A. ROUSTAN
INRA Station d’Amélioration
Génétique
desAnimaux BP 27 31326 Castanet-Tolosan Cedex
L’amélioration génétique
enFrance :
le contexte et les acteurs
Le lapin
Résumé. L’élevage
dulapin
de chair s’estorganisé
au début des années 60 pour combler la chute de laproduction
traditionnelle.Caractérisé par son
comportement
decaecotrophie,
lelapin
est un des meilleurstransformateurs
d’aliments
grossiers, fixant
sousforme
de viande comestible 20 % desprotéines ingérées.
Les
types génétiques
utiliséspèsent
environ 4kg
àl’âge
adulte. Les animaux abattus vers2,3 kg
ont unrendement moyen de 60 %.
Femelle à
ovulation provoquée par l’accouplement (ou
stimulationhormonale),
lalapine produit
7 à 10portées
de 7 à 8lapereaux
par an dans lessystèmes
actuels. Les carrières desreproductrices
sontgénéralement beaucoup plus courtes,
nécessitant un renouvellement annuelmoyen
de 150 %.La saillie naturelle est la
règle générale,
même siquelques élevages
utilisent l’inséminationartificielle qui
suscite un intérêt croissant.L’amélioration génétique
pour laproduction
de viande a démarré dès1960,
dans le cadre d’études menées àl’INRA sur plusieurs populations
de race pure et leurs croisements. Ces travaux ontpermis
lamise en
place
duSchéma
National d’AméliorationGénétique
dulapin
dechair, confiant
àl’INRA
lasélection des souches
femelles
pourproduire
unefemelle
croisée et à laprofession,
aidée parl’INRA,
lasélection des mâles de croisement terminal destinés à être
accouplés
à cesfemelles.
Au j
ourd’hui,
la sélection desfemelles
associe à l’INRAplusieurs
sélectionneurs dans le cadre d’unschéma
de"démultip lication",
chacun d’entre eux entretenantégalement
des souches de mâles sélectionnésindépendamment.
La
profession
s’est dotée derègles régissant contractuellement,
lesrapports
sélectionneurs - utilisateurs.Traditionnellement élevé dans les campagnes et les
grandes
concentrations industrielles(mines,
sidé-rurgie....), le lapin
alongtemps
fourni unepart impor-
tante de la viande consommée par les familles de ces
secteurs
socio-économiques.
Avec le
dépeuplement
des zones rurales et la dimi-nution considérable des industries
grandes
consom-matrices de main
d’oeuvre,
laproduction
essentielle- ment destinée à l’autoconsommation a fortementrégressé
et la demande de viande delapin
dans lescircuits commerciaux s’est sensiblement
développée
même si la consommation nationale a presque dimi- nué de moitié au cours des trente dernières années.
Pour satisfaire cette
demande,
une cuniculture dite rationnelle s’est donc mise enplace progressive-
ment
depuis
le début des années60,
faisant ainsi accéder lelapin
au rang desespèces "nobles",
nécessi-tant
l’acquisition
de connaissancesscientifiques
sus-ceptibles
d’aider les éleveurs à mieux maîtriser cette nouvellespéculation.
1 / L’animal
Classé
parmi
lesherbivores,
lelapin
secaractérise,
sur le
plan digestif,
par soncomportement
de caeco-trophie : produisant
deux sortes de crottes, crottes"dures" (normalement excrétées) et crottes "molles"
(les
caecotrophes),
lelapin réingère
ces dernières dès leur émission et lesrecycle
dans sonappareil digestif.
Excellent
transformateur,
il se classe immédiate- ment derrière lepoulet
tout en consommant des ali- mentsbeaucoup plus grossiers
(15 % de cellulose) : il fixe sous forme de viande comestible 20 % des pro- téines alimentairesqu’il
absorbe. Ce taux se situeautour de 22-23 % chez le
poulet,
mais de 16 à 18 %chez le porc et 8 à 12 % chez les bovins.
