Master
Reference
La traduction des noms dans les romans de fantasy sur la base du roman Assassin's Apprentice de Robin Hobb
JEANNERET, Sarah
Abstract
Ce mémoire a pour but d'étudier la traduction des noms propres dans les romans de fantasy.
L'analyse est basée sur le roman Assassin's Apprentice de Robin Hobb ainsi que sur sa traduction française (l'apprenti assassin) et sa traduction italienne (l'apprendista assassino).
Ce travail est divisé en cinq parties (introduction, présentation de l'œuvre, éléments théoriques, analyse et conclusion). Nous avons étudié les différents procédés de traduction des noms propres dont le traducteur dispose, puis nous avons comparé les solutions adoptées par les traducteurs français et italien.
JEANNERET, Sarah. La traduction des noms dans les romans de fantasy sur la base du roman Assassin's Apprentice de Robin Hobb. Master : Univ. Genève, 2011
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:18417
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SARAH JEANNERET
La traduction des noms propres dans les romans de fantasy sur la base du roman Assassin’s Apprentice de Robin Hobb
Mémoire présenté à l‟École de traduction et d‟interprétation pour l‟obtention du Master en traduction, mention traduction spécialisée
Directrice de mémoire : Mme Mathilde Fontanet
Jurée :
Mme Giovanna Titus-Brianti
Université de Genève Août 2011
Remerciements
Je tiens à adresser mes remerciements les plus sincères tout d‟abord à Mme Mathilde Fontanet et à Mme Giovanna Titus-Brianti pour leurs conseils et leur disponibilité tout au long de ce travail.
Je remercie également ma famille pour m‟avoir soutenue et supportée pendant ces années d‟études et surtout pendant la réalisation de mon mémoire.
Et finalement, je souhaite remercier mes amis, en particulier Tiffany et Florence, pour leur soutien, leur aide et leurs conseils.
Table des matières
Introduction ... 4
1. Présentation de l‟œuvre ... 6
1.1. Qu‟est-ce que la fantasy ? ... 6
1.2. Résumé ... 9
1.3. Présentation des personnages principaux ... 10
1.4. Biographie de l‟auteur ... 13
1.5. Biographie du traducteur français ... 14
1.6. Biographie de la traductrice italienne ... 14
2. Éléments théoriques ... 15
2.1. Définition du nom propre ... 15
2.2. Nomenclature ... 17
2.3. Traductibilité et sens ... 18
2.4. Les différents procédés de traduction du nom propre ... 24
2.4.1. Les procédés sourciers ... 26
2.4.1.1. Le report ... 26
2.4.1.2. La transcription et la translittération ... 26
2.4.1.3. L‟assimilation phonétique et graphique ... 28
2.4.2. Les procédés ciblistes ... 28
2.4.2.1. La traduction plus ou moins littérale ... 29
2.4.2.2. La désignation distincte ... 29
2.4.2.3. La différence de concentration ... 30
2.4.2.4. La création lexicale ... 30
3. Analyse ... 32
3.1. Introduction ... 32
3.2. Report ... 34
3.3. Assimilation phonétique et graphique ... 45
3.4. Traduction plus ou moins littérale ... 48
3.5. Création lexicale ... 55
3.6. Mélange de stratégies ... 63
3.7. Considérations dans une perspective macrotextuelle ... 64
Conclusion ... 69
Bibliographie : ... 72
Annexes ... 76
Introduction
Nous avons choisi, pour notre travail de mémoire, d‟étudier la traduction des noms propres dans les romans de fantasy, en prenant comme exemple le roman de Robin Hobb Assassin’s apprentice (L’apprenti assassin) tiré de la saga The Farseer Trilogy (L’assassin royal). La question que nous allons nous poser est de savoir quels sont les procédés à disposition des traducteurs pour la traduction des noms propres et surtout comment le traducteur français et la traductrice italienne ont procédé dans le cas de cet ouvrage.
L‟œuvre complète se décline en deux trilogies en langue originale (The Farseer Trilogy et The Tawny Man Trilogy) et a été traduite en français par Arnaud Mousnier-Lompré en un total de 13 volumes. La traduction italienne a, elle, été effectuée par Paola Bruna Cartoceti en 6 volumes.
Pour notre travail, nous avons décidé de nous consacrer uniquement au premier volume anglais, qui correspond également au premier volume français et au premier volume italien. La raison principale de ce choix est le fait que ce volume constitue en quelque sorte une présentation du monde créé par Robin Hobb ainsi que de ses personnages. De fait, la majorité des personnages importants y apparaissent. Il s‟agit également des personnages que nous jugeons les plus intéressants au niveau de la traduction. De plus, l'étude de la totalité de l'œuvre aurait nécessité plus de temps et d‟espace que ne le permet un mémoire de master.
Plusieurs raisons nous ont fait sélectionner ce roman en particulier parmi les nombreuses œuvres de fantasy écrites à ce jour. La première est qu‟il s‟agit du premier ouvrage de ce genre littéraire que nous avons lu ; c‟est cette œuvre qui a conduit à l‟intérêt que nous portons à cette littérature. La seconde est que Robin Hobb est aujourd‟hui un auteur important, faisant partie des grands auteurs de fantasy. La troisième raison est que ce récit est particulièrement pertinent pour le sujet que nous avons choisi d‟étudier, car on y trouve les stratégies de traduction des noms propres les plus importantes, ce qui permet de se faire une idée précise et complète de la difficulté liée à cet élément de traduction. En outre, la fantasy étant un genre de plus en plus connu aujourd‟hui, nous trouvons intéressant d‟analyser une partie des difficultés que peut poser ce « nouveau » genre littéraire aux traducteurs.
Ce travail va également nous permettre de nous pencher quelque temps sur le métier de traducteur littéraire. En effet, il s‟agit d‟un métier que nous avons toujours trouvé intéressant, mais que nous n‟avons eu que peu d‟occasions d‟étudier en raison de nos études, plus axées sur d‟autres spécialisations, telles que la traduction économique ou juridique.
Nous tenons à préciser que nous avons eu quelques difficultés à constituer une bibliographie sur le sujet. En effet, il existe très peu d‟ouvrages théoriques sur la traduction des noms propres et aucun traitant de ce sujet dans le domaine particulier de la fantasy.
Nous avons donc utilisé les ouvrages traitant de la traduction des noms propres en général, en étudiant les différentes théories et procédés pour voir s‟ils étaient applicables à la fantasy.
Le premier chapitre de ce mémoire sera consacré à la présentation de l‟œuvre, dont nous ferons un résumé et une brève description des personnages principaux. Ensuite viendra une biographie de l‟auteur, Robin Hobb, ainsi que du traducteur français et de la traductrice italienne. Pour clore ce chapitre, nous ferons une brève présentation de la fantasy.
Dans le deuxième chapitre, nous donnerons une définition du nom propre avec l‟explication d‟une partie des termes relatifs à l‟onomastique (c‟est-à-dire l‟étude des noms propres). Nous chercherons ensuite à déterminer si le nom propre doit être traduit ou, au contraire, conservé sous sa forme originale, ce qui nous amènera à nous interroger sur l‟existence (ou l‟absence) d‟un sens du nom propre, problématique que nous verrons à travers plusieurs théories ayant été proposées jusqu‟à aujourd‟hui. Finalement, nous décrirons les différents procédés dont dispose le traducteur lorsqu‟il est confronté à des noms propres.
Le dernier chapitre sera consacré à l‟étude de l‟application de ces procédés dans la pratique. Pour cela, nous analyserons les choix effectués par les deux traducteurs concernant les différents noms contenus dans l‟ouvrage. Nous essayerons tout particulièrement de voir s‟ils ont tenté de conserver le sens de ces noms lorsqu‟il y en avait un dans le texte original.
