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n'est pas une fatalité

B runo Lanvin^

T

outes les révolutions industrielles et technologiques ont, dans leurs stades initiaux respectifs, contribué à créer de nouveaux écarts entre ceux qui avaient accès aux ressources requises pour leur m ise en œ uvre (énergie, capital, savoir-faire). Q u'en est-il et qu'en sera-t-il de la révolution de l'inform ation? Les écarts entre info-riches et info-pauvres s'aggravent-ils ? Q uelles sont les perspectives d'évolution en ce dom aine, et dans quelles m esurent accentueront-elles les écarts actuels entre riches et pauvres, ou au contraire les atténueront-elles ?

Pour tenter de répondre à ces questions, il im porte d'exam iner aussi précisém ent que possible les cinq thèm es suivants ; (1) les définitions (et m étriques éventuelles) susceptibles de perm ettre aux décideurs et aux analystes d'évaluer la fracture num érique et son évolution, (2) les changem ents quantitatifs et qualitatifs qui expliquent pourquoi cette fracture est différente de celles qui séparaient les info-riches des irïfo-pauvres il y a dix ou vingt ans, (3) les raisons pour lesquelles la réduction de la fracture num érique doit être aujourd'hui un objectif prioritaire des acteurs du développem ent, (4) les approches possibles pour atteindre cet objectif, et

1. Secrétaire exécutif de la D O T Force, directeur du Program m e inform ation pour le développem ent (in/oD ev), B anque m ondiale.

Les opinions présentées ici doivent être considérées com m e des vues persorm elles de l'auteur. Elles ne représentent pas nécessairem ent les vues de la B anque m ondiale, de la D O T Force ou de leurs m em bres respectifs.

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enfin (5) les étapes envisageables dès m aintenant pour dém ontrer rapidem ent que la fracture num érique n'est pas une fatalité.

De quoi parlons-nous ?

Il im porte, dès que l'on parle de fracture num érique, de dissiper d'em blée trois m alentendus possibles.

Prem ièrem ent, parler de fracture num érique n'est pas un choix négatif par rapport au fait de m entionner les « dividendes num ériques » ; attirer l'attention (et l'action) sur les écarts entre info-riches et info-pauvres ne doit pas être interprété com m e un constat d'échec a priori de la révolution num érique, m ais au contraire com m e im prem ier pas perm ettant de placer la réduction des écarts en tête de liste des priorités du développem ent, et préparer ainsi le terrain pour un accès de tous aux bénéfices (dividendes) de la société de l'inform ation ;

D euxièm em ent, la m esure de la fracture num érique entre pays riches et pays pauvres correspond à des objectifs (et donc à des m étriques) totalem ent différents de ceux qui concernent la fracture num érique interne ou dom estique, telle qu'elle peut être exam inée dans chacun de ces pays;

typiquem ent, les écarts internationaux seront m esurés en term es de télédensité, de taux d'équipem ent inform atique, et d'accès internet ; de leur côté, les approches de la fracture dom estique privilégient d'autres indicateurs tels que le taux d'équipem ent des écoles prim aires, ou l'accès des foyers aux structures télém atiques^. O n s'intéressera ici exclusivem ent au prem ier type de fracture, en considérant principalem ent ses aspects N ord- Sud.

Troisièm em ent, la fracture num érique ne saurait se définir exclusivem ent en term es de technologies et d'accès. Elle concerne égalem ent et avant tout les contenus et la façon dont les pays en développem ent peuvent faire de l'inform ation et de la connaissance des instrum ents de progrès social et économ ique, et de m eilleure intégration dans une économ ie en voie de m ondialisation.

M êm e si l'on restreint le cham p de la m esure à celui de la fracture num érique internationale, il existe en ce dom aine à peu près autant de m éthodologies que d'analystes. La façon la plus sim ple et la plus directe de

2. Le cas européen est ici une exception, puisqu'il abrite une conception « dom estique européenne » de la fracture num érique qui superpose des critères internes à des ensem bles internationaux, considérant par exem ple les taux relatifs de pénétration de l'intem et en Europe du Sud et en Europe du N ord.

