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1er décembre 2010actualité, info
quant les risques de blessures lors de telles opérations. Une se
conde possibilité serait un coma point de vue
Ainsi donc, dans la France d’au- jourd’hui, la sortie d’un film (Vénus noire) peut-elle être suivie d’une fatwa visant Georges Cuvier (1769-1832). Etrange (et, peut-être, salutaire) affaire. Pour- suivons un instant notre tentative de décryptage de ce phénomène qui voit un groupe réclamer que l’on «débaptise» la rue qui, à Paris, porte le célèbre nom de Cuvier (Revue médicale suisse du 24 novembre). Initiative pour le moins étonnante née sur les fonts (dé)baptismaux d’un blog ;1 celui de Michel Alberganti, ancien jour- naliste du Monde et producteur de l’émission «Science publique» de France-Culture.
Sans doute pourrait-on sourire de tout cela. Peut-être même devrions- nous rire de ce dernier symptôme en date ; symptôme éclairant dans un pays où certains émissaires laïcs semblent prendre d’infinis plaisirs à monter en chaire pour exhorter le peuple au devoir de
repentance. Mais à dire le vrai l’heure n’est guère ici au rire, com- me en témoignent les réactions controversées – parfois haineuses – suscitées par une telle proposi- tion. Débaptiser la jolie rue Cuvier de Paris ? Et ce au motif que Jean Léopold Nicolas Frédéric Cuvier – dit Georges – s’est intéressé au cadavre de cette «Vénus hotten- tote» dénommée Saartjie Baartman (vers 1790-1815) ? L’entreprise peut surprendre. Mais postulons que l’on puisse, en 2010, être sur- pris et choqué que le célèbre ana- tomiste ait pu en 1815 (sans s’in- téresser aux causes du décès de cette femme) réaliser un moulage en plâtre de son corps avant d’en extrai re le squelette, les organes génitaux et le cerveau, puis de conserver ces derniers dans du formol.
Débaptiser la rue Cuvier de Paris ? Rien n’interdit, bien évidemment de formuler une telle proposition.
A condition, toutefois, sinon d’en
mesurer toutes les conséquences, du moins de pressentir que l’on ouvre ici une porte sur l’inconnu.
Car s’engager dans une telle en- treprise n’est pas sans risques col- latéraux. Imaginons. Il faudra, en toute logique, nommer dans un premier temps une commission dont la composition sera immé- diatement contestée. Puis il re- viendra à ses membres désignés (par qui ?) de construire le pré- cieux trébuchet qui permettra d’évaluer les erreurs (les fautes, les crimes ?) commises par Cuvier sur le corps de la «Vénus hotten- tote». Ce travail ne saurait être juste et complet sans s’élargir à tous les scientifiques qui se sont penchés sur ce cas – à commencer par l’illustre Geoffroy Saint-Hilaire dont le nom orne également une rue de Paris ; rue voisine de la rue Cuvier. Geoffroy Saint-Hilaire qui observait, à propos de la tête de Saartjie Baartman «un commence- ment de museau encore plus considérable que celui de l’orang- outang rouge qui habite les plus grandes îles de l’océan Indien».
Imaginons encore. Débaptiser à Paris la rue (et la fontaine) Cuvier imposera de faire de même à Montbéliard, Lyon ou Montreuil, villes qui honorent de cette ma- nière la mémoire de ce scienti- fique. Mais plus généralement, il faudra ensuite se pencher sur les procédures de baptême de nos rues, places, avenues, et autres impasses. Qui propose, qui dé- cide ? Sur quelles bases ? Pour quelles raisons, avouées ou pas ? Et jusqu’où faudra-t-il élargir le périmètre de la faute publique ? Exemple concret : nous habitons pour notre part à Tours ; plus que gentille cité ligérienne et, qui plus est, dans une rue portant le nom de Georget. Pour l’heure, dans la ville, personne – ou presque – ne sait qui fut véritablement Georget.
Ce nom n’y est généralement asso cié qu’à celui d’un célèbre chemisier ayant possédé une fruc- tueuse boutique sur l’une des ar- tères principales créées par Louis XIV pour ouvrir une voie vers l’Espagne ; à cent mètres du cœur de la ville.
