Boston Médical Library
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^1^1 ^
LA VISION
CONTENANT
.5
L'EXPLICATION DE UÉCRIT
INTITULÉ:
TMACES DU MAGNÉTISME,
E T
LA THÉORIE
DES
VRAIS SAGES.
Et les Dodeurs viendront à notre école.
A M E M P H I S,
Et fe trouve
A Paris
^Chez Couturier 5 Imprimeur-Libraire , Quai
des Augudins.
1784.
\ \
^
iljne
litplus d^^Vrages
frivoles*Chacun cherche dans
les livres qu'ilacheté du
favoir 8cde
Tinflruétion :quel
livre doit êtreplus acheté que
celui-ci!
On ne peut
fe dilîîmulercombien
Torganifation phyfîque
influe fiir les difpofîtionsde
Tefprit,&
furtout
ce qui dépend de nos
idées; auffine
doit-on pas
êtreétonné de Taffluence des Elèves qui
ferafïemblent chez
M. Mefmer. On
fepropofe de
luiélever une
ftatue,aux pieds de
la-quelle on gravera
cesmots
:Difcipuli Magijîro.
Ileût
été juftede
préférerceux-ci
:Gratus
erit orhis.Aij
IV
AVERTISSEMENT.
Lés fages de tous
lespays voya- geoîent dans ilnde^ pour étudier fous
lesPhilofophes Indiens. On vient du
fèptentrion & du midi pour prendre
les
leçons de ce grand homme. Les Américains
,dont Torganifation
eftplus
fenfîble& plus
irritableque
celledes Habitans de
l'ancienMonde
,
accourent de
l'autrepôle pour rendre
hommage à fon
artmerveilleux.
LA VISION.
lumii.imn'.JAJfaiijaBjHf iJut:^^mi3»mmmiiuejvm4,!!s!ji,.*i,i^mar<iiiK^jL^^
CHAPITRE PREMIER.
Comment
je rêvau.JLjT
j'étaiscouché
dansun
lit de duvet - dont les rideaux étaient d'une gaze légère,
& mes
fens étaient plongés dans cet étatde langueur
&
d'ivreffe qui fuitune heu-
reufe nuit. C'était pendant l'été ,
&
le foleildu
matinne
pénétrait dans lachambre que
par
une
fente très-petite.Mes
mains étaientcroifées fur
mon
eftomac ^&
le bras flexiblede
Zoë
preffait autour demon
col,&
jecroyais dormir. Alors je crus entendre parler vingt perfonnes à la fois ,
&
cependanttoutes ces paroles fortaient de la
bouche
d'un feul
homme
p dont la langue&
lesAiij
'•'^^<jfl»^.i9u.'^«•»*-
ïl^res s'agitaient avec
une
extrême rapidité.^Jne figure,
que
je crus reconnaître , m'ap- psiwt 5 ôc c'était celle dun homme
gros ôc court5 dontle front étaitchauve &
le vîfàgerond
: il était tout couvert d'infcriptions^de chiffres
&
de talifmans^ ôc vêtu d'une robe longue qui tenaitdu
coftume de toutesles nations.
A
droite, je la prispour une
robe d'avocat; à
gauche^ pour
celle d'un-prêtre égyptien,
&
par devant , pourune
redingote à l'anglaife. Il tenait d'unemain une queue de vache
noire ,&
de l'autreune
brochure,&il me
dit : Jeunehomme
^
prends
&
lis'^ à: je n'en voulus rien faire, car j'aimaismieux
l'entendre^ attenduque,
s'il ne difait pas bien ,
du moins
il parlait facilement, au lieuque
fon livre, chargé d'hiéroglyphesque
je ne favais pas expli- quer, contenait des cliofesmoins
intelli- gibles encore.[7]
CHAPITRE IL
Quel
était ce Perfonnage.JLjT
il parla en ces termes : j'aivécu
danstous les
temps;
jeme mêle
de tout,&
ne
fuis rien ; je m'intéreffe dans les affaires des favants , fans mife de fonds ,comme
autrefois
une femme en
crédit dans les affairesdu
roi. J'ai foin d'aller troisou
quatre fois la femaine dans
un
palaisma-
gique 5
où
fe raffemblent fousmes yeux
tout ceque
leshommes
ont faitde
bien&
demal
depuis lecommencement du
monde.