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décrire la distance qui sépare info-riches et info-pauvres reste celle qu'em ploie l'U IT depuis plusieurs arm ées, reprise par de nom breux autres groupes et institutions, tels que la D O T Force du GS^. Elle consiste à com parer la distribution des densités d'utilisation des principaux vecteurs num ériques (internet, téléphonie fixe et m obile) à celle des catégories de revenus^.

280 490 912 6000 (en nnillions d’individus) 100% ^

90% - 80% - 70%

60%

50% ' 40% i 30% ( 20%

10%

0%

82%

69%

H aut revenu

R evenu m oyen-supérieur R evenu m oyen-inférieur

B as revenu

U tilisateurs U tilisateurs U tilisateurs Population Internet téléphone téléphone

m obile fixe

Source: UIT

Figure 1. Utilisation des technologies de l'information par groupe de revenus (janvier 2000)

C ette prem ière approche confirm e que les trois quarts les plus pauvres de la population m ondiale représentent m oins de 40 % des utilisateurs de téléphones fixes, 15 % pour les téléphones m obiles et m oins de 10 % pour Tinternet. O n peut égalem ent en déduire qu'une corrélation positive existe entre revenu et utilisation de biens et services, ces derniers étant d'autant plus proches de « biens supérieurs »5 que leur sophistication technique est im portante.

3. La D O T Force (Digital Opportunity Task Force) a été créée par les chefs d'Etats du G 8 à leur som m et d'O kinaw a en juillet 2000. Elle a rendu son rapport (Digital Opportunities for AU) au som m et de G ênes (juillet 2001). Pour de plus am ples détails voir w w w .dotforce.org.

4. Les catégories généralem ent retenues sont celles de la B anque m ondiale, soit, pour l'année 2001 : haut revenu (revenu annuel par habitant supérieur ou égal à 9 266 $), revenu m oyen-supérieur (entre 2 996 et 9 265 $), revenu m oyen-inférieur (entre 756 et 2 995 $), et bas revenu (inférieur ou égal à 755 $).

5. U n bien (service) supérieur étant défini par le fait que l'élasticité-revenu de la dem ande pour ce produit est supérieure à 1, autrem ent dit que la consom m ation de

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Si l'on ajoute à ces m esures statiques une dim ension chronologique, on s'aperçoit que la fracture num érique a aujourd'hui tendance à s'accroître : le graphique ci-dessous indique notam m ent que, m algré une augm entation rapide des taux de pénétration de l'internet dans les pays en développem ent, la croissance des m êm es taux reste supérieure dans les pays riches.

Source: U H

Figure 2. Utilisateurs d'internet (en millions et taux de pénétration en %)

Q uoi de neuf depuis M aitland ?

En décem bre 1984, répondant à une requête de l'U nion internationale des télécom m unications (U IT), Sir D onald M aitland signait le célèbre rapport sur les télécom m unications et le développem ent (« le chaînon m anquant »)6, qui soulignait entre autres que l'absence de télécom m unications constituait l'un des obstacles m ajeurs au processus de développem ent.

ce bien (service) augm ente plus que proportionnellem ent au revenu du consom m ateur. La plupart des consom m ations de luxe tom bent dans cette catégorie.

Inversem ent, la consom m ation de biens (services) inférieurs (élasticité-revenu négative) constitue une proportion plus im portante de la dépense des revenus les plus bas. C 'est par exem ple le cas de la nourriture de base (loi de Engel).

6. R apport de la com m ission indépendante sur le développem ent des télécom m im ications dans le m onde (dite com m ission M aitland).

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D ix ans plus tard, la C onférence de B uenos A ires de 1994^ s'était donné com m e objectif d'exam iner les progrès réalisés depuis le rapport M aitland pour réduire l'écart entre pays pauvres et pays riches du point de vue des télécom m unications. C 'est à cette occasion que le concept d'infrastructure globale de l'inform ation (GII) fut présenté par le V ice-président des Etats- U nis, A l G ore.

