CH 9 - L'Etat est-il nécessaire ?
LE politique, c'est la condition humaine qui fait que les humains vivent ensemble dans la Polis, la cité.
Voir le mythe de Prométhée (Platon, Protagoras 320d-323a) : les hommes ont des vertus civiques (justice et vergogne) qui sont obligatoirement en chacun, quelles que soient les différences et les inégalités de nature ou de talent. LA politique, c'est l'activité d'organisation de la cité, l'exercice du pouvoir, etc.
L'ETAT : institution par laquelle le pouvoir politique s’exerce de façon impersonnelle, càd à travers le droit (ensemble déterminé de lois). Organisation de la collectivité dont le principe est la réalisation du droit. L’Etat désigne donc avant tout une entité juridique, mais aussi d’une relation de puissance. Status : se tenir dans la position du combattant. L’Etat centralise la puissance pour opérer la gestion politique de la société (gouvernement / administration / armée / police). Il y a toujours une part de violence dans l’Etat. (Weber : l'Etat a le monopole de la violence légitime). Tension entre la quête de puissance et l’impératif de justice.
DEMOCRATIE : La démocratie est le régime politique dans lequel le peuple, comme ensemble des citoyens, exerce le pouvoir souverain, directement ou par l’intermédiaire de représentants élus. Se distingue des autres formes de régime : monarchie, oligarchie. Dans sa version grecque, la démocratie repose sur le partage entre les esclaves, qui ne sont pas citoyens et travaillent à produire les biens nécessaires à la société, et les individus libres qui ont, à égalité, le temps et le droit de se mêler des affaires de la cité.
REPUBLIQUE : ne désigne pas un régime politique mais une MANIERE D’EXERCER LE POUVOIR, à savoir : 1/ en vue du bien commun ; 2/ conformément aux lois ; 3/ en respectant la séparation des pouvoirs (exécutif/législatif/judiciaire : Montesquieu) : les pouvoirs ne sont pas détenus par un seul.
Problème de la liberté politique : comment peut-on être à la fois sujets (soumis à l'autorité politique) et néanmoins se considérer comme libres ? La mise en place d'institutions politiques implique-t-il la perte de la liberté naturelle ? C'est le problème du contrat social, qui fonde la souveraineté. L'Etat est-il alors la seule forme politique possible ?
1) Caractéristiques de l'Etat
Il est public : le pouvoir institutionnalisé n’appartient pas au chef, il n’est la propriété de personne.
Espace public, commun à tous ses membres. L’Etat doit être au service de l’intérêt public, du bien commun. Il ne doit jamais être au service d’intérêts privés, c'est-à-dire l’intérêt de quelques puissants.
République : res publicae, chose publique.
Cette prétention est-elle un mensonge ? on sait que les Etats sont capables d’une puissance aveugle et terrifiante.
L’Etat possède stabilité et continuité : les gouvernants agissent au nom de l’Etat, et l’Etat perdure indépendamment des ruptures des gouvernants. « le roi ne meurt jamais en France ». C’est l’Etat qui devient seul propriétaire du pouvoir, et non les gouvernants.
L’Etat possède un territoire et il est centralisé : tout Etat a un territoire : une propriété territoriale collective ou s’exerce l’autorité politique. Limites de cet exercice : frontières. C’est un espace centré et homogène : le pouvoir est toujours centralisé (même dans les Etats fédéraux, il y a une capitale administrative qui garantit l’unité politique, et l’espace juridique commun). Cette centralisation implique une certaine homogénéité (monnaie, étalon de poids, de mesures, langues).
L'idée d’Etat-nation : la nation est l’idée d’une identité collective, exemple : identité française.
Unification de l’instruction (école), de la langue, etc. La nation représente, non plus une entité juridique (Etat), mais une culture commune. Idée d’un sentiment d’appartenance à son pays, son territoire. Une nation n’est donc pas la même chose qu’un Etat, même s’il y a des Etats-Nation.
2) Fondements de l'Etat
QUESTION : quelle est la nécessité d’instituer une société politique ? Les hommes ne sont-ils pas capables de vivre ensemble sans lois ? Sans une autorité commune ?