Georget ? Grâce à un célèbre voi- sin (le Pr Emile Aron, aujourd’hui centenaire plus que dynamique , auteur prolifique et membre de l’Académie nationale de méde- cine), nous savons qu’il s’agit ici d’Etienne-Jean Georget, né en 1795 à Vernou-sur-Brenne (non loin de Tours) et mort dès 1828.
Georget, psychiatre français, élève des illustres Philippe Pinel et Jean-Etienne Esquirol. Georget qui commence sa médecine à Tours avant de la poursuivre à Paris. Georget qui œuvre à l’Hôpi tal de la Salpêtrière dans les champs croisés de la psycho-
pathologie et de la nosographie psychiatrique. Georget, enfin, qui aurait proposé à son ami Théodore Géricault de faire des toiles sur le thème de la folie. Georget qui au- rait alors «prêté» quelques-uns de ses patients à Géricault pour son célèbre «Radeau de la Méduse».
Y a-t-il là matière à scandale ? Faudrait-il s’indigner, et d’ur- gence débaptiser cette rue ? On perçoit sans mal les impasses de telles entreprises. Se saisira-t-on, par exemple, du cas de celui qui écrivait les lignes suivantes, le 22 septembre 1885, à l’empereur du Brésil ? «Ni les docteurs Straus et Roux, ni le Dr Koch n’ont réussi à donner le choléra à des animaux et dès lors une grande incertitude règne au sujet du bacille auquel le
De la Vénus noire et du grand Georges Cuvier (2)
… Georget qui aurait alors
«prêté» quelques-uns de ses patients à Géricault pour son célèbre «Radeau de la Mé- duse» …
Portrait de Georges Cuvier par Mathieu-Ignace van Brée (1773-1839)
Source : Wikipedia
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: «ajuster la capacité d’accueil des facultés au nombre de médecins nécessaires». Pour cela, ils bénéfi
cient du soutien de fonds fédéraux.
L’objet a été accepté à la Commis
sion de la science de l’éducation et de la culture et présenté au Conseil national sous forme de motion.
Isaline Thorens Le Courrier du 24 novembre 2010
Dr Koch rapporte la cause du choléra. On devrait pouvoir es- sayer de communiquer le choléra à des condamnés à mort en leur faisant ingérer des cultures de bacil le. Dès que la maladie serait déclarée, on éprouverait des re- mèdes qui sont conseillés comme étant les plus efficaces en appa- rence. J’attache tant d’importance à ces mesures que si Votre Majesté partageait mes vues, malgré mon âge et mon état de santé, je me rendrais volontiers à Rio de Janeiro, pour me livrer à de telles études de prophylaxie de la rage ou de contagion du choléra et des re- mèdes à lui appliquer.»
Un ouvrage essentiel 2 (signé du philosophe Grégoire Chamayou et sur lequel nous nous devrons de revenir) révèle que cette lettre est signée de Louis Pasteur. Alors ? Débaptiser les avenues, places, rues, écoles, lycées et statues qui portent le nom de ce plus-que- grand-homme ? Lors d’un récent colloque organisé à Paris – non loin de la rue Cuvier – sur le thème des «eugénismes», le Pr Axel Kahn se demandait pour- quoi la médecine, discipline huma niste par excellence, a si souvent été inhumaine, notam- ment quand elle s’affichait comme une «connaissance arro-
gante». A la source du mal, selon lui, on trouve deux éléments.
D’une, la passion scientifique qui aveugle. De l’autre, une sous- estima tion générale du niveau d’humanité des sujets d’expéri- mentation (handicapés, vieillards, condamnés à mort, immigrés, etc.) qui autorise le geste des expé rimentateurs. Il notait aussi que les bienfaits escomptés qui servent d’alibis à l’expérimenta- tion médicale sont systématique- ment surévalués ; sans parler des intérêts financiers.
Débaptiser la rue Cuvier ? (A suivre)
Jean-Yves Nau [email protected]
1 www.franceculture.com/blogenquete
descience.html
2 Chamayou G. Les corps vils ; expérimen
ter sur les êtres humains aux XVIIe et XIXe siècles. Paris : Editions La Décou
verte, 2010. ISBN 9782707156464.
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