'homme, tant pour gagner sa vie que pour exécuter les divers mouve¬
ments
imposés
pour sa propre conservation.Tout ce que nous venons de dire se rapporte à lasyndacty¬
lie congénitale envisagée comme arrêt de
développement,
c'est-à-direque les doigtssontnormauxcommeforme. Toute la malformation consiste dans le fusionnement plus ou moins complet des doigts les uns avec les autres, trace de la palmaturenormale pendant les premiers temps de la vie intra-utérine. Mais à côté de cette forme, il en existe une au¬
tre à laquelle on peut donner le nom de
pathologique;
elle est,eneffet,de toutpoint comparable à lasyndactylieacquise, qui succède aux lésions traumatiques et aux brûlures. Elle reconnaitcomme origine des brides accidentelles ou une lésion nerveusetropliique,
aussi la voit-on coïncider avecd'autres malformations des doigts, ectrodactylie, amputa¬
tions congénitales, sillons congénitaux
(Obs.
de Kirmisson Pl. 3, deLonguet).La
syndactylie acquise
nes'observe généralement qu'auxmains. Nous distinguerons ici trois variétés
principales,
di¬vision qui n'estpas sans importance au point devue du trai¬
tement :
i°La lésion porte sur les faces latérales des doigts mais n'atteint pas la
commissure;
2° L'adhérence se prolonge jusqu'à la commissure et des- Les 2 mains et les 2 pieds
Les 2 mains Une seule main
G fois.
5 fois.
10 fois.
Une main et un pied
(môme côté).
I fois.cend jusqu'à une
distance variable de l'extrémité des
doigts;
3° On peut observer
des
casd'adhérence congénitale dans
lesquels
le chirurgien
adéjà tenté une opération et a déter¬
miné par
conséquent la formation d'une cicatrice.
Chacune de ces divisions est
susceptible cle présenter plu¬
sieurs variétés.
Ainsi la cohérence, qui est
ordinairement très intime, peut
se fairepar
l'intermédiaire d'une membrane unissante cica¬
tricielle. Elle s'étend
parfois plus profondément jusqu'aux
gaines
tendineuses,
aux oset
auxarticulations.
On voit aussi descicatrices
qui sont très irrégulières, min¬
ces encertains points,
très épaisses dans d'autres.
Enfin, dans quelques cas,
l'adhésion latérale des doigts se
compliqued'ankylose, etc.; et il peut arriver encore que sur
une même main, 011 trouve
simultanément plusieurs varié¬
tés d'adhérences vicieuses.
Ajoutonsque
la syndactylie acquise du premier degré est
commune. La plus
fréquente est la syndactylie du deuxième
degré.
11
esttrès
rarede constater la syndactylie acquise du
troisième degré.
CHAPITRE II
Embryologie.
C'est pendant la quatrième etla cinquième semaine de la vieintra-utérinequeTonvoit paraître lespremiers rudiments desdoigts. Lesystème vertébral du tronc et de la tête a déjà prisun certain développement lorsqueTon voit poindre per¬
pendiculairement au corps du fœtus deux saillies affectant la forme d'une paletteà bords libres que Velpeau a compa¬
rées ingénieusement à des bourgeons qui sortent d'une branche d'arbre. Ces deux saillies sont réunies au fœtus par un petit pédicule destiné à former
l'avant-bras
et la main tandis qu'elles-mêmes formerontla main.Vers la fin de la septième semaine, les doigts commencent à faire saillie sur le bord du bourrelet digital, sous la forme de moignons courts etgros. A ce moment commence la sé¬
paration des orteils, le pied étant resté jusqu'à présent, avec
l'aspectd'une palette
losangique,
tandis que sur la main les divisionsdes doigts étaient nettementindiquées.
Pendant le deuxième mois les divisions des orteils s'accentuent.Vers la dixièmesemaine, lepouceestcomplètementséparé
de l'index.La rapidité de cette
désunion
nous explique la rareté de la syndactyliesiégeant
entrele
pouceetl'index.
A partir de ce moment les doigts et les orteils prennent un accroissementrapide;
leursextrémités terminales deviennent
libres, mais ils sont unis dans le reste de leur longueur, jusqu'au troi¬sièmemois, par une lame mince, analogue à la membrane interdigitale des
palmipèdes.
