Images en Dermatologie • Vol. IX - n° 3 • mai-juin 2016 102
Le coup d’œil
Cas clinique
Légendes Observation
Une patiente de 63 ans, sans antécédents notables, consultait pour une lésion récidivante de la cavité buccale étant apparue 2 mois auparavant, toujours au même endroit, et disparaissant spontanément en moins de 24 heures. Aucun facteur déclenchant n’était identifi é, notamment alimentaire ou médicamenteux. Lors de l’apparition de la lésion, la patiente ressentait une légère gêne localisée au site affecté, avec une irradiation sous-mandibulaire homolatérale, sans adénopathie palpable. La patiente s’est donc présentée en urgence pour montrer cette lésion. À l’examen clinique, elle était en bon état général et apyrétique. On observait une lésion vésiculeuse, unique, rosée, translucide, non hémorragique, sur une base non infl ammatoire, d’environ 3 mm, située sur le palais mou (fi gure 1). La patiente n’avait aucune autre lésion cutanéo- muqueuse. L’aspect clinique et le mode évolutif étaient caractéristiques d’un mucocèle superfi ciel récidivant (MSR).
Discussion
Le MSR est une lésion bénigne de la muqueuse buccale constituée par une extravasa- tion de salive des glandes salivaires accessoires, essentiellement au niveau du plancher buccal ou de la lèvre inférieure, mais aussi au niveau du palais mou ou dur et de la région rétromandibulaire. Elle a été rapportée pour la première fois par J.W. Eveson en 1988 (1). Elle est une variante plus superfi cielle, plus petite et d’évolution beaucoup plus transitoire , du pseudo-kyste salivaire retrouvé aussi sous la terminologie de kyste mucoïde ou mucocèle. En fonction de la topographie, le pseudo-kyste salivaire est appelé grenouillette (ou ranula) quand il est situé au niveau du plancher buccal ou kyste de Blandin-Nuhn quand il est au niveau de la face ventrale de la langue.
Le MSR peut être unique ou multiple (fi gures 2 et 3). Il s’agit d’une vésicule de 1 à 4 mm, le plus souvent translucide , mais parfois bleutée, récidivant sur une muqueuse non infl ammatoire. Elle contient du mucus salivaire et se rompt rapidement et facilement, pour cicatriser en 2 à 3 jours. Elle est plus fréquente chez la femme vers 30 ans. Elle a parfois été rapportée en association avec un lichen plan ou une réaction du greffon contre l’hôte (GVH) après allogreffe de moelle (2), mais cette association est possible- ment liée à un biais de sélection (dû à l’examen systématique de la muqueuse buccale chez ces patients), et l’entité est probablement sous-rapportée dans la population générale. L’histologie, rarement réalisée, montre une bulle sous-épithéliale, un canal excréteur dans le plancher et, parfois, des macrophages spumeux dans le liquide. Le MSR est probablement secondaire à une rétention ou une extravasation salivaire à partir des glandes salivaires accessoires, à la suite d’une infl ammation ou d’un traumatisme, et, notamment, le rôle des dépôts de tartre a été proposé (3).
Mucocèle superficiel réci- divant • Muqueuse buccale.
Recurrent superficial muco- cele • Oral mucosa.
Une vésicule éphémère de la bouche
A short-lived vesicle of the mouth
M.H. Jégou (Cabinet de dermatologie, Blanquefort)
Figure 1. Mucocèle superfi ciel récidivant, forme unique du palais mou.
Figure 2. Mucocèle superfi ciel récidivant, forme multiple du voile du palais (collection du Dr Sophie Vignon-Delor).
Figure 3. Mucocèle superficiel récidivant forme multiple (collection du Dr Mahtab Samimi). Les vésicules sont centrées sur l’orifice des glandes salivaires accessoires du palais.
