C AHIERS DE
TOPOLOGIE ET GÉOMÉTRIE DIFFÉRENTIELLE CATÉGORIQUES
P IERRE A GERON
Quelques aspects de la dualité entre logique et topologie
Cahiers de topologie et géométrie différentielle catégoriques, tome 33, no3 (1992), p. 195-198
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Quelques aspects de la dualité entre
logique et topologie
Pierre Ageron1
CAHIERS DE TOPOLOGIE ET GEOMETRIE DIFFERENTIELLE
CATEGORIQ UES
VOL UME XXXIII
em’
trimestre 1992ABSTRACT : We describe some
properties
of theStone-type duality
between sketches
(or
first ordertheories)
and accessible theories.A Patrice
Une dualité
est,
au sensstrict,
uneéquivalence
entre deuxcatégor ies
A etB°P. Il est clair que cette
définition,
à la foistr op générale
ettrop restrictive,
renvoie l’idée de dualité dans le domaine du
psychologique.
Tout autantpsychologique
est laperception "topologique"
ou"spatiale"
desobjets
deB
lorsque
lesobjets
de A sont certaines"algèbres",
enparticulier
certaines"théories
logiques".
Onpeut cependant
extraire de cette intuition des direc- tions de recherche très intéressantes.Le
paradis, plus
que leparadigme,
des situations de dualité est la fameuse dualité de Stone entre lacatégorie
desalgèbres
de Boole et celle des espacescompacts
totalement discontinus.Rappelons-en
lepoint
essentiel.Soit B une
algèbre
deBoole,
que nousimaginer ons
comme une théoriepropositionnelle classique.
Un modèle de B est unhomomorphisme
M de Bdans {vrai, faux},
et s’identifie à un ultr afiltr e de B. Ondispose
del’espace topologique
X =Spec(B)
dont lespoints
sont les modèles de B et dont les ouverts sont les ensembles de la formef MIM(A) = vrai},
pour a E B. Cespectre
estséparé, quasi-compact
et totalement discontinu.Il y a eu
beaucoup
d’extensions de cetteidée,
avec tout ce que P. John- stone aappelé "pointless topology" .
Parexemple
il existe une dualité entre1 Université de Caen
la
catégorie
des treillis locauxspatiaux (anglais : spatial frames)
et celle desespaces
topologiques
sobr es. Lalogique sous-jacente
est iciplutôt
lalogique
intuitionniste
(encore que...).
Mais
quittons plutôt
le calculpropositionnel
pour aborder celui des for- mules dupremier
ordre par le biais desesquisses (mixtes)
d’Ehresmann.Soit E une
petite esquisse,
que nousimaginerons
comme une théorie dupr emier
ordre( infinitair e) classique.
Un modèle de E est un foncteur de Evers Éns
qui
envoie les cônesprojectifs (resp. inductifs) distingués
de E surdes cônes limite
projective (res1 . inductive)
dans Éns. Ondispose
de lacatégorie
C =Mod(E)
dont lesobjets
sont les modèles de E et dont les flèches sont les transformations naturelles entre modèle. On démontr e que cettecatégorie
est moclelable(certains
disentaujourd’hui accessible),
c’est-à-dire
qu’elle
est localementpetite
etqu’il
existe un cardinalrégulier 1’B; (suffi-
samment
gr and) tel
que :(a)
C a lespetites
limitesk-filtrantes ;
(b)
lasous-catégorie C,
desobjets k-présentables
est essentiellement pe-tite ;
(c)
pour toutobjet
X deC,
lacatégorie C, /,1
est h,-filtrante et X estcanoniquement
limite inductive du foncteurcanonique
deC,IX
versC.
On remarquera que si C est
modelable,
C est lacomplétée
par limites inductives l’B;-filtrantes deCx.
La notion de
catégorie
modelable et le théor ème ci-dessusappar aissent
dans C.
Lair, Catégories
modelables etcatégories esquissables, Diagr amlnes
7(1981),
où il est aussi constaté que toutecatégorie
modelable estéquivalente
à la
catégorie
des modèles d’unepetite esquisse.
Une différenceimpor tante
avec la situation de Stone est
qu’il n’y
a pas, dans le casgénér al, d’esquisse
"canonique"
associée à unecatégorie
modelable donnée. Sur cessujets,
con-sulter aussi M.Makha;i and
R.Paré,
Acessiblecategories :
thefoundations of categorical
modeltheory, Contempor ary
Mathematics 104(AMS, 1990).
J’ai le sentiment
persistant
que lescatégories
modelables ont une saveurtopologique d’espaces compacts,
ouplutôt qu’elles
sont auxcatégories petites (dont
ellesgar dent beaucoup
depropriétés)
ce que les espacescompacts
sontaux espaces finis.