1. Présentation de l’œuvre
1.1. Qu’est-ce que la fantasy ?
Le terme fantasy est un emprunt de l‟anglais. Il est apparu dans le Petit Robert 2010 avec la définition suivante :
Genre littéraire dans lequel l‟action se déroule dans un monde imaginaire peuplé d‟êtres surnaturels, mythiques ou légendaires.
Bien que le dictionnaire recommande l‟utilisation du terme français « fantaisie », les amateurs de ce genre littéraire utilisent presque uniquement le mot « fantasy ». Ce phénomène est probablement dû au fait que ce genre est beaucoup moins développé en Europe que dans les pays anglophones. De plus, nous avons constaté que cette acception ne figure pas dans la définition française du mot « fantaisie ».
Il est difficile de dire exactement à quelle époque remonte ce genre littéraire. On peut cependant affirmer qu‟il s‟agit d‟une tradition très ancienne. Selon le site internet elbakin.net :
l'Odyssée d'Homère n'est pas de la fantasy au sens où on l'entend aujourd'hui, pas plus que les romans arthuriens de Chrétien de Troyes ou les contes de Charles Perrault. La fantasy est cependant l'héritière de cette tradition riche de contes et légendes, des épopées antiques et des récits de chevalerie baignée dans le merveilleux médiéval, tout comme des romans de cape et d'épée.1
Gilbert Millet et Denis Labbé font eux aussi remonter la naissance de ce genre littéraire à l‟époque médiévale. Dans leur ouvrage Les mots du fantastique et du merveilleux, ils écrivent :
aux sources de ce genre : les épopées médiévales, ces chansons de geste (du latin res gestae ou gesta ce qui signifie action, exploit, haut fait) qui comptaient les prouesses de guerriers opposés aux ennemis de leur pays.2
1 http://www.elbakin.net/fantasy/presentation/
2 MILLET, Gilbert, LABBÉ, D., Les mots du merveilleux et du fantastique, 2003, p. 180.
Parmi les chansons de geste, on peut citer La chanson de Roland et le Cycle arthurien, les plus connues dans les pays francophones.
La fantasy telle que nous la connaissons aujourd‟hui serait née lors de la révolution industrielle :
face au positivisme, puis au développement technologique fulgurant, parfois inquiétant, qu'ont connu la fin du XIXème et le XXème siècle, certains écrivains y ont entrevu des futurs possibles, à plus ou moins long terme : ainsi est née la science- fiction ; mais face à ce phénomène, d'autres ont voulu, non pas fuir, mais
"réenchanter" le monde3.
Bien qu‟elle existe depuis de nombreuses années, la fantasy n‟a pas eu beaucoup de succès en Europe avant le début des années 2000. En effet, la plupart des auteurs à succès sont anglo-saxons et n‟étaient pas très connus de ce côté de l‟océan Atlantique. C‟est en 2001, à l‟occasion de l‟adaptation au cinéma de la trilogie The Lord of the Rings de J. R. R.
Tolkien que la fantasy s‟est retrouvée sur le devant de la scène et a connu un succès mondial. Suite à ce phénomène, le terme, qui ne désignait à la base que la littérature, a été étendu à d‟autres aspects du domaine tels que les films, les jeux vidéo et les jeux de rôle.
La première distinction qu‟il convient de faire lorsque l‟on traite de fantasy est celle qui existe entre cette dernière et la science-fiction. Ces genres faisant tous deux partie de la littérature fantastique, il arrive qu‟ils soient confondus. Il existe cependant entre eux des différences majeures. Bien que tous deux aient pour décor des mondes imaginaires, les récits de fantasy se déroulent généralement dans le passé alors que ceux de science-fiction ont lieu dans le futur. Une autre différence importante est que le vecteur de la fantasy est la magie alors que celui de la science-fiction est la science ou la technologie.
La seconde distinction se fait à l‟intérieur du genre lui-même. Le site elbakin.net recense dix sous-catégories différentes :
l‟heroic fantasy aussi appelée Sword and sorcery (Ex : Le cycle des épées de Fritz Leiber)
la high fantasy (Ex : Le Seigneur des Anneaux de John Ronald Reuel Tolkien)
3 http://www.elbakin.net/fantasy/presentation/
la fantasy mythique (Ex : La fille du Roi des Elfes de Lord Dunsany)
la fantasy burlesque ou light fantasy (Ex : Les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett)
la dark fantasy (Ex : Faerie de Raymond E. Feist)
le réalisme magique (Ex : Cent Ans de Solitude de Gabriel Garcia Marquez)
la fantasy urbaine (Ex : Neverwhere de Neil Gaiman)
la science fantasy (Ex : Les Ballades de Pern d‟Anne MacCaffrey)
la fantasy animalière (Ex : Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame)
la fantasy historique (Ex : le cycle de Téméraire de Naomi Novik)
Les plus populaires étant l‟heroic fantasy et la high fantasy, nous allons nous en tenir à ces deux genres puisque le roman choisi pour ce travail relève des deux.
L‟heroic fantasy se focalise sur les aventures d‟un héros qui sera amené à lutter contre les forces du Mal, incarnées par des êtres surnaturels tels que des magiciens, des démons et d‟autres monstres. Ces récits ont généralement pour cadre un monde imaginaire dans le passé (souvent le Moyen-âge).
La high fantasy se déroule dans le même genre de monde que l‟heroic fantasy. La différence principale réside dans le fait qu‟elle se focalise non pas sur le héros, mais sur la lutte entre le Bien et le Mal. Le Bien triomphe généralement à la fin. La high fantasy présente également plus de magie, qu‟elle soit blanche ou noire. On y retrouve souvent une prophétie qui régit la vie et les choix du jeune héros.
La plupart des romans de fantasy (et en particulier de high fantasy) sont des sagas qui se déclinent en plusieurs tomes. Une grande majorité est divisée en trilogies, mais il existe également des sagas plus longues, par exemple A Song of Ice and Fire (Le Trône de fer) de George R. R. Martin, qui compte 4 tomes traduits en 12 en français. À ce jour, l‟auteur a prévu d‟écrire trois tomes de plus. Un autre exemple est la série Les Chevaliers d’Émeraude, d‟Anne Robillard, qui compte 12 volumes.
1.2. Résumé
L‟ouvrage raconte l‟histoire de la famille royale Loinvoyant par les yeux de Fitz, fils bâtard du Prince Chevalerie. Le récit se déroule dans le Royaume des Six-Duchés, principalement dans la citadelle de Castelcerf, où vit la famille royale. Lorsque le prince Chevalerie apprend l‟existence de son fils bâtard, il renonce à succéder à son père, le roi Subtil, sur le trône et se retire de la Cour. Fitz est alors confié à Burrich, le maître d‟écurie, qui l‟élèvera. Il ne connaîtra jamais son père, qui meurt quelques années plus tard.
Fitz reçoit une formation d‟assassin dans le but de servir le roi actuel, Subtil, le père de Chevalerie. Il est également formé à l‟Art, la magie des Loinvoyant permettant de communiquer par la pensée ainsi que d‟imposer des pensées à une personne.
L‟apprentissage de cette magie est très rude et Fitz, haï par son maître Galen, échoue et ne parvient à maîtriser cette magie que de façon aléatoire.
Le royaume des Six Duchés se bat constamment contre les Pirates Outrîliens qui pillent les côtes et prennent des otages qu‟ils renvoient dépouillés de toute humanité. La famille Loinvoyant, désemparée face à cette nouvelle menace, ne sait pas comment réagir et le peuple commence à perdre confiance en son roi en raison de son manque de réaction.
Afin de redonner espoir au peuple, le roi décide de marier son second fils, Vérité, à une princesse montagnarde. Cependant, Vérité est occupé à défendre les côtes à l‟aide de l‟Art en envoyant aux pirates de fausses informations, par exemple, pour les empêcher de voir les récifs afin qu‟ils s‟échouent. Il doit être proche de ses cibles pour pouvoir pratiquer la magie et ne peut donc pas quitter Castelcerf. C‟est son frère Royal qui se rend dans les montagnes en tant qu‟intermédiaire et le mariage est célébré par le biais de l‟Art afin que Vérité puisse y assister depuis la citadelle.