Je choifis dans la multitude des objetsceux que
je crois dignes de remplirma mémoire
^&
jeme
dis enfuite Tefprit desbeaux
efprits , le favant des favants ôc le fage des fages.A
iv[8]
ij.*.
';jg8."a..f 'i"wTJiJi^jjgiwr'
C H A P
IT R E
I IL
Comment
il fut interrompu.Aïs
tout àcoup
parutun
fpeûre à -jcheveux blancs, fec&
décharné ; lespom-
.mettes de fes joues étaient faillantes , fa
Jbouche édentée ,
&
lacoupe
de fon vifage.tenait à la fois de
l'homme & du
finge.Cependant
fesyeux
étaient vifs; mais fon^frpnt fiilonné de rides
&
fon teinthâve
décelaient la mifere
&
le chagrin ,&
ilétait écrit fur fon front,
monde
primitif..'
— Je
fuis 5me
dit-il, Finterprète de l'an- tiquité , le confident deThaut
, Texpli- cateur des infcriptions phéniciennes,&
lavictime de l'ingratitude
du
genrehumain
envers fes inftituteurs ; mais
comme
je faisque
ce crime eft loin de toncœur,
je viensî'avertir des erreurs dans lefquelles ce faux prophète voudrait t'entraîner.
En
paraiffançchercher dans l'antiquité les traces
du
ma-*gnétifme, le petit livre qu'il te préfente
,
%md
à décrier cette découvertefubUmQ
[p]
d*un
homme
heureux&
fage.Les
chofesqu'il cite ^ font
bonnes
en elles-mêmes ; mais il les altère&
les dénature par lamauvaife application qu'il
en
fait ,comme
un
mauvais eftomac corrompt les meilleurs alimens ^&
au lieu d'en tirer les fucs nour-riciers qu'ils devaient produire , il les trans-
forme
en fubftances& humeurs
malignes.Auffi-tôt il fît paraître les pointes d'un tri- dent magnétique ,
&
fît évanouir le parleurgros
&
court,comme
le vent chafTeun
léger nuage.
CHAPITRE IV.
Prophéties du Savant malheureux.
S ANS
l'influence falutaire deM. Mefmer,
ah!
que
leshommes
feraient à plaindre, reprit le créateurdu monde
primitif! Si j'avais fuivi les confeils de ce mortel fecou- rable ; fi j'avais interrompu les travauxque
je ne cefTais de confacrer à l'ingrat univers , je n'îiiurais pas fi-t;ôt; vifité les lieux fombres
[10]
qo^habîtent Voltaire
& Fréron
^ Céfar ôc Terfite : maïs ce quime
confole d'êtreparmi les morts , c'eft
que
je connais à préfent la vérité du magnétifme^& que moi
qui
ne
fuisoccupé que du
paffé^ je fais le préfent&
l'avenir. Alors il prit le ton&
la¥oix d'un prophète.
Les mœurs,
dit-il> achè- veront de fe corrompre; le charlatanifme s'élèvera fur les ruines de la philofophie ; les compilations&
les critiques fur cellesde la littérature.
O
Paris ! ville de luxe 3 fîfloriffante
&
fi peuplée, de quels fléaux îi'es-tu pasmenacée
?La
farce italienne s'empareradu
théâtre de Corneille ,& en
voyant une
pièceoù
il n'y a pasun honnête
homme
_,on
dira : cette pièce eft charmante.Voilà les
mœurs du
temps.Et
desdrames
lugubres feront applaudis au théâtre Italien;des fcènes d'épouvante
&
d'horreur fuccé-deront
aux madrigaux que
l'on chantait à l'opéra; le jufte&
l'injufte deviendrontarbitraires : je vois arriver la confufion de Babylone.
A
cette trifte prédiâion <, je visqu'il était de mauvaife
humeur
, puifque bien des gens approuvaient ce qu'il difaic[Il]
être mal.