Q uels sont les principaux élém ents qui différencient l'approche de 1984 de celle de 1994 et de l'actuel débat sur la fracture num érique ? Ils tierm ent largem ent à une question d'éclairage (c'est-à-dire de choix d'angle de vue) vis-à-vis de problèm es qui, eux, n'ont pas réellem ent changé de nature.

Question d'éclairage

En 1984, la révolution num érique et celle de l'internet n'en étaient encore qu'au stade em bryorm aire. Le chaînon m anquant était essentiellem ent analogique. En 1994, la révolution num érique était bien entam ée, m ais le w eb naissait à peine. Pourtant, la façon dont la com m unauté internationale, ainsi que les gouvernem ents et entreprises concernées étaient appelés à contribuer à réduire la distance entre pays riches et pays pauvres du point de vue des télécom m unications s'était déjà bien m odifiée : du tem ps de la com m ission M aitland, l'accent portait exclusivem ent sur les infrastructures.

Il s'agissait essentiellem ent de m obiliser les énergies et les ressources financières pour augm enter la densité des lignes téléphoniques dans les pays en développem ent.

Lorsque, en 1994, A l G ore plaidait en faveur de la GII, l'optique avait déjà changé, et l'accent était m is autant sur la télédensité que sur l'im portance de la m ise en œ uvre de cadres réglem entaires appropriés, susceptibles d'attirer l'investissem ent privé et de réduire les coûts pour l'utilisateur final;

rapidem ent, ce nouvel éclairage allait inclure égalem ent le développem ent d'applications susceptibles de contribuer aux objectifs de développem ent économ ique des pays en développem ent (com m erce électronique en particulier)® .

Le débat actuel sur la fracture num érique a encore m odifié la source et l'angle d'éclairage en incluant dans le cham p des préoccupations des acteurs 7. C onférence m ondiale de développem ent des télécom m unications.

8. Q uelques jours après la C onférence de B uenos A ires, se tenait à C olum bus (O hio) le Sym posium des N ations U nies sur l'efficacité du com m erce (U N ISTE) au cours duquel le Secrétaire général des N ations U nies et le V ice-président A l G ore insistèrent tous deux sur l'im portance que le com m erce électronique et l'autom atisation des opérations liées au com m erce allaient avoir dans les arm ées à venir pour les pays en développem ent.

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concernés, outre les questions d'infrastructure/accès, de réglem entation/

concurrence, et d'applications les thèm es suivants : contenus (respect des langues et pratiques et sensibilités socioculturelles locales ; développem ent de contenus locaux), corm aissances (form ation des ressources hum aines requises par la société de l'inform ation), et participation (im plication de la société civile dans les choix économ iques et techniques locaux et internationaux).

C ette évolution est appelée à avoir des conséquences im portantes sur les m étriques qui, dans un très proche futur, seront développées pour m esurer la fracture num érique. Les indicateurs utilisés devront en effet accorder un poids relatif plus im portant à la valeur sociale des applications et services perm is par les nouvelles technologies num ériques. L'utilisation de ces nouveaux indicateurs accentuera probablem ent l'intérêt des investisseurs et des donateurs pour des projets à forte valeur sociale tels que les centres d'accès com m unautaires (télécentres), ou la com m unication en m ilieu rural (satellitaire et/ou cellulaire), ainsi que pour les infrastructures m ixtes (incluant radio et satellites par exem ple) dont le ratio coût/audience est particulièrem ent attractif.

Figure 3. Des éclairages différents sur un ensemble de thèmes complexes

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Pourquoi réduire la fracture ?

Les deux ou trois dernières années ont signalé un changem ent im portant dans la façon dont les gouvernem ents, les agences d'aide publique au développem ent, les organisations internationales et autres sources d'aide au développem ent conçoivent la relation entre technologies de l'inform ation d'im e part et objectifs du développem ent de l'autre. A lors que les arm ées quatre-vingt-dix avaient été m arquées par une dichotom ie - voire une farouche opposition - entre les partisans du « service universel global » d'une part et ceux du « développem ent de base d'abord »9, la période la plus récente a vu naître un consensus constructif autour de l'idée que la réduction de la fracture num érique ne peut se substituer à la réduction des autres inégalités entre riches et pauvres, m ais qu'elle en est un instrum ent prioritaire.