— 18 —
A partir de cette époque,
la période* embryogénique est
close, nous dit Poirier, et laconfiguration extérieure
desmains et des pieds présente ses
caractères définitifs.
Pathogénie.
Nous allons
parler
enpremier lieu de la syndactylie
con¬génitale.
Nousvenons de voir dansl'article
précédent
que les doigtset les orteils seforment à partir
de la cinquième semaine de
la vie intra-utérine et que leur
développement
estterminé
vers la fin du troisième mois. Si, dans cet intervalle de temps, il survient un
trouble dans le développement de
ces organes, oncomprendra la persistance de la palmature et la production de la syndactylie. Selon
sondegré de gravité et
selon son siège, nous pourrons
même préciser la date exacte
de la formation de cet acte
pathologique. Ainsi, la syndac¬
tylie du
troisième degré s'opérera,
pourles doigts, du
com¬mencement de la
cinquième à
lasixième semaine,
etpour les orteils, de lacinquième à la septième semaine. La'syn¬
dactylie
du second degré s'effectuera de la sixième ù la fin
de la
septième semaine
pourles doigts et
versla huitième
semaine pour les
orteils. L'apparition de la syndactylie du
premierdegré
sefera à partir de
cetemps jusqu'à la fin du
troisième mois.
Quelle est donc la
nature de
cetrouble de développe¬
ment?
Nous allons passer en revue
les diverses théories cmbryo-
gcniques:1° Opinions
anciennes (Fort)
:Empédocle pensait
queles
monstres s'engendrentpar le trop ou
le
troppeude
semence, par la turbulence etla perturbation du mouvement,
parce quela semence se divise enplusieurs parts et
parcequ'elle penche.
Des singularités analogues sont
ad
mises parles auteurs
— 19 -
des xve, xviq et xvne
siècles,
qui accusent Pétroitesse et la viscosité de la matrice, la présence du flux menstruel au moment de la conception, les opérations dudémon, etc.En 1690,P.-S. Régis émitpour la première fois l'idéequeles
anomalies dépendaient de germes
originairement
anor¬maux. Au commencement duxvme siècle, Winslow, et plus tard Bonnet, llaller et Meckel cherchent à faire prévaloir cette théoriecontre
Lémery
qui oppose la théorie desgermesnormauxtroublés accidentellementdans leur évolution ; 2° Opinions modernes
(Poirier)
: La première en date est la théorie de la compression, théorie très ancienne et dontl'explication
setrouve dons le Traité de la nature del'enfant
qui fait partie delà collectionhippocratique;
maisLogent et le mode d'action de cette compression n'ont été fixés d'une manière précise que par M. Dareste. Cet auteura montré parses expériences comment et par quoi
l'embryon
peut être comprimé dans l'utérus; il a prouvé : 1°que l'amnios arrêté dons sondéveloppement
comprime les parties del'embryon
sur lesquellesil s'applique;2° quecette compression s'exerce
lorsque
lecorps del'embryon
n'est pas encore constitué par des cellules homogènes;3°quecettecompression,lorsqu'elle
s'exerce sur les membres, détermine trois sortes d'effets,
tantôt isolés et tantôtassociés, des arrêts de
développements
des déviations et des soudures.
C'est ainsi que descompressions limitées donneront lieu à des arrêts de
développement
partiels qui n'atteindront que certaines parties d'un segment ; des orteils manqueront, ou bien à un moindre degré ils resteront attachés les uns aux autres par suite de la permanence du blastème qui les unit primitivement.Ceciexplique lacoïncidence d'autresdéforma¬tions , telles que
l'ec.trodactylie,
etc., avec lasyndactyMe.
Il existe une nouvelle théorie qui prétend
expliquer
la syn-dactylie congénitalepar la production d'une ulcération due à des troubles
trophiques
pendant la vie intra-utérine. C'est Longuetqui, lepremier, a émis cette idée à la suite d'un cas desyndactylie
congénitale chez un enfant, coïncidant avec— 20 —
deux pieds
bots, des sillons cutanés et une amputation
spontanée.