Cependant
je n'ofaîs l'Inter-rompre^ &
il pourfuivit ainfi :—
maisun
homme
inftruit par la Divinitémême
yun
homme
félonmon cœur,
ramènera l'âge d'or; il établira ladouce
confraternité entreun
grandnombre d'hommes
de différentsétats
&
de différents caraftères , qui ne s'é- taient jamais vus ^&
qu'aucune caufe nefemblait devoir rapprocher; tous fe réuni- ront pour opérer
une
heureufe révolution dans la phyfique&
dans la morale;&
ceferont des
hommes
d'une efpèce rare , carils promettront de garder le fecret fur ce
qu'ils apprendront y
&
nul d'entr'euxne
trahira fon ferment. Je vois l'inftant
où
lesmaux
de toute efpèce feront calmés&
guéris fans le fecours aveugle de la
méde-
cine vulgaire, qui bleffe prefque toujours
le malade ^ en voulant frapper la maladie.
Par les foins de ce grand
homme
, l'équi-libre de la circulation
du
fluide univerfel, fe rétabliffant parmi les gensdu monde
,
les
femmes &
les jeunes gens , préviendrales progrès des folies épidémiques , fources
fatales
du dérangement
des idées ,du mau-
vais goût 5 de rinjuftice
&
des Immoralités;Mefmer
deviendra le légiflateur général> le doigc de la providence ^ parceque
les idées morales font ordinairement le réfultat des fenfations phyfiques.Je
vois d*iciTheureux
jouroù
les citoyens robuftes&
fages ferontdignes d'êcre admis dans cette clafTe privi-'
légiée ;,
que
le philofophe Antiftênes difait être au-deffus des préjugés&
des loix.Les
fotiverains
eux-mêmes
ne fe feront plus laguerre5
&
fil'un d'eux éprouvequelqu'accèsde
colèreou
d'ennui , lemagnétifme
^en
remettant fes fens dans leur afliette ^ pré- viendra les hoftilités;&
lesfemmes magné-
tifées auront
une
imagination riante ^ mais jamais défordonnée ; elles feront fenfibles&
délicates, parceque
la nature a voulu lesrendretelles pourle
bonheur
de l'humanité,
mais jamais coquettes
&
perfides , parce qu'il n'y aura plus chez elles de ces dé- fordres dans les fluides&
les folides quiagiflTent fi puifiamment fur les fibres de leur cerveau : ainfi
Mefmer
fera tout à la fois le préfervateur de nosmaux
, l'ennemi des vices, lemédecin
desmœurs. Cependaat
[13]
plufieurs le niéconnoîtront y
&
dirontque
fa puiflance n'eft pas réelle, parce qu'il n'eri
a point pour faire le
mal
^&
que,femblable à la nature dans fes opérations journalières, îl agit d
une
manièredouce
,graduée ,&
parconféquent infenfible. Il allait continuer, lorfqu'une pierre qui roulait fous fes pieds, détourna fon attention.
O Mercure,
s'écria^t-il , tu fus le dieu de tous les peuples !
CHAPITRE Y.
Le
Palais magnétique.XLT
jeme
trouvai tranfporté dansune
maifbnoù
il y avaitun
grandnombre d
ap- partemens ; les uns remplis de pauvres,&
les autres de riches, de tout âge
&
de toutfexe. Ils étaient affis autour d'un grand baquet plein d'eau ,
&
qui était couvert.Des
pointes de ferplongées dans ce baquet,' fortaient tout au tour par des trous pratiqués dans la couverture,&
venaient, en fe cour- bant , s'appliquer à refiomac dechaque
i: 14 ] . n'ialade;
&
tant la foule était grande ^que
plufieurs attendaient
aux
environs. Je vis s'agiter des perfonnes qui n'étaient point malades,&
jedemandai
ce qu'elles fai-faient.
Nous
pratiquons,me
ditun homme
maigre
& blême
auquel je m'adreffai.Cha- cun
denous
adonné
centlouispour
favoir lemagnétifme
,& nous
avons achevé lecours ; mais
nous
nefommes
pas fatisfaits.II y a ici des gens qui s'emparent de toute
la fcience ,
&
veulent la garder exclufive-ment;
ce n'eft pas là notre convention.Nous
avons payé,nous
voulons favoir:voilà pourquoi
nous nous donnons
tantde
mouvement &
tant de peine.Nous
faifons ici des expériences fur les triftes Plébéiens ; maisune
douzaine de perfonnes entoureM, Mefmer
,& nous
cache tout*^1'
T
CHAPITRE VI.