Fitz est chargé d‟accompagner le prince Royal et d‟assassiner le frère de la future épouse de Vérité qui, selon les dires de Royal, serait malade. Le but du roi Subtil et de Royal est que la princesse Kettricken devienne l‟unique héritière de son royaume.
Cependant, Fitz se rend rapidement compte qu‟il a été dupé par Royal, qui veut sa mort. Il refuse donc d‟accomplir sa mission et est empoisonné en même temps que le prince montagnard par les sbires de Royal. Ayant ingurgité moins de poison, il réussit toutefois à survivre, mais gardera toute sa vie des séquelles de cet empoisonnement.
Alors qu‟il est inconscient suite aux mauvais traitements de Royal, Fitz surprend une conversation d‟Art entre Galen, le maître de magie, et le prince Royal qui complotent pour tuer le prince Vérité. Aidé par Burrich, Fitz va réussir à déjouer le complot et à sauver Vérité. Royal ne réussit pas non plus à faire échouer le mariage.
Suite au mariage, les montagnards fournissent du bois pour construire des vaisseaux de guerre et le roi Subtil fait construire des fortifications dans le royaume. La présence d‟une reine à la Cour redonne un peu espoir au peuple dans sa lutte contre les pirates.
1.3. Présentation des personnages principaux
Subtil Loinvoyant
Roi du royaume des Six-Duchés, Subtil s‟est marié deux fois : de sa première union, avec la reine Constance, sont nés les princes Chevalerie et Vérité. Le prince Royal, lui, est né de la seconde union du roi, avec la reine Désir, qui meurt au cours de l‟histoire4. Subtil est âgé et commence à être malade ; il laisse donc beaucoup de responsabilités à ses fils, principalement à Vérité.
C‟est lui qui ordonne que Fitz soit formé comme assassin.
Chevalerie Loinvoyant
Chevalerie est le premier fils du roi Subtil. Il est destiné à lui succéder mais renonce au trône le jour où il apprend avoir engendré un bâtard, Fitz. Chevalerie se retire alors de la cour avec son épouse Patience. Il meurt dans un accident de cheval quelques années plus tard. Burrich et Fitz soupçonneront un meurtre qui ne sera jamais prouvé. Fitz ne connaîtra jamais son père.
4 Un arbre généalogique de la famille Loinvoyant se trouve en annexe.
Dame Patience
Elle est l‟épouse du prince Chevalerie, auquel elle ne donnera jamais d‟enfant. À la mort de celui-ci, elle décide de sortir de sa retraite et se rend à Castelcerf, où elle tente de se rapprocher de Fitz. Ils entretiennent une relation tendue mais, dans la suite de la série, Patience aide beaucoup Fitz à surmonter certains obstacles qu‟il rencontre.
Vérité Loinvoyant
Deuxième fils de Subtil, il épouse, à la fin de ce premier tome, la princesse montagnarde Kettricken. Lorsque son frère Chevalerie renonce à son droit au trône, il devient roi-servant et est chargé de nombreuses responsabilités. Il maîtrise la magie de l‟Art, ce qui lui permet de lutter contre les attaques des pirates outrîliens. Dans la suite de la saga, il joue un rôle majeur dans cette lutte.
Royal Loinvoyant
Il est le troisième fils de Subtil et est très attaché à sa mère. À la mort de cette dernière, il accuse Subtil d‟en être responsable. Il déteste son neveu Fitz et tente de se débarrasser de lui.
C‟est un personnage arrogant et sûr de lui. Contrairement à ses frères, qui veillent au royaume avant tout, il se préoccupe beaucoup de son apparence et peu de son peuple.
FitzChevalerie Loinvoyant
Fitz est le héros de la saga. Il est le fils bâtard du prince Chevalerie et le petit-fils du Roi Subtil. Sa mère est une femme inconnue dont il n‟a aucun souvenir. Il ne connaîtra jamais son père et est élevé par Burrich, le maître d‟écurie de Castelcerf. Il est ensuite formé par Umbre pour devenir un assassin secret au service du roi Subtil.
Il possède la magie de l‟Art mais ne parvient à l‟utiliser que de façon aléatoire. Il maîtrise également la magie du Vif (magie qui crée un lien entre les humains et les animaux), qu‟il doit cacher car cette dernière est considérée comme une tare.
Burrich
Au début du récit, Burrich est le maître d‟écurie de Chevalerie, puis, lorsque celui-ci renonce à sa place à la cour, il se retrouve responsable des écuries de Castelcerf. Il est également responsable de Fitz qu‟il élève seul.
Molly Chandelière
Molly fait partie du groupe d‟enfants de Bourg de Castelcerf avec qui Fitz va jouer chaque fois qu‟il parvient à sortir de la citadelle. Plus tard dans la série, leur relation évolue et ils vivent une histoire d‟amour.
Elle vit seule avec son père alcoolique, qui la bat. Elle s‟occupe de lui et de leur chandellerie depuis qu‟elle est petite.
Le fou
C‟est le bouffon du roi. Personne ne connaît son véritable nom ni d‟où il vient. Il a la peau pâle et semble ne pas vieillir au même rythme que les autres humains ; il est difficile de lui donner un âge. Il s‟exprime généralement par énigmes et parle à peu de monde en dehors du roi et de Fitz. Par la suite, il devient un ami proche de Fitz. C‟est un personnage étrange, difficile à cerner et même Fitz ne parvient pas réellement à le comprendre.
Galen
Il est le maître d‟Art (la magie des Loinvoyants) de Castelcerf. On apprend vers la fin du roman qu‟il est le fils bâtard de la reine Désir, donc le demi-frère du prince Royal. Il a formé les trois princes à l‟Art et il est également chargé de former Fitz. Cependant, il lui voue une profonde haine et s‟arrange pour que Fitz échoue dans son apprentissage.
Umbre Tombétoile
Umbre est le demi-frère du roi Subtil. Il vit caché dans le château et sert d‟assassin et d‟espion au roi. Ayant le visage marqué suite à une maladie et à certaines expériences ratées, il ne présente pas de ressemblance physique avec le roi Subtil. C‟est pourquoi les rares personnes qui le voient ne font pas le lien avec la famille royale et son existence a été oubliée de tous. Il est chargé de prendre Fitz comme apprenti et de lui enseigner
secrètement l‟art de l‟assassinat. Lorsqu‟il doit sortir du château pour ses missions, il se sert d‟un déguisement et utilise le nom de Dame Thym.
1.4. Biographie de l’auteur
Robin Hobb, de son vrai nom Margaret Astrid Lindholm Ogden, est née en Californie en 1952. Alors qu‟elle a 9 ans, sa famille part s‟installer en Alaska pour vivre une vie simple à la campagne. Puis elle part à Denver (Colorado) pour faire des études en communication. Ses études terminées, elle retourne en Alaska, où elle se marie avec un pêcheur. Ils restent quelques années en Alaska, où ils vivent sur l‟île Kodiak. Actuellement ils habitent à Tacoma près de Seattle (Washington). Margaret Lindholm a eu quatre enfants avec son mari et a déjà trois petits-enfants. Elle gagne sa vie grâce à son travail d‟auteur.
Dans les années 70, elle publie ses premiers textes sous le nom de Margaret Lindholm. Ces œuvres sont bien reçues par le public et la critique mais n‟ont pas le succès attendu. Lorsque, en 1995, elle imagine le personnage de Fitz et son univers, elle décide, d‟entente avec son éditeur, d‟inventer le pseudonyme de Robin Hobb. C‟est grâce à sa série de l’Assassin Royal, puis des Aventuriers de la mer qu‟elle gagne une renommée mondiale et se fait un nom parmi les grands auteurs de fantasy, ce qui lui vaut une nomination pour le prix Hugo, qu‟elle n‟a pas obtenu à ce jour.