Il explique cette syndactylie de la façon sui¬
vante:«A unmoment donnédela vie
intra-utérine, les doigts
index, médius et
annulaire
sesont ulcérés sous l'influence
d'unedeces lésions nerveuses
auxquelles
onrattache les
troubles
trophiques. L'ulcération
aporté
surl'extrémité des
doigts parce que
là les échanges nutritifs se font un peu
difficilement, et elle a
suivi toutes les phases habituelles
pour se
terminer
parcicatrisation. Mais, pendant cette cica¬
trisation, il s'est
produit
unevéritable greffe animale entre
les parties
ulcérées qui ont continué à se développer tout en
restant soudées. Lagreffe a
du être singulièrement favorisée
parla
position des doigts qui, chez le fœtus, ainsi que cha¬
cun sait, sont fortement
fléchis dans la
paumede la main.
»Lesconsidérationssurlesquellesse
base cette opinion sont
:1° L'existence d'une altération multiple
des centres
ner¬veux, traduite par
l'hydrocéphalie, le pied bot varus d'un
côté, le pied
bot valgus de l'autre.
2° L'existence d'une altération
atrophique évidente de l'in¬
dex de la main gauche,
lequel index est resté libre, parce
que le pouce
n'a
pasété altéré et que, d'autre part, le médius
manque.
„ 3° Les
modifications observées dans les doigts soudés, briè¬
veté et amincissementdes doigts, absence
des ongles, atro¬
phie
des petites phalanges, et enfin aspect des tissus qui
présentent
tous les signes d'une inflammation cutanée de
date ancienne.
Is. Geoffroy
Saint-Hilaire cite, dans
son «Traité de Térato¬
logie », des
observations tendant à démontrer que des émo¬
tions morales violentes et des
chagrins prolongés peuvent
être l'originede
malformations congénitales. Comment prou¬
ver l'influencedirecte de ces causes?
Combien
nerencontre-
t-on pas de
femmes enceintes ayant éprouvé des émotions
terribles et donnantnaissance à desenfants
bien constitués.
11 noussemblequ'en
bonne logique
on nedoit voir là
quedes
coïncidences.
Enfin quelques auteurs
ont cherché à expliquer la syndac-
tylie
congénitale
parl'atavisme. Guyot-Daubès, entre autres,
donnel'explication
suivante de la syndactylie congénitale
desextrémités inférieures. L'habitat ordinaire de l'homme
àson origine était
à proximité des plages marines
oudes.
rives de fleuves ou d'étangs, les
coquilles, le poisson ayant
étéune nourriture plus facile
à
se procurer quetoute autre.
La pal mature
des pieds était incontestablement favorable, si
ce n'està la natation, du moinsà la marchesur le sol
boueux
des rives ou sur le sable fin des grèves.
L'homme primitif
étant affecté de palmature des orteils, les
cas analogues, même
quelquefois exagérés, constatés de
nos jours, neseraient
quedes
casde reversion
vers uneforme
ancestrale.
De toutes ces théories, celle qui nous
paraît la plus ration¬
nelle est la théorie par
arrêt de développement. Elle n'expli¬
que pas
bien, il est vrai, les
casanalogues à celui de Longuet,
ou la soudure se fait à l'extrémité des doigts, en
laissant les
phalangeslibres
;mais, outre
que cescas sont très rares, il
n'est pas
défendu de croire à l'explication qui
en aété don¬
née, d'autant plusque
les connaissances actuelles
quenous
avons sur les troubles trophiques
de l'enfance sont
encore bien obscures.La
syndactylie acquise
serencontre
assezfréquemment.
Les causes qui la
produisent sont multiples; citons les brû¬
lures, les ulcères strumeux,
syphilitiques
ouautres, les
gelures, les
contusions profondes
avecattrition des parties
sous-cutanées déterminant la formation
d'eschares plus
ou moins étendues, etc. Supposonsqu'une blessure quelconque
soit mal soignée, les
plaies des faces latérales
enregard de
deuxdoigts voisins
s'accolleront très rapidement
enfermant
l'espace
interdigital,
pour sefusionner presque aussitôt
d'une manière définitive. Cette soudure
deviendra de plus
en plus intime parle fait même de
sontissu cicatriciel rétrac-
tile. Les brûlures sont de toutes les plaies les
plus dange¬
reuses.
— 22 —
11 ne serait peut-être pas inutile de rappeler en quelques
mots la manière dontse cicatrise la surfaced'une plaie. Sup¬
posonsune brûlureau troisième degré.Pendant que la plaie
suppure, onvoltpoindre des sailliesmamelonnées, coniques, molles, vasculaires, constituées,
d'après
Virchow, par la pro¬lifération du tissu
conjonctif.