La
Rofe,J E
plaignis cespauvresélèvesque
la foifde
la fcience magnétique tourmentait
comme
Tantale au milieu des eaux ,
&
je paffaîdans l'appartement voifin,
Làj
je vis deshommes &
desfemmes
parés de diflinâions diverfes; prêtres&
pontifes,femmes
Ôc magillrats , militaires ôcmédecins
, princes&
chevaliers y étaientengrandnombre. Une
jeune demoifelle était près de
moi;
elleme
fouriait ,
& me
regardait avec desyeux
pleins de charmes.
On me
ditque
c'était-là fa maladie. Elle parut defirerune
rofeque
j'atais; je la lui préfentai avec rougeur
&
modeftie , car je fuis jeune,
&
je ne laconnaiffais pas ,
&
elle s'évanouit. Auffi-tôt quatrehommes
l'emportèrent. Je la fuivis, car je m'intérelTais à elle ^ quoique fidèle àma Zoë. Un homme
d'autoritéme
criaque
l'on n'entrait pas dans la chambre des crifes (c'était lenom du
lieuoù
l'on portaitîa jeune demolfelle) ; maïs Je bravai
k
défenfe,
&
j'entrai malgrédeux ou
troisdoâeurs
de nouvelle fabrique, qui s'arro^
geaient
un
ton de maître dans cette maifonque
je regardaiscomme
publique.Je
re-connus en eux
ceshommes
exclufifsdont
les élèves fe plaignaient ,
&
qui aliénaientM. Mefmer
de fes difcîples fidèles.Cepen-
dant la jeune perfonne revint de fa pa-*iiioifon j elle répandit
en abondance de
belles larmes perlées
comme
cellesde
Taurore.Je
ne conçois pascomment une
rofe avait
pu
produire cet effet. Je prisla liberté de Imterroger là-deffus^
&
elleme
réponditque
cette fleur étaitmagné-
tifée 5
& que
j'étaismoi-même un
agentdu
magnétifme
: elle m'aflura qu'elle m'avait obligation ,& que
j'avaisbeaucoup
avancéfa guérifon.
^.s^ ^'%^
CHAPITRE
[17]
t
•jmtiViHiriff-i'ymifiiVim-ri'fvI'.ijjji'>uninmm,iirm, .mk,,!'.'.t.',',..':"..-.r-jj,, ,,',L'iiil-1^A^^w/r^THw;-|^!^^««n^^
CHAPITRE VIL
UÉventaiL
J 'EN
doutais encore^ lorfcju'une autredame
qui fortait aufll de lachambre
descrifes , iaifla
tomber
fon éventail. Je crusque
la politeffe m'obligeait de le rarnaffer;mais auflî-tôt
que
je le lui préfentai , elle recula avec horreur,&
s'enfuit précipitam-ment
, en criant : laiffez-moi..,.,.Mari
cruel Je
me
meurs.On
la remporta dans lachambre ou
elletomba
dans d'af- freufes convulfions ; elle fe frappait la tètQ-^&
s'arrachait les cheveux; maiscomme
le plancher&
lesmurs
de lachambre
étaient couverts de matelats,on
la Iaifla fe débattre jufqu'à l'épuifement de fes forces. Cettecrife
me
chagrina autantque
celle de lajeune fille aux beaux
yeux
m'avait paruplaifante.
%,^
Ë
Ei8]
—
^—"IMIlMli»»!!..l'mU.I H1I1.I.IHJ.«J«11111^1linl—.»».—».»—u. II.»— — —
^»||l^^|i,CHAPITRE VIII.