Malgré son succès sous le nom de Robin Hobb, elle continue d‟écrire sous le nom de Margaret Lindholm. Ses deux noms marquent deux facettes différentes de son style, Margaret Lindholm écrit plutôt de la science fiction et Robin Hobb de la fantasy. Le fait de garder les deux noms lui permet donc d‟écrire dans deux styles différents.
Ses œuvres sous le nom de Robin Hobb comprennent les deux cycles de l’Assassin Royal, le cycle des Aventuriers de la mer et celui du Soldat Chamane. Ils sont suivis de Dragon Keeper, un nouveau cycle, qui est en cours de traduction en français.
1.5. Biographie du traducteur français
Arnaud Mousnier-Lompré est né en 1960. Il vit en France, près de Montpellier avec sa femme et leurs trois enfants. Il traduit des ouvrages de fantasy et de science-fiction.
Il a traduit son premier roman, Galactic Pot-Healer de Philip K. Dick, à l‟âge de 17 ans. Cette traduction n‟a pas été publiée, car le roman avait déjà été traduit. Il n‟a pas suivi de formation de traducteur proprement dite, mais a obtenu une licence en anglais.
En 1988, il fait la connaissance de George W. Barlow, un traducteur qui le met en relation avec la maison d‟édition Presses-Pocket. Puis en 1995, il prend contact avec la maison d‟édition L’Atalante, pour laquelle il travaille encore aujourd‟hui, ainsi qu‟avec Pygmalion, éditrice de Robin Hobb, qui lui confie la traduction de l’Assassin Royal.
Depuis, Arnaud Mousnier-Lompré traduit presque tous les romans de Robin Hobb (26 ouvrages) et s‟est lié d‟amitié avec elle. C‟est l‟auteur elle-même qui demande à la maison d‟édition de confier ses œuvres à Arnaud Mousiner-Lompré. Il traduit également les œuvres d‟Orson Scott Card et de Simon R. Green.
Actuellement, il travaille sur la dernière série de Robin Hobb, Dragon Keeper.
1.6. Biographie de la traductrice italienne
Paola Bruna Cartoceti est née à Milan, où elle a fait ses études à l‟Université catholique du Sacré cœur (Università cattolica del Sacro Cuore). Elle réside encore à Milan aujourd‟hui.
Elle traduit principalement des romans de fantasy. Elle travaille pour la maison d‟édition Fanuci, pour qui elle a traduit, entre autres, la trilogie de l‟Assassin Royal de Robin Hobb et la trilogie de La Pierre Souveraine de Margaret Weis et Tracy Hickman.
2. Éléments théoriques
2.1. Définition du nom propre
Nous allons maintenant donner une définition du nom propre. En effet, le nom propre est une notion très large. Tout d‟abord, il est à différencier du nom commun. La première différence que nous pouvons noter entre les deux sortes de noms se situe au niveau graphique. En effet, comme le fait remarquer Kerstin Jonasson, en français, les noms propres commencent généralement par une majuscule, alors que les noms communs, sauf lorsqu‟ils sont placés en début de phrase, commencent par une minuscule :
Du côté graphique, par contre, le Npr [nom propre] se distingue nettement des autres catégories linguistiques par la majuscule.5
Cependant, il existe quelques exceptions, des noms communs peuvent, dans certains cas, changer de catégorie et se muer en nom propre. Ils ont alors une majuscule (c‟est le cas de la personnification : l’Amour, le Mal) et certains noms propres peuvent commencer par une minuscule (lorsque le nom d‟une personne est utilisé en tant qu‟expression, par exemple : un don juan). Cette différence ne peut donc pas être généralisée. Nous allons étudier les définitions qui nous sont données par le dictionnaire Le Petit Robert afin de voir s‟il existe d‟autres différences:
Nom commun : Mot servant à désigner les êtres, les choses qui appartiennent à une même catégorie.
Nom propre : Mot ou groupe de mots servant à désigner un individu et à le distinguer des êtres de la même espèce.6
Nous pouvons donc voir qu‟il existe une autre différence importante, qui, cette fois, se situe au niveau de la réalité désignée par l‟un et l‟autre des termes. Selon ces définitions, le nom commun peut être utilisé pour désigner n‟importe quelle « chose », qu‟il s‟agisse d‟un être vivant ou d‟un objet. Il est utilisé pour désigner tous les éléments d‟une série, par exemple, le mot chaise désigne n‟importe quel objet faisant partie de la catégorie chaise.
Le nom propre, quant à lui, désigne une catégorie plus réduite : il sert à désigner un
5 JONASSON, Kerstin, Le nom propre : Constructions et interprétations, 1994, p. 25.
6 Le Petit Robert en ligne, http://pr.bvdep.com
individu, plus exactement, il sert à désigner une personne précise au sein d‟un groupe, une personne qui se différencie des autres éléments du groupe. Par exemple, John et Paul sont tous deux des individus, mais, bien qu‟ils fassent partie de la même espèce, ils sont différents.
Nous pensons cependant que la définition que donne le Petit Robert du nom propre est un peu restrictive. En effet, le nom propre ne se limite pas aux seuls êtres humains.
L‟onomastique couvre un domaine beaucoup plus vaste : elle traite des anthroponymes et des toponymes, qui sont les deux catégories principales regroupées sous le nom propre, mais également des ergonymes, des praxonymes, des phénonymes et des zoonymes (ces catégories seront définies plus en détail dans la section suivante).
L‟anthroponymie est la branche de l‟onomastique qui va nous intéresser pour ce travail. Nous allons donc la définir plus précisément. Les anthroponymes peuvent être répartis en plusieurs sous-catégories. Le nom propre, lorsqu‟il désigne une personne, peut en effet revêtir différentes formes. Il peut être un prénom, un nom de famille (alors appelé patronyme) ou encore un surnom. Cet anthroponyme peut également inclure un titre tel que Docteur, Président, ou simplement Monsieur ou Madame. Il peut également, comme l‟indique Gerhard Bauer dans sa typologie du nom propre, être un nom de peuple ou un nom désignant les habitants d‟un pays. Nous étudierons en détail les stratégies de traduction pour les anthroponymes dans la suite de ce travail.
Nous allons définir ici ce que désignera l‟appellation « nom propre » tout au long de ce travail. Bien que l‟on trouve également des toponymes et les zoonymes dans notre ouvrage, nous avons choisi de ne pas les prendre en considération, car il nous serait impossible de tous les traiter. Nous allons donc analyser uniquement les anthroponymes, en particulier les prénoms. Les noms de famille étant peu fréquents dans l‟ouvrage choisi et les surnoms étant absents, nous n‟aurons pas réellement la possibilité de les étudier. En effet, l‟auteur choisit d‟utiliser, la plupart du temps, uniquement les prénoms de ses personnages. Les noms de famille n‟apparaissent, pour la majorité, que lors de la présentation du personnage. En ce qui concerne les gentilés et autres ethnonymes, ils sont peu fréquents et sont traduits de façon littérale ou restent inchangés (le peuple Chyurda, par exemple, conserve son nom original et le nom du peuple des pirates – Outislander en anglais – est traduit littéralement en Outrîliens). Ils ne posent donc pas de problèmes de traduction ici, raison pour laquelle nous les laisserons de côté.
2.2. Nomenclature
Nous allons ici donner quelques définitions de termes utilisés en onomastique, c‟est-à-dire dans l‟étude des noms propres. Pour cela, nous allons nous appuyer sur la typologie établie par le linguiste Gerhard Bauer et reprise par Béatrice Daille, Nordine Fourour et Emmanuel Morin dans l‟article Catégorisation des noms propres : une étude en corpus.7
Bauer répartit les noms propres en six catégories principales :
1. Les Anthroponymes : comprenant les personnes ou les groupes de personnes. Il existe plusieurs sous-catégories d‟anthroponymes : les patronymes (noms de famille), les prénoms, les pseudonymes, les gentilés (habitants d‟une ville ou d‟un pays), les hypocoristes (diminutifs, noms affectueux), les ethnonymes (noms de peuple), les noms de groupes musicaux modernes, d‟ensembles artistiques et d‟orchestres classiques, de partis et d‟organisations.