1.1 / Caractéristiques pondérales
Poids adulte :
Très variable suivant les races (1 à 7
kg
avec desindividus
atteignant
les 10kg),
il se situe autour de3,5
à 4kg
pour lestypes génétiques
couramment uti-lisés pour la
production
de viande. Cepoids
estgéné-
ralement atteint à
l’âge
de 6 mois.Poids au seurage :
Dans les
techniques
actuellesd’élevage,
le sevragea lieu entre 25 et 30
jours.
A cetâge-là,
leslapereaux pèsent
de 400 à 800 grammes suivant la taille de por-tée,
pour les races de format moyen.Caractéristiques d’abattage :
Les animaux
engraissés
pour la boucherie sont abattus entre 10 et 12semaines ;
ilsatteignent
alorsun
poids
moyen de2,300 kg
et réalisent un rende-ment d’environ 60 %: ce
qui
conduit à unpoids
moyen de carcasse de1,300
à1,400 kg.
Indice de consommation :
Dans ce type de
production,
lelapin
consomme enmoyenne 4
kg
d’aliment parkg
depoids
vifvendu,
enprenant
encompte
la consommation desreproduc-
teurs.
1.2 / Caractéristiques de reproduction
Le mâle atteint la
puberté
versl’âge
de 5 mois etla maturité sexuelle aux alentours de 8 mois.
La femelle est
pubère
à environ 11 à 12semaines,
elle atteint la maturité sexuelle entrequatre
etcinq
mois. Elle ne
présente
pas decycle
oestrienrégulier
avec
apparition
de chaleurs et ovulationspontanée :
l’ovulation est
provoquée
parl’accouplement
(ou sti-mulation homonale en insémination artificielle). La
gestation
dure 31 ou 32jours.
Dans le cas d’ovulation non suivie de fécondation existe un
risque
sérieux depseudo gestation qui
interdit toute fécondationpendant
les 18jours qui
suivent l’ovulation.
Les tailles de
portées
à lanaissance, qui
se situentgénéralement
de 3 à 14lapereaux
(extrêmes de 1 à20),
varient en fonction du format : 3 à 4 pour lespopulations naines,
7 à 8 pour lespopulations
de for-mat moyen, 8 et
plus
pour lespopulations géantes ;
et avec letype génétique :
7 à 8 en racepure, 9 à 11 pour les femelles croisées
(&dquo;hybrides&dquo;),
dans les
populations
de format moyen lesplus
utili-sées pour la
production
delapins
de boucherie.Différents
rythmes
dereproduction
sontpratiqués
par les éleveurs :
-
Rythme
intensif dit&dquo;post-partum&dquo; : accouplement
de la
lapine
dans les deuxjours qui
suivent la mise-bas.
-
Rythme
semi-intensif :accouplement
8 à 12jours après
mise-bas-
Rythme
extensif :accouplement après
sevrage soit 28 à 30jours après
mise-bas(pratiquement plus
utilisé en
élevage
moderne).Dans les deux
premières
situations leslapines
sont en même
temps
allaitantes etgestantes.
Lepotentiel théorique
maximum deproductivité
d’unelapine
est donc de 12portées
par an. En fait les inter- valles moyens entreportées
varientgénéralement
de38 à 52
jours
dans lesélevages &dquo;intensifs&dquo;,
cequi
cor-respond
à unrythme
de7,0
à9,5 portées
par femelleet par an.
Toutefois,
30 % àpeine
des femelles ontune durée de
production égale
ousupérieure
à un anet le nombre moyen de
portées
réalisées par unelapi-
ne sur l’ensemble de sa carrière ne
dépasse
pas 4 dans les conditions del’élevage
intensif. Cette moyen-ne recouvre
cependant
des situations trèsdisparates
allant de 0 à
plus
de 30portées.
L’effectif est mainte-nu dans les
élevages grâce
à un taux de renouvelle- ment desreproductrices
de l’ordre de 150 % par an.2 / Systèmes d’élevage
et principales productions
En
production
deviande,
les éleveurs sontgénéra-
lement
naisseurs-engraisseurs,
utilisant leplus
sou-vent des installations
spécialisées
pour la maternité et pourl’engraissement.