Le sentim ent qui est au cœ ur de ce consensus - incarné en particulier par la D O T Force - se fond sur deux constats sim ples et com plém entaires : la réduction de la fracture num érique est une priorité im m édiate parce qu'elle constitue un objectif à la fois im portant et réaliste.

Parce que c'est important

Les échecs répétés de la com m rm auté internationale dans la poursuite des objectifs qu'elle s'était elle-m êm e dorm és pour com battre les inégalités de développem entlO , conduisent à penser que le cercle vicieux du sous- développem ent ne pourra être rom pu qu'au prix d'une rem ise en cause fondam entale des m odèles socio-économ iques qui ont jusqu'à une date récente dom iné et forgé les relations N ord-Sud. U ne telle rem ise en cause risque de se traduire par une rupture « négative », qui aboutirait au ralentissem ent des échanges internationaux, et aux isolationnism es culturels et aux tensions internationales qui ont conduit le m onde du début du XXe siècle de l'arrêt de la prem ière m ondialisation à l'enchaînem ent des deux guerres m ondiales. U ne rupture « positive » exige qu'intervienne dans l'équation production/répartition des richesses à l'échelle internationale un

« surplus de croissance » qui en fasse un jeu à som m e positive. C 'est précisém ent ce surplus que doivent perm ettre de dégager les progrès réalisés depuis vingt ans dans le dom aine de l'inform ation. Encore faut-il 9. C ette approche, sym bolisée par des slogans du type « O n ne m ange pas d'ordinateurs », a trouvé xm certain écho auprès des m arges luddites de certains m ouvem ents antim ondialisation par exem ple.

10. Q u'il s'agisse par exem ple des objectifs quantitatifs de la « plate-form e de Lim a » (industrialisation), ou de celui des ratios d'aide publique au développem ent (le célèbre 0,1 % du PN B des pays riches).

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que ce surplus bénéficie à la réduction des écarts entre riches et pauvres, et non à son accroissem ent. C 'est là tout l'enjeu du com bat pour réduire la fracture num érique à l'échelle m ondiale.

Si la com m unauté internationale y investit les ressources, l'énergie et la volonté politique nécessaires, elle a la capacité, en réduisant la fracture num érique, de m ontrer que la m ondialisation m aîtrisée peut être un instrum ent au service de l'équité et de la justice nécessaires à une prospérité durable et à des relations internationales pacifiques.

Parce que c'est possible

La période actuelle présente une fenêtre d'opportunité sans précédent et peut-être sans équivalent à l'avenir. Jam ais auparavant les délais n'ont été si courts entre invention scientifique, com m ercialisation et diffusion de m asse.

C ette com pression, renforcée d'une part par l'ém ergence de m archés m ondialisés, et de l'autre par la convergence num érique, a engendré une baisse spectaculaire des coûts unitaires de transm ission et de traitem ent de l'inform ation sous toutes ses form es (voir diagram m es ci-dessous)ll.

Perm ettre aux pays les plus pauvres de traduire ces gains de productivité en « gains de développem ent » s'avère possible et particulièrem ent efficace dans de nom breux dom aines où d'autres politiques d'aide et d'assistance technique ont échoué. Les exem ples sont désorm ais nom breux de pays en développem ent parvenus à augm enter leur com pétitivité internationale en réduisant les coûts de leurs procédures com m ercialesl2, ou de ceux qui ont

11. La m êm e idée peut être illustrée par les com paraisons du type suivant, qui soulignent com bien cette tendance s'est accélérée au cours des dernières années ; (1) en 1930, un appel téléphonique de N ew -Y ork à Londres coûtait 300 $, contre 20 cents en 2001 (facteur de changem ent lO^) ; (2) en 1970, la transm ission de m ille m illiards de bits de B oston à Los A ngeles aurait coûté 150 000 $, contre 12 cents en 2001 (facteur de changem ent lO^) ; (3) en 2001, la quantité d'inform ation qui peut être transm ise en im e seconde sur un seul câble est supérieure à la quantité totale d'inform ahon qui, en 1997, était échangée sur l'internet en un m ois (facteur de changem ent 10^0 ?).