2. Les Toponymes : comprenant les noms de lieux, dont les pays, les villes, les microtoponymes (noms de lieux restreints, tels que des châteaux ou des bâtiments isolés), les hydronymes (noms des cours d‟eau), les oronymes (noms de montagnes) et les noms d‟installations militaires.
3. Les Ergonymes : c'est-à-dire les objets et les produits manufacturés et, par extension, les marques, entreprises, établissements d'enseignement et de recherche, les titres de livres, de films, de publications, d'œuvre d'art.
4. Les Praxonymes : les faits historiques, les maladies, les événements culturels.
5. Les Phénonymes : les ouragans, les zones de haute et de basse pressions, les astres et
les comètes.
6. Les Zoonymes : les noms d‟animaux familiers.
7 http://w3.erss.univ-tlse2.fr/textes/publications/CDG/25/CG25-7-Daille.pdf
2.3. Traductibilité et sens
Lorsqu‟on étudie les noms propres dans le domaine de la traduction, la première question qui se pose est celle de leur traductibilité, pour déterminer s‟ils sont traduisibles.
Depuis longtemps, de nombreux traductologues et linguistes (par exemple Michel Ballard) se demandent si les noms propres doivent être traduits ou si, au contraire, ils doivent être retranscrits tels quels. Pour nous, répondre à cette question exige de déterminer si le nom propre a un sens, une signification. En d‟autres termes, s‟il est motivé ou non. En effet, en traduction, le sens du texte est primordial. Le traducteur s‟efforce de traduire le sens et ne se contente pas uniquement de trouver des équivalents en langue cible des mots du texte source. Si le mot possède un sens, il est alors un élément de traduction devant être traité par le traducteur. C‟est en fonction de l‟existence ou de l‟absence de ce sens dans l‟original que le traducteur prendra la décision de traduire ou non le nom propre. Nous allons donc maintenant voir si ce sens, ou plutôt, en l‟occurrence, cette connotation existe.
Selon Kerstin Jonasson il y a trois interprétations du sens du nom propre : soit il est considéré comme vide de sens, soit le sens correspond à une description du référent, soit il est considéré comme un prédicat de dénomination (c'est-à-dire que le nom propre ne décrit pas l‟objet mais lui confère un nom)8. La première de ces théories, qui est également la plus ancienne, est défendue, entre autres, par John S. Mill, Alan H. Gardiner et Knud Togeby. Ces linguistes estiment que le nom propre n‟est qu‟un mot servant à désigner une personne en particulier. Pour Mill, le nom propre est le seul mot ne possédant aucune connotation, aucune signification :
The only names of objects which connote nothing are ‘ proper’ names ; and these have, strictly speaking, no signification.9
Au XIXe siècle, on considérait généralement que le nom propre n‟était qu‟une étiquette attribuée à une personne, un simple référent permettant de distinguer une personne d‟une autre. Il n‟avait pour but que de désigner et non pas signifier, comme le souligne Maurizio Viezzi :
8 JONASSON, Kerstin, Op. Cit., 1994, p.114.
9 MILL, John Stuart, A system of logic, 1851, cité d‟après BALLARD, Michel, Le nom propre en traduction, 2001, p.77.
molti studiosi, e per troppo tempo, abbiano voluto negare status linguistico ai nomi propri, rifiutando di riconoscere ai nomi propri stessi un qualsivoglia senso.10
À cette époque, comme le montre André Racicot dans son article traduire le monde11, les traducteurs avaient tendance à traduire automatiquement et systématiquement les anthroponymes. C‟est ainsi que Christoforo Colombo est devenu Christophe Colomb et que Leonardo Da Vinci est devenu Léonard de Vinci. Une personne possédait alors des noms et prénoms différents dans les diverses langues.
Plus tard, ce point de vue a changé et les linguistes se sont rendu compte que le nom propre pouvait être plus qu‟une simple étiquette et qu‟il pouvait posséder une signification ou une connotation, ainsi que l‟affirme Maurizio Viezzi dans son ouvrage Denominazioni proprie e traduzione:
I nomi propri (di persone, animali, luoghi, ...), le denominazioni proprie non sono delle semplice etichette o delle entità la cui funzione e il cui ruolo si esauriscono nelle designazione; sono invece significativi, sono portatori di senso.12
Cela nous mène à la seconde théorie évoquée par Jonasson, celle soutenue par Bertrand Russell et Gottlob Frege, par exemple, et selon laquelle le sens du nom propre peut être une description de son référent, c'est-à-dire de la personne qui le porte (dans le cas des anthroponymes). Cette théorie est pertinente dans certains des cas traités dans la partie pratique de ce travail, car l‟auteur a effectivement choisi certains noms en fonction du caractère de ses personnages. Cependant, dans un contexte plus général et, surtout, plus réel, cette théorie n‟est pas très pertinente en ce qui concerne les personnes, car les parents choisissent un prénom pour la simple raison qu‟il leur plaît et non pas parce qu‟ils pensent que ce prénom décrit bien leur enfant !
La troisième théorie a été élaborée par des linguistes tels que Georges Kleiber, John Algeo et Tyler Burge. Ces derniers pensent que le sens du nom propre est un prédicat de dénomination. En d‟autres termes cela signifie qu‟il ne décrit pas son porteur mais qu‟il lui donne un nom. Cette théorie se situe en quelque sorte entre les deux autres dans le sens ou elle ne nie pas totalement l‟existence d‟un sens du nom propre mais qu‟elle ne le considère pas non plus comme une description de son référent. Le nom propre ici est considéré
10 VIEZZI Maurizio, Denominazioni proprie e traduzione, 2004, p. 25-26.
11 RACICOT, André, traduire le monde, http://www.btb.gc.ca/btb.php?lang=fra&cont=1114, 2008
12 VIEZZI Maurizio, Op. Cit., 2004, p. 25-26
comme ayant un sens plus général. Kleiber donne pour définition de ce sens l‟expression
« être appelé x », le sens du nom propre pour Kleiber est qu‟il permet de désigner une personne précise. Cette théorie est cependant critiquable. En effet, il est possible que deux personnes portent le même prénom ainsi que, bien que cela soit rare, le même nom de famille. Le même nom propre ne se rapporte alors plus à un référent unique mais à deux personnes distinctes.
Selon nous, la théorie la plus pertinente est une quatrième théorie, plus récente, défendue notamment par Laura Salmon Kovarski13 et selon laquelle ce sont les connotations véhiculées par le nom propre qui en composent le sens. Pour Salmon Kovarski, le nom propre est un indicateur du milieu social, ethnique, culturel et pragmatique de son porteur. À ce sujet, nous citerons Cristina Adrada Rafael :
À l‟origine, prénoms et noms de famille étaient des descriptions qui parlaient de la naissance de l‟individu, de l‟histoire de sa famille, ou qui – à la façon des sobriquets – faisaient allusion à des traits physiques ou moraux.14
Il faut néanmoins établir une différence entre fiction et réalité. En effet, les connotations ou indices véhiculés par les noms réels sont indépendants de la volonté du porteur du nom, alors que, dans la fiction, il s‟agit généralement d‟effets recherchés par l‟auteur.
Le nom propre nous permet donc parfois d‟apprendre de nombreuses choses sur la personne qui le porte, comme son origine ou son milieu social. En effet, de nombreux prénoms donnent une indication du pays d‟où est issu son porteur. Ainsi, on présumera que Marie vient d‟un pays francophone et que Mary est, elle, originaire d‟un pays anglophone.