La taille desélevages
esttrès
variable,
allant dequelques
dizaines de mères àplusieurs
centaines(exceptionnellement plusieurs
milliers). Différentes variantes sont apparues dans les dernières années avec ledéveloppement
de l’éle-vage &dquo;en bandes&dquo; avec éventuellement maintien des
jeunes
dans le local de naissancejusqu’à l’abattage
ettransfert des femelles dans une nouvelle cellule pour
chaque
nouvelleportée (principe
de la bandeunique).
La
règle générale
pour lareproduction
est la saillienaturelle (un mâle pour 6 à 10 femelles).
Quelques
dizaines
d’élevages
commencent àpratiquer
l’insémi-nation
artificielle,
laplupart
utilisant despaillettes
de sperme frais fournies par une structure de diffu- sion d’animaux
reproducteurs
sélectionnés.Quels
que soient la taille destroupeaux
et lesystème d’élevage,
le
lapereau
deboucherie,
vendugénéralement
vivantà des volaillers ou à des abattoirs
spécialisés, repré-
sente la
production quasi
exclusive.Chez les
lapins
angora, laproduction &dquo;poilière&dquo;
(une
épilation
tous les 100jours
àpartir
de 8semaines),
est assurée entièrement par desfemelles ;
5 % d’entre elles sont mises à la
reproduction
2 foispar an pour assurer le renouvellement du
troupeau.
3 / L’amélioration génétique
3.1 / Historique
Le
lapin, domestiqué depuis
uneépoque
relative-ment récente (200 à 300 ans), a été utilisé comme matériel
expérimental
par lesgénéticiens
du débutdu siècle. Par
ailleurs,
des sélectionneurs avaient créé un nombreimportant
de races àpartir
desdiverses
populations
locales ourégionales.
Actuellement 49 de ces races sont décrites dans le
catalogue
de la S.C.A.F. (Société Centrale d’Aviculture de France). Elles se caractérisent essen-tiellement par leur
format,
(4géantes,
24 moyennes, 18petites,
et 3naines),
la couleur et la texture de leurpelage.
Cependant,
lespremiers
travaux concernant l’amé- liorationgénétique
pour laproduction
de viandedatent du début des années 60.
Sollicité par une
profession qui commençait
à se structurer, l’INRA mit enplace
lespremiers
essaisd’évaluation et de
comparaison
deplusieurs popula-
tions de race pure et de leurs différents croisements
sur les tailles de
portées
à la naissance et au sevrage.Les
premiers
résultats mirent en évidence l’intérêtdu croisement entre mâles de la souche
d’origine
Californienne (codifiée 1066) et femelles
d’origine
Néo-Zélandaise (1077). Au début des années 70 fut décidée la mise en
place
d’un Schéma national d’amé- liorationgénétique
dulapin
dechair,
associantl’INRA à la
profession
avec l’aide despouvoirs publics
pour conduire la sélection de ces deux
souches,
(confiée àl’INRA),
et assurer la diffusion des femelles métisses issues de leurcroisement,
(effectué par des éleveurs&dquo;multiplicateurs&dquo;),
dans le cadre d’une SICA: la SOLAF. Ces femelles (1067) devaient être accou-
plées
à des mâles sélectionnés sur leur vitesse de croissance et leur &dquo;valeur bouchère&dquo; pourproduire
leslapereaux
de boucherie.3.2 / La sélection des mâles de croisement terminal
Elle fut
prise
encharge,
au sein d’unesociété,
laSOLAM,
parquelques
éleveursqui possédaient
despopulations
d’animauxhomogènes
etqui prati- quaient
un contrôle individuel desperformances reproductives
etpondérales.