0102_IDE 102 22/06/2016 16:15:42
Images en Dermatologie • Vol. IX - n° 3 • mai-juin 2016 103
Le coup d’œil
Cas clinique
1
3
2
0103_IDE 103 22/06/2016 16:15:45
Le coup d’œil
Cas clinique
À DÉCOUVRIR EN LIBRAIRIE
Comment choisir son (sa) gynécologue ? Pourquoi parle-t-on de la “crise” de la pilule ? Comment surveille-t-on la grossesse ? Le vaccin contre le cancer du col de l’utérus est-il dangereux ? Que faut-il savoir du diagnostic prénatal, de l’IVG, du traitement des fi bromes ? Comment mieux vivre la ménopause ? Quels sont les traitements de l’endométriose ? Comment prendre en charge les cancers du sein ? Est-il dangereux d’accoucher à domicile ? Quels sont les progrès attendus dans les 10 ans à venir ? Toutes les réponses à ces questions, et à bien d’autres encore, sont expliquées de façon simple et compréhensible par le Pr Philippe Descamps. Professionnel passionné par son métier, il aborde sans tabou toutes les questions qui font débat aujourd’hui et fait l’inventaire des vraies et fausses idées en gynécologie. Un ouvrage qui s’adresse aux femmes de tous âges et à leurs compagnons, dans un style sans langue de bois, avec des témoignages de patientes et des conseils d’experts.
“Docteur, j’ai encore une question”
Par le Pr Philippe Descamps
Gynécologue-Obstétricien
Images en Dermatologie • Vol. IX - n° 3 • mai-juin 2016 104
Le MSR ne doit pas être confondu avec :
▶les maladies bulleuses auto-immunes (pemphigoïde bulleuse et surtout pemphi- goïde cicatricielle) ou le lichen plan bulleux, caractérisés par des bulles et non des vésicules, donc de plus grande taille, dont le tableau clinique associe fréquemment une gingivite érosive et pour lesquels l’histologie redresserait le diagnostic ;
▶l’herpès, dans les formes multiples, mais dont les lésions seraient regroupées en “bouquets” polycycliques, avec une symptomatologie plus bruyante et une durée de cicatrisation plus longue ;
▶l’angine bulleuse hémorragique (4), qui peut être vésiculeuse, précédée le plus souvent par une sensation de brûlure. La lésion repose habituellement sur un halo ecchymotique et, après sa rupture, libère un liquide hémorragique non clair, puis l’érosion guérit en 1 à 2 semaines.
L’abstention thérapeutique est habituellement la règle. En cas de gêne importante, certains auteurs ont proposé divers traitements topiques, qui visent essentiellement à traiter le lichen plan ou la GVH lichénoïde sous-jacents (dermocorticoïdes, bains de bouche à la ciclosporine [2], l’anétholtrithione pour lutter contre l’hyposalivation [2]) avec cependant des échecs ou des récidives dans tous les cas. Un article signale l’effi - cacité du laser Nd:Yag directement sur les MSR, avec un recul de 3 ans (5).
Conclusion
Le MSR est une entité bénigne facile à diagnostiquer en se fondant sur l’aspect clinique et l’anamnèse, et qu’il est intéressant de connaître pour éviter l’escalade des explora- tions et des traitements antiherpétiques au long cours. II
Remerciements au Dr Nicolas Kluger (Helsinki) et au Dr Mahtab Samimi (Tours)
pour leurs conseils lors de la rédaction de l’article, ainsi qu’au Dr Sophie Vignon-Delor (Élancourt)
et au Dr Mahtab Samimi pour avoir partagé des photos de leur collection. L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.
Références bibliographiques
1. Eveson JW. Superficial mucoceles: pitfall in clinical and microscopic diagnostis. Oral Surg Oral Med Oral Pathol 1988;66(3):318-22.
2. Campana F, Sibaud V, Chauvel A, Boiron JM, Taieb A, Fricain JC. Recurrent superficial mucoceles associated with lichenoid disorders.
J Oral Maxillofac Surg 2006;64(12):1830-3.
3. Motallebnejad M, Shirzad A, Molania T, Seye- dmajidi M. Multiple reccurent vesicles in oral mucosa suggestive or superficial mucocele: an unusual presentation of allergic stomatitis. Caspian J Intern Med 2013;4(4):793-6.
4. Kluger N, Frances P. Angine bulleuse hémorra- gique. Pres Med 2013;42(12):1671-2.
5. Jinvu Y, Tsukinoki K, Kusama M, Watanabe Y.
Recurrent multiple superficial mucocele on the palate: Histopahology and laser vaporization.
Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod 2003;95(2):193-7.
0104_IDE 104 22/06/2016 16:15:45