12. Les techniques du com m erce électronique, m êm e si elles se diffusent rapidem ent dans les pays en développem ent, ne sont qu'une partie des outils m is en œ uvre. D es approches relativem ent sim ples et peu coûteuses concernant par exem ple l'autom atisation des procédures douanières, ou la facilitation du com m erce ont généré d'im portants gains de com pétitivité et de revenus dans un grand nom bre de pays en développem ent. Sur ces sujets, une référence dem eure le travail de la C onférence des N ations U nies pour le développem ent (C NU C ED ), ainsi que celui de la C om m ission économ ique des N ations U nies pour l'E urope (U N ECE) dans le

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rendu les processus d'attribution de m archés publics plus efficaces et transparents grâce aux technologies de l'inform ation {e-government). Les nouvelles possibilités de « désenclavem ent » liées à ce que certains observateurs sont allés jusqu'à baptiser »'la fin des distances sont particulièrem ent im portantes pour de nom breux pays parm i les m oins avancés, ainsi que pour le développem ent des échanges Sud-Sudl4.

Figure 4. Coût du traitement de l’information (100 = $1 par instruction par seconde)

Fibre optique : coût de transmission par M hit/s x km (relatif)

R éduire la fracture num érique est donc un raccourci pour vaincre la pauvreté. Cet objectif doit désorm ais être considéré à la fois com m e réaliste et prioritaire par tous ceux qui ont pour objectif de réduire les inégalités, de renforcer la stabilité des relations internationales, et de contribuer à l'ém ergence d'un envirorm em ent m ondial propice à l'investissem ent, au com m erce, à l'em ploi et au développem ent des échanges entre des cultures diverses et florissantes. Il est donc l'affaire de tous : gouvernem ents, entreprises et citoyens.

dom aine des norm es de facilitation du com m erce (U N ED IFA CT en particulier). V oir w w w .unctad.org/ecom m erce et w w w .unece.org.

13. C aim cross F., The Death of Distance, H arvard B usiness School Press, 2nd Edition, C am bridge, 2000.

14. Par exem ple, la transm ission d'un docum ent de 40 pages de Santiago à N airobi coûte m oins de 10 cents par e-m ail, environ 10 $ par fax, et près de 50 $ par courrier privé.

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Comment réduire la fracture ? Les efforts locaux

Si l'on accepte les prém isses décrites plus haut (à savoir, (1) l'accès à l'inform ation et aux techniques qui perm ettent sa circulation sont un élém ent essentiel pour rom pre le cercle vicieux du sous-développem ent, et (2) la réduction des écarts entre info-riches et info-pauvres exige que soient pris en com pte non seulem ent les technologies et les infrastructures, m ais aussi le cadre réglem entaire, les applications, la form ation du capital hum ain et l'im plication de la société civile), on débouche naturellem ent sur un

« m odèle de stratégie » fondée sur la séquence suivante :

Evaluation du degré d'aptitude du pays à s'intégrer dans l'économ ie m ondiale de l'inform ation (e-readiness) :

- déterm ination d'un faisceau d'objectifs pour une stratégie nationale de développem ent dans le dom aine de l'inform ation (stratégie d'e- développem ent) et d'un chem inem ent idéal pour les atteindre ;

- identification des goulets d'étranglem ent sur le chem inem ent précédent ;

-m ise en œ uvre de stratégies nationales (e-stratégies) pour com bler les retards et lacunes dans les dom aines les plus fondam entaux (notam m ent le cadre réglem entaire), et réduire les goulets identifiés précédem m ent.