Ce sont lesbourgeons
charnus.Puis la suppuration et l'inflammation
diminuent,
les bour¬geonscharnuss'agglutinent par
toute leur
surface; comme ils sont coniques, leursommet s'incline versceux du voisi¬nageet dece rapprochement résulte déjà un rétrécissement de la surface de la plaie.
Etiologie.
Une des principales causes de la syndactylie congénitale estPhérédité. Déguiséen a citéun castrès net. Guersant a vu cette disposition sur les deux premiers orteils et aux deux pieds d'une dame dont la mère et lagrand'mèreprésentaient le môme vice de conformation. Bérigny a communiqué à la Gazette Médicale de Parisun autre cas de
palmidactylisme
sereproduisant dans une même famille pendant plusieurs générations.
Première
génération.
— La mère avait les troisième etquatrième
orteils du pied droit palmés dons toute leur lon¬gueur. Les doigts et les pieds du mari n'ont rien.
Deuxième
génération.
— Du mariage résultent quatre filleset trois garçons
n'ayant
aucuneanomalie.Troisième
génération.
— Une des filles, l'aînée met au monde une fille ayant le troisième et le quatrième orteil du pied droit palmés, comme la grand'mère.Une de ses sœurs aégalement une fille et un garçon por¬
tant tous deux, à la moin droite, le médius et l'annulaire palmés.
— 23 -
Surles deux garçons,
frères des deux filles précitées
unseul
a, sur cinq enfants du sexe
masculin,
unfils qui vient
au monde avec les doigts de la main droitesemblables à
ceux de sa cousine et de son cousin.Il y a donc quatre
enfants de la troisième génération qui
héritent de la difformité de leur aïeule maternelle.
Quatrième,
génération.
— Undes arrières petits-enfants
a aussi une soudure du médius etde l'annulaire de la maindroite. 11 est à son tour
père
de deuxjumelles, dont l'une
re¬produit au pied
droit l'anomalie de
sabisaïeule (orteils) et
d'un garçon
qui présente à la main droite la même diffor¬
mité que son
père.
Cet exemple de
Bérigny
prouvesurabondamment
quel'hé¬
rédité joue un rôle
important dans la reproduction de la syndactylie.
Guyot-Daubès prétend
quela syndactylie est essentielle¬
menthéréditaire. Comme preuvedeson
affirmation il
rap¬pelleque
le palmage des doigts est
uncaractère distinctif de
certaines racesde chiens, se transmettantpar
hérédité,
no¬tamment chez les terre-neuveet chez les griffons
anglais.
M. le DrL.-S. Minor,
privat-docent de l'Université de Mos¬
cou, a
publié dans la Revue générale de Clinique et de Thé¬
rapeutique de Paris
uneobservation très intéressante. Nous
ytrouvons
17
casde syndactylie dans
unemême famille.
Polaillon admet
qu'une mutilation accidentellement
ac¬quise
peut devenir
caused'une malformation congénitale
chezl'enfant ù naître, et de ce
chef il conclut à la vérité du
vieil adage
hippocratique
:Gignuntur autem lœsi
exlœsis,
claudiex claudis.
En résumé, bien que
l'hérédité ait été constatée bien des
fois pour
la syndactylie,
nous croyonsqu'elle ne joue pas un
rôle
prépondérant. En effet, dans les observations que nous
avons pu
recueillir et qui sont de vrais types de la difformité
congénitale qui nous occupe, nous ne
constatons l'hérédité
qu'une seule fois.
CHAPITRE III
Symptômes.
Les commémoratifs apprennent au
praticien la
causeet la
date
d'apparition de la syndactylie. Le malade se plaint de la
laideur de sa malformation et de la gêne
sinon de la quasi
impotence
fonctionnelle des doigts de la main.
Dans la
syndactylie membraneuse
oupremier degré, les
doigts sont
unis
par unemembrane,
unrepli cutané, une
palmaturetout à fait analogue à la membrane interdigitale
qu'on
observe chez les animaux aquatiques. Ce repli est plus
ou moins étendu. Tantôt il se porte
de la racine des doigts à
leur extrémité; tantôt il n'occupeque
la moitié de la longueur
des doigts,
toujours du côté de la racine. La largeur de ce
pliest
variable. Il
ala forme d'un triangle dont le sommet
correspond à la commissure interdigitale, et la base légère¬
mentconcave à l'extrémité
libre. Ce pli interdigital est donc
plus large
à la partie inférieure qu'à la partie supérieure. Il
est transparent
et permet souvent des mouvements indé¬
pendants
des doigts, dans une étendue assez considérable.