I
Le grand
Chapitre ou la Doârine.E T
je paffai dans la falledu
cours.On
y
lifait avecemphafe
des cahiersque Ton
difaît être la théorie de
M. Mefmer; &
voici le fragment
que
j'en entendis :c<
Le magnécifme ou
fluide univerfel quiémane
de tous les corps, qui les entretient&
les pénètre y efl: femblable à la lumièrequi vivifie nos regards ,
ou
plutôt fans lémagnétifme
y il n'y aurait ni lumière nî vie.La
théorie de la vifion des corpsnous
conduit naturellement à la connaiffancedû magnétifme
^ par lequeltantde
miracles ont été opérés;,&
devaient paraîtreimpéné-
trables à la raifon
humaine
, avant ladécou-
vertede M. Mefmer.
C'eft par l'incident des anglesque
s'opère ce qu^on appelle vul- gairement l'ufage de la lumière, la vifion, lavue
; c'eft par les anglesque
fe dirige le fluide magnétique.Tout
corps peut&
doit être pénétré de cette matière fubtile
,
germe
de la vie , caufe des fenfatîons ô£des jouiflances : il pafledans les pores grof-
fiers d'un arbre
ou
d'une pierre jcomme
dans les vaiffeaux imperceptibles qui nour-
riffent dans les
yeux
d'une bellefemme une humeur
claire&
vitrée 5 laquelle portel'image des objets extérieurs fur le miroir de fa rétine,
&
fert à frapper fon imagina-tion , fon
entendement
, famémoire
^anime
fes defirs ,
&
fait battre foncœur
».« C'eftl'abfence , ladiminution
du
fluidemagnétique ou
fa mauvaife diredion qui Gaufent les défordfes de Teftomac^ les ti*raillemens des nerfs, les obftrudîons, leâ anxiétés , les fatigues, les apétits déréglés
^ les
humeurs
noires ,Us
larmes involon- taires^lacompreffionfpontanéedesfoupirs;mais en tirant d'un corps
magnétique une
fuffifante quantité de ce fluide ,
&
le faifant pafTer dans le corps déréglé , en fuivant la dire£lion adoptée par l'auteur de la nature,on
rétablit bientôt dans toutes les partiesde
ce corps l'ordre&
l'harmonie qui confti-^tuent la fanté.
Le
malade fe fent frappé d'unedouce
chaleur;unt
reconnaiflanceBij
[
20
Jlilvolontaîre
du
bienfait qu'il éprouve^ s'em- pare de fon ame.Cependant
l'introduâionde
€e fluide peut lui arracher des larmes&
des cris ; car ilaugmente
de puîflance ÔCd'effet à proportion
du
befoinque
l'on a de le recevoir : alors le malade fe fent brûlerou
déchirer dans la partie dont la léfion, lacompreflion
ou
l'obftrutlion altéraienten
lui la force
&
le principe de la vie. L'équi-libreferétabliffant dansla fynovie des nerfs, les agite jufques vers leur origine ,
pour
rendre à tout le genre nerveux fa première aâivité ; delà des fpafmes&
des crifesdont on
ne doit point s'effrayer ,&
ces évacua-tions périodiques
&
progrellîves deshu- meurs
qui embarraffaient , relâchaient&
obftruaient toutes les facultés organiques ,
comme
dans la tranfpiration fupprimée , la paralyfie , lemarafme &
l'atome »•» Cette
méthode
curative eft d'autant plus précieufe ,&
doit être d'autantmieux
regardée
comme une
révélation des fecretsde
la nature ,que
les maladies lesmoins
acceffibles
aux remèdes
ordinaires , font celles qu'elles guérit le mieux. Telles font[21]
les migraines invétérées , les douleurs
de
dentsy les vapeurs fans caufe apparente ôC léfion organique5répuifement deTeftomac,
les coliques extraordinaires, les tranfpira- tions fupprimées, les effets de la pléthore,
la furdité,
Taveuglement
dont la caufe n eft ni apparente niconnue
, les paralyfies y les fciatiques&
rhumatifmes, octant d'autres maladies qui font le défefpoirde lamédecine
vulgaire ».
