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Benoît XVI et sida : premier mea culpa ? (2)

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Revue Médicale Suisse

www.revmed.ch

22 décembre 2010

Affaire délicate qui conduit à faire se croiser le théologique, la sexualité et la santé publique

1 Théry I. Les ambiguïtés du modèle biolo- gique français. Esprit novembre 2010.

Ce texte est tiré de l’ouvrage d’Irène Théry «Des humains comme les autres.

Bioéthi que, anonymat et genre du don».

Paris : Editions de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, 2010. ISBN EHESS : 978-2-7132-2265-8.

actualité, info

point de vue

Poursuivons notre entreprise de décryptage initiée à partir du der­

nier – et spectaculaire – message émis depuis le Vatican et con­

cernant le possible usage du pré­

servatif (masculin) à des fins de prévention de la transmission (sexuel le) du VIH (Revue médicale suisse du 15 décembre). Affaire délicate qui, en ce début du troi­

sième millénaire, conduit à faire se croiser le théologique, la sexua­

lité et la santé publique. Et profi­

tons d’un texte signé de la socio­

logue Irène Théry, publié dans une récente livraison de la revue Esprit.1

L’auteure milite ouvertement pour la levée de l’anonymat des donneurs de spermatozoïdes ce qui ouvrirait un nouveau droit : celui de «connaître ses origines».

Elle s’intéresse donc, tout naturel­

lement, aux raisons qui ont con­

duit à développer cette pratique pour pallier la stérilité masculine.

En France, à la veille de la révision de la loi de bioéthique de 2004, une telle question fait aujourd’hui débat. La plupart des institutions médicales sont contre, de même qu’une majorité de parlementai res.

Pour autant, le gouvernement a, dans son projet de loi, entrouvert (fort modestement) la porte à cette possibilité. Mais quel rapport, dira­t­on, entre les déclarations papales sur le préservatif et la possible levée de cet anonymat ? C’est que la réflexion menée par Irène Théry conduit à s’intéresser à l’impact de la morale religieuse catholique sur certaines pratiques médicales ainsi que sur plusieurs questions de santé publique.

Dès la fin du XIXe siècle, l’Eglise avait condamné l’insémination artificielle avec le sperme du con­

joint qu’elle considérait comme une pratique «contraire à la loi naturelle». Quant à l’insémination artificielle avec le sperme d’un donneur, c’était ni plus ni moins qu’un adultère biologique ; adul­

tère pourtant très vraisemblable­

ment secrètement commis dans l’ombre de certains cabinets mé­

dicaux privés. Puis les choses commencèrent à bouger dans les années 1960. «De plus en plus nombreux, parmi les jeunes mé­

decins, sont ceux qui considèrent alors que la détresse des couples stériles, le cheminement des hom­

mes vers une forme de deuil de leur fertilité, leur généro sité envers leur compagne afin qu’elle puisse con naî tre le bonheur d’enfanter (…) sont des valeurs humaines bien supérieures à celles que dé­

fendent les représentants patentés des "assises du mariage, de la fa­

mille et de la société"», rappelle Irène Théry.

C’est dans ce contexte que sont créés en France, au début des an­

nées 1970, les premiers «Centres d’étude et de conserva­

tion du sperme». Ils le sont à l’initiative du Pr David, dans l’espace hospitalier public et sur la base exclusive du bé­

névolat et de l’anonymat (à l’ima ge du don de sang et, plus tard, de celui des orga nes). Les médecins et les biologistes catholi ques (dont le Pr David) qui développaient alors cette activité connaissaient les interdits du Vatican ; mais ils postulaient qu’une évolution était possible comme le laissait espérer le concile Vatican II et en dépit de l’Encyclique Humanae Vitae «sur le mariage et la régulation des naissan­

ces» de juillet 1968 qui interdisait solen nellement toute forme de dissocia tion entre sexualité et pro­

création. En 2008, célébrant les quarante ans de ce texte, Benoît XVI devait réaffirmer la doctrine officielle de l’Eglise catholique sur ce sujet.

Il faut ajouter une autre donnée essentielle : les Instructions réunies sous le titre «Donum vitae sur le respect de la vie naissante et de la dignité de la procréation» et pu­

bliées en février 1987 par la Con­

grégation pour la doctrine de la foi ; une institution dirigée alors par le cardinal Joseph Ratzinger qui n’était pas encore devenu Benoît XVI. La doctrine était ex­

plicite. Il existe une «loi morale naturelle». Cette loi «exprime et

prescrit les finalités, les droits et les devoirs qui se fondent sur la nature corporelle et spirituelle de la personne humaine». Et cette même «loi morale naturelle» dé­

signe un cadre (le mariage) et une pratique (l’acte sexuel) pour ce qui est de la reproduction humaine.

Une trinité, en somme, pour la transmission de la vie dans ses di­

mensions sexuelle, matrimoniale et reproductive. On peut dénoncer un tel système, le regretter, en rire.

Mais on ne peut pas dire qu’il n’y a pas, ici, une profonde cohérence.

En 1987, c’en était donc définitive­

ment fini de tout espoir d’évolution.

Pour les observateurs plus aucun doute, l’heure de la «reprise en main» avait sonné et ce en dépit (ou malgré) la généralisation de la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse et le déve­

loppement croissant des tech­

niques d’assistance médicale à la procréation. En dépit également de la progression de l’épidémie de sida puisque l’usage du pré­

servatif (outil contraceptif) était prohibé.

Or, c’est dans ce contexte que

Benoît XVI nous parle aujour d’hui du préservatif. A la question : «Vou­

lez­vous dire que l’Eglise catholi­

que n’est de fait pas opposée en principe à l’usage de préservatifs ?»

il répond : «Bien entendu, elle ne considère pas cela comme une solution véritable ni morale, mais dans tel ou tel cas il peut néan­

moins y avoir, dans l’intention de réduire le risque d’infection, un premier pas dans un mouvement vers une manière différente, une manière plus humaine, de vivre la sexualité.» «Dans tel ou tel cas» ? On pourra voir ici le début de la fin de la cohérence du sys­

tème.

(Fin)

Jean-Yves Nau [email protected]

Benoît XVI et sida : premier mea culpa ? (2)

Wikipedia, Fabio Pozzebom

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