De plus, certains noms ou prénoms sont connotés comme appartenant à une certaine classe sociale. Les patronymes à particule, par exemple, sont une preuve de noblesse. Même si c‟est moins le cas dans la société actuelle, ils restent connotés comme nobles dans la littérature. Les prénoms composés étaient, au début, plus fréquents dans la haute société alors qu‟un prénom tel qu‟Olivier ou Marcel laissait penser que la personne était d‟origine plus modeste. En outre, de nombreux prénoms sont connotés, en particulier ceux ayant
13 SALMON KOVARSKI, Laura, Anthroponyms, acronyms and allocutives in interpreting from Russian, 2002, in GARZONE, G. et VIEZZI M., Interpreting in the 21st Century. Challenges and Opportunities, p.83 cité d‟après VIEZZI Maurizio, denominazioni proprie e traduzione, 200, p. 28.
14 ADRADA RAFAEL, Cristina Rafael, « La traduction de la connotation onomastique en littérature » in BALLARD, Michel, la traduction, contact de langues et de cultures (1), 2005, p.76.
appartenus à des personnages célèbres comme des rois, des impératrices ou des présidents.
Comme l‟écrit Kerstin Jonasson, ces connotations jouent un rôle important lors de l‟attribution d‟un prénom à un enfant par exemple :
ce sens exerce une certaine influence sur l‟attribution des Npr [noms propres] aux enfants, aux produits, aux établissements publics etc.15
Une grande partie de ce sens s‟est toutefois peu à peu perdue. Aujourd‟hui, il est plus difficile de deviner l‟origine d‟une personne par son nom. Cela est en partie dû au phénomène de mondialisation, qui met les différentes cultures en contact les unes avec les autres. De plus, les goûts des parents changent d‟une génération à l‟autre. Il n‟est plus étonnant aujourd‟hui de rencontrer une personne qui s‟appelle Ashley ou Bryan et qui possède uniquement la nationalité française.
Pour cette raison, nous pensons qu‟il faut établir une différence entre les anthroponymes réels et les anthroponymes fictifs présents dans la littérature. Dans le second cas, la signification est plus fréquente et plus importante. Selon Maurizio Viezzi, les noms propres sont utilisés, consciemment ou non, par l‟auteur dans le but de donner certaines informations à son lecteur et de l‟aider dans son interprétation du récit :
[il nome proprio] viene utilizzato dall’autore per comunicare con il lettore, o con lo spettatore, per fornire informazioni supplementari pertinenti alle vicende narrate o suggerire chiavi interpretative.16
Jonasson affirme elle aussi que :
[…] ce type de sens est souvent exploité dans la littérature fictive, où l‟auteur, s‟il n‟écrit pas des romans historiques ou documentaires évidemment, peut librement choisir le Npr [nom propre] de ses personnages en vue d‟éveiller chez le lecteur les réactions désirées.17
Josiane Podeur poursuit dans ce sens en expliquant que l‟auteur d‟une œuvre obéit à certaines règles lorsqu‟il choisit les noms de ses personnages. Il se fonde sur des critères phonétiques, morphologiques et ethnologiques de la culture qui sert de contexte à son récit :
15 JONASSON, Kerstin, Op. Cit., 1994, p.123.
16 VIEZZI, Maurizio, denominazioni proprie e traduzione, 2004, p. 32.
17 JONASSON, Kerstin, Op.Cit. p.123.
l’autore di un’opera letteraria sceglierà i nomi dei suoi personaggi obbedendo a determinate regole fonetiche, morfologiche ed etnologiche della cultura in cui s’innesta.18
Ces connotations culturelles ou indices sont des éléments qui permettent de donner une
« couleur locale » au récit, de l‟ancrer dans une réalité culturelle (Dickens, par exemple, utilise énormément ces indices lorsqu‟il choisit les noms de ses personnages, comme celui de Miss Havisham dans Great Expectations). En donnant à ses personnages des prénoms aux consonances d‟un pays précis, l‟auteur rappelle ainsi à son lecteur l‟origine de ces personnages.
Nous avons donc établi l‟existence d‟une signification du nom propre véhiculée par les connotations ou indices, bien que cette signification soit plus fréquente dans la fiction littéraire que dans le monde réel. Un dernier point que nous tenons à préciser au sujet des connotations est qu‟elles peuvent être très différentes d‟un pays à l‟autre ainsi que d‟un individu à l‟autre. En effet, les individus ont tous des connaissances encyclopédiques différentes en fonction de leur âge, de leur culture ou de leur classe sociale. Les connotations transmises par l‟auteur varient donc en fonction du lecteur, ce qui complique la tâche du traducteur, car il doit s‟assurer que la connotation véhiculée par le nom propre dans sa traduction corresponde à la connotation de la langue source.
Nous allons maintenant nous pencher sur la question de la traductibilité de ces noms. Comme nous l‟avons vu précédemment avec les exemples tirés de l‟article d‟André Racicot (Christoforo Colombo pour Christophe Colomb et Leonardo Da Vinci pour Léonard de Vinci), en ce qui concerne les noms des personnes réelles, les premiers traducteurs avaient tendance à les traduire, pour ainsi dire, sans se poser de question.
Plus tard, la tendance s‟est inversée et, lorsqu‟il s‟agit de personnes réelles, existantes ou ayant existé, les traducteurs se limitent à reporter le nom sous sa forme originale à moins qu‟une traduction n‟existe déjà, auquel cas le traducteur devra se conformer à la forme existante. On utilise aujourd‟hui généralement le report pour la raison somme toute assez évidente que le nom propre désigne une personne précise et unique. En effet, le nom d‟une personne marque son identité. Un changement de ce nom entraînerait
18 PODEUR, Josiane, Nomi in azione, il nome proprio nelle traduzioni dall’italiano al francese e dal francese all’italiano, 1999, p.121.
en quelque sorte une modification de cette identité. Ainsi, le nom George W. Bush désigne uniquement l‟ancien président des États-Unis (en fonction de 2001 à 2009). Ainsi, il ne viendrait à l‟idée d‟aucun traducteur aujourd‟hui de l‟appeler Georges W. Buisson !
Le problème est différent en littérature, car le nom propre y possède un sens plus ou moins important pour le récit. La question se pose alors de savoir si le traducteur doit garder une certaine référence à la culture et au pays source ou s‟il doit, au contraire, présenter à son lecteur des prénoms plus « familiers ». Ici, la tendance varie selon les genres et les traducteurs. Selon Cristina Adrada Rafael,
Le rôle du traducteur est alors de comprendre le rapport existant entre nom propre et personnage, sans oublier la valeur de ce nom dans la culture du texte de départ.19
Lorsque le traducteur a compris ce rapport, il est en mesure de décider ce qu‟il convient de conserver : le nom choisi par l‟auteur, son sens, son ancrage dans une réalité culturelle ou politique, etc. Il est important de préciser qu‟il n‟existe aucune solution « miracle ». Le traducteur doit analyser les différentes possibilités qui lui sont offertes avant de prendre une décision, qui variera selon le contexte et le texte à traduire.
Ce problème se pose encore un peu différemment lorsque l‟on étudie la fantasy. Les noms et les prénoms utilisés par les auteurs dans ce genre de roman sont souvent des noms issus de leur imagination, des noms inexistants dans le monde réel. Ces noms peuvent être des noms totalement imaginaires ou conserver un lien avec notre monde. Par exemple, dans l‟ouvrage que nous allons étudier, l‟auteur a choisi pour certains des protagonistes des noms communs, qui sont de plus des noms de vertus (Vérité, Joyeuse), alors que d‟autres noms ont été inventés de toute pièce. Le traducteur doit alors décider si le sens prime sur la forme ou si, au contraire, la forme est plus importante.