En prenant
la membrane interdigitale entre le pouce et
l'index on peut
apprécier
saminceur et son dédoublement
sur les côtés. Ces deux feuillets
cutanés glissent
assezfaci¬
lement l'un surl'autre.
Les doigts sont
généralement normaux dans leur struc¬
ture et dans leurs dimensions.
Au second degré de
syndactylie, il n'y
a pasde membrane
interdigitale,
mais seulement
uneenveloppe cutanée plus
— 20 —
ou moins étroite, sous laquelle sont
rangés
côte à côte les deuxsquelettes des doigts. Un simple sillon nous indique ladélimitation des deux doigts réunis. Ce sillon n'est même pas constant. En
général
les ongles sont distincts.Les doigts ne
possèdent pas.de mouvements indépendants;
toutefois, il est possible, en saisissant
isolément chacun
desdeux doigts, de leur imprimer des mouvements
l'un
sur l'autre et ainsi de distinguer cette forme de la suivante dans laquelle lesdeux squelettes
sontconfondus.
Dans cette variété, les doigts sont en général atrophiés.
Dans la
syndactylie
osseuse,les squelettes des deux doigts
sont fusionnés; si la fusion porte surtoute leur
étendue,
on n'a plusqu'un doigt unique. Dans d'autres
cas,les deux
squelettes ne sontpasréunis dans toute leur étendue, mais
seulement par leur
extrémité terminale;
enpareil
cas,les
ongles sont fusionnés. Danscette variété la cavité des arti¬
culations communique souvent.
Marche. —La marche est différente, selon quela syndac¬
tylie
estaccidentelleou congénitale. Dans la première, l'adhé¬
rence devient de plus en plus
intime,
carle tissu cicatriciel
se rétracte toujours.
Durée. — Cette malformation, à quelque
variété
qu'elle appartienne, une fois constituée,est permanente. L'interven¬
tion chirurgicale est seule apte à la faire
disparaître.
Diagnostic. — Le diagnostic n'offre de difficultés que dans
un seul cas : c'est dans la
syndactylie
pousséeà l'extrême
limite. A ce degré, la
syndactylie et l'électrodactylie
se con¬fondent.
Pronostic. — Dans la
syndactylie membraneuse le
pro¬nostic est le plus
favorable;
mais,dans la syndactylie du
second degré, on a souvent observé des
récidives. Quant à
la
syndactylie
osseuse,il
estpréférable de
ne pasinter¬
venir.
Lesmalades atteints de cette malformation éprouventune gêne excessive, surtout ceux qui se livrent aux
travaux
manuels; aussi réclament-ils uneopération.
CHAPITRE IV
Indications et contre-indications de
l'opération.
A quel moment
faut-il opérer?
Avant d'entrer dansla description
du manuel opératoire,
nous nous occuperons des indications et
contre-indications
de l'opération; nous nous
demanderons ensuite s'il
y a une époque plusfavorable qu'une autre
pourla pratiquer.
1° Indications et contre-indications
En.général,
on peutdire qu'il faut tenter la
cureradicale
des adhérenceslatérales des doigts, qu'elles soient congéni¬
tales ou accidentelles.
Pour cequi
regarde la difformité congénitale,
nousn'hési¬
tons pas
à regarder
comme unecontre-indication formelle
la fusion de tous les doigts en un seul moignon
plus
ou moinsallongé et revêtu d'unongle unique, quoiqu'il existe
deuxobservations citéesparpresque
tous les auteurs qui
sesont
occupés de la question, celle du chirurgien Bernier, de
Besançon, et
celle de Dessaix. Dans
cesdeux
cas,l'instru¬
ment tranchant tailla des doigts artificiels dans le moignon informe, de sorteque les
malades après la guérison présen¬
taient des mains assez analogues à des
pattes de chat.
Nous necroyons pas
qu'un chirurgien
sedécide à faire
une opération
dans
un cassemblable,
caril
nousparaît de
toute
impossibilité d'avoir
assezde
peau pourcouvrir tous
lesdoigts, et d'un
autre côté les surfaces cicatricielles très
— 28 —
étendues qui
existeraient nécessairement devraient entraî¬
nerdes déviations vicieuses.