»
Le
magnétifine ,que
nouspouvons
juftement appeller leméchanifme
de la vie, a quelque chofe qui tientdu
miracle; c'eft la réunion&
le principe de tous les fens,
une ame commune
à tous les êtres ,une
émanation direfle de ce grand tout,un
rayon de ce principe éternel qui a
obtenu l'hommage
de tous les peuples fous tant denoms
différents.La
manière dont leshommes
voient ôc fentent les corps&
lesobjets 5
démontre
la manière dont ils re- çoivent les impreffionsdu
magnétifme,
dont jufqu a préfent perfonne n'avait ap- perçu l'exiftence, parce qu'on confondait
fes effets avec les modifications que
Von
B
iij[22]
appelle vulgairement chaleur , air , lu-
mière », '
3>
Les yeux
font^ à vrai dire^ les maîtresdes autres fens, parce
que
ces organes^ tousnerveux &
très-voifmsdu
cerveau& de
l'origine des nerfs,
abondent en
efprits, qui nepeuvent manquer
d'y exprimer l'étatoù
ils fonteux-mêmes
,ou
d'y opérerce
qu'on appelle les fenfations de l'ame , quine
font autre chofeque
quelques modifi- cations des effetsque
lemagnétifme im- prime
fur les corps »•»
La
lumièrenc&
dans la vifionque
lemédium ou moyen
de la perception des objets extérieurs qui fe répètent à traversdu
criftallin& du
corpsvitré de l'œiljufquesfur la rétine ,
comme
les images des objets qui entrent par le verreconcave
placé au trou de lachambre
noire , fe reflètent&
fe tracent par des angles d'incidence fur le miroir
que
l'on a placé au fonddu
baffin rempli d'eau , fur lequel fe dirige Iç rayon de lumière »,y>
Le
fluidemagnétique
efl: dirigé par lamême
théorie.Le
corps valide quien
eft2. J^omts^ de. la/ta/e^ ocz/^a^e^.
3. Z^eCrisûliliTV
,
S^. Xiy^fia'le Cl mcideneey.
6
,
da
Jieàne . 'jFÙ7.
ji ^asedelaSvAere JlfaynetiaiieJ^
(/u T/i/icie etdc' moza^emcnt vers /^J>
jiyarâ:^ /rutZide^,
3. ^e^^/'oecée- /na^ne/i^uey
.
[23]
furabondamment
chargé , parvient à le tîret&
faire fortir delui-même
,en
établiflantun
centremoyen aux
fubftances terreflres&
célefles qui conftituent ce fluide divin ;&
lorfqu'on le pofsède ,on
parvient à lediriger àfon gré^ par
une
pointequelconque
qui lui fert deconduûeur
,&
le porte an-gulairement dans les lieux
où
fa préfenceeft jugée néceflaire ».
» Sans doute la lumière eft regardée avec raifon
comme
étant d'une fubtilité extrême,puifqu'elle pénètre
&
traverfe dans tous les fens le diamant, la plus dure, la plus pe*fante
&
lamoins
poreufe de toutes lesmatières ».
»
La
rapidité de fonmouvement
dansles éclairs , dans la
flamme
, dans les rayonsque Ton
tranfmet à travers d'un verrecon-
cave , fur l'objetque
l'on veutconfumer
,
&
dans le fluide éleftrique, eft fuflîfammentconftatée ».
»
Le
fluide magnétique eft égalementfubtil
&
rapide.La
lumière n'exifte , relati-vement
à nos fens,
que
par Timpulfiondu
fluide magnétique qui frappe notre orbite i
[^4]
&: Félectrlcité
elle-même
n'eft qu'une mo-*dification,
ou
, fiTon
veut ,une combi-
nalfondu
fluidemagnétique
».»
Le magnétifme
n'eft pas Féleâricité 5 car il exifte parlui-même
,&
fans le con^cours d'un autre agent
&
de toute puiffance intermédiaire ; mais Télectricité ne fe feraitpoint fans le
magnétifme
, quien
eft le principe,comme
les autres agensen
de*viennent l'occafion
&
ledéveloppement.
.Voilà pourquoiles effets de l'éleâricité font violents ,
& ceux du magnétifme
propor-^tionnés aux objets fur lefquels
on
les dirige.Les
uns brifent&
renverfent ; les autresdivîfent
ou
confervent, félon les loix de la nature&
de la néeeflîté ».» L'éleflricité eft
une
int^rverfionde
Tordre établipour
animer les corps;lefluidemagnétique
eft la caufe de cet ordre admir- rable , le répare&
l'entretient ».»