1. La fiction de l’état de nature (HOBBES) :
Etat de nature = état dépourvu de toute loi. Les comportements des individus sont laissés à eux-mêmes = apparence d’une liberté totale.
Absence de toute justice = il n’y a ni bien ni mal dans l’état de nature. Les deux vertus cardinales = la force et la ruse.
Egalité fondamentale entre les individus : «Le plus faible a assez de force pour tuer le plus fort, soit par une machination secrète, soit en s'unissant à d'autres qui sont menacés du même danger que lui-même » (Hobbes, Leviathan, I,13).
L’existence d’un état de guerre entre les hommes : Guerre = tendance au combat. Rôle des trois désirs fondamentaux (sécurité, possession et reconnaissance).
Insécurité fondamentale de l’existence humaine, qui empêche tout travail et donc tout développement de l’existence sur le plan matériel (progrès technique).
Selon Hobbes, l’homme finit par avoir le désir de sortir de l’état de nature : - La liberté à l’état de nature est quasi inexistante (insécurité)
- La volonté d’association avec les autres individus se fonde sur les passions : chaque individu agit selon son intérêt particulier (le souci de garantir son existence et ses propriétés) et non par considération de l’intérêt général = la « raison » ou la « sagesse » n’est pas à l’origine des sociétés humaines. Chez Hobbes : le rôle fondamental de la peur de la mort.
- Critique d’Aristote selon qui « l’homme est un animal politique »
L’idée d’Etat de nature n’est qu’une fiction, mais elle sert à montrer ce qui attendrait les hommes sans le secours de l’Etat.
Historiquement, l’Etat moderne apparaît, en France, comme le remède aux guerres civiles qui opposaient catholiques et protestants et qui ruinaient le pays.
On est d’accord à l’origine sur le mal, pas sur le bien : on ne peut fonder l’Etat qu’avec ce qu’on ne veut pas (la guerre civile), pas avec ce qu’on veut (la justice, la liberté, etc.), car personne n’est d’accord là- dessus. Donc l’Etat se fonde sur la peur de la mort.
2. la sortie de l’état de nature par l’instauration de l’Etat selon Hobbes
Solution de Hobbes : les individus doivent renoncer à une grande partie de leur liberté, pour obtenir en contrepartie la sécurité. Le but de la politique n’est pas que les hommes soient libres, mais qu’ils ne vivent pas dans la guerre civile.
Conception non démocratique de l’Etat : pour obtenir leur sécurité, les hommes acceptent de se soumettre à un roi ou à une assemblée (monarchie ou aristocratie). Une fois que l’on a accepté de se soumettre, on doit obéir sans discuter. Puisqu’il s’agit de « réduire les volontés en une seule », il s’agit d’adhérer à un ordre qui fait perdre en autonomie de volonté particulière ce qu’on gagne en sécurité collective.
« L’Etat consiste en un rapport de domination de l’homme sur l’homme fondé sur le moyen de la violence légitime (c'est-à-dire sur la violence qui est considérée comme légitime) » (Max Weber, le savant et le politique, 10/18, p. 101)
« Chacun soumet sa volonté et son jugement à la volonté et au jugement de cet homme ou de cette assemblée » (Hobbes).
3. Critique de Hobbes : on peut instaurer l’Etat sans supprimer la liberté (Rousseau) Le contrat social = accord fondamental à partir duquel les hommes vont s’associer.
Critique de Hobbes : le but de la politique est la liberté. Problème : trouver un contrat qui ne supprime pas la liberté.
L’homme veut pouvoir garantir sa sécurité (et sa propriété), mais sans perdre sa liberté = PROBLEME : comment fonder un Etat qui, tout en garantissant mes biens (vie et propriétés) n’enlève rien à ma liberté ?
Le problème du contrat social :
«Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. »
(ROUSSEAU, Contrat social, I.6)
Obéissance à soi : très différent de Hobbes, soumission totale à une autorité, à un pouvoir absolu.
La forme du contrat : accord entre deux parties qui suppose un échange jugé comme équitable par chacune des deux parties.