Lorsque la
syndactylie n'occupe
quetrois doigts
oudeux
seulement, l'opportunité
de l'opération est plus discutable.
« Quelle que soit
l'espèce d'adhérence, dit Bérard,
ondoit,
en général, en opérer la
section,
car nonseulement elle
constitue une difformité, mais encore
elle s'oppose
presquecomplètement à l'exercice des fonctions... Si l'adhérence
était osseuse, il faudrait
d'abord diviser les parties molles
avecle bistouri, les os seraient
sciés
avec unescie fine for¬
mée d'un ressort de montre. »
Velpeau et
Verneuil rejettent l'opération lorsqu'il y a
fusion osseuse. Il nous paraît, en
effet, bien difficile d'ob¬
tenir un résultatsatisfaisant. Du reste,comme nous
l'avons
dit, le
chirurgien manquerait probablement de peau et il
courrait grand risque
de voir les doigts
seréunir. Le tissu
cicatriciel, très large,
déterminerait quand même
une nou¬velle difformité. N'aurait-on pas
également à craindre des
accidentsrésultant desplaies osseuses
produites
parl'action
de la scie?
Un autre casnoussembleeontre-indiquer
l'opération, c'est
celui qui est
constitué'
par unepalmature très courte située
entreles deux
premières phalanges. Les mouvements des
doigts ne sont pas
considérablement gênés;
sefaire opérer
serait, commele
dit Verneuil.
unequestion de coquetterie, et
les plaies
des doigts
nesont
pas assezinnocentes pour que
l'on accède quand
même
audésir d'une intervention active.
La question
de siège de la syndactylie doit être encore
agitéelorsqu'il s'agit d'opération. Le médius et l'annulaire
sontle plus souvent
pris; d'un autre côté, l'affection siège
assez rarement entre l'index et le pouce. En
présence de cir¬
constances semblables, si nous avions
à
nous prononcer,nous n'hésiterions pas à
conseiller
uneopération qui sépa¬
rerait le pouce de
l'indicateur
enraison de l'utilité du pre¬
mier deces doigts. Nous
serions plus réservé dans le premier
cas, et nous ne nous
déciderions
quesurles instances du
— 29 —
malade ou desafamille, cor un
médius et
unannulaire réu¬
nis sont presque
aussi utiles
pourles mouvements de la
main que
s'ils étaient séparés.
Il
pourrait cependant
seprésenter des circonstances où
nous modifierions notre
manière de voir
: parexemple, cer¬
taines considérationsde
position sociale et surtout l'état de
ces petits
malheureux
pourlesquels la nature se montre
doublement
parcimonieuse lorsqu'elle les frappe de deux
infirmités commela
surdi-mutité et la syndactylie.
L'adhérence
congénitale, siégeant
surtous les doigts
en même temps,
contre-indique-t-elle l'opération? Ver-
neuil n'est pas
partisan d'une opération complète. 11 se con¬
tenterait, en
pareil
cas,de séparer le pouce de l'index, afin
de donner au premiersa
liberté, les autres agissant de con¬
cert; du reste,
il donne
uneraison fort judicieuse et s'ex¬
primeen ces
termes
:« La
séparation de tous les doigts doit amener parfois la
décortication cutanée presque
complète de ceux du milieu,
une surface
suppurante très étendue, et par là des dangers
trop
grands
pourl'utilité du résultat. »
11 y a
aussi des contre-indications à l'opération de la syn-
dacljjlie accidentelle.
La
plupart des considérations qui précèdent peuvent s'ap¬
pliquer
à la difformité produite par cicatrice vicieuse.
Une circonstance
peut obliger le chirurgien à opérer pour
des lésions
qu'il respecterait si elles étaient congénitales;
c'est
qu'il existe, dans certains cas, des douleurs extrême¬
ment vives.qui
décident les malades à réclamer impérieu¬
sement
l'opération. La syndactylie accidentelle, pour une
adhérence de
même étendue, présente un danger relative¬
ment
plus sérieux, parce que la cicatrice, qui peut être dou¬
loureuse, est
exposée à des excoriations, à des déchirures, à
des accidents
enfin, qui atteignent plus rarement les adhé¬
rences
congénitales.