En ce qui concerne les toponymes (autre branche importante de l‟onomastique), les usages de traduction sont plus ou moins fixés. En effet, une grande majorité des noms de lieux importants (c'est-à-dire dont le nom est connu au-delà des frontières nationales) ont une traduction officielle, qu‟il convient d‟utiliser dans tous les cas. Dans le cas où ce nom officiel n‟existe pas, la tendance est à la conservation du nom sous sa forme originale. Les noms de pays ou de monuments importants sont donc traduits (p. ex. Switzerland/Suisse ;
19 ADRADA RAFAEL, Cristina Rafael, Op. Cit., 2005, p.86.
The White House/la Maison Blanche) alors que les noms de rues sont généralement repris tels quels.
Pour ce qui est des référents culturels (ce qui, chez Bauer, constitue la catégorie des ergonymes), les stratégies de traduction varient. Pour certains référents culturels, des traductions officielles recommandées existent (Easter/Pâques ; American Civil war/Guerre de Sécession), alors que, pour d‟autres, le choix est laissé au traducteur, qui décidera de traduire le nom dans certains cas et de le reprendre sans le changer dans d‟autres. Ces deux phénomènes se retrouvent dans la traduction des titres de film (par exemple, Alien vs.
Predator ou Black Swan ont gardé leur titre original alors que The Lord of the Rings a été traduit).
2.4. Les différents procédés de traduction du nom propre
Dans ce chapitre, nous allons étudier les différentes possibilités dont dispose le traducteur lorsqu‟il est confronté à des noms propres. Quand on parle de traduction
« générale », on distingue deux courants différents : certains traducteurs optent pour une traduction proche du texte et du public source, une traduction plus proche de la lettre de l‟original, alors que d‟autres axent leur traduction sur le texte et le public cible. De nombreux linguistes et traductologues ont analysé ce phénomène et il en ressort une terminologie assez variée, désignant en fin de compte des méthodes de traduction similaires.
Georges Mounin, pour décrire ces deux courants, utilise l‟opposition entre « verres colorés » (des traductions dans lesquelles on ressent l‟intervention du traducteur à travers des adaptations) et « verres transparents » (c‟est-à-dire des traductions dans lesquelles le traducteur est invisible). Eugène Nida, quant à lui, a créé les termes « équivalence formelle » (c‟est à dire que le traducteur met l‟accent sur la forme et le contenu de l‟équivalence) et « équivalence dynamique » (pour laquelle le traducteur prend en compte la culture de la langue cible dans le but de produire le même effet chez le lecteur cible que chez le lecteur source)20. La terminologie que nous avons choisie est celle d‟un troisième
20 Notes personnelles du cours Théories contemporaines de la traduction, donné par le professeur GUIDÈRE Mathieu, semestre de printemps 2010.
traducteur et traductologue, Jean-René Ladmiral. Il utilise les termes « sourcier » et
« cibliste ». Nous avons choisi ces deux termes car nous pensons que ce sont les plus parlants et les plus clairs. Ladmiral définit ces deux tendances ainsi :
j‟appelle « sourciers » ceux qui, en traduction (et particulièrement en théorie de la traduction), s‟attachent au signifiant de la langue du texte-source qu‟il s‟agit de traduire ; alors que les « ciblistes » entendent respecter le signifié (ou, plus exactement, le sens et la « valeur ») d‟une parole qui doit advenir dans la langue- cible.21
Les termes signifiant et signifié sont des concepts créés par le linguiste Ferdinand de Saussure et qui signifient respectivement l‟image acoustique d‟un mot (le mot lui-même) et le concept auquel il renvoie. Selon Ladmiral, les traducteurs sourciers s‟attachent au signifiant, ils cherchent à traduire le mot lui-même, sa forme, alors que les traducteurs ciblistes traduisent le concept véhiculé par le mot en question. Les premiers font donc une traduction plutôt littérale du texte alors que les seconds vont plus chercher à l‟interpréter et à en retransmettre le sens. Nous tenons cependant à préciser que selon nous, un traducteur n‟est pas uniquement sourcier ou cibliste. En effet, nous pensons que le traducteur opère des choix en fonction du texte et de son contexte. Il est donc possible qu‟à l‟intérieur d‟un même texte, il ait une approche parfois sourcière et parfois cibliste.
En ce qui concerne la traduction des noms propres, nous allons reprendre les procédés définis par Michel Ballard dans son ouvrage Le nom propre en traduction. Les exemples que nous utiliserons pour illustrer ces différents procédés sont pour la plupart tirés de cet ouvrage. Ces procédés peuvent être répartis en deux groupes : les procédés sourciers, comprenant le report, la transcription et l‟assimilation phonétique ou graphique et les procédés ciblistes, comprenant la traduction plus ou moins littérale, la « désignation distincte », la « différence de concentration » et ce que nous appellerons la « création lexicale ».
Nous allons commencer par les procédés sourciers, également appelés procédés de
« non-traduction » par Michel Ballard. Comme nous l‟avons vu dans le chapitre précédent, ils sont utilisés lorsque le traducteur estime que la forme du nom est plus importante que son sens. Nous tenons à préciser que le fait de parler de procédés de « non-traduction » ne
21 LADMIRAL, Jean René, « Sourciers et ciblistes », in La traduction: revue d’esthétique, n° 12, 1986, p.33.
signifie pas un échec de la part du traducteur, mais qu‟il s‟agit bien d‟une décision délibérée de ce dernier.
2.4.1. Les procédés sourciers 2.4.1.1. Le report
Le report est le principal procédé sourcier, ou procédé de non-traduction. Il consiste simplement à reprendre le nom propre sous la même forme que dans le texte source sans lui apporter la moindre modification. Ce procédé est utilisé, comme le dit Ballard, lorsque le nom propre ne peut être modifié car il désigne une personne précise :
La raison pour laquelle on pratique le report avec un terme comme le nom propre est liée à sa nature de désignateur rigide qui ne saurait varier de forme, parce qu‟il renvoie à un référent unique et ce de façon censée être stable.22
Comme nous l‟avons vu précédemment, le report est le procédé le plus couramment utilisé aujourd‟hui lorsqu‟il s‟agit de noms de personnes réelles (par exemple : Georges Bush, Nicolas Sarkozy). Il est également fréquemment utilisé dans la littérature, lorsque le traducteur décide, par exemple, de maintenir la couleur locale, et, ainsi, de rappeler l‟origine du personnage en question. C‟est le cas, par exemple, dans le roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary, où les personnages gardent leurs prénoms français dans la version traduite en anglais. Cela permet d‟éviter une incohérence.
2.4.1.2. La transcription et la translittération
La transcription et la translittération sont deux procédés très proches. C‟est pourquoi Michel Ballard les a réunis en une seule catégorie. La transcription est le fait de
représenter les sons effectivement prononcés23
22 BALLARD, Michel, Le nom propre en traduction, 2001, p.16.
alors que la translittération est le fait de
rechercher pour chaque lettre ou suite de lettre, une lettre ou suite de lettres correspondantes sans s‟inquiéter des sons effectivement prononcés24.
Pour illustrer cette différence, nous reprenons l‟exemple de Jean Dubois que cite Ballard dans son ouvrage :
Popov est une translittération d‟un nom russe (elle suppose que le lecteur français sache que „v‟ se prononce „f‟ dans cette langue), Popoff est sa transcription.25
Ces deux procédés sont, toujours selon les propos de Ballard, deux formes de report :
la translittération et la transcription représentent donc des formes de report : la translittération étant un effort pour présenter une graphie doublement étrangère, la transcription, une tentative de préservation de la prononciation étrangère.26
En effet, il ne s‟agit pas de traductions proprement dites mais d‟adaptations au système phonétique de la langue cible. La transcription et la translittération sont utilisées dans les cas ou la langue cible et la langue source utilisent des alphabets différents. Il s‟agit en fait de retranscrire le nom de la langue source dans l‟alphabet de la langue cible.
Le nom propre est « adapté » à la graphie de la langue cible mais n‟est pas fondamentalement modifié. Ce procédé est utilisé uniquement dans le but de permettre au lecteur de pouvoir lire le nom dans un alphabet qu‟il maîtrise.