Quelles sont les deux parties ? L’individu et le corps social (le Tout) Qu’est-ce qui est donné et qu’est-ce qui est reçu par l’individu ?
L’individu abandonne sa liberté naturelle, c'est-à-dire ce qui constitue sa vie même = acte par lequel se constitue une volonté générale = volonté du Tout, du corps politique = accord entre tous les individus sur des questions d’ordre général. (ce n’est pas la volonté de tous = addition des volontés particulières, ni une volonté majoritaire où la majorité opprime la minorité. C’est une intégrale, on enlève les plus et les moins de chacune des volontés particulières).
Les lois doivent être, dans un Etat démocratique, acceptées et même voulues par tous les citoyens. A cette condition seulement, on est libre en obéissant aux lois, car on n’est alors soumis en fait qu’à soi-même.
« l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » (ROUSSEAU)
C’est donc l’ensemble du peuple qui énonce ce qu’est la justice. Il faut donc que tous les membres d’une société puissent se mettre d’accord entre eux sur les règles qui vont s’imposer : on voit bien que c’est une situation idéale plus que réelle (Rousseau le dit lui-même). Cela suppose que chacun considère l’intérêt général avant son intérêt particulier. Il faudrait donc que chaque homme soit suffisamment raisonnable pour faire passer l’intérêt de la société avant son intérêt propre (exemple des impôts).
cette volonté générale est dotée d’une force commune : capacité de faire régner effectivement le droit et, si besoin est, de punir les infractions.
Il reçoit la liberté politique et la protection de sa vie et de ses biens par la force commune.
« Ce que l’homme perd par le contrat social, c’est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre ; ce qu’il gagne, c’est la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il
possède. » (ROUSSEAU)
La liberté civile est « limitée par la volonté générale. » (Idem, I.8) 4. Conclusion :
l'Etat n'est compatible avec la liberté politique qu'autant qu'il est incarne l'impartialité de la mise en place
de la souveraineté.
« Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois et c’est par la force des Lois qu’il n’obéit pas aux hommes. » (ROUSSEAU)
La relation chef / sujet :
Forme personnalisée du pouvoir politique
- Ce pouvoir n’est jamais vraiment légitime = risque de l’arbitraire
- Ce pouvoir est essentiellement discontinu = il disparaît avec la personne du chef.
Avec l’institution de l’Etat, le siège du pouvoir politique devient une institution :
Le pouvoir politique transcende la volonté individuelle des personnes qui commandent = les gouvernants sont également des sujets de l’Etat.
Une institution vit sur une durée plus longue que celle des individus par lesquels elle agit.
L’obéissance devenant obéissance à une puissance impersonnelle s’appliquant à tous sans exception, devient compatible avec la liberté et la dignité humaines (obéissance sans esclavage).
CHEF GOUVERNANT
Forme personnalisée du pouvoir = risque
d’arbitraire Forme impersonnelle du pouvoir, à laquelle
tous sont soumis, y compris les gouvernants Pouvoir discontinu dans le temps = problème
de la succession
Continuité assurée par l’institution étatique Obéissance fondée sur la soumission Obéissance fondée sur la compréhension
(« nul n’est sensé ignorer la loi »), la participation et le consentement.
Définition de la loi : « Quand le peuple statue sur tout le peuple » (CS, II. 6)
= la loi doit avoir une portée générale, sans quoi il y a un risque de partialité. Ex. : une loi ne peut pas concerner un individu particulier, elle doit concerner tout un individu en général.
Le grand danger est la division du corps social (naissance de factions).
C’est parce que la loi est générale que son existence est compatible avec la liberté politique individuelle.
III. Critiques de l’Etat 1. la critique marxiste
Marx conteste l’idée que l’Etat soit au service de l’intérêt général. Selon lui, l’Etat a pour origine le clivage entre la classe économiquement dominante et la classe dominée. L’Etat est l’instrument qui permet à la classe dominante d’asseoir sa domination sur la classe dominée.