De 1972 à1975,
ce contrôle fut associé à un contrôle sur descendance réalisé au Centre deTestage
deLanglade,
sous laresponsabilité
de l’INRA. Cette sélection sur la base d’un index combinantplusieurs paramètres
zootech-niques
etéconomique
fut abandonnéeaprès
troiscampagnes financées par des fonds
publics
en raisonde son coût excessif
impossible
à amortir sur une dif-fusion de mâles issus du
schéma,
très inférieure auxprévisions
initiales.Depuis
1976 la sélection des souches mâles estassurée,
d’unefaçon générale,
par les structures de diffusion des souchesfemelles,
essentiellement dans le cadre d’une sélection massale
sur la vitesse de croissance ou le
poids
à unâge proche
del’abattage
(10 à 12 semaines). Certains deces sélectionneurs bénéficient de l’aide
technique
dela SAGA (Station d’Amélioration
Génétique
desAnimaux - INRA) pour conduire cette sélection.
3.3 / La sélection des femelles
Elle est assurée par la SAGA sur les deux souches (1066 et 1077) dont l’effectif actuel est
respective-
ment de 72 et 121 femelles par
génération, réparties
en 9 et 11 familles. Les femelles sont classées sur la base d’un index
prenant
en compte leursperfor-
mances
reproductives
sur les 6premiers
mois de pro-duction,
lesperformances
de leurmère,
celles deleurs soeurs et demi-soeurs. Les deux
troupeaux
conduits en
générations séparées
à raison d’unegéné-
ration tous les 9 à 10 mois
atteignent
leur 18èmegénération
de sélection. Dans unpremier temps,
les éleveurs adhérents de la SOLAF avaient l’exclusivité de la diffusion des femelles 1067qu’ils reproduisaient
à
partir
des mâles 1066 et des femelles 1077 livrées par l’INRA. Dès 1978 cette activité de&dquo;multiplica-
tion&dquo; a été ouverte à de nouvelles structures, à la suite de la dissolution de la SOLAF.
A
partir
de 1982 lesystème
de&dquo;multiplication simple&dquo;
futprogressivement remplacé
par unsystème
dit de&dquo;démultiplication&dquo; qui permet,
parl’adjonction
d’un
étage supplémentaire
deproduire
environ 15fois
plus
de femelles&dquo;parentales&dquo; (1067),
tout enconservant le bénéfice du
progrès
réalisé dans les souches de base. Dans cesystème
le &dquo;sélectionneur associé&dquo; à l’INRA pour effectuer ladémultiplication
crée cet
étage supplémentaire
enaccouplant
danschacune des deux
souches,
les animaux que lui four- nit l’INRA (un seul sexe dechaque souche),
à ceux dusexe
opposé
d’une souche dite&dquo;homologue&dquo;,
obtenuepar
absorption
dans sonélevage
àpartir
des animauxvenant de l’INRA.
Entre 1976 et
1990,
les tailles deportées
à la nais-sance et au sevrage des femelles
1077, accouplées
auxmâles 1066 chez les
multiplicateurs,
ontprogressé
d’environ 2
lapereaux passant respectivement
de 7,2 à9,2
et de5,9
à8,1.
A côté des réseaux diffusant les animaux des souches sélectionnées par l’INRA il existe
quelques
sélectionneurs
&dquo;indépendants&dquo; d’importance
variableet en nombre fluctuant (de 5 à 10). Pour ces struc-
tures on ne
dispose pratiquement
d’aucune informa- tion sérieuse relative aux moyens mis en oeuvre, aux méthodes de sélection ou aux caractères sélectionnés.Parallèlement à cette
organisation technique relayée
dans les différents réseaux par des structures commercialesspécialisées,
laprofession
cunicole s’est dotéeprogressivement
d’une série derègles régissant
contractuellement les
rapports
entre fournisseurs d’animaux sélectionnés et éleveurs utilisateurs : Charte de laMultiplication
de la FENALAP (Fédération Nationale desGroupements
d’Eleveursde
Lapin),
Commission de Contrôle des réseaux diffu- sant des animaux sélectionnés par l’INRA.Références bibliographiques
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