Mais si les tendons
sont détruits, si une grande partie de
la peau a
été enlevée, si les gaines fibreuses font partie de la
- 30 —
cicatrice, si enfin tous les doigts sont réunis en une masse
plus ou moins informe, il n'y a aucune opération à tenter.
2° A QUEL MOMENT FAUT-IL OPÉRER?
a)
Syndactylie congénitale.
— « Ce point, dit Verneuil, est égalementcontesté etdiversementrésolu. Deuxopinions sonten présence : les uns veulent opérer de bonneheure :
» 1° Parce que les plaies guérissent plus vite et entraînent beaucoup moins d'accidents chez les jeunes enfantsque chez
les adolescents et lesadultes, etparce que, en même temps, elles sont moins étendues:
» 2° Parcequ'ils craignentqueles brides n'entravent le déve¬
loppement des doigts. Suivant M. Chassaignac, il y a un détriment réel pour l'éducation et le développement de l'en¬
fant à le laisser privé de ses mainsjusqu'à l'âge du
dévelop¬
pement complet. M. Maisonneuve partage cette opinion. »
Ces raisons sontexcellentes, mais leurvaleur estbeaucoup
diminuée par une assertion de Chélius,
empruntée
à Seerig.Suivant l'illustrechirurgien de Hcidelberg, on ne doit faire l'opération qu'à un âge avancé, pour les raisons suivantes:
Quand même on obtient un plein succès clans les premières
années qui suivent la naissance, « on voit quelques années plus tard la membrane se prolonger dès l'angle de la divi¬
sion,jusqu'à la moitié des doigts, même jusqu'à l'articula¬
tion de la troisième phalange. Ce résultat était le mêmedans tousles cas qu'il avait observés, n'importe quel procédé opé¬
ratoire eut été employé. L'opération faite à l'âge décrois¬
sance avancéeou complète n'a jamaisété suivie de récidive quand elle avait été suivie primitivement d'un succès com¬
plet. »
Cette opinion a été contredite par M. Philippe Boyer.
Les procédés que nous possédons maintenant et surtout
ceux qui permettent de refaire une commissure nouvelle paraissent cependant si favorables que, dans le doute qui surgit deces contradictions, on pourrait, conclut Verneuil,
tenter
l'opération, sinon dans les premiers temps qui suivent
la naissanceau moinsversl'âge de trois ouquatreans.
L'en¬
seignement que dans tous lescason peut
tirer de
cettedis¬
cussion, c'est qu'il fout suivre bien
longtemps les opérés
avant de lesdéclarer radicalement guéris.
b) Syndaclylie acquise.
—Delpecb admet qu'il faut atten¬
dre, pour opérer, que
la cicatrice ait produit toute
sarétrac¬
tion et
qu'elle soit parfaite; mais il faudrait attendre trop
longtemps. Au reste,il est indiqué de
ne pasattendre
quele
tissu de cicatrice ait acquis une
densité extrême et
une orga¬nisation fibreuse complète, car il se
prêterait moins à la
réunion immédiate. Il faut opérer assez
tôt, dans le jeune
âge(Fort), autrement il survient
uneatrophie et
uneankylose
consécutives.
■ Verneuil est partisan d'agirun anou
deux après l'accident,
et de tenter les mouvements artificiels sans entraînerl'in¬
flammation.
CHAPITRE V
Traitement.
Nous allons passer en revue
les diverses opérations qu'on
a opposées aux
difformités qui
nousoccupent.
Les procédés
opératoires doivent toujours remplir deux
indications:
1° Séparer les
doigts unis
;2° Obtenir la cicatrisation isolée des faces préalablement
adhérentes.
Autant la
première
estfacile à exécuter/autant la seconde
est malaisée àobtenir. C'esten vue d'ellequ'ont été imaginés
les très nombreux
procédés modernes.
Traitement
étiologique.
Le traitement
préventif s'applique à la syndactvlie acci¬
dentelle et aux tentatives opératoires
faites
sur un cas con¬génital.
Il faudra placer la
main
sur uneattelle digitée. On attache
chaque
doigt
auxdigitations de l'attelle avec des bandes de
toile ou de diachylon.
Ces attelles sont
aupréalable garnies
convenablement de ouate pour éviter
toute pression doulou¬
reuse.
Un
appareil plâtré
pourraremplacer la planchette, mais il
faudra avoir soin de laisser libre
la plaie
pour eneffectuer
le
pansement.
Ilerr. 3