- L’Etat est, dans une société capitaliste, l’appareil qui permet à la bourgeoisie de cimenter l’alliance de tous ceux qui ont les mêmes intérêts économiques et de réprimer ceux qui troublent l’ordre social. Cette repression prend deux formes : 1/ physique : sanctions, qui vont du PV à la peine de mort) ; 2/ mentale : des institutions diffusent l’idéologie de la classe dominante : écoles, églises, familles, presse…
- L’Etat et toutes ses institutions sont donc aux service de la classe dominante.
- dans l’optique marxiste, l’Etat n’est donc pas nécessaire à la société. Il doit donc disparaître pour que finisse l’aliénation de la majeure partie de la population. D’où la nécessité de la révolution, puis de la
« dictature du prolétariat » pour lutter contre la contre-révolution. Selon Marx, au fur et à mesure que triomphera la révolution, l’Etat dépérira pour laisser place à la société sans classe, dans laquelle chacun se gouverne lui-même.
2. la critique anarchiste
- Elle reprend le diagnostic marxiste sur le rôle de l’Etat : il est un instrument de domination de la classe dominante.
- Mais les anarchistes sont en désaccord avec Marx sur les solutions : Proudhon ou Bakounine, par exemple, envisagent de supprimer immédiatement l’Etat, sans passer par la dictature du prolétariat.
- l’anarchisme refuse tout principe d’autorité : « Ni Dieu, ni maître » et proclame la valeur absolue de l’individu. Il faut remplacer l’Etat par une organisation fédérale fondée sur la liberté absolue des individus et l’autonomie des régions, communes, associations, etc. Refus d’un pouvoir centralisé, qui vienne du « haut ».
3. Les sociétés sans Etat montrent que les hiérarchies sociales ne sont pas naturelles.
Voici un résumé du livre de Pierre Clastres (1934-1977), La société contre l’Etat (1974). Anthropologue et ethnologue français. Se revendique du courant politique de l’anarchisme. Etudie pendant plusieurs années les Indiens Guayaki, Guarani, etc. : indiens d’Amérique du Sud (Amazonie notamment).
--> Thèse de Clastres : toute société n’est pas de type étatique. Celles qu’on appelle sociétés primitives ne connaissent pas l’Etat. P. Clastres montre que si ces sociétés n’ont pas d’Etat, ce n’est pas parce qu’elles ne le connaissent pas mais parce qu’elles n’en veulent pas. Il y a des règles et il y a une culture : ces sociétés ne vivent pas d’une manière archaïque.
Précisément, les règles de ces société ont pour but d’empêcher la société de se transformer en un Etat inégalitaire. Ces règles font en sorte que le pouvoir et les richesses ne se développent pas. Rapide description de ces sociétés :
1) absence de stocks, de surplus économique, et d’innovation technologique : on se contente de ce que la nature offre. S’il y a des stocks, par exemple des surplus de récoltes, on les détruit pendant des fêtes sacrées, car ce surplus impliquerait une scission dans la société entre ceux qui possèdent les stocks et ceux qui ne les possèdent pas. Ce surplus est tabou, on le sacrifie.
2) Le travail n’est pas spécialement valorisé. Ce qu’on gagne en productivité permet de travailler moins, pas de produire plus et de stocker davantage.
3) L’innovation technique n’est pas valorisée : ce dont on a hérité, techniques ancestrales, issues des Anciens, est supérieur à ce qu’on va produire et créer. L’ordre du monde est révélé par les Anciens : mythologie, etc. rien ne doit venir rompre l’organisation sociale traditionnelle. Là encore, un tabou préserve des inégalités.
4) absence d’Etat : Il n’y a aucune distinction sociale, ni entre les hommes, ni entre les hommes et les dieux. Visible et invisible sont liés, coexistent. C’est le rôle du chaman dans les sociétés : il est le moyen de communication de l’Invisible, il traduit dans le monde des hommes, horizontalement, la
communication secrète des Dieux dans les choses (prêtres parlent à la place de l’invisible, en son nom, verticalement). Il n’y a pas un « au-delà », l’invisible des dieux est partout, sans distinction.