Ce
fluide eft répandu dans tout l'uni- vers; il eft préfent par-tout, au dedanscomme
au dehors des corps,&
ilne
luimanque
, pour fe rendre fenfible à nos or- ganes» qu'un certainmouvement & un
milieu
ou mode
propre à le tranfmettre :c'efl: ce
mouvement &
ce milieuque
M. Mefmer
a eu l'art de découvrir ».»
Quoique
la matièredu
magnétifme foîtrépandue par-tout, elle ne fe fait pas tou- jours fentir,
du moins
auxhommes
or-dinaires »,
» Elle a bien
un mouvement comme
tout fluide ; mais le
mouvement
qu'elle acomme
fluide ^ n'eft pas encore celui qu'elle doit avoircomme
objet de nos recherches.La
matière magnétique , outVQ fonmouve- ment
de fluidité , a befoin de vibrationou
d'agitations excitées
ou
parun
foyer de chaleur&
de fermentation ,ou
par le frot-tement méthodique
des corps animés;, ces vibrations fe font fur-tout en ligne droite ».»
Les
différentes partiesdu
fluidemagné-
tique fe réuniffent fur
une
bafe plusou moins
large,félon qu'elles font provoquées par lemouvement
qu'on leur donne.De
cette bafe circulaire^ le fluide part pour fe raflembler à
un
feul point à l'extrémité angulairedu
doigtou
de l'aiguille de ferdont
on
fe fert pour le porter où l'on dçfire^
fèmblable à Fangle objeûif d'un corps qui
le porte fur l'orbite de l'œil ».
» Car
la nature n'a pasdeux
mefures nîdeux
manières.Un
corps,pour
êtrevu
, fe porte fur la furfacede Tœil
parun cône dont
la bafe efl: ce corpslui-même
,&
lapointe la furface
du
criftallin;&,
de foucoté y la faculté de voir fe porte fur l'objet
apperçu , par
un cône
dont la bafe efl: lalargeur de l'œil ,
&
la pointe l'objet perceprîîble,
en
la manière ci-contre ».» De même
lemagnétifme
fe formantpar
un
angle dont la bafe eft le corpsanimé
qui le produit , fe porte par
un cône
vers la pointe defl:inée à le diriger&
à l'intro-duire dans les corps ».
»
On
voit par ces démonftratîons, qu'ily
a réciprocité dans lesdeux
opérations&
de
lavue & du magnétifme
».»
D'où
il réfulteque,
dansdeux
corpségalement
robuftes&
fains , lacommuni-
cation
du magnétifme
ne produit pasd'effets fenfibles;maisqu'entreun
corpsrobufte& un
corps débile
& malade
, le premiercommu-
nique àl'autre le fluide
dont
il avaitbefoinb.[27]
» Il eft tout auffi facile de prouver
que
,fans le magnétifme ,
Tadion
de voir feraitabfolument impoffible (*) ,
& que
la théoriedu
magnétifme des corps peut fe démontrer par celle de la lumière&
de lavue
».»
Ce n
eft pas la lumière quitombe
réellement fur la furface
du
criftallin , ni quipaffe à travers le corpsvitré pour frapperla rétine , mais feulement la vibration qui
fe
communique
à la matière de la lumièrequi eft errante fur cette furface
&
dans lecorps vitré.
Or,
qui peut produire cette vibration , fi cen
eft le fluidemagnétique
quiémane
des corps apperçus , traverfe la capfuledu
criftallin&
lamembrane
vitrée,&
pénètre à travers la rétine jufqu'à lamembrane
choroïde, pour y porter les fen-fations qui fe
communiquent
au cerveau&
dans l'amemême
, tellesque
la frayeur(*) Delàfans doutele magnétirme quiréfultedes regards au chien, de^a couleuvre y &ç le vers de Vu'gile î
Nefcio qiiis teneros acuîus mihifafcinat agnos.