Est-il
possible
depréciser
cetteimpression ?
Une idéepourrait
être d’étu-dier les
propr iétés
de latopologie
de Scott sur(la
classepréor donnée
desobjets d’)
unecatégorie
k-modelable. On convient de direqu’une
sous-classe O deOb(C)
est ouverte si et seulement si :(1)
pour toute flèchef : A ->
B telleque A
e0,
alor s B eO ;
(2)
pour toutdiagralnme
K-filtrant F : 1 - C tel que linl F e0,
il existeun
objet
I de 1 tel queF(I)
E O.Malheur eusement,
il est clair que latopologie
de Scott devient catastro-phiquement gr ossière
dèsqu’on
sor t du cas despréordres.
Il faudr ait vr aisem- blablemellt penser en ter mes, hélasplus ésotériques,
de sites deGrothendieck,
comme dans P. Johnstone and
A. Joyal,
Continouscategories
and exponen- tiabletoposes,
Journal of Pur e andApplied Alge bra
25(1982).
Dans tout ce
qui pr écède,
toutes lesesquisses
ont étésupposées petites.
On sait
depuis longtemps
que certainescatégories
ne sontéquivalentes
à lacatégor ie
des modèles d’uneesquisse
que si on autorise celle-ci à êtregrande.
Les
exemples
r ituels sontTop,
Ensop et ...Esq.
Lescatégor ies
localementpetites qui
sont"esquissables
par uneesquisse petite
ougr ande"
sont exacte- mellt lescatégories
karoubiennes(c.-à-d.
danslesquelles
tous lesidempotents
sont
scindés).
Poursuivantl’analogie topologique ci-dessus,
il est tentant de dire que lescatégories
modelables sont auxcatégories
karoubiennes ce que les espacescompacts
sont aux espacescomplets (on
saitdepuis
Lawvere que lecomplété
à laCauchy
est uneenveloppe
karoubienneR+-enr ichie) .
La
correspondance
entr eesquisses
etcatégor ies
nl0delables ne conduit pas à une dualité au sens strict du mot. Iln’y
a pasmême,
nous l’avonsdit,
debijection
naturelle entre les unes et les autres. Et un foncteurMod(E2)
->A4od(Ej )
commutant a,ux limites inductives Suffisamment filtrantes n’est pas forcélent induit par unhomomorphisme
deEl
versE2.
On r etrouve ici ler eproche qui
est tr èsrégulièrelnellt
fait auxesquisses :
elles ne sont pas des théoriescomplètes (dans
le sens de déductivementcloses),
mais seulement desaxiomatiques
pour de tellesthéories,
ou si l’onpréfèr e
desprésentations
oudes
systèmes
degénérateurs
et de relations pour descatégories
à limites. Na-tur ellement,
il est loisible der emplacer
lesesquisses
par les théor iescomplètes qu’elles engendrellt.
Il faut noterqu’on n’y
gagnera pas pour autant de vraiedualité,
car il demeure uneimportante
difficultétechnique, l’impossibilité
decontrôler cor rectemellt certains cardinaux infinis. Mais ce
qu’on
ne gagnera pas enélégance conceptuelle,
on leperdra
ensouplesse
de calcul.Imaginons
que l’on veuille seulement montr erqu’une
certainecatégorie
un peu
compliquée
est modelable : il faut identifier lesobjets présentables,
ce
qui risque
d’être très délicat. Or c’estinutile, puisque
lapremière esquisse
venue fera l’affaire ! C’est ainsi que la méthode des
esquisses
a puremporter
des succès(assez)
faciles etqui
ont pu sembler louches à certains. Dans monarticle The
logic of structures,
àparaître
dans le Journal of Pure andApplied Algebra, j’ai signalé quelques applications
queje
trouvespectaculaires
del’algèbre (à
la fois très riche et trèssimple)
desesquisses
à celle(beaucoup plus mystérieuse)
descatégories
modelables.Terminons par une
citation,
extraite de S.Abramski,
Domaintheory
inlogical forrn,
Annals of Pure andApplied Logic
51(1991).
En yremplaçant Frame,
Set et Localerespectivement
parEsq, ÇJraph
etCAT MOD,
ellerésume
parfaitement
laphilosophie
queje
viens de défendre."Note that France is a concrète
category
of structured sets and structure-preserving
maps, andconsequently
convenient to deal with(for example
it ismonadic over
Set ) .
Thus westudy
Locale viaFrance ;
but it is Locale which is theproposed
alternative orr eplacement
forTop,
and hence the ultimateolject
ofstudy."
Université de Caen UFR de Sciences
Département
demathématiques
14032 Caen Cedex