(historiquement, la scission entre hommes/dieux est allée de pair avec la scission entre un gouvernant (de droit divin) et les gouvernés : on a reproduit sur la terre la scission entre l’ici et l’ailleurs, en une scission de la société et du pouvoir : Etat).
5) régulation de la population. La société ne devient jamais trop nombreuses. Si la tribu est trop grande, quelques individus partent former une autre tribu. Comme si les Indiens souhaitaient ne pas former une société nombreuse qui aurait besoin d’un Etat.
6) Les fonctions du chef :
- Le chef n’est pas roi, mais garant de la tradition des anciens. Le chef ne peut pas commander aux autres.
Ne peut pas donner un ordre, n’a aucune capacité coercitive. Son pouvoir tient uniquement à ses missions :
- il doit être un faiseur de paix, régler les conflits. Il est un modérateur, un arbitre, qui cherche à
réconcilier, grâce à ses vertus de prestige et d’équité. Il est au service du groupe tout entier, il doit établir
l’harmonie dans le groupe. Il ne peut pas utiliser la force pour cela – personne n’accepterait qu’il le fasse – il doit se servir uniquement de son prestige, en tant qu’il témoigne de la tradition. Son pouvoir s’appuie sur l’accord de tous, jamais sur la contrainte. Il ne peut utiliser la contrainte qu’en temps de guerre contre une autre société : dans ces circonstances, en revanche, il devient un chef militaire, et son pouvoir est absolu sur tous les guerriers. D’ailleurs, il arrive que ces deux pouvoirs soient tenus par deux personnes distinctes (un chef militaire, et un autre chef pour le temps de paix). Une fois la paix revenue, le chef de guerre perd toute sa puissance.
- il doit être très généreux. Il est le plus pauvre, et il est totalement dépendant de la société dans son ensemble, qui lui couperait les vivres s’il n’était pas assez généreux. C’est un devoir pour lui d’être généreux. Cette obligation de donner est en fait un droit de pillage permanent des autres membres de la société : tout ce qu’il possède part en cadeaux (il a les ornements les plus minables), sinon on ne reconnaît pas son prestige. Donc, bien souvent, c’est le chef qui travaille le plus… il est dépendant du groupe, comme dans un chantage : s’il n’est pas assez généreux, on l’abandonne pour un autre leader.
- il doit être un bon orateur. Une de ses fonctions est de dire la Tradition : « Suivons l’exemple des Aïeux, nous mènerons une vie paisible », qui est un moyen de pacifier les conflits. Il parle tous les jours pour la paix, l’harmonie, l’honnêteté nécessaires à la bonne vie du groupe. Le langage est l’opposé de la violence, c’est pourquoi il est si important : il garantit chaque jour que la menace est écartée.
- seul privilège : la polygamie.
Bilan : ce genre de sociétés (il s'agit ici d'un cas parmi d'autres) montrent un refus total du pouvoir, de l’autorité. Une telle autorité serait contre le groupe et la réciprocité qui le structure, donc contre la société.
Il y a le pouvoir du chef, mais on l’empêche de s’exercer : contestation permanente, on ne l’écoute pas quand il parle…
Volonté de conserver la société sans divisions, pour que le monde lui-même ne soit pas divisé : passé, futur, présent, hommes et dieux, ne doivent pas être divisés entre eux. Le chef, donc, ne domine pas. Les Indiens ont préféré disparaître, le plus souvent, plutôt que de supporter la domination des Blancs, pas parce qu’ils étaient blancs, mais parce qu’ils étaient sur le mode de la domination et du stockage.
Par opposition, les premiers Etats supposent, pour apparaître, un surplus de richesse collective accaparée par un petit nombre. Ce surplus suppose des biens stockables, des propriétés, un état sédentaire. L’impôt est nécessaire pour payer les forces de contraintes (guerriers, bureaucrates, prêtres) et les forces de contraintes à leur tour sont nécessaires pour lever l’impôt. La course en avant de l’accumulation de richesses et du pouvoir peut expliquer pourquoi, avec les premiers Etats, apparaissent aussi les premières guerres de conquêtes et de domination.