Il eft bien étonnant que l'auteur des traces du magné-
llfaie, au milieu de t^iiî 4ç citations, aie oublié çeliç-li»
[28]
&
la colère qui réfultent fouvent des objetsque
l'on voit^&
qui font des imprellîonspurement
magnétiques , qui arrivent par cet endroit dans les corps animés ».»
La
preuveque
ce n'eft pas la lumièreelle-même
qui arrive jufqu'à la rétine , fe tire de la réfraction qui détourne la vibrationmagnétique ou
ligne lumineufe de fon che-min
le plus droit , à proportion de la denfité des corps qu'elle eft obligée de parcourir , telsque
le criftallin&
les corps vitrés.Comment
expliquer ces effets ,&
quellesraifons endonner, fans lemagnétifme,fluide univerfel qui
anime
tout,&
qui eft la feulefource de
communication,
de chaleur&
de vie entre tous les êtres créés » f
»
Mais une
démonftration bien pofitîve achèvera de convaincre les efprits raifon«nable.
Ce
n'eft pas de la rétineque
naît l'aâion de voir.Les
phyficiens qui l'ont cru y étaient dansune
grande erreur : c'eftcertainement de la choroïde.
La
rétine ,en
réfléchiffant les objets , les peint dans
une
fituation renverfée : or,
nous
lesvoyons
dans leur fens naturel, Si rimpreffion&
[
^9
3l'image des objets fur la rétine' fuffifaîent
à raaioîi de voir, nous verrions involon- tairement tous les objets qui fe préfentent devant nos
yeux;
d*où il réfulteraitun
grand défordre dans l'imagination& une
împoflîbilité de penfer.
On
verrait tous les objets,indépendamment de
l'attention ÔCde la volonté; car la rétine produit encore après la
mort
les effets d'un miroir qui peindrait les objets renverfés ».»
Or
y la choroïde qui porte les objets à la penfée , quidonne
la faculté de voir ces objets,&
de les voir dans leur fituation naturelle , n'eft pointun
corps , à traversduquel la lumière puiffe pénétrer
&
porterjufqu'au cerveau
Timage &
lamémoire
des objets; c'efl:
un
corpsopaque, une membrane
veloutée , enduite d'une encre d'autant plus noire,que
les corps font plusfains
&
plus vigoureux. Il n'y adonc
que le fluide magnétique feul qui puiffe agir fur cettemembrane
, puifque lui feul pénètre à travers les corps opaques , les arbres,
les pierres 6c les
métaux
; lui feul peut,en
fe portant fur la choroïde , occafionner les
t30l
pènféês relatives
aux
objetsque
Poil vôît;
ce qui réfout fans réplique
un problême
qui jufqu'à préfent avait caufé le défefpoif des phyficiens , des naturaliftes&
des phi*lofophes les plus célèbres »•
Le
lefteur fe tut,& Mefmer
furvint*Il était dans la fofCe de l'âge ,
& animé de
cette confiance
que donne
les fuccès&
l'admiration
du
vulgaire&
des grands.CHAPITRE IX.
Et mol
auffi je fuis Prophète*I .K
peu
demots que
ce digne fils d'Efcu-*lape dit en français-allemand, acheva de
me
perfuader
&
d'exciterma
curiofité. J'auraisîbufcrit volontiers
deux
foispour en
favoir davantage. Je crusun moment
êtreanimé
d'unnouvel
efprit ; mais bientôt je perdis toutema
fcience,&
il neme
refta qu'uneînfpîration prophétique qui
me
fit dire àM. Mefmer
: «vous
avez planté l'arbre,»
vous en
avez dirigé lesbranches; craignez»
que
d'autres en dérobent le fruit^& que
C5I]
» la
communication
des émanationsmé-
» talllques
que
vous réunifiiez à volonté,
» ne les divife à tel point , qu'elles de-
» viennent invifibles ». Je ne favais ce
que
je difais , car je rêvais.
Cependant Zoë
^en
fe retournant& me
ferrant dans fes bras,me
réveilla.Oui, mon ami,
s'écria-t-elle,
Je ne connais
que
toi dans lemonde
, quiait raifon ,
même quand
tu ne fais ceque
tu dis,
FIN.
154
V 83
V
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BF
1132Clli
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