La translittération est, par exemple, utilisée dans la presse pour citer des hommes politiques étrangers originaires de pays ayant un alphabet différent du notre (par exemple Путин pour Poutine et يفاذقلا رمعم pour Mouammar Kadhafi).
Cette méthode peut toutefois poser des problèmes si les différents traducteurs ne sont pas assez vigilants. En effet, une fois qu‟un nom a été transcrit, ou translittéré, une
23 DUBOIS, Jean, GIACOMO, M., GUESPIN, L. et al., Dictionnaire de linguistique, 1973, p.498, cité d‟après BALLARD, Michel, Le nom propre en traduction, 2001, p.27.
24 DUBOIS, Jean, Op. Cit., 1973, p.498, cité d‟après BALLARD, Michel, Le nom propre en traduction, 2001, p. 27.
25 DUBOIS, Jean, Op. Cit., 1973, p. 498, cité d‟après BALLARD, Michel, Le nom propre en traduction, 2001, p.27.
26 BALLARD, Michel, Op. Cit., 2001, p. 27.
première fois, il est impératif que les autres traducteurs reprennent cette traduction et n‟en créent pas d‟autres. Dans le cas contraire, on trouvera plusieurs orthographes différentes pour le même nom, ce qui peut être cause de confusion. Pour illustrer ce problème, nous citerons un article que nous avons lu sur internet et qui explique que 112 manières différentes d‟écrire Mouammar Kadhafi ont été recensées dans la presse anglo-saxonne :
Comme la première lettre arabe de son nom ne correspond à aucune lettre ou son dans l'alphabet latin (utilisé par l'anglais ou le français), on recense des centaines de versions. En France en revanche, les médias semblent s'accorder sur une seule orthographe: Kadhafi. Selon un rapport d'ABC News cité par l'Irish Times, il existerait 112 orthographes différentes dans la langue anglaise […].27
2.4.1.3. L’assimilation phonétique et graphique
L‟assimilation phonétique et graphique n‟entraîne pas non plus de changement fondamental. La tâche du traducteur consiste à franciser ou à angliciser le nom à traduire.
Comme le dit Ballard, ce procédé n‟est plus beaucoup utilisé :
l‟assimilation phonétique affecte essentiellement les noms des personnages historiques, et surtout ceux qui sont pratiquement réduits à un prénom.28
Dans cette catégorie, on retrouve par exemple les noms des personnages bibliques comme Moïse/Moses et les noms de l‟Antiquité comme Cicéron/Cicero.
2.4.2. Les procédés ciblistes
Nous allons maintenant passer à la seconde catégorie dans laquelle le traducteur décide de traduire le nom propre. S‟il est cibliste, il décide que le sens prime sur la forme.
Il veut conserver le sens que l‟auteur du texte source a donné au patronyme afin que le lecteur cible puisse en profiter et l‟apprécier.
27 http://www.slate.fr/lien/34639/112-maniere-ecrire-kadhafi
28 BALLARD, Michel, Le nom propre en traduction, 2001, p.30.
2.4.2.1. La traduction plus ou moins littérale
La « traduction plus ou moins littérale », comme son nom l‟indique, revient
« simplement » à traduire mot-à-mot le nom. Cette méthode ne peut donc être utilisée que lorsqu‟un équivalent existe. Dans le cas contraire, le traducteur doit recourir à la création lexicale, procédé que nous verrons par la suite.
La traduction littérale est fréquemment utilisée pour les lieux (la Mer Morte pour the Dead Sea) mais également pour les noms de personnages historiques, tels que les souverains ou les personnages importants (Guillaume le Conquérant pour William the Conqueror, Alexandre le Grand pour Alexander the Great) ainsi que pour de nombreux référents culturels, par exemple pour les fêtes liturgiques (Vendredi saint pour Good Friday) ou les événements historiques (The Thirty Years war pour La guerre de Trente Ans).
Dans la littérature, ce procédé est, par exemple, utilisé pour les personnages de contes de fées (Cendrillon/Cinderella, Blanche-Neige/Snow-White). En effet, dans ce genre de récit, il s‟agit de noms « dont la composition est proche de celle du surnom29 ». Ce sont des noms qui décrivent leur porteur (bien qu‟il y ait quelque exceptions : la Belle au bois dormant par exemple), il est donc important d‟en conserver le sens.
2.4.2.2. La désignation distincte
La désignation distincte intervient principalement pour les noms de lieux et quelques référents culturels. Ce procédé revient à adapter un nom propre totalement différent de l‟original : deux termes distincts sont utilisés pour désigner la même réalité.
Selon Ballard :
ce phénomène est parfois révélateur d‟une appropriation linguistico-culturelle différente de lieux mitoyens ou ayant fait l‟objet de contestations ou de rivalités.30
29 BALLARD, Michel, Le nom propre en traduction, 2001, p.33.
30 BALLARD, Michel, Ibid, 2001, p.36.
En d‟autres mots, Ballard explique cette situation par le fait que des populations linguistiques différentes peuvent nommer un même lieu de façon tout à fait différente en raison de leur histoire ou de leur appartenance culturelle différentes.
Voici quelques exemples de désignations distinctes tirés de l‟ouvrage de Ballard : The English Channel/ la Manche ; the Falklands/Les Malouines ; Easter/Pâques ; le 14 Juillet/Bastille Day.
2.4.2.3. La différence de concentration
La différence de concentration est plus un phénomène auquel le traducteur doit s‟adapter qu‟un procédé de traduction. Elle s‟observe quand le nom est plus long ou plus court dans une langue que dans l‟autre (par exemple dans le cas de la siglaison ou de la troncation).
La différence de concentration apparaît fréquemment dans le cas des sigles. Elle peut être utilisée pour les toponymes ainsi que pour les anthroponymes. Un exemple de toponyme est le sigle US, qui doit être traduit en français, soit par un autre sigle : USA, soit par le nom complet : Les États-Unis. Pour les anthroponymes, ce phénomène se produit lorsque l‟on utilise les initiales, comme dans le cas de J.F.K pour John Fitzgerald Kennedy.
2.4.2.4. La création lexicale
Nous souhaitons parler d‟un dernier procédé, que nous appellerons la création lexicale. Elle est utilisée par le traducteur pour gérer les jeux de mots ou de sons. Elle lui permet de traduire un nom qui n‟aurait pas d‟équivalent « officiel » tout en conservant un jeu de mot ou une rime par exemple.
Il s‟agit d‟un procédé plutôt artificiel utilisé, principalement en traduction littéraire.
On en trouve également dans les noms de marques ou de magasins. Par exemple le slogan de la marque de moutarde Maille : « il n‟y a que Maille qui m‟aille », celui des magasins Lapeyre : « Lapeyre, y‟en a pas deux ! » ou encore la ligne de magasins de chaussures
« Pompes funèbres ». Cependant dans le cas des marques, étant donné qu‟il s‟agit généralement de noms déposés, le traducteur n‟a malheureusement pas la possibilité de les modifier et donc de conserver le jeu de mots.
En littérature, au contraire, ces jeux de mots et de sons peuvent être traduits, il est même important que le traducteur s‟efforce, dans la mesure du possible, de le faire car il y a là une volonté de l‟auteur. Dans cette situation, il n‟y a aucune règle fixe. C‟est au traducteur de décider au cas par cas et, surtout, de faire preuve de créativité.
Ces créations sont assez fréquentes, entre autres, dans la littérature fantastique lorsqu‟il n‟existe aucun équivalent et que le traducteur juge qu‟il faut conserver le sens, comme dans le cas de certains noms propres de notre ouvrage (par exemple : Wallace).
Cette méthode peut également être nécessaire dans la littérature enfantine, qui utilise souvent des jeux de mots ou de sons (Les albums illustrés Le prince de Motordu en sont gorgés. Le personnage fait, par exemple, des batailles de Poules de neige31).
31 http://fr.wikipedia.org/wiki/Prince_de_Motordu