Accélérer le processus de développement

e-phase 3

(boucle de retour vers les fondam entaux du processus de développem ent)

e-phase 4 (m ise en ordre des fondam entaux)

courbe du

‘e -veloppemenf

e-phase 6 and sq (décollage)

courbe du développement

d-phase n (croissance socio-économ ique

quasi-lineaire) e-phase 1

(évaluation de T e-readiness)

Figure 5. Développement traditionnel et e-développement

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Ce processus séquentiel, néanm oins, doit se garder de considérer les technologies de l'inform ation et leur utilisation com m e une fin en soi. U ne fois l'e-stratégie lancée, il im porte de constam m ent rapporter ses am bitions aux aspects fondam entaux du processus de développem ent. C 'est cette dém arche qui perm ettra notam m ent aux décideurs concernés de s'assurer que la stratégie m ise en place répond bien aux objectifs socio-économ iques du pays, et non pas seulem ent à des préoccupations purem ent technologiques. A près le calibrage rendu éventuellem ent nécessaire par cet exercice rétrospectif, le pays est prêt à entam er sa phase de décollage (e- développem ent) dans les m eilleures conditions.

Les efforts internationaux

La prise de conscience décrite plus haut a conduit à la création de nom breuse initiatives internationales pour réduire la fracture num érique.

D ès 1995, la Banque m ondiale avait lancé son program m e d'inform ation pour le développem ent (infoDev)^^. D epuis lors, de nom breuses autres initiatives m ondiales ont vu le jour, parm i lesquelles la G lobal D igital D i vide Initiative du W orld Econom ie Forum (1999)16, la D igital O pportunity Initiative (M arkie Foundation-A ccenture-UN D P, 2000)17, la D igital O pportunity Task Force (D OT Force, G8, 2000)18, ig D evelopm ent G atew ay de la B anque m ondiale (2000)19, gt Ig G roupe de travail des N ations U nies sur les techniques de l'inform ation et de la com m unication (U N ICT Task Force, inaugurée en novem bre 2001)20.

Cette m ultiplication d'efforts a parfois été considérée com m e désordonnée et génératrice de double-em plois. Il sem ble néaranoins que Ton assiste, notam m ent depuis l'accueil favorable réservé au rapport de la D OT Force par les chefs d'Etats du G 8 réunis à G ênes en juillet 2001, à une harm onisation des approches de chacune de ces initiatives, qui les rend plus com plém entaires que concurrentes.

15. Pour une description détaillée des activités d’infoDev et des projets financés par le program m e, voir w w w .infodev.org

16. w w w .w eforum .org. A l'occasion des réim ions arm uelles 2002 du Forum économ ique m ondial (N ew -Y ork, 31 janvier-4 février 2002), infoDev, H arvard U niversity et le Forum se sont associés pour publier le prem ier R apport m ondial sur les technologies de l'inform ation, qui com porte notam m ent un indice de e- com petitivité.

17. w w w .opt-init.org 18. w w w .dotforce.org

19. w w w .developm entgatew ay.org 20. w w w .unicttaskforce.org

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34 N ord et Sud num ériques. LC N , n° 3-4/2001

C ette harm onisation concerne notam m ent les points suivants :

- la réduction de la fracture num érique est un instrum ent prioritaire de la réduction de la pauvreté et de l'établissem ent de relations internationales stables et pacifiques ; elle n'est pas une fin en soi, et n'a de valeur réelle que dans la m esure où elle contribue significativem ent à la réduction d'autres inégalités (revenus, santé, éducation) ;

- le chantier de réduction de la fracture num érique est une priorité m ondiale sociale, culturelle, économ ique et non pas exclusivem ent technologique ; ses buts s'inscrivent dans le cadre des objectifs internationaux de développem ent déterm inés lors de l'A ssem blée du m illénaire (N ations U nies, septem bre 2000)21 ;

- gouvernem ents, organisations internationales, organisations non- gouvernem entales et entreprises privées participent activem ent à la form ulation des objectifs et des plans d'action de ces initiatives, le succès du m odèle de la D OT Force ayant fait école ;

- les actions à entreprendre restent la responsabilité des m em bres de ces initiatives plutôt que des structures ou des entités de coordination qui les abritent ; à cet égard, les actions internationales ne peuvent se substituer aux efforts locaux pour favoriser l'intégration des économ ies nationales dans l'économ ie de l'inform ation ; elles doivent les com pléter, les faciliter et les appuyer, m ais les décisions concernant l'orientation et les m odalités de ce processus doivent rester du ressort des pays en développem ent concernés et de leurs populations respectives.

Le prem ier projet social global ?

Les élém ents décrits dans les sections précédentes suggèrent que l'objectif de réduction de la fracture num érique requiert un m odèle d'action dans lequel efforts internationaux et efforts nationaux se com binent de la façon suivante.

21. C es objectifs sont les suivants : 1. R éduire de m oitié entre 1990 et 2015 la proportion de la population vivant dans l'extrêm e pauvreté. 2. Scolariser tous les enfants dans l'enseignem ent prim aire d'ici à 2015. 3. Prom ouvoir l'égalité des sexes et l'autonom ie des fem m es en élim inant les disparités entre les sexes dans l'enseignem ent prim aire et secondaire d'ici à 2005. 4. R éduire des deux tiers les taux de m ortalité infantile et juvénile entre 1990 et 2015. 5. R éduire des trois quarts les taux de m ortalité liée à la m aternité entre 1990 et 2015. 6. D 'ici à 2015, assurer l'accès aux services de santé génésique à tous ceux qui en ont besoin. 7. A ppliquer des stratégies nationales axées sur le développem ent durable d'ici à 2005, de m anière à réparer les dom m ages causés aux ressources environnem entales d'ici à 2015.

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Les autorités gouvernem entales locales des pays en développem ent sont les m aîtres d'œ uvre de leurs e-stratégies :

- ils en déterm inent les objectifs et les m odalités ;

-il leur appartient pour cela de m obiliser leurs propres société civiles pour que cet effort reçoive l'appui nécessaire de toutes les couches de la population ;

- il choisissent en fonction des besoins et possibilités prévalant localem ent le rythm e et l'articulation des phases du processus national allant de l'évaluation des aptitudes (e-readiness), à la form ulation et à la m ise en œ uvre d'une stratégie nationale {e-strategy), et à l'évaluation des résultats obtenus.

Figure 6. Combattre la fracture numérique localement et mondialement

Les entités internationales concernées appuient ces efforts :

- en contribuant selon leurs m andats et avantages com paratifs respectifs aux besoins des pays concernés (aide, prêts, investissem ents, dons, assistance technique, inter alia) ;

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-en s'assurant que leurs propres efforts convergent vers la m ise en œ uvre des objectifs internationalem ent acceptés pour com battre la pauvreté et les inégalités à l'échelle m ondiale.

C 'est en référence à ces objectifs que les résultats des efforts entrepris localem ent et internationalem ent pour réduire la fracture num érique devront être évalués. C 'est donc là que ces efforts trouvent leur point de convergence et d'harm onisation. Ces élém ents sont rassem blés dans le schém a ci-dessous.

Pour conclure

Faire de la m ondialisation un outil m aîtrisé de réduction des inégalités, voilà l'objectif qui devrait perm ettre au m onde de ne pas retom ber dans certains des errem ents du siècle précédent. Pour atteindre cet objectif, la révolution de l'inform ation représente un raccourci sans équivalent historique.

Saurons-nous saisir cette opportunité ? Les efforts entrepris récem m ent aux plans local et m ondial, la prise de conscience des opinions publiques et des décideurs des enjeux de ces efforts, sont encourageants.

Il im porte m aintenant de les poursuivre et de les renforcer. Il im porte pour cela de passer des anecdotes (qui ont le pouvoir d'illustrer) à l'expérience (qui peut être échangée et com parée), et de l'expérience à la corm aissance (qui peut être dissém inée et partagée). M ais il im porte surtout et avant tout de tout faire pour que la réduction de la fracture num érique dem eure im e priorité dans les années à venir, parce qu'elle constitue un objectif nécessaire, am bitieux et réaliste. C 'est non seulem ent aux organisations internationales, aux gouvernem ents et aux entreprises, m ais aussi aux citoyens du m onde que nous som m es tous qu'il incom be de dém ontrer que la fracture num érique n'est pas